Des exclamations fusèrent dans tous les sens. Des flash crépitèrent. Ginny n'était pas au courant mais un regard appuyé d'Hermione lui avait fait comprendre que quelque chose allait se passer. Aussi ne rata-t-elle rien de la scène qui se déroulait.
Là, aux yeux de tous, Hermione dévoilait la profondeur de son mal-être. Elle portait un ensemble de lingerie noir, basique, composé d'un boxer et d'une brassière. Mais ce n'était pas sa tenue qui provoquait un tel agissement. C'était son corps, c'était ses scarifications, c'était la preuve physique et douloureuse de ces sombres années. Elle tourna sur elle-même, montrant ainsi que peu de peau avait été épargnée. Même la juge, pourtant habitué à cotoyer le pire, eut un mouvement de recul en voyant le corps de cette héroïne de guerre.
Dans le public, Ron avait les larmes aux yeux et Harry ne pouvait quitter des yeux le bras d'Hermione, là ou les cicatrices étaient les plus nombreuses et ou l'on pouvait lire, quelques années plus tôt, l'ignoble expression "Sang-de-bourbe". Ginny, malgré ses yeux embués, prenait autant de photo qu'elle le pouvait. Luna était horrifiée et Neville serrait les poings, prêt à boxer.
Lorsqu'elle fut sûre d'avoir marqué les esprits, Hermione se tourna vers le jury. Du coin de l'oeil elle pouvait voir Dedalus lui lancer un regard mauvais, tandis que son avocat lançait à son client un regard plus que dégoûté. Mais la jeune femme les ignora et s'adressa aux sorciers et sorcières qui allaient bientôt délibérer sur le sort de Dedalus Wringleton.
- Je suis Hermione Granger. Je n'ai pas besoin de me présenter, même si je préférerai. Cela signifierait que je suis anonyme, que je suis inconnue. Que je suis juste moi. Votre respect et votre sympathie m'honorent, mais ils me pèsent aussi. Je ne crois pas que vous vous rendiez compte de la pression que vous imposez à quelqu'un quand vous le mettez sur un piédestal. Même avec la meilleure intention du monde, cela reste une épée de Damoclès au dessus de la tête.
Elle fit une pause, sa voix se brisant. Elle devait se calmer, aller jusqu'au bout.
- Quand j'ai intégré le Ministère, j'étais fière. Vraiment. Avec la fin de la Guerre, il y avait un monde à reconstruire, à restructurer, à réorganiser. Pour beaucoup, c'était un travail ardu. Pour moi, c'était presque des vacances, après une année à chasser des Horcruxes dans tout le Royaume-Uni. Mais les dossiers sont devenus plus durs, plus complexes, et vos attentes plus élevées, plus pesantes. A cette époque, j'ai rencontré Dedalus. Pour lui, j'étais juste Hermione, j'étais juste moi.
Quelques regards se tournèrent vers Dedalus, qui arborait un sourire suffisant, comme s'il était sorti d'affaire grâce à la principale plaignante.
- Je l'ai aimé. Vraiment. Et j'ai crû qu'il m'aimait. Mais ce n'était que des mensonges, comme l'ont dévoilé les divers scandales qui ont trainé mon nom dans la boue. Et c'est là que ma chute a commencé. Je n'avais pas demandé à être sur votre piédestal. Je ne voulais pas de votre admiration. Mais j'ai tout fait pour satisfaire vos attentes, pour correspondre à l'image que vous aviez de moi. Et puis cet homme est arrivé, m'a trompée, a volé le fruit de mon travail, m'a trainé dans la boue. Et qu'avez-vous fait ?
Hermione lança un regard noir à Dedalus, dont le sourire s'était figée en une grimace haineuse.
- Vous avez pris sa défense ! A lui ! C'était moi, la femme bafouée, mais vous avez pris le parti du harceleur ! Vous avez agit de la même manière, il y a des années, quand Harry vous avait prévenu du retour de Voldemort ! Vous l'avez discrédité, et vous avez fait pareil avec moi ! Et ce mal-être, cette douleur mentale, je n'ai trouvé qu'un seul moyen de la faire taire : provoquer une douleur physique, plus forte que cette douleur mentale, pour l'étouffer, la refouler au second plan. Voici, mesdames, messieurs, le résultat des manigances de Dedalus Wringleton, auxquelles vous avez participé.
Alors que la foule et les jurés commençaient à protester, un hurlement sadique échappa à Dedalus quand il passa par dessus la table et se jeta sur Hermione, le regard fou, prenant sa gorge entre ses mains.
- J'aurais dû te tuer !
- DEPULSO !
Dedalus fut expulsé et cogna lourdement contre les tribunes du juré, dont surgirent 2 sorciers pour le maîtriser. Pansy se précipita pour relever son amie, lui tendant par la même occasion sa blouse. Une fois rhabillée, Hermione, frottant sa gorge, se tourna vers l'origine du sortilège. Le bras toujours tendu, en position defensive, Drago ne la quittait pas des yeux.
