Hey ! Dernier chapitre en compagnie de nos amis mages avant de partir vers de nouvelles aventures !
CHAPITRE 25
Après une nuit réparatrice, Victoria et Balthazar retrouvèrent plus ou moins leurs esprits. Théo avait veillé toute la nuit sur eux et se sentait plus léger. L'immense poids de leur mort prématurée retiré, il avait l'impression de respirer de nouveau. Il s'inquiétait un peu pour ses deux compagnons, cela dit. Balthazar était plongé dans un mutisme inquiétant, debout devant la fenêtre depuis plusieurs minutes déjà. Victoria, elle, peinait encore à tenir sur ses jambes, effet secondaire de l'attaque de Castelblanc. Le paladin les observait depuis un coin de la chambre, à moitié endormi sur la chaise prêtée par les mages.
La porte s'ouvrit bientôt sur Cyrielle et Mani. La jeune femme portait le plateau du petit-déjeuner qu'elle déposa sur la table de chevet du mage. Victoria l'observa quelques instants, puis regarda Théo, puis se tourna de nouveau vers elle.
"C'est une des jeunes filles de l'école de paladinat ?
- C'est mon écuyère."
Victoria s'étouffa sous le regard vexé de son frère. Elle éclata de rire nerveusement.
"Bon sang, je me suis absentée si longtemps pour que tu te mettes à prendre des responsabilités de toi-même ? Je suis impressionnée, vraiment. Je ne savais même pas que tu voulais un écuyer ! Enfin… Sans être méchante, tu n'as pas exactement la carrure du gentil professeur."
Cyrielle ne lui en tint pas rigueur et vint lui tendre une verre de jus d'orange. Dès que leurs mains se touchèrent, les yeux de Victoria s'écarquillèrent. Un fin sourire s'étira ensuite sur ses lèvres.
"Une demi-diable, hein. Je comprends mieux ce choix soudain. Il te manquait tant que ça ? demanda-t-elle malicieusement en pointant Balthazar de la main."
Le mage se tourna vers eux. Il croisa brièvement le regard de Théo avant de s'empourprer. Il s'éclaircit la gorge et vint docilement chercher une brioche sur le plateau repas. Le paladin rougit lui aussi.
"C'est pas… C'est… Enfin, elle est différente, bafouilla-t-il pitoyablement. C'est pas pareil. Lui, c'est… Enfin… C'est Balthazar.
- "C'est Balthazar" ? Qu'est-ce que c'est seulement censé vouloir dire ? l'enfonça Victoria en riant. Non, se reprit-elle, désolée. Je suis contente que tu te sois trouvé une écuyère. Comment tu t'appelles ? demanda-t-elle à la jeune fille.
- Cyrielle, madame.
- Appelle-moi Victoria, on est bien loin de Castelblanc et je suis trop jeune pour ça."
Théo les laissa discuter toutes les deux et vint s'asseoir à côté de Balthazar, sur le lit. Le mage fit mine de l'ignorer et continua à manger sa brioche.
"T'es sûr que ça va ? T'as pas pipé un mot depuis ce matin, c'est inquiétant."
Il finit par pousser un soupir et se tourner franchement vers lui. Théo le trouva immédiatement très pâle. Ou alors était-ce sa maigreur alarmante qui provoquait cet effet ? Le mage était dans un sale état physique et ça ne lui plaisait pas du tout.
"Ouais, ça va, dit-il d'une voix faible. Je suis encore un peu fatigué à cause de ma métamorphose et des médicaments, mais ça passera.
- T'as vraiment une sale tronche.
- Merci, ça me réchauffe le coeur de le savoir.
- Ca a un truc à voir avec la drogue ? Parce que si je dois t'attacher dans une pièce pour te sevrer, je le ferais.
- Oh, je sais que tu le feras."
Un sourire étira son regard. Le mage se gratta nerveusement le bras avant de reprendre.
"J'ai peur, Théo. C'est tout. Je suis en sursis, le cauchemar pourrait recommencer n'importe quand et ça me terrifie.
- Mais ça va aller, on va réussir à arranger ça. Je vais pas tarder à prendre la route vers chez toi, pour…
- Je viens avec toi."
Le guerrier cligna un instant des yeux, pas certain d'avoir bien entendu. Il tenait à peine sur ses jambes et il voulait déjà reprendre la route. Même si l'idée était tentante, bien sûr que Théo aurait tout donner pour tout redevienne comme avant, son expérience récente avec Cyrielle l'inquiétait : s'ils étaient trop loin de la Tour des Mages et que son ami était frappé de nouveau par la malédiction, que se passerait-il ? Et s'ils étaient au beau milieu de la forêt ? Il n'était pas certain d'avoir assez de sang froid pour ça. Son âme, en revanche, le suppliait de l'emmener. Il n'en pouvait plus de la solitude, de l'incompréhension des autres. Il voulait avancer, mais on le tirait sans arrière dans le passé. Il savait que Balthazar trouverait les mots justes pour améliorer son état, mais n'était-ce pas égoïste de compter uniquement sur lui pour ça ?
"Je… Je ne sais pas, avoua le paladin. Tu n'es pas en état, c'est pas une bonne idée.
- Ce n'était pas une question. Tu as une promesse à honorer, non ? Si je me transforme pendant le voyage, tu seras aux premières loges.
- Putain, Bob, j'ai pas envie de devoir te ramasser en morceaux parce que cette saloperie t'auras rattrapé !"
Victoria toussa discrètement pour attirer leur attention. Le paladin soupira.
"Si je peux me permettre, intervint-elle, je préfère qu'il soit avec toi. Ca me rassurerait de savoir que quelqu'un veille sur toi et que tu ne te laisses pas mourir comme à Castelblanc.
- Mais ce n'est pas le problème ! s'emporta le paladin. S'il lui arrive quelque chose comme avec toi, je fais quoi, moi ? Si on est au milieu de nulle part et qu'il fait une crise, comment tu veux que je puisse seulement le sauver ?
- Si ça arrive, je ne veux pas être sauvé, Théo. Si j'ai bien compris tout ce que tu m'as raconté, en mourant, elle sera libérée de la malédiction, non ? Mais si on y arrive pas, si on n'arrive pas à temps, je ne veux pas te priver de ta famille. J'ai plus personne moi. Tu t'en…
- Mais tu es aussi ma famille, sombre crétin ! hurla Théo en le repoussant."
Il se releva et se mit à faire rageusement les cent pas dans la pièce, sous le regard de ses amis inquiets. Il attrapa un vase et le jeta au sol. Il explosa dans un bruit de vaisselle cassée satisfaisant.
"Tu te sens mieux ? grogna le mage en tirant une grimance. Ce n'était pas une question. Je viens avec toi et si tu m'en empêches, je m'accroche à ton cheval jusqu'à ce que tu craques."
Le paladin ne répondit pas. A quoi bon ? Le mage ne le laisserait de toute façon pas partir sans lui, têtu comme il était. Il finit par hausser les épaules et s'échappa de l'ambiance oppressante de la chambre. Il poussa un long soupir avant de se mettre à marcher un peu au hasard. Il avait besoin de se vider les idées pour prendre du recul sur la situation.
Il traversa les couloirs de l'Académie, et presque naturellement, ses pas le ramenèrent de nouveau dans ce foutu laboratoire. La vision des chaînes pendant sur le mur des cellules calma temporairement ses ardeurs. Sa colère n'était pas dirigée vers la bonne personne. Il devait se concentrer sur sa mission. Il devait sauver son ami et sa soeur, arrêter Enoch et récupérer les Codex. Il ne pouvait pas se permettre de laisser parler ses émotions tout de suite. Ses doigts effleurèrent la sordide table de dissection qui trônait fièrement au milieu de la pièce. Victoria avait raison, il avait besoin du mage à ses côtés pour ne pas sombrer de nouveau. Il se portait mieux depuis qu'il était réveillé et devoir se séparer une nouvelle fois l'angoissait.
"Dans quoi je me suis encore embarqué... murmura-t-il, épuisé.
- C'est exactement ce que je me demanderai si je me trouvais à votre place."
Théo sursauta violemment et releva la tête. Un homme se tenait près du bureau où se trouvait les souvenirs de Balthazar, le visage camouflé sous une épaisse capuche noire et un masque aux yeux luisants. Le paladin sentit tous les muscles de son corps se tendre.
"J'ai crû comprendre que vous me cherchiez, dit-il, rieur. Je viens donc vous avertir que c'est une très mauvaise idée."
L'homme se téléporta à quelques centimètres de son visage. Nullement impressionné, Théo ne broncha pas. Ses doigts serrèrent le pommeau de son épée.
"Je sais que vous avez fouillé dans mes affaires et que vous avez des liens avec mon cher cobaye. Si vous ne voulez pas que quelque chose de fâcheux se produise pour vos amis, gardez le silence.
- Je ne réagis pas bien à la menace, l'avertit le paladin.
- Nous sommes du même avis. Mes affaires ne vous concernent pas, et Lennon pourrait en pâtir dans le cas contraire. Vous êtes prévenu."
Théo dégaina son épée brutalement et frappa sans réfléchir. A sa grande stupeur, l'épée passa au travers de son interlocuteur, qui éclata de rire.
"Allons, allons. Je ne suis pas stupide. La Mêta-Lignée vous passe le bonjour."
Le mage disparut sous ses yeux. Théo serra le poing sur son épée, crispé. La situation n'en resterait pas là. C'était une promesse. Il allait devoir avoir une nouvelle discussion avec Mani. Pourquoi les événements revenaient-ils toujours à ce foutu elfe ? Il ferma les yeux et prit de grandes inspirations pour se calmer. Ce n'était pas la faute de Mani. Il devait arrêter de lui faire payer les problèmes de cette organisation.
D'un pas décidé, il se dirigea vers le bureau. Il saisit un sac et commença à y enfourner les dossiers et les billes mémorielles. Il voulait les étudier plus tard et avec son compagnon de voyage, loin de cette foutue Tour qui commençait à le rendre marteau. Il ne se laisserait pas marcher dessus par la Mêta-Lignée, il n'était pas aussi fuyant que l'elfe. Ils voulaient le faire chanter, ils allaient hurler de les épargner lorsqu'il les exterminera tous jusqu'aux derniers.
Il remonta et s'arrêta à l'entrée de la chambre de Balthazar et Victoria, son sac sur l'épaule.
"Tu as deux jours pour te remettre, dit-il au mage. Après on se casse d'ici."
Alors qu'il s'éloignait d'un pas lourd, il vit du coin de l'œil le visage du pyromancien s'étirer d'un sourire de soulagement.
