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Notre fils naquit le 2 Janvier. Drago insista pour qu'il s'appelle Scorpius. Il était tout petit, mais aussi blond que son père et avait les mêmes yeux gris. J'aimais regarder ses petites mains entourer mon doigt et le serrer doucement. Il était la plus belle merveille que j'avais pu contempler. Mon mari était particulièrement protecteur envers lui et prenait plaisir à le porter. Les six premiers mois de sa vie passèrent comme un éclair. Je n'eus même plus le temps de travailler, trop occupée aux tâches quotidiennes. Nous fûmes émerveillés de voir notre petit garçon faire ses premiers pas et l'appelions l'un l'autre pour qu'il fasse des allers retours entre nous.
Narcissa aussi était très présente, elle semblait tout à fait heureuse en compagnie de son petit-fils qu'elle traitait comme un roi.
De manière surprenante, je vis Drago et Seamus devenir amis. L'homme peu loquace mais très serviable aimait passer du temps dans la cuisine avec mon époux, c'était l'occasion pour eux de prendre l'apéritif et de parler de sport.
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Le premier week-end que nous passions sans notre fils, nous partîmes pour une petite ville du Yorshire. Dans un bistrot, nous étions attablés face à face. Drago fit une remarque en riant sur son absence. Il évoqua la venue de Seamus dans la chambre qui faisait face à la mienne lorsque j'avais été prise d'angoisse nocturnes. Je le regardais gravement alors qu'il disait avoir eu peur d'être remplacé par mon premier amour. C'est alors que je lui dis :
- « J'ai eu une aventure, quand tu es parti. Avec Ron. »
Je lui exprimais de but en blanc. J'attendais sa réaction avec crainte, le voyant serrer les mâchoires et les poings.
- « En réalité, je l'ai su. Cette fois où nous nous sommes croisés dans le Canterbury. J'étais tellement hors de moi que j'ai fait la même chose que toi. »
C'était sans conteste la discussion la plus difficile que j'ai jamais eu. Alors il avait fait la même chose que moi par vengeance ? Le silence s'installa entre nous. Pendant plusieurs minutes, nous nous contentâmes de porter nos tasses à notre bouche sans rien dire. Je ne savais pas comment réagir à cette situation. J'étais consciente d'avoir mal agit. Et en même temps j'étais certaine que je n'aurais pas pu agir autrement. Nous nous regardâmes dans les yeux intensément. Et soudain, je le vis sourire sans raison apparente. Puis je me mis à rire à mon tour. Nous riions sans pouvoir nous arrêter. Au bout de quelques minutes, j'essuyais les larmes qui coulaient de mes yeux et il fit de même. Puis il posa sa main sur la mienne. Il continuait de sourire sans sourciller, puis il dit sérieusement :
- « Tout ça, c'est du passé. Désormais nous resterons toujours ensemble, je ne te laisserais plus. En plus, tu m'as offert un cadeau que je n'espérais plus : Scorpius. »
Il me sourit sincèrement et je fis de même. Il avait raison, cette histoire était définitivement terminée et nous pouvions enfin être totalement heureux ensemble. Nous formions une famille. Je le vis s'exprimer pour dire encore une phrase, d'un air implacable.
- « C'est la dernière fois qu'on évoque cette histoire. »
J'acquiesçais. Le contrat était passé et je savais que parler de nos aventures risquait de nous faire trop de mal pour que ça vaille la peine d'en parler. Nous nous étions pardonnés et c'est tout ce qui comptait. Nous finîmes notre repas, et sortîmes du restaurant en y laissant nos paroles, nos rancœurs et notre jalousie. Il me proposa de le suivre, ce que je fis. Il m'emmena au bord de la mer. Nous riions en courant au bord de l'eau, puis il se jeta sur moi pour me faire tomber. Il m'envoyait des poignées de sable dans le cou pendant que je criais. Il me laissa me relever, j'en profitais pour lui sauter sur le dos. Il agrippa mes jambes et continua d'avancer. Après cela nous nous rendîmes dans le centre-ville où se trouvait une foire. Il m'offrit du chocolat et me proposa un tour de grand-huit. Du haut de la structure, nous voyions la mer au loin, la ville à nos pieds, et la campagne environnante. Le soleil se couchait et diffusait ses rayons dorés dans l'atmosphère. Sous cette lumière il était plus beau que jamais. Nous nous embrassâmes langoureusement, puis regardâmes au loin toujours main dans la main. En bas, il acheta la photo de nous deux enlacés sur le grand-huit que une machine automatiquement pour chaque personne qui montait. Ce week-end nous fit un bien fou. Nous étions plus soudés que jamais, pour le plus grand plaisir de notre fils.
Quelques mois plus tard, nous étions invités chez Fleur pour l'anniversaire des cinq ans de Louis. Nous nous y rendîmes avec Scorpius. C'était la première fois que Drago venait chez Fleur alors que nous étions mariés depuis cinq ans. Dans le salon, se trouvaient Ginny, Ron, Bill ainsi que la sœur de Fleur, Gabrielle. Cette dernière ne se rendait que rarement en Angleterre et j'étais heureuse de la croiser bien que nous n'étions pas particulièrement proches.
Louis eut son gâteau et ses cadeaux, puis il se rendit dans le jardin pour jouer en compagne de son père et de ses tantes. J'en profitais pour coucher Scorpius dans un lit d'enfant pour qu'il fasse sa sieste. Lorsque je fus de retour dans le salon, l'ambiance était électrique. Fleur essayait de faire la conversation à Drago pendant que Ron lui envoyait un regard meurtrier. Je m'assis entre Drago et Ron. Ce dernier en profita pour m'informer que Lavande l'avait quitté. A ces mots, Fleur disparu dans la cuisine et Drago retourna son attention sur le roux. Je ne savais pas que répondre à sa remarque. L'avait-elle quitté à cause de moi ?
- « Lavande m'a quitté parce qu'elle a appris que nous avions eu une liaison pendant trois mois. » Répéta-t-il encore plus fort, tout en lançant un regard de défi à mon époux.
Le blond se leva et le menaça de toute sa posture. C'est alors que Ron dit la phrase de trop, sur le ton de la moquerie :
- « Ton fils aurait pu être le mien, à trois semaines près. »
Le coup de poing frappa son visage moins d'une seconde avant la fin de sa phrase. Drago se mit à insulter mon ancien amant de tous les noms tandis que celui-ci se ruait sur son ennemi. Mon mari fut projeté contre le mur le plus proche, puis il poussa le roux et se mit à lui asséner des coups de genoux. L'un et l'autre avaient le poing levé quand je m'interposais. Je m'immisçais entre eux et les forçait à se séparer. Drago quitta la pièce pour se rendre dans la chambre dans laquelle dormait notre enfant. Je me retrouvais seule avec Ron qui se rassit sur le canapé et se mit à pleurer entre ses mains.
- « Tu avais raison Adélaïde. On a fait une énorme erreur. En réalité, on aurait mieux fait de ne jamais se rencontrer. Tu ne peux pas savoir combien je regrette maintenant qu'elle m'a quitté. »
Drago reparut par la porte, Scorpius dans les bras. Il lança un regard noir au Weasley qui continuait de pleurer lamentablement. Lorsqu'il s'adressa à lui, ce fut sur un ton si glacial que je ne reconnus pas sa voix : « Ne t'avises plus jamais de t'approcher de ma famille. ». Je frissonnais à l'entendre, sa sentence résonna comme une condamnation à mort. Le blond me prit la main et m'entraina dans le jardin sans rien ajouter. Là, nous fîmes nos adieux au reste de la famille. En repassant dans le salon, je vis le roux toujours en proie à son sentiment de désespoir. Il fit un mouvement comme pour parler, mais n'osa pas et se contenta de regarder ses pieds.
De retour à la maison, Drago s'occupa de mettre son fils dans le berceau que nous avions déplacé dans la chambre qui faisait face à la nôtre. Puis il descendit l'escalier et me rejoint dans la cuisine. Le silence planait dans les airs. Au bout de longues minutes, il m'adressa un regard de reproche. Ensuite il explosa. Sa colère grondait comme un orage. Il hurla jusqu'à ce que tout son venin sorte de ses entrailles. Il me reprocha de vouloir rencontrer mon ancien amant chaque fois que je voyais ma cousine. Il cria que j'avais été stupide de m'enticher d'un idiot pareil. Il fulmina encore en lançant maintes et maintes phrases toutes plus violentes les unes que les autres. Jamais je ne l'avais vu ainsi. C'était la première fois que j'étais confrontée à une telle douleur chez lui. Derrière tous ces mots je compris la douleur qui était née chez lui, lorsque Ron lui avait dit : « Cet enfant aurait pu être le mien. ». Je sentais qu'il essayait de l'oublier en le couvrant d'ordures verbales, mais le mal était fait. Jamais Drago n'aurait pu accepter cette idée. Cela avait touché son plus grand orgueil et la manière même qu'il avait de m'aimer : je ne pouvais être qu'à lui, je ne pouvais avoir d'enfant qu'avec lui. Il aurait aimé que je sois seulement une femme pour lui, qu'il soit le seul à pouvoir accéder à moi. Et voilà que quelqu'un qu'il exécrait lui envoyait la plus grande insulte qu'il put entendre.
- « Plus jamais, je ne veux plus jamais le voir. » Finit-il par déclarer d'un air dégouté, mais sans élever la voix.
Je me contentais de le regarder en silence, s'asseoir finalement et se servir un grand verre de whisky.
Il passa une grande partie de la nuit debout, je l'entendis monter au deuxième étage de la maison où il avait installé son bureau. Le matin lorsque je me réveillais, je me rendis dans la pièce mansardée. Il était assoupi sur un fauteuil et semblait dormir paisiblement. Je m'approchais doucement de lui et posais ma main sur la sienne. Il s'éveilla brutalement et se leva d'un bond. Son regard effrayé se posa sur moi. Un instant plus tard j'entendis Scorpius appeler de la chambre. Je me pressais pour le lever, le changer, l'habiller puis nous descendîmes pour petit-déjeuner. Alors que je donnais la becquée au petit, Drago entra dans la cuisine. Il était toujours en colère à cause de la veille, mais ne manqua pas de saluer son fils avec chaleur. Après le repas du matin, je menais l'enfant dans le parc prévu pour lui dans le salon et le laissais jouer tranquillement. Puis je retrouvais à nouveau le blond dans la cuisine, dans l'espoir d'apaiser la situation.
- « Ecoutes, Drago. Je comprends que tu sois en colère. Mais je t'aime, je n'aime que toi. Tout ce qu'il voulait c'est te faire du mal. Nous faire du mal. Ne te laisses pas atteindre par ces petites querelles d'orgueil. »
Il se tourna vers moi et répéta ma dernière phrase avec amertume. Il semblait à nouveau prêt à exploser, mais il se contenta d'expirer tout en quittant la pièce. Il s'enferma au deuxième étage toute la journée. Le soir, après avoir couché le petit, je me retrouvais seule dans notre chambre à observer la lune briller à travers la fenêtre. Ce schéma se répéta pendant toute une semaine. Drago se levait en même temps que moi, puis m'ignorait jusqu'au soir. Il se couchait bien après moi ou dormait simplement dans son fauteuil.
Heureusement, lorsque Narcissa vint nous voir le week-end, Drago marqua une pause dans son hostilité affichée à mon égard. Cependant cela ne suffit pas à berner la mère avisée qu'elle était, et elle passa toute une partie de l'après-midi dans le bureau avec son fils. Ils semblaient discuter vivement, j'entendis des éclats de voix. Je fus surprise de voir Narcissa sortir du deuxième étage en claquant la porte, puis partir sans dire un mot. Ensuite ce fut au tour du fils de sortir de son antre. Il me retrouva dans la chambre en train de ranger le linge dans l'armoire. Quand je l'entendis s'arrêter sur le pas de la porte, je me retournais. Sa bouche se tordais dans un timide sourire, il s'approcha de moi, jusqu'à effleurer mon bras et chuchota doucement : « Pardon. ». Mon visage reproduisit les traits du sien et nous tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Nos lèvres se rencontrèrent tandis que nous nous déshabillions doucement. Avec tendresse, il caressa ma peau. Doucement, j'embrassais chaque recoin de son corps. Ce soir enfin, nous dormîmes enlacés. Je remerciais intérieurement ma belle-mère pour son intervention. J'étais heureuse qu'elle ait été mon alliée.
Une semaine plus tard, Drago évoqua à nouveau le sujet alors que nous passions une soirée complice entre nous. Nous étions installés face à face sur le lit, il interrompit le mouvement qui menait ma main vers son torse et déclara :
- « Toi et Scorpius, vous êtes ce que j'ai de plus précieux au monde. Alors quand il m'a provoqué, j'ai tout simplement exposé. Je l'aurais tué. J'ai vraiment eu ce désir de le faire disparaitre de la surface de la Terre. C'est la première fois qu'une telle chose arrive. Et peut-être que si tu ne t'étais pas interposée, je serai allé au bout. »
Je remarquais que cette altercation avait en effet réveillé chez mon époux une part sombre dont j'ignorais l'existence. Aurais-je mieux fait de ne rien lui dire de cette passade ? Car au fond, c'était sa disparition au moment où notre vie volait en éclats qui m'avait poussé à trouver ce réconfort dans le passé. Ron avait simplement été complice de l'illusion que j'avais souhaité me créer. Je ne m'étais jamais posé la question des retombées de ces trois mois sur sa vie et j'avais été surprise d'apprendre que Lavande l'avait quitté. Cela me renvoya à ma propre attitude irresponsable : je n'avais pas réfléchi une seconde à mes actes. Je m'étais sentie tellement abandonnée et seule que je prenais nos rendez-vous comme un simple passe-temps. D'ailleurs ça avait fonctionné pour un temps, avant que je me rende compte de la vénalité de la situation. D'un autre côté, plus d'un an avait passé et il me semblait être une personne complètement différente. Je n'étais plus la même depuis que j'avais emménagé ici, puis il y avait eu la naissance de mon fils. Ce bouleversement fut le plus profond de toute mon existence, rien ne peut être comparable à la place que prend un enfant dans la vie de ses parents. Comment Ron avait-il été assez stupide pour vivre cette relation alors même qu'il en avait trois, voilà qui demeura toujours un mystère pour moi.
- « Toi aussi tu as eu des aventures lorsque tu es parti. » Répondis-je à Drago.
- « Oui, mais tu es la seule femme que j'ai jamais aimé. L'unique. »
Ces paroles touchèrent directement mon cœur qui fondit de la même façon qu'une guimauve.
Cette nuit, je rêvais à nouveau du départ de Ron. Je revoyais son visage, dix ans plus tôt, plein de jeunesse me sourire avec gentillesse. Cette fois, aucune larme sur nos visages, simplement une petite contraction au coin des lèvres évoquant de la joie. C'est alors que Drago me prenait la main pour m'emmener loin de lui, de la même que Lavande pris la main du roux pour le tirer dans l'autre sens. La main de mon mari se mêlait à la mienne jusqu'à ce qu'elle soit la mienne. Je me réveillais avec cette sensation de l'avoir à l'intérieur de moi.
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