Harry commençait à avoir vraiment froid. Cette poursuite s'éternisait et son corps accusait difficilement le coup. La fraîcheur de la nuit, couplée avec le vent qui le transperçait de part en part, avaient fini de le frigorifier. Ses mains s'étaient engourdies à force de cramponner le manche du balai, ses avant-bras étaient tétanisés par l'effort de résister à la puissance du vent, son cuir chevelu devenait douloureux comme si on lui arrachait les cheveux sans discontinuité, ses lèvres étaient gercées, ses yeux étaient secs et il ne sentait plus du tout son nez.
Keogh avait disparu depuis maintenant plus d'un quart d'heure et il n'y avait toujours aucun signe des renforts à l'horizon. Mais il fallait avouer qu'avec l'obscurité régnante, il lui était peu commode de repérer qui que ce soit. Les Mangemorts étaient à une douzaine de mètres devant lui et c'était à peine s'il pouvait les voir. De temps en temps, un phare de voiture les éclairait. Elle s'envolait généralement dans les airs quelques secondes plus tard.
Le jeune Auror avait essayé de les stopper à l'aide de sortilèges, mais tout ce qu'il avait obtenu pour l'instant était la destruction d'une station-service et l'effondrement d'un autre pont. En réponse à ses exploits, il avait dû éviter un camping-car et deux troncs d'arbres provenant d'un camion qui en transportait une dizaine. Il était à noter que les huit autres avaient complètement ravagé la portion d'autoroute où ils étaient tombés : voitures, rambardes, panneaux… tout y était passé. Un camion avait réussi à les éviter, mais était sorti de la route, emportant avec lui trois autres automobiles et une moto dans un déluge de ferraille et de flammes. Un vrai spectacle son et lumière.
À en croire l'un des panneaux, Harry s'approchait d'une nouvelle intersection avec une route nationale, près d'une petite ville du nom de St-George, dans le comté de Bristol. Soudain, un rayon de lumière violette zébra le ciel et frappa l'autoroute à une dizaine de mètres des Mangemorts. Un mur apparut brusquement, accompagné par les crissements de pneus reconnaissables. Dolohov et Yaxley ne ralentirent cependant pas et continuèrent à foncer droit vers le mur, qui vola alors en éclat sans qu'aucun d'eux n'ait utilisé sa baguette.
Si l'obstacle était apparu comme par magie, il n'en restait pas moins constitué de vraies briques et de vrai ciment, qui volèrent en tous sens, aggravant encore plus les dommages déjà provoqués : des briques s'encastrèrent dans les pare-brises, dans les capots ou au milieu de la chaussée. Parfois, c'étaient des blocs entiers qui écrasèrent des véhicules. Un véritable déluge de débris et de gravats s'abattit sur les automobilistes et sur Harry, qui dut sortir sa baguette pour dévier les projectiles. Lorsqu'il en fut sorti, il réalisa alors qu'une dizaine de balais venaient d'arriver, tous montés par des Aurors. Moore se trouvait parmi eux et se dirigeait déjà vers lui.
« Désolé pour le retard, s'excusa-t-il, mais nous ne pensions pas que vous iriez aussi vite.
— Les Mangemorts ne contrôlent pas leurs balais », précisa Harry sans préavis, en hurlant pour se faire entendre. « Quelqu'un d'autre les contrôle à leur place. Jugson s'est pris un camion à l'entrée de l'autoroute, à Exeter.
— Nous savons, confia le chef d'équipe. Une équipe d'Oubliators se charge de le récupérer et de commencer à réparer les dégâts. Les Moldus n'arrivent pas à vous suivre, mais ils se doutent que quelque chose ne tourne pas rond. Plusieurs vidéos circulent déjà sur leur inter natte. On vous suit à la trace depuis Cullompton.
— Je crois que c'est là que j'ai perdu Keogh.
— Comment ça ? s'inquiéta Moore.
— Elle n'est pas ressortie du pont. »
Son mentor ne répondit rien, comprenant sans doute ce que le jeune sorcier se refusait de croire depuis vingt minutes. Il se concentra à nouveau sur sa poursuite. L'arrivée des renforts semblait avoir changé la donne : au sein des Aurors, certains étaient des tireurs d'élite, devenant donc beaucoup plus menaçants pour les Mages Noirs. Cependant, tout comme pour Harry, aucun des sorts n'aboutit et de nouveaux véhicules moldus furent endommagés ou projetés en l'air. Les Mangemorts se montrèrent plus incisifs et répliquant avec des sortilèges bien plus offensifs.
À quelques kilomètres de la sortie de Clevedon, ils réitérèrent leur exploit en envoyant valdinguer dans les airs, non pas un, mais deux camions-citernes. Ceux-ci s'écrasèrent au milieu de la chaussée dans une immense boule de feu qui engloutit toutes les voies. Harry vit deux Aurors échouer à éviter la boule de feu et trois être écrasés par l'onde de choc. Son propre balai fut repoussé en arrière et il dut faire preuve de toute sa dextérité pour ne pas être envoyé au sol. Il se rétablit promptement et continua dans la même direction. L'explosion avait détruit un nouvel échangeur et les flammes projetaient des ombres étranges dans le nuage de poussière qui recouvrait la portion de voie rapide.
La manœuvre avait fait perdre à Harry une dizaine de mètres. Jurant entre ses dents, il se pencha le plus possible et essaya de rattraper son retard. Mais c'était presque perdu d'avance : il lui avait fallu plus d'une demi-heure pour gagner ces dix mètres. Les Mangemorts étaient à présent invisibles à ses yeux, mais comme le groupe d'Aurors ne changeait pas de direction et continuait à lancer des sortilèges toujours devant eux, les fugitifs n'avaient donc pas dévié de leur route. Ils passèrent la sortie menant à Clevedon et c'est alors qu'une véritable tempête de feu vint leur barrer la route.
Au départ, le jeune Auror crut qu'une nouvelle explosion en était la cause, mais très vite il comprit que ce n'était pas le cas et que le feu était d'origine magique. Lorsqu'il reconnut la silhouette d'un dragon aux yeux rouges au milieu des flammes, il comprit que celles-ci n'étaient pas habituelles. C'était un Feudeymon. Et contrôlé qui plus est : les vagues de feu restèrent concentrées au niveau de l'autoroute.
Plusieurs Aurors furent happés par les créatures, tout comme les véhicules présents. Le rugissement du feu couvrait tous les autres bruits à l'exception d'un seul : le craquement du bitume. L'asphalte commençait même à fondre par endroits. Une odeur âcre et désagréable assaillit les narines de Harry. Une fragrance de chair brûlée, de plastique fondu et de goudron. Il réussit à freiner suffisamment loin pour ne pas être dévoré et contourna le feu par la droite, suivant ainsi quatre autres Aurors. Un des monstres frôla son bras et quelques instants plus tard, il sentit une odeur de roussi : les brindilles de son balai avaient été légèrement endommagées. Cela se ressentit immédiatement dans la manœuvrabilité du balai, ainsi que sa puissance, qui diminua.
Les flammes éclairant le ciel comme en plein jour, il repéra les silhouettes de Dolohov et Yaxley à une trentaine de mètres devant eux. Ils étaient accompagnés par trois autres silhouettes encapuchonnées. Apparemment, les Mangemorts avaient réussi eux aussi à repérer l'origine de ce carnage et étaient venus porter secours à leurs amis. De toute évidence, ils avaient également compris que ces derniers ne pouvaient pas les suivre car ils ne contrôlaient pas leurs balais.
Aussi, deux des Mangemorts s'étaient placés à proximité de Dolohov et Yaxley et essayaient à présent de les transborder sur leurs balais. Mais lorsque Yaxley leva les mains du manche pour prendre la main qu'on lui tendait, le sien fit une violente embardée qui l'éloigna du Mangemort et faillit le faire tomber. Dolohov raffermit aussitôt sa prise et secoua énergiquement la tête. Harry n'entendait rien à ce qu'ils disaient à cause du vent, mais il était facile de comprendre que les Mangemorts hurlaient à s'en déchirer les cordes vocales.
Alors qu'ils passaient sous un nouveau pont – qui survécut cette fois-ci –, les Mages Noirs optèrent pour une nouvelle solution. L'un d'eux lança un sortilège en direction du balai de l'assassin de Remus, prenant soin de viser les brindilles. Il s'y prit à trois tentatives avant qu'une violente explosion d'énergie ne le projette contre un camion. La silhouette tomba de son balai et passa sous les roues du poids lourd, qui freina brusquement, mais trop tard. Sa remorque dérapa et se coucha, provoquant un nouvel accident. Lorsque Harry arriva au niveau du camion, le Mangemort avait disparu.
Quelques secondes plus tard, le groupe de Mages Noirs se dispersa et vint à la rencontre des Aurors, lançant un déluge de sortilèges de toutes sortes. Plusieurs se perdirent en chemin et frappèrent des véhicules, les faisant voler en éclat, ou touchèrent le sol, provoquant d'immenses cratères et aspergeant les usagers de la route de débris. Un seul atteignit un Auror, qui explosa dans une gerbe de sang, éclaboussant Harry au visage. Son voisin, qui avait lui aussi été aspergé par le sang, paniqua et perdit le contrôle de son balai. Il s'encastra dans un panneau et fut catapulté à l'extérieur de la route.
Le jeune sorcier réalisa alors qu'ils franchissaient un pont. Un échangeur se profila à une centaine de mètres devant eux, éclairé par des centaines de lampadaires. Les Mangemorts, à l'exception de Dolohov, Yaxley et un autre, étaient passés derrière eux et les prenaient à revers. Moore hurla quelque chose et les deux derniers Aurors firent demi-tour pour aller au-devant des Mages Noirs. Le chef d'équipe fit signe à sa recrue de continuer à poursuivre les trois autres Mages Noirs. Ceux-ci empruntèrent une des bretelles et Harry s'engagea à leur suite. Il ne fallait surtout pas les perdre.
Lorsqu'il remarqua que la bretelle décrivait une légère courbe, il décida de couper à travers champs, gardant un œil sur les balais au cas où ils changeraient de direction. Sa stratégie lui permit de les rejoindre et de se trouver à moins de cinq mètres derrière eux. Il stupéfixa le Mangemort inconnu, qui sortit de la route et disparut dans l'obscurité. Yaxley fut le premier à réagir en lançant un sortilège de la Mort que le jeune Auror esquiva aisément. Alors qu'ils s'engageaient sur un pont passant au-dessus de l'autoroute, les deux Mages Noirs virèrent brusquement à droite et passèrent par-dessus la rambarde. Ils reprenaient l'autoroute qu'ils avaient quittée quelques secondes plus tôt, toujours en direction de l'Est.
Harry les suivit et réussit à gagner un mètre supplémentaire. Quelques instants plus tard, il sentit un balai s'approcher de lui par derrière. En se retournant, il reconnut Moore. Celui-ci pointait sa baguette devant lui et réussit à stupéfixer Yaxley, qui s'envola littéralement dans les airs pour atterrir sur le bas-côté. Dolohov leur lança à l'aveuglette un rayon de lumière jaune orangé, mais il les rata de plusieurs mètres. En revanche, il transforma en cendre un autre pont.
À en croire un des panneaux, ils s'approchaient à présent de Patchway ainsi que d'un croisement avec une autre autoroute. Le jeune sorcier réussit à s'approcher à moins de trois mètres de Dolohov. Il visa soigneusement le dos du Mangemort avec sa baguette et lança un sortilège de Désarmement. Cependant, il le rata, comme si son adversaire avait lancé un Charme du Bouclier. Celui-ci se tourna et riposta, mais le jeune Auror évita le sortilège en passant dans son dos.
Devant eux se profilait l'immense structure de l'échangeur. Dolohov essaya de stopper Harry en vain, celui-ci s'assurant toujours d'être dans l'angle mort du Mangemort. Alors qu'ils arrivaient aux premières bretelles, le Mage Noir sembla continuer toujours tout droit. Il regarda en arrière et croisa le regard du jeune sorcier.
Un horrible sourire se dessina sur son visage avant qu'il ne se retourne, pointe sa baguette vers le croisement des autoroutes – qui étaient sur quatre niveaux différents – et lance un rayon de lumière blanche. Lorsque le sort toucha la base de la structure, une déflagration pulvérisa les poutres et tout commença immédiatement à s'effondrer. Harry se pencha sur son balai pour se rapprocher encore plus du balai de Dolohov. Il en était arrivé à pouvoir effleurer les brindilles.
Un étrange phénomène se produisit alors : tandis que Dolohov continuait toujours vers le centre du chaos, il commença à tourner sur lui-même et le balai se mit à émettre une vive lumière. Comprenant ce qu'il se passait, Harry lâcha son balai, s'accroupit sur son manche et se lança en avant pour attraper le Mangemort. À peine l'eut-il ceinturé au niveau de la taille, qu'il se sentit comprimé de force dans un tuyau en plastique.
Lorsqu'il se sentit à nouveau respirer, il était à la lisière d'une forêt.
Ron s'était relevé sans dégâts, ce qui n'était pas le cas de Summerby. Celui-ci avait une immense balafre sur son torse qui donnait un impressionnant panorama sur ses organes. L'Auror était dans les vapes, ne répondant pas aux appels de son chef d'équipe. Ce dernier contemplait, paniqué, le corps de son équipier, ne sachant pas quoi faire. Il essaya d'endiguer l'hémorragie avec les maigres connaissances qu'il avait acquises en médicomagie, mais cela lui parut complètement inefficace face au flot qui se déversait sur le trottoir. Il lança un regard circulaire autour de lui mais ne trouva ni aide, ni responsables de l'embuscade.
Des sirènes se firent entendre au loin, signe que les Moldus arrivaient. Ron lança un sortilège de Désillusion autour de Summerby, ce qui l'empêchait de se rendre dans les décombres de l'immeuble. Mais il ne se faisait pas d'idée sur l'état des deux Aurors qu'il avait envoyés. Il commençait à s'en vouloir. C'était lui qui les avait envoyés chercher le miroir alors qu'ils ne savaient pas de quoi il s'agissait. C'était lui et lui seul qui avait pris cette décision, d'instinct, et ils étaient morts. Il ne supportait pas de ne rien faire.
« Vas… y », murmura alors une voix à ses pieds.
Summerby venait d'émerger, probablement en état de choc. Il fixait Ron avec une telle intensité qu'on aurait pu croire qu'il n'avait aucune blessure.
« Vas…y, répéta-t-il. Va… chercher… de l'aide…
— Je ne peux pas t'abandonner ici, protesta Ron. Pas dans cet état.
— Tu es… aussi… doué… en médi… médico… magie… que moi… en… Qui… dditch.
— Je ne peux pas te laisser là ! Les secours vont arriver…
— Que tu… ailles… les… chercher… ou… que tu… les… attendes… ne chan… gera… pas… grand-chose, confia Summerby. Au contraire… on risque… de per… dre… du temps.
— Mais c'est de ma faute ! Je ne peux pas te laisser mourir ici !
— Weasley… Ne te… prends… pas… pour un… Augurey. Ce n'est… pas… ta… faute.
— Je suis chef d'équipe, je suis responsable de vos vies.
— En… restant… ici… tu… augmentes… les chances… de me… laisser… mourir. »
Le chef d'équipe observa son équipier. Celui-ci n'avait pas entièrement tort. Rien ne permettait de savoir si oui ou non le Ministère était au courant, ni s'il y attacherait de l'attention, les Moldus ayant leurs propres problèmes. Et dans le meilleur des cas, impossible de savoir quand les secours arriveraient. En revanche, si Ron allait déclencher l'alerte, les secours seraient là dans la minute. Mais est-ce que Summerby survivrait jusqu'à là ? Il lui fallut de précieuses secondes avant de prendre sa décision.
« Bon, d'accord. Reste ici et attends les renforts. J'en ai pour cinq minutes. Si tu es mort à mon retour, je vais te chercher de l'autre côté et je te ramène à coups d'incendio au cul. »
Summerby opina avec un léger sourire. Le chef d'équipe l'allongea délicatement puis tourna sur lui-même et transplana. À peine recouvrit-il l'équilibre qu'il se précipita vers le Bureau des Aurors. Ce n'est qu'une fois arrivé au second étage qu'il réalisa l'étrange activité qui régnait. Tout le monde semblait surexcité. Il entra en trombe dans le bureau et constata avec effarement qu'il était presque vide, à l'exception de quelques-uns des plus anciens membres. Ospicus était lui aussi présent.
« Weasley, que faites-vous là ? s'interloqua-t-il. Quinn a besoin de vous immédiatement !
— Je… je…, bafouilla Ron, soudain prit de court.
— Cessez de tergiverser Weasley et allez-vous acquitter de votre mission ! ordonna le Directeur du Bureau des Aurors. Nous sommes suffisamment débordés pour nous laisser distraire.
— Monsieur le Directeur, je suis désolé mais… C'est impossible.
— Que voulez-vous dire ? s'impatienta Ospicus qui le fixait à présent avec sévérité.
— J'ai… j'ai désobéi aux ordres. Avant de prendre la direction de la position de Quinn, j'ai fait un détour par l'immeuble de Harry.
— Par la barbe de Merlin, qu'êtes-vous allé faire là-bas ? »
Ron lui expliqua alors la situation et ce qui s'était passé, de l'embuscade, de l'explosion, des blessures de Summerby. Le Directeur du Bureau ne l'interrompit pas, se contenta de l'écouter. Lorsqu'il eut finit, il se tourna vers un des Aurors présents.
« Edward, vous allez immédiatement prévenir le Bureau des Oubliators, ordonna-t-il. Qu'ils envoient leurs effectifs restants à l'adresse de Potter. Il faut aussi que la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie et le Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus doit être mis sur le coup. Puis, vous allez à Ste-Mangouste et vous me dégotez une équipe d'urgence.
— J'y vais de ce pas, obtempéra McAllister.
— Quant à vous, Weasley, vous restez ici…
— Mais…
— Ne m'interrompez pas, trancha Ospicus. Vous étiez le chef d'équipe, vous étiez donc responsable de votre équipe. Vous restez ici et vous me rédigez votre rapport. Je le veux sur mon bureau avant minuit. Nous déciderons demain de votre avenir. Une longue nuit s'annonce et je n'ai pas le temps de perdre mon temps avec des histoires personnelles. »
Sur ce, il s'enferma dans son bureau, laissant le jeune chef d'équipe en plan, en proie au désarroi. Il hésitait entre tout plaquer et étrangler son supérieur ou alors se mettre calmement à son rapport.
« Ne t'inquiète pas, le rassura Glykeria Pucey. Tu n'y es pour rien. Tu n'avais aucune façon de savoir que l'immeuble allait s'effondrer…
— Il ne s'est pas effondré, il a littéralement explosé.
— Et tu pouvais le prévoir ? Non, lui assura-t-elle. Tu as fait ce que tu pensais juste, tu pensais que ton devoir était de faire face à l'embuscade.
— Mais…
— Écoute, intervint Llywarch, Ospicus est suffisamment occupé en ce moment pour pouvoir être dérangé par l'explosion d'un immeuble en plein quartier Moldu.
— Qu'est-ce qui peut être plus important ? s'exaspéra Ron.
— Je te rappelle que des Mangemorts se sont enfuis d'Azkaban. Et ton copain Potter s'est lancé à la poursuite de deux d'entre eux. Tu l'ignores sans doute, mais ils ont mis à feu et à sang tout le Sud-Ouest de l'île. Même les Moldus ont réalisé que quelque chose se tramait.
— Que voulez-vous dire ? s'inquiéta alors le jeune chef d'équipe.
— Ils ont littéralement détruit plus de cent kilomètres d'eau taux route. »
Harry se sentait mal. Au départ, il pensa qu'il avait été désartibulé, mais il réalisa que c'était sa jambe droite qui le faisait souffrir. Il essaya de la bouger, sans succès. Tout ce qu'il obtint fut la confirmation qu'il s'était brisé un os, sans trop savoir lequel. Le silence qui l'entourait détonait avec le chaos qu'il venait de quitter et il crut un moment qu'il était devenu sourd. Mais après le hululement d'une chouette, il comprit que ce n'était pas le cas. Il se trouvait simplement au milieu de nulle part.
L'air était frais et humide, des nuages éparses laissaient filtrer la lumière de la lune et des étoiles. Quelqu'un toussa à quelques mètres de lui et il se rappela alors qu'il n'était pas seul. Se retournant et se relevant aussi vite que lui permit sa jambe, il se trouva face à Dolohov qui le tenait en joue avec sa baguette, un large sourire sur le visage. Ses yeux brillaient d'une lueur de folie qui ne présageait rien de bon.
« Quand je pense que le Seigneur des Ténèbres a attendu ce moment pendant trois ans, et que moi, il m'a juste fallu une heure, exulta le Mangemort. C'est d'une telle ironie que j'en rirais presque.
— Quand je pense que j'ai couru après Jedusor pendant trois ans, et que toi, il m'a juste fallu une heure pour te coincer…, railla Harry. Mais c'est normal. Tu n'es qu'un sous-fifre qui ne sait même pas réfléchir par lui-même.
— Endoloris ! s'exclama Dolohov. Ne me sous-estime pas ! J'étais l'un des préférés du Seigneur des Ténèbres. Il me partageait ses plus noirs secrets….
— C'est pour ça que c'est Rogue qui a hérité de la direction de Poudlard. Pour ça que c'est Bellatrix qui est restée avec lui jusqu'à sa mort, rétorqua le jeune Auror, les dents serrées par la douleur.
— Le Seigneur des Ténèbres n'est pas mort ! s'emporta le Mangemort tout en augmentant sa prise. Tu l'as vaincu une fois et il a su se relever. Il le fera une autre fois. Et nous serons là pour l'aider !
— Si Je… Jedusor t'avait… vraiment confié… ses… ses secrets, tu saurais… que… qu'il ne re… reviendrait pas. Tu saurais… qu'il est mort une… une fois pour toutes.
— Tu mens ! Tu mens ! »
Dolohov commençait à perdre le contrôle de lui-même, déchaînant sa haine sur Harry. Celui-ci avait de plus en plus de mal à résister au sortilège de Doloris – sa jambe lui faisait souffrir le martyr – et ce ne fut qu'avec un effort surhumain qu'il réussit à faire face de nouveau au Mangemort. Il devait gagner du temps.
« J'étais… j'étais peut-être le plus… grand ennemi de ton Maître déchu, admit-il. Mais… j'étais aussi… celui… qui connaissais… vraiment… ses plus noirs secrets.
— Tu racontes n'importe quoi ! vociféra le Mage Noir. Tu l'as vaincu parce que tu l'as trompé. Mais aujourd'hui, je vais réparer cette erreur. Je vais te tuer et je serai infiniment récompensé !
— Jedusor ne voulait pas que vous me tuiez à sa place. Il ne le voudrait pas plus aujourd'hui. Tu ne sais rien de lui.
— Avada Kedavra ! »
Harry s'était préparé. Il avait réussi à prendre discrètement sa baguette. Le rayon de lumière verte était à peine sorti de la baguette de son adversaire qu'il usa du sortilège d'attraction sur l'arbre le plus proche. Celui-ci vint s'interposer sur la trajectoire et fut foudroyé par l'Avada Kedavra. Il perdit toutes ses feuilles et un sinistre craquement déchira l'atmosphère. Il tomba alors lourdement sur le sol et le jeune Auror en profita pour se jeter à terre, tandis qu'un autre Sortilège de la Mort jaillissait dans le ciel étoilé.
« LÂCHE ! hurla le Mangemort. TU N'ES QU'UN LÂCHE ! VIENS M'AFFRONTER ! TU ES UN GRYFFONDOR, AFFRONTE-MOI FACE À FACE !
— J'y compte bien, Dolohov. Expulso ! »
Le tronc d'arbre fut projeté dans la direction de Dolohov, mais il explosa littéralement en millier de copeaux de bois avant d'atteindre sa cible. Le Mage Noir décrivit alors un grand cercle avec sa baguette et tous les copeaux se mirent à virevolter autour de lui. Puis, il pointa sa baguette vers l'objet de sa haine et tous les débris fusèrent dans sa direction, tels des flèches. Le jeune Auror lança un Charme du Bouclier pour essayer de contrer l'attaque. La plupart des projectiles furent déviés, certains rebondirent même, mais quelques-uns réussirent à traverser la défense et à le taillader en plusieurs endroits. Trois se fichèrent même dans son bras gauche.
Dolohov afficha de nouveau un immense sourire diabolique sur son visage avant de remonter sa manche et poser sa baguette sur la Marque des Ténèbres qui s'était fortement atténuée en six ans. Il s'apprêta à lancer un sortilège et Harry se jeta sur le côté. Il se tordit le poignet en amortissant sa chute et sa jambe lui arracha un hurlement de douleur lorsqu'elle cogna violemment le sol. Le sortilège de son opposant le rata cependant de plusieurs centimètres.
Il leva sa baguette pour contre-attaquer, mais c'est alors que celle du Mangemort s'envola dans les airs. Un autre sortilège atteignit Harry dans le dos et il fut projeté en avant. Le choc lui fit lâcher sa baguette, qui roula sur le sol. Il se retourna pour voir l'origine de l'attaque, tout comme son ennemi, mais il ne vit personne. Il essaya de se relever, mais il fut de nouveau projeté au sol.
« Toi, cracha Dolohov. Toi !
— Oui, moi », rétorqua une voix traînante.
Le jeune sorcier roula sur le dos pour regarder d'où provenait la voix. Il ne pouvait pas en croire ses oreilles, il devait le voir. Et il le vit. Drago Malefoy se tenait debout à quelques mètres devant le Mage Noir. Il portait une longue robe noire qui faisait ressortir d'autant plus son visage pâle et sans émotion. Harry eut une impression de déjà-vu, mais ce ne fut qu'au bout de quelques secondes qu'il réalisa qu'il avait réellement déjà vu cette robe : c'était celle que portait Lucius Malefoy le soir où Jedusor était revenu à la vie.
« Alors tu t'es enfin décidé ? Tu nous as pourtant martelé que tu refuserais de nous rejoindre, susurra le Mangemort d'un ton suspicieux. Que tu ne voulais plus avoir affaire avec nous.
— Il n'y a que les Cracmols qui ne changent pas d'avis. Disons que j'ai décidé d'apporter un soutien momentané et contraint à votre organisation.
— Tu n'étais présent à aucune de nos réunions. Tu n'étais pas là lorsque les Aurors et les Vampires nous sont tombés dessus. Tu étais où ? interrogea Dolohov d'un ton menaçant.
— Écoutes, s'impatienta Malefoy. Tu nous as appelés via la marque. Bletchley est le premier d'entre vous à être revenu. Il est arrivé chez moi il y a une demi-heure et m'a tout expliqué. On a reçu l'appel, Bletchley m'a envoyé.
— Pourquoi Bletchley n'est pas venu lui-même ?
— Il est blessé, confia Malefoy. Il ne peut pas transplaner. »
Harry commençait à reprendre conscience de ses mouvements. Tandis que Dolohov essayait de juger de la bonne foi du jeune blond – chose contradictoire à ses yeux –, il tenta de retrouver sa baguette magique. Elle était posée au sol, à quelques mètres derrière lui. Malefoy monta alors le ton de sa voix, mais comme s'il voulait se faire entendre par une autre personne que Dolohov.
« C'est étrange quand même, observa-t-il. Choisir de transplaner à l'orée de la Forêt Interdite.
— Je n'ai rien choisi, maugréa Dolohov. Maintenant, laisse-moi finir ce que j'avais commencé. Comme tu l'as sans doute remarqué, nous avons un invité.
— Oui, je vois ça. Alors Potter, on se trouve dans un piteux état, nargua Malefoy. On fait moins le fier maintenant qu'on se retrouve à ramper au sol pour récupérer sa baguette. Petrificus totalus ! »
Harry se sentit aussitôt statufié. Il ne pouvait plus bouger un orteil. Il essaya de lancer un regard noir à l'invocateur, mais il douta de son effet. Le jeune blond afficha un sourire sarcastique avant de concentrer son attention sur le Mangemort.
« Et que comptes-tu faire de cette atrocité de la nature ?
— Le tuer ! fanfaronna son interlocuteur.
— Le tuer ? Bletchley a été pourtant clair : Potter appartient au Seigneur des Ténèbres !
— Conneries ! balaya le Mage Noir. Bletchley veut juste ramener le Seigneur des Ténèbres à la vie, il se moque de Potter ! Alors laisse-moi le tuer et je serai récompensé comme il se doit.
— Tu es encore plus stupide que Goyle, déplora Malefoy. Et crois-moi, c'est un exploit. À ton avis, quelle sera la réaction du Seigneur des Ténèbres lorsqu'il verra que tu as tué Potter ?
— Il me récompensera ! martela Dolohov.
— Tu parles ! Il te tuera, oui ! Le plan est de laisser Potter aux mains du Maître.
— Le plan est de récupérer… les objets, corrigea le Mangemort en se reprenant à la dernière seconde.
— Et alors, qu'est-ce que ça change ? » demanda Malefoy.
Son ton intrigua Harry. On avait l'impression qu'il ne savait pas de quoi Dolohov parlait.
« Ça change que Potter ne fait pas partie du plan, expliqua le Mage Noir. Je peux donc le tuer.
— On… on a besoin de Potter pour ramener le Seigneur des Ténèbres.
— Nous avons besoin des objets, rien de plus.
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas trouver ces objets sans l'aide de Potter, rappela le jeune blond. Il est le seul à savoir où est enterré le Seigneur des Ténèbres.
— On s'en moque. On n'aura pas besoin de son corps.
— Peut-être, mais qui dit cadavre dit également baguette magique.
— Pas la peine, on lui en donnera une bien plus puissante », assura Dolohov.
Malefoy commençait à lancer des regards tout autour de lui, comme s'il cherchait de l'aide. Harry comprit qu'il n'avait aucune idée de quoi son « partenaire » parlait. Ce qui n'était pas le cas du jeune Auror.
Dolohov ne pouvait parler que d'une chose : la Baguette de Sureau. Or, s'il avait parlé d'objets au pluriel, cela signifiait qu'il y en avait d'autres. Les Mangemorts avaient-ils eu vent des Reliques de la Mort ? C'était possible, après tout, il avait beaucoup parlé avant de vaincre Voldemort. Un Mangemort encore présent avait pu faire le lien. Ou alors ce n'était qu'une coïncidence.
Après tout, s'ils étaient au courant pour les Reliques, ils auraient dû entendre parler de la Cape d'Invisibilité de Harry. Tout le monde connaissait son existence à présent et ses condisciples de Poudlard avaient dû réussir à faire le lien avec ses exploits nocturnes. Sans nécessairement savoir qu'il s'agissait de la Cape du Conte des Trois Frères, les Mangemorts auraient dû au moins être intéressés par celle-ci. Or, si Dolohov était prêt à le tuer sans poser de question, c'est que les Mangemorts ignoraient tout des Reliques. Harry avait déclaré qu'il était le propriétaire de la Baguette de Sureau et Dolohov ne semblait pas en tenir compte.
Non, il s'était inquiété pour rien. Les Mangemorts ne cherchaient pas les Reliques de la Mort. Mais quoi dans ce cas ?
« Bletchley veut te voir, déclara alors Malefoy. Il dit qu'il a une nouvelle mission.
— Quelle mission ?
— Je l'ignore. Il faut que tu retournes chez moi, et Bletchley te conduira à lui.
— Qui ça lui ?
— Tu sais, le contact extérieur des Mangemorts. Apparemment, il a une nouvelle info pour toi et ça a un rapport avec ta mission. »
Dolohov se tourna vers Malefoy, puis de nouveau vers Harry. Avant qu'il ne transplane, le jeune Auror crut voir le regard du Mangemort se brouiller légèrement, mais il ne put confirmer sa pensée. Alors que le jeune blond se retournait, il se sentit recouvrer sa mobilité. Il se jeta sur sa baguette, la pointa vers son ancienne Némésis et lança un sortilège. Le Serpentard s'arrêta net, leva lentement les mains en l'air puis se retourna, lui adressant un regard glacial.
« Eh, tout doux Potter. Tout doux. Au cas où tu ne l'aurais pas encore remarqué, je suis là pour te sortir d'un mauvais pas.
— Tu mens comme tu respires, Malefoy, objecta Harry. Tu es capable d'avoir manigancé tout ça juste pour le plaisir de me tuer.
— Je ne suis pas là pour te tuer. Tu sais bien que je ne peux pas. Si je le pouvais, je l'aurais fait il y a bien longtemps.
— Je ne sais pas, avoua le jeune Auror. Une fois, tu as laissé quelqu'un d'autre tuer à ta place, une autre fois tu ne sais plus avec qui tu passes tes cours de Potions et enfin, tu fais tout pour éviter que quelqu'un se fasse tuer et tu pleures comme un bébé quand ton copain se fait cramer dans la Salle sur Demande. Je ne sais donc pas que tu m'aurais tué depuis longtemps.
— La ferme Potter, cracha Malefoy, grinçant des dents. La ferme. Tu ne sais pas de quoi tu parles, tu ne sais pas qui je suis. »
Celui-ci serra les poings si forts que ses mains tremblèrent. Son teint pâle prit une légère teinte pourpre, mais rien d'autre ne signala sa colère. Harry éprouvait quant à lui un plaisir malsain à déverser son stress sur celui qui lui avait pourri la vie à Poudlard. Et puis, il avait laissé filer Dolohov.
« Si je suis ici Potter, ce n'est que parce que ton petit toutou de Weasley est venu pleurer sous ma robe il n'y a pas dix minutes.
— Ron n'est pas mon toutou !
— Appelle-le comme tu veux, concéda le jeune blond. Mais tu sais très bien que j'ai tout un tas de sobriquets pour mon bon gros roi Wistiti. Il y aurait de quoi en faire un livre. »
Le visage de Malefoy retrouva sa couleur habituelle ainsi que son sourire narquois. Il baissa les bras, sans pour autant attraper sa baguette. Il explosa alors de rire, un rire franc, comme s'il trouvait à la situation quelque chose d'hilarant. Le jeune Auror ne bougea pas. Maintenant que Dolohov était parti, la poursuite était terminée. Cependant, si Malefoy avait rejoint les Mangemorts, il fallait l'arrêter également.
Mais d'un autre côté, il se rappela du comportement étrange entre les deux sorciers : le jeune blond avait passé toute la conversation à essayer de se justifier et ne semblait pas savoir ce dont l'assassin de Remus parlait à travers ces « objets ». S'il était vraiment parmi les Mangemorts, il aurait au moins dû savoir ce dont son « collègue » parlait, sans nécessairement avoir sa confiance. Cette vertu n'était pas très répandue parmi les adeptes de Jedusor.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? interrogea Harry, alors que Malefoy avait cessé de rire.
— Je te l'ai dit, non ? Weasley est venu me voir en catastrophe. Il n'a même pas transplané, il a utilisé ma cheminée. J'ai bien failli le tuer lorsqu'il a débarqué dans mon salon.
« Il est arrivé et m'a parlé d'une évasion massive à Azkaban. Des rumeurs circulaient à ce sujet depuis quelques jours déjà, dans le milieu. Il m'a dit que tu avais suivi ta légendaire voix qui te dicte de te lancer tête baissée dans l'inconnu. Il m'a supplié de te retrouver le plus vite possible et de te ramener à Londres. Tu ne devais avoir aucune égratignure, mais visiblement, tu m'as devancé.
« Enfin bon, je te fais le message : retourne à Londres, résuma Malefoy. Ne comptes pas sur moi pour t'y amener.
— Comment tu nous as retrouvés ?
— Grâce à la Marque. C'est marrant que Dolohov ait choisi cet endroit, s'il l'a vraiment choisi. On se trouve à l'orée de la Forêt Interdite. »
Harry regarda frénétiquement autour de lui, cherchant une pancarte prévenant de la dangerosité du bois qui s'offrait à eux. Mais absolument rien. Il aurait pu s'agir de n'importe quelle forêt anglaise, comme il en existait des centaines.
« Pourquoi ? Pourquoi es-tu venu ?
— Je te l'ai déjà dit, s'impatienta le jeune blond. Weasley veut que tu reviennes à Londres fissa. Il veut que je te ramène, mais hors de question que je me salisse les mains en transplanant avec toi. Je risque d'attraper la grosse tête, paraît que c'est contagieux.
— Tu n'aurais jamais fait quelque chose que Ron te demande, même pour sauver ta vie.
— Tu as parfaitement raison, St-Potter. Sauf que Wistitti m'a donné une raison que je ne pouvais refuser en tant qu'homme d'honneur.
— Toi, un homme d'honneur ? C'est la blague du siècle ! railla Harry.
— J'ai des principes, Potter, se renfrogna Malefoy. Tu ne les acceptes peut-être pas, je m'en moque. Mais je suis mes principes. Et l'un d'eux est que la famille passe avant tout.
« Donc, quand Weasley m'a dit que sa minable petite sœur attendait que son laid et stupide chevalier blanc arrive à son chevet pour laisser faire mère nature, je me suis dit que je devais intervenir.
« Oui, je sais, ça peut paraître surprenant, mais la famille est importante Potter, martela Malefoy. Tu ne le sais peut-être pas, tu as grandi sans tes parents, tes Moldus sont l'exemple même de leur infériorité et leur stupidité. Tu ne connais pas les valeurs de la famille. Oh, bien sûr, les Weasley t'ont accepté le jour même où tu as fait ami-ami avec leur dernier rejeton. Mais tu n'es pas un Weasley, tu ne sais pas ce que c'est d'être membre d'une famille.
« Quand tu le sauras, tu comprendras son importance et tu t'accorderas avec ce que je t'ai dit ce soir. Mais en attendant, je suis le professeur, et le professeur te dit : retournes voir ta femme, somma l'ancien Serpentard. Même si elle est la plus laide sur terre – quoi que, Granger pourrait lui ravir le titre –, tu as choisi d'être son époux. Tu dois en assumer les responsabilités. Et l'une d'elles est d'assister à la naissance de son aîné. J'espère que tu t'en souviendras. Au revoir, Potter. »
Et dans un mouvement fluide, Malefoy tournoya sur lui-même et se volatilisa, laissant Harry seul. Il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour assimiler tout ce qu'on venait de lui dire. Lorsqu'il comprit que Ginny était en train d'accoucher, il réalisa qu'il devait rentrer à Londres immédiatement. Il prit une grande inspiration, se concentra sur son objectif – dans son état, il risquait de se désartibuler – et tourna sur lui-même. Sa jambe explosa de douleur, le faisant trébucher, mais il se sentit tout de même aspiré dans les méandres du transplanage.
Dès qu'il sentit à nouveau un sol dur sous ses pieds, il s'effondra lamentablement. Il ouvrit les yeux et put constater qu'il avait réussi à arriver dans le hall de Ste-Mangouste. Des sorciers présents le regardèrent avec des yeux ronds, qui s'agrandirent encore plus lorsqu'ils le reconnurent.
« Te voilà enfin ! s'exclama Ron. J'avais peur que cette fouine profite de la situation. Dépêche-toi ! Tout le monde t'attend. »
Le jeune Auror se releva et boita en direction de son meilleur ami. Celui-ci vint à sa rencontre pour le soutenir, avant de le conduire vers l'un des couloirs du rez-de-chaussée. Lorsqu'ils arrivèrent en vue de la salle, il demanda à son ami de le laisser. Il sautilla jusqu'à la porte et l'ouvrit. Il trouva Ginny allongée sur une table, encadrée de la famille Weasley au complet. Tous se tournèrent pour voir le nouvel arrivant et découvrirent un Harry à bout de souffle, la jambe flageolante.
« Pardon pour le retard, fut la seule chose qu'il trouva à dire et la plus stupide.
— Harry ! Qu'est-ce que tu as à la jambe ? » s'affola Hermione d'une voix aigüe.
Celui-ci baissa les yeux et découvrit qu'il y avait en effet de quoi effrayer beaucoup de personnes : sa jambe était en sang. Il en avait déjà répandu quelques gouttes sur le sol de la salle. Ginny poussa alors un hurlement hors du commun, un hurlement inhumain qu'il n'aurait jamais cru pouvoir entendre. Un cri qui n'avait pour but que d'extérioriser une douleur indescriptible.
Les médicomages présents firent évacuer la salle et toute la famille attendit dans le couloir. Hermione était quand même allée chercher de l'aide pour la jambe du jeune Auror et celui-ci se retrouva quelques minutes plus tard avec une jambe comme neuve, enroulée de bandages. Il s'était effectivement désartibulé une partie du mollet. Mais il s'en fichait.
Tout ce qui lui importait était le combat que menait actuellement Ginny. Les apaisements de Mrs Weasley n'arrangeaient rien. Il n'arrivait pas à tenir en place et se mit à faire les cents pas. Au bout d'un temps qui lui parut interminable – était-ce toujours le soir ou était-on le matin ? –, le médicomage sortit de la salle. Il avait le visage fatigué – il s'était donc passé pas mal de temps, ce qui expliquait pourquoi plusieurs Weasley semblèrent se réveiller en sursaut –, mais heureux. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, mais elles ne pouvaient éclipser ses yeux pétillants.
« Alors ? » s'enquit Mrs Weasley qui avait les traits tirés, des cernes apparaissant sous ses yeux. « Comment ça s'est passé ?
— Très bien, rassura le médicomage. Cela a pris un peu plus de temps que prévu, mais rien de grave. Le bébé était un peu gros, alors on a voulu attendre avant de pratiquer une césarienne.
— Le bébé est un peu gros ? répéta Harry d'une voix atone.
— Vous êtes l'heureux père d'un bambin de cinquante-deux centimètres pour trois kilos huit.
— C'est une fille ou un garçon ? questionna Hermione.
— Je vous propose d'aller voir par vous-même », déclara le médicomage.
Harry entra en premier dans la salle, sans poser de questions. Ginny était en sueur et une petite couverture reposait sur sa poitrine qui montait et descendait lentement. Mais ce qui l'attira le plus fut le visage radieux de sa femme. Jamais il ne l'avait vue aussi heureuse, aussi fière, aussi joyeuse. Elle le regardait et ses yeux marrons semblaient englober le monde entier, n'être plus que la seule chose qui existait dans cet univers. Jusqu'à ce qu'il vit enfin ce qui se cachait sous la couverture.
Un petit visage tout rose et fripé le regardait avec de grands yeux noirs, une petite touffe noire sur le sommet du crâne. Pendant un instant, le jeune père crut qu'il allait s'évanouir, puis sauter de joie, avant de serrer fort contre lui son épouse. Mais il ne fit rien de tout ça. Il se contenta de regarder le nouveau-né, son bébé, puis il lui caressa tendrement les joues.
« C'est un garçon, murmura Ginny d'une voix faible. Tiens, prend-le. »
Elle lui tendit le bébé et il le prit délicatement. Il se sentit aussitôt stupide, maladroit, complètement à côté de la plaque. Il essaya de caler confortablement son fils, il s'y reprit à quatre fois avant qu'Hermione ne daigne venir l'aider, sous un éclat de rire général des Weasley. Cependant, ils furent tous effacés par le sourire de la sœur cadette, à la fois faible et tendre. Elle n'avait jamais été aussi magnifique.
« Comment allez-vous l'appeler ? demanda une des guérisseuses présentes.
— Pardon ? fit Harry.
— Quel est le nom du bébé ? »
Il regarda Ginny et celle-ci se contenta de cligner des yeux doucement. Il regarda son fils, le premier Potter à naître depuis vingt-trois ans. Il prit conscience de ce que cela signifiait, impliquait. Il était père, tout comme l'avait été un jour James Potter. Tout comme aurait dû l'être Sirius Black.
La nouvelle génération était en marche.
« James… Sirius, murmura-t-il.
— Je vous demande pardon ?
— James Sirius Potter, c'est son nom. »
Harry rendit le bébé à sa mère en prenant soin de ne pas le réveiller. Puis il sortit, accompagné par les autres membres Weasley. Seuls Mr et Mrs Weasley restèrent avec leur fille. Ils semblaient aux anges. Lorsqu'il fut dans le couloir, un tonnerre explosa aux oreilles du jeune père : on lui donna des tapes dans le dos, on le serra dans les bras, on le félicita chaleureusement. Il ne savait plus où donner de la tête.
« Bien joué, mon vieux ! déclara Ron.
— Merci. Je… je peux te demander quelque chose ?
— Oui, bien sûr.
— Tu veux être le parrain ? »
Son ami semblait avoir été stupéfixé. Il le regarda comme s'il le voyait pour la première fois. Il se redressa légèrement, ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises, passa sa main dans les cheveux. Mais le signe le plus significatif de sa gêne était ses oreilles rouges.
« Oui, bien sûr, accepta-t-il. Je… je serais très honoré d'être le parrain du plus jeune Potter. Je peux juste émettre un avis ?
— Vas-y.
— Sincèrement, tu aurais pu mieux trouver comme nom. »
Tout le monde éclata de rire, y compris l'intéressé. Mais il savait que c'était là la façon de Ron de lui montrer qu'il était d'accord et qu'il s'acquitterait de sa tâche jusqu'au bout. Il le prit dans ses bras pour lui témoigner sa reconnaissance, mais lorsqu'il vit le visage fermé de son ami, il recula et essaya de décrypter cette expression.
« J'ai moi aussi quelque chose à te demander Harry », déclara-t-il d'un ton grave.
Rénatus marchait sous la pluie de ce début de Septembre. Alors que des centaines d'élèves se retrouvaient joyeusement dans le Poudlard Express, s'échangeant le récit de leurs vacances, le jeune homme affrontait les éléments qui s'acharnaient contre lui. Il arriva péniblement à l'orée d'une forêt dense. Il vérifia que personne ne se trouvait à proximité, mais c'était une précaution inutile : il se trouvait au milieu de nulle part.
Il y pénétra et fut immédiatement plongé dans l'obscurité, mais le vent et la pluie cessèrent également. Il se trouva dans le silence le plus total. Il s'avança entre les troncs, s'enfonçant de plus en plus dans le cœur de la forêt. Sa cape s'accrochait à toutes les ronces, à toutes les racines.
Au bout d'une dizaine minutes, Rénatus perçut une faible lueur devant lui entre les branches. Il se dirigea en direction de la lumière jusqu'à arriver dans une clairière d'une trentaine de mètres de large au centre de laquelle se dressait un dolmen parfaitement conservé. Juste aux pieds de l'immense structure se tenait une petite cabane en bois. À travers l'une des fenêtres, il vit une chandelle qui était à l'origine de la lueur qui l'avait guidé.
Le jeune homme s'avança un peu plus dans la clairière lorsque la chandelle s'éteignit. Il entendit une porte s'ouvrir puis se refermer. Il prit alors conscience qu'il n'était pas seul.
« Tu en as mis du temps, reprocha une voix.
— Je vous l'ai déjà dit : je ne veux pas que le Ministère prenne connaissance de mon existence avant le moment venu. Malheureusement, votre évasion n'est pas passée inaperçue. Vous m'excuserez donc de me montrer prudent. »
Une nouvelle chandelle s'alluma à quelques centimètres du visage de Rénatus et quinze faces apparurent. L'un d'eux portait de nombreux bandages.
« Ton attentat était très discret, en effet, railla Selwyn. Totalement inaperçu ! Et il a fonctionné à la perfection. Une vraie réussite !
— La ferme, trancha le jeune homme.
— Du calme, du calme, temporisa Bletchley. Rénatus, ton acte était admirable, mais tu as doublement échoué dans ta mission : tu n'as pas trouvé les Reliques et tu as raté ta cible.
— Je sais. C'est tout simplement à cause de cet abruti de Weasley ! se plaignit-il. S'il n'avait pas surgi soudainement, tout se serait bien passé. Potter serait mort à l'heure qu'il est et…
— Nous aurions rempli notre part du contrat. À toi de remplir la tienne.
— Je suis un homme de parole. Je remplirai ma part du contrat.
— Selwyn, continua Bletchley, tu dois apprendre à mesurer tes propos. Surtout pour ce qui va venir. L'attentat de Rénatus ne peut nous être reproché – il a pris les dispositions nécessaires –, ce qui n'aurait pas forcément été le cas pour vous tous. Et je tiens à rajouter qu'il aura permis, au moins, d'écarter Weasley de notre route jusqu'à ce qu'il décide de réintégrer les Aurors.
— Bien, nous avons éclairci un point, déclara Harper. Nous pouvons maintenant aborder le vrai sujet de cette réunion. Pourquoi tu nous as réunis dans cette forêt paumée ? »
Tous les regards se tournèrent vers Bletchley, mais Rénatus continua de fixer Selwyn d'un regard mauvais. Il les détestait tous. Un jour, il les tuerait tous. Ils se baignaient dans des illusions de grandeur, s'imaginant pouvoir ramener le Seigneur des Ténèbres à la vie. Le jeune homme sentit une vague de dégoût le submerger. Le leader des Mangemorts resta silencieux quelques instants avant de prendre une grande inspiration.
« Très bien, dit-il d'une voix grave. Avant toute chose, je dois mettre quelque chose au point. Une fois que nous serons sortis de cette forêt, nous devrons tous entrer dans la clandestinité.
— Nous le faisons déjà, fit remarquer Parkinson d'une voix nasillarde.
— Vous ne comprenez pas. À partir de ce soir, nous devrons devenir invisibles, incognito et totalement insaisissables. Il sera tout simplement hors de question que l'un d'entre nous ne se fasse arrêter par le Ministère, ou même ne soit mêlé à une affaire dont s'occupe le Ministère. Et quand je parle du Ministère, je parle de tous les Départements du Ministère, sans la moindre exception.
— Nous devons punir ce traître de Malefoy ! cracha Dolohov. Il nous a bernés pour nous subtiliser Potter !
— Tu ne comprends donc rien, se lamenta Bletchley. Nous devrons agir dans l'ombre, sans jamais nous faire repérer. Par conséquent, finis les coups d'éclats. Plus de destructions d'autoroutes, plus d'explosions d'immeubles remplis de Moldus. Plus de meurtres spectaculaires de membres éminents de notre Communauté.
— Il n'y a pas besoin d'être spectaculaire ! objecta Dolohov. Et tu nous as déjà fait part de planifications pour tuer des membres éminents de notre Communauté. Rénatus lui-même veut éliminer Potter !
— Nos actions doivent nourrir nos objectifs. La mort de Potter en sera la touche finale. Tuer Malefoy est inutile et ne fera qu'attirer les regards vers nos activités. De plus, il pourra peut-être un jour nous servir, nous pourrons le manipuler grâce à l'affront qu'il nous a fait. Mais désormais, nous agirons par des actes précis sur le long terme. Pas de date butoir, pas de restrictions temporelles.
« Les Mangemorts du temps du Seigneur des Ténèbres sont révolus, nous devons nous adapter, évoluer. Nous allons poser les bases d'une nouvelle génération, plus dangereuse et plus efficace.
— Et qu'allons-nous faire ? s'enquit Yaxley.
— Nous allons continuer notre objectif secondaire, à savoir : réunir les Reliques de la Mort. Notre troisième objectif sera de réussir à placer une source sûre au Ministère, peu importe le département.
— Et quel sera notre principal objectif ? interrogea Rénatus. Tous ces objectifs desservent forcément un plus grand dessein. Lequel est-ce ? »
Bletchley fixa le jeune homme et celui-ci crut y déceler une lueur de folie. Ou alors était-ce un rêve, un souhait ? Le Mangemort maintint un silence théâtral avant de déclarer d'un ton mystérieux :
« Vous connaissez déjà ce plan : il s'agit du Retour des Ténèbres. »
