Bien le bonjour ! Comment allez-vous en ce réveillon de Noël ?

Alors, ce chapitre est long mais bon, c'est l'dernier. J'aurais peut-être pu le couper, en collant d'autres chapitres ensemble, mais, soyons honnêtes, ça aurait eu moins d'impact. Ce chapitre, ce sont les dix dernières minutes de films où tout le monde se rushe pour avoir son happy end sans être coupé au montage.

Comme d'hab', le titre spoile pas vraiment, vous vous en doutiez.

Bonne lecture !


Cliché n°24 : Le happy end

Les deux elfes avaient décidé d'attendre dehors. Le froid les faisait un peu grelotter, mais ils avaient l'habitude. Et puis, il faisait chaud en France, comparé à la Laponie. Zexion ne regrettait pas tellement la Laponie. Personne ne la regrettait. Bon, d'accord, peut-être les rennes. Et les elfes qui accordaient plus d'importance au fait de construire des bonhommes de neige toute l'année qu'à leur confort. Presque tous les elfes sauf lui et Riku, donc.

La petite boule d'anxiété ne voulait pas disparaître de son estomac. Elle ne disparaîtra sans doute pas tant que Demyx se trouverait dans les parages. Ou tant qu'il ne le lui aurait pas dit. Ça tournait et ça retournait dans sa tête.

« N'empêche, commença Demyx, pour l'instant ça se déroule comme dans les films. Un timing serré et une résolution le soir du réveillon ? Genre, j'y crois à mort. Pas toi ?

-Je ne sais pas. Je suis juste soulagé que le patron ne nous ait pas manipulé. Enfin, pas trop. Et je lui fais confiance. Puis je fais confiance à Lea. »

Il ne savait pas encore s'il faisait confiance à Isa. Mais bon. Apparemment, ils avaient le même souci, grosso modo. Si Zexion avait deviné juste. Eh merde. Il était sensé le pousser dans les bras de Lea et au final c'était Isa qui lui avait fait indirectement prendre conscience de ses sentiments. Quel échec. Enfin, peut-être pas vraiment un échec, mais...

« Ouais. Non mais c'est sûr ça va l'faire. Ça te fait un sujet de stress en moins, nan ? En plus, on a fini les préparatifs de Noël ! Même si pfiou, c'est pas un réveillon très reposant. »

Et peut-être que c'était vrai, cette histoire de personnages secondaires. Ou peut-être que lui et Demyx pourraient être les personnages principaux de leur propre histoire.

C'était maintenant ou jamais. Nan ?

« Hum. À ce propos. »

Non, pas à ce propos. C'était pas vraiment à propos des préparatifs ou de ce que Demyx venait de dire ! Mais c'était quand même à propos de cette histoire et... Flûte. Il se sentit rougir mais pas de froid. Heureusement, il faisait déjà sombre.

Il sentait le regard de Demyx sur lui, qui attendait qu'il poursuive sans rien dire. Pour une fois dans sa vie il se taisait, wow. C'était une bonne ou une mauvaise chose ça ?

« Enfin, non, j'veux dire... Enfin, pardon ? Désolé.

-De quoi tu t'excuses ? C'est moi qui doit m'excuser ! J'veux dire j't'ai mis la pression et t'étais là à jongler avec plein de trucs et moi c'est comme si j'te lançais une balle en plus et- on parle bien du même truc hein ?

-Oui, je crois. Et, je veux dire, pardon d'avoir pris tant de temps. À me rendre compte, j'veux dire. Enfin, je veux dire, t'avais raison. »

Est-ce que c'était cette sensation que ça faisait d'être idiot, ou bien c'était juste l'amour ? Ça le faisait perdre tous les moyens, il avait l'impression d'avoir du coton à la place du cerveau. Les mots et les concepts quittaient le navire comme s'ils avaient peur de se noyer. Mais du coup, dans cette métaphore, c'était quoi l'iceberg ?

Au moins, voilà, il l'avait dit.

« J'ai pas compris » déclara paisiblement Demyx.

Ce à quoi Zexion faillit tourner de l'oeil. Il allait l'obliger à se montrer explicite, hein ? Et lui, il allait le faire. Le dire. Pourquoi c'était si difficile ?

Mais il fallait qu'il le fasse. Il se rendait compte à présent, et il ne comprenait pas comment ça avait pu ne pas franchir sa conscience aveugle pendant tout ce temps. Oui, il était grave amoureux, et il aimait bien que Demyx soit nonchalant et qu'il voit les choses sous un autre angle et il était pas bête du tout.

Il inspira. Allez, tant pis s'il disait n'importe quoi.

« J'avais super peur. De... Je sais plus. C'était clair, dans ma tête. J'avais peur et j'ai toujours peur et ça m'empêchait de m'en rendre compte mais euh... Je suis amoureux de toi ?

-C'est une question ?

-Oui. J'veux dire, non. Non, j'en suis sûr, c'est juste compliqué à dire. »

Il n'osait pas le regarder. Et si finalement, Demyx ne voulait plus de lui ? Ça se comprendrait, ça faisait un an qu'il le faisait tourner en bourrique, il devait en avoir assez. Qui voudrait d'un indécis pareil ?

Il se figea lorsqu'une main se glissa dans la sienne. Entendit le sourire de Demyx dans sa voix.

« Eh ben, t'as failli me faire douter, tu sais ? C'est pas trop tôt.

-P-Pardon ?

-Mais non mais t'excuse pas ! s'exclama Demyx. Pourquoi tu t'excuses ?

-Mais je sais pas ! Laisse-moi m'excuser, merle !

-Pourquoi tu cries ?

-Je sais pas ! Laisse-moi crier ! »

Il ne savait pas mais ça faisait vachement de bien, bizarrement. Comme s'il vomissait toute la tension accumulée. Une grande partie en tout cas. Il leva les yeux vers l'autre elfe, qui le considérait avec une sorte de sidération amusée. Et là, Zexion saurait pas l'expliquer, sans doute le reste le tension qui s'échappait, mais il arrêta de réfléchir et l'embrassa, juste comme ça, avec les mains sur ses joues, et s'écarta quand Demyx commença à lui rendre son baiser.

Il se sentit con une fois l'euphorie retombée. Merde, pourquoi il avait fait ça ? Enfin, il savait pourquoi, mais... C'était nouveau et il n'avait pas l'habitude de la nouveauté. Et c'était bien mais il n'aurait peut-être pas dû ?

Les doutes diminuèrent un peu quand deux bras se refermèrent autour de lui avec un rire.

« Tu réfléchis trop. J'te vois réfléchir.

-Mais je sais ! soupira Zexion. Pardon d'être comme ça.

-Bah moi j'trouve ça mignon, c'est pour toi que c'est chiant. Dis, quand tu disais que t'as peur, euh... J'ai dépassé les bornes ces derniers temps, tu trouves ? »

Zexion réfléchit. Pourquoi c'était plus facile d'y penser contre lui ? Merde, ça le tuait de l'admettre, mais Riku avait eu raison. Lâcher prise, tout ça tout ça.

Mais du coup. Il haussa les épaules.

« Un peu, mais... On en serait pas là sinon. Mais c'était pas agréable, des fois, pour t'avouer.

-Ok, fit doucement Demyx, mais du coup je comprends pas. Je suis supposé continuer à tester tes limites ou bien j'attends que tu me donnes la permission à chaque fois ? »

Ciel non. Si Zexion s'écoutait, ils n'était pas sortis de l'auberge. Il avait besoin d'être un peu poussé hors de sa zone de confort, des fois. Juste, pas trop.

« C'est compliqué, marmonna-t-il contre lui. Je dirais, continue à tester, mais pas trop loin ? »

Demyx s'écarta un peu de lui pour lui montrer sa grimace.

« Euuuh, j'suis pas sûr d'être assez malin pour voir quand j'vais trop loin. Faudra qu'tu me dises.

-Ok. Pas de souci. Ça devrait aller. »

Et alors qu'il allait se pencher pour l'embrasser encore, une voix retentit derrière eux.

« Vous êtes mes héros, les mecs ! Si l'intrigue des persos secondaires est bouclée, alors j'ai mes chances aussi ! »

Lea, l'air surexcité, n'avait même pas pris la peine de mettre un manteau avant de sortir dans le froid hivernal. Il fit un check à Demyx, qui souriait jusqu'aux oreilles.

« Ah, toi aussi t'as compris pour les intrigues secondaires et principale ?

-Bah ouais, c'est comme ça dans les films, nan ? rit Lea. Maintenant, si vous voulez m'excuser... »

Il s'éloigna sans plus d'explications. Après un regard de connivence, Zexion et Demyx lui emboîtèrent le pas, ce qui s'avéra compliqué au vu de ses enjambées précipitées et déterminées.

« Où tu vas comme ça ?

-Je vais conquérir le cœur d'Isa et le sauver du capitalisme ! »

Il disait cela avec une voix tellement vibrante d'héroïsme que même Zexion se surprit à frissonner. Il sentait exactement ce que son rôle de perso secondaire le poussait à dire.

« Mais comment tu compte t'y prendre ? Il est parti !

-Je vais faire une scène à l'aéroport. Sauf qu'il y a pas de bus si tard par ici. Merde ! Pourquoi on a pas de voiture dans ce pat- »

Il s'arrêta de parler et de marcher une demi-seconde. Devant eux, attelés et préparés pour le grand soir, patientaient les rennes et le traîneau. L'un d'eux s'ébouriffa nonchalamment. Le sourire de Lea se fit machiavélique.

Tout à coup, cela n'emballa plus du tout Zexion. Il sentit son visage se décomposer.

« Lea. Je t'en prie. Tu ne peux pas faire ça. »

Mais il ne l'écoutait déjà plus, se dirigeant résolument vers le traîneau.

« Hé, Lea ! Et Noël, alors ?

-Ça va, j'ai encore un peu de temps ! Je les ramènerai à l'heure ! »

Et sur ce, il bondit à la place du conducteur, saisit les... rênes des rennes, s'installa.

Zexion allait s'évanouir. Pour ne rien arranger, Demyx sautillait sur place, pas prêt de l'aider à raisonner leur ami.

« Ouais ! Vas-y, c'est trop bien !

-Tu vas les fatiguer, si tu les fais voler maintenant !

-J'aurais pas besoin de les faire voler. Enfin, sauf si je dois courir après l'avion...

-C'est trop risq- »

Le reste de sa phrase fut perdu dans un déferlement de sabots qui manqua de lui faire perdre l'équilibre.

Déjà, Lea filait comme le vent, vers son destin, vers l'amour de sa vie.


Les lumières excessives de l'aéroport paraissaient surréelles. La vraie vie paraissait étrange, déplacée, après la petite bulle d'étrangeté confortable de Chrismas Town.

Isa devait dégager une aura encore plus menaçante que d'habitude puisque, malgré la salle d'attente bondée de monde, personne ne daigna s'asseoir à côté de lui. Il contempla ses billets d'avion qui venaient de lui coûter un bras. Maintenant, c'était sûr, il allait devoir supplier Marluxia à genoux pour garder son boulot. Ça ne lui faisait pas plaisir, il n'était pas sûr d'y arriver – il n'inspirait pas tant la pitié et il ne pouvait même pas prétexter avoir une famille à nourrir.

Il se forçait à y penser pour ne pas songer au reste, mais il s'en foutait presque. Mourir de faim ? Mh oui ça aurait peut-être dû le préoccuper un peu. Bof.

Ça faisait mal rien que de respirer. Ça ne faisait aucun sens. Il n'aurait jamais dû avoir mal comme ça. Il avait décidé de partir, c'était son choix, et Isa ne regrettait jamais rien. C'était la chose la plus logique à faire.

Ç'aurait été idiot de rester. Insensé. Quoi, foutre en l'air tout ce qu'il avait construit dans sa vie pour un mec ? Sans savoir si ça allait marcher entre eux ? En à peine une semaine de temps ? Qui faisait ça ?

Mais...

Mais il y avait un mais, qu'il tentait de ne pas écouter. Il y avait tout ce qu'il avait appris – essayé de ne pas apprendre – en si peu de temps. Ça se résumait à quelque chose qui, il le pensait, continuait de le penser, un peu, encore un peu, n'existait que dans les histoires. Ça se résumait à écouter son cœur.

Personne ne faisait ces choses-là, enfin.

Dans le chahut de l'aéroport, il eut du mal à comprendre la voix sortie des hauts-parleurs indiquant que son vol était ouvert. Il se leva avec un soupir, décalqué de fatigue et d'affliction. Il savait qu'il faisait le bon choix, cela ne l'empêchait pas d'être difficile.

Il s'engouffra dans la file d'attente beaucoup trop longue.

Il ne le reverrait plus jamais.

Il fouilla dans son sac à la recherche de son passeport et de son billet pour se préparer.

Est-ce qu'il cesserait de lui manquer un jour ? Il n'en avait presque pas envie.

Il réussit à mettre la main sur ses affaires, engoncées à la va-vite dans le sac de voyage pendant son départ précipité. Dans l'aéroport, ça chahutait, des gens fatigués, qui soufflaient, trépignaient, s'impatientaient, des enfants agités qui jouaient et criaient. Y avait même un type au loin, à l'autre bout du hall, qui criait un truc comme un possédé. L'enfer. Isa releva la tête vers l'origine du bruit.

Il était là.

Son cœur loupa un battement, mais non, ça devait être une autre tignasse rouge très voyante malgré la cohue d'individu, qui fendait la foule dans sa direction pour des raisons totalement étrangères à sa petite existence. Peut-être que ce n'était pas sa voix, après tout, les sons étaient fort déformés dans ces lieux hauts de plafonds. Peut-être que ce n'était pas « Isa » qu'il beuglait que c'était... que c'était...

Il n'y eut plus vraiment de déni possible lorsque son regard croisa le sien. Vert comme un sapin de Noël.

Sans réfléchir à ce qu'il faisait, Isa s'écarta de la file d'attente, s'approcha un peu.

« Isa !

-Lea ? Qu'est-ce que tu-

-Reste !

-Comment tu es venu ?

-En traîneau ! »

Il sortait ses phrases d'un seul souffle, ventilant comme s'il allait se mettre à cracher ses poumons.

« Mais enfin tu-

-Reste. »

Il le regardait dans les yeux à présent, suppliant. Isa ne pouvait pas soutenir son regard, mais il ne pouvait pas non plus se détourner.

« Tu sais que je ne peux pas.

-Pourquoi ? Si tu me donnes une bonne raison, je te laisse partir ! »

Il parlait de le laisser partir et paradoxalement, il s'accrochait soudain à son bras comme si sa vie en dépendait. Il lui ferait presque croire que c'est le cas.

Isa s'éclaircit la gorge sans savoir ce qu'il allait bien pouvoir répondre à cela. Merde. Il était vraiment là ? Il avait fait tout ce chemin...

« C'est pas... Ce n'est pas...

-Quoi, c'est pas quoi ? Pas logique ? Et puis après ? On s'en fout, non ? Tu veux retourner là-bas, et bosser pour un patron que tu peux pas encadrer, et finir malheureux pour le restant de tes jours ? J'peux pas te laisser faire ça. Si c'est le fric franchement on s'en fout, on trouvera, tu mourras pas de faim. Non ? C'est quoi, alors ? Ok, ça va être chiant, faudra que t'y retournes un peu pour déménager j'imagine, faudra faire ton changement de courrier à la poste, les gens vont pas comprendre, ça va être un bordel administratif sans nom, mais ça vaut l'coup, nan ? Écoute, y a rien de logique là-dedans, mais j'm'en fiches, j't'aime comme j'ai jamais aimé personne. La seule raison que j'accepterais pour que tu partes, c'est si tu arrivais à me dire que tu ressens pas la même chose. Là, ok, j'te laisserais partir, mais pas pour moins que ça. Alors ? »

Isa n'arriva pas à répondre. Il l'avait, sa réponse, il l'avait déjà prononcée, elle tournait en boucle dans sa tête. On ne tombe pas amoureux de quelqu'un qu'on vient de rencontrer.

Et pourtant.

Pourtant.

« Tu es borné, hein ? »

Le visage de Lea se décomposa un peu.

« Isa...

-Heureusement que tu l'es. Sinon j'aurais vraiment commis la bêtise la plus lâche de toute ma vie. »

Les yeux verts de Lea passèrent de l'incompréhension à quelque chose de trop intense pour être retranscrit en mots. Il s'avança et puis se recula, à moitié hésitant avec son rictus chafouin.

« Cette fois, je peux ? Tu vas pas me jeter, hein ?

-Imbécile » marmonna Isa pour la forme et contre ses lèvres.

Tout. Le bruit, le chahut, les problèmes, son mal de crâne et même cette petite voix qui s'inquiétait de le voir embrasser un garçon dans un lieu public, tout devint tout à coup silence, comme si une bulle s'était créée magiquement tout autour d'eux. Un globe de verre invisible.


Oh putain, il était vraiment venu en traîneau. Une petite foule de curieux ralentissait en passant devant les animaux, qui paraissaient s'en foutre au plus haut point.

« J'ai eu du mal à me garer, expliqua Lea joyeusement. Et à trouver le hall. Pourquoi c'est si grand un aéroport ? Y a trois parkings et j'étais pas au bon, j'ai dû courir en long, en large et en travers.

-Et tout ça en hurlant mon nom pendant tout ce temps ?

-Je sens que je devrais faire une blague de cul là mais je trouve pas. »

Isa eut un semblant de rire, davantage parce qu'il ne s'y attendait pas que pour le talent comique de son... Son quelque chose. Son. À lui.

Lea lâcha sa main pour lui faire un semblant de révérence.

« Votre carrosse est attelé !

-Tu me ferais presque regretter ma décision.

-Ouch. Trop tôt pour ce genre de blague. C'était bien une blague, hein ? »

En guise de réponse, Isa l'embrassa de nouveau. Il avait failli se retenir, avant de se rappeler qu'il pouvait, en fait. Qu'il n'avait pas à s'empêcher de le faire. Ça le rendait plus heureux que ce qu'il parvenait à exprimer.

Niveau expressivité, Lea, en revanche, ne se gênait pas, avec son sourire de renard ravi.

« Oulah, j'ai bugué.

-Idiot. »

Ils prirent place sur le traîneau étrangement confortable. Lea profita de l'instant de flottement pour regarder son portable.

« Oh. Merde. Il est déjà si tard ! Mon père va m'tuer. »

Isa haussa un sourcil interrogateur et il expliqua :

« Ben, il est sensé partir bientôt pour, tu sais, distribuer les cadeaux aux petits enfants dans le monde entier, tout ça... Euh, j'ai pas vraiment demandé avant d'emprunter le traîneau. Mais bon il m'a dit de faire tout ce que je pouvais, j'en ai déduis qu'il serait pas fâché... Je pensais pas que ça prendrait tant de temps.

-Qu'est-ce que t'attends pour partir, alors ?

-Deux secondes. Cinq minutes. »

Et sans préavis il se pencha pour s'engouffrer dans les bras d'Isa, qui ne s'y attendait pas. Ni à l'étreinte ni au soupir de soulagement qui détendit ses muscles, tout à coup. Il avait le visage dans les cheveux de Lea, qui lui piquaient un peu le nez, mais il s'en fichait. C'était bien. Ça valait le coup.

Il réalisa l'immense bêtise qu'il avait failli faire en le quittant. Pour quoi, en plus ? Il aimait pas son job, il aimait pas son patron, pas ses collègues, pas sa ville toute polluée pleine de gens désagréables, et personne là-bas ne l'attendait. Ici, le future restait incertain, mais ça valait le coup de tenter d'y construire quelque chose. Et y avait ce mec qui le voyait tel qu'il était et qui l'aimait quand même. Évidemment que ça lui avait fait peur, après toutes ces années de solitude.

« Eh, Isa ?

-Hum ?

-T'es sûr de toi ? J'veux dire, t'aimes vraiment pas Noël. Tu vas morfler.

-Fallait me poser la question avant mon avion parte, tu ne penses pas ? plaisanta Isa. Et, bof. Il y a un tas de choses que je déteste et que j'ai l'habitude de côtoyer tous les jours. Je prendrais sur moi. »

Et il n'était plus si sûr... Enfin, la perspective des fêtes de fin d'années ne lui semblait plus si atroce que cela.

« La vraie question, reprit Isa, c'est : et toi ? T'en avais marre aussi.

-À ce propos... J'ai quelques réflexions à faire à mon père. On verra. Mais je crois que j'ai enfin compris pourquoi il fait tout ça.

-Ah oui ?

-Oui !

-... Tu ne comptes pas m'en dire plus, pas vrai ?

-Suspense ! » s'exclama Lea en posant un doigt sur ses lèvres.

Quel con. Il l'aimait tellement fort qu'il avait encore du mal à y croire.

« Eh, Isa ? Encore un truc.

-Quoi ?

-Tu y crois, maintenant ? Au Père Noël. »

Isa haussa les épaules. Peu importait, au fond. La question, ce n'était pas de savoir si c'était réel ou non. Il venait de comprendre quelque chose, lui aussi.

« Oui, Lea. Oui, j'y crois. On peut bouger ? Les gens nous regardent, et des enfants attendent leurs cadeaux.

-À vos ordres, chef ! »


Isa appréciait les rennes, mais alors le traîneau... Il ne se rendit même pas compte qu'ils arrivaient à Chrismas Town, trop concentré à serrer les dents pour tenir le coup. Et à se cramponner à Lea pour ne pas tomber. Ses yeux pleuraient à cause du vent.

Ça fit du bien lorsque ça s'arrêta. Il regarda autour de lui.

« Yo ! » pérora tranquillement Lea en descendant.

Ils avaient atterri sur la grande place du village, au pied du grand sapin de Noël. Tous les elfes étaient là. Demyx et Zexion se tenaient la main. Ce fut seulement là que la révélation cliqua dans le cerveau d'Isa : ce que Zexion avait saisi en lui parlant ce soir-là. Ils se trouvaient tous les deux dans le même déni, en fait. Il se sentait un peu plus proche de lui, du coup.

Le Père Noël se trouvait là aussi, immense et rond, les bras croisés, le visage fermé. Il faisait presque peur. En tout cas, il en imposait, quand il voulait, même avec ce costume ridicule.

Lea se dandinait tandis qu'Isa sortait discrètement du traîneau.

« Euh... Pardon, p'pa... Mais j'suis presque pas en retard ! Et les rennes sont encore en forme ! Et tu m'as dit de faire tout ce que je pouvais pour le ramener, alors v'là, genre, j'ai suivi mon cœur et tout... T'es fâché ? Personne est mort de stress, au moins ? »

Et alors qu'il comptait les elfes du regard pour s'en assurer, son père éclata d'un rire énorme un peu effrayant, puis le prit dans ses bras en une accolade typiquement slave.

« Aaaah ! Arrête ! T'essaie de me tuer ? J'étouffe !

-J'suis fier de toi, mon fils ! C'est pas un petit quart d'heure de retard qui va tuer ton vieux père ! Les elfes par contre, c'était un peu juste, mais ça va. Et toi ! »

Le regard du vieux barbu se tourna vers Isa, qui n'eut pas le temps d'esquiver l'accolade puissante qui arriva sur lui. Il se raidit, mal à l'aise, et attendit que ça passe. C'était surréaliste, bordel.

« Tu as pris la bonne décision, Isa ! Je savais que je ne me trompais pas en t'amenant ici ! Vous allez vraiment bien ensemble ! Ah, ça m'rend content d'avoir toujours raison, vous pouvez pas savoir.

-Euh, attendez, tout ça, c'était prév-

-Hé papa ! J'ai enfin compris le sens de la magie de Noël ! le coupa Lea.

-Ah, vraiment ?

-C'est l'amour. »

Dès qu'il le dit, cela fit sens dans l'esprit d'Isa également. Ce n'était pas une histoire de décoration, de chansons commerciales, de paillettes, de neige, ou de nourriture. Et les cadeaux ? C'était une preuve d'affection, mais toujours pas le plus important. L'amour sous toutes ses formes, qu'il soit familial, amical ou romantique. C'était ça, la vraie magie ?

Donc la magie existait.

Le Père Noël s'était calmé. Il dévisageait son fils avec tendresse.

« Je savais que tu finirais par comprendre. »

Mais Lea ne s'arrêta pas en si bon chemin.

« Par contre, je ne veux pas te succéder. Désolé. Si tu veux ta retraite, va falloir me faire un petit frère. En fait, je crois que je sais à peu près ce qui m'irait.

-Ah, vraiment ?

-Je veux être un Père Noël pour adulte ! »

Isa grimaça. La déclaration de Lea avait jeté un froid. Les elfes, en retrait, muets également, semblaient mal à l'aise, finissant de charger une énorme hotte à l'arrière du traîneau. Le Père Noël fronça légèrement ses sourcils broussailleux.

« Tu veux dire stripteaseur ?

-Mais non ! Je veux dire, les adultes aussi ont besoin qu'on leur redonne de l'espoir. J'sais pas... J'sais pas exactement comment faire, mais je trouverais un truc. Je pense que ce serait une bonne chose. Ça pourrait rendre le monde un peu meilleur. En attendant, on va peut-être relancer le marché de Noël avec Isa. Enfin, s'il veut bien, mais bon, j'suis convainquant alors ça devrait aller. »

Après un soupir de résignation, le vieil homme posa une main sur son épaule.

« Écoute... Ça, je ne m'y attendais pas... Mais si c'est vraiment ce que tu veux...

-Et il faut vraiment qu'on fabrique de nouveaux elfes, c'est pas tenable. Tu vas les tuer à la tâche et ce serait vraiment contraire à l'esprit de Noël.

-Hum... Tu as peut-être raison. On va y réfléchir.

-Et il faut qu'ils aient des horaires fixes pour pas s'épuiser ! Peut-être même les payer ? Et qu'ils sachent, pour la viande et les animaux. Ils ont le droit de décider. Et arrête de les fabriquer aussi perfectionnistes ! Puis couper un sapin chaque jour de décembre ! C'est quoi ce désastre écologique ? Vingt-quatre sapins ! C'est plus que tous les habitants de ce village réunis ! Et...

-Lea, Lea, Lea ! Je suis ravi que tu aies acquis de toutes nouvelles convictions sur les conditions de travail des elfes, mais on y réfléchira plus tard, si tu veux bien. J'ai des jouets à livrer et de la joie à faire briller dans les yeux des enfants, tout ça tout ça...

-Oh, merde, oui, vas-y, pardon. »

Le Père Noël poussa son rire emblématique qui aurait été ridicule dans la bouche de quelqu'un d'autre (Ho, ho, ho !) et prit les rênes du traîneau. Isa grattouilla Galéjade le renne avant de s'écarter du chemin pour rejoindre Lea. Au début de la semaine, il se faisait la réflexion qu'il ne deviendrait jamais éleveur de rennes... Ainsi, le destin s'obstinait à se foutre de sa gueule, hein ? Le pire étant qu'il aimait ça.

Il se demandait ce qui allait se passer, ensuite. Le Père Noël était installé sur son traîneau. Les elfes s'étaient attroupés et faisaient de grands signes de mains. Il n'allait quand même pas...

Les rennes commencèrent à petit trot, puis au galop, prirent de l'élan et, soudain, comme soulevé par une main invisible, les premiers du cortège s'élevèrent dans les airs, un par un, avant d'entraîner le traîneau dans leur élan, sous les applaudissements de tout le monde.

Il y avait le froid, il y avait les bras de Lea autour de lui, pourtant Isa ne sentit plus rien de tout ça.

« Lea.

-Oui ?

-Il vole.

-Hum ? Ben oui, encore heureux, vu le nombre de maisons qu'il doit visiter en une nuit.

-Mais il vole ! Le traîneau vole !

-Les rennes, en fait, expliqua l'autre avec un rictus amusé. Hé, t'as dit que tu me croyais, je pensais que c'était réglé !

-Mais... C'est de la magie !

-Hé oui. »

Il semblait amusé par la situation. Et beaucoup trop calme. Isa avait de le secouer.

« Mais alors c'est vraiment le Père Noël ? Le Père Noël existe ?

-Oh, Isa... Ça va aller, respire. Tu vas voir, ton cerveau va s'habituer.

-Ça veut dire que tu... t'es le fils du Père Noël.

-N'ai pas l'air si trahi, c'est pas comme si je te l'avais caché, hé ! Tu veux toujours de moi ? »

Il osait poser la question après tout ça, sérieux ? Même si c'était pour blaguer...

« Ben oui. Tu pourrais être le fils de la petite souris pour ce que j'en ai à faire.

-Ouch, non, la petite souris est plutôt monomaniaque, ce serait pas très agréable. »

La petite souris existait ? Non, il plaisantait. Il plaisantait, pas vrai ?

« Arrête de détruire ma réalité deux secondes, tu veux ?

-T'as raison, c'est plus rigolo de t'embrasser. »

Avant qu'Isa ai pu l'insulter, il se rapprocha pour s'exécuter. Un râclement de gorge les stoppa.

« Loin de moi l'idée de vous interrompre, mais on est très en retard sur le repas du réveillon. »

Riku, évidemment. Ça ne pouvait être que lui ou Zexion, de toute façon, pour avoir ce genre de considérations.

Les elfes les regardaient avec des sourires sournois. Isa se fit la réflexion qu'il faudrait ralentir un peu sur les démonstrations d'affection en public. Mais bon, pour ce soir, il allait laisser passer. Il vit du coin de l'oeil Xion et Ventus taper un high-five.

« On a réussi la mission ! s'exclama Demyx. Trop bien !

-Quelle mission ? s'étonna Lea.

-Plus tard, vraiment, soupira Zexion. C'est long à expliquer et ça va peut-être vous indigner un peu. J'ai pas la force, là. »

Il semblait épuisé, mais il souriait. Déjà ça. Isa s'aperçut avec surprise que le constat le rassurait. Est-ce qu'il commencerait à s'attacher aux étranges habitants de ce village absurde ? Oh, après tout, autant commencer tout de suite. Si ça se passait bien, ils deviendraient sa nouvelle famille.

Les elfes commençaient déjà à courir vers le bâtiment principal comme des gamins. Isa aurait aimé être suffisamment insouciant pour les imiter, mais rien que de les regarder le fit sourire. Ça et la paume dans la sienne.

Il sentit quelque chose de froid sur son nez, soudain. Puis quelque chose de blanc devant ses yeux. Il leva le regard vers le ciel. Le traîneau du Père Noël se trouvait déjà très loin d'ici.

« Il neige... »

Un Noël blanc. Comme quoi, les miracles existaient.

Lea lui sourit à travers les légers flocons qui tombaient tout doucement.

«Joyeux Noël, Isa. »

C'était la première fois que cette phrase le rendait aussi heureux.

« Joyeux Noël, Lea. »


(Je crois que j'ai malgré moi transformé cette histoire en manifeste gauchiste pour les droits des travailleurs. Pas pardon.)

Je ne pouvais PAS les faire s'embrasser autre part qu'à l'aéroport. J'adore les scènes d'aéroport. Paradoxalement, dans la vraie vie, je déteste les aéroports.

Et voilà, pfiou, c'est fini. Merci à tous ceux qui ont reviewé, Leptiloir, Ayaame, Ima Nonyme, MzellLazuli, , et celleux qui le feront dans le futur proche ou lointain. Merci aussi à Milou qui m'avait rassuré sur les premiers chapitres et qui passera sans doute par ici tôt ou tard. Merci aux chansons de Noël, à Michael Bublé et à Ed Sheeran, sans qui cette histoire n'aurait sans doute pas eu la même gueule.

Mon cerveau impossible prévoit déjà la fic de Noël prochain. Il a très envie de faire une suite à ça (ça vous tente de voir le Grinch ?). Il a aussi très envie de faire un Calendrier lesbien pour changer. MAIS il a aussi très envie de faire un recueil d'OS platonique sans romance, avec que des relations amicales/familiales/autres. Et je veux faire un Vaniku aussi. Et aussi une histoire de prince, j'adore les trucs de prince, mais je suis pas sûre de réussir à rendre ça intéressant. BREF TROP DE TRUCS.

Encore merci, passez de joyeuses fêtes, où que vous soyez, amusez-vous bien, mangez bien ! Tchô !