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Dans le service psychiatrique de l'hôpital, un espaces dont les portes sont toutes fermées, aux murs blancs et la lumière blanche criarde, je me dirige jusqu'au bureau d'accueil des visiteurs. L'homme qui me fait face me dévisage, de bas en haut posant les yeux sur mon ventre proéminent. Il ne veut pas me laisser passer. « Dans votre état je ne peux pas vous mettre en contact avec un individu potentiellement dangereux. ». J'insiste cependant, depuis la nuit de l'agression je suis assaillie à tout moment par des images qui me donnent envie de hurler, des paroles me hantent et ne me laissent plus de repos. J'ai besoin de cette confrontation. Pour tourner la page, ça m'est essentiel. Je n'ai bien évidemment pas dit à mon mari où je me rendais. Il me l'aurait formellement interdit. Je sais que c'est étrange et dangereux. Mais je sens que si j'ai une chance d'améliorer la situation, c'est maintenant. Au bout d'un débat plus ou moins long en fonction du point de vue, l'homme finit par daigner me donner un numéro de chambre et me faire escorter par deux immenses colosses. On me laissa entrer seule en lançant un « cinq minutes » disgracieux.

Je pris d'abord le temps d'observer la petite pièce d'une dizaine de mètres carrés, avec des barreaux aux fenêtres qui ne s'ouvrent pas. Il n'y a qu'un lit et un bureau avec une chaise. Murs blancs, sobriété absolue. Un homme roux en habits blancs se tient sur la seule assise disponible. Ses yeux sont dans le vide qui se trouve entre nous. J'avais le cœur soulevé d'indignation et la peine que j'avais ressentie pour lui s'accrut. Après avoir récupéré des forces, je l'appelais doucement.

- « Ron. » Chuchottais-je.

Il daigna enfin tourner son visage vers moi, inexpressif. Néanmoins, il trouva la force de dire :

- « Tu viens me narguer ? Pars. Je n'ai rien à te dire. Je te hais. Je vous hais toutes. »

Puis il se tourna résolument à l'opposé de moi. Le silence empli la microscopique salle. Je préférais partir sans rien ajouter. Le ton de sa voix m'avait fait comprendre que s'il n'avait pas pris les potions qu'on lui administrait, il aurait à nouveau tenté de me tuer. Et puis… J'avais encore trop peur. Les souvenirs de cette nuit ne s'étaient pas encore volatilisés. J'étais paralysée en sa présence. Quelque chose semblait l'habiter. Quelque chose de sombre, de très noir. Lorsque je me trouvais dans le couloir, j'eus la surprise de voir Daphnée se diriger vers moi. Depuis quand entretenait-elle une relation avec lui, et de quel type ? Je n'eus pas le temps de lui poser la moindre question, qu'elle m'avait déjà dépassée avec un petit sourire candide et s'était réfugiée dans la chambre que je quittais. Cette femme me voulait-elle du mal ?

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