Cher TD,

Je suis sûre que ça t'aurais fait rire !

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Et voilà un chapitre modeste, qui marque en tout cas la fin de ce long Hiatus: plus que sept chapitres, et un épilogue!

J'ai eu un petit moment de vague à l'âme, mais à terme il y a la dynamique qui revient.


Un tout grand merci à

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Sakhina

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Fleur d'ange

Soutiens chaleureux et grandement appréciés!

Et à vous tous, lecteurs silencieux, qui attendez dans l'ombre...


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Chapitre 23

Damnan(T) Quo(D) Non Intelligunt

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Mercredi 27 février
Around a Welsh cup of coffee

L'ambiance est indéfinissable : à l'image du groupe surprenant que l'on retrouve attablé dans le modeste salon des Tonks. Petit et accueillant, c'est ainsi qu'on pourrait définir le décor planté pour la scène qui va suivre : les teintes sont chaudes, beige et praline, rehaussé de bleu doux. L'assemblage du tout est tout de même un peu chaotique : Ted, artiste de son état, est, pour reprendre les mots de sa propre fille : « un véritable cochon », avec lequel il est difficile de garder la demeure en ordre... Mais ce n'est qu'un détail, le rangement hasardeux est éclipsé par un élément autrement plus saisissant pour qui pénètre dans la maison : ce sont toutes les photos de famille, étalées sur les murs.

Partout.

De la naissance de Nymphadora à ses premières années à l'école, en passant par les étés en vacances sur les côtes du Connemara, jusqu'aux excursions automnales dans les Highland au-dessus du Loch Ness. Le père et la fille nourrissant une passion bien connue pour le déguisement, il n'était pas rare de les voir grimés sur les clichés, jetant des grimaces complices à l'objectif derrière lequel on imagine sans mal se tenir une Dora hilare devant ce qui est pour elle un vrai tandem de théâtre. Les vacances, les amis…La famille ? A part le cercle restreint des Tonks, Remus et le petit Teddy, il n'y a guère d'images, si l'on excepte bien sûr un très beau souvenir de jeunesse entre Sirius et Andromeda, qu'elle a souvent contemplé avec émotion depuis la mort tragique de son cousin préféré.

Au centre de toutes ces images trône un magnifique portrait des époux, capturé le jour de leur mariage. Il semblait que le sourire de bonheur habilement capté par le photographe avait traversé le temps, que ce charme protecteur avait veillé sur le bonheur conjugal, dans ce qui se comptabilise désormais comme plus de trente ans de félicité. Leur famille, leur maison, leurs revenus : tout avait toujours existé en quantité réduite, mais s'agissant de caractères aussi sages et aussi simples, ils avaient toujours considéré qu'ils avaient exactement ce dont ils avaient besoin, et qu'un surplus serait superfétatoire. Ce qui importait avant tout pour Ted et Dromeda, c'était d'être ensemble : elle était son soutien indéfectible dans les épreuves, et il lui apportait la gaieté et la spontanéité qu'elle avait tant recherché dans sa jeunesse d'aristocrate guindée.

Il est assez difficile de peindre les impressions mentales de Severus et Cissy en cet instant. Comme pour tout un chacun –surtout pour ceux qui ont vécus au moins une histoire d'amour tragique dans leur vie – l'aura d'équilibre domestique ne pouvait que mettre en relief quel désordre avait été leur vie jusqu'à présent, et de mettre en comparaison leurs expectations vis-à-vis de leur existence, et ce qu'elle leur avait effectivement attribué. Ne nous y attardons pas trop, car l'amertume des regrets, des mots qui s'échappent sans qu'on puisse les contrôler, du temps de la jeunesse et ses opportunités qui passent sans jamais revenir, alourdissent déjà trop les cœurs.

Au moins pouvons-nous nous fier aux effluves de café : elles, elles ne mentent pas, ne prennent pas de détour. Ce sont un témoignage direct du temps présent et par ricochet, du travail qui s'amorce avec le versement de la première tasse.

-Je vous ai pris pour Ted : il est tellement tête en l'air (particulièrement de bon matin) que l'école m'a plus d'une fois appelée pour que je vienne lui rapporter ses clefs. Vous rendez-vous compte ? Pouffait la cadette des Black, comme s'il était un élève fauteur de troubles, et non un enseignant ! Narcissa, pourquoi est-ce que tu me dévisage comme ça ? Ajouta-t-elle, renvoyant à sa sœur un regard aigu.

Cissy se surprit à rougir de se voir gourmandée comme une gamine.

-Rien, c'est juste que les années ne t'ont pas…

-Ne m'ont pas ? Encouragea Dromeda en arquant un sourcil hautain.

-Ne t'ont pas…affectées, comme je m'y attendais.

Ce qui eut pour effet de faire éclater de rire son interlocutrice.

-Je vois le tableau : et en vérité, c'est peut être la première fois que j'y pense en près de trente ans… « La porte s'ouvrit sur Andromeda Black, qui refusa un mariage avantageux avec l'héritier des Goyle, et était en cet instant méconnaissable. Vêtue de haillon, le teint recouvert de suie, sa figure ne porte plus à la vue du spectateur stupéfait qu'un vestige, moins qu'une ruine, de sa beauté d'antan… »

Et d'éclater de rire de plus belle, tandis que Rogue lui-même plongeait dans sa tasse de café pour dissimuler un sourire sardonique, trop fin pour ne pas être sensible à l'ironie de la situation. Narcissa se contenta de soupirer.

-Est-ce que tu es décidée à prendre de travers tous mes propos, ou est-ce qu'à un moment tu vas consentir à m'écouter ?

-Mais je t'écoute, petite sœur chérie : je ne fais que ça, et je me trouve bien patiente quand tu prends autant de soin à tourner autour du pot. Tu ne vas pas m'annoncer que tu brises un silence de trente ans pour une visite de courtoisie ? Non, tu as bien trop de goût, et un sens bien trop certain de l'utile pour cela.

Bien sûr : Andromeda était dure. Pour tout dire, elle pouvait être aussi impitoyable que Bellatrix, car il n'est pas dit que cette dernière ait jamais pu au cours de sa vie, venir à bout d'Andromeda. Mais là où elle l'emportait sur l'aînée, était qu'elle demeurait toujours juste, tandis que Bella n'avait d'aspiration que pour les extrêmes.

La blonde serra les dents, comprenant qu'en effet, elle était étrangement acculée dans une situation qu'elle était elle-même venue provoquer. Elle se contenta de lâcher brutalement :

-Lucius me trompe. Oui, encore une fois, je sais, j'entends plus de commérages à ce propos qu'il ne me reste d'énergie pour les commenter. J'ai tenté de demander le divorce, ce qui m'a valut une séquestration assez pénible, sur laquelle je ne souhaite pas revenir pour l'instant. Il est de plus en plus odieux avec mon Draco, et récemment il a eu une…une réaction insupportable, inqualifiable envers lui. C'est plus que je ne peux le supporter : je veux le quitter, Andie, et je veux le quitter pour de bon. Seulement je suis seule, je ne bénéficie d'aucune protection au sein de mon propre clan : Bella n'a jamais été en très bons termes avec mon époux, mais tu sais à quel point le statut compte pour elle.

Les yeux d'Andromeda lancèrent des éclairs.

-Bellatrix n'a jamais brillé pour autre chose que sa malveillance, amorça-t-elle avec une lourde menace dans la voix. Non, se ravisa-t-elle brusquement – et une pointe de tristesse pointait dans ces yeux bruns -, non, c'est malhonnête : j'ai d'incroyables souvenirs d'enfance avec Bellatrix. C'était une petite fille comme les autres, atypique, libre, avec trop d'énergie pour les adultes…Jusqu'à ce qu'on lui fît subir ces horreurs, qui l'ont avilie à jamais…

La réunion fut suspendue par un silence qui s'étira sur de longues minutes, pendant lesquelles les deux sœurs se dévisagèrent avec gravité, tandis que Severus était pour la première fois depuis de nombreuses années : disons-le franchement, choqué. Choqué de ne s'être jamais penché plus que de mesure sur ce qu'avait pu être une Bellatrix Black enfant, innocente. L'image qu'il avait d'elle tenait trop de la scientifique éternellement folle. L'imaginer jeune, non coupable, était incongru, bien trop étrange... Après toutes ces années à penser savoir, pouvait-il encore, lui, se découvrir des tâches aveugles de naïveté ?

-Je ne sais plus quoi faire, Andie, soupira Cissy, vaincue pour la première fois depuis tant d'années. J'ai besoin de…de…de respirer, de revenir à moi-même. Et jamais je n'aurais les mains libres avec Lucius. Draco non plus…Tu n'as jamais rencontré Draco, n'est-ce pas ? Oh, tu l'adorerais, Andie, même toi tu tomberais sous son charme ! Il est tellement intelligent, respectueux, affectueux…C'est la meilleure part de mon être : si je l'abandonne, je nous perds tous. Comment peuvent-ils prendre cela en otage ?

Andromeda prit gentiment la main de sa petite sœur entre les siennes, d'un geste qui fit monter une chaleur d'une douceur incroyable dans les veines de Cissy.

-Oh, Narcissa ! Ils détruisent tout, ils maudissent tout, ces paons qui s'appellent une caste, qui voudraient être notre famille. Et particulièrement ce qu'ils ne comprennent pas…Ils ne peuvent pas comprendre…

Voilà toute la tragédie de la chose mieux résumée en une seule ligne qu'on pourrait le faire en trente chapitres. Les riches sont des pauvres gens comme les autres, après tout.

-Si je puis me permettre, intervint Rogue qui attendait que son tour vienne depuis un long moment, je crois qu'en la matière je puis faire quelque chose pour Narcissa.

Il fut enfin le centre de l'attention, ayant attendu son heure depuis qu'il avait accepté de suivre Narcissa dans cette folle escapade

-Nous n'avons d'ailleurs plus beaucoup de temps : ton mari finira bien par réaliser que tu ne t'es pas rendue chez les Carrow, comme annoncé. Et lorsque cela sera découvert, il remuera ciel et terre pour te rapatrier au giron. J'ai étudié la question, Mrs Tonks : voici le plan d'action que je favoriserai…

Et les effluves de café de venir couvrir de buée opaque les échos conspirateurs de nos Serpentard conjurés…


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-Mais puisque j'vous dis qu'j'me souviens plus d'l'endroit où qu'elle est tombée !

-Tatata, jeune freluquet, pas de bobards avec moi ! Rugit l'officier tout de son uniforme vêtu, l'air sévère, arpentant l'espace de son bureau d'un pas furibond, à la manière d'un fauve en cage.

-C'est vous qui avez commis le crime : avouez-le !

-Alors déjà, M'sieur, je veux dire que j'ai fait une bêtise, mais y'a pas eu de crime là : j'ai juste…

-Pas eu de crime ? Aboya le gendarme, tandis que ses longs cheveux fauves semblaient se dresser sur sa tête. La loi, piétinée, bafouée : assassiné ! Et lui il pense qu'il n'y a pas eu de crime, oh tous les Saints dans les Cieux !

-Oh ça va hein ! On était avec ce bon vieux Lee, on sortait tout juste de la fête de village et pis bon, ben, on y voyait plus très clair…J'étais convaincu qu'on l'avait bien fixé à la remorque moi, la grille du barbecue ! J'en peux rien qu'elle soit tombée sur la route, et maintenance ce vieux dingue de maire qui en fait tout un cirque…

-Parce que c'est une brèche de sécurité de la PLUS HAUTE importance. Imaginez : un petit enfant qui passe par là avec son tricycle, ne voit pas la grille roule dessus : et c'est l'accident. L'accident, peut être mortel : les jeunes sont si peu précautionneux de nos jours…Enfin, toujours est-il, Monsieur Rocade : vous êtes toujours en garde à vue, et je dis moi, que nous allons devoir opérer à une reconstitution de votre méfait.

-Tout ce flan pour une maladresse malheureuse…

-Cessez de contester une infraction qui a déjà été caractérisée. Vous venez avec moi, et le sous-officier Dawlish : maintenant. Montez dans la voiture sans opposer de résistance : nous allons opérer une reconstitution de votre forfait.

-Oh bonne mère…soupira le chauffeur de bus.

Scrimgeour lui renvoya un regard dans lequel grondait le tonnerre.

Scrimgeour, Rocade, Dawlish. La grille, partie I.


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Elle avait eu du mal à le débusquer, ce petit planqué de Malfoy.

Oui, oui : ces pensées sont peu amènes, mais elles reflètent ce qui vient de passer dans le cerveau brillant d'Hermione, qui a passé des heures entières à guetter cachée derrière de fausses lunettes, un chapeau et une écharpe, que Draco daigne enfin quitter son repaire à quelques millions de dollars pour se mettre à portée de tir.

Enfin.

Deux semaines avaient passées depuis sa mise à pied. Deux longues semaines : non pas qu'Hermione s'ennuyât (elle avait, pour se distraire, entamé le plan de ce qu'elle envisageait être comme une nouvelle thèse à présenter dans quelques années) : elle réussissait toujours à trouver quelque chose à faire, quelqu'un à voir, quelque cause à laquelle se consacrer. Mais tout de même : elle n'avait pas eu le fin mot de cette histoire, elle n'avait pas réussit à parer le coup que Lucius lui avait adressé en traître en prenant son fils en otage, et ce la frustrait au plus haut point.

Ah, je ne peux pas totalement porter sa moralité aux nues : elle n'a pas passé toutes ces heures à plaindre Draco tout en essayant de le comprendre entre-temps, il y eut tout de même d'heureux évènements : à commencer par l'anniversaire de Ron, qu'ils fêteraient tous ensemble une fois que ce dernier serait de retour de son voyage éclair auprès des siens au Royaume-Uni. Une ébauche de dialogue s'était presque installée en Ginny et Harry, mais ce pont restait fragile, et il fallait envisager une progression avec beaucoup de précautions…Quant à Seamus et Anthony, ils ne disaient rien, ne montraient rien, mais l'œil sagace des femmes devinait bien des choses au détour d'un regard ému qui ne pouvait se contenir…

Blaise était venue la voir presque tous les jours : devinant d'instinct qu'un tempérament comme celui de son amie aurait besoin tout de même de distraction pour ne pas tomber dans la mélancolie ou dans la culpabilité. Et puis, il sentait le vent tourner : c'était peut être l'occasion ou jamais de briser les digues, de récupérer son ami en donnant à son existence un second souffle. Blaise voyait mal quand des circonstances aussi favorables à une émancipation seraient réunis, et il ne comptait pas faire les choses à moitié : s'il y avait une chance de tirer Draco hors de lui-même, quel que soit le plan, il tenait à être de la partie.

Et l'idée était venue d'Harry : ce fut une drôle de scène, dans le sens « humoristique » du terme. Un soir, pendant qu'Hermione était en train de préparer une tarte à la mélasse, les effluves sucrés de la crème généreuse et de bon café eurent l'effet d'attirer deux prédateurs, dans une scène de rémanence à un incident intervenu quelques mois plus tôt.

« Encore toi ! »

S'étaient exclamés en cœur Blaise et Harry outrés, se retrouvant né à né devant la porte du havre d'Hermione d'où montait la délicieuse odeur de pâte qui sort du four. Ils s'invectivèrent, pour la forme, puis d'un commun accord (la gourmandise l'emportant sur leur mauvaise foi), avaient raccroché leurs rancunes respectives, renonçant à des complications qui pouvaient amoindrir leur chance d'avoir ce qu'ils étaient venus chercher : du réconfort amical, et un bon goûter.

Au détour d'une part, Harry s'était laissé allé à des confidences sur une affaire qu'il avait traité pour la brigade criminelle : une riche veuve qui avait été enlevée au sortir de son immeuble par une bande organisée qui en avait après ses bijoux. La lueur qu'elle avait vu flamboyer dans les yeux de Blaise appris à Hermione qu'ils étaient une fois encore sur la même longueur d'onde, quant au traitement qu'il convenait d'adresser à Lord Malfoy Junior, qui esquivait les coups de téléphones et ne répondait pas aux sollicitations de rendez-vous multiples qu'ils lui avaient adressées.

Les demandes courtoises n'avaient produits aucun effet. Soit : ils iraient donc le débusquer, de gré, ou de force. Harry n'avait pas vraiment compris au cours de cette veillée, pourquoi Blaise s'était attardé avec une politesse appuyée à lui demander plus de détails sur ce cas qu'il avait traité, déversant sur lui moult compliments à mesure qu'il l'abreuvait d'un thé indien du plus fin des crus.

Ah, s'il avait su que c'était une technique pour l'amadouer: mais maintenant, nous, nous savons, qu'il était en train de préméditer ce qui est en train d'arriver sous ma plume en cet instant : le kidnapping de Draco, alors qu'il quitte l'immeuble de Roseway.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est surpris.

-Que diable

Commençait à peine à s'exclamer le blond quand une tornade brune fondit sur lui pour le forcer à s'engouffrer la tête la première sur la banquette arrière de sa voiture.

Bousculé, désorienté, le jeune héritier fit de son mieux pour se dépêtrer de l'étole en lin gris perle qui s'était enroulé autour de ses yeux pendant l'opération. Le temps que lui pris cette manœuvre fut suffisant pour que nos malfrats agissent : il perçu le bruit d'une portière que l'on claque, et la voiture démarra en trombe.

Elevé dans la perspective angoissante d'un enlèvement potentiel, il ne tarda pas à comprendre ce qui était en train de lui arriver. Mais la logique du mode opératoire des exécutants, à bien y réfléchir, commençait à lui poser de sérieux doutes.

On venait de l'enlever en le forçant à monter dans sa propre voiture.

Ce qu'il aurait fait de toute façon, naturellement.

Et ce style de conduite était tout à fait effrayant d'une horreur propre à mettre aux abois le pire des bandits.

Et le malfrat aux commandes n'avait pas du tout la même carrure que Dimitri. Sa couleur de peau, de cheveux, et d'yeux, tout a changé…

-Pour l'amour de Salazar, Granger : arrête-le, arrête-le immédiatement ! Tu ne sais pas ce que Blaise peut faire quand il a un volant entre les mains, et je parle en matière de dommage, et en toute connaissance de cau-…

Il ne finit pas sa phrase : pâlissant brusquement suite à un violent écart que Zabini venait d'opérer avec la lourde berline au milieu d'une rue bondée, en pleine heure de pointe.

-Chauffard ! Encore un qui a eu son permis dans un Chocogrenouille ! Invectiva Blaise en faisant surgir un poing accusateur hors de la vitre teinté.

-On m'avait dit que les New-Yorkais étaient des conducteurs nerveux…marmonna Hermione, se redressant du mieux qu'elle pouvait, sans parvenir à retenir une petite grimace de douleur.

Blaise n'y va pas avec le dos de la cuillère : freinages brusques, changements de directions non signalés…La brune elle-même, commençait à se demander si ce n'était pas trop, quand ils arrivèrent enfin sur un parking isolé en plein milieu duquel Blaise rangea la voiture.

Une fois que le contact fut coupé, Draco s'autorisa un soupir de soulagement, tout en ôtant lentement la ceinture de sécurité à laquelle ses mains étaient restées crispées pendant le quart d'heure de torture qu'il venait de subir.

-Enfer et damnation…Blaaaaiiiiiseee…commença-t-il à exulter d'une voix qu'il s'efforçait e rendre menaçante, mais qui chevrotait encore trop à son goût sur quelques tons ça et là.

Engoncé dans son rôle de malfaiteur-pour-une-heure, ledit brun se contenta de lui renvoyer un regard déterminé au travers du rétroviseur intérieur, les bras croisés, hermétique à la menace.

Draco grogna.

-Est-ce que je peux savoir à quoi est-ce que vous jouez, tous les deux ? Je n'ai pas le temps pour vos plans saugrenus : je suis invité à jouer au bridge chez les Nott ce soir, vous allez me mettre en reta-…

-Ça, j'en suis bien aise, le coupa Hermione, non sans renifler avec indignation qu'il pût leur préférer un paquet de cartes.

-Nous n'aurions pas eu à en venir à de telles extrémités si tu avais accepté de venir boire un verre avec nous, argumenta Blaise, presque raisonnablement.

(Son rôle lui collait encore à la peau)

-Je n'ai pas le temps, se contenta de répliquer le directeur, un peu buté. Et d'ailleurs vous étiez là tous les deux : vous connaissez l'histoire, il n'y a rien d'autre à dire. Si mon père découvre…

-J'en ai assez soupé de Lucius Malfoy comme ça, gronda Zabini en ôtant sa fausse casquette tout en se retournant pour observer son meilleur ami bien en face. Il y a plus de vingt ans que j'entends cette même rengaine : si mon père apprend que je cours les champs comme tous les petits garçons de mon âge, si mon père apprend que je me sentirais plus épanoui en apprenant le vietnamien que le français, si mon père apprend que j'aime écrire…

Et le regard que Draco lui jeta de stopper net sa diatribe.

-Exactement ce que je disais : c'est un dialogue de sourd, tu n'arrives pas une seule seconde à te mettre à ma place. Pas une seule seconde, répéta le blond avec force tandis qu'Hermione ouvrait la bouche pour tenter de prendre la parole à son tour. Vous me tombez littéralement dessus, comme le ciel, pour m'admonester des sermons sur la manière dont il convient que je mène ma vie. Eh bien, peut-être que ma vie, je l'aime comme ça. Peut-être que ça me plaît, d'être un bon fils, qui sait comment j'y trouve mon compte ? Je n'ai pas à craindre pour ma sécurité, je reste en bons termes avec mes parents. Il y a des concessions, certes, mais…Ces concessions assurent le bien général de tous. Je peux encore de fréquenter, Blaise, sans que mon père ne t'accuse sans cesse d'être un « fantasque vagabond corrupteur de jeunesse épris d'idéaux bourgeois-bohêmes dégoûtants » parce que ta liberté m'aura incité malgré moi à m'écarter du sentier tracé par le nom des Malfoy. Je peux négocier que mon clan te laisse vivre sans te mettre des bâtons dans les roues, Hermione. Je garde ma mère, mon travail, qu'y a-t-il de mal à vouloir garder cette stabilité ? Père me fiche la paix pourvu que je lui donne ce qu'il veut nous pouvons trouver des terrains d'intérêt commun, pour le mieux. Vous comprenez ? Je fais le choix de la rationalité, du bon compromis. Tout ça pourquoi ? Pour me retrouver comme au tribunal, jugé par deux Sénateurs juchés sur leurs curules…J'en ai assez de subir des remontrances pour les choix que je fais, à croire qu'on a donné licence à la planète entière pour m'empêcher d'aller et venir comme je veux…Gardez la voiture : je prendrais un taxi.

Et de tenter une sortie hors de l'habitacle. Soupir.

-Zabini, s'il-te-plaît : déverrouille la porte.

-Mais certainement, obtempéra immédiatement ce dernier, avec une bonne grâce et une promptitude qui n'annonce (de sa part) jamais rien de bon.

Effectivement, il y eut un petit « clic ». Mais c'est son côté de la berline, qu'il a consentit à déverrouiller, et d'où il extirpe déjà une de ses grands jambes.

-Que…

-Je ne sais pas qui est-ce que tu essaies de convaincre le plus, Draco : nous, ou toi-même. Tout ce que je peux déduire à ce stade, c'est qu'avec ton rythme et cette manière de penser, tu vas te bousiller l'âme jusqu'à exploser en plein vol. Je respecte tous tes choix, mon vieux, tous. TOUS, mêmes les plus incompréhensibles, même ceux qui mènent à l'erreur, à l'irréparable... Mais là, c'est plus que je ne peux en supporter : je serais disposé à te parler de nouveau quand tu seras vraiment revenu à toi-même, et non pas rendu à une pseudo raison. Et entre temps, tu vas devoir te trouver un meilleur meilleur ami, parce qu'il est clair pour moi que j'ai échoué dans la tâche qui m'incombait, et qui était de te garder fidèle à ton cœur, coûte que coûte. Bonne chance Hermione, ou plutôt bon courage : j'espère que tu arriveras à faire fondre le bloc de glace dans sa poitrine nous autres, avons tous échoués. Hasta la vista, baby.

Et de les laisser seuls en claquant dramatiquement la portière derrière lui.

En voyant briller le feu dans les yeux d'Hermione, il se dit que la soirée lui promettait encore bien des surprises…


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-Pour l'amour du Ciel, Dawlish : conduisez moins brusquement !

-M'enfin, m'Sieur Scrimgeour : il y peut rien vot' gars si la route est toute bosselée…Vous voyez comme c'est difficile de conduire droit dans ces conditions ?

-Vous avez le droit de vous taire, Rocade, rétorqua l'officier avec un air pincé. Dawlish, vous ne savez manifestement pas vous y prendre avec ce véhicule de fonction : à l'arrière, avec le malfrat. Je vais prendre le contrôle total des opérations.

-On est pas bien sorti de cette auberge…

Scrimgeour, Rocade, Dawlish. La grille, partie II

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Remontons un peu le temps, pour vous remettre dans le contexte de la discussion – tendue, pour filer avec l'ambiance inaugurale de ces scènes – dont vous n'aurez la suite que dans le prochain chapitre, retournons le sablier pour voir une poignée de semaines auparavant, la venue de Zacharias Smith, Directeur du département stylistique, à l'appartement de notre Gryffondor, pour lui signifier son congé et lui remettre quelques effets personnels.

-Hermione, est-ce que tu as vraiment l'intention de me laisser sur le pallier ?

-Parfaitement, répliqua avec acidité la susmentionnée.

Qui n'avait aucune envie d'ouvrir sa porte à fin qu'on lui signifiât pour de bon –et dans sa tête elle pensait, pour de vrai, comme si c'était une blague sur laquelle Malfoy pouvait revenir à tout moment – son congé d'un emploi auquel elle commençait seulement à s'habituer.

Elle déniait donc à Zacharias l'accès à son foyer, qui décidément avait été le lieu des rencontres les plus diverses. Il ne manquait plus que la première assistante, et la boucle serait bouclée !

-Ecoute, je sais que tu rêvais en secret que ça soit Pansy qui vienne te rendre tes affaires, poursuivit d'un ton égal Smith comme s'il eût entendu ses pensées, mais à ta place, je ne compterai pas trop à ne plus jamais entendre parler de toutes ces personnes que tu fuis.

Là, il venait de piquer au vif son orgueil Gryffondoresque. Elle fuyait ?

Le son d'une clef qui se tourne se fit entendre, et la porte pivotement promptement sur ses gonds, révélant le visage buté de la brune, dont le regard croisa celui du blond qui n'était pas dans cet instant sans refléter un petit air de victoire. Comme son annonce le laissait pressentir, il était munit de multiples cartons et sacs en papiers, contenant certainement les quelques babioles qu'elle avait laissé au bureau.

Minute. Elle n'avait certainement pas accumulé des choses au point qu'il soit nécessaire d'empiler des cartons entiers pour…

Oh, ce fourbe.

-Zaaaaaac…le prévint-elle, faisait mine de fermer la porte.

Il eut un mouvement exaspéré.

-Hermione, tu es une très belle femme, avec beaucoup de charme et de caractère. Ton cachet est unique, mais j'aime autant être franc : ce n'est pas grâce à ce pyjama…cette frusque en pilou que tu parviendras à séduire l'homme de ta vie. Donc, pour une fois, laisse-toi aller, et fais-moi confiance : je rêve de te relooker depuis que tu as mis les pieds chez nous !

-J'avais bien compris, soupira-t-elle, finissant par s'effacer pour le laisser entrer avec sa marchandise.

Il y avait comme un air de déjà vu…Oui, dans des circonstances tout à fait différentes cependant : souvenez-vous, quand il a fallut aider Hermione à se choisir une tenue pour accompagner Draco chez les Nott.

« Je suis vaincue beaucoup trop facilement, ces temps-ci », se morigéna-t-elle intérieurement tout en allant à la cuisine pour préparer une collation à cet énième visiteur.

-Oh, ne te donne pas cette peine : j'ai ramené de quoi nous régaler, interrompit d'un geste de la main son désormais ancien collègue.

Et de plonger la main dans une sacoche.

-Orgeat ? Demande Zac, en sortant du même geste une grande bouteille en verre de sa sacoche. Mes petites filles en raffolent…

Et cet artefact, et cette anecdote, finirent par arracher à Hermione le sourire qui déchira le creux dans l'atmosphère qui avait suivit les premiers échanges entre elle et Zac. Elle le voyait soudainement en parent débordé, essayant d'une main de coiffer les couettes d'une de ses jumelles, tandis qu'il surveillait du coin de l'œil les tours qu'était en train de lui préparer l'autre…

-Tu sais, j'ai toujours du mal à croire que tu sois papa de fillettes, à un âge aussi jeune…Un très bon papa, je n'en doute pas une seule seconde, ajouta-t-elle tandis qu'il haussait par-dessus ses lunettes, des sourcils interloqués.

-Ah Hermione, sais-tu : j'ai toujours porté en moi l'idéal du couple. Je veux dire par-là, le GRAND idéal : épouser jeune une femme qui eût été…qui a été mon premier amour, et construire avec elle une famille équilibrée, où chacun aura de la place pour s'épanouir, vieillir, mourir ensemble…

Et de pousser un soupir que la brune ignorait qu'il pouvait porter en lui.

-La jeunesse, disais-je : et son voile d'illusion qui se déchire tôt ou tard. J'ai chu de mon idéal, comme le diable dans sa chute. Et me voilà aujourd'hui, avec un sentiment de rancune et de libération les deux étant tellement profonds que je ne saurais dire lequel me nourrit plus que l'autre.

-Si je me rappelle bien, commença Hermione avec lenteur, tu n'es pas en très bons termes avec ton ex-épouse…

Reniflement méprisant qui n'est pas familier au Smith.

-Non, claqua-t-il sèchement. Je comprends avec le recul, que j'avais une image déformée de l'amour, du mariage en tant qu'institution…que je respecte toujours, d'ailleurs : je ne suis pas désabusé, je crois que le meilleur est à venir. Mais elle a brisé notre union par une odieuse tromperie, qui est la seule chose qui aurait pu, qui pouvait, qui m'a fait mal à ce point.

-Clotûrons ce douloureux sujet : il y a une foultitude de choses plus gaies qui nous attendent, comme par exemple ce sublime ensemble tailleur de chez…

-Zaaaaac…

Je crois qu'ils sont partis pour divaguer pendant des heures, d'essayages en essayages, allons. Passons par-dessus les boas en plume, les robes en satin, les tailleurs chics et chapeaux pour toutes les saisons. On eût dit qu'Hermione était une poupée, et Zac un enfant, s'amusant à coiffer-décoiffer, ajouter, retirer, une breloque ça, un accessoire là, et l'effet y était : la brune se prenait au jeu, et riait, de plus en plus. Un poids, dont elle ignorait la présence, se levait peu à peu de son estomac.

Le Smith n'était pas en reste : homme d'intuition, et plutôt fin, il savait exactement ce qu'il était en train de faire.

Et Hermione, en femme d'intelligence, avait parfaitement compris là où il était en train de la mener.

-Comment est-ce que tu as su ? interrogea-t-elle à l'issue d'un long silence.

Il lui renvoya un regard aigu.

-Comment est-ce que j'ai su quoi, exactement ?

Elle soupira.

-Toutes les tenues que tu m'as proposées jusqu'à présent ont un point en commun. Toutes. Les robes, les shorts, de toute facture et de toute longueur elles ont une caractéristique immanquables et visibles…

Et à y regarder de plus près, effectivement : ne voyez-vous pas, chers lecteurs, ce tas de vêtement qui jonche l'appartement et menace de le faire crouler sous des siècles d'us de la mode…Allons, vous ne remarquez rien ?

-Etant donné que nous sommes toujours en plein hiver –quoique le printemps ne saurait tarder à venir, ce n'est plus qu'une question de semaines -, mon commentaire est le suivant : il fait bien froid, dehors.

-Tu essaies de noyer le poisson dans l'eau.

-Et donc, en temps si frimaire, je privilégie toujours les habits…couvrants. Les trenchs…les parkas…les pulls…

-Chemises, robes chaudes, toutes ont la même caractéristique : les manches sont longues. Je répète ma question, Zac : comment est-ce que tu as su ?

Il soupira, avec un air un peu agacé, peu enclin à s'engager dans les dédales d'un sujet qu'il devinait intime, et même si cela ne dérangeait pas Hermione, pour lui, c'était beaucoup.

Zacharias n'est pas Blaise.

-C'est toi qui tire sans cesse sur les manches de tes vêtements, Hermione ! C'est un trouble du comportement, un tic, un acte manqué…Choisis le terme que tu voudras : toujours est-il qu'il y a quelque chose dans ta façon de te tenir, dans la coordination des mouvements entre toi et ton corps…Il y a quelque chose qui hurle un malaise, que tu as jeté au fond de ton inconscient. Ne te méprends pas : je ne suis pas docteur, je ne suis qu'un pauvre styliste. Pas très reluisant d'un point de vue intellectuel, pas vrai ? Quoique dans cet époque, je l'emporte (assez injustement il est vrai) contre toi du point de vue du prestige social…Mon travail n'est pas de soigner les corps, vrai : mais ce n'est pas non plus de les couvrir. J'aime à penser que je permets aux gens de s'exprimer. Pour moi, la mode est un langage, un moyen détourné de dire ce que l'on tait par pudeur, par timidité ou au contraire, d'exploser en couleurs pour se montrer au monde tel que l'on est. Et toi, chère Hermione, tu caches, tu te caches, et derrière mes lunettes, j'espère que tu ne m'en veux pas, mais avec ma sensibilité exacerbée : je ne peux pas m'empêcher de voir, et certains constats me tuent.

Silence.

-Et je ne dis pas tout ça pour que tu me montres tes cicatrices –j'imagine que ce sont des cicatrices, ou des marques en tous cas de tragédies passées-, mais pour que tu saches que même en tirant très fort sur les coutures…ça se voit. Voilà, et donc…voilà.

Soupirs.

Je n'ai pas particulièrement envie de détailler la conversation qui va reprendre entre les deux anciens collègues, et peut être nouvellement amis : elle est, il faut l'admettre : plate, et sans grand lien avec le sujet grave qui viens d'être évoqué. Et qui d'ailleurs, mérite réflexion celle d'Hermione comme la nôtre, car elle est universelle : qui n'a point dans son cœur, un noir secret, ou une blessure si profonde que l'on mime la légèreté, à laquelle on finit par croire à la longue, alors qu'en réalité cette douleur sourde nous mine, nous mine…

Et sur ces réflexions, je laisse en suspend le chaos qui commencera proprement au prochain chapitre. L'intrigue demeure en suspension dans l'air, comme une fumée fuligineuse expirée du houka du Destin…


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-La grille, la grille…Mais où peut-elle bien être tombée Rocade, votre damnée grille de barbecue ?

-Ah bah ça, M'sieur l'officier, si j'avais su où qu'elle était, le père Mathieu vous aurait pas appelé pour hurler qu'elle avait faillit lui crever un pneu, et j'aurais terminé mon après-midi peinard…

-Dawlish ?

-Vous…vous roulez un peu trop vite, Major Scrimgeour, je n'arrive pas à distinguer…et puis, avec le jour qui tombe…

-D'excuses en billevesées : allons, regardez un peu comment un homme de mon rang élucide une affaire, maréchal-des-logis. Elle ne doit pas être bien lo...

CRRRRRRRRRIIIIIIIIIIISSSSSSSSHHHHHHHHHHHHHHHHHH

Le fourgon, après une secousse, venait d'effectuer une embardée vers le bas-côté, tandis que le gradé qui avait brusquement pâlit appuyait de toutes ses forces contre la pédale de frein. Une fois immobilisé, voyant que son supérieur demeurait immobile, les mains crispées autour du volant, Dawlish et Stan décidèrent de concert de sortir du véhicule.

-Ah bah y'a pas à dire : c'est bien la grille qui se fixe au barbecue géant qu'on utilise pour les grandes fêtes. Vous z'avez d'la chance quand même : la voiture est salement amochée, mais vous pourrez rouler encore, je crois…

-…

-Elle était pas bien loin, en tout cas, z'avez un sacré flair.

Et Dawlish de plonger le nez dans un mouchoir pour dissimuler un éclat de rire.

Scrimgeour, Rocade, Dawlish. La grille, partie III

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