Baillant à s'en décrocher la mâchoire, les élèves écoutaient les propos de leur professeur afin de pouvoir transformer leur hérisson en pelote d'épingle. Habituellement, ils auront été probablement enthousiasmés à l'idée de le faire mais la domination de Dolores Ombrage sur le collège déprimait tous et toutes. Minerva MacGonagall aurait tant voulu que Poudlard redevint le bon vieux Poudlard où elle avait grandit, et où maintenant elle enseignait avec tant d'acharnement et de passion.

L'air ennuyée et fatiguée, elle se détendit en se promenant le long des couloirs, avant de découvrir un chiroptère punaisé sur le mur, la chair encore vive sous l'effet des clous. Elle trembla de stupeur et de fureur. Comment était-ce possible? Puis, elle remarqua une main blanche et élégante la retirer avec douceur.

– Par Merlin ! Howard… Depuis combien de temps ?

– Plus de deux semaines… Je ne parvins pas à attraper le coupable. Je pense qu'ils sont plusieurs.

– Allen doit être dévasté. De telles horreurs sur ces créatures qu'il affectionne tant...

– Mieux vaut que ce soit moi qui attrape ces bouchers si on ne veut pas un génocide de ceux-ci, dit-il avec un vague sourire.

– Voyons, Allen ne serait pas si cruel.

– Bien évidemment, répondit-il sans être convaincu.

– Oh que non… Je leur ferai manger leurs propres orteils si je trouvais ces infâmes tueurs.

Link fut légèrement renversé en arrière alors que Allen l'attrapait gentiment par-derrière. Le maudit s'efforçait à sourire malgré la peine qui lui déchirait les entrailles. Il hésitait maintenant. Devrait-il laisser Miss Teigne et Salieri se baladaient seuls dans le château afin de capture le ou les coupables ou devrait-il les mettre en sécurité ? Les tueurs n'en avaient certainement pas après les chauves-souris mais simplement tout ce qui pourrait servir de garde. Heureusement le sifflement rassurant et réconfortant du serpent résonna dans ses oreilles et celui-ci sortit timidement la tête de son col avant de s'enrouler délicatement autour de sa nuque. Presque âgé d'une année, le serpent restait d'une taille minime. En tant que cadeau d'Hagrid, Allen devait se l'avouer, il croyait avoir affaire à un reptile de plusieurs mètres. Cependant, il se servait parfois du venin du serpent afin de concocter de nouveau remèdes et il avait impressionné par la puissance de celui-ci. Il l'avait testé sur un homme du même genre d'Ombrage venant du Ministère et n'avait su que dire face au résultat. L'individu avait, en quelque seconde, changé de couleurs dans un faible gémissement de douleur avant de rapidement rendre l'âme. Notant chacune de ses observations, il avait fait part des résultats à Severus qui, bien que gardant la même expression renfrogné, avait été subjugué par une telle découverte et s'en était même procuré plusieurs échantillons. Bien évidemment, le fait qu'Allen ait sacrifié la vie d'un homme pour cela était tout bonnement immoral. Cependant, Allen aurait bien testé la chose sur lui-même si son système immunitaire était moins affaibli. Alors il s'était servi parmi les êtres qui considéraient comme bien trop dangereux. De toute façon, elles lui disaient tout. Il était mauvais, hanté par la rage. Pensant comme Tom, prêt à faire disparaître les « sang-de-bourbe ». En éliminant les cafards de cette espèce, Allen se sentait bien loin des remords. Et comme il était comique de songer à cela en se remémorant que durant son adolescence, il lui était inconcevable de tuer qui que ce soit et le simple fait de se souvenir de tout le sang qu'il avait déjà tant versé.

– Mais Walker, ne dites pas des choses comme ça !

– Hé bien, MacGonagall vous voyez les choses avec trop d'innocence. Il est question ici de démons, d'abjects individus, de répugnantes créatures, de sales porcs de tueurs, de…

– Je crois qu'elle a compris, Allen.

– Bref, de personnes non recommandables qui ont osé volé la vie de nos précieuses chauves-souris. Et pour cela, je m'en excuse, mais ils méritent pire que la mort, finit-il avec un vilain rictus alors que ses yeux tendaient vers l'or.

Minerva frémit d'horreur en songeant à toutes les tortures auxquelles pouvait penser le Professeur Walker. Il avait l'air tant sincère dans son discours qu'elle avait compris Link lui lança un regard désolé, empressé que cette conversation se termine.

– Savez-vous que Dolores Ombrage a commencé à regrouper plusieurs individus afin d'avoir une équipe pour se débarrasser des « choses » qui pourraient gêner…

– On s'en doute bien.

Mais personne n'osa ajouter quoi que ce soit à la vue du regard glacial du professeur de sortilège. Probablement, croyait-il cette équipe inquisitrice responsable de ce massacre de chauve-souris et probablement cela était vrai. Cependant, la haine qui pouvait ressentir à leur égard était si forte que sans mot, ils l'avaient compris.

– Que diriez-vous de nous rejoindre pour une partie de carte, MacGonagall ? Link et moi avions prévu d'en faire une pendant la pause. Loin des crapauds roses, bien sûr.

Link grimaça, sachant très bien qu'Allen désirait inviter Minerva afin de déranger le vampire. Il ne voulait aucune remarque indécente et craignait le comportement instable de son compagnon.


Alors, en ce début d'après-midi, alors qu'Allen enseignait les règles du jeu à MacGonagall et que non loin se tenait Severus Rogue, Link suait à grosses gouttes effrayé à l'idée du moindre débordement.

– Ohoh ! Cela m'a l'air bien amusant !

– Mais bien sûr que ça l'est, ma chère ! Les Moldus le confirmeront. Ainsi que Severus.

Minerva jeta un regard étonné à Severus qui détourna la tête, humilié. Il venait à l'origine chercher les matières premières que lui avaient promises Allen mais celui l'avait presque forcé à rester avec eux. Rogue ne lui devait rien, il pouvait très bien s'il le souhaitait s'en aller. Et pourtant, lorsqu'il avait plongé ses yeux noirs dans le regard gris de son collègue, il avait pu discerner l'inquiétude et la crainte. Quelque chose de dangereux se tramait au-dehors. D'un autre côté, le professeur de potion se sentait extrêmement nerveux à l'idée que les élèves soient en danger. Mais probablement que la menace pesait à l'instant seulement sur les professeurs.

– Quinte !

– Un bon début Minerva !

Allen entama paisiblement sa tasse de thé. Pour la première partie de la vieille femme, il était bien décidé à ne pas tricher. Link de son côté toujours aussi peu doué n'avait aucune combinaison et ne cherchait pas spécialement à en trouver. Il préférait les échecs et Allen lui avait promis qu'ils y joueraient par la suite.

– Allez, Severus, viens donc te joindre à nous, sinon je ne donnerais rien.

– De même, Walker. Je peux très bien vous refusez toutes ces potions, rétorqua-t-il avec un affreux rictus.

Allen se tut sachant très bien qu'il avait raison. Il ne pourrait se passer de touts ces remèdes. Sa vie serait un enfer jusqu'à la fin, et il ne pouvait le nier, que cette fois-ci, quoi que ce soit qui pourrait soulager sa souffrance ne serait pas de trop.

Son regard se voila de tristesse. Son corps dépérissait et tenir correctement ses cartes lui semblait à extraordinaire effort.

Link le remarqua et le fixa avec inquiétude. Il ne savait pas, lui, qu'il était actuellement rongé par un maléfice mortel.

Le vampire vint se caler contre le blandin dévoilant ainsi ses cartes. Mais Allen n'y prêta aucune attention. Link et lui, face à un adversaire, ne faisait plus qu'un. Que serait-ci sans ce vampire diplomate ? Rien, probablement. Il se serait suicidé depuis si longtemps…

Link ne l'avait-il pas déjà secouru de lui-même des années de cela ?

Alors qu'il s'apprêtait à ingurgiter ce venin extraordinairement puissant qui en quelque seconde aurait pu mettre fin à sa vie.

Était-ce un adolescent, un jeune homme ou un adulte à cet instant ?

Allen ne serait restitué ce souvenir à la date correcte.

Il se souvint seulement des caresses, de sa voix mélodieuse, et de son regard réconfortant.

Link était un homme bien. Et il était rare qu'Allen ait une pensée aussi douce et simple envers autrui. L'espèce humaine n'était qu'à ses yeux des êtres pervers et orgueilleux perpétuellement à la recherche de domination, de se jouir de l'échec de l'autre afin de se rassurer dans sa propre médiocrité. Mais Link était différent, lui. Un homme bienveillant, tout simplement bienveillant.

– Ce n'est plus du jeu ! Vous vous armez contre moi !

– Faites équipe avec Severus dans ce cas-là.

– Il n'en… est pas question.

– Tu n'es pas amusant…

Et désireux d'en finir en beauté, Allen abattit une quinte flush royal sur la table. Minerva soupira, attristée par sa défaite. Ce jeu moldu était bien étrange à ses yeux et tout comme Link, les échecs lui paraissaient bien plus amusant.

Puis, alors qu'Allen plongeait lentement dans un profond sommeil, Severus vint s'asseoir à leurs côtés.

– Pourrais-je un jour sortir ?

– Rien ne t'oblige de rester, Severus… Mais prend-garde, j'ai remarqué une horde d'Ombrage (bis) se promenait dans les couloirs. Ils nous cherchent. Alors j'attendrais qu'ils finissent leur tournée, si j'étais toi.

– Juste pour un groupe d'idiots ?!

– Méfie-toi. Ils sont plus dangereux qu'ils ont en l'air… Salieri m'a rapporté des faits peu catholiques sur leur manière de procéder.

– Ce qu'en pense votre serpent ne m'apporte guère !

– Alors pourquoi es-tu encore ici à discuter avec moi ?

Severus grogna de colère. Cependant lorsqu'il releva la tête, il remarqua Allen s'était déjà endormi. Il abusait clairement sur les doses prescrites. La tête collée contre l'épaule de Link, Allen pâle comme la mort respirait tranquillement et régulièrement. Link ne dit mot, observa, légèrement gêné. Allen venait de provoquer Rogue, que devait-il répondre maintenant. Mais Severus soupira avant de se tourner vers son agréable collègue.

– Minerva, Ombrage continue-t-elle de vous offrir ses petites introspections ? Je crains qu'elle n'ait le pouvoir de nous faire renvoyer…

– Mais Dumbledore est directeur de Poudlard ! Elle ne pourrait faire une telle chose !

– Les choses ne sont pas ainsi. Le Ministère est réellement inquiet.

Et alors que Link réalisait la menace que représentait Dolores Ombrage, il n'imaginait pas un seul instant la tragique tournure prendraient les événements. La vie était déjà terriblement fatigante, que pouvait-il arriver de pire ?


Profitant de ses heures libres, Allen s'amusait à confectionner des muffins à la citrouille avec Link. Rubeus leur avait offert tout son stock de courges qu'il n'avait guère pu vider afin d'en faire de sublimes lanternes pour Halloween. Remarquant l'enthousiasme du vampire, Allen n'hésita à se servir. L'ex-inspecteur adorait toujours autant préparer des gâteaux. Et c'est ainsi que durant un après-midi pluvieux et libre que les garçons s'attardèrent sur la préparation lente et douloureuse de cake à base du capricieux légumes. Cependant, grâce à l'aide de leur magie, ils n'auront pas à souffrir tout autant qu'un Moldu pour découper la citrouille.

– Link… Comment fais-tu pour supporter de partager tant de moments avec une personne comme moi ?

– Pourquoi une telle question ? Pourquoi maintenant.

– Hé bien… Tu sais les choses les plus sombres sur moi. Tu es un homme droit et bon alors pourquoi s'enticher de ma personne ainsi ?!

– Tu me fais une petite crise, Allen ?

– Oui. Quand j'observe ces gâteaux fuirent et lentement gonfler sous la chaleur, je songe à notre couple improbable. Je ne crois pas que je mérite une personne aussi merveilleuse que toi.

– Sincèrement, il y a tant de jours où tu m'as agacé. Mangeant dans le lit, dormant avec une tirelire…

– Tu sais bien que je ne parlais pas de ce genre de chose. Tu as passé toutes ses années à me chercher avant de me reprendre complètement déréglé.

– Lorsque tu as disparu, j'ai songé à quel point je pouvais être idiot. Allen… C'était moi l'adulte. Je devais te protéger mais pendant longtemps, je suis resté comme Tom et toi disiez le « chien de Luberier » mettant ainsi mes sentiments de côtés. Je t'ai laissé sombré, je t'ai abandonné aux mains de ce Tom. Ce n'était pas toi qu'il fallait ainsi surveiller, c'était Tom.

– Alors tu regrettes…

– Je t'aime, Allen.

– Et tu m'as laissé devenir un monstre, c'est que tu penses ?

– Je…

– Ne t'inquiètes pas, je l'étais déjà avant.

Les lèvres crispées, Link le serra dans une chaleureuse étreinte. Il fallait que cette discussion inutile cesse. Ce n'était plus la peine de ressasser le passé. Ils pouvaient enfin vivre ensemble, heureux. Voldemort sera éliminé prochainement et tout ira bien.

– Moi aussi je t'aime Link.


Le vent tempêtait contre les fenêtres, les feuilles tourbillonnaient dans le ciel mauve aux légères nuances rosées de cette soirée de novembre. Allen, allongé sur le canapé, le visage couvert par son bras droit. Il n'avait plus envie de se relever pour cette journée. Il avait bien travaillé, enseigné à ses élèves, supportaient tous leurs bêtises de gamins et le voilà frigorifiait et épuisé sur ce canapé. Le silence régnait en maître. Ni le serpent, ni le chat, ni aucune autres bêtes ne poussaient de cris. Allen songea à quel point Tim lui manquait. Il n'était toujours pas revenus et le blandin commençait à envisager le pire. Pourtant, Timcampy est par nature indestructible. Inquiet par ce silence animal, Allen se décida enfin à se lever. Tremblant, il guetta d'un regard vide, le vent emportait les feuilles mortes et autres végétaux défunts. Comme il aimerait pouvoir se laisser voler au gré du vent ainsi. Mais cela n'était possible.

Au loin, le corbeau macabre continuait son chant funèbre. Mauvais présage. Le ventre noué, Allen s'aventura au-dehors de sa chambre. Link n'était toujours pas de retour. Et cette heure ci, il devrait passer prendre un peu de repos avant la garde de nuit. Lentement, Allen s'aventura dans les couloirs de Poudlard. Éclairé par des torches, l'ambiance sinistre des lieux ne rassurait pas le maudit. Il ne croisa personne. Ni élèves ni professeurs. Le dîner remontait à plus d'une heure, mais ces absences restaient étranges. Allen se crispa. Une odeur familière. Des murmures désespérés et rauques. Elles sont dévastées. Allen accourt afin de répondre à cet appel. Et tout ce qu'il put trouver fut les ténèbres.

Les ténèbres. Si seulement elles pouvaient se résumer à cela.

Il leva la tête et l'aperçut.

Cloué au mur tels les chauves-souris.

Pratiquement crucifié. Allen pourrait presque en rire.

Le sang encore frais s'écoule le long des murs.

Témoin de la tragédie, l'hémoglobine témoigne. Ce sang impur ne pouvait être lavé que par la mort.

– Link…

Il approche sa main à la recherche de chaleur. Mais la chair est si froide, et les yeux pourpres si peu rougeoyants. Plus aucuns désirs ne se reflètent dans cette teinte si terne.

Allen tremble.

Com… Pourq… Je vais…

Il ne sait pas réellement ce qu'il devrait penser en cet instant alors il hurle. De rage ou de chagrin.

Tout paraît brusquement si sombre autour de lui. La lumière a disparu. À jamais.

Les mains blanches ont disparu et ne peuvent plus le rassurer.

Un mince filet de sang coule le long de ses lèvres encore rouges.

Ce n'est pas possible.

C'est un cauchemar. Et bientôt je vais me réveiller et Link me prendra dans ses bras pour me réconforter. Et puis, on plaisantera de ces stupidités…

Les yeux rougis par les larmes, le regard félin, Allen s'approche en vacillant de la victime.

Les vampires ne sont pas immortels.

Il tend la main vers l'être tant aimé et s'accroche désespérément à sa chemise dans l'espoir de le sentir frémir. Mais jamais plus il ne bougera. Ses lèvres ne se tendront plus en un radieux sourire. Jamais plus.

Doucement, il frôla sa bouche avant de l'embrasser. Le sang de Link s'écoula contre ses papilles et il nia son propre dégoût. Link n'était pas mort. Link allait se réveiller bientôt. Mais ces lèvres étaient si froides, inertes…

– Link…

Allen ne s'en rendait pas compte, mais des larmes dévalaient son visage et s'écrasaient contre la peau translucide de Link.

Il pouvait entendre les voix rirent. La Lune aussi paraissait amusée.

Les ombres s'affalaient autour de lui, lui susurraient des paroles probablement bannis par Link.

Il essuya une larme pourpre du visage de son compagnon et dessina un sourire sur le visage du défunt.

Il avait changé d'expression, n'est-ce pas ?

Un rire rauque et affligé résonna dans sa gorge.

Brusquement, on le tire en arrière. Il se sent violemment tiraillé. Mais il ne veut pas, il ne veut pas être séparé de Link. Pourquoi ?!

– Allen… Écarte-toi !

– Link…

– Allen, je t'en prie.

– Monsieur le directeur, si je puis me permettre, je ne crois pas qu'il soit en état de…

– Serait-ce vous ?

— Hein ?

Allen se retourna enfin vers eux. Tout sourire avait disparu de son visage. Le regard glacial, les iris or, Dumbledore et Rogue reculèrent repoussés par une énergie invisible. Autour d'eux s'étaient regroupés plusieurs élèves alertaient par les cris dont bien évidemment Ombrage, tout sourire.

Une vague de magie semblait se dégager du professeur et même les élèves furent paralysés de terreur.

– C'est vous, hein ? Dolores Ombrage !

Il dégaina sa baguette et se rapprocha lentement de la femme. Son corps tout entier criait de douleur. Ses articulations grinçaient à chaque mouvement, son souffle saccadé, ses mains peu assurées, Allen se sentait étrangement faiblir.

– Vous voulez vous débarrasser de ceux qui gênent, et vous haïssez les hybrides.

– Ne dites pas de sottises, Walker, répondit-elle dans un petit rire irritant.

Mais Allen ne riait plus. Cette fois-ci, même Dolores sentit son corps trembler sous la puissance écrasante de la magie du blandin. Il n'avait même pas besoin de jeter un quelconque sort. Inconsciemment, en choc émotionnel, sa magie se répandait et pénétrait la chair fragile des innocents spectateurs.

Rogue s'avança malgré les réticences du directeur.

– Reculez les enfants !

– Oh non, Severus ! Personne ici ne reculera…

– Il est totalement fou ! De toute façon, Poudlard est pourrie de l'intérieur.

– Fou ?

Allen eut un rire sarcastique. Son cœur se convulsait dans de tragiques battements irréguliers et destructeur. Il sentait son sang bouillir. Ce monde est si corrompu, ignoble… Il doit le nettoyer de toutes ces imperfections. Et cette femme ne devrait pas exister, il en était certain.

Il brandit sa baguette contre le front d'Ombrage qui n'eut même pas le temps de réagir.

– Expelliarmus !

La baguette d'aubépine voleta en l'air sous le regard satisfait d'Ombrage. Rogue n'avait pas eu d'autres choix. Il aurait bien aimé voir le crapaud se faire tuer, mais il ne pouvait laisser cela arrivait. Surtout face à tant de témoins.

Les ombres continuaient d'étreindre Allen, elles lui murmuraient des choses si inaudibles. Il aimerait qu'elles le lâchent. Mais pour cela, il fallait éliminer le virus Dolores Ombrage.

– Severus, Pourquoi…

Le Maître des potions s'approcha doucement du blandin. Il le comprenait. Lui, Severus Rogue qui appréciait tant voir les autres souffrir de la même manière qu'il eut à souffrir ne jouissait en aucun de la vision qu'il s'offrait à lui.

Perdre l'être que l'on aime le plus au monde… La personne qui nous permettait de survivre, notre lumière, notre guide, notre béquille…

Cette douleur déchirante à en perdre la raison.

Mais Allen n'en avait que faire de la sympathie de son collègue.

Brutalement, ses yeux s'agrandirent de douleur et un mince filet de sang glissa le long de sa bouche. Sa vue se brouilla définitivement, ses jambes fléchirent, le monde tourna autour de lui. Et Allen s'effondra, inconscient.

– Il était sur le point de me tuer !

– Est-ce vous qui…

– Non, bien sûr que non, il est tombé tout seul.

Dumbledore s'approcha d'Allen et fit face aux élèves choquaient de la scène. Encore une fois, le concierge avait été assassiné. Mais de façon bien plus cruelle cette fois-ci. Les enfants s'étaient attachés à la douce présence maternelle du vampire et sa disparition laissait un vide dans le cœur des élèves. Ce poste serait-il maudit ?

– Regagnez sur le champ votre dortoir !

– Ne craignez-vous pas que le tueur s'en prenne aux élèves, monsieur le directeur ?

– Je crois que les coupables n'ont pour l'instant la moindre attention de blesser un élève.

– En êtes-vous certain, le provoqua Ombrage.

– Vous devriez vous aussi retourner dans votre bureau.

Puis, Rogue fit apparaître un brancard afin de transporter Allen jusqu'à l'infirmerie. Mais Ombrage était réellement en colère. Allen l'avait injustement menacée. Certes, son ami venait de se faire assassiner mais sans aucune preuve s'apprêtait à la tuer… Ce vieil excentrique embauchait vraiment des dérangés.


Que les ténèbres peuvent être agréables.

Boum-Boum

Il sent de longues et cruelles caresses le long de ses joues.

Il frémit de dégoût.

Il avait tant horreur que le l'on touche ainsi.

Pourtant, elles s'agrippent à lui, certaines s'allongent sur son corps…

Leurs souffles putrides parvinrent à sa fragile peau.

Elles l'enlacent et l'embrassent.

Lâchez-moi…

Leur peau collante et visqueuse le glace d'effroi.

Lâchez-moi…

Il ouvre enfin les yeux.

Tout est si sombre autour de lui.

Les yeux ouverts, les yeux fermés… Il n'y a plus rien à voir.

Seules les divines créatures lucifériennes lui souriaient et riaient.

« Tu es à nous maintenant »

« Oublie »

« Tu ne pourras plus jamais fuir »

Leurs visages squelettiques dénués d'orbes oculaires le fixent.

Allen voudrait hurler.

Partout, partout, partout ! Autour de lui, elles sont là, dans chaque mètre carré, dévorant sa chair et son âme.

Il peut sentir leurs dents carnassières se fendre dans sa charogne.

Si froid, si froid…

Allen voudrait fuir… Impossible, elles l'entourent des quatre coins.

Alors, il se replie, porte désespérément ses mains à son visage.

Disparaissez !

Voilà que l'une d'entre elle plonge sa main dans poitrine, enserre son cœur, profite de ses battements saccadés, et l'éclate d'une pression inhumaine.

Le sang gicle.

Rouge.

Les ténèbres en deviennent écarlates.

– Aahahahahahhahah !

Allen convulse dans son lit, les yeux exorbités, la bouche salivante. L'infirmière le maintient brutalement tentant de le calmer.

– Tout va bien, Walker.

– ahah !

Seul une plainte déchirante ne s'élève de la gorge de celui qui jusqu'à maintenant s'était montré si arrogant. Angoissé et effrayé, il se lacère presque le visage.

L'infirmière continue de le maintenir fermement.

– Walker.

Seuls des gémissements lui réponds.

Son souffle court, ses pupilles fendus plongés dans sa teinte or, ses membres tremblants et son corps qui se convulse, Allen était si pitoyable en cet instant.

Mais lui ne pouvait le voir. Le monde réel avait disparu. Seuls les créatures perfides et la Lune perverse perduraient.

Severus entra violemment dans la pièce, faisant voler sa longue cape noire derrière lui. Il pouvait entendre les hurlements d'Allen de son bureau. Il remarqua Mme Pomfresh en peine face à cet homme malade et inconsciemment agressif.

Il déposa des potions calmantes ainsi que des breuvages de sommeils sur le bureau lassé. Ils avaient besoin de lui. Les élèves devaient être éduqués et Voldemort ne tardera pas l'appeler, il ne pouvait jouer l'enfant traumatisé plus longtemps.

– Walker, cessons cette comédie. Link est mort. L'homme qui vous a délivré de vous-même est mort. On ne peut plus mort. Son corps a été détaché et emporté afin de pouvoir correctement l'enterrer en tout respect de sa personne.

Mais Allen ne peut l'entendre. Il ne peut entendre que les moqueries et la joie malsaine des vainqueurs. Pourquoi ne pas libérer son esprit, se libérer du fardeau de la morale et de la réflexion… Ne se résumer seulement à une bête…

Et le corbeau croassa.

Allen cessa brusquement de se mutiler le visage attentif au cri de l'animal. Encore lui. Il venait chercher l'âme de Link. Il venait lui voler Link.

– Ahha !

Les croassements redoublèrent tel un éloge funèbre.

Rogue assista impuissant à la crise d'Allen ne désirant pas le droguer pour le moment. Cela ne ferait que retarderait le moment où il faudra affronter la réalité en face.

Son œil gauche s'agitait nerveusement dans son orbite alors qu'une larme pourpre dévastait la peau pâle du garçon.

Tick, Tick, Tick…

Ce n'était pas l'horloge cette fois-ci mais un claquement de soulier contre le sol gelé de l'infirmerie. Rogue se retourna et aperçut la jeune Luna courir au chevet de son professeur. Elle était essoufflée et peinait à reprendre son souffle.

– Allen !

Sans prendre compte de ses mouvements imprévisibles et violent, elle se jeta dans ses bras.

– Allen, tout va bien maintenant. Mana est avec toi.

Ses pupilles se dilatèrent et il ferma lentement ses yeux, laissant tomber sa tête contre les épaules de la jeune fille. Sa respiration se fit plus lente.

Luna lui murmura des paroles douces et sincères, en continuant de le bercer tel le père que Mana avait pu être.

– Ne t'arrêtes jamais, continue d'avancer.

– Mana, je suis tellement désolé…

– Ce n'est pas grave, Allen.

– Je ne voulais pas… qu'il parte.

– Je sais.

Et alors, Luna se mit à chantonner l'habituelle berceuse. Allen s'apaisa. À chaque nouvelle note, les créatures commençaient à s'effacer malgré le fait que les ténèbres perduraient. Prisonnier de l'obscurité à jamais.

Puis soudain Allen s'endormit.