Note : ce chapitre a définitivement été le plus compliqué à écrire de toute cette histoire. Je crois que j'y ai laissé une partie de mon énergie vitale, donc j'espère que le résultat n'est pas trop indigeste, et surtout qu'il vous plaira !
Bonne lecture !
Mal ne savait pas depuis combien de temps elle était assise sur cette chaise, à ne rien faire à part attendre. Plus d'une heure, sans aucun doute. Une des heures les plus longues et insoutenables de son existence, et pourtant elle en avait connu des moments pénibles.
Mais cette fois, c'était différent. Terrifiant. Elle avait tout à perdre.
Et malgré ça, elle ne faisait rien. Elle se contentait d'attendre, immobile et en silence, comme on le lui avait ordonné. Comme la mère d'Evie lui avait ordonné. Et oh bon sang, elle avait senti la rigidité dans sa voix, elle avait vu la sévérité dans son regard absolument furieux et intraitable, et pour la première fois Mal avait ressenti ce que Evie devait ressentir à chaque fois qu'elle faisait face à sa mère. Elle s'était sentie minuscule, insignifiante, ridicule et coupable.
Après la surprise de la découverte, la mère d'Evie était passée en mode fureur immédiate. Elle avait pénétré dans la chambre d'ami – la chambre de Mal – et avait découvert les affaires de l'adolescente. Les vêtements, les livres, les gadgets inutiles, les carnets de dessins et les crayons éparpillés un peu partout. Elle avait enchaîné avec la salle de bain, toujours dans un état absolument lamentable, et Mal regretta atrocement de ne pas s'être décidée à la ranger plus tôt. Maintenant, c'était trop tard, et elle ne pouvait rien faire d'autre que de rester immobile, pétrifiée et impuissante alors que leur secret était révélé et que sa vie se faisait déchiqueter par le regard acéré d'une quasi-inconnue.
— Depuis combien de temps ça dure ? avait demandé la mère d'Evie d'une voix absolument glaciale, et Mal n'avait pas trouvé de raison valable pour mentir.
Elle n'avait pas trouvé le courage de mentir, alors elle avait répondu la vérité. La femme en face d'elle lui avait lancé un regard tellement méprisant et dégoûté qu'elle avait eu un mouvement de recul, reconnaissant dans ces yeux une lueur vaguement familière, celle du danger et du coup qui s'apprêtait à tomber. Mais elle ne la frappa pas. Elle ne lui cria pas dessus, et ne l'insulta pas directement. A la place, elle lui avait ordonné de s'habiller, et de contacter Evie pour lui dire de rentrer immédiatement. Mal n'avait pas eu le choix, alors elle avait obtempéré, recevant finalement l'ordre de s'asseoir sur une chaise du salon et de ne pas en bouger jusqu'à ce qu'Evie revienne.
Depuis, une heure s'était écoulée. Peut-être plus. Parfois elle se demandait si Evie allait revenir, ou si elle allait prendre peur et s'évaporer. Puis elle se raisonnait, et se rappelait qu'il était question d'Evie. Et Evie ne la laisserait jamais tomber. N'est-ce pas ?
Pendant cette heure, Mal avait regardé la mère d'Evie faire le tour de la maison, découvrant pour la première fois tous les objets qui n'étaient pas censés y avoir leur place, ou du moins dont elle n'avait pas approuvé la présence. Petit à petit, elle se mit à les rassembler, les attrapant du bout des doigts pour en faire une pile dans le salon, sous le nez de Mal qui voyait ainsi ses affaires être traitées comme des éléments toxiques. Comme des envahisseurs. Comme des clandestins. Exactement ce qu'elle était.
Ironiquement, de temps à autre, la mère d'Evie se trompait, et c'était un objet appartenant à sa fille qui rejoignait la pile. Une paire de lunettes de soleil rigolote. Un carnet avec une couverture en fourrure, pourtant bien bleu et constellé de paillettes. Un collier en forme de biscuit. Une petite licorne en peluche. Tous ces objets appartenaient à Evie, et pourtant ils atterrirent dans la pile eux aussi, comme des déchets. Comme des parties de sa fille que cette femme ne pouvait pas tolérer.
Finalement, après un long moment d'attente et d'incertitude pour Mal, la porte d'entrée finit par se faire entendre, et elle eut à peine le temps de tourner la tête que Evie était déjà là, dans le salon, à bout de souffle, les yeux remplis de larmes et de terreur. Son regard se dirigea d'abord sur Mal, s'assurant qu'elle allait bien et surtout qu'elle était toujours là, puis se tourna vers sa mère, l'expression coupable et paniquée.
— Maman je...
— Tais-toi. Je ne veux pas t'entendre. Tu parleras quand je t'en aurais donné l'autorisation. Va t'asseoir.
— Mais mam...
— SILENCE !
Evie se rétracta sur elle-même alors que sa mère se plaçait en face d'elle, les bras croisés, manifestant bien sa domination et presque sa toute-puissante. Depuis sa chaise, Mal serra les poings et grinça des dents, mais elle parvint à se contenir, sachant qu'intervenir ne ferait qu'empirer les choses.
— Ne penses-tu pas être suffisamment une source de déception comme ça ? lui asséna sa mère d'un ton accusateur. Aie un minimum de respect pour toi-même et fais ce que je te dis, plutôt qu'essayer de justifier ton comportement quand il est impardonnable.
Evie flancha sous les mots qui lui donnèrent l'impression d'être transpercée à coups de poignard. Déception. Impardonnable.
— Va t'asseoir, Evelyne.
L'ordre était sec et définitif. Elle l'avait déjà forcée à se répéter une fois, et si elle n'obéissait pas, la sanction serait immédiate. Evie n'avait pas la moindre idée du genre de sanction qui pourrait tomber dans cette situation, mais elle n'avait pas envie de le découvrir. Alors, la gorge sèche, les jambes tremblantes, elle se dirigea vers la table et s'assit sur une chaise, juste à côté de Mal.
Celle-ci lui lança un regard inquiet et interrogateur, mais Evie l'esquiva, incapable de la regarder en face. Incapable d'assumer ce que Mal représentait à cet instant précis. Evie avait menti, manipulé, dissimulé et triché. Et même maintenant que tout avait éclaté au grand jour, révélant à quel point elle était une terrible fille, indigne de l'attention de sa mère, elle était incapable d'assumer ce qu'elle avait fait. Tout ce qu'elle voulait était disparaître, purement et simplement.
Mal continua de la regarder avec tristesse, la gorge serrée. Elle voulait lui dire quelque chose pour la consoler, mais elle ne savait pas quoi. Elle voulait lui prendre la main pour lui rappeler qu'elle n'était pas toute seule, mais elle savait que ce serait mal accueilli, et qu'il valait mieux garder leurs marques d'affection loin du regard de sa mère pour l'instant. Elle ne pouvait rien faire. Elle était juste impuissante alors que le monde d'Evie se fissurait un peu plus à chaque pas furieux qui retentissait dans la pièce.
Les minutes suivantes furent particulièrement pénibles pour les deux filles, parce que la mère d'Evie ne dit pas un mot, se contentant d'aller et venir avec colère, visiblement indécise sur ce qu'elle voulait faire. Régulièrement son regard glacial revenait sur les deux adolescentes, les détaillant longuement avec mépris et dégoût. Evie baissait toujours les yeux, les essuyant aussi discrètement que possible, mais Mal, elle, soutenait le regard à chaque fois, refusant de s'écraser, refusant de laisser cette femme prendre totalement le pouvoir.
La seule et unique raison pour laquelle elle était encore assise docilement à attendre le début de l'apocalypse, c'était parce qu'elle ne voulait pas empirer la situation d'Evie. Mal savait que si elle s'emportait, si elle se montrait agressive, insolente ou impolie, cela ferait instantanément d'elle une délinquante pure et simple aux yeux de cette femme. Pour l'instant, elle espérait encore être en terrain neutre, avec une possibilité d'approbation. Si elle parvenait à passer pour une fille gentille, elle aurait une chance de plaider sa cause, mais surtout de valoriser les actions d'Evie. Si elle était une gentille fille convenable et bien éduquée, peut-être que l'héberger et lui offrir un toit deviendrait quelque chose de positif.
Protéger Evie. C'était le seul objectif de Mal. La seule raison pour laquelle elle gardait sa bouche fermée, et ses poings sur ses genoux. Mais son regard, il était hors de question qu'elle le baisse. Hors de question qu'elle se soumette et qu'elle la laisse gagner, parce que protéger Evie impliquait aussi de passer à l'attaque pour la défendre si cela devenait nécessaire.
Finalement, les longues minutes de silence insoutenable prirent fin, et la mère d'Evie cessa ses allers-retours pour venir se placer face à elles, les bras croisés et le visage intransigeant. Elle les jaugea une fois de plus en silence. Elle commença par Evie, lui rappelant l'ampleur de sa déception et de sa colère d'un simple regard, et ses lèvres se soulevèrent imperceptiblement de satisfaction lorsque l'adolescente baissa honteusement les yeux en directement du sol. Puis elle se tourna vers Mal et elles s'affrontèrent un instant du regard. L'une sévère et dominatrice. L'autre, entêtée et fière. Il n'y avait aucune chance pour que Mal plie sous ce regard, elle n'avait pas été dressée à le faire comme Evie avait pu l'être. Elle ne ressentait ni honte, ni culpabilité. Et puis surtout, tout aussi froid et sévère que ce regard puisse être, même s'il était curieusement vert, dans un contraste incroyable avec le caramel des yeux d'Evie, il y baignait une lueur d'humanité. Quelque chose que Mal n'avait jamais réussi à détecter dans un autre regard vert, encore plus glacial et autoritaire, et dont la présence dans celui-ci la laissait espérer une fin pas trop dramatique.
Espoir qui chuta radicalement lorsque les yeux verts se plissèrent avec mépris et frustration dans sa direction, pour retourner se poser sur Evie.
— Je veux une explication, ordonna-t-elle en direction de sa fille. Pas d'excuse, pas de justification, mais je veux savoir absolument tout ce qui s'est passé dans ma maison sans que je ne sois au courant.
Mal se tourna vers Evie, parce que la demande lui était clairement adressée, et observa la manière dont ses mains se pressèrent l'une contre l'autre avec anxiété, sa tête toujours baissée, dissimulée par ses longs cheveux. Il y eut un instant de silence, et Mal fut presque impressionnée que la mère d'Evie soit assez patiente pour le tolérer, puis cette dernière prit finalement la parole, tout doucement, la voix hésitante.
— J'ai rencontré Mal en février, raconta-t-elle sans cesser de fixer le sol, faisant de son mieux pour ordonner ses pensées et ne pas laisser les battements affolés de son cœur prendre le dessus. Quelqu'un m'avait agressé dans la rue, pour essayer de me voler mon sac et...
— Regarde-moi quand tu me parles, la coupa sèchement la voix de sa mère, tellement brusquement que même Mal sursauta.
Evie se rétracta, ravala un couinement de honte, et finit par lever la tête pour affronter le regard de sa mère qui la fixait sans la moindre once de pitié. Il n'y aurait pas d'excuse, pas d'exception, pas de comportement inadapté toléré. Evie se devait d'être irréprochable parce qu'il y avait déjà beaucoup trop de choses à lui reprocher pour qu'elle soit autorisée à en rajouter. Alors elle prit une inspiration, et reprit son récit.
— Mal est intervenue pour me protéger, et j'ai voulu la remercier en l'invitant à manger. Je comptais juste lui payer un repas mais on a parlé et...elle vivait à la rue, maman ! Elle n'avait pas mangé depuis des jours, nulle part où aller alors qu'elle a le même âge que moi !
Son ton s'était élevé malgré elle, et les yeux de sa mère se plissèrent, pas le moins du monde amadoués.
— Pas de justification, Evelyne, rappela-t-elle froidement. Je veux juste des faits.
Evie retint un soupir de frustration, et serra un peu plus ses mains l'une contre l'autre à la place, trouvant du soulagement dans la manière dont ses ongles appuyaient contre sa peau.
— Je l'ai invitée à venir passer quelques jours à la maison, mentit-elle. Je voulais lui offrir un abri temporaire et l'aider à trouver une solution plus durable mais...on n'a rien trouvé de particulier, et on s'entendait bien alors elle a fini par rester.
— Tu mens.
Evie se crispa, ses yeux s'écarquillant de surprise alors que les sourcils de sa mère se fronçaient de désapprobation et d'agacement.
— Penses-tu vraiment que je suis stupide ? Ton amie est mineure, des solutions pour l'accueillir, il en existe plein. Si vraiment vous aviez cherché, vous auriez trouvé.
— Maman, je...
— Je n'ai pas l'intention de tolérer le moindre mensonge supplémentaire, Evelyne, tu entends ? Ma clémence a des limites, et tu devrais t'estimer reconnaissante que je t'accorde ce droit de parole, plutôt que de le gaspiller en osant me mentir droit dans les yeux.
Impuissante, spectatrice presque invisible de cet échange auquel elle aurait préféré ne jamais assister, Mal vit le visage d'Evie chuter à nouveau dans la honte et l'humiliation.
— Je suis désolée maman, murmura-t-elle.
— Février remonte à plusieurs mois. Je suis revenue plusieurs fois depuis. Comment se fait-il que je n'ai eu le privilège de croiser ton amie, et de t'entendre me mentir, qu'une seule fois ?
Les yeux d'Evie restèrent rivés sur le sol, son cœur battant à tout rompre alors que ses derniers mensonges et les manipulations associées étaient sur le point d'être dévoilés. Elle ne voulait pas...elle ne pouvait pas répondre. Elle ne pouvait pas envisager ce qui allait suivre cette discussion, et elle détestait absolument chaque mot qui en résultait, chaque parcelle d'échange qui y avait lieu. C'était une torture mentale et physique, qui lui rappelait sans arrêt tout ce qu'elle avait fait de travers, même si c'était pour Mal, même si ça partait d'une bonne intention. Même si elle avait créé du bonheur et de la joie, pour elles deux, elle n'aurait jamais dû le faire, parce que toutes ses actions avaient été pavées de mensonges, d'escroquerie et de désobéissance. Evie était une horrible personne et chaque mot prononcé le lui rappelait, et chaque personne dans cette pièce le savait et ça la ravageait de penser ça parce que les deux autres personnes dans cette pièce étaient les personnes qu'elle admirait le plus au monde et elle ne pouvait juste pas...
— Je vois, retentit la voix de sa mère, résonnant comme une bombe aux oreilles de l'adolescente. Comme toujours, tu es incapable d'assumer tes actes jusqu'au bout.
Les larmes inondèrent les yeux d'Evie, et elle n'eut même pas le courage de relever la tête pour tenter de se rattraper. Ses mains pressées l'une contre l'autre plus fort que jamais, ses ongles pénétrant sa peau un peu plus profondément, elle ne parvint pas à retenir le sanglot qui lui échappa, espérant presque être envoyée dans sa chambre pour échapper à ce calvaire, pour avoir l'occasion de s'enfuir et d'évacuer tout le dégoût qu'elle avait d'elle-même.
— Toi, réponds à la question.
Mal tressaillit, ne s'attendant pas du tout à ce que l'attention soit redirigée sur elle, et elle fixa la mère d'Evie avec incrédulité. Est-ce qu'elle réalisait au moins que sa fille pleurait ? Elle n'allait rien faire ? Elle allait se contenter de décider qu'elle ne valait plus la peine, de l'ignorer et de passer la parole à quelqu'un d'autre ?
— Et bien ? Tu ne me sembles pourtant pas être idiote. Réponds.
Mal fronça les sourcils, ravalant sa colère comme elle pouvait avant de croiser les bras de manière effrontée.
— J'étais dans la maison à chaque fois que vous y étiez, madame, répondit-elle avec une politesse parfaitement dosée. Peut-être que si vous aviez un peu plus prêté attention à la vie de votre fille, vous l'auriez réalisé.
Evie émit un petit gémissement horrifié, mais il se fit totalement ignorer alors qu'un sourire presque perfide apparaissait sur les lèvres de sa mère.
— Je ne demandais combien de temps il allait falloir pour que tu cesses de jouer à la petite fille sage, déclara-t-elle en direction de Mal qui ne cilla même pas, son regard toujours droit dans le sien.
— Je ne joue à rien du tout. Je m'adapte aux situations.
— Il y a trois semaines environ, je suis rentrée. Evie n'était pas là. Toi non plus. Où étiez-vous ?
Mal grimaça, jetant un coup d'œil furtif à Evie, qui ne réagit pas.
— Chez des amis à moi, répondit-elle avec prudence.
— Donc tu as des relations. Pourquoi ne pas rester chez eux ?
La question ressemblait plutôt à une accusation, et Mal détesta l'idée de devoir se justifier.
— Ils n'ont pas les moyens de m'accueillir sur du long terme.
— Pourquoi ?
— Maman, intervint soudain Evie. Ce n'est pas...
— Tais-toi. Tu as eu l'occasion de t'exprimer, tu l'as perdue. Je ne veux plus t'entendre.
Il n'en fallut pas plus pour qu'Evie reprenne sa position précédente, tête baissée, les yeux rivés sur le sol. Le cœur de Mal gronda de colère, parce que c'était parfaitement injuste. Elle n'essayait même pas de l'écouter ou de comprendre. Elle cherchait juste à mettre en évidence les mensonges et la désobéissance d'Evie, pour pouvoir mieux l'accabler ensuite.
— Parce qu'ils ne possèdent pas une grande maison avec quatre chambres et trois salles de bain inutilisées.
Le regard sévère flasha dans sa direction.
— Oh tu te crois maligne ? Tu penses que je n'entends pas tes accusations et tes jugements ?
— Je pense qu'il y a beaucoup de choses que vous n'entendez pas, rétorqua Mal.
— Qui penses-tu être pour me faire la leçon ? Tu n'es qu'une gamine paumée et profiteuse, qui a croisé une gentille fille et a voulu abuser de sa naïveté.
Mal fronça les sourcils, parce que c'était une interprétation à mille lieux de la réalité, mais elle n'eut pas l'occasion de répondre que la voix d'Evie s'éleva à nouveau, soudain plus affirmée.
— Ce n'est pas ce qu'il s'est passé ! s'écria-t-elle. Mal n'a jamais tenté de profiter de moi !
— Oh ma pauvre enfant, ce que tu peux être bête parfois.
— Je ne suis plus une enfant !
— Bien sûr que tu es toujours une enfant. Une petite fille naïve et stupide qui s'entête à voir le monde comme un paradis rose malgré tous mes efforts pour te mettre du plomb dans la cervelle.
— Ce n'est pas vrai ! protesta Evie mais, à sa plus grande consternation, elle ne parvint pas à retenir les larmes de frustration qui s'échappèrent de ses yeux. Si seulement tu essayais de comprendre et...
— Comprendre quoi ? la coupa froidement sa mère. Les raisons qui te poussent à agir comme une fillette capricieuse ? Le manque de reconnaissance malgré tout ce que je t'ai offert dans ta vie ? Je suis lassée de ton comportement Evelyne, et cela fait déjà un bon moment. J'ai cru que c'était une simple phase et que ça finirait par passer mais maintenant que je connais une des causes de ton changement d'attitude, je vois la situation d'un autre point de vue.
Elle avait désigné Mal d'un geste de la main relativement méprisant au cours de son discours, et Evie cligna des yeux, décontenancée par le brusquement changement de ton.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Ce que je veux dire, articula sa mère en posant ses mains sur ses hanches pour la regarder comme si elle se trouvait face à un jeune enfant un peu simplet. C'est que tu es restée bien trop longtemps sans supervision. Cela m'ennuie au plus haut point, mais je vais devoir m'arranger avec mon travail pour limiter mes déplacements, afin de reprendre ton éducation en main. Peut-être que je pourrais arranger quelque chose avant la rentrée, pour te permettre de voyager avec moi. Une éducation à domicile pourrait être envisagée, ou alors un pensionnat.
Evie resta muette, bouche-bée devant ce flot d'informations nouvelles et de perspectives absolument terrifiantes. C'était une blague, n'est-ce pas ? Sa mère ne pouvait pas sérieusement envisager de l'arracher à sa vie ici sans même lui demander son avis.
— Est-ce que vous êtes complètement bouchée ?
La soudaine exclamation de Mal la sortit de sa torpeur et elle se tourna vers sa petite amie, qui fixait sa mère avec une rage insoupçonnée.
— Vous pensez vraiment que c'est de ça qu'Evie a besoin ? Vous pensez vraiment l'aider en la coupant encore plus d'une vie normale ?
Malgré l'accusation limpide, malgré la question qui mettait en évidence un problème pourtant réel, la mère d'Evie ne sembla pas se formaliser le moins du monde de l'intervention de Mal, se contentant de poser un regard lassé sur l'adolescente.
— Oh bien sûr. Toi. Je t'avais presque oubliée.
Ce n'était que quelques mots, mais elle les accompagna d'un mouvement de la main pour s'emparer de son sac, et surtout de son téléphone qui se trouvait dedans. Evie frissonna, prise d'un horrible pressentiment.
— Maman, qu'est-ce que tu fais ?
— Je contacte la police. Je suppose qu'ils sauront quoi faire de ton amie et la placeront au mieux de leurs capacités.
— Tu ne peux pas faire ça !
Un regard agacé répondit à la protestation d'Evie.
— Bien sûr que je peux, Evelyne. Cela s'appelle être responsable, et c'est ce que tu aurais dû faire toi-même depuis le début.
— Mais ils vont la renvoyer chez sa mère sans même réfléchir !
— Donc elle a une mère. C'est bon à savoir.
— Maman, non ! Tu ne comprends pas, Mal ne peut pas...
Le bruit de leurs voix s'effaça, laissant Mal paralysée de terreur et d'incompréhension. Dans sa tête, les informations se mélangeaient avec une violence inouïe. La police. Sa mère. Evie. Elle ne voulait pas entrer en contact avec la police, mais elle pouvait toujours trouver une solution pour leur échapper. Elle ne pouvait pas retourner chez sa mère. C'était impossible. Impensable. Mais ce n'était pas non plus une menace immédiate. Et même si ça l'était, elle ne devait pas s'y projeter. Il y avait plus urgent. Plus important. Protéger Evie était plus important.
Mal reconnecta avec la réalité juste à temps pour voir Evie se jeter sur sa mère, et lui arracher le téléphone des mains dans un geste désespérée.
— Maman tu ne peux pas faire ça ! hurla-t-elle avec désespoir, les mains tremblantes, les joues inondées de larmes, sa panique et sa détresse perceptibles à des années-lumière pour n'importe quel humain doué un tant soit peu d'empathie.
Dommage que cette caractéristique fasse apparemment défaut à la femme qui l'avait mise au monde.
— Cesse ce caprice tout de suite Evelyne ! Est-ce que tu t'entends ? Comment espères-tu que je n'aie pas honte de toi quand tu te comportes de manière aussi ridicule ?
Les paroles de sa mère frappèrent Evie plus violemment encore que si elle l'avait giflée. Mal la vit chanceler, et crut pendant un instant qu'elle allait s'écrouler sur place, mais Evie resta debout, pétrifiée, les larmes dévalant ses joues, messagères de sa souffrance silencieuse.
Soudain, il n'était plus question de Mal ou de la police, mais à nouveau juste d'Evie.
Evie, qui faisait honte à sa mère. Evie, qui était incapable de contenir ses émotions, incapable de ne pas aimer, incapable de reprocher, incapable de réaliser que le problème n'était pas chez elle, mais bien chez la femme qui prétendait être sa mère.
Evie, qui n'avait plus qu'à encaisser stoïquement toutes les reproches comme elle l'avait fait toute sa vie, sans avoir l'occasion de se défendre, sans la possibilité de se justifier.
— C'est ça, pleure donc ! Tu ne sembles bonne qu'à ça, pleurer, encore et toujours. Quand vas-tu grandir, assumer tes actes et cesser de chercher à te justifier sans arrêt pour tes bêtises ?
— Je ne...
— Non. Je t'ai assez entendue. Et assez vue d'ailleurs. Puisque tu es incapable de mener une conversation de manière rationnelle, va dans ta chambre. Pleure, crie, tape du pied comme une enfant si tu veux, mais fais-le hors de ma vue.
— Maman...
— Oh, tu n'es même plus capable de suivre un ordre simple à présent ? Dans. Ta. Chambre.
C'était un renvoi humiliant. Enfantin. L'isoler de la conversation, l'empêcher de participer à la suite des événements. Lui retirer le privilège non seulement d'avoir son mot à dire, mais surtout d'être au courant de ce qui se passait.
Le regard d'Evie oscilla, hésitant, perdu. Elle n'osa pas se tourner vers Mal, dont elle sentait le regard posé sur elle, incapable d'assumer d'être aussi pathétique. Incapable d'assumer de ne pas pouvoir l'aider, alors qu'elle avait promis de toujours être là pour elle. Mais cette bataille...cette bataille, Evie ne pouvait pas la gagner. Elle l'avait perdue avant même de la commencer, parce que sa mère aurait toujours le dessus, et qu'elle serait toujours cette petite fille incapable de se montrer à la hauteur de ce qu'on attendait d'elle, incapable de se montrer digne de privilèges et de responsabilités.
Evie laissa échapper un nouveau sanglot, et cela sembla être le verdict de sa mise à l'écart. Elle était la seule qui pleurait. La seule qui ne pouvait pas se contrôler. La seule qui n'avait aucun pouvoir, et dont la parole n'avait aucune importance.
Sans croiser le regard ni de sa mère ni de Mal, elle posa le téléphone sur la table et quitta la pièce, prenant la direction de l'étage où, comme sa mère l'avait prédit, ses pleurs éclatèrent comme ceux d'une enfant.
oOoOoOo
La rage de Mal crépitait en elle comme la lave d'un volcan sur le point d'entrer en éruption. Dans sa tête, les derniers mois de sa vie défilaient, s'arrêtant sur toutes les fois où Evie avait pleuré, sur chaque coup de fil, sur chaque après-visite, sur chaque moment de panique et sur chaque repas manqué.
Elle détestait cette femme. Elle détestait cette femme comme jamais elle n'avait détesté personne. Même sa propre mère ne lui avait jamais fait ressentir ça, et pourtant elle haïssait sa mère au point de pouvoir la tuer si l'occasion lui était donnée.
La mère d'Evie ? Oh, elle aurait aimé pouvoir la tuer aussi. Se jeter sur elle, passer ses mains autour de son cou et l'étrangler pour que plus jamais le moindre de ses mots ne puisse blesser celle qu'elle aimait.
C'était un fantasme vraiment tentant, mais malgré la colère qui bouillonnait, malgré ses doigts qui la titillaient de réagir, de faire quelque chose de conséquent et de magistral pour lui donner une leçon, elle savait que cela ne résoudrait rien. Cette femme serait capable de trouver de la satisfaction dans l'agression, de l'utiliser à son avantage pour prétendre qu'elle avait raison, et que Mal était un danger.
Alors, faisant preuve d'une maitrise d'elle-même insoupçonnée, Mal ne bougea pas. Elle ravala son envie de passer à l'attaque, et ignora également son instinct qui lui disait de suivre Evie pour la consoler. Elle irait la consoler après. Pour l'instant, elle avait une bataille à terminer. Une bataille perdue d'avance pour elle, elle s'en doutait, mais qui pouvait peut-être encore être sauvée pour Evie.
— Vous ne réalisez même pas à quel point vous êtes un monstre, n'est-ce pas ? prononça-t-elle d'une voix glaciale, presque insensible, des flammes de détermination luisants dans ses yeux.
Le regard qui lui répondit était furieux, dominateur, rempli de mépris à l'état brut. Mal n'était rien aux yeux de cette femme, juste un caillou dans sa chaussure, une intruse problématique qui avait perturbé la vie bien huilée de son enfant, et dont elle allait se débarrasser d'un simple geste de la main.
— Tu devrais apprendre à surveiller ce que tu dis, lui lança-t-elle d'un ton cinglant. Je te signale que j'ai tous les droits pour porter plainte contre toi et…
— La ferme ! rugit Mal en se mettant brusquement debout, les poings et la mâchoire serrés.
L'expression choquée qui s'étalait sur le visage de la femme en face d'elle était absolument délectable, mais Mal n'avait pas envie d'en profiter. Elle n'éprouvait aucun plaisir à la provoquer et à la défier comme elle le faisait habituellement avec les adultes qu'elle méprisait, parce qu'elle aurait voulu que la situation soit différente. Elle aurait voulu apprécier cette femme, parce que cela aurait signifié qu'Evie avait une bonne mère, compétente et digne de l'avoir comme fille. Alors oui, peut-être que Mal la détestait, mais ce qu'elle ressentait n'avait pas d'importance. Ce que Evie ressentait avait de l'importance, et Evie voulait que sa mère la voie et l'aime pour ce qu'elle était.
— Je ne suis pas Evie, enchaîna-t-elle d'une voix où grondait la colère. Je n'ai pas peur de vous. Je n'aurais jamais peur de vous, parce qu'il n'existe rien au monde que vous puissiez me prendre. Vous n'avez et vous n'aurez jamais la moindre emprise sur moi.
— De quel droit oses-tu me parler comme ça, cingla la mère d'Evie en faisant un pas vers elle, les yeux furieux et sévères.
Mais cela n'avait aucun effet sur Mal, parce que justement elle avait largement le droit.
— Parce que j'aime Evie ! répliqua-t-elle avec fureur. Parce que j'ai plus de considération et de respect pour elle que n'importe qui sur cette planète ! Parce que contrairement à vous je veux ce qu'il y a de mieux pour elle et vous êtes loin d'être la meilleure mère possible !
Mal tremblait de rage et de colère. Si cela avait été possible, des flammes passionnées et ardentes auraient irradié de ses yeux, qui luisaient de tout le mépris qu'elle ressentait à cet instant précis. Tout en elle ne dégageait qu'assurance et puissance, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Et rien ne pouvait l'atteindre, parce qu'elle se battait pour Evie, et le bonheur d'Evie n'avait pas de prix. Malgré son âge, malgré sa position dépendante des autres, malgré la situation précaire et l'instabilité de sa vie, à cet instant précis, elle irradiait le respect et la maturité, si bien que la femme adulte en face d'elle ne se risqua même pas à l'interrompre.
— Ecoutez-moi bien, prononça Mal avec autorité. Evie est l'un des êtres humains les plus exceptionnels de ce monde. Je ne sais pas à qui elle doit ça, mais elle est généreuse et incroyable et elle aime plus fort que n'importe qui peut aimer. Elle est unique, spectaculaire, intelligente et parfaite en tout point. Je ne sais pas comment vous pouvez ne pas le réaliser, et à vrai dire je m'en fiche. Le problème c'est qu'Evie, elle, ne se voit qu'à travers votre regard, dans lequel elle n'est rien. Alors vous avez deux choix maintenant. Soit vous réalisez que le problème vient de vous et pas d'elle et vous changez de comportement, soit vous la perdrez.
— Est-ce que tu me menaces sous mon propre toit ? gronda la femme d'une voix dangereuse, presque venimeuse, mais Mal ne frémit même pas, ses lèvres formant un sourire dénué de tout plaisir.
— Ce n'est pas une menace, rétorqua-t-elle d'un ton incroyablement calme. C'est la réalité. Je ne vais pas vous prendre Evie. Vous pouvez me bannir de chez vous, l'envoyer dans un pensionnat, en Chine, en Antarctique ou sur la lune, cela ne changera rien. C'est vous qui la détruisez, et un jour elle devra choisir entre continuer à pourrir à vos côtés, ou se sauver en se coupant de vous.
Les yeux de son interlocutrice se plissèrent, rempli de haine envers l'adolescente qui osait lui reprocher des horreurs pareilles.
— Dehors, ordonna-t-elle sèchement, comme si elle parlait à un chien. Tu ne sais absolument rien de ma vie ou de celle de ma fille. Je me fiche de ce qui peut arriver à une gamine mal élevée qui pense tout savoir mieux que tout le monde. Je refuse de continuer à perdre mon temps avec toi. Mais contrairement à ce que tu penses, je suis humaine, donc je te laisse trente minutes pour rassembler tes affaires, et disparaitre de ma maison.
La menace était limpide et claire, et Mal acquiesça. Elle savait que cela se terminerait ainsi, et elle s'en moquait. Mais il y avait une dernière chose qu'elle voulait dire. Un dernier message à faire passer, au cas où elle se retrouvait effectivement contrainte de ne plus jamais revoir Evie.
Sans la moindre hésitation, elle plongea ses yeux dans ceux de la femme en face d'elle, passant le barrage de leur froideur et cherchant à y retrouver la lueur d'humanité qu'elle avait perçu plus tôt.
— Je sais que vous l'aimez, déclara-t-elle d'une voix neutre, énonçant simplement un fait, comme cette femme l'avait exigé. Et c'est pour ça que vous devez réaliser ce qui se passe. Evie ne se détachera jamais de vous. Elle va vous laisser la détruire sans jamais s'en plaindre. Vous ne voyez pas les conséquences de vos paroles, ou de vos actes. Mais prenez un instant, juste une minute, et réfléchissez à la dernière fois que vous avez vu votre fille manger.
Elle ne pouvait pas en dire plus. C'était déjà beaucoup trop, mais il fallait que quelqu'un le fasse. Peut-être qu'Evie allait la détester pour ça. Peut-être que sa mère n'allait même pas comprendre. Peut-être que cela n'allait faire qu'empirer la situation. Mais peut-être aussi que ça allait l'aider. Mal ne s'était jamais considérée comme particulièrement chanceuse, mais depuis qu'Evie était entrée dans sa vie, la roue semblait avoir tourné. Alors peut-être que cette fois, le risque allait valoir le coût.
Une fois sa bombe lâchée, Mal quitta la salle à manger, ne souhaitant pas poursuivre la conversation, et se dirigea vers l'étage. Elle voulait juste trouver Evie, s'assurer qu'elle allait bien, la consoler, la rassurer, et lui expliquer pourquoi elle s'en allait. Lui promettre que tout irait bien. Elles allaient trouver une solution, mais dans l'immédiat, elle devait d'éloigner et laisser les choses se tasser. Prendre du recul.
Sauf qu'Evie n'était pas dans sa chambre comme elle s'y attendait. Alors que son regard parcourait la pièce vide, l'estomac de Mal se contracta, pris d'un horrible pressentiment. Elle n'aurait pas dû la laisser seule. Elle aurait dû la suivre à l'instant où elle était partie en pleurant. Suivant son instinct, elle quitta la chambre bleue, pivotant sans hésitation pour entrer dans la salle de bain qui se situait juste à côté.
Evie était là, assise sur le carrelage, juste à côté des toilettes. Recroquevillée sur elle-même, agitée de sanglots alors que l'odeur aigre dans l'air ne laissait aucun doute sur ce qu'elle venait de faire. Mal ne perdit pas une seconde, se laissant tomber à genoux, et lui empoigna les épaules.
— Evie, appela-t-elle dans un souffle.
Evie secoua faiblement la tête, des larmes s'échappant de ses joues pour s'écraser sur le sol et sur ses vêtements, incapable de répondre, incapable de la regarder. Mais Mal devait savoir.
— Tu m'avais dit que...tu m'avais assuré que tu ne t'étais jamais fait vomir, murmura-t-elle et il y avait quelque chose de douloureux dans le fait de prononcer ces mots à voix haute.
Un sanglot échappa à Evie, explosant dans la pièce et l'emprise des mains de Mal sur ses épaules se raffermit, la tirant vers elle, la serrant contre elle, lui promettant en silence qu'elle était là et que tout allait bien. C'était ce qu'elle voulait lui dire initialement, non ? Mais était-ce vraiment le cas ?
— Je suis désolée, prononça la voix d'Evie, faible, rauque, brisée. Je voulais...je devais...je veux juste disparaître.
Mal inspira longuement, luttant contre la terreur qui grimpait en elle, s'agrippant à Evie, s'assurant qu'elle était là. Mais pour combien de temps, avant que les choses n'empirent ? Combien de temps avant qu'elle ne cherche à se détruire davantage, avec d'autres moyens, de plus en plus intenses et dangereux ?
— C'était la première fois, n'est-ce pas ? demanda-t-elle sans la lâcher, cherchant une promesse, un espoir, n'importe quoi pour la rassurer. Tu ne t'étais jamais forcée à vomir avant ?
Elle n'obtint pas de réponse vocale, mais elle sentit la tête d'Evie bouger de gauche à droite, de manière à peine perceptible mais suffisante. C'était la première fois.
Et la dernière. Mal allait s'en assurer.
Détachant son étreinte, elle prit le visage d'Evie entre ses mains, la forçant à la regarder et lui offrant le regard le plus doux et bienveillant qu'elle avait à sa disposition.
— Ça va aller, d'accord ? assura-t-elle. Prends le temps pour te calmer, mais j'ai besoin que tu reprennes contenance, et que tu sois prête à partir d'ici une quinzaine de minutes. Tu peux faire ça pour moi ?
Evie lui lança un regard confus, et Mal lui sourit d'un air rassurant.
Elles allaient partir, toutes les deux. Peu importe où elles iraient, peu importe pour combien de temps. Mal ne pouvait plus rester ici, et c'était hors de question qu'elle laisse Evie derrière elle. Pas dans cet état. Alors elles partiraient toutes les deux et, d'une façon ou d'une autre, tout irait bien.
