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Plusieurs mois passèrent. D'abord nous passâmes beaucoup de temps heureux dans cette maison, mais comme le bonheur n'est jamais sans nuage, il me sembla que j'étais malade. J'étais tous les matins secouée par de violentes nausées. Il m'arrivait même de rendre l'entièreté de mon petit-déjeuner. Drago s'en rendit compte et me poussa à me rendre chez le médecin. Le petit Scorpius avait un an et demi et avait toujours beaucoup besoin de ma présence. Je mis environ un mois à trouver le temps de me rendre à l'hôpital. J'y emmenais mon jeune fils, avec l'idée de le présenter à Edwige. Mon ancienne collègue travaillait toujours au même endroit, elle avait pris beaucoup de poids depuis la dernière fois que je l'avais vue. Elle me reconnut immédiatement et m'adressa son plus beau sourire. Je pris le temps de lui présenter le petit ange que j'avais emmené avec moi, avant d'en venir au problème qui m'avait emmené à l'hôpital.
- « Je suis épuisée, je vomis énormément. Parfois j'ai même la tête qui tourne. »
Edwige pris très au sérieux mes symptômes et me fit immédiatement un examen complet. Pour occuper le petit Scorpius, elle lui proposa des feuilles et des crayons. Lorsque je le retrouvais il semblait ne pas avoir eu conscience de mon absence. Edwige finit par écrire un rapport sur ma condition. Elle était concentrée et j'eus peur d'être condamnée. Je la suppliais de me dire ce que j'avais.
- « Ne t'inquiètes pas ! Tu es tout simplement enceinte. » Répondit-elle en riant.
Elle me proposa néanmoins des compliments alimentaires pour être moins fatiguée et faire cesser les nausées. J'acceptais avec soulagement. Lorsque je rentrais à la maison, j'ai la surprise de trouver mon mari en compagnie de Seamus, Pansy, Blaise et Théodore. Je m'assieds, lasse sur l'un des fauteuils. Le temps passe, je reste assise, contemplant mon verre de jus de fruit. Tout allait recommencer : l'arrêt de l'alcool, le ventre qui devient de plus en plus rond, le sommeil que l'on trouve de plus en plus difficilement. Et puis l'accouchement. Lors de ma première grossesse je n'avais eu aucun des symptômes que je ressentais cette fois. J'avais beaucoup d'appréhension quant à l'annonce que je devais faire à Drago, je ne savais pas s'il voulait avoir un deuxième enfant. Au contraire il me semblait qu'il avait toujours souhaité avoir seulement un fils. Il est tard. Les amis sont partis et Drago me raconte les projets qu'il mène dans le but de pouvoir enfin sortir son père de prison. Son association apportant une aide à la réinsertion. Il avait l'espoir fou de le faire changer de point de vue quant aux Moldus. Voyant que je ne l'écoutais que d'une oreille, il finit par me demander :
- « Raconte-moi. Comment ça s'est passé ?
- Je vais bien. Je suis enceinte. »
Je lâche le morceau, sans avertissement, sans tact, bouleversée par mes propres mots qui ancrent dans le réel cet état de fait. Quand je relève le regard vers lui, qui se tient silencieux depuis quelques secondes, c'est un mélange de surprise et de joie qui est peint sur ses traits. Il hésite, regarde mon ventre avec avidité. Il se rapproche de moi et me prend dans ses bras chauds. Je me rapproche de lui, je me sens un peu soulagée. Ces bras qui m'entourent me calment tout comme ils calment le sentiment de mal-être qui m'avait saisie.
- « Rien ne pouvait me rendre plus heureux. » Murmure-t-il.
Mes yeux se plongent dans les siens, d'un bleu limpide. Il m'emmène à notre chambre, me tenant par la taille. Il me laisse me déshabiller, s'installe à mes côtés dans notre lit.
Le lendemain, je nettoie, je brique, je prépare le meilleur repas que possible à midi. Nos parents viennent manger chez nous le lendemain, et nous leur annonceront la nouvelle. Drago est aux anges, je ne l'ai jamais vu si heureux, excepté peut-être le jour de la naissance de Scorpius. Lorsque je m'installe dans le sofa à ces côtés, il me prend dans ses bras et me dit :
- « Quand nous nous sommes mariés, j'ai été le plus heureux des hommes. Alors maintenant, je n'ai plus de mot pour expliquer ce que je ressens. Tu m'as offert tout ce que l'on peut souhaiter, tout ce qui n'a pas de prix. L'amour. Une famille. Un foyer accueillant. »
Doucement il avance sa grande main vers mon ventre à peine gonflé. A son contact je tressaille de plaisir. La nature ne m'a pas gâtée une fois mais bien deux. Deux merveilleux présent dont je serai toujours orgueilleuse. Là, dans ses bras, avec cette sensation de sa main flattant mon bas-ventre, je me sentais petit à petit gonfler, gonfler de plaisir et d'un orgueil que je ne me connaissais pas. J'étais fière d'être sa femme, fière de porter l'enfant d'un homme aussi beau. Face à moi je contemplais la perfection même. Notre histoire semblait avoir été préméditée, prédestinée afin que je puisse un jour comme celui-ci, lire dans ses parfaits yeux gris, ma propre perfection. C'était la première fois que je sentais ainsi mon égo se remplir jusqu'au bord de l'explosion, simplement en fixant les deux prunelles entourant un gris parfait : ni blanc, ni noir. Je perçu son sourire sans le voir, trop absorbée par ma propre contemplation. Comme lors de notre nuit de noce, j'avais l'impression de devenir mon mari, que nous n'étions pas deux êtres mais un seul. J'en vins même à respirer à son rythme, tandis qu'il me couvrait entièrement de ses yeux, de sa bouche, de sa peau. Il était autour de moi et en moi à la fois.
La période qui suivit fut pleine de joie et de promesses. Drago faisait tout pour moi, depuis que je lui avais annoncé ma condition. Il me couvait même un peu trop, mais j'y prenais plaisir. J'appréciais le contraste avec ma première grossesse : j'étais cajolée, entourée, fêtée partout. Je me sentais comme une reine. Mon mari me couvrit de cadeau, certains étaient d'ailleurs bien trop extravagant à mon goût. Pansy pris même soin d'organiser une petite fête. Elle n'invita pas ma cousine que je n'avais plus revue depuis cette fameuse après-midi, mais quelques amies qui me semblèrent bienveillantes. Une cependant retint mon attention : Daphnée Greengrass. Elle était grande, belle et avait de long cheveux blonds comme… Cette femme que j'avais croisée en compagnie de Drago dans l'hôtel de Canterbury. J'ignorais mon trouble et voulut en savoir plus sur elle. Elle était mariée depuis peu. Son attitude demeurait pourtant distante et j'essayais d'y déceler un signe. Mais Pansy ne me laissa pas lui parler, elle ne cessait de me lancer des banalités pour me détourner d'elle. Je me posais la question, bien-sûr. Mais cette question avait-elle besoin d'une réponse ? Au moment où tout se passait si bien dans ma vie, je n'avais pas envie de tout gâcher avec de la jalousie. Pourtant, c'est bien cette pique qui avait touché mon cœur quand je l'avais vue de dos, dans le jardin. Heureusement, Drago était absent, j'en étais soulagée. Je ne voulais pas voir du désir dans ses yeux s'ils s'étaient posés sur elle, ça m'aurait trop blessée. Pourtant, moi aussi j'avais eu une aventure, mais imaginer mon mari en compagnie de cette femme me retournais l'estomac. Je me retrouvais seule avec elle après avoir couché Scorpius pour sa sieste. Daphnée me dit qu'elle aimait regarder les enfants dormir. Lorsqu'elle se pencha sur le berceau du petit, la pique me titilla encore. Je sentais les paroles au bord de mes lèvres, mon cœur battre plus fort dans ma poitrine, mais j'étais incapable de parler. C'est elle qui le fit.
- « Je suis heureuse de te rencontrer. » Enonça-t-elle « J'ai toujours eu de l'admiration pour toi. Pour la manière dont tu as encaissé la disparition de ton mari, la déchéance de la famille Malfoy. Tu t'en es toujours bien sorti, d'autres auraient baissé les bras ou abandonné, mais pas toi. »
Son sourire franc me donna envie de lui arracher la tête. Etait-elle bien en train de me narguer ? Je la voyais avouer à demi-mot son désir de prendre ma place alors qu'elle se tenait entre moi et ma progéniture. Son insolence était à peine crédible.
- « Je me fiche que tu ais eu une liaison avec mon mari. » Répliquais-je.
Ses sourcils s'arquèrent au-dessus de ses yeux verts en amande. Elle baissa la tête, un instant. Puis avec un air désespéré elle essuya une larme qui coulait sur sa joue. Elle se reprit le temps de me lancer :
- « Je l'ai aimé. J'ai cru. J'ai cru qu'il pourrait être avec moi. Mais il s'est contenté de me jeter. Ne t'inquiètes pas, il t'est fidèle ton mari. Je me demande… Je me suis demandé ce que tu avais de plus que moi. Maintenant je sais. »
Sur ces dernières paroles sibyllines, je la vis fondre en larme. Je la regardais sans oser faire le moindre mouvement. Je n'avais aucune envie de la consoler de la peine d'amour qu'elle avait pu vivre avec mon époux. J'étais simplement hors de moi depuis sa dernière tirade : de qui se moquait-elle ? Sérieusement, c'était à moi de rassurer la cruche que mon mari avait baisé allègrement pendant son absence qui m'avait tant fait souffrir ? C'était juste hors-de-question. Je la priais de se reprendre afin qu'elle ne réveille pas l'enfant endormi et sortait sans un mot. Dehors, je retrouvais l'air frai qui calma mon trouble. Dans le jardin, j'allais trouver Pansy pour lui demander pourquoi elle avait invité cette Daphnée ici. Pour toute réponse, elle me tint le discours suivant : « Je ne pensais pas que tu étais de ce genre. Parce que moi aussi j'ai couché avec Drago, bien avant qu'il te rencontre. La jalousie est un sentiment archaïque. Je ne savais pas que tu y étais sujette. ». Je me retrouvais à nouveau coite. Le monde marchait-il sur la tête ? Malgré-moi, je laissais mon visage afficher un air outré. Mon ami y répondit par des rires et me proposa de me relaxer. Invoquant l'adage de bon sens populaire « Le passé, c'est le passé. ». Je n'avais rien à ajouter à cela, je me contentais d'essayer d'apprécier le reste de l'après-midi.
Lorsque Drago rentra de son travail ce soir-là, je l'attendais de pied ferme. Quand il me vit assise sur les marches, il comprit tout de suite qu'il y avait du gaz dans l'air. Et il ne se trompait pas, puisque j'étais prête à enchainer les critiques, jusqu'à nous mener à la plus grosse dispute possible.
- « Alors comme ça tu as couché avec Daphnée Greengrass ?
- Bonsoir ma très chère femme, je vois que tu as passé une journée mouvementée. Il y a un problème ?
- Pas vraiment, sauf que j'ai passé l'après-midi avec deux de tes conquêtes ! Ah ! Tu t'es bien gardé de me parler de ta coucherie avec Pansy ! Ca, pour les secrets tu es fort. Un coup tu disparais sans laisser de trace, un coup tu es de retour avec tes maîtresses en prime !
- Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop Adélaïde ? Pansy et moi étions dans la même école, on avait les hormones en ébullitions. J'ai connu beaucoup de femmes avant toi. Et alors ?
- Alors ? »
Son cynisme m'avait coupé l'herbe sous le pied. Je ne savais même plus pourquoi je m'égosillais au milieu de l'escalier. Une impression d'étrangeté s'insinua en moi sans que je puisse la combattre. Alors que je regardais partout autour de moi, ma main se posa sur mon ventre par automatisme. Les hormones me chamboulaient, et il semblait que j'étais incapable de lâcher prise. La colère me collait à la peau et j'avais besoin d'exploser un bon coup.
- « Drago ! Tu manques clairement de compréhension envers moi ! »
Il s'excusa, puis eu un rictus moqueur. Puis il prit un ton faussement enragé pour m'accuser d'avoir moi aussi fait des erreurs. Ayant du grain à moudre dans mon moulin, je fus soulagée de pouvoir continuer à exprimer ma haine en jetant un objet à terre, ce à quoi mon mari répondit en renversant une chaise. Cela dura un moment, pendant lequel j'envoyais les objets à terre et lui le mobilier. Lorsque je fus lassée de jeter tout ce qui passait par ma main, je lui sautais dessus. Avec un grand sourire, il m'attrapa au vol et m'embrassa furieusement. L'acte charnel fut consommé à même le sol sur lequel étaient dispersés les vestiges de nos objets du quotidien. Quand tout fut fini et que j'étais proche de l'endormissement, je le remerciais d'un chuchotement auquel il répondit par un baiser posé sur le haut de ma tête. Ensuite, il me porta jusqu'au lit dans lequel je sombrais dans le sommeil comme un bienheureux nouveau-né.
Un mois plus tard, Drago était excité comme une puce, il avait une grande nouvelle à m'annoncer :
- « Nous avons pu récupérer le manoir Malfoy ! Nous allons enfin rentrer chez nous et nos enfants seront élevés dans la demeure familiale ! Ils pourront grandir là où j'ai grandi. Jouer là où j'ai joué.
- Je croyais que tu gardais surtout de mauvais souvenirs de ton enfance ?
- Justement, c'est l'occasion d'en créer de meilleurs. »
Je haussais les yeux au ciel, et fis un mouvement de tête négatif. Je savais qu'il était impossible de l'arrêter en l'état actuel des choses. Il serait sourd à toutes mes remarques ou doutes. Alors il en serait ainsi, nous irions vivre dans sa demeure ancestrale.
Les grilles en fer-forgé noir me firent une impression désagréable malgré le choix de Drago de m'y emmener par une belle journée ensoleillée. Une longue allée bordée de pins menait aux larges marches de l'entrée. Une double porte en bois et fer s'ouvrait sur l'entrée au carrelage de marbre dallé noir et blanc. Les longues et hautes ouvertures de la façade étaient obscurcies par d'épais rideau couleur pourpre. Les murs de plusieurs dizaines de centimètres étaient de pierre sombre. A ma droite, une porte dans l'arrondi d'une tour, plus haut, une porte semblant mener vers un salon et de l'autre côté la réciproque. Et enfin, trônant au milieu de cette immense entrée et habillé d'une tapisserie d'une dizaine de mètres carrés, l'imposant escalier aux pierres blanches et sa rambarde en forme de colonne de chaque côté des marches. A l'endroit où s'étalait le bas de la tapisserie, l'escalier se scindait en deux parties, menant chacune à une partie différente de cette large bâtisse. Imperceptiblement, je serais plus fort le petit Scorpius installé dans mes bras. J'étais impressionnée, et légèrement craintive devant une telle entrée. Je compris qu'elle avait été précisément conçue en ce but : mettre le visiteur mal à l'aise, acquérir un pouvoir sur tout arrivant qui ne pouvait que se rappeler sa condition de maigre poussière dans l'univers. Drago voulut me faire visiter l'entièreté de la demeure, ou au moins les parties que nous allions habiter. Lorsque j'aperçu Narcissa dans le petit salon de gauche, je fus soulagée : au moins elle vivrait ici avec nous, même si elle aller demeurer dans l'aile gauche du premier étage. Nous devions nous installer dans l'aile gauche, qui avait besoin d'un sérieux rafraichissement pour avoir l'air plus accueillante. On aurait dit qu'un être sanguinaire et noir avait vécu dans cette bâtisse. Je suivais Drago sans rien dire, des frissons glacés me parcourant régulièrement le dos. J'avais peur qu'il me laisse plantée là avec mon bambin, au beau milieu d'un couloir. Heureusement il semblait avoir déjà commencé à aménager la partie la plus lointaine de cet étage : il y avait un salon, un bureau, trois chambres et deux salles de bains. Nos meubles étaient déjà là, mes bibelots aussi et je me sentis me détendre légèrement.
- « Drago. Cet endroit est lugubre. » soufflais-je.
Le regard qu'il me lança se voulut rassurant, il me rassura en me disant qu'il était prêt à réaliser toutes les modifications que je souhaiterai réaliser. Il me donnait carde blanche et les clefs de son coffre de banque.
Je ne perdis pas de temps et me mis tout de suite à l'ouvrage. En un mois le premier étage Est dans lequel nous vivions était méconnaissable, la lumière passait à travers les longues ouvertures sans entraves et les seules pièces dans lesquelles je tolérais des rideaux de couleur blanche et transparents étaient les chambres. Puis je m'attaquais au hall, je trouvais inadmissible qu'il fut si sombre et fis retirer les rideaux. J'eus même l'idée de placer des peintures aux murs, prenant soin de choisir des décors de natures aux couleurs chatoyantes et apaisantes. Ainsi, lorsque nous traversions cette pièce, je n'avais plus le cœur serré de trouver mon petit trésor gambader au milieu d'un décor mortuaire. Les mois passèrent et je m'étais presque faite au fait de vivre dans cette grande bâtisse. Mais un jour, alors que j'étais déjà à six mois de grossesse et que Scorpius venait de fêter ses deux ans, je le perdis des yeux quelques instants alors que nous discutions avec Pansy dans l'entrée majestueuse. Quelques secondes plus tard, quand je me rendis compte que j'avais perdu mon fils du regard, je l'appelais gentiment. Mais aucun son ne répondait à ma voix qui se fit de plus en plus effrayée. Je me demandais désespérément où il avait pu passer quand je remarquais que la porte qui donnait sur la tour était entre-ouverte. Je me précipitais pour l'ouvrir en grand pour trouver un rayon de lumière vers le bas des escaliers. Je m'engageais donc dans la descente, pleine d'angoisse. Une meurtrière laissait un faible rayon de lumière percer dans l'obscurité qui régnait. L'air était humide et glacial. Une odeur me retourna l'estomac alors que j'arrivais enfin à une sorte de couloir lugubre. J'allumais la lumière, sentant mes forces me quitter. Face à moi se trouvait un couloir voûté et quatre grilles qui laissaient entrevoir des cellules crasseuses. Des chaines pendaient des murs lamentablement et je pouvais distinguer des bracelets de fer rouillés sur le sol. Contenant la panique qui s'était emparé de moi, je continuais d'avancer vers la seule grille ouverte. Scorpius était là et dessinait à la craie sur un mur de pierres noires, entre deux voûtes. Pour la première fois depuis sa naissance, j'entrais dans une véritable colère devant cette vision monstrueuse de mon petit ange aux cheveux blonds dans un lieu aussi sordide. Mon sang ne fit qu'un tour, je lui entravais les mains en rugissant :
- « Scorpius ! Qu'est-ce-que tu fais là ? Tu n'as rien à faire ici ! C'est un endroit immonde ! Tu m'entends ? Immonde ! »
Son petit visage innocent me dévisageait avec surprise. Je le tirais jusqu'aux escaliers où je le trainais derrière moi. Il avait les yeux pleins de larmes et ne comprenait pas ma colère. Je continuais mon chemin à travers le manoir jusqu'à le mener jusqu'à sa chambre, lui intimant l'ordre de ne pas en sortir. La violence de ma réaction était proportionnelle à l'horreur qui m'avait saisie à la découverte de ces cachots. Ce soir-là, j'attendis Drago avec une impatience pleine de rancœur, dès qu'il me vit, il sut que quelque chose avait mal tourné. Je lui expliquais la situation.
- « Soit tu fermes cette porte à tout jamais, soit nous retournons dans la maison de Saint Bees. Notre fils n'a pas à grandir dans cette ambiance malsaine. »
Avec le calme qui ne le quittait presque jamais, il accepta que nous passions une semaine dans notre ancienne maison, le temps de nettoyer le manoir de toute influence maléfique.
Cette semaine à Saint Bees me fit l'effet de véritables vacances. Il me paraissait que toutes mes tentatives pour rendre le manoir agréable à vivre, ce lieu possédait une volonté propre qui résistait à ma présence. Certes la partie que nous habitions avait un aspect chaleureux, mais j'avais peur de ce qui pouvait se cacher derrière les portes fermées. Mes pensées suivaient leur fil sans entrave pendant que je contemplais le feu de cheminée tandis que mon mari lisait paisiblement la gazette à mes côtés.
Un bruit violent de bris de verre devant la maison coupa net mes considérations. Ce fut comme un réveil brutal, dévastateur. Drago se rendit dehors et je l'entendis hurler d'une manière tout à fait inhabituelle, lui qui ne perdait son sang-froid qu'en de très rares occasions. Je me précipitais à sa suite et émis un second cri strident, méconnaissable. Une véritable scène de crime se déployait sous mes yeux, un message sur la rue, écrit en lettres de sang, avec des flammes qui s'élevaient tout autour pour donner au tout un aspect encore plus infernal. Au milieu de tout ce sang, Scorpius qui se trouvait dans les bras d'un homme dont les yeux ne reflétaient que du noir. Les flammes se reflétaient sur le visage noirâtre, ses cheveux reflétaient le rougeoiement des flammes. Ces yeux qui communiquaient horreur et malheur me glacèrent.
Devant notre maison, mon ancien amant, Ron portait notre enfant au beau milieu d'un brasier entourant une inscription faite de sang : « Enfer ». Le message était clair. Pourtant, alors même que je me trouvais face à ce spectacle déplorable, je ne pouvais pas y croire une seconde. Le gentil Ronald Weasley, aux doux yeux bleus et au sourire charmeur ne pouvait pas être l'être sombre et poisseux qui se trouvait au milieu des flammes.
Drago, lui, ne mit qu'un instant pour réagir en se projetant au milieu des flammes pour récupérer notre fils. Il arracha le petit des bras de l'homme qui étonnamment ne réagit pas. C'est alors qu'abandonnant sa position, il bondit sur moi. En une seconde il se plaça derrière moi, me menaçant d'une dague.
- « Ce soir, je t'emmène avec moi en enfer ! » Murmura-t-il d'un ton doucereux à mon oreille avant de nous faire disparaitre tous les deux d'un seul coup.
Le décor sembla tourner sur lui-même quelques instants, puis je me retrouvais à Margate, près de Canterbury au bord d'une immense falaise. J'ai froid, un froid qui s'insinua jusque dans les plus profonds recoins de mon être, même mes os me semblaient glacés. Le poignard quitta ma gorge, à la place je me retrouvais désormais face aux yeux pleins de rage. Je sentis que ma gorge était entravée par une pression, c'était la seule partie de mon anatomie qui était chaude, elle brulait même. Il était en train de m'étrangler.
La main qui tient le poignard s'approche de mon ventre tandis que l'autre m'enserre le cou. Alors que je suis au bord de l'inconscience, une question hante mon esprit : « Pourquoi ? ».
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Un petit garçon appelé Scorpius, il ressemble à un petit ange. Ses cheveux sont d'un blond très clair qui me fait penser aux rayons du soleil qui percent les nuages par temps gris. Ses yeux sont gris, comme son père, ils manifestent une grande vivacité d'esprit. Son regard se pose sur moi avec l'affection dévouée d'un enfant. Son rire sonne comme une petite clochette dans le vent. Mais les ténèbres m'entourent et les yeux se remplissent de larmes. Des pleurs déchirants emplissent tour l'espace. Bientôt j'aurais un nouvel enfant. Peut-être une petite fille, ça me ferait tellement plaisir : une comme moi.
Ecran noir.
Le matin au réveil, je sens les bras de mon mari m'enlacer, je me retourne et regarde son visage paisible. Je l'embrasse. Tous les matins ce contact est le premier de ma journée et me donne du courage pour affronter tout ce qui se présente. Mon mari est doux avec moi, il fait de son mieux. Vraiment, c'est le mot : de son mieux. Et ça me convient comme ça.
Ecran noir.
Dix ans ont passés : dix ans que je suis arrivée, tout juste majeur en Angleterre. Dix ans que Ron a traversé le jardin pour toujours. Il m'avait fait promettre de vivre ma vie, de me marier, d'avoir des enfants. Mais, il n'a pas pu le supporter. Le noir a envahi ses yeux. Dommage que j'ai compris trop tard les relations qui lient ces deux hommes : une haine féroce, destructrice.
Peut-être que si j'avais su, j'aurais fait différemment.
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