- Est-ce que je peux faire entrer les aurors ? Ils ont des questions à te poser.

Ça fait cinq jours que je repousse l'interrogatoire.

Cinq jours que j'ai tué Salzerman.

Deux jours que je joue aux échecs avec Isaak, sur le lit, que je refuse de quitter.

- Oui. Qu'on en finisse.

Isaak hoche la tête, et s'en va avant de revenir avec Harry Potter, Ron Weasley et une femme, que je reconnais comme étant Hermione Granger-Weasley.

- Vous allez me demander pourquoi les Autres vous attendaient. Je n'en sais rien. Je ne sais pas comment ils ont su.

- C'est plus que ça, Opaline. Ils connaissaient nos lignes de défenses, nos parades, ils ont anticipé tous nos déplacements, tranche la voix du directeur du bureau des aurors. Ils savent qui nous sommes, et pire que tout, ils savent tout, absolument tout, ce que nous savons, et ne savons pas.

- Je sais, je murmure. J'étais là.

Je me souviens d'absolument tout. Des visages des aurors, de ceux des Autres, des éclats de lumières dus aux sorts, du bruit des balles, des cris, des hurlements...

- Ce n'est pas ça qui m'inquiète le plus, murmure Hermione Granger-Weasley. Ce qui m'inquiète, c'est qu'ils aient en leur possession autant d'armes à feu, ainsi que des accès à des portoloins, ou à des objets magiques. Ou encore, qu'ils aient fait appel aux détraqueurs.

Elle frissonne tout comme moi. Je me rappelle soudainement qu'Hermione est la femme à l'origine de la loi qui a interdit la présence des détraqueurs à Azkaban en tant que gardien. Ils sont censés être tous partis…

- Est-ce qu'Ombrage a dit quelque chose ?

- Non. Mais il savait que je n'étais pas dans son camps. Il a même ajouté qu'il savait qu'on ne pouvait pas me faire confiance, mais qu'on lui avait ordonné de le faire.

- Qui aurait pu lui donner un tel ordre ? m'interroge Ron Weasley.

- Probablement la même personne qui a accès à vos plans, vos formations, une personne qui sait comment obtenir de poudre d'obscurité, qui a accès à la liste officielle des cracmols, des demi-géants, des demi-gobelins… La même personne qui savait où trouver les détraqueurs.

- Impossible, coupe Hermione. Nous sommes peu à savoir où ils ont migré après la promulgation de la loi anti-détraqueurs.

- Pourtant ils étaient là, je siffle entre mes dents. Vous avez confiance en toutes ces personnes ?

- Absolument.

- Vous ne devriez peut-être pas ! j'affirme. Il y a un espion dans vos rangs.

- Ça me semble évident, fait Harry Potter, d'un ton complètement abattu.

Le visage d'Hermione Granger-Weasley s'adoucit un instant alors que Ron Weasley et Harry Potter s'en vont en murmurant. Isaak les suit, sans m'accorder un regard, plongé dans ses pensées.

- Votre déclaration lors de la réception de Noël…

- C'était stupide, c'étaient que des mensonges.

- Non. C'était courageux. Et il y avait une part de vérité dans ce que vous avez dit, Opaline, déclare-t-elle. Sinon, vous vous seriez contentée de bien peu….

Elle a raison. Malgré moi, je dois bien admettre que je pensais certains mots.

- J'ai toujours voulu construire un monde plus juste, plus équilibré pour tous, qu'importe nos origines, nos facultés. Je pensais que j'avais réussis…

- Vous avez réussi ! je couine.

Cette femme devant moi, a accompli tant de choses ! Elle a milité pour les centaures, les elfes de maisons, a travaillé sur des lois d'intégration pour des nés-moldus. Elle a amélioré les conditions de vies des prisonniers…

- J'ai regardé votre dossier. J'ai vu que vous aviez été refusée à l'école des maîtres des potions de Londres. Alors que vous aviez obtenu les meilleures notes. Parce que vous êtes une cracmole.

Je hausse les épaules. Ça n'a plus d'importance aujourd'hui.

- Cette histoire sordide, nous a apprit quelque chose, murmure-t-elle. Et je compte bien agir. Je connais votre frère, vous savez…

- Colin…

- On va tout recommencer. Avec des cracmols. On ne vous exclura plus des décisions qui vous affectent.

- Ça sonne comme une promesse, je souris.

- C'en est une.

Elle fait le tour du petit salon de l'appartement. J'ai appris que c'était un logement de fonction pour certains aurors, et que peu de personnes y avaient accès. Il est grand. Je n'ai pas exploré toutes les pièces depuis que je suis ici. Mais il y a plusieurs chambres, plusieurs salles de bain. Le tout, rien que pour moi. C'est calme. J'y suis bien. En sécurité. La porte claque de nouveaux, et Ed entre, avec son chariot de ménage. Je lui souris.

- Je suis contente de vous voir.

- Moi aussi, ma petite ! Moi aussi…

- On s'est dit qu'un visage familier vous ferait peut-être du bien, chuchote Hermione à mon oreille.

- C'est le cas.

Ed commence à dépoussiérer quelques meubles, avant de s'occuper des fleurs, qui ont fané. C'est Isaak qui me l'a apporté il y a trois jours… D'un coup de baguette, Hermione en fait apparaître d'autre.

- J'ai fait un rêve, je souffle. J'étais heureuse grâce à la magie.

- Je ferais tout pour que vous le soyez sans, affirme-t-elle.

- Ce n'était qu'un rêve, je proteste doucement. Ça ne veut rien dire.

Ed s'est approché, son balai dans les mains et un sourire en coin :

- Tout commence avec un rêve après tout.

Il retourne travailler, et Hermione se tourne vers moi :

- Qu'est-ce que vous allez faire quand tout sera terminé ? demande-t-elle.

- Je partirai, je m'esclaffe. Je me ferais oublier, une fois de plus.

Quelque chose tombe sur le sol et se fracasse en mille morceaux. C'est une assiette, qu'Isaak tenait entre ses mains. Ses yeux sont grands ouverts, et Hermione se râcle la gorge avant de partir.

- Isaak…

- Non.

Il répare l'assiette avant de s'enfuir à son tour. Je lui courre après.

- Arrête !

- Tu comptes partir ? Encore ? m'accuse-t-il.

- On en a déjà parlé ! Je lui fais en haussant un sourcil.

- Je pensais que … Que tu ne le pensais pas vraiment ! Que tu comprendrais que c'est chez toi ici ! Pourquoi tu partirais ?

- Parce que depuis que je suis revenue, tout va mal !

- Tout allait déjà mal ! Mais tu crois quoi ? Que les Autres n'auraient tué personne si tu n'avais pas été là ? Que toute cette folie n'aurait pas eu lieu ? T'es pas narcissique à ce point quand même ?Le monde ne tourne pas autour de toi Opaline, hurle-t-il presque. T'as pas le droit de partir.

- Et toi, t'as pas le droit de me retenir ! je lui réponds.

- Bien sûr que si !

- Ce serait bien hypocrite de ta part ! Surtout quand on sait que c'est toi qui a suggéré à Oliver de me laisser faire ce que je voulais pour que je découvre qui je suis !

Il claque la porte encore une fois, pour tenter de s'enfuir, et je me sens furieuse et continue de le poursuivre dans le salon, un peu trop grand mon goût. Je trébuche contre le canapé et grimace, sentant la douleur au niveau de mon genoux.

- J'ai fait un rêve, quand j'étais dans les vapes après que tu m'aies stupéfixié.

Tout commence avec un rêve… C'est bien ça ?

- Grand bien m'en fasse !

Isaak s'est arrêté, mais a baissé la tête. Je fais le tour, pour être face à lui.

- C'était un beau rêve.

- Super.

- Tu ne veux pas savoir ce que c'était ? je lui demande.

Il lève enfin les yeux vers moi, et je sens mes joues se colorer un peu plus. Il s'assoit finalement sur le canapé, lasse.

- Franchement, Opaline, tu n'en fais qu'à tête. Si je te dis que je m'en fiche de ton rêve, tu me le raconteras quand même…

Je m'assois près de lui, et cache mon visage entre mes mains.

- Je n'étais pas une cracmole. J'étais une sorcière. J'étais allée à Poudlard. J'avais été répartie à Poufsouffle.

- Tu ferais une très mauvaise Poufsouffle, commente-t-il.

- J'étais maître des potion. Je pratiquais la magie, j'avais une baguette. Elle était d'un bois assez foncé, parfaite pour moi. Peut-être du cerisier. Je ne sais pas même pas. Mais c'était comme si c'était une extension de mon bras…

Il prend un exemplaire de la Gazette du sorcier, et se met à le feuilleter distraitement. Mais je sais qu'il n'écoute que moi et qu'il fait semblant…

- Tu devais être heureuse.

- Je l'étais, j'affirme. J'avais une meilleure-amie. C'était Dominique Weasley. Pourtant, j'ai dû entendre parler d'elle qu'une seule fois, je crois. C'est étrange, ce que le subconscient peut retenir…

- Ah, laisse-t-il échapper.

Je m'empare du journal pour le forcer à m'écouter. Je ne veux pas qu'il perde le moindre de mes mots. J'inspire calmement, le cœur battant, prêt à sauter comme un bouchon de champagne :

- Et dans ce rêve, tu m'embrassais, et je t'embrassais. Tu me disais même que tu m'aimais.

Sa baguette tinte sur le carrelage. Il l'a laissé tomber, surpris. Mais il se reprend presque aussi vite, masquant son étonnement, sous une couche de vanité, d'impassibilité.

- Je savais bien que tu fantasmais sur moi, plaisante-t-il.

Il plaisante, mais j'ai remarqué ses joues devenues aussi rouges que les miennes. A croire qu'on a seize ans…

- Est-ce que si j'étais une sorcière, tu m'aimerais Isaak ? je l'ignore royalement.

Il ricane et son rire est mauvais. Il me glace.

- C'est dingue Opaline, ce que tu peux être conne ! T'es tellement obnubilée par le fait d'être une cracmole, que ce que les autres pensent, font… ça n'a aucune importance pour toi. Tu ne remarques rien.

Ses mots me blessent, mais ma question était sérieuse. Je ne m'attendais pas à cette réponse…

- Est-ce que je serais amoureux de toi si t'étais pas une cracmole ? Mais la question ne se pose même pas, parce que le problème, c'est que t'en es une.

Je baisse la tête, coupable. Quelque chose grossit dans ma gorge. J'ouvre la bouche, prête à hurler à mon tour :

- Oh non, je n'ai rien contre les cracmols, m'arrête-t-il. En revanche, j'ai quelque chose contre le fait que toi, tu sois incapable de vivre avec ça. Tu ne fais pas de magie, et alors ? T'es intelligente, gentille, t'es prête à faire n'importe quoi tant que la cause te paraît juste, parce que t'es la personne la plus déterminée et… T'es une cracmole, Opaline, et franchement ça ne dérange qu'une minorité de connards de sorciers mais encore plus, ça te dérange toi !

- Je n'ai aucun problème…

- Arrête Opaline ! Tu geins sans arrêt. « Personne ne m'accepte », « le monde est contre moi ». Colin n'est pas contre toi. Tout comme tes parents. Tout comme Clara, tout comme Lydia, ou les gens qui ont seulement appris à te connaître, parce que t'es merveilleuse, un peu maladroite, drôle et que t'as pas peur de grand chose, même si tu es persuadée du contraire. On t'as toujours tous admiré. Tu lisais sans cesse, tu savais toujours tout avant tout le monde, t'as jamais eu besoin de magie pour réparer quelque chose ou pour t'occuper. Regarde ce que tu as accomplis en quelques mois seulement ! La vérité, c'est que t'es une lâche pour tout le reste, et que ça n'a rien à voir avec le fait que tu sois cracmole. Tu te caches derrière ça, et ça t'empêche de vivre, d'être toi-même. Tu ne réalises même pas à quel point tu peux inspirer les gens autour de toi. Tu brilles Opaline...

Je me lève, sans rien ajouter de plus. Qu'est-ce que je peux répondre à ça ? J'ai cru, l'espace d'un instant, qu'Isaak ressentait quelque chose pour moi aussi. A croire que je me suis trompée… Que j'ai pris mes rêves pour la réalité.

- Tu peux faire le choix de rester ainsi. D'être triste toute ta vie, à maudire le destin, parce qu'il t'a choisi toi pour être cracmole. Ou tu peux devenir celle que tu es, celle que tu dois devenir. Tu brilles, Opaline. Si fort que tu ne le vois même pas.

Ça a l'air si facile. Pourtant, c'est le choix d'une vie, un choix que je ne suis pas prête à prendre, parce qu'il implique tant de choses. Il a raison. Je me suis toujours cachée derrière mon statut de cracmole. Je le regrette. Mais je ne savais pas comment faire autrement adolescente. Je me suis repliée, sans entendre les encouragements de mon père, les mots d'amour de ma mère, et les sourires fraternels et chaleureux de Colin. Je soupire, en faisant un pas de plus et je l'entends se lever à son tour :

- Le pire dans tous ça Opaline, c'est que si t'étais sorcière, oui je t'aimerais. Et tu sais pourquoi j'en suis certain ? Parce que je t'aime déjà sans magie.

Je fais le choix d'arrêter de penser. Je fais le choix de n'être ni sorcière, ni moldue. Je fais le choix d'être plus qu'une cracmole. Je fais le choix d'être moi. Et je le regarde. Je me demande comment j'ai pu être aveugle à ce point. Ses yeux sont si doux. Quand il m'observe ainsi, j'ai envie de le faire sourire. Je me demande depuis combien de temps je me suis menti à moi-même, juste parce que l'idée d'être tombée sous le charme du stupide et prétentieux meilleur-ami de mon frère ne me plaisait pas. Je fais un pas vers lui, mais il recule tout en gardant ses yeux rivés sur les miens.

- J'ai des sentiments pour toi depuis longtemps, souffle Isaak. Mais t'es trop centrée sur toi-même pour t'en rendre compte.

Je n'ose pas lui dire, que moi aussi, je l'aime. Je l'aime. Et pas seulement pour ce qu'il est, mais pour ce que je suis, quand je suis avec lui.

Mais ça reste quelque part, entre mon cerveau et ma langue. Quand il me voit à cours de mots, il soupire, et s'en va.

- Isaak !

Il ne répond pas, et pourtant, je le vois hésiter au moment de passer l'embrasure de la porte, qu'il finit par franchir. Je l'ai vu quitter cette pièce plusieurs fois cette semaine. Pour aller me chercher à boire, un oreiller, une couverture, à manger. Mais elle ne m'a jamais semblé aussi vide après l'un de ses départs.


ATTENTION CACHECOEUR RACONTE SA VIE PAS INTERRESSANTE

Bon. Dans trois chapitres c'est la fin. En vrai c'est plus dans deux chapitres, parce que le dernier est un gros épilogue. Enfin bref. Je suis dans tous mes états parce que j'ai peur que les lecteurs soient déçus et que vous trouviez ça nul, tout pourri. Fin bref. Bref, bref, bref. Du coup je panique. Genre vraiment.

J'ai pris du retard dans mes réponses aux reviews, genre énormément, mais je vais me rattrapper et je prendrais le temps de le faire demain ! Merci à ceux qui m'en laissent d'ailleurs o/ Vous savez pas comme ça me fait plaisir et comme ça éclaire mes journées !

A samedi prochain :)