Réponses aux reviews du chap 31 :
Miss Mpreg : Mais tu as encore perdu ton mdp pour que je ne puisse pas te répondre par messages ? xD
Pourquoi est-ce que tout le monde déteste Sigyn ? C'est un de mes perso préférés ! Bon, j'avoue elle met des bâtons dans les roues de tout le monde... Mais c'est pour le bien de Loki !
Non, vous l'aimez toujours pas ?
Sinon je suis contente de voir que la scène d'Halloween t'as plu, je dois avouer que je me suis bien amusée à l'écrire. Et puis il fallait bien que Loki ait son petit moment de gloire quand même... Et puis je me suis éclaté avec Hela. Elle est fabuleuse cette gamine. J'espère que vous êtes prêts parce qu'on va la revoir aussi ! (probablement pas comme vous le souhaiteriez mais bon, on ne peut pas tout avoir ... *mouahahah* )
Merci pour la review, je suis super contente de recevoir tes commentaires à chaque chapitre, c'est super motivant !
Plein de bisous !
'Taelle.
Tony, Clint, Steve, Coulson et les enfants étaient en quête de bonbons depuis bientôt trois heures et l'ingénieur commençait à avoir froid et mal aux pieds. Les gosses avaient décidé de ne pas rentrer tant que leurs paniers ne seraient pas pleins et Tony avait l'impression que ça ne finirait jamais. Il était sûr que Jörmunganð avait enchanté le fond pour qu'il ne se remplisse jamais et vu les petits coups d'œil satisfaits qu'il lui jetait, ça devenait quasiment certain. Bien évidemment, Clint s'était joint à eux dans cette course effrénée, Steve et Coulson étaient constamment en train de se faire des mamours en lui renvoyant sans le faire exprès sa propre solitude à la figure et pour couronner le tout il commençait à faire si froid que de la buée sortait de sa bouche à chaque respiration. Il n'aimait pas ça du tout. Jarvis lui avait pourtant dit qu'il ferait bon ce soir.
Pas bon ça. Pas bon du tout.
Depuis le Mandarin, Tony avait un mauvais rapport avec le froid. Tomber en T-shirt dans un désert de glace ce n'était pas ce qu'il y avait de plus réjouissant quand vos ancêtres étaient pour la plupart espagnols et italiens. En gros, absolument PAS adaptés au froid. Il commençait d'ailleurs à râler quand Jörmunganð se tourna vers lui en fronçant les sourcils.
- Il faut rentrer à la maison, dit-il. Il y a un problème.
Immédiatement, sans poser aucune questions ni mettre en doute la parole de l'enfant, Tony passa en mode Avengers.
- Jarvis, avance la voiture, ordonna-t-il en parlant à sa montre. Les gosses, on rentre. Coulson vous montez devant, Cap, avec les gosses, Clint tu te mets derrière. Je ne veux aucun angle mort, c'est compris ? ordonna-t-il d'une voix ferme alors qu'une grosse voiture noire se garait sur le bas-côté.
Comprenant immédiatement que quelque chose n'allait pas, les adultes se mirent tous en position de combat, faisant monter les enfants dans la voiture et coupant court à leurs protestations. Jörmunganð y mit même du sien en désactivant le sort sur les citrouilles sans fond, inondant le plancher de l'automobile de bonbons et friandises en tout genre.
- Qu'est-ce qui se passe Tony ? s'inquiéta Steve lorsque l'ingénieur prit le volant de la voiture, coupant le pilote automatique.
- Je sais pas. Jör dit qu'il y a un truc bizarre.
- Je sais pas comment expliquer, dit le petit garçon en grimaçant. C'est vraiment bizarre. C'est comme si la magie était devenue folle. Et il fait tout froid là, grimaça-t-il en se frottant la poitrine.
- Moi aussi ça me fait ça depuis tout à l'heure ! s'exclama Fenrir en écarquillant les yeux. Ça me tire de partout comme si on voulait m'enlever la peau !
- Mais tu pouvais pas le dire avant ?! s'écria Jör.
- Mais c'est toi le spécialiste de la magie ! se défendit Fen. Moi je fais de la mécano ! C'est Monsieur Tony qui le dit d'abord ! rouspéta-t-il en tournant le dos à son frère qui écarquilla les yeux.
- Fen..., souffla Jör.
- Quoi ?
- T'es bleu...
Le petit garçon baissa les yeux sur ses mains et s'aperçut effectivement qu'elles étaient devenues bleues, ses lignes claniques brillant doucement dans la pénombre de la voiture.
- Jör..., murmura à son tour le louveteau en levant les yeux sur son frère.
- Quoi ?
- Toi aussi...
Le petit garçon eut une exclamation horrifiée en baissant les yeux sur ses mains.
- Jör, Fen, qu'est-ce qui se passe ? demanda Tony en doublant une voiture à un feu rouge, évitant d'un geste du volant la voiture qui arrivait à sa perpendiculaire en klaxonnant.
Dans l'automobile pas un bonbon ne bougeait et tous les occupants étaient beaucoup trop focalisés sur les deux petits Jotuns pour remarquer les risques que l'ingénieur prenait pour arriver le plus vite possible à la Tour.
- Mais on sait pas ! On est pas censé devenir bleu, il fait pas assez froid ! s'exclama Jör en essayant de forcer son glamour à revenir, sans succès.
- Et Mama ?! paniqua Fen en passant de loup à enfant sans arrêt pour essayer de faire revenir sa peau rose.
- Jarvis appelle Loki ! ordonna Tony en accélérant.
Bordel ! Mais qu'est-ce qui se passait bon sang ?! Pourquoi est-ce que Loki ne l'avait pas appelé ?! Est-ce qu'elle allait bien ? Pourquoi Jarvis ne l'avait pas appelé ?! C'était dans son protocole vert ! Dès que Loki était en danger, il avait obligation de l'appeler merde ! Est-ce que quelqu'un avait corrompu l'IA ?
- Lady Loki est actuellement dans l'incapacité de répondre à votre appel, annonça la voix de l'androïde dans l'habitacle après un petit silence qui avait duré une éternité.
- Et merde ! jura Tony en mettant le pied au plancher. Mais qu'est-ce qui se passe ?!
Il actionna les essuies-glaces pour essuyer la neige qui venait s'écraser contre le pare-brise. On était encore en octobre ! Même si c'était encore seulement pour quelques heures, il était trop tôt pour neiger !
- Mais arrête de faire de la glace ! hurla Dumm-E juste derrière lui en essayant de s'éloigner de Jör qui fixait ses mains en ayant l'air de vouloir pleurer.
- Mais je fais pas exprès ! dit-il d'une voix tremblante. Je-je sais pas ce qui- ce qui se passe... Je veux voir Mama, commença-t-il à chouiner dans la voiture alors que ses pouvoirs lui échappaient totalement en recouvrant peu à peu l'intérieur de la voiture d'une fine couche de glace.
- Tony, quand est-ce qu'on arrive ? demanda Steve qui n'était absolument pas à l'aise en voyant toute cette eau solide autour de lui.
- Maintenant ! répondit l'ingénieur en faisant un long dérapage contrôlé dans son parking souterrain.
La voiture glissait encore quand il jaillit comme un missile de la voiture, montant les escaliers quatre à quatre pour accéder à l'ascenseur direct.
- Jarvis, au penthouse, ordonna-t-il.
Il aurait bien enclenché ses propulseurs pour arriver là-haut par lui-même mais il ne voulait pas laisser les gosses de Loki dans la panique comme ça. Le reste de la troupe arriva juste à temps alors que les portes se refermaient et Clint passa de justesse entre l'interstice.
- Mais putain on sort d'une boite métallique avec du givre pour retourner dans une boite métallique avec du givre, râla Clint en se frottant les bras. Si vous vouliez faire Halloween dans un frigo vous auriez pu prévenir !
Jör, qui avait déjà les larmes aux yeux et qui regardait la glace coloniser les murs sans pouvoir l'en empêcher, commença à pleurer.
- Je fais pas exprèèèèès, hoqueta-t-il. Je sais pas pourquoi ça fait çaaa... J'ai p-peur ! Je veux voir Mamaaaaa !
Tony s'en voulut d'avoir mis autant la pression au pauvre gosse en paniquant comme il le faisait. Le gamin devait sûrement être plus terrifié que lui.
Il le prit par dessous les bras et le souleva contre lui alors que l'ascenseur montait toujours.
Le gamin était gelé et il sentait le froid s'étendre dans son dos, mais tant pis. Le gosse était plus important. Il espérait juste que la glace n'abîmerait pas l'ark.
- Hey, pardon bonhomme. Je voulais pas te faire peur. Ça va aller. Je suis sûr que ta mère aura une explication à tout ça et qu'elle saura comment l'arrêter.
Si elle était en état de le faire. Elle ne pouvait déjà pas répondre à un coup de fil, dans quel état est-ce qu'il allait la trouver ?
Le gamin agrippa ses petits bras autour de son cou et pleura bruyamment contre lui, incapable de comprendre ce qui ce passait.
Enfin, enfin ! l'ascenseur arriva au dernier étage et Tony en sortit aussi vite que possible avec un gamin de dix ans dans les bras en appelant Loki.
Il se figea au milieu du salon devant le spectacle qui s'offrait à lui.
Loki dansait. Elle était sur le balcon, habillée d'une curieuse robe blanche qui volait autour d'elle, les cheveux détachés qui flottaient comme une bannière dans le vent.
Et bleue de la tête aux pieds.
Un bleu riche, profond, qui paraissait d'autant plus sombre que des lignes argentées, brillants tellement qu'elles en paraissaient blanches, couraient sur la peau dévoilée par intermittence avec les mouvements de la robe.
Elle virevoltait sur le balcon, portée par le vent qui tournoyait autour d'elle et le sourire aux lèvres.
- Mama elle est bleue..., gémit Fenrir en ayant l'air paniqué.
Arrachant son regard de Loki, Anthony baissa les yeux sur le petit garçon qui regardait sa mère d'un air inquiet en se tordant les mains.
Il était redevenu entièrement rose et la glace qui les suivait à cause de Jör était en train de fondre. Dans ses bras le petit garçon avait d'ailleurs arrêté d'émettre du froid et regardait sa mère qui dansait avec de grands yeux.
- Mais elle fait quoi Mama ? demanda-t-il d'une petite voix en serrant Anthony contre lui.
L'ingénieur dut d'ailleurs le poser à terre parce que le gosse commençait à l'étrangler.
- Jarvis, qu'est-ce qui se passe ? questionna Anthony en redirigeant son attention vers Loki.
Captivé par le spectacle, il n'écouta que vaguement le majordome qui lui répondait qu'il n'en savait rien et que les signes vitaux du Jotun étant normaux, il ne pouvait rien faire.
Clint s'approcha derrière l'ingénieur et lui glissa à l'oreille :
- On devrait peut-être l'arrêter non ?
Anthony secoua la tête et stoppa même l'archer quand ce dernier fit mine de s'avancer vers la porte ouverte.
Il était incapable de détourner le regard. Il ne sentait même pas le froid qui transperçaient ses vêtements. Elle était captivante.
Il y avait quelque chose d'animal dans cette danse, primitif mais fabuleux. Elle dansait comme elle aurait pu danser avec un amant, elle jouait avec le vent comme elle aurait pu jouer avec quelqu'un qu'elle aimait. Anthony se surprit à serrer les poings en souhaitant que ça soit lui. Il était jaloux du vent maintenant. Et ce dernier continuait de tournoyer autour de Loki, en soulevant sa robe, glissant contre sa peau et jouant avec ses cheveux... Puis il repartit vers la ville et Loki sembla chercher à le retenir avec un un cri muet de désespoir en tendant des mains avides .
L'ingénieur amorça un pas vers le balcon mais se retrouva entravé par Jör qui s'était accroché à lui par la taille en continuant de fixer sa mère avec de grands yeux.
Puis aussi vite qu'il était parti, le vent revint et s'engouffra dans la pièce en emmenant avec lui un tourbillon de neige. Elle tourna autour du Jotun, se posant dans ses cheveux comme autant de perles et de bijoux d'argents et recouvrant entièrement sa peau en prenant des reflets céruléens grâce à la couleur primaire de Loki.
Anthony remarqua alors seulement les manchettes et la tiare qu'elle portait qui brillaient comme les plus travaillées des pierres précieuses. recouverts eux aussi de glace. Seuls ses cheveux d'encre et ses lèvres d'un pourpre tellement foncé qu'il en paraissait presque violet, tranchaient dans cet univers cristallin.
L'ingénieur sentit sa gorge se serrer en la voyant ainsi. La tempête d'émotions qui le secouait faisait écho à la tempête qui rugissait dehors et qui avait Loki pour épicentre. Cette dernière renversa brusquement la tête en arrière en poussant un gémissement rauque de douleur qui tordit le ventre de l'ingénieur.
Pourtant, incapable de bouger et vissé au sol, il ne put que la regarder commencer à s'élever lentement au-dessus du balcon, une expression d'extase se peignant lentement sur son visage alors qu'elle tournait doucement sur elle-même.
Elle se mit brusquement à luire d'une lumière blanche éclatante et s'il entendit vaguement les autres pousser des cris de douleurs, lui était incapable de détourner le regard.
Elle était une étoile tombée sur terre, le plus précieux et le plus fragile des trésors sur lequel l'Homme ait jamais posé son regard. Il était le ver de terre amoureux de l'Étoile, lui se traînant dans le monde bas et sale des hommes, et elle l'étoile qui illuminait les recoins sombres, trop belle et trop lointaine pour être atteinte par leur laideur.
Les larmes lui montèrent aux yeux sous l'émotion qui le prit soudain. Elle méritait d'être vénérée. Elle DEVAIT être vénérée. Elle méritait beaucoup mieux que tout ce qu'il pouvait lui donner et lui offrir. S'il avait put bouger, il se serait sûrement mis à genoux pour l'adorer. Il se damnerait sans hésitation pour elle. Mais il ne pouvait que rester bouche-bée devant cette divinité qui creusait son cœur au fer rouge. Elle était belle, puissante, dangereuse et fragile à la fois. Elle était libre.
Elle était belle à en mourir.
Quand la luminosité décrut finalement, il avait envie de pleurer. Loki posa le pied à terre en trébuchant et l'ingénieur eut un autre pas avorté en cherchant à l'aider. La neige disparut avec un dernier coup de vent et Anthony se surprit à frissonner. Loki finit par se redresser et ramassa un étrange coffret au sol avant de se retourner vers le salon.
Elle se figea en les voyant tous dans la pièce et ses yeux s'agrandirent sous l'effet d'une peur que l'ingénieur n'expliquait pas. Il s'aperçut que ses yeux étaient entièrement rouges et les lignes argentées, courant sur son visage et mettant en valeur ses traits fins, formaient une deuxième couronne sur son front en miroir avec celle qu'elle portait sur le tête.
Elle était Reine et lui était Sujet, condamné à l'adorer jusqu'à la fin.
Et Dieu seul sait à quel point il en avait envie.
Il tenta d'avaler la boule d'émotion qui bloquait sa respiration et elle s'évada sous forme d'une larme tandis que sa jumelle coulait sur la joue du Jotun en une petite perle de verre qui se brisa au sol avec un son cristallin.
- Loki ?
Que se passait-il ? Pourquoi pleurait-elle ?! Est-ce qu'elle avait mal quelque part ?
- Je... Anthony, je..., bégaya-t-elle en reculant d'un pas, ses yeux cherchant désespérément une échappatoire.
L'ingénieur ne comprenait pas pourquoi elle paniquait autant. Est-ce que sa grossesse reprenait le dessus ? Est-ce qu'il avait fait quelque chose qui l'avait blessée et elle ne lui faisait plus confiance ? Est-ce que le fait d'avoir jeté Sigyn dehors lui avait fait perdre sa confiance ?
- Loki tu...
- Mama, pourquoi tu es bleue ? demanda Jörmunganð d'une petite voix en coupant Tony sans le lâcher.
- Est-ce que c'est parce qu'il fait froid ? questionna Fen à son tour, de l'autre côté de l'ingénieur.
Loki regarda ses enfants pas intermittence, relevant sans cesse les yeux sur Anthony.
- Je...
- Et le bébé il va pas attraper froid ? continua Fen.
- Non il... C'est un... un Jotun mon ange, il ne va pas attraper froid.
- On peut faire un câlin ? demanda Jörmunagnð en continuant de serrer Tony contre lui.
Toujours en fixant l'ingénieur comme s'il allait lui sauter dessus pour lui faire du mal dès qu'elle allait détourner les yeux, Loki se baissa avec difficulté et posa la Cassette par terre avant de tendre les bras vers ses enfants.
Même si elle avait lâché l'artefact, sa peau garda ce bleu roi si particulier et quand les gamins arrivèrent dans ses bras, leur peau changea aussi de couleur à l'endroit où elle les touchait.
Elle serra les jumeaux contre elle en leur caressant simultanément les cheveux, toujours en fixant Anthony du regard. Ils ne se quittaient pas des yeux, beaucoup trop de choses circulant entre eux, des choses trop précieuses, trop fragiles et intangibles pour l'exprimer par mots. Coulson, Steve et Clint quittèrent discrètement le salon, le Soldat glissant quelques billets à l'archer d'un air mécontent.
Ce fut Anthony qui brisa le contact visuel le premier, baissant les yeux sur les petits androïdes qui s'étaient accrochés à sa veste derrière lui.
- Et si on allait se coucher les gosses ? suggéra-t-il en redirigeant son regard vers le Jotun.
Cette dernière déglutit difficilement et eut un hochement de tête minuscule en se levant. Elle prit chacun de ses enfants par la main et les conduisit à leur chambre.
- Mama, c'était bizarre tout à l'heure, Jör il contrôlait plus sa magie et puis on est devenu tout bleus et ça me tirait comme si ma peau elle était trop petite ! déblatéra Fen alors qu'il se mettait en pyjama.
- C'est normal mon cœur, c'est parce que c'était la magie de Jotunheim qui était la plus proche de nous pour Samhain cette année. Comme toi Fen, tu ne peux pas canaliser ta magie et que Jör n'arrive pas encore à la contrôler comme il faut, le surplus a dû s'évacuer, un peu comme un verre d'eau trop plein.
- Mais c'est normal alors ? demanda Jör en se glissant sous ses draps. Parce que ça fait peur. J'ai transformé la voiture et l'ascenseur en frigo sans faire exprès.
- Bah c'est pas grave, Monsieur Tony et moi on les réparera demain, répondit Fen en remontant la couverture jusque sous son menton.
Loki lui sourit en lui embrassant le front, sans répondre.
Elle ne voulait pas leur dire qu'ils ne seraient probablement plus là demain. Tony n'accepterait jamais de Jotun adulte chez lui. Pourquoi le ferait-il ?
Il ferait des recherches et dès qu'il en saurait un peu plus, il la mettrait sûrement dehors. Qui garderait des monstres pareils chez lui ? Elle n'était déjà plus bonne à rien, incapable de faire de la magie, et maintenant elle se transformait carrément en Jotun. Qui pourrait aimer une peau bleue ? C'était la couleur des cadavres. En plus avec ses yeux rouges et ses dents pointues, elle ressemblait à un vampire.
Elle ne savait même pas depuis quand il était là. Est-ce qu'il l'avait vu danser avec le vent comme si elle était une espèce de sauvage ? Ça avait dû être un spectacle ridicule.
Elle repassa par sa chambre et se débarrassa de sa robe de cérémonie avec des gestes lents pour se rhabiller normalement. Elle ne pouvait pas encore se défaire de sa tiare, ni de ses bracelets, encore recouverts de glace et gelés sur sa peau.
Pour la première fois, elle n'avait pas envie de voir l'ingénieur. Elle ne voulait pas l'entendre dire qu'il voulait qu'elle disparaisse de sa vie.
Elle frotta ses manchettes, cherchant à se débarrasser plus rapidement de la glace. À son plus grand malheur, elle ne pouvait rien faire pour la tiare et cette dernière empêchait son glamour de recouvrir sa forme Jotun. Elle était donc toujours bleue de la tête au pieds, avec ses yeux rouges et ses dents pointues.
Un vrai monstre.
Elle s'arrêta sur le pas de la porte du salon, restant dans l'ombre du couloir en observant l'ingénieur assis sur le bord d'un fauteuil, les coudes sur les genoux et la tête basse, ses cheveux retombant sur son front en masquant son regard.
Il avait enlevé sa veste de costume et relevé ses manches sur ses avant-bras, son pantalon brillant doucement dans la lumière des plafonniers.
Il avait l'air... épuisé.
Loki avala difficilement sa salive en sentant la culpabilité lui mordre le cœur. L'ingénieur avait déjà suffisamment de problèmes, et elle lui en rajoutait sans cesse. Entre les enfants, Sigyn, le bébé, Victor... Et le fait qu'il ait chassé une de ses plus proche amies de sa Tour à cause d'elle.
Elle n'avait aucun regret pour le fait qu'il ait mis Pepper dehors. Mais elle se sentait coupable malgré elle pour Natasha. De ce qu'elle avait entendu et des informations qu'elle avait chiné – extorqué à Jarvis – par-ci par-là, Anthony et Natasha étaient proches, presque meilleurs amis. Et l'ingénieur l'avait jeté hors de chez lui... à cause d'elle.
Elle continua de le regarder pendant de longues secondes, tout en tirant sur ses manches pour essayer de masquer les manchettes sur ses bras, qui retrouvaient peu à peu leur couleur dorée.
- Monsieur, Lady Loki est arrivée.
La voix de Jarvis fit sursauter Loki comme Tony et elle fut forcée de s'avancer dans le salon. Tony se mit immédiatement debout et Loki s'arrêta net. Elle ne voulait pas avoir cette conversation.
- Loki, dit Tony en s'immobilisant.
Le Jotun baissa les yeux sur son ventre en jouant avec ses doigts.
- Anthony je... je suis désolée pour ce qui s'est passé, je…
- Mais pourquoi tu t'excuses ? demanda l'ingénieur en fronçant les sourcils.
Il s'approcha de quelques pas, doucement, comme s'il s'approchait d'un animal sauvage.
Loki secoua la tête en souriant tristement.
- Tu as sûrement mieux à faire que de t'occuper d'un monstre...
- Loki... la coupa Tony d'un ton peiné.
Elle ferma les yeux de toutes ses forces en baissant la tête et se tordit les mains.
Les Norns étaient cruelles. Elles avaient fait en sorte qu'elle soit recueillie par Tony, qu'il la protège, qu'il lui rende ses enfants, qu'elle s'attache à lui, qu'elle tombe amoureuse de lui, pour finalement lui arracher, comme elles lui avaient arraché sa famille et tout ce à quoi elle avait pu s'attacher.
Elle était stupide d'avoir cru que l'ingénieur voudrait d'elle une fois qu'il connaîtrait sa vrai nature. Il ne la mettrait pas dehors, il n'était probablement pas assez mauvais pour ça, mais tout allait changer n'est-ce pas ? Elle espérait qu'elle aurait juste le droit à une indifférence polie.
Quelle idée elle avait eu de tomber amoureuse de lui franchement ! Se faire jeter dans un puits de lave en fusion aurait sûrement été moins douloureux !
- Loki c'est vraiment comme ça que tu te vois ? Comme un monstre ? demanda l'ingénieur d'une voix brisée.
Le Jotun ne répondit pas.
À quoi bon ? Si même lui considérait qu'elle était pire que ça...
- Mais enfin Loki regarde toi, tu... Bon Dieu, tu es magnifique !
Quoi ?
- Quoi ? demanda-t-elle d'une petite voix en relevant la tête.
Ah. L'ingénieur était beaucoup plus près que ce qu'elle avait imaginé. Elle ne l'avait pas entendu arriver et maintenant il était si près qu'elle pouvait presque sentir son souffle sur son visage. Son regard glissa sur sa bouche et remonta le long de son nez et finit par croiser son regard.
Elle se perdit dans ses yeux. Elle resta accroché aux paillettes d'or clairsemées ça et là, dans le brun noisette qui se changeait parfois en miel selon la lumière.
- Vraiment Loki tu... tu es fabuleuse comme ça, murmura Tony en levant inconsciemment la main vers son visage.
La respiration de Loki se bloqua. Freya la maudisse, elle mourait d'envie de sentir sa main contre sa joue. La déesse de l'amour devait sûrement se venger après avoir été ignorée pendant autant de temps. Tout ce qu'elle avait réussi à contenir et à ignorer jusqu'à ce que Sygin lui mette le nez dedans était en sauvagement en train de lui faire payer. Ce qu'elle ressentait par rapport à l'ingénieur était multiplié à l'exponentielle. Chaque battement de cœur était plus fort et plus rapide, chaque odeur, chaque parfum émanant de l'ingénieur était plus soutenu, chaque mouvement était plus précis, chaque rire et chaque sourire, plus contagieux... chaque contact était plus vertigineux et la laissait le souffle court. C'était presque une chance qu'il soit aussi attentif à ses barrières personnelles parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle ferait s'il avait dû être aussi tactile avec elle qu'il ne l'était avec le Soldat ou avec n'importe qui dans la Tour. Et pourtant... Elle mourrait d'envie d'être toujours plus près de lui, d'être dans ses bras, au chaud, protégée, choyée…
Elle tressaillit d'anticipation et l'ingénieur s'arrêta net dans geste, à quelques millimètres de sa joue. Plutôt que de glisser la mèche de cheveux qui lui chatouilla la joue derrière son oreille, il récupéra simplement la tiare qui glissait dangereusement sur le côté pour éviter qu'elle ne se fracasse sur le sol.
Loki aurait presque put pousser un gémissement de frustration en sentant la chaleur de sa main s'éloigner de son visage. Cependant lorsqu'elle vit qu'il avait sa couronne dans les mains, elle baissa les yeux sur ses manchettes et s'aperçut que la glace avait complètement disparu. Elle les déclipsa et les laissant tomber à terre en se frottant les poignets. Enfin ! Elle pouvait enfin se débarrasser de cette glace ! Elle soupira de soulagement en sentant son glamour reprendre sa place sur sa peau.
- Loki..., dit Tony en retenant un soupir.
Cette dernière se figea et garda obstinément les yeux baissés sur ses mains. Anthony ramassa les deux manchettes tombées au sol et poussa légèrement le Jotun vers le salon, d'une main légère posée dans le creux de son dos.
- Viens t'asseoir, lui dit-il.
Loki se mordit la joue en entendant son ton las. Elle s'en voulait. Elle s'en voulait terriblement. Elle ne méritait pas qu'il se pourrisse la vie comme ça à cause d'elle.
Elle s'assit du bout des fesses sur le canapé et Tony vint s'agenouiller devant elle pour pouvoir croiser son regard qu'elle gardait obstinément baissé. Il se risqua à poser la main sur son genou et ce ne fut qu'à partir de ce moment qu'elle osa enfin franchement le regarder.
- Loki... Tu n'as aucune idée...
D'à quel point je t'aime.
- ...d'à quel point tu étais incroyable. C'était... magique. Alors, certes, ajouta-t-il, la couleur de ta peau n'était pas des plus communes. Mais ça ne veut pas dire que tu es un monstre. Ou que je vais te jeter dehors. Si je devais rejeter chaque personne différente, il n'y aurait pas grand monde dans ma Tour tu ne crois pas ? À commencer par moi !
- Non ! s'exclama Loki.
Non mais il était pas bien ?! Pourquoi il disait ça cet imbécile ? La seule raison pour laquelle la Tour était debout c'était pour lui ! Pourquoi est-ce qu'il disait qu'il ne devrait pas y être ?!
- Loki. J'ai un putain de sapin de Noël dans le thorax. Steve est un rat de laboratoire, Bruce est carrément schizophrène et Clint est... Clint. On est tous différents, et tous anormaux ici. C'est ce qui fait notre force.
Il pinça les lèvres et fixa la main de Loki pendant quelques secondes avant de la prendre délicatement dans la sienne. Quelque chose brillait fort dans les yeux du Jotun et ça lui donnait des ailes.
- Tu... S'il te plaît, ne crois pas tout ce que Asgard à pu te dire. Parce que ça vient de là, n'est-ce pas ?
Loki ne put que hocher la tête en fermant les yeux et une larme s'échappa sur sa joue. Elle sentit la main d'Anthony glisser sur sa joue et l'effacer du pouce alors qu'il serrait sa main à elle entre ses doigts. Elle pencha la tête pour accentuer le contact et posa même sa main par-dessus celle de l'ingénieur pour la retenir lorsqu'il chercha à l'enlever.
- Tu es magnifique Loki. Que tu sois bleue ou non, murmura-t-il tandis qu'elle posait doucement son front contre le sien.
Loki prit une inspiration tremblante, emplie du parfum d'Anthony, qui la fit frissonner de la tête aux pieds.
Elle devait l'embrasser. Il fallait qu'ils s'embrassent, sinon elle...
- Mama ? demanda une petite voix toute endormie à l'entrée de la pièce.
Anthony s'arracha à sa prise et se recula vivement d'au moins deux pas, manquant de se casser la figure sur la table basse. Loki avait à peine eu le temps de lever les yeux sur la porte du salon.
Elle retint un sanglot de frustration.
Elle avait été à deux doigts de faire une énorme bêtise. Pendant deux secondes elle avait cru qu'Anthony aurait bien voulu d'elle, mais à la vue de sa réaction en entendant Jörmunganò, elle n'en était plus si sûre. Pourquoi paniquerait-il autant si ce n'était parce qu'il avait honte d'être vu avec elle ?
- Mama, j'ai fait un cauchemar..., chouina le petit garçon en serrant son oreiller contre lui.
Loki prit appui sur l'accoudoir du fauteuil pour se relever.
- Viens dormir avec moi dans ce cas, lui dit-elle en lui tendant la main. J'allais me coucher. Bonne nuit Anthony, souhaita-t-elle à l'ingénieur avant de sortir du salon.
Ce dernier les regarda disparaître dans le couloir avant de s'effondrer sur le fauteuil le plus proche quand il les perdit de vue. Ses jambes ne le portaient plus. Son cœur battait si fort et si rapidement dans sa poitrine qu'il était sûr qu'il était en train de faire un arrêt cardiaque.
Merde. Merde, merde, merde, merdemerdemerde, MERDE !
Mais il lui était passé quoi par la tête ?! Il était complètement con ou quoi ? Si Jör n'était pas entré dans la pièce... Qui sait ce qui se serait passé ?
C'était terrifiant cette aptitude du Jotun à lui faire perdre les pédales. Mais elle avait été si... triste ! Et tellement persuadée de se faire jeter dehors ! Il n'avait pas trouvé d'autres moyens d'essayer de la rassurer. Sur le moment ça lui avait parut une bonne idée, mais maintenant qu'il y réfléchissait à tête reposée, ça ne le semblait plus tant que ça. Il en avait complètement oblitéré la volonté même de Loki parce que vu l'expression qu'elle avait tirée quand il s'était reculé, elle avait l'air prête à pleurer. Si ce n'était pas un signe de rejet, franchement, il voulait bien manger son ark.
Il se passa une main lasse sur le visage et pencha la tête en arrière pour retenir le sanglot qui montait dans sa gorge.
Il était tellement fatigué.
Loki borda Jör et Fen tous les deux dans son lit et sortit sur la pointe des pieds.
De manière tout à fait évidente, Jör et elle étaient à peine entrée dans sa chambre que Fenrir était arrivé avec l'air aussi ensommeillé que son frère et s'était installé d'office contre lui dans le lit de sa mère. Quelques secondes plus tard les deux petits garçons s'étaient endormis. Loki les avait regardés dormir pendant quelques minutes avant de sortir de la pièce.
Elle ne dormirait pas cette nuit de toute façon.
Trop de choses lui tournaient en tête.
Elle commença à marcher sans but dans la Tour en caressant distraitement son ventre.
Comment pouvait-elle faire pour ne plus être une nuisance pour Anthony ? De toute évidence, essayer de l'éviter ne servait à rien, parce que son instinct allait forcément reprendre le dessus et elle allait finir dans son lit sans s'en rendre compte. Ce qui ne ferait que l'embarrasser un peu plus. Et puis surtout comme Sigyn lui avait mis le nez dans ses sentiments, ça lui était presque douloureux de s'éloigner physiquement de l'ingénieur plus longtemps qu'une journée. Mais si elle était contrainte de rester près de lui à cause de sa composition de Jotun, il fallait quand même qu'elle trouve un moyen de ne pas lui imposer sa présence plus que nécessaire.
Et en même temps...
Ils avaient failli s'embrasser. Il avait été tellement près d'elle... Et elle... Est-ce qu'elle avait lu les signes correctement ? N'avait-elle pas été aveuglé par son propre désir ? Comment savoir ? Parce qu'il n'avait pas eu l'air si dégoûté que ça avant que Jörmunganò ne rentre dans la pièce.
Mais finalement, peut-être que Sigyn avait raison. Peut-être qu'elle ne contrôlait pas ses phéromones si bien que ça... Peut-être que, poussée par ses envies, elle avait influencé l'ingénieur sans le vouloir et l'avait attiré à elle... Bon sang, mais elle était pire qu'un monstre ! Elle détestait cette partie de la grossesse. Elle détestait utiliser ses phéromones parce qu'elle retirait toute force de déni aux gens. Dès qu'elle les utilisait, les gens à proximité se pliaient à ses moindres désirs. Le consentement libre disparaissait de la circulation.
Par les Norns, mais qu'avait-elle fait à Anthony ? Avait-elle vraiment utilisé ses phéromones sans le vouloir ?
Elle se concentra en fermant les yeux et se força à en émettre tout en étudiant la sensation caractéristique que cela provoquait chez elle. Ça se passait au niveau de son cou, à la jonction avec son épaule, ça pulsait d'une douleur sourde, comme si quelqu'un appuyait sur une vieille ecchymose.
- Lady Loki ? demanda soudainement la voix de Jarvis en la faisant sursauter. Je détecte un taux anormalement haut d'hormone dans votre système. Vous sentez-vous particulièrement menacée ? Souhaitez-vous déclencher le code vert ?
- Non Jarvis ! répondit vite Loki. Je... Je vérifiais quelque chose.
Elle ajouta après quelques secondes de silence :
- Y a-t-il eut une telle hausse lorsque j'étais dans le salon avec Anthony ?
- Non Lady, répondit obligeamment le majordome.
Bon.
Donc Anthony ne s'était pas approché autant d'elle contre son gré.
Mais dans ce cas, pourquoi cette panique quand Jör était entré ? Trouvait-il vraiment qu'une relation avec elle devait rester à ce point secrète ?
Elle secoua la tête.
Mais de toutes façons, de quel droit s'autorisait-elle à penser que Tony voudrait d'elle comme relation ? D'accord, ils avaient été très proches, mais rien ne disait qu'il avait des sentiments pour elle. À cause d'elle et parce qu'elle était très territoriale, il n'avait eu personne entre ses draps depuis que sa garde du corps était partie. Il avait peut-être juste besoin de se détendre.
Elle serra les dents en arpentant rageusement les couloirs.
Elle ne serait pas sa chaufferette ! Elle ne serait pas la maîtresse de l'ombre ! Elle ne serait pas la femme que l'on va voir uniquement la nuit tombée sur la pointe des pieds, comme un secret honteux ! Parce que même s'il n'avait personne pour l'instant, il aurait quand même besoin d'héritiers pour gérer et reprendre sa compagnie. Il allait forcément devoir épouser une blondasse superficielle, comme il y en avait des centaines au bal auquel elle avait participé. Il n'avait qu'à se baisser pour les ramasser, elles n'attendaient que ça. Et une fois qu'il en aurait choisi une, il lui ferait des tas d'enfants avec des jolies bouclettes brunes et des yeux couleur de miel au soleil qui courront partout dans la Tour et à qui il racontera des histoires de super-héros rouge et or et de méchants habillés en vert avec la peau bleue quand il faisait froid. Ça lui donnait des envies de meurtres.
Elle ne s'abaisserait pas à ça. Elle aurait l'ingénieur tout entier s'il décidait un jour qu'elle le méritait, ou elle n'aurait rien du tout, mais elle ne se contenterait pas des miettes des autres. S'il décidait de faire sa vie avec quelqu'un d'autre, elle le laisserait faire et serait heureuse pour lui mais il était hors de question qu'elle joue les putains en attendant qu'il ait endormi sa bourgeoise avant de la rejoindre. Elle préférait avoir le cœur brisé.
Une longue mèche de cheveux lui tomba devant le visage, bloquant efficacement sa vision. Elle s'arrêta net et s'aperçut qu'elle avait défait sa natte tout en réfléchissant. Ses cheveux flottaient donc libre autour d'elle, plus longs qu'ils ne l'avaient jamais été. La dernière fois qu'elle les avait coupés, c'était pour le bal du début d'automne auquel elle était allée avec Anthony.
Ils arrivaient quasiment à ses chevilles et pesaient lourd sur son crâne. Il était temps de les couper à nouveau. Peut-être plus court que la dernière fois, se dit-elle en essayant de les démêler pour pouvoir en faire de nouveau une tresse, alors qu'ils s'accrochaient partout sur ses vêtements et autour d'elle.
Une fois la lourde natte accrochée à son épaule, elle regarda autour d'elle pour savoir ou ses déambulations l'avaient amené. Quand elle partait dans une réflexion pareille, elle était capable de faire des kilomètres et si ses cheveux ne l'avaient pas arrêté, elle aurait pu arpenter la Tour pendant des heures encore. Là... là elle était à l'entrée du salon, se rendit-elle compte en fronçant les sourcils.
Pourtant elle était sûre qu'elle avait descendu des escaliers à un moment... Elle se retourna et s'aperçut que des petites veilleuses vertes couraient le long des murs.
Ah.
Jarvis avait dû les allumer quand elle avait fait son "expérience" et elle avait dû les suivre inconsciemment.
Sa poitrine se souleva au rythme de son soupir et elle s'avança dans la pièce, dans l'idée d'aller dans la cuisine pour se faire un chocolat chaud.
Elle n'avait pas atteint la moitié de la pièce qu'un grognement la fit sursauter.
Elle fit volte-face et s'aperçut qu'Anthony était encore là, allongé sur le canapé, endormi sûrement, avec un bras pendant dans le vide et l'autre plié sur son torse pour cacher la lumière de son ark. Malgré la pénombre, elle arrivait à voir ses sourcils froncé et sa bouche tendue même en plein sommeil.
Elle s'approcha, toujours sur la pointe des pieds et s'agenouilla à ses côtés.
Même quand il dormait, il n'arrivait pas à se détendre. Mais elle pouvait peut-être faire quelque chose pour l'aider cette fois-ci.
- Jarvis, chuchota-t-elle pour ne pas déranger l'ingénieur.
- Que puis-je pour vous Lady Loki ? demanda l'IA par le haut-parleur le plus proche.
- Tu effaceras ces bandes dès que je quitte la pièce, c'est compris ?
- Bien Lady.
Loki repoussa les cheveux qui barraient le front de l'ingénieur et commença à fredonner une berceuse que Frigga lui chantait quand elle faisait des cauchemars tout en continuant de lui caresser le front. D'aussi loin qu'elle se souvienne, c'était la première berceuse que Frigga lui avait chanté. C'était un ancien chant Asgardien, qui parlait d'amour et de guerre. Loki avait toujours aimé cette berceuse, même une fois assez vieille pour comprendre qu'il ne s'agissait en réalité que d'amour et des dégâts qu'il pouvait engendrer quand il devenait destructeur et malsain.
La berceuse racontait la fin de l'univers lorsque l'un des amant perdit sa moitié. Fou de douleur et de rage, il détruisit le monde. Mais comme dans toutes les berceuses pour enfants qui racontent une histoire, les deux amoureux se retrouvaient à la fin de la chanson pour créer un nouveau monde, rien que pour eux. Un Ragnarök pour enfant en quelque sorte.
Sa voix s'éteignit mais elle continua de caresser le front de l'ingénieur sans mots pendant une minute encore.
- Je suis tellement désolée Anthony, finit-elle par murmurer en Norrois. Je sais que je te mets en danger mais je ne PEUX pas m'éloigner de toi. Je te promets que je ne serai pas en travers de ta route. Je te promets que je serai aussi silencieuse et oubliable qu'une ombre. Je te promets que je serai la première à sourire le jour où tu te marieras pour donner des héritiers à ta compagnie. Mais laisse-moi rester près de toi... Jusqu'au jour où Ragnarök viendra pour me reprendre, je t'en supplie, laisse-moi rester près de toi.
Elle avala durement sa salive, la gorge nouée et les larmes aux yeux. Sous ses doigts Anthony était enfin apaisé. Elle glissa sa main le long de son visage, effleurant sa pommette et caressant sa joue, aussi légère et impalpable qu'un rêve.
- Pardonne-moi, chuchota-t-elle d'une voix rauque, presque éteinte.
Elle se redressa légèrement sur ses genoux, posa la main sur l'ark découvert et se pencha légèrement en avant tout en observant les traits détendus d'Anthony. Elle inclina légèrement la tête et fini par déposer un baiser plus léger qu'un baiser de fée sur sa bouche.
Quand Anthony se réveilla quelques secondes plus tard à cause de la lumière d'un éclair, il était seul dans le salon. Dehors, le tonnerre gronda.
