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D'où lui était venue cette haine ? Depuis quand était-il ainsi ? Je sondais le fond de ses yeux qui furent bleus mais étaient devenus noirs. Soit il était en prise avec un maléfice de magie noire, soit il était devenu fou. Ce n'était plus le même homme. Celui qui m'avait acheté une robe dans cette boutique de Canterbury. Celui qui avait rougi jusqu'aux oreilles quand je m'étais installée dans ses draps au Terrier. Ce dernier avait disparu il y a longtemps. Bien longtemps.

Comment en était-il venu à menacer de plonger un poignard dans mon ventre de femme enceinte de presque huit mois ? Moi non plus, je n'étais plus cette jeune fille qui avait frémis sous ses caresses dans l'ombre du soir. Moi aussi, j'avais changé. Nous avions trop changé l'un l'autre et nous ne nous comprenions plus. Tout cela m'avait paru être un rêve. Mais lorsque je me retrouvais au sol comme une poupée de chiffon après qu'il m'ait étranglée, la réalité m'apparut dans sa lumière la plus crue. Ron semblait possédé par cette même ambiance que j'avais ressentie en me rendant dans les caves du manoir Malfoy. Cette sensation d'horreur profonde face aux atrocités à peine citées : meurtre, torture… En un mot, le mal. Je voyais clairement qu'il n'avait pas menti. Il projetait de me faire du mal pour me mener en enfer. Je ne sais comment me réveillant de ma torpeur, je trouvais l'énergie de lui lancer :

- « Mais que t'est-il arrivé, Ron ? »

Il se mit à rire, tonitruant, un rire de fou. Le déséquilibre de son esprit me faisait perdre toute notion d'orientation.

- « Ce qui m'est arrivé ? Ma femme a appris, par je ne sais qui, que nous étions à Canterbury le week-end du 31 Mai. Quand j'étais censé être dans mon bureau au beau milieu de Londres, et photos à l'appui ! Elle a cessé de me parler. Pendant des mois, j'ai essayé de la raisonner, mais elle se montait toujours plus la tête. Ensuite, elle m'a tout simplement éjecté de sa vie ! Ça fera bientôt deux ans que je n'ai pas vu mes enfants, le plus petit en a à peine cinq ! Et il ne se rappellera pas de son père. Je ne sais même plus la tête qu'il a. Alors j'ai essayé de parlementer, de discuter. Et maintenant, ma femme m'a tout simplement remplacé par cet idiot de Cormack. Cormack, tu te rends comptes ! Et ce salaud s'est tapé ma sœur. Mais lui. Ah ! Lui, elle l'a pardonné. Deux ans que je n'ai pas vu mes enfants. Et puis j'ai parlé à Daphnée. Elle m'a compris, elle. Et elle m'a parlé de vengeance. Au début je n'ai pas écouté. Et puis il y a eu cette fois chez Fleur. Comment tu t'es détournée de moi. Comme si je n'étais rien. Personne. Nous t'avons accueillie chez nous ! Nous t'avons nourri, logée. Je t'ai même aimée, oui je l'avoue, je t'ai aimé éperdument. Et toi. Toi, dès que ce bellâtre de Malfoy s'est présenté, tu m'as oublié. Tu as fait une croix sur nous. Alors, maintenant que ta vie est menacée, tu me demandes comment je vais ? Mais ça fait des années que je vis un enfer à cause de toi ! Garce ! A croire que tu es née pour me gâcher la vie ! J'aurais dû rester sur ma première idée de toi. Tu n'es qu'une fille de riche. Capricieuse. Inconstante. Egoïste. Forcément, ton mari te convient, lui aussi n'est qu'un aristocrate imbu de lui-même et individualiste. Tu t'es bien fichue de ma guerre, celle qui m'a laissé tant de marques. M'as-tu une seule fois interrogé ? Putain on a passé trois mois ensemble et tu ne m'as même pas posé une foutue question sur ma vie ! C'est comme ça que vous êtes, vous autres, vous prenez ce que l'on vous donne, c'est-à-dire tout, et vous ne rendez rien. Tu te rends compte du temps que j'ai perdu à penser à toi ? Et à quel point notre relation a ruiné tout ce que j'avais construit ? Ma femme, mes enfants. Tout ça pour tes beaux yeux. Alors que moi, j'ai été largué comme la première des merdes toi et Malfoy filez le parfait amour. Vous avez tous les deux baisés ailleurs mais tout va bien ! Tout ce que tu as fait c'est dire à Daphnée que tu n'étais pas ravie de croiser l'amante de ton mari. Vous êtes vraiment impayable ! La terre entière aurait pu passer entre tes cuisses, il voudrait toujours de toi. Il se serrait tapé toute l'Angleterre, tu te contenterais d'un « pardon » pour tout oublier. Mais moi, personne ne m'avait expliqué les règles de votre monde ! Moi j'y ai cru. J'ai vraiment pensé que j'aurais pu accéder à cette vie avec toi. J'ai bêtement avalé tes belles phrases, tes déclarations. Vous n'êtes que des foutus connards ! Putains d'aristocrates ! Et toi, mais alors toi, tu es la pire de tous ! Tu m'as tout simplement brisé. Je me suis fait casser la gueule par ton cher époux et tu n'as pas eu un geste, un regard pour moi. Tu m'as juste laissé derrière comme on abandonne un vieux chien sur le bord de la route. Je te hais ! Je maudis le jour où tu es arrivée dans ma vie. Et maintenant il va falloir que tu disparaisses pour qu'enfin. Enfin. Je trouve la paix. »

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Il tenait le bras en l'air, couteau en main, prêt à m'ouvrir le ventre tandis que je me rapetissais dans l'espoir d'échapper au coup mortel. Priant pour ma vie, les larmes coulaient silencieusement le long de mes joues. C'est alors qu'ils arrivèrent. Deux hommes imposants, puis deux autres. Tout autour de nous. Déjà la dague lui avait été arrachée. Il se démenait pour se libérer, se battant comme le fou qu'il était devenu. En cet instant, j'eus plus de peine pour lui que j'en avais eu pour qui que ce soit, au cours de mon existence. Celui que j'avais aimé autrefois, je l'avais détruit. La vie n'avait pas été douce pour Ron, et il n'était peut-être pas assez fort pour supporter les déceptions qu'il avait vécues.

Les psychomages l'emmenèrent tandis qu'il hurlait toute sorte d'insulte à mon encontre et à la leur. Avant qu'il ne disparaisse totalement de ma vision, je l'entendis appeler les trois femmes qu'il avait aimées et qui l'avaient rejeté : Hermione, Adélaïde, Lavande. Nous lui avions toutes les trois brisé le cœur. Mais moi, j'avais en plus épousé son pire ennemi.

Quelques minutes plus tard, Drago était près de moi. Je fus surprise de voir les larmes dans ses yeux quand il m'embrassa vivement. Je devinais qu'il m'avait cru morte. Par miracle, Ron avait palabré si longtemps que je ne l'étais pas. Le front de mon époux se colla contre le mien. Nous étions silencieux. Je restai muette longtemps. Il me semblait que si un mot passait la barrière de ma bouche, tout s'ancrerai dans la réalité. Il me faudrait alors affronter le fait que mon ex-amant ait réalisé une tentative de meurtre à mon encontre, qu'il ait menacé non pas un seul mais bien mes deux enfants. Je voyais bien dans les yeux de Drago qu'il avait eu le plus grand choc de sa vie : il n'avait pas l'habitude d'être attaqué. C'était certainement la première fois qu'une telle chose lui arrivait. Très vite, il fut décidé de nous réinstaller dans le manoir Malfoy, qui était plus sûr.

Deux jours passèrent sans que je n'aie eu la sensation de me réveiller. Il me semblait encore être dans cet état pâteux de post-inconscience. Parfois je me souvenais un mot. Une parole. Avait-il raison ? Etais-je inconstante ? Moi qui avait attendu pendant des mois qu'il me parle, de peur de le presser. Il avait pris mon attitude pour du dédain. Pire, pour une négation de son être. Et Daphnée, quel rôle avait-elle pu jouer dans cette histoire ? Les idées fusaient, à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, j'en étais assaillie. Alors je décidais d'en avoir le cœur net et de me confronter à cet homme qui désormais me terrifiait.

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