Hong Kong- le lendemain

Fei long ouvrit un œil, puis deux. Il avait froid, et se sentait faible...Ou était-il?

Sa main rencontra soudain le corps endormi à ses côtés, et il réprima un mouvement de surprise.

Asami.

Fei long se releva lentement et le regarda, l'air indéchiffrable.

C'était rare de le voir si profondément endormi, sans défenses et sans masque. Sans l'ironie et la froide intelligence de ses yeux dorés, Asami lui paraissait tout d'un coup presque...vulnérable.

Quel âge avait-il déjà, 30 ans. Oui…encore jeune.

Fei long, Asami, et peut-être aussi Mikhail Arbatov étaient de véritables exceptions dans le milieu de la pègre mondiale. Jamais on n'avait vu des chefs mafieux aussi jeunes, et néanmoins aussi puissants. Les ainés et les autres clans les craignaient, sans les comprendre...Mais après tout que leur importait?

Ils étaient une nouvelle génération de parias, habitués au mépris, à la toute-puissance de l'argent et au goût du sang.

La fièvre de Fei long était retombée, et il se souvenait par bribe de son arrivée sous la pluie, la veille. Des lambeaux de conversation, des larmes, des supplications...

Mon Dieu avait-il été assez fou pour avouer à Asami qu'il l'aimait?

"Pauvre imbécile!" siffla Fei long entre ses dents.

Il se leva sans un bruit et quitta la chambre. Le grand salon était encore plongé dans l'obscurité, et seule une aurore timide éclaircissait l'horizon.

N'était-il pas temps d'en finir enfin? De se libérer de cette passion destructrice qu'il ressentait envers le japonais, qui lui labourait le cœur et l'esprit à chaque fois que des yeux d'ambres se posaient sur lui? Tout ceci n'avait que trop duré. Quand deviendrait-il enfin celui qu'il aspirait à devenir… ? Un homme puissant, impitoyable, cruel, sans attaches et surtout sans maître.

Il allait le quitter, il le fallait. Il le fallait.

Doucement, il appuya son front contre le verre glacé de la baie vitrée.

"Fei long?"

Le chinois se retourna brusquement. Asami était là, dans l'encadrement de la porte, les cheveux décoiffés, ses yeux encore embués de sommeil semblaient l'interroger.

Cela faisait longtemps que Fei long ne l'avait pas vu ainsi. Il était si beau.

"Tu parles tout seul?" demanda le japonais

"...Ça m'arrive."

"Et de quoi parlais-tu?"

"De te quitter."

Asami ne releva pas, mais sa mâchoire de crispa. Il était si fatigué tout d'un coup. Jamais il n'avait dormi aussi profondément que la nuit dernière, avec Fei long a ses côtés. La lassitude, la tension et les souffrances de ces derniers mois semblaient finalement l'avoir rattrapé. Il haussa les épaules.

" Je retourne dormir Fei long. Viens...part...Fais ce que tu veux." lança-t-il simplement, avant de tourner les talons.

« Reste ici ! »

Fei long, malgré lui avait presque crié.

Asami intrigué se retourna, hésita un instant, puis avec un soupir consenti à venir s'asseoir dans le vaste canapé du salon.

« …Tu fais chier, Fei long. »

Avisant son portable sur la table basse, Asami le prit et appuya sur une unique touche :

« Oï, Kirishima. Apporte nous du café. »

Il reporta son attention sur Fei long qui n'avait pas bougé, contemplant la beauté du paysage à travers la baie vitrée.

« Mon île n'est-elle pas magnifique, Asami ? »

Seul le bruit d'un briquet lui répondit, et celui du souffle exhalant l'épaisse fumée.

« Je sais que c'est toi qui a placé un million sur la tête d'Akira. »

« Et alors ? »

« Comment as-tu osé ? »

« …Et alors ? »

L'arrogance d'Asami le mis soudain hors de lui. Il serra les poings, et gronda :

« Et alors, pourriture ?! Tu tiens tant à te venger de moi pour avoir osé regarder un autre homme que le grand et fier Asami Ryuichi ? Mais tu es pitoyable ! Tu sais que j'ai besoin de lui, tu sais qu'il est mon bras droit…C'est Baishe que tu veux aussi ? En plus de l'exclusivité totale de mon cul? »

« Tu es vulgaire. »

« Et alors ? » ricana Fei long avec hargne, le ton lourd de ressentiment.

Leurs regards s'affrontèrent, impitoyable. Le jeune chef de Baishe avait grandi, Asami pouvait le voir dans la fureur de ses yeux, dans la droiture de carrure. Il était devenu un homme fier et froid…Quelle beauté. A chaque fois, il ne pouvait s'empêcher d'en être ému.

« Tu l'aime ? »

« Akira ? »

« Oui, Akira. Tu l'aime ? »

Fei long siffla de dépit et s'approcha, leurs visages n'étant plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Un rictus d'une cruauté glaciale déforma ses lèvres :

« Qu'est-ce que ça peut te foutre, yakuza ? »


Un poing s'abattit brutalement sur sa mâchoire et l'envoya au sol.

Asami s'était levé et le regardait de toute sa hauteur, frémissant de colère et de mépris.

« Si tu me parle un nouvelle fois sur ce ton, je te tue Fei long.»

Le jeune chinois, toujours à terre, massait sa mâchoire endolorie, un vague sourire aux lèvres.

Ça m'est égal Asami, si tu savais…Je n'en ai rien à faire de crever. »

« Tu te fous aussi de Baishe alors ? »

Fei long se releva, un peu calmé, et s'assit aux côtés du japonais.

« Baishe… » murmura-t-il. L'image de son père s'imposa alors dans son esprit, et malgrè lui ses yeux se remplirent de larmes. Il se prit la tête dans ses mains, indifférent au regard lourd du japonais et à son jugement. De longues minutes passèrent en silence, et finalement, il reprit la parole :

« Ecoutes Asami…Tu as raison. Baishe est la chose la plus importante pour moi, plus que ma vie. Mais il a fallu que tu arrives, et que tu bouleverse tous mes plans, tout mon monde. »

Asmi ne répondit pas. Ils furent dérangés un bref instant par Kirishima, discret comme une ombre, qui disposa devant eux 2 tasses de café fumantes, pour repartir aussitôt en s'inclinant.

Lorsque la porte se fut refermée derrière lui, le jeune chinois eu un sourire :

« …Réponds moi Asami. Est-ce par pure jalousie que tu veux la mort d'Akira ? Est-ce que tu ne supportes pas la concurrence, alors même que je viens en plein orage, seul, me trainer à tes pieds comme hier ? »

Le jeune chinois se tourna vers le yakuza, ses yeux noirs presque paniqués, et l'agrippa brusquement par le col de sa chemise :

« Bon Dieu quand comprendras-tu qu'il n'y aura jamais de concurrence, Asami ?! »

Un long silence suivi son terrible aveu.

« Ce n'est pas ce que tu crois, Fei long. » répondit lentement le japonais. Il prenait son temps, réfléchissait.

« Je me suis maudit de nombreuses fois de vous avoir réunis, Akira et toi, je serais idiot de le nier. Et j'ai envie de le voir crever, oui, pour avoir osé toucher ce qui m'appartenait. »

La main de Fei long se crispa sur la tasse de porcelaine.

« …Mais c'est pour sauver ta vie que j'ai sacrifié celle d'Akira. Auprès d'Arbatov. »

« Mikhail ? »

« Oui. Après le meurtre de Boukov, tu aurais eu toute la mafia russe contre toi, il les avait tous réunis pour te tuer…Tu serais mort en quelques semaines, et Baishe anéantie. Mais Mikhail a, disons des dettes envers moi. Et je lui fais comprendre que la vie de Youri Boukov contre celle d'Akira était un marché honnête. »

Fei long tremblait.

« Asami…C'est une déclaration ? »

« … »

Fei long s'approcha de lui, prenant son visage dans ses mains, il approcha ses lèvres de celles d'Asami, sans les toucher, avec une lenteur infinie :

« Protéger ma vie ainsi, c'est une déclaration ? » murmura-t-il.

Ses lèvres effleurèrent celles du japonais, et leur souffle saccadé trahissait leur trouble.

Asami sorti de sa réserve et plaqua sa bouche contre celle de Fei long, possessif.

« …Si tu veux, gamin. »

….

Fei long lui rendit son baiser, furieusement passionné, glissant ses doigts dans les cheveux noirs. Mais bientôt, il devient brutal et les tira en arrière, exposant la gorge d'Asami à ses lèvres ou à ses dents.

Le yakuza grimaça.

« Ne crois pas Asami que je ne vois pas clair dans ton jeu,… » murmura Fei long, « …un homme comme toi ne fais rien par amour ou par sollicitude, je ne suis pas si naïf. C'est toi-même qui me l'a appris. Tu as juste trouvé la meilleure excuse du monde pour tuer ton rival, et tu pensais même que je t'en remercierais, que je te tomberais dans les bras, et que tu me baiserais enfin débarrassé d'Akira ? »

Un long silence lui répondit. Asami alluma une nouvelle cigarette, et soudain ricana.

« Tu es devenus bon, Fei Long.»

Le jeune chinois se releva, fier et glacial.

« Je ne saurais jamais ce que tu caches au fin fond de ton âme, Asami, et je sais que tu ne me le diras jamais. Peut-être que tu m'aimes, peut être que tu me hais…Mais finalement peu importe. Je me libère de toi aujourd'hui, à cet instant. Nous redeviendrons ce que nous sommes, deux mafieux, deux parias séparés par la mer du Japon.»

Asami le regarda, ses yeux d'or plantés dans les siens, la mâchoire crispée.

« A ta guise, Fei long » gronda-t-il.

Le jeune chinois jura en mandarin. Asami jusqu'au bout serait donc fidèle à lui-même.

Le souffle court, les mains tremblantes, il boutonna les derniers boutons de sa chemise froissée, et lui jeta un regard de défi.

« Zuo bié, dà fù. »* lâcha-t-il, méprisant, en passant la porte.

(*Adieu, maître.)

….

Resté seul, Asami mis quelques secondes à comprendre que la tasse en porcelaine venait d'exploser sous la pression de ses doigts.


Le soir, Lan Kwai Fong, Manoir Liu

Akira commençait à s'inquiéter de l'absence de Fei long.

Il gérait l'intérim de Baishe sans lui, mais l'aura puissante de son jeune maitre manquait à tous.

Il avait essayé de lui téléphoner mais sans succès. Il se doutait que Fei long était avec Asami et cela le plongeait dans une irrépressible mélancolie. Il n'avait plus de colère ni de jalousie, juste une noire et profonde tristesse, faite de faux souvenirs et de vrais regrets.

Il jeta un coup d'œil à son poignet, où brillaient les trois anneaux d'argent que lui avait offert Fei long lorsqu'ils étaient amants, et son cœur se serra. Il repensa alors à son aventure de la veille avec le jeune coréen… il avait quitté Park lorsque celui-ci dormait encore, et ne l'avait pas revu depuis. Peut-être que l'assassin regrettait ses aveux enfiévrés après tout ?

Il ne le reverrait sans doute jamais.

Comme pour lui donner tort, on frappa à la porte.

"Entrez."

Park entra alors, l'air résolu. Il semblait avoir beaucoup muri depuis la veille. Etrangement, il n'avait plus cet air d'adolescent qui lui valait tous les sourires, et toutes les indulgences. Celui qui se tenait devant son bureau avait tout d'un homme, ses yeux noirs presque sévères.

Akira eu un léger sourire.

"Je me demandais si j'allais te revoir."

Park hésita un instant, et opta à son tour pour le tutoiement.

"Alors c'est que tu as une bien piètre opinion de moi."

" Disons que…tout le monde n'assume pas facilement de tels actes et de telles paroles, crois-moi."

"Je ne suis pas tout le monde, Rin".

Akira ne s'offusqua pas de l'emploi de son prénom.

"Non. Effectivement."

Park lui lança un regard interrogateur.

"Akira, je pourrais mourir plutôt que renier le moindre mot de ce que je t'ai dit hier. Mais si toi, tu le souhaite..., alors je disparaitrai."

Le japonais fut touché. Il se leva, contourna le bureau et pris le visage du jeune coréen entre ses mains.

"Non, je ne regrette rien."

Il le regarda longuement, et finalement approcha doucement ses lèvres de celle de l'assassin. Ils le savaient...si elles se touchaient, leur aventure ne serait plus une nuit sans lendemain. Ils ne pourraient plus l'oublier ou prétendre qu'elle n'avait pas eu lieu. Au dernier moment, le souffle court, Akira hésita. Rien n'allait, ce n'était pas le moment, cette histoire avec Park n'avait aucun sens...

Trop tard.

Le coréen avait pris les choses en main et l'embrassait furieusement, les doigts glissées dans ses cheveux longs lui faisaient délicieusement mal, et ces lèvres...Ces lèvres étaient un miracle contre les siennes.

Ils auraient à nouveau fait l'amour là, sur le sol, si un éclat de soie noire n'avait pas attiré l'œil d'Akira.

Ce froissement d'étoffe, il ne le connaissait que trop bien

"Fei long!"

….

Le jeune chef de Baishe les regardait depuis la porte, l'air froid et insondable.

Ses yeux allaient de l'un à l'autre, sans qu'Akira ne puisse déterminer ses sentiments.

"tsss."

Avec un soupir, Fei long entra alors et referma la porte à clef.

Sans un mot, il s'assit sur la méridienne, ne les quittant pas des yeux.

Se sentant de trop, Park voulu sortir pour les laisser seuls mais Fei long agrippa son bras lorsqu'il qu'il passa devant lui et gronda avec un sourire féroce.

" Toi tu ne bougeras que quand je l'aurais décidé."

"Maître.."

Fei long se tourna vers Akira. " J'ai à vous parler tous les deux."

Un silence gêné s'installa entre les trois hommes, que le jeune chef de Baishe ne semblait pas disposer à dissiper. Sans pitié, pour une fois il s'amusait sans vergogne de sa toute puissance.

"Dis moi Park...depuis combien de temps êtes-vous amants?"

Park haussa les épaules, insensible à la provocation.

"Nous étions précisément en train de le devenir, Fei Laoban."

Akira le dévisagea, surpris pas son audace, mais Fei long eu un sourire amusé.

" Je vois." répondit-il simplement, avec une certaine mélancolie que seul Akira su déceler.

Il se leva sans hâte, et se servi un verre de whisky. Il jeta un regard amusé à ses deux employés qui attendaient, légèrement inquiets, son bon vouloir. Alors il cessa finalement de jouer et vint s'assoir près d'eux, reprenant son masque de chef de triade.

"Akira, j'ai parlé avec Asami. Nous nous sommes affrontés, je ne te le cache pas et te protéger va devenir impossible, même pour moi. Quand bien même je transformerai le manoir en forteresse, je ne peux pas t'y garder prisonnier comme tu l'es aujourd'hui."

Tout en parlant, Fei long avait pris la main d'Akira dans la sienne, et Park regarda surpris ce geste d'affection. Jamais il n'avait imaginé le jeune chef de Baishe autrement que lointain et inaccessible. Le voir préoccupé, si proche de lui et si visiblement épris d'Akira le troublait.

"Je te demande pardon, Akira...C'est par jalousie qu'Asami veux te voir mort, sans doute et c'est ma faute. Entièrement."

"Ce n'est pas par jalousie, Fei long." laissa échapper Akira, sans en dire plus.

"Ne me parle pas d'amour, ne soit pas ridicule. "

Fei long le regarda, troublé et triste. Il avait répondu avec colère, mais se radoucit aussitôt.

" Akira...Tu lui fais confiance?" demanda-t-il, jetant un coup d'oeil au coréen.

Il n'y avait aucun jugement dans les paroles de Fei long, juste une simple question. Qui était-il pour leur reprocher quoi que ce soit? Rien que de la sollicitude, de la tendresse aussi sans doute.

« Je lui confierai ma propre vie. » répondit simplement le japonais.

" Fort bien. Alors écoutez attentivement, et Park...Ce que je vais vous confier est vital pour Akira, et pour Baishe. J'ai besoin de toi mais si tu me trahis, sache que je te ferais souffrir plus longtemps et plus atrocement que tu n'as jamais souffert."

Il avait planté ses yeux noirs dans ceux du coréen, qui y décela soudain toute l'étendue de sa cruauté. Mon Dieu, qu'avait-il pu vivre pour avoir de tels yeux ? Fei long ne jetait pas ce genre de menace à la légère, il en avait pleinement conscience, et il soutint son regard.

"Sur mon honneur et sur ma vie, maitre." Dit-il en s'inclinant.

Alors Fei long leur confia tout: Asami qui était l'instigateur du contrat sur la tête d'Akira, Ardatov, les raisons de la haine que nourrissait le russe à son egard et qui dépassaient largement l'assassinat de Youri Boukov...Il avoua tout, son incapacité à lutter contre Asami, sa faiblesse la plus totale.

"Mais je ne peux me résoudre à te voir mort Rin, et par ma faute. C'est pour cela que j'ai besoin de toi Park,..."

Il leur exposa alors le plan qu'il avait mis deux semaine à élaborer. Akira fut surpris, Park quant à lui se jeta à ses pied.

"Fei Laoban, je suis à vous à jamais. Je vous obéirai, j'avais si peur que...enfin...qu'Akira-san ne meu.."

" Ne dis rien. Relève-toi." souris Fei long, lui coupant la parole et remplissant leurs verres.

Cette soirée serait la dernière qu'ils passeraient ensemble, ils le savaient. Dès demain, par la mort où l'exil, jamais ils ne se reverraient. Alors étrangement, les barrières entre eux s'abolirent.

Une première bouteille fut vidée, et Park leur raconta son adolescence de jeune voyou dans les bas-fonds de Séoul.

Il les faisait rire, oubliant qui était en face de lui, heureux et flatté du simple plaisir de faire sourire les deux plus beaux hommes qu'il eut jamais vu.

Une deuxième bouteille remplaça la première. Ce fut Akira qui raconta doucement l'histoire de son enfance à Paris, l'ivresse lui faisant intégrer beaucoup de mot français dans son récit, ce que Park et Fei long trouvaient irrésistible.

"...alors je me suis retrouvé en prison pendant 15 jours, poursuivait-il en riant, tandis que Fei long remplissait de nouveau son verre.

"Et après?"

"Asami m'a fait sortir par amitié pour mon père, et je suis rentré à son service, termina Akira d'une voix douce. J'avais 25 ans"

Imperceptiblement, ils s'étaient rapprochés. Lorsqu'Akira porta la main de Fei long à ses lèvres, celui-ci soupira.

Park, étrangement n'éprouva aucune jalousie devant ce geste. Après tout, il avait toujours su l'attachement qui existait entre le japonais et Fei long, il était bien tard pour s'en émouvoir maintenant.

Mais plus que ça, il se surprenait à éprouver une tendresse étrange et entêtante pour le jeune chinois. Sa beauté le troublait bien sûr, mais sa bienveillance, son rire rauque qu'il n'avait jamais entendu avant ce soir, son intelligence aussi...Il se surprit à l'admirer, les yeux brillants.

Sans Akira, c'est peut-être un jour de Fei long qu'il serait tombé amoureux.

Une main se glissa dans la sienne, celle du chinois justement qui le regardait, intrigué, ses yeux noirs à peine voilé par l'alcool. Il ne songea pas à la retirer et la porta à son tour à ses lèvres.

"Maitre…"

Akira hésita, puis se pencha sur Fei long, l'embrassant longuement, lui arrachant un gémissement qui les troubla violement. La main du chinois toujours dans la sienne, Park les regardait, légèrement ému et amusé. Il ne concevait aucune jalousie, tant il faisait lui aussi partie de ce monde qu'ils construisaient ce soir lentement tous les trois.

Lorsque ce furent les lèvres de Fei long qui se refermèrent à son tour sur les siennes, il ne songea même pas à refuser le baiser. Les lèvres de son maitre étaient impérieuses, avides...Des lèvres habituées à tout obtenir.

Il s'en amusa un instant, avant de s'abandonner à l'étreinte et à l'odeur de thé du jeune chinois contre son torse.

Les lèvres de Fei long furent remplacées par celle d'Akira sans presque qu'il ne le remarqua. Dans cet étrange rêve éveillé, rien ni aucune morale n'avait plus cours. Glissant ses doigts dans les cheveux bouclés, Park lui rendit son baiser, tandis que son cou s'abandonnait à la morsure de Fei long. Le coréen gémit, fiévreux et troublé. Son sexe se gonfla sous les doigts experts du chinois qui le regardait en souriant doucement.

Un désir total lui ravageait les sens...il n'avait jamais connu un tel moment. Son corps lui semblait tendu comme un arc, et brulant de mille fièvres.

Akira délaissa ses lèvres pour celles de Fei long. Il était troublé de les retrouver, possessives et promptes à la morsure...Si c'était uniquement par la force de l'alcool et de la peur qu'il les retrouvait, peu lui importait.

Lorsque Fei long déboutonna la chemise d'Akira, le coréen se pencha et mordit brutalement les mamelons dressés, entièrement tatoués de noir.

"Haa!"

Vengeurs, les doigts d'Akira se refermèrent brusquement sur son cou, cherchant à le punir. Park accepta la domination avec délice et ferma les yeux. Lorsque la chemise du japonais tomba à terre, Fei long se leva, leur faisant face à tous les deux, et entreprit de défaire lui-même avec une lenteur douloureuse les agrafes de son long cheongsam noir.

Akira et Park le regardèrent un moment, fascinés, le souffle court. Lorsque la soie glissa enfin au sol dans un léger froissement, Fei long leur adressa un regard de triomphe, les mettant au défi de ne pas tomber à ses pieds.

Akira souris, amusé. Personne à part Asami ne connaissait le jeune chinois et ses jeux érotiques mieux que lui.

Il se leva, obéissant à cette invitation muette, et laissa courir sa langue le long du torse offert. Fei long gémissait, fébrile, alors que sa langue s'aventurait toujours plus bas.

Arrivé près de son ventre, Akira rencontra sur son chemin les lèvres de Park qu'il embrassa à nouveau avec délice. Fei long les regardait, agenouillés à ses pieds comme il l'avait souhaité, rejetant en arrière ses longs cheveux noirs, la bouche entrouverte et frissonnant de plaisir.

Lorsque le pantalon de soie glissa au sol à son tour, et que des lèvres expertes parcoururent le sexe dressé, il ne put retenir un cri, et ses doigts se refermèrent sur les cheveux noirs de ses deux amants.

Bientôt il se laissa glisser au sol avec eux, dévorant leurs bouches qui venaient de lui donner tant de plaisir. Le coréen lui rendit son baiser, ému de la nature si sensuelle du chinois. Jamais il ne l'aurait cru si abandonné et offert, lui si terriblement impitoyable à la tête de Baishe.

Tout en embrassant Fei long, Park déboucla d'un geste la ceinture d'Akira. Le pantalon suivi aussitôt, et il fut une nouvelle fois émerveillé par sa beauté et ses tatouages, païens et magnifiques.

Le chinois semblait d'accord avec lui, car ses mains parcoururent avidement le torse du japonais, assoiffées de son souvenir. Lentement, comme une invitation, Fei ong s'allongea sur le velours noir.

Dans le bureau, l'obscurité se faisait chaque minute plus totale. La nuit etait sombre, sans lune, et semblait leur donner une étrange bénédiction.

"Fei long.."

En murmurant son nom, Akira s'empala doucement sur le corps de son jeune maitre qui le regarda se mouvoir sur lui, les yeux brillants.

Fei long, le regard sauvage, enfonçait ses ongles dans ses cuisses, s'ancrant plus profondément en lui. Akira avait rarement été passif avec Fei long, mais ce soir il le désirait plus que tout. Il voulait que son jeune maitre le marque au plus profond de lui-même, de sorte qu'il n'oublie jamais...Jamais…

Et ce soir Fei long semblait plus que disposé à le faire sien.

Park embrassait Fei long. Il se perdit un instant dans la cascade de cheveux noirs, qu'il respira longuement. Ce parfum...Leurs yeux se rencontrèrent, et Park le supplia, sans émettre pourtant le moindre son. Fei long sourit.

Un instant plus tard, Akira toujours sur lui, ses lèvres se refermaient sur le sexe du jeune assassin. Celui-ci gémit longuement, serrant les poings, assailli de sensations tyranniques et délicieuses.

Ils auraient pu jouir ainsi, si Akira ne s'était pas volontairement, et douloureusement arraché au plaisir de chevaucher Fei long. Park interrogea le jeune chinois du regard, et voyant le consentement implicite, pris lentement la place d'Akira, les reins en feu.

Le plaisir fut si fort qu'il lui arracha un cri. Les doigts de Fei long se refermèrent sur les siens, brutalement, attestant de son propre plaisir. Le chinois rejeta la tête en arrière, dans un long cri muet qui arqua son corps entier, sidérant de beauté et foudroyé par la jouissance. Akira étouffa les lèvres du coréen sous les siennes, et sous ses doigts il rejoignit ses deux amants dans une extase brusque et totale.

Troublés, fiévreux, ils auraient pu rester ainsi toute la nuit, enlacés et repu de plaisir. Mais après de longs instants ce fut Fei long qui le premier se leva sous les yeux pales d' Akira, devenu soudain mélancolique.

Le jeune maitre de Baishe se rhabilla sans un bruit, sans qu'aucun d'entre eux n'osa briser ce fragile moment par de vaines paroles.

Au moment de les quitter, Fei long se pencha , hésita un instant et finalement embrassa longuement Akira. Il lui prit la main, et l'instant d'après il embrassa Park avec la meme tendresse.

" Ce sont mes adieux." murmura-t-il.

Lorsque la porte du bureau se referma derrière lui, Akira senti un étrange gout salé sur le bord de ses lèvres. Incrédule, il essuya les larmes qui lui brulaient les yeux.

Park, pudique, laissa son visage se perdre doucement dans les boucles de cheveux noires et enlaça son amant.

Ils restèrent ainsi longtemps.


A l'aube, Fei long, impeccable dans un costume 3 pieces anthracite, s'asseyait à son bureau. Sans la moindre émotion, il ouvrit un dossier. Macao?

Ah oui...cette histoire d'acte de propriété pour son casino.

Il allait falloir s'en charger sinon les choses allaient dégénérer de plus belle avec Mikhail et Asami.

Rien ne trahissait la nuit qu'il venait de vivre, si ce n'est peut-être ses yeux à peine cernés, et une triste mélancolie dont il ne parvenait pas à se libérer. Vers midi, on frappa a sa porte.

"Entrez."

Un de ses employés passa la porte. Il avait les yeux tombants et l'air soumis. Il s'approcha du bureau avec une prudence obséquieuse:

"Maitre c'est fait. J'ai incendié l'appartement."

"Personne ne t'a vu?"

"Maitre, je peux vous l'assurer sur ma propre vie!"

" Ça tombe bien."

Fei long sorti son Glock muni d'un silencieux de sous son bureau et tira sans la moindre hésitation. L'homme, hébété, incrédule, roula des yeux terrifiés et tomba en arrière, une auréole rouge s'élargissant sur sa chemise.

Fei long soupira et laissa son regard se perdre dans ses jardins.

Sa part du plan était désormais accomplie.