ATTENTION ! Ici, pas de chanson à retrouver... ou plutôt si, mais plusieurs ! Cachés dans le texte, en plein milieu d'une phrase, je me suis amusée à cacher pas moins de TREIZE titres de chansons de Noël ! Il y a donc potentiellement treize points à prendre, en me donnant le titre, et la phrase (ou à peu près) où vous l'avez trouvé !
Petites précisions : il y a quatre titres en anglais, fatalement traduits pour passer dans texte français... soyez attentifs (donc je résume, 9 français, 4 anglais : en 5e, 6e, 7e et 12e position, histoire de vous aider !). De plus, certains ont dû légèrement être adaptés pour passer dans une phrase, gardez l'esprit ouvert...
Très sincèrement, je doute que quiconque puisse trouver les 13 (même moi, s'ils étaient pas en gras dans mon texte d'origine, parfois...), mais amusez vous, c'est le but de ce Calendrier !
25 - Noël, sous toutes ses formes
John s'éveilla le premier, ce qui était en soit un exploit. Sherlock dormait nettement moins que lui. Mais bizarrement, être dans la chambre de son enfance, et la maison de son enfance, semblait le plonger dans une torpeur propice au sommeil. À moins que ce fut la nourriture riche de sa mère, l'ambiance des fêtes, le froid dehors, ou les joutes verbales avec Mycroft. Ou l'ennui, tout simplement. Qu'importait, il dormait, et John en profitait.
La période des fêtes, enfant, avait été sa préférée. L'armée, la guerre, Sherlock étaient ensuite passés par là. Mais depuis Rosie, John avait obligé le détective à fêter dignement Noël. Le détective, de guerre lasse, avait cédé. Il refusait simplement qu'on mente à Rosie en lui parlant du petit papa Noël, ce à quoi John n'avait pas vu d'objections. Depuis toujours, ils avaient donc dit à Rosie qu'elle aurait des cadeaux le 25 décembre. Les magazines, la télé et l'école avaient bien tenté de lui mettre en tête des choses différentes, mais elle ne semblait n'y avoir jamais cru. Elle n'avait cependant rien demandé, à aucun de ses deux pères.
S'étirant de toute sa longueur, John apprécia de pouvoir se coller contre Sherlock pour se réchauffer, tandis qu'un faible courant d'air tentait de s'insinuer sous la couette.
Le détective grogna, gigota, et finit par ouvrir péniblement les yeux.
- Salut, Amour, le salua John, émerveillé chaque jour un peu plus du spectacle de l'homme qu'il aimait qui s'éveillait.
Sherlock était, encore aujourd'hui, un miracle pour lui. La perte de Mary avait été une perte terrible pour lui, pour Rosamund. John avait toujours aimé Sherlock. Il n'avait cependant jamais réfléchi à la dimension amoureuse ou amicale de ses sentiments. Il l'aimait, point barre, ce que Mary avait toujours su et accepté. Enterrer son épouse et âme sœur avait failli le briser. Mais quand dans la main tendue du détective, il avait glissé la sienne, John avait découvert une autre possibilité. Longtemps, il en avait culpabilisé. Plus aujourd'hui. Sherlock était son miracle à lui.
- John, grommela Sherlock.
Miracle, d'accord. Amants, compagnon, oui. Aimable, certainement pas. Sherlock était toujours Sherlock.
- Bien dormi, mon amour ? demanda-t-il en chuchotant, toujours avec le sourire, incapable de s'arrêter.
- Peux-tu m'expliquer ce qui te rend si heureux ? grinça le détective.
John eut envie d'exploser de rire. Sherlock mettait un point d'honneur à râler en permanence, mais il savait que son amant appréciait le moment. Cette année, bien sûr, c'était un peu spécial.
- Noël, tout simplement, Amour. Et la possibilité de me réveiller avec toi chaque matin, et pas dans un lit vide et froid que tu as déserté parce que tu préfères aller mélanger de l'acide avec des tissus adipeux plutôt que faire l'amour de bon matin...
Ce matin, John colla un peu plus son corps chaud et réveillé contre celui de Sherlock, qui gémit tout bas. Il savait exactement ce que voulait son compagnon, et pourquoi il ne pouvait pas le lui donner. Noël avait des conséquences désastreuses pour leur vie sexuelle.
- John, non, repoussa-t-il les mains mutines qui caressaient ses flancs. Tu veux que ta fille soit traumatisée avant ses dix ans ?
Du menton, il désigna, non loin d'eux, le lit de camp duquel dépassait vaguement une touffe de cheveux blonds. La luminosité de la pièce n'était pas très claire du fait de l'heure matinale, mais il était impossible de ne pas reconnaître l'éclat des cheveux de Rosie. C'était à peu près tout ce qui dépassait de la couette. Pour le reste, l'enfant de six ans était bien emmitouflée dans ses couvertures.
- Tu croyais quoi au juste ? rit John en ramenant ses mains à leur place, sur Sherlock. Que j'allais vraiment te sauter dessus avec ma fille dans la même pièce ? Le fantôme de Mary reviendrait me hanter si je faisais ça !
Sherlock ne releva pas. Il savait que parfois, John parlait encore à Mary comme si elle était dans la pièce, comme s'il la voyait vraiment, ce qui était probablement le cas. Ça ne changerait jamais.
- Je veux juste des câlins, Sherlock. C'est le réveillon, ce soir ! Et Noël demain !
- Quand est-ce qu'on rentre à la maison ? geignit Sherlock, qui ne voyait absolument pas le rapport entre réveillon et câlins. Tu m'as fait décorer, installer un sapin, des guirlandes, des chaussettes, des santons, chez nous, tout ça pour rien...
John n'essaya même pas d'argumenter. Avec Rosie, ils décoraient Baker Street chaque année avec plaisir, et généralement, ils le fêtaient à l'appartement. Cette année, c'était différent. Sieger Holmes avait eu un accident cardiaque, qui l'avait fatigué. Et avait rappelé à Sherlock et Mycroft que leurs parents n'étaient pas éternels.
Dans un élan de folie, profondément manipulés par leur mère, ils avaient proposé de fêter tous Noël chez les parents Holmes. John avait trouvé l'idée excellente, mais s'était inquiété de Mrs Hudson, qui ne partait plus pour les fêtes depuis que sa hanche ne lui permettait plus faire le trajet jusqu'à chez sa sœur. Il ne voulait pas qu'elle reste seule.
- Qu'elle vienne ! avait déclaré Violet Holmes. Plus on est de fous, plus on rit.
C'était ainsi que la maison familiale des Holmes se retrouvait bien pleine.
Mycroft, Gregory et Sephy, leur fille, partageait la chambre d'enfance de Mycroft. Sherlock, John et Rosie celle du détective. Les parents Holmes conservaient la leur. Mrs Hudson était bien installée dans la chambre d'ami, et Molly, qui était seule et qu'ils avaient embarqué dans cette histoire, avait élu domicile sur un canapé-lit du bureau. Les repas étaient animés, la maison pleine de vie.
Sephy et Rosie, respectivement dix et six ans, se chamaillaient dans un minimum de trois langues (anglais, allemand, français), en se faisant rabrouer par leurs grands-parents (de sang ou non) à chaque erreur de langage. Elles passaient ensuite aux insultes en russe, qu'elles étaient les seules à maîtriser, à l'exception de Mycroft, qui travaillait dans un coin et avait autre chose à faire que d'arbitrer les conflits des deux cousines, qui s'adoraient de toute manière. Et l'aîné avait beau s'estimer trop vieille pour la Reine des Neiges 2, qui venait de sortir au cinéma, il profitait de l'âge de la cadette pour jouer avec elle en discourant passionnément du film. La séance avait été épique. Greg et John, résignés, avaient accompagné les deux fillettes. Dans un élan de folie, Mycroft et Sherlock les avaient accompagnés : ils avaient tant critiqué qu'ils s'étaient fait sortir de la salle par des parents en colère, et que Greg et John en avaient été quitte pour une deuxième séance avec leurs filles, qui arguaient n'avoir pas pu suivre dans de bonnes conditions la première fois !
Comme les trois quarts de la maisonnée venait de Londres, Mycroft, dans un grand élan de désespoir, avaient emprunté une voiture ministérielle pour déplacer tout le monde, et amené son chauffeur, Toby, qui passait les fêtes en famille non loin d'ici.
- Toi, moi, Sherlock : trois. Onc' Myc', Onc' Greg, Sephy : trois. Papy et Mamy : deux. Marraine et Mamie Hudson : deux. Ça fait dix.
Sur le trajet, alors que Mycroft et Sherlock s'ignoraient tout en se lançant à intervalles réguliers des regards moitié désespérés, moitié furieux (-c'est de ta faute -non, c'est la tienne), Rosie avait attiré l'attention de son papa pour lui faire part de ce calcul hautement important. John avait alors éclaté de rire, faisant se retourner tout le monde vers lui.
- Dix ! On sera dix ! Tu as entièrement raison, Rosie, on sera dix ! Dix, comme les dix petits nègres ! À la fin, il n'en resta plus qu'un ! À votre avis, ce sera lequel ?
Sherlock et Mycroft paraissaient tellement décidé à se mener une bataille rangée que la possibilité le faisait mourir de rire, et Greg s'était rapidement joint à son hilarité. Molly avait esquissé un sourire amusé, et Mrs Hudson avait tenté de les calmer, mais les coins de sa bouche frémissaient tant elle essayait de retenir son fou rire, elle aussi.
Comme de bien entendu, seuls les frères Holmes n'avaient pas desserré les dents.
- Revois tes classiques, John. À la fin, il n'en resta plus aucun.
- Relis tes classiques, mon amour, avait répliqué tranquillement John. À la fin, il y en a bien un qui n'était pas mort. Tu ne l'avais pas déduit en le lisant ? le taquina-t-il.
Ils avaient passé ensuite le reste du voyage à expliquer aux deux plus jeunes de quoi parlait le livre d'Agatha Christie, et à supporter la bouderie frustrée de Sherlock. John n'en avait pas fait grand cas. il avait l'habitude.
Et puis, il n'avait pas eu entièrement tort. Si la présence de leur mère comme arbitre, et la faiblesse de leur père, plutôt diminué, calmaient le jeu, les deux frères pouvaient exploser à tout moment, et se lancer dans des joutes verbales qui tendaient plutôt vers le pugilat, et où aucun des autres membres de la pièce ne comprenait grand-chose.
John, plus amusé qu'autre chose, avait décidé d'en prendre son parti. Et avait commencé à noter les scores. Greg s'était rapidement joint à lui, et depuis, ils pariaient tous allégrement sur qui remporterait le match « Holmes' Brother » à l'issue de la semaine de vacances. Mycroft devançait son cadet d'une courte tête, pour l'heure, ce que John se gardait bien de dire à son amant.
- Nous sommes le vingt-quatre. Nous rentrons le vingt-huit. Fais le calcul, génie.
- J'en peux plus, geignit Sherlock.
Ils étaient là depuis deux jours. John allait en attendre parler pendant des mois après ça !
- Sois patient, c'est le meilleur moment qui commence, et puis...
Soudain, apercevant quelque chose par la vitre, John s'interrompit et se redressa brusquement, arrachant les couvertures à Sherlock, qui protesta vigoureusement.
- Et il neige ! Regarde Sherlock, j'ai vu passer un flocon ! Sherlock, il neige ! Oh, ça va être fabuleux ! Le plus beau Noël du monde ! Regarde, Amour !
L'amour en question avait poussé un profond soupir désespéré avant de laisser retomber dans les draps, tournant résolument le dos à John, presque vexé. Cela n'enraya en rien l'enthousiasme de John. Qui, avec ces cris d'orfraies, finit par réveiller sa fille également.
Sherlock avait replongé dans la torpeur du sommeil, mais Rosie et John, bien réveillés et excités, s'étaient levés pour déjeuner et regarder tomber la neige.
Lentement mais sûrement, le reste de la maisonnée les avaient rejoints, chacun dans un style inimitable.
Sephy ne jurait que par son pyjama intégral licorne bleue, avec une capuche surplombée par une corne.
Mycroft n'apparaissait à la table du petit déjeuner que dans un costume trois-pièces, cravates et bouchons de manchette inclus. Un jour, John oserait demander à Greg s'il dormait comme ça, aussi. Dans l'imaginaire de John, l'homme politique pouvait même dormir debout, comme une statue, une heure et hop, il reparait, batteries rechargées.
Suivirent Violet et Sieger, encore en pyjama, sur lesquels ils passaient pulls et robes de chambre. John adorait le pyjama à carreaux écossais de son beau-père, mais Sherlock avait fermement exprimé son refus catégorique.
Mrs Hudson, déjà réveillée depuis un moment, portait déjà une de ses sempiternelles robes pourpres, et tricotait une écharpe pour Rosie, qui ne savait pas encore si elle était ravie ou si elle devait avoir peur du résultat.
Molly, la malheureuse qui dormait au rez-de-chaussée, finissait par être réveillée par les voix qui s'interpellaient, se passaient la sauce, le sucre, le thé et le miel, et apparaissait à son tour, dans son pyjama classique, rehaussé de fleurs et de hiboux. Ils avaient découvert que la jeune légiste avait une grande passion pour les hiboux et les rapaces nocturnes, qu'elle transmettait assidument à sa filleule. John avait songé qu'entre ça et les expériences à l'acide, sa fille était parée pour affronter les plus grandes bizarreries de la vie.
Généralement, Greg fermait le bal des présents au petit-déj, aussi débraillé en T-shirt et bas de pyjama que son compagnon était tiré à quatre épingles. C'était la première fois depuis des lustres qu'il avait deux semaines complètes de congés, et il les passait principalement à dormir. Flic était un métier plus épuisant qu'il n'en avait l'air, et Greg récupérait des années et des années de carence de sommeil.
Comme d'habitude, le ballet des allées et venues évoluait. On entrait dans la pièce, la quittait, prenait possession des salles de bains, disait bonjour aux nouveaux arrivants qui entamaient le petit déjeuner quand on l'avait fini depuis une heure, le tout dans un joyeux brouhaha.
Rosie, ce matin-là, s'extasiait sur le kigurumi de sa cousine, et John la voyait venir gros comme une maison. Elle n'aurait pas à tenter de le persuader trop longtemps. Il savait qu'il y en avait un dans les paquets qui attendraient Rosie sous le sapin demain.
- Ça me rappelle... commença Greg qui émergeait à peine de sa tasse de café. La fois où on a réussi à déguiser Sherlock en petit renne au nez rouge. Pour le bal de la police. Tu te souviens, John ?
Il en pouffait presque de rire rien que d'y penser, et John n'était pas loin de partager son hilarité.
- Il est où d'ailleurs celui-là, tiens ? demanda Greg avec un bâillement.
- Il a fait semblant de se rendormir quand Rosie et moi nous sommes extasiés sur la neige qui tombait. Il doit être en train d'errer à l'étage en se demandant comment survivre une journée de plus à tous ces gens réunis sous le même toit, répondit philosophiquement John en soufflant sur sa troisième tasse de thé de la journée. Tu sais que je n'ai aucune idée d'où se trouve ce costume, d'ailleurs ? Par contre, je dois toujours avoir les photos.
Greg, parfaitement réveillé, eut un grand sourire qui était révélateur de son envie de se remémorer, photos à l'appui, le ridicule du détective déguisé en Rudolf.
Sephy et Rosie, bien sûr, ne manquèrent pas l'occasion pour voir de quoi il s'agissait, les parents Holmes se joignirent à la découverte. Molly, qui avait vu de ses propres yeux le déguisement, en profita pour s'éclipser à la douche, et Mrs Hudson continuait de compter ses rangs de maille de laine.
John, en relevant les yeux, croisa dans l'embrasure de la porte le regard de son amant, enfin décidé à venir les rejoindre. Il paraissait vaguement agacé, mais totalement résigné. Il ne put résister aux pupilles luisantes de joie de son amant. John ne parvenait pas à masquer sa joie.
Ses Noël d'enfance avaient été joyeux, bruyants, entourés de cousins, cousines, oncles, tantes, neveux, nièces et compagnie. John en gardait des souvenirs flous, mais bruyants de joie. Les fêtes, alors que les enfants grandissaient, s'étaient espacées jusqu'à devenir inexistantes. Retrouver cette ambiance familiale, détendue, chaleureuse, était tout ce qui faisait plaisir à John.
Et Sherlock cédait toujours à ce qui faisait plaisir à John.
- Père, j'peux aller me promener ?
Sephy trépignait depuis deux heures. La neige avait arrêté de tomber, et elle tenait bien au sol. Rosamund, très sage et silencieuse que ça en devenait louche, attendait que sa grande cousine obtienne l'assentiment parental pour aller négocier le sien. Comme si elles avaient besoin de ça. Greg et John trépignaient d'impatience à l'idée de faire une bataille de boules de neige. Mais pour Sephy, c'était la parole de Mycroft, pourtant son père non biologique, qui avait voix d'évangile.
- Oui, oui, répondit distraitement Mycroft, préoccupé par autre chose. Maman, est-ce que tu aurais vu mon dossier violet ?
- Celui dans une pochette plastifiée ? Il est dans la cuisine, sous la passoire de pommes de terre.
- Est-ce que quelqu'un a remis une bûche récemment dans la cheminée ? demanda Sieger.
- Mrs Holmes, je peux vous emprunter ce roman ? demanda Molly.
- Appelle moi Violet, voyons ma chérie !
Dans ce joyeux bazar de conversations impromptues et dénuées de sens, Sephy souriait de toutes ses dents. Elle avait explicitement demandé à « aller se promener » et non pas jouer dehors. Elle venait donc d'obtenir l'autorisation de s'éloigner dans la forêt, sous la neige blanche immaculée, elle en avait déjà hâte !
- Olaf ? murmura-t-elle, complice, à sa cousine.
Rosie acquiesça solennellement. Il fallait tenter de donner vie à un Olaf des neiges !
Comme de juste, Rosie avait accompagné sa cousine. Et John et Greg les deux fillettes. Sherlock, quand il avait appris le programme, s'était joint à l'équipée, mais c'était davantage pour l'idée de laisser les gamines courir devant et plaquer John contre un arbre pour l'embrasser que par véritable envie d'aller se promener. Molly et Sieger disputaient une partie d'échec.
Mycroft travaillait en se lamentant sur l'état de son dossier violet (dont dépendait la sécurité et l'avenir du monde, à l'entendre, et qui était désormais tâché de fécule de pommes de terre. Le mot « Vacances », tu connais, Myc' ? avait demandé Greg). Mrs Hudson et Violet se disputaient en cuisine sur la recette de la sauce aux airelles.
La neige crissait sous les pas des marcheurs, à travers les arbres de la forêt que Sherlock connaissait comme sa poche, pour y avoir grandi. Greg, solidaire avec son ami, jouait avec les deux fillettes pour mieux laisser les deux autres adultes se bécoter contre un beau sapin, « mon beau sapin, où j'avais construit une cabane tout seul dedans que j'étais enfant ! » avait précisé Sherlock.
Les gamines chantonnaient qu'elles allaient « Dans l'inconnu », en rythme avec Greg, qui essayait tant bien que mal de retenir les paroles. Déjà que Libérée Délivrée lui avait donné des maux de tête…
- ATCHOUM ! avaient soudain éternué simultanément les deux filles, faisait trembler les feuilles alourdies par la neige des arbres.
Le médecin en John avait aussitôt repris le dessus, et constaté en se détachant de Sherlock, que les deux fillettes, à force de courir dans la neige, lancer des boules et tenter d'échapper à Greg qui les poursuivait en riant, elles avaient détaché écharpes et bonnets, et enlevé leurs gants.
- ATCHOUM ! recommença Rosie.
- Et vive le vent d'hiver ! décréta le médecin. À la maison tout le monde, avant de prendre froid ! Grog et lait chaud au programme.
Le regard de Sephy s'illumina.
- On pourrait faire des sablés avec ?
- Si ta grand-mère est d'accord, valida son père.
Les deux petites ne se firent pas prier. Elles avaient désormais un nouvel objectif. Jouer à Elsa et Anna pouvaient attendre un peu ! Au pire, elles feraient jouer le reste de la maisonnée aux devinettes, comme dans le film.
- Sherlock, tu nous ramènes avant qu'on ne finisse perdus et frigorifiés dans un labyrinthe végétal comme dans Shining ? réclama John.
Ils en furent quittes, sur le chemin du retour, à expliquer à des enfants bien trop jeunes de quoi parlait le film de Stanley Kubrick. Ce à quoi Sephy, pragmatique, conclut :
- Et bien maintenant à cause de vous, on est totalement spoilées et on pourra jamais le voir parce qu'on saura déjà la fin !
Par principe, Rosie approuva, comme à tout ce que disait l'enfant de quatre ans son ainée.
- De toute manière, trancha John, je ne te laisserai jamais regarder ce film avant tes dix-huit ans. C'est trop flippant et tu ferais des cauchemars.
- Dix-huit ? T'es dur, John. Moi j'aurais dit seize. C'est pas ce qu'on fait de plus flippant, de nos jours, argumenta Greg.
Sherlock, indifférent à leurs différends, marchait en tête d'un pas morne, toujours frustré d'avoir été interrompu dans sa très profonde et intense séance avec John. Quand il avait trop de monde autour d'eux, il avait toujours la désagréable sensation de perdre son amant au profit d'une meute affamée qui s'appelait la foule. Sherlock savait qu'il était injuste, mais ne pouvait pas s'en empêcher. Il était le mieux placé, depuis toujours, pour savoir à quel point John Watson était un homme bon, altruiste et lumineux, et ne pouvait que comprendre ceux qui voulaient se réchauffer dans sa lumière.
Mais Sherlock avait été patient et complaisant des années durant, allant même jusqu'à tolérer Mary (qui, bien qu'il l'aimât profondément, lui avait ravi John). Il avait du mal, aujourd'hui, à partager son compagnon avec d'autres, a fortiori quand ces autres étaient sa famille.
Une main se glissa soudain dans la sienne. Sans jamais cesser de se disputer avec Greg sur le degré d'horreur de L'Exorciste par rapport aux franchises du style sur la Nonne, John avait accéléré pour prendre la main de son amant dans la sienne.
Sherlock sourit. John savait toujours ce dont il avait besoin.
Une fois rentrés, les deux filles disparurent dans la cuisine pour convaincre leur grand-mère, déjà débordée par la préparation du repas de Noël (ils avaient offert leur aide, du moins pour John, Greg, Molly et Mrs Hudson, mais la vieille dame s'était montrée inflexible et régnait en maîtresse sur sa cuisine), de faire des sablés à la cannelle et au citron.
Sherlock disparut dans les étages à peine la porte franchie, et John fut soulagée d'entendre Molly se proposer de faire de la pâtisserie avec les deux plus jeunes.
- Promis, je n'empiéterai pas sur votre cuisine Violet, mais si vous avez assez d'ingrédients, ça leur ferait tellement plaisir... je ne suis pas bonne cuisinière, mais ces gâteaux-là, je sais faire !
Violet acceptait une armada de petites mains qui allaient mettre du bazar partout dans son royaume, et même de partager sa recette familiale quand John monta l'étage. Toute la maisonnée se trouvait au rez-de-chaussée, dans les pièces à vivre illuminées et réchauffées par le feu que Sieger entretenait avec passion dans la cheminée. Dans la journée, l'étage, constitué des chambres, était morne et froid. Pourtant, c'était là que se trouvait Sherlock, étendu sur son lit, le regard fixé sur le plafond.
John le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne réfléchissait pas à une enquête ou un casse-tête. Il avait simplement besoin de solitude et de silence.
John, sans un mot, s'allongea à ses côtés, sur les draps, et les recouvrit d'une couverture que Violet leur avait donné, au cas où ils aient froid dans la nuit.
Dans le lointain, les cloches sonnaient. Celles de l'église environnante, qui annonçait probablement une heure. Ou une demi-heure. Ou un quart d'heure. John n'y avait jamais rien compris, de toute manière.
- Tu veux qu'on rentre plus tôt ? demanda doucement John au bout d'un moment à simplement enlacer le corps pâle du détective, et à partager sa chaleur avec lui.
- A Noël dernier, ce n'était pas si dur, répondit Sherlock d'une voix presque triste.
- Nous étions chez nous, même si tes parents étaient venus pour les fêtes. Je sais que c'est compliqué pour toi d'être ici. Ce n'est pas la même chose qu'être à la maison. Et puis, tu as forcément des souvenirs de Musgrave et de Eurus qui remontent, et je sais que c'est dur.
Sherlock émit un bruit étrange, à moitié un sanglot, à moitié un claquement de langue, et John savait qu'il avait raison. En période de fête, il y avait toujours cette règle implicite : ne pas parler de la benjamine Holmes. Rosie et Sephy, qui ne savaient pas exactement de quoi il en retournait, respectaient elles aussi ce tabou. John savait que la situation était difficile pour tout le monde. Les parents Holmes avaient découvert le mensonge de leur fils aîné, et une parfaite étrangère mutique et n'ayant aucun intérêt pour eux en rencontrant leur fille. Mycroft souffrait des années de mensonge, de dissimulation, de ce poids du secret qu'il avait porté si jeune et des années durant. Il souffrait aussi de voir que malgré les années, il ne serait jamais un frère pour Eurus, qui n'avait d'yeux que pour Sherlock. Ce dernier, enfin, avait du mal à faire la part des choses entre ses souvenirs d'enfance récupérés, le jeu cruel auquel Eurus s'était adonné avec eux, et la pression que ses parents et Mycroft mettaient sur lui pour conserver le contact avec sa petite sœur.
Cela avait beau faire plusieurs années, les lacérations dans les cœurs de tous les protagonistes étaient toujours là. Alors à Noël, ils faisaient tous semblant de rien. John aussi, de facto. Il n'était qu'une pièce rapportée de cette famille dysfonctionnelle, et n'avait pas son mot à dire que comment ils géraient leurs relations et émotions. Dans la mesure où Violet et Sieger considéraient Rosie comme leur petite-fille même si elle ne leur était pas reliée par le sang, il espérait avoir voix au chapitre dans quelques années, quand elle serait à même de comprendre les secrets de famille.
- Tu veux rentrer ? redemanda doucement John en serrant un peu plus le corps de son amant contre lui, constatant son absence de réponse.
Sherlock secoua la tête contre lui.
- Non. Tout ce que je veux pour Noël, c'est toi. Et ton bonheur, et tu aimes être ici.
- Je ne suis pas heureux si c'est à ton détriment, Amour.
Sherlock poussa un profond soupir.
- Ça va. Ce n'est pas facile, parce que c'est bruyant, agressif. Parce qu'il y a Mycroft, et qu'il est d'une arrogance insupportable !
John ne put s'empêcher d'émettre un bruit de bouche vexant, mais Sherlock préféra ne pas s'y attarder. Il n'était évidemment jamais arrogant, c'était évident !
- Si je peux m'isoler, réfléchir, arpenter mon Palais Mental régulièrement, ça va, reprit Sherlock. Je ne prétends pas être heureux ici, dans cette situation, mais je n'en suis pas malheureux pour autant, rien qui nécessite que tu te prives et que tu prives Rosie du Noël qu'elle apprécie.
L'argument de Rosie fit mouche. John se moquait de son propre bonheur, de vexer les parents Holmes en partant au plus tôt, mais la joie de sa fille était sa première et sa dernière priorité au monde.
- D'accord, Génie. Je peux faire quelque chose pour t'aider ?
Sherlock se tourna à demi vers lui.
- Je ne sais pas. Tu penses qu'on a combien de temps avant qu'on vienne nous chercher ?
- Suffisamment de temps. Comment est l'insonorisation de ta chambre est un problème qui me préoccupe davantage !
John avait un regard affamé posé sur le corps de son amant. Partager une maisonnée avec toute leur famille et leur chambre avec Rosie avait des conséquences directes sur sa libido prête à tout.
Sherlock, de son côté, faisait de tête l'inventaire de toutes les expériences bruyantes qu'il avait pu mener dans cette chambre, le nombre de fois où il avait fait le mur en silence, et l'orientation de la pièce par rapport au rez-de-chaussée et les matériaux des murs (porteurs ou non, isolants ou non)
- Va fermer la porte à clé, ordonna le détective.
John ne se le fit pas dire deux fois. Le temps qu'il revienne vers le lit, Sherlock était déjà à demi-nu, pour « gagner en temps et en efficacité ». John était totalement d'accord. Il se jeta littéralement sur le corps offert de l'homme qu'il aimait, butinant de ses lèvres impatientes chaque centimètre de peau dénudé. Ils n'avaient peut-être pas vraiment le temps pour des préliminaires approfondis, mais l'odeur intime et le goût de la peau de Sherlock lui manquait beaucoup.
- Regarde, Papa ! On a fini tous les sablés !
Rosie était si fière de ses réalisations culinaires qu'elle n'avait absolument pas remarqué l'absence de son père. Les autres adultes, pour certains, semblait parfaitement au courant de ce qui venait de se produire, comme Greg qui fit un clin d'œil à son ami. Mycroft, toujours rivé à son ordinateur en marmonnant quelque chose sur le cours de la Bourse slovène, n'avait rien remarqué. Molly avait été trop occupé par les enfants, Mrs Hudson par son roman. Sieger sourit à John en attisant le feu.
- Super, chérie ! la félicita John. On peut y goûter ! Tu connais la passion de Sherlock pour le sucre, il sera ravi !
- Au fait, quelqu'un nous accompagne à la messe de minuit ? demanda Sieger tandis que Rosie filait pour offrir un sablé à Sherlock.
Elle attendait l'assentiment de Sherlock bien plus que celui de John. Tout comme Sephy ne serait satisfaite que lorsque Mycroft aura adoubé son travail, nonobstant tous les compliments de Greg. Les deux amis se lamentaient souvent ensemble du charisme des deux frères Holmes face aux pères biologiques.
Mycroft, justement, releva la tête, toute Slovaquie (ou Slovénie, John avait déjà oublié) mise de côté.
- Pardon ? Quelle messe ?
- La messe de No...
- Il est hors de question d'aller à la messe, trancha Mycroft.
Sur la question de la religion, les deux frères s'entendaient parfaitement. John gardait un souvenir encore hilare d'une enquête de son amant, qui avait trait à un prêtre catholique. Il se trouvait que pour des raisons d'état, Mycroft s'était retrouvé impliqué aussi. Trois ans après, le fou rire de John face au visage de ce pauvre homme était intact.
- Mais il y a la grande crèche ! Et à minuit, quand naît le divin enfant, on le place entre le bœuf et l'âne gris ! C'est un grand moment ! argumenta Sieger.
Mycroft se gonfla de colère comme une baudruche. Il n'eut pas le temps de dire un mot que Sherlock, installé prudemment à l'écart mais redescendu au salon, intervint.
- Enfin Mycroft, il n'y a rien de mal à croire en Dieu voyons.
- JE TE DEMANDE PARDON ? explosa Mycroft.
Sherlock ne pensait pas un mot de ce qu'il venait de dire. Par contre, il adorait énerver son frère et rien ne l'occupait et ne l'amusait plus, présentement, qu'une bonne joute verbale avec son grand frère bien aimé chéri. Dix secondes plus tard, ils commencèrent une formidable dispute qui partait très haut dans les décibels.
John sortit un carnet de sa poche, faisant tourner les pages pour trouver la bonne.
- On en était où ? demanda Sieger en s'approchant. Je penche pour Sherlock sur celle-là. Mycroft s'est enflammé trop rapidement.
- C'était avantage Mycroft, répondit Greg en consultant les notes de John par-dessus son épaule. Mais je partage votre opinion. Sherlock va revenir au score cette fois.
John acquiesça. Molly lui fit un signe discret de la main, lui mentionnant son vote sur la dispute en cours, avant d'en retourner à sa discussion avec les deux jeunes filles. Mrs Hudson, après une minute d'analyse, fit de même. Violet sortit de sa cuisine pour prendre part au vote.
Perdus dans leur dispute, Sherlock et Mycroft ne remarquèrent rien du tout tandis que John consignait le tout.
Le réveillon fut fastueux. Violet Holmes était une incroyable cuisinière, ce qui ne manquait jamais d'étonner John et Greg, au vu des capacités désastreuses de leur conjoint respectif en la matière.
- Sherlock y met simplement de la mauvaise volonté, releva Sieger. Il avait suffi de lui dire que c'était de la chimie appliquée, plus jeune, pour qu'ils réalisent des prouesses. Il fallait juste beaucoup de patience car chaque réalisation prenait trois semaines de calculs divers, et trois heures de réalisation à la virgule près...
- Pour Mycroft en revanche, c'est inexplicable, renchérit son épouse. C'est bien l'un des rares domaines où il est aussi incapable !
Greg ricana.
- Merci pour le « incapable », marmonna Mycroft, résolument vexé.
- Surtout qu'en plus, y'a pas grand-chose que tu peux dire, toi aussi Papa, hein ! intervint Sephy. T'es aussi nul que Père ! Voire plus parfois !
L'intervention déterminée de la jeune fille les fit tous éclater de rire, et rougir Greg, qui reconnut de bonne grâce que sa fille avait raison.
Rosie, refusant d'être en reste, ajouta que elle, son Papa était bien plus doué que Sherlock, et Molly préféra intervenir et parler des capacités désastreuses de sa mère en cuisine avant que le débat ne s'envenime. Tous les adultes lui en furent très reconnaissants.
Passé cette légère crise, l'ambiance de Noël était au rendez-vous, à la grande joie des plus petites de la famille. Et voir la joie sincère sur leurs visages suffisaient à mettre en joie tous les adultes présents. Même Mycroft, à un moment donné, fini par desserrer la cravate de son costume trois-pièces. Bien sûr, Sherlock et lui sortaient à intervalles réguliers parfois même ensemble, pour "prendre l'air", ce que même Rosie avait traduit par "fumer une cigarette" en levant les yeux au ciel. Mais globalement, même les membres les plus récalcitrants de la famille Holmes au sens étendue du terme s'étaient pliés de bonne grâce aux crackers, jeux de société, admirer le sapin illuminé, et apprécier le réveillon.
En fin de soirée, malgré les protestations bougonnes de Mycroft, les parents Holmes entreprirent de rejoindre l'église du village pour assister à la messe de minuit. Rosie et Sephy, intriguées par le principe, ajustèrent bonnets et gants pour suivre leurs grands-parents.
- Tu viens pas ? demanda Rosie à son père, qui l'aidait à se préparer.
- Désolée Princesse, la religion et moi, on n'est pas très copains. Mais tu peux y aller, toi.
Sherlock marmonna à voix basse qu'il se demandait quand John avait cessé de croire en un concept aussi stupide que la religion : avait-il dû attendre de se prendre une balle dans l'épaule, ou bien la première crise de violence de son père alcoolique avait suffi ?
John fit semblant de ne pas l'entendre. Mycroft n'avait émis aucun commentaire, mais il semblait au bord de l'apoplexie de laisser sa précieuse enfant partir écouter un tissu d'inepties.
- Elle se fera sa propre opinion, Myc'. Elle est suffisamment grande pour ça, maintenant. Ne la prends pas pour plus belle qu'elle ne l'est ! lui avait asséné Greg.
- Douce nuit, sainte nuit de Noël, nous voilà ! déclama Sieger en partant dans la nuit froide et claire.
Il était bien plus de minuit quand ils rentrèrent. Mycroft avait recommencé à bosser en leur absence, et ferma prestement son ordinateur en se composant l'air le plus innocent et le moins crédible du monde.
- Alors, c'était bien ? demanda gentiment John à sa fille en l'aidant à enlever son manteau.
Dans l'entrée, tous se pressaient pour accueillir les promeneurs de minuit. Rosie et Sephy tombaient de sommeil, la tête dodelinant, les paupières alourdies et papillonnantes. Rosie trouva néanmoins la force d'asséner, à moitié endormie :
- Franchement, c'est pas un peu con de croire qu'un petit garçon né dans la paille était le fils d'une entité qui n'existe pas et qui dirige tout ? Faut quand même pas être net pour imaginer que quelqu'un a tout pouvoir sur nous !
Sephy approuva vivement, et il était difficile de ne pas reconnaître la touche de l'ainée des cousines dans la formulation de Rosie. Mais au moins, cela eut le mérite de détendre l'atmosphère, et d'intensément soulager Mycroft, qui exsudait de fierté : sa fille n'avait pas adhéré à la fable populaire ! Déjà qu'elle n'avait jamais cru au père Noël, il en était ravi.
Mais les deux fillettes croyaient encore en la magie de la nuit de Noël, et rapidement, à moitié endormie dans les bras de leurs parents respectifs, elles furent couchées. Les adultes ne tardèrent pas à suivre. Le réveillon avait été long, et Noël serait plus long encore !
- Nous vous souhaitons un joyeux Noël ! Vous pouvez ouvrir les cadeaux !
C'est par cette phrase de Violet que commença le joyeux déballage bruyant des papiers colorés au pied du grand sapin illuminé, le lendemain. Les filles, réveillées cette fois les premières, avaient bruyamment signifié leur impatience pour en arriver finalement à ce grand moment. Elles n'attendaient que ça, et les adultes se laissèrent rapidement condamner par la joie et le plaisir de déchirer les papiers dans tous les sens. Du moins, pour quiconque ne s'appelait officiellement pas Holmes. Tous les Holmes de naissance ne déchiraient pas, ils ôtaient les morceaux de scotch avec grâce et dignité, et pliaient le papier par la suite, et comme disait Violet, ça peut resservir !
Entre les papiers envolés se poussaient des cris de joie, et les jouets, les jeux de société, les places de spectacle, les vêtements, les cadeaux immatérielles et le chocolat et les oranges se découvraient de partout.
Rosie poussa une véritable exclamation de joie pure quand elle découvrit le pyjama intégral qu'elle avait tant jalousé à sa cousine ces jours derniers. Elle en entama d'ailleurs aussitôt l'opération de déshabillage de son ancien pyjama pour mettre le nouveau à la place ! Personne n'eut le temps de l'en empêcher, et John passerait plus tard plusieurs heures à farfouiller les papiers pour retrouver les vêtements de sa fille.
Le sol se couvrit d'une marée de papiers brillants et colorés, plus rapidement que Sieger n'arrivait à les faire brûler dans la cheminée.
John posa sa tête sur l'épaule de Sherlock, sa main dans la sienne.
- Je sais que tu n'aimes pas le bruit, la foule, et tout ça de manière générale, mais moi, je n'échangerai chaque seconde de cette journée pour rien au monde !
Sherlock ne répondit rien, se contentant de serrer un peu plus fort la paume de John contre la sienne.
Après un nouveau repas tout aussi riche, l'après-midi, déjà bien entamé, s'étiola tranquillement, entre digestion et essayage des cadeaux. Faire mettre des vêtements à Rosie s'était révélé une entreprise compliquée, comme si elle craignait que son kigurumi s'envole si elle le quittait une seconde. Sephy voulait à tout prix tester son nouveau télescope, bien qu'il fasse totalement jour, juste pour le principe. Même Sherlock louchait avec convoitise sur quelques nouveaux ajouts à son matériel professionnel de chimie, qui semblait lui ouvrir des perspectives nouvelles pour des expériences encore plus surprenantes que d'habitude. En revanche, il avait pu tester immédiatement le nouvel archet que son frère lui avait offert, et les avait régalés de sonates de Noël au violon.
Pour calmer les deux boules d'énergie, on les renvoya jouer dans la neige, qui tenait bon au sol, dehors. Tant qu'elles restaient dans le jardin, elles pouvaient se défouler et leurs parents les surveiller tout en restant au chaud et au sec, une tasse de thé à la main.
- Regarde Papa, regarde ! lançait épisodiquement Rosie.
- Vous êtes les plus beaux anges de nos campagnes ! répondit John quand elles se laissèrent tomber de dos en battant des bras pour faire des silhouettes.
Ou :
- Votre igloo est presque parfait ! Prêtes pour partir vivre au Groenland !
Ou encore :
- Mais non, Sephy n'a pas triché, elle avait le droit de te lancer cette boule de neige.
Finalement, c'était presque aussi épuisant que d'aller jouer avec elles.
La soirée fut plus calme que la veille, la fatigue et la retombée de l'excitation se faisant sentir. Lentement mais sûrement, une langueur bienvenue saisit tous les membres de la maisonnée, et, se contentant du plaisir simple et agréable d'être tous ensemble, ils passèrent la soirée tranquillement. Molly, qui avait le moins de vacances du lot, devrait bientôt se préparer à rentrer à Londres. Mrs Hudson l'accompagnerait, sa sœur arrivait bientôt pour quelques jours. À leur contraire, Greg profitait pour une fois d'un long congé, et mieux, de Mycroft ayant un long congé. Même s'il ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire et pianotait sur son téléphone à intervalles réguliers. John avait osé demander si Anthea dormait, parfois. Mycroft n'avait pas ri.
La journée de Noël s'achevait presque, quand Rosie aperçut des santons que sa grand-mère n'avait pas encore positionné dans la crèche, sous le sapin, alors qu'on lui avait bien expliqué le coup de l'enfant Jésus qu'on sortait enfin aujourd'hui et qu'on installait dans son berceau.
- Grand-mère ? C'est qui ceux-là ? demanda-t-elle en attrapant l'un des trois personnages.
Violet Holmes sourit doucement à sa petite fille.
- C'est pour plus tard. Bientôt viendra la marche des rois. Gaspard, Balthazar et Melchior viendront apporter l'or, la myrrhe et l'encens à l'enfant béni.
Mycroft, qui s'était enfin détendu contre l'épaule de son compagnon, bondit sur ses pieds. Sherlock, par pur esprit de contestation, monta au créneau aussi.
Et John, dans un mouvement fataliste partagé par tous les autres, sortit son carnet de score. Les vacances ensemble n'étaient pas finies !
Je vous souhaite à tous, un très joyeux Noël, si vous le fêtez. Sinon, de très joyeuses fêtes de fin d'année, en espérant que vous serez gâtés de cadeaux, et que vous passerez une excellente journée, avec les gens que vous aimez. (J'en profite pour préciser que je n'ai rien contre la religion catholique, les propos tenus par Mycroft n'ont qu'une dimension humoristique ! Mes croyances ou non n'ont aucun intérêt, et j'espère n'avoir froissé personne !)
Pour la suite, vous aurez le chapitre des remerciements et décomptes des points prochainement. Je finis ensuite courant janvier/février ma publication Merlin, et ensuite je devrais sans doute en revenir à du Sherlock ;)
BONNES FÊTES A TOUS !
