Hello ! Je vous présente le chapitre le plus long de la fic : le chapitre final ! Je posterai l'épilogue le plus rapidement possible, donc see you soon :P

Ps : "Jayne" comme prénom, se prononce comme "Jenny" en l'hommage à un personnage que j'aime bien de la série Firefly ;)

Je vous souhaite une bonne lecture à tous, et pour ceux qui ne liront pas l'épilogue avant Noël, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année !

Deryous50, toujours contente de voir que tu suis et que tu prends le temps de me laisser des reviews, merci beaucoup ! Et ouai, j'ai été un peu beaucoup méchante avec Clark, mais il s'en sortira ! Ici, le temps va passer vite et la transition entre "Blast" et "Bullets" aussi. C'est une page qui se tourne, comme on dit ! J'espère que ce chapitre et l'épilogue te plairont. Si les choses ne se passent pas comme on le pense forcément, je pense que dans Bullets, vous aurez néanmoins de bonnes surprises :P Sur ce je te souhaite de bonnes fêtes et à bientôt !

Mademoiselle Naeri, Et bien, je suis ravie que tu sois tombée par hasard sur la fic et que ça soit une bonne surprise pour toi ! ça fait vraiment super plaisir de voir que ça plait autant et merci beaucoup pour tes encouragements, c'est vrai que ça aide beaucoup quand on a un coup de mou dans l'écriture ! J'espère que la fin de cette fic ne te décevra pas ! A bientôt peut-être et bonne lecture ;)


Septembre


3 Septembre 2010

Les mois de rééducation avaient été durs. Plus durs à vivre que ce Clark s'était imaginé. Être invalide, dépendant des autres, c'était la pire leçon d'humilité que l'on pouvait recevoir. Il en avait sévèrement bavé. Il ne comptait plus le nombre de chutes qu'il avait faites, le nombre de nuits blanches qu'il avait passées à cause de ses douleurs musculaires et fantômes, le nombre de bilans trophiques, cutanés, algiques, vasculaires et tout le reste pour vérifier s'il pouvait faire des essayages de prothèses. Et il ne comptait pas non plus le nombre d'échecs. Son enfer avait pris un autre tout autre visage.

Mais il y était arrivé. Il avait surmonté tout ça, en partie grâce au soutien de sa mère. Sans elle, il aurait probablement lâché l'affaire plus d'une fois. Parce que c'était difficile, de vivre avec le regard des autres. Difficile de s'accepter avec ce nouveau corps. Clark avait eu honte pendant un temps de ses cicatrices et avec les nouvelles marques et son moignon, c'était plus dur. Il avait encore de grosses difficultés à s'accepter, mais il arrivait mieux à le cacher.

Pendant un moment, il avait longuement maudis Bruce. Il le maudissait de ne pas venir, de ne pas chercher à le joindre. Il avait eu la haine contre lui, la haine contre la Terre entière. Ce genre de haine qu'il n'avait pu contenir mais qui lui avait servi de moteur pour sa rééducation. Et puis, au fil des semaines, à cogiter, encore et encore, ça lui était impossible d'en vouloir à Bruce. Parce qu'il avait probablement pleins d'autres choses à faire que de venir.

Et puis, Bruce gardait un œil sur lui. Clark se revoyait encore, alors qu'on lui faisait essayer sa toute dernière prothèse. Une prothèse de dernier cri, de luxe. « Un donateur anonyme », c'est ce qu'on avait dit à tous les soldats du centre de rééducation. Clark avait l'intime conviction que ce donateur anonyme portait les initiales « B.W. ». Il en fut totalement certain en enquêtant sur la conception de la prothèse. Wayne Enterprises possédait un nombre incroyable de filiales.

Clark rongeait son frein en attendant le jour où il reverrait Bruce. Il voulait savoir pourquoi ce dernier jouait tant sur le mystère maintenant que Clark était retourné à la vie civile. Il avait cru que Bruce ne voulait pas que leur relation se sache tant qu'ils étaient tous les deux militaires, mais là… Dans ses souvenirs, Bruce terminait son contrat vers le mois de juin. Est-ce qu'il avait signé un autre contrat derrière ? Est-ce qu'il était resté militaire ?

Si Bruce avait fait ce choix, Clark se retrouvait bloqué. Il ne se projetait pas de vivre une relation à distance avec la peur au ventre de le perdre. Il ne supporterait pas ça. Il espérait… il espérait vraiment que Bruce ne soit pas retourné sur le terrain.

Clark aurait voulu l'appeler. Le numéro du siège de Wayne Enterprises était trouvable sur internet. Mais une fois qu'il serait tombé sur l'une de ses secrétaires, qu'est-ce qu'il aurait pu dire ? Qu'il était un ancien collègue cherchant à renouer contact ? Il aurait été pris pour un taré ou il se serait fait envoyer sur les roses. Dire qu'il était son amant en Irak ? Il risquait de bousiller toute l'image publique de Bruce et ils n'avaient jamais mis de mots sur ce qu'ils vivaient.

_Chéri ? On est arrivé.

Il reporta son attention sur l'instant présent. La ferme. Sa maison. Clark ouvrit la portière de la voiture et sortit en s'appuyant contre la carrosserie, récupérant sa béquille. Il avait encore un long chemin à faire en rééducation avant de pouvoir marcher sans boiter, ne plus fatiguer sur les longues distances. Il avait dans l'idée que lorsqu'il marcherait mieux, il essaierait peut-être de courir. Peut-être…

Il récupéra un des sacs avec ses affaires et le bascula sur son épaule avant de marcher vers la maison. Ça faisait des lustres qu'il n'était pas rentré chez lui. Après avoir passé le pas de la porte, Clark se sentit libre. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentit libre de pouvoir agir comme il l'entendait, de pouvoir faire ce qu'il voulait, quand il le voulait. Pas de travail, pas de service, pas de responsabilités. Il fut alors agressé par Shelby, le chien de sa mère qui lui sauta dessus, très heureux de le voir.

_Doucement mon grand. J'suis aussi content de te voir !

Il caressa le border collie avant que Martha ne l'emmène pour lui laisser le passage. Il monta lentement dans sa chambre et y lâcha son sac. Son lit. Son toit.

_Je te fais un café ?

Clark ferma les paupières. Un bon café. Il allait enfin pouvoir retrouver le goût du bon café.

_Avec plaisir !

Il alla jusqu'à sa fenêtre et regarda les champs de maïs s'étendre à perte de vue. C'était ça, le Kansas. Les champs, la petite musique en fond et l'odeur du café qui se préparait. Il inspira un bon coup. Clark pouvait démarrer une nouvelle vie. La marche et la course viendraient au fil des mois et, en soi, il se sentait assez capable de revoir Bruce. Il ne voulait pas qu'il le voie comme quelqu'un de faible.

Son regard se porta à nouveau sur sa chambre et sur les cartons posés sur son bureau. Ses affaires d'Irak. Sa mère les avaient récupérées et les avaient directement ramenées ici. Clark n'avait pas tenu à les revoir. Maintenant que le temps était passé, la douleur du souvenir était supportable. Il sortit ses uniformes et ses affaires. Quelques photos, cassettes, des bibelots achetés sur le marché. Il regrettait un peu son Coran, qui avait dû sauter avec lui.

Son regard tomba alors sur les mitaines. Les mitaines de fortune que lui avaient faites Bruce en sacrifiant ses propres sous gants. Clark les serra dans sa main. Le seul jour où il ne les avait pas portées, il lui était arrivé quelque chose. Il lui serait maintenant hors de question de s'en séparer. Il ferait en sorte de les avoir toujours à portée de mains. Ça et…quelques trucs. Vieille habitude militaire.

Il redescendit rejoindre Martha et prendre leur café. Installé à la table de cuisine, Clark profita du silence pour la première fois depuis longtemps. Pas de bips d'hôpital. Pas de sonnerie d'alarme. Pas de tirs d'arme à feu, ni de bombes. Le calme complet. Après quelques minutes, Clark pensa que c'était même beaucoup trop calme. Il n'en avait plus l'habitude.

_Tu ne vas pas rester, je me trompe ?

Clark adressa un sourire à sa mère.

_C'est trop tranquille ici. Il faut que je reprenne ma vie, m'man.

Sa mère secoua la tête en souriant.

_Tu n'as jamais su rester en place.

Il eut un léger rire. C'était vrai, aussi loin qu'il s'en souvenait. Il avait toujours aimé l'action et l'aventure.

_Qu'est-ce que tu comptes faire, dans l'immédiat ?reprit-elle.

Clark fit tournoyer sa cuillère à l'intérieur de sa tasse.

_Il y a quelqu'un qu'il faut que j'aille voir, à New York. Ensuite, j'aviserai.

Martha haussa un sourcil.

_New York ? Qu'est-ce que tu vas faire là-bas ?

Clark repensa aux coordonnées que Bruce lui avaient laissées, quelques mois plus tôt. C'était pile le centre de l'un des parcs les plus connus du monde.

_J'vais visiter Central Park.

Le sourire malicieux qu'afficha sa mère lui fit lever les yeux au ciel.

_Ce quelqu'un doit valoir le coup pour que tu traverses la moitié du pays !

Martha se leva pour mettre sa tasse dans l'évier. Clark termina la sienne, cachant son sourire : Bruce en valait carrément la peine.

13 Septembre 2010

L'air était frais, mais il faisait encore bon. Clark avait passé tout son été au Kansas, sous la climatisation du centre de rééducation. Quand il sentait cette brise légère, il avait encore du mal à s'y faire, l'habitude du climat désertique encore bien présente dans sa tête. Mais l'Irak ne lui manquait pas. Pas le moins du monde. Il était désormais loin des horreurs de la guerre, loin de cette vie à risques. Clark voulait pouvoir profiter de ce qu'il lui restait.

Il s'arrêta contre la rambarde du Bow Bridge, observant la beauté du parc sous les rayons du soleil. Il y avait peu de monde mais à cette heure-ci, ça n'était pas étonnant. Il était près de 15h30 et les enfants étaient encore à l'école. Le calme était agréable. Dans ce genre de situation, Clark l'appréciait. C'était vraiment une superbe vue, et un très bel endroit.

Mais bordel, pourquoi Bruce lui avait donné ces coordonnées exactes-là ?! Est-ce qu'il aurait dû l'appeler avant ? Ok, l'endroit était vraiment chouette pour un rendez-vous, mais… Clark se sentit con. Bruce n'avait pas la science infuse et n'était pas omniscient. Il était vraiment, vraiment trop con de s'être pointé aux coordonnées sans l'avoir prévenu avant. Il aurait dû chercher sur internet son numéro ou plutôt celui de sa boîte. Maintenant il était là, sans pouvoir le joindre.

Il frappa la rambarde, énervé par son manque de jugeote. Quel foutu abruti. Bon, au moins, ça lui avait fait une belle balade, il avait vu le paysage. Il regarda une dernière fois le parc. Il était vrai que Central Park était magnifique. Détonnant avec les immenses buildings de Manhattan, ce parc était une pure merveille.

Le cœur de Clark loupa un battement alors qu'il venait de parcourir tout le point de vue autour de lui. Il s'était tourné du mauvais côté du pont. De l'autre côté, il ne pouvait pas le louper. Impossible. Clark se mit alors à rire, pour lui-même, se faisant la réflexion que Bruce était presque en train de lui montrer qui avait la plus grosse. C'était clairement ça, de la vantardise.

Au loin, il pouvait clairement voir un immense immeuble en verre où un grand « W » trônait tout en haut. Ce même symbole, il l'avait vu en faisant des recherches sur Bruce. C'était le W du logo de Wayne Enterprises. Quel gros vantard. Avec un énorme sourire aux lèvres, Clark quitta Central Park vers sa nouvelle destination.

oOoOoOoOoOoOo

Ok. Donc si Bruce était un énorme vantard, lui était la plus grande des mauviettes. Planté devant l'immeuble de Wayne Enterprises, il avait été incapable de franchir le seuil pour entrer dans ce hall luxueux, splendide et fait pour les géants.

Clark jeta un œil à ses vêtements. Sa vieille veste en cuir, sa chemise rouge à carreaux et son jean délavé qui cachait maladroitement sa prothèse lui rappelaient à quel point il n'était pas dans son univers. Il n'avait pas vraiment eu le temps de faire de shopping dernièrement et il n'y avait pas vraiment pensé en allant voir Bruce.

A cause de ça, il avait encore plus la trouille de le voir. Leurs vies civiles étaient si différentes. Il avait le trac. Il avait peur de voir Bruce, qu'il ne soit pas heureux de le voir, le trouve faible ou encore qu'il l'ignore complètement.

Secouant la tête, il chassa toutes ces pensées si négatives. Il ne devait pas oublier ce qu'il voulait : une chance avec Bruce. D'avoir une vie ensemble. Clark voulait y croire, il voulait le revoir et il devait tenter sa chance. Merde, il était militaire ! Enfin, ancien militaire et ancien démineur. Ça n'était quand même pas Bruce qui allait autant l'intimider !

Clark plissa les yeux en se dirigeant vers la porte. Maintenant qu'il y pensait, il se demandait si ça n'était pas de l'intimidation, toute cette histoire, ce mystère. Ce serait bien le style de Bruce, de faire ce genre de parcours en l'utilisant comme un test. Il savait qu'il était manipulateur. Ce ne serait pas ça qui le ferait reculer. Plus maintenant.

Il entra dans le hall et se sentit immédiatement comme un insecte chez les géants. Il n'était clairement pas à sa place. L'immense hall donnait sur des dizaines de portiques à ouverture électronique, leur apparence s'accordant à merveille avec les couleurs sobres et raffinées du bâtiment. Le plafond se situait à près de 4 mètres de haut et on n'entendait pas un bruit à part les pas des gardiens et les murmures des secrétaires.

_Je peux vous aider, Monsieur ?

Clark se tourna vers l'agent de sécurité. Costume trois pièces, chemise impeccablement repassée, rasé de près et une coupe parfaite. Même lui avait une meilleure classe que lui.

_Euh, je vais aller à l'accueil, merci.

Clark s'y dirigea, claudiquant encore un peu avec sa prothèse. Avec ce boitillement, sa canne et ses fringues, impossible de passer inaperçu. Les secrétaires à l'accueil l'avaient bien remarqué.

_Bonjour Monsieur, peut-on vous aider ?

La jolie brune en face de lui était très belle. Parfaitement coiffée et maquillée. Toute cette perfection dans ce bâtiment le gênait au plus haut point. Il ouvrit la bouche, sans trouver quoi demander. Les secrétaires s'échangèrent un regard avant de lever les yeux vers l'agent de sécurité. Les réflexes de Clark prirent le dessus :

_Je voudrais voir Bruce Wayne.

Face aux expressions très amusées de ces dames, Clark sut qu'il était passé pour un gros con. De nombreuses requêtes devaient se faire si Bruce était si important. Et il l'était. Il s'empressa de rajouter :

_Je suis Clark Kent. Je crois… je crois qu'il attend ma visite.

Il se mordit la lèvre alors qu'il n'était pas du tout certain de ce qu'il venait d'avancer. Les secrétaires furent étonnamment silencieuses.

_Kent, vous dites ? Le Clark Kent ?!

Il se tourna vers la secrétaire afro-américaine qui venait de lui parler. Il hocha la tête.

_C'est ça. Nous avons servi ensemble, en Irak.

Devant l'air médusé des dames, Clark se demanda s'il n'avait pas fait une grosse bourde. Bruce était du genre mystérieux et paranoïaque. Est-ce que ses employés étaient au courant de ses activités militaires ?

_J'appelle Barbara, indiqua alors la brune à ses collègues.

L'afro-américaine et la blonde aux airs européens hochèrent la tête. L'afro-américaine se pencha alors vers lui.

_Ma collègue essaie de joindre sa secrétaire personnelle.

Clark hocha la tête à son tour.

_Merci.

_Est-ce que nous pouvons vous proposer de vous assoir, Monsieur Kent ? Ou un café ?

Devant l'amabilité de la blonde, Clark haussa un sourcil, surpris par leur changement de comportement à toutes.

_Non merci, ça ira. Vous… vous avez entendu parler de moi ?

L'afro-américaine secoua la tête.

_Pas vraiment. Mais il y a de ça 3 ou 4 mois, Monsieur Wayne nous a laissé personnellement une note : le prévenir immédiatement si un certain Clark Kent essayait de le joindre.

Le cœur de Clark loupa un battement et il détourna la tête, trop heureux d'entendre ça. « Prévenir immédiatement ». Bruce le faisait passer avant tout, même son boulot ? Il se sentit rougir, la chaleur envahissant son visage. Il se racla la gorge, essayant de se contenir.

_Sans indiscrétion, Monsieur Kent mais… Comment était-il ? Sur le front ?demanda la blonde.

Kent eut un sourire.

_Autoritaire. Fermé. Froid. C'est l'homme le plus respectable que j'ai jamais rencontré.

Il lui fut impossible de contenir la fierté qui transparaissait dans son sourire. Il était fier, d'avoir connu personnellement Bruce, il était encore plus fier d'être dans son giron proche et surtout, il était fier d'avoir partagé des moments si intimes avec lui. Fier, ou possessif.

_Il n'est pas si différent de maintenant, commenta l'afro-américaine, un peu déçue.

Ça n'ôta pas le moins du monde le sourire de Clark.

_Monsieur Wayne est retenu, mais Mademoiselle Gordon, sa secrétaire, va descendre pour vous voir.

Clark haussa un sourcil. Il ne voulait pas déranger tout le monde.

_Je ne pouvais pas monter la voir ?demanda-t-il.

La brune secoua négativement la tête.

_Elle tenait à venir à votre rencontre.

Quelques instants plus tard, une magnifique femme rousse à lunettes passa les portiques pour venir vers eux. Clark sut immédiatement que c'était elle, la secrétaire de Bruce. Il le sut en croisant son regard féroce et déterminé. Assurément une femme de caractère, qui devait probablement pouvoir tenir tête à son patron sans sourciller. Elle lui adressa un magnifique sourire en tendant la main devant elle.

_Monsieur Kent, je suis vraiment enchantée de vous rencontrer enfin.

Clark serra sa main, flatté. Elle avait une voix très douce et gentille.

_Merci.

Barbara Gordon reprit :

_Monsieur Wayne est absent, mais il a été prévenu de votre visite. Il m'a chargée de vous transmettre personnellement ces informations. Rejoignez-le à cette adresse demain soir à 20 heures. Le numéro annoté est son numéro personnel. Je vous serai grée de ne le communiquer à personne et de le détruire immédiatement après usage.

La voix froide et autoritaire qu'elle venait d'utiliser le perturba. Clark hocha la tête, soudainement intimidé face à elle.

_Euh bien. Merci.

Le sourire de la rouquine revint sur son visage et elle reprit d'une voix douce :

_Je vous souhaite dans ce cas une bonne journée. A bientôt, Monsieur Kent.

Elle lui serra à nouveau la main alors qu'il était encore perturbé.

_Au revoir, dit-il bien après qu'elle soit partie.

Cette femme avait été convaincue qu'elle le reverrait. Clark, lui, espérait que ça soit dans très longtemps.

14 Septembre 2010

Il était encore plus tendu que s'il se trouvait face à une bombe. Il se trouvait à quelques mètres du lieu de rendez-vous. Son cœur battait si vite, il avait tellement hâte de le voir et pourtant il était si stressé qu'on aurait dit un gamin de 16 ans à son premier rendez-vous. Clark réajusta son col de chemise à carreaux alors qu'il tournait dans ladite rue.

Une impasse. La ruelle était sombre et Clark s'arrêta, hésitant à s'engager. C'était avant de voir une fumée de cigarette s'élever dans l'air et de distinguer la silhouette dans l'obscurité. Il s'approcha, voulant être certain de ce qu'il avait sous les yeux. Dans un costume trois pièces gris perle, Bruce l'attendait, jetant sa cigarette dès qu'il l'aperçut. Il fit un pas en avant pour se trouver sous une meilleure lumière.

Clark s'arrêta à quelques pas de lui, le souffle coupé. Bruce était beau à tomber. Ses cheveux raides et noirs étaient un peu plus longs et peignés à la perfection, il était rasé de près et son regard si clair était assorti aux tons de sa tenue. Le regard intense qu'il avait le déstabilisa et Clark réalisa vraiment que Bruce était là, devant lui, en chair et en os. Bruce. Il fut saisi à la gorge par l'émotion. D'un seul coup, c'était comme s'il n'avait plus de filtre. Il ouvrit la bouche, sa voix cassée par ses sentiments :

_Salut.

Bruce s'approcha.

_Salut.

Clark sentit une larme couler sur ses joues. Il n'arrivait pas à dire si c'était dû à la joie ou à autre chose. Il l'essuya du revers de la manche en souriant.

_J'ai cru que j'allais te perdre.

Il vit Bruce faire un pas en avant. Clark lâcha sa canne et fit un pas vers lui. Ils se serrèrent comme si leur vie en dépendait.

_Je suis là grâce à toi.

Clark prit une grande inspiration dans son cou, faisant le plein de l'odeur de Bruce, mêlée à celle du tabac et d'un parfum masculin. Cette odeur et cette chaleur lui avaient manqué. Il ferma les yeux pour empêcher ses larmes de tomber alors que les mains de Bruce se resserrèrent sur sa nuque et sa veste.

Ils entendirent des éclats de voix et Bruce se détacha, ramassant sa canne au sol pour la lui donner.

_Rentrons.

Clark fronça les sourcils, récupéra sa canne alors que Bruce toquait à la porte de secours. Elle s'ouvrit presqu'immédiatement.

_Merci Jayne.

Bruce entra et Clark le suivit. Il eut la surprise de débarquer dans la cuisine d'un restaurant, au milieu de tout ce bruit et cet affolement. Il suivit Bruce, essayant de se déplacer sans trop gêner les cuisiniers. D'après leur technique et ce qu'ils préparaient, ils avaient l'air d'être très doués dans leur domaine.

Bruce passa la porte arrière du restaurant et ils atterrirent tous les deux dans un bar. Quand la porte se ferma, l'atmosphère était calme, la lumière tamisée et la douce musique donnaient une ambiance chaleureuse. Clark venait d'atterrir dans un endroit assez luxueux, ambiance années 70 et quasiment vide. Le barman était en compagnie d'un jeune homme bien habillé et au niveau des tables, il devait y avoir moins de dix personnes.

Le milliardaire passa devant le barman, le salua d'un signe de la main et prit place dans le fond, à une table isolée en se mettant contre le mur. Clark reconnaissait le choix de l'emplacement stratégique. De là, Bruce avait un œil sur les entrées et sorties de l'endroit et sur tout le monde. Il leva les yeux au ciel en le suivant difficilement entre les tables.

Clark prit place en face de Bruce, amusé et fasciné par l'endroit.

_Un bar clandestin ? Vraiment ? Je ne savais pas que ça existait encore.

Bruce étira un léger rictus.

_Ils ne sont connus que par le bouche à oreille. Ici, c'est particulier. J'ai aidé Jayne à rouvrir l'établissement. Si le restaurant est ouvert au public, le bar, ici, n'est que sur recommandation des membres.

Clark haussa un sourcil.

_Comme un genre de club ? C'est ton établissement ?

Bruce secoua la tête.

_Non. Les lieux sont à Jayne. Je n'apparais sur aucun papier officiel.

Clark étrécit les yeux, pensif alors que le barman arrivait. Ils commandèrent à boire et il attendit qu'il parte pour reprendre la conversation.

_C'est tout l'intérêt, c'est ça ? Qu'il n'y ait pas ton nom.

Bruce se contenta d'agrandir son sourire. Clark secoua la tête. Bruce et sa paranoïa. Leurs verres arrivèrent. Une bière et un verre de scotch. Inutile de préciser qui avait commandé quoi.

Ils restèrent un instant silencieux après avoir trinqué. Il n'y avait aucune tension entre eux dans ce silence, simplement une découverte de l'autre. A nouveau. Clark détaillait à nouveau Bruce. Il était obnubilé par ses cheveux, ses cheveux noirs qui étaient assez longs pour qu'il puisse y glisser ses doigts et s'y accrocher.

Il sortit de ses fantasmes quand Bruce rompit le contact visuel pour boire. Presque gêné, il se passa une main dans ses propre cheveux. Il devait rompre le silence, maintenant.

_Qu'est-ce qui s'est passé, depuis que tu as été rapatrié ?

Bruce réfléchit un instant avant de répondre.

_Je me suis remis et je suis retourné sur le terrain.

Fin. Clark eut un léger mouvement de recul face à l'intonation si froide qu'il avait prise. Il y avait quelque chose. Il y avait toujours quelque chose quand Bruce était froid face à lui alors qu'ils n'étaient que tous les deux. Personne ne pouvait les entendre. Il ne voulait donc pas en parler. Ça le blessa. Il essaya de passer outre.

_Et… tu fais quoi maintenant ?

Bruce laissa échapper un soupir. Il soutint alors son regard :

_Je dirige ma compagnie, le temps que Lucius prenne ses marques.

Lucius Fox. Clark avait déjà entendu parler de lui. Il hocha la tête. Il y eut à nouveau un temps de silence, avant que Bruce ne prenne la parole.

_Comment tu vas ?

Sa voix était devenue plus douce. Bruce s'en souciait. Non pas qu'il en ait douté, mais ça lui faisait plaisir qu'il demande.

_Je vais mieux. J'ai eu de la chance.

Clark fit une grimace au souvenir de ce qu'il avait perdu. Et ça ne concernait pas uniquement sa jambe.

_Je sais. J'ai appris pour Ollie. Je n'ai pas pu venir à l'enterrement.

La peine était clairement visible dans ses yeux clairs.

_J'irais le voir en même temps que Barry, il est en rééducation dans l'Etat d'à côté. Ou j'attendrai peut-être qu'Hal soit disponible. Il a basculé dans l'armée de l'air.

Bruce approuva. Il le savait déjà.

_J'ai appris qu'on t'avait médaillé.

Clark se souvenait de ce jour-là. On était venu lui rendre visite au centre de rééducation, alors qu'il était en pleine séance. Le général venu lui avait fait un petit discours, lui avait remis une boîte renfermant la médaille d'honneur et il était parti. Ça avait pris… 10 minutes ? Il se mit à rire en se souvenant du ridicule de la situation.

_Ils m'ont demandé si je voulais être récompensé par le Président… pour faire la promotion de la guerre en Afghanistan. Deux jours après mon réveil. Des rats.

Il rit encore en secouant la tête. Bruce fronça les sourcils.

_Qu'est-ce que tu leur as répondu ?

Clark afficha un grand sourire.

_Je leur ai dit que j'étais gay.

Bruce le scruta un instant avant d'éclater de rire. Un rire franc, naturel, qui ravissait les oreilles de Clark.

_Tu t'es finalement mis dans une case ?finit-il par dire.

Le brun gardait un rictus malicieux.

_J'étais assez en colère. J'ai dit ça pour les faire chier. Il y a toujours eu beaucoup d'homophobie au sein de l'armée, mais là c'était clairement flagrant.

Une chance qu'ils n'aient jamais été pris sur le fait. Dans le cas contraire, les conséquences auraient été graves. Très graves.

Il y eut un temps de silence durant lequel ils commandèrent à manger. Clark recommanda une autre bière et Bruce se contenta de rester sur de l'eau. Ils ne reprirent une véritable conversation que lorsque leurs plats furent apportés.

_Quels sont tes projets, maintenant ?demanda Clark.

Bruce attendit de finir de vider sa bouche pour répondre.

_Quand Lucius aura complètement repris le poste, j'irais à Quantico. Je suivrais la formation pour faire la passerelle et devenir agent du FBI.

Clark faillit s'étouffer.

_Le FBI ?!

Il vit de la colère passer dans le regard de Bruce. Un gris métallique qu'il connaissait bien.

_J'ai des choses à régler et le FBI me permettra d'y accéder.

Clark se recula dans sa chaise, sérieux.

_Quel genre de choses ?

_Rien qui ne te regarde.

Ce fut comme prendre un coup. Clark encaissa la réponse, sentant une pointe d'amertume.

_Pour en rejoindre le FBI, c'est que ça doit être une sacrée chose. Je te souhaite de bien « t'amuser » à Quantico.

Il n'avait plus faim, d'un seul coup. Bruce comprit qu'il l'avait énervé car il changea de ton :

_Je ne resterai à Quantico que pour quelques mois, peut-être un an. Ensuite… je reviendrais ici. C'est ma ville.

Ok, Clark prit carrément la mouche. Il reposa ses couverts et but plusieurs gorgées de sa bière.

_Je vois que tu as pensé à tout. J'suis ravi pour toi.

Il reprit sa bière dans le but de la descendre rapidement.

_Je t'ai vexé.

Clark lui lança un regard noir alors qu'il répondait d'un ton sarcastique :

_Bravo, tu viens d'être promu Meilleur Détective du Monde !

_Clark.

L'interpellé reposa sa bière vide alors que Bruce s'était penché en avant. Soudainement, l'air sur son visage était nerveux.

_J'ai mes raisons d'agir comme ça. Je ne peux pas t'entrainer dans ce genre de vie.

Clark se leva.

_La question est réglée. J'étais venu pour savoir où on en était tous les deux, mais tu as l'air d'avoir décidé.

Il attrapa son manteau et sa canne.

_Clark attends !

Il vit Bruce amorcer le geste pour le rattraper. Clark le menaça du regard, le freinant dans sa lancée. Il savait qu'il pouvait se montrer très menaçant. C'était apparemment très visible dans son regard. Quand Bruce retira son bras, il se calma assez vite.

_Je suis sincèrement content que tu ailles bien, Bruce. Je te souhaite… d'avoir une belle vie.

Il se retourna et se pressa pour aller payer au comptoir. Il n'avait vraiment pas l'air d'un con à vouloir fuir un valide quand il boitait encore beaucoup.

_Attends !

Clark paya en liquide, peu étonné par la ristourne qu'on venait de lui faire.

_Tu ne comprends pas.

Non, en effet, il ne comprenait pas. C'était quoi, le but de toute cette manœuvre ?! Il se dirigea vers la sortie alors que les regards étaient rivés sur eux.

_T'as raison, je ne comprends pas. J'arrive pas à savoir si j'ai compté pour toi ou pas. C'est quoi ce dîner ? Un dîner de remerciements ? Pour t'avoir sauvé la vie ?

Il fit une pause le temps de retraverser les cuisines et de passer par la sortie de secours qu'ils avaient empruntée pour entrer.

_Je t'attendais, Bruce. Au centre de rééducation. Je pensais que tu serais venu me voir. Mais laisser mes plaques et des chiffres, c'était probablement mieux. Tu n'aurais pas dû te donner autant de peine à faire ton petit jeu de piste.

Clark se dirigeait vers le bout de la rue. Bruce passa devant lui pour lui bloquer la route.

_Je me suis mal exprimé et je t'ai vexé. J'en suis désolé.

Bruce était sincère, mais Clark était une boule de colère ambulante.

_Je crois plutôt que tu as été clair. Tu ne me veux pas dans « cette vie » que tu mènes. Laisses-moi passer.

Bruce campa ferma sur sa position.

_Non.

Clark se redressa pour lui faire face. Invalide ou non, s'il devait passer par la violence, il le ferait. Son handicap l'empêchait déjà bien assez d'agir comme il le voulait, le bloquer était une bien mauvaise idée.

_Dégages.

Bruce, loin d'être impressionné par la menace, fit un pas vers lui. Leurs visages étaient proches.

_Non. Pas tant que je n'aurais pas pu m'expliquer.

Clark tiqua. C'était rare que Bruce cède si facilement alors qu'il avait été sur la réserve juste avant.

_Je t'écoute.

Bruce se recula.

_Pas ici. Viens avec moi.

L'ancien démineur hésita. Son instinct de réserve luttait contre sa curiosité.

_Viens, insista Bruce. Je te promets que je t'expliquerai.

Serrant la mâchoire, Clark le suivit.

15 Septembre 2010

Ils avaient tous les deux pris un taxi pour aller là où Bruce voulait le conduire. Clark se doutait qu'il devait l'emmener dans un endroit sûr, peut-être chez lui. A quoi pouvait bien ressembler l'appartement de Bruce ? Lui qui était si peu attaché aux objets en général, il se demandait ce que la décoration pouvait donner.

Pensif, il regarda par la fenêtre tout le long du trajet. Sa colère était retombée, mais il était toujours un peu blessé par les propos de Bruce. Il savait que l'autre tenait à lui, mais il ne comprenait pas non plus pourquoi il le rejetait de cette façon. Il était assez contradictoire et il ne savait pas vraiment sur quel pied danser, sans mauvais jeu de mots.

Ils descendirent devant un immense hôtel de luxe en pleins milieu de Times Square. Ah. Bon, finalement il ne méritait même pas de voir où habitait Bruce. Encore amer à nouveau, il suivit le milliardaire dans le hall richement décoré et ils prirent un ascenseur privé que Bruce activa avec un badge électronique et une clé supplémentaire. Waow. Niveau sécurité, on ne pouvait pas faire mieux. Puis il appuya sur le dernier étage.

La petite musique d'ascenseur très clichée combla le silence entre eux. Néanmoins, Clark pouvait voir le stress de Bruce alors qu'il serrait les poings, son visage restant neutre. Sur le coup, il repensa aux mots exacts de Bruce. Qu'est-ce qu'il avait voulu dire par « ce genre de vie » ?! Ce n'était quand même pas un baron de la drogue, un chef mafieux ou un trafiquant !? De quoi parlait-il ?

L'ascenseur arriva à destination et les portes s'ouvrirent directement sur un appartement. Très luxueux. Clark avança, parcourant du regard l'immense salon qui s'étendait devant eux. Il descendit d'une marche pour vagabonder entre les canapés rouges et ivoire, les coussins, l'îlot formé par la table et tout le reste. C'était beau, froid et… impersonnel.

Sur sa gauche, la cuisine ouverte et grande était spacieuse et permettait de cuisiner sans être coupé des invités. Sur la droite de l'appartement, il vit plusieurs portes.

_Je possède tout le dernier étage de cet hôtel.

Clark se tourna vers Bruce, stupéfait.

_Tu te fiches sérieusement de moi, hein ?

La superficie qu'il avait sous les yeux devait déjà dépasser celle du rez-de-chaussée de sa maison. Il se dirigea vers l'immense baie vitrée.

_Je fais partie des 20 plus grands fortunés des Etats-Unis d'Amérique.

La vue était magnifique. Il avait l'impression d'être au-dessus du monde. Les gens qui circulaient dans les rues étaient si petits qu'il ne pouvait distinguer leur sexe.

_Frimeur.

Il sentit alors des mains se poser sur ses hanches. Il n'avait pas entendu Bruce bouger, comme d'habitude. Il tourna la tête vers lui pour croiser son regard. Si intense, si beau. Il prit alors brusquement conscience d'une chose, alors que Bruce lui retirait sa canne de la main.

Ils étaient seuls. Seuls, coupés du monde, en civils. Il n'y avait plus aucune crainte d'être découverts, il n'y avait aucun risque d'être surpris, vus, entendus. Ce qu'il se passerait dans cet appartement allait y rester. Ils étaient libres de pouvoir faire ce qu'ils voulaient. Et cette pensée avait aussi traversé l'esprit de Bruce.

Il l'embrassa. Bruce parsemait sa bouche de baisers rapides, pressants, désireux. Encadrant son visage de ses mains, il maintenait fermement sa tête pour l'embrasser, encore et encore. Cette bouche, ces lèvres, cette odeur. Ça lui avait manqué, tellement manqué, s'en était presque un besoin de le sentir contre lui, de le toucher, de l'embrasser.

Ses mains glissèrent dans les cheveux de Bruce, si doux, c'était un réel plaisir de passer ses doigts dedans. Il adorait ses cheveux. Maintenant sa tête, il força Bruce à prolonger leurs baisers, à les approfondir, leurs corps se rapprochant l'un de l'autre, leurs mains se faisaient plus aventureuses. Clark avait besoin de sentir à nouveau la présence de Bruce, il avait besoin de lui, de son contact. C'était un fait.

Bruce le guida en continuant de l'embrasser. Clark s'appuya sur lui pour compenser le manque de force et d'équilibre qu'il n'avait pas encore récupéré et suivit ses lèvres. Bruce connaissait bien l'endroit et le guidait en marchant en arrière. Il ne décolla ses lèvres que pour se retourner et ouvrir la porte.

Clark ne prit pas la peine de découvrir à quoi pouvait ressembler la chambre à coucher de Bruce. Tout ce qui l'intéressait, c'était de retirer cette veste de costume, de défaire les boutons de sa chemise et d'entrer en contact avec sa peau. Bruce visait le même but, lui retirant sa grosse veste, sa chemise et son t-shirt.

Prudemment, Bruce aida Clark à s'assoir sur le lit puis à s'allonger. Plus stable, Clark pouvait désormais faire ce qu'il voulait du corps de Bruce, juste au-dessus de lui. Il prit un temps sur l'instant pour réaliser ce qu'il se passait. Il était dans un immense lit avec l'homme qu'il désirait tant voir dans sa vie penché sur son cou. Bruce l'embrassait délicatement, en appui au-dessus de lui avec sa main alors que la deuxième était fourrée dans ses cheveux. Sa chemise ouverte pendait sur son torse nu et la caresse du tissu augmentait son excitation. Bruce était sexy.

Clark s'accrocha aux pans de la chemise pour abaisser Bruce sur lui. La brûlure de la peau de Bruce sur la sienne le fit grogner de plaisir, de même que leurs entrejambes dures se frottaient l'une contre l'autre. Il en avait envie. Il avait affreusement envie de brûler les étapes, de se déshabiller et d'entrer en action. Mais ils n'étaient pas pressés par le temps.

Bruce reprit à nouveau ses lèvres dans un baiser plus que langoureux. Clark en profita pour promener ses mains sur toute la surface qu'il pouvait toucher, allant des cheveux jusqu'en bas de ses reins. Il pouvait sentir sous ses doigts les reliefs de ses cicatrices, chaque creux, chaque bosse, chaque imperfection de sa peau qui la rendait si unique.

Clark ferma les yeux alors que leurs lèvres se décollaient. Bruce ne put résister à son envie de parcourir son corps de ses lèvres et de sa langue. Clark mourrait subitement de chaud, même s'il était torse nu. La présence de Bruce et son contact animaient en lui un feu comme il n'en avait jamais connu. Personne ne lui avait fait autant d'effet.

_Bruce…

Sa voix rauque fit vibrer sa gorge et sa poitrine, faisant réagir Bruce alors que ses dents frôlaient sa peau. Il se retenait de faire plus, Clark en avait conscience. Ça le rendait heureux. Si heureux que Bruce réfrène ses envies pour qu'il puisse en profiter. Il agrippa sa nuque et fourra sa main dans ses cheveux, les serrant dans son poing. Bruce grogna alors qu'il descendait vers la lisière de son pantalon, forçant l'autre à lâcher prise.

_Kal.

Le corps entier de l'intéressé frissonna alors que Bruce avait les lèvres juste au-dessus de son bouton de braguette. Bruce se redressa juste assez pour se tenir sur un bras et défaire la fermeture de son pantalon. Clark l'aida à lui retirer le vêtement, s'obligeant à contenir son appréhension alors qu'il dévoilait sa jambe manquante à Bruce. Mais ce dernier ne fut pas freiné par son apparence. Au contraire, il étudia quelques secondes sa prothèse avant de la lui retirer, demandant l'autorisation du regard.

Bruce fut incroyablement délicat, dans absolument tous ses gestes et mouvements. La boule d'appréhension dans la gorge de Clark s'en alla au fur et à mesure que Bruce passait ses mains sur ses cuisses, sa bouche dangereusement proche de son caleçon.

Il attrapa le col de la chemise de Bruce et le remonta vers lui, se redressant pour lui retirer sa chemise en l'embrassant. Cette fois, leurs baisers se faisaient plus affamés, plus approfondis à nouveau. Ils ne tenaient plus, l'un comme l'autre. La chemise vola et très rapidement et le pantalon aussi. Clark n'attendit pas plus longtemps pour libérer son érection et Bruce ne manqua pas de le suivre.

Ils se contemplèrent un instant alors qu'ils étaient totalement nus. Clark repéra du regard les nouvelles cicatrices sur le corps de Bruce et les différentes colorations de sa peau. Et au centre de tout ça, impossible de louper son érection droite et humide. La sienne était dans le même état. Leurs regards se croisèrent.

_Maintenant, ordonna Clark.

Bruce ne lui répondit rien. A la place, il lui tourna le dos pour sortir de la pièce et revenir quelques instants plus tard avec un tube, probablement du lubrifiant. Il ne s'attarda pas sur ce détail. A la place, il accueillit Bruce pour l'embrasser, encore et encore, leurs corps collés l'un à l'autre.

Puis tout s'enchaina très vite. Clark sentit la sensation froide et humide du lubrifiant et la pénétration désagréable des doigts de Bruce. Ils étaient tous les deux si impatients qu'ils se pressèrent pour la préparation, leur respiration s'accélérant au rythme des gémissements de Clark. Bruce fut alors incapable de se retenir plus longtemps.

Se positionnant à son entrée, il pénétra Clark le plus lentement qu'il pouvait, grognant d'impatience alors qu'il sentait les muscles se resserrer sur son membre. L'autre, lui, lâchait un long soupir alors qu'il était envahi par un tas de sensations. Clark avait encore plus chaud, son cœur battait encore plus vite et sa respiration était saccadée. Et il n'avait qu'une idée en tête, bouger à nouveau.

Ils bougèrent vite, fort, accrochés l'un à l'autre. Bruce avait sa tête fourrée dans le cou de Clark, ses dents rappant sa peau alors qu'il bougeait adroitement son bassin. Le brun s'agrippait à son dos, enfonçant ses ongles alors qu'il était pris dans une spirale de plaisir. Clark était parti si loin qu'il ne broncha pas alors que Bruce suçait bruyamment son cou, mais il grogna de douleur et d'excitation quand il sentit les dents s'enfoncer dans sa chair.

Bruce se repositionna et attrapa la jambe valide de Clark pour se caler plus facilement. Ça signa la fin de la partie pour Clark, qui sous les coups de butor et des vagues de plaisir, jouit bruyamment sans même avoir été touché. Bruce le suivit très peu de temps après, s'écroulant à côté de lui alors qu'ils étaient à bout de souffle.

Clark flotta sur son nuage de plaisir pendant un temps indéterminé. Il se fichait de devoir atterrir. Il n'était pas pressé. Aucun d'eux n'allait nulle part et ils avaient pu profiter pleinement de ce dont ils avaient envie. Ils avaient pu coucher ensemble librement. Cette pensée lui fit lâcher un long soupir de contentement.

Il était bien. Tellement bien aux côtés de Bruce, dans ce lit aux draps sombres et doux. Il tourna la tête vers son ancien supérieur, calant sa tête sur un oreiller alors que Bruce remontait un drap sur eux. Bruce était vraiment beau. Ses cheveux en bataille lui donnaient un aspect plus rebelle et sauvage, qui ressortait si bien avec son regard mercure.

_J'espère ne pas avoir été trop brut.

La phrase de Bruce mit du temps à faire son chemin dans le cerveau de Clark. Il se massa la zone mordue, une légère douleur lui indiquant son emplacement. Face à l'inquiétude de Bruce, Clark sourit tendrement.

_Tu étais parfait.

Bruce esquissa un léger sourire.

_Tu l'es aussi.

Clark sentit le rouge lui monter jusqu'aux oreilles. Flatté et gêné, il se pencha vers Bruce pour l'embrasser avec passion. Leur baiser langoureux s'accompagna de caresses, vite freinées par Clark, dont la raison revenait au galop. Il se détacha de Bruce pour le regarder dans les yeux.

_Alors… quel est ce genre de vie que tu mènes ?

Bruce se recula légèrement. Son air sérieux revint naturellement sur son visage. Voyant que Bruce réfléchissait à ce qu'il allait dire, Clark lui laissa un temps. Il quitta le lit, s'aventura jusqu'à l'immense salle de bains pour se nettoyer et faire un passage aux toilettes puis il vint se glisser à nouveau sous les draps. Bruce prit une grande inspiration.

_J'ai merdé.

Et c'est tout. Clark écarquilla les yeux.

_C'est l'explication la plus courte et inutile du monde. Tu peux développer ?

Bruce se passa une main sur le visage en soupirant. Quelque chose le gênait. Il ne savait pas comment aborder les choses.

_Qu'est-ce que tu as fait, Bruce ?

Le concerné soupira à nouveau. Puis il se lança.

_Après mon arrivée au pays, je suis resté une semaine à l'hôpital, pour me remettre de mes blessures. On m'a forcé à rester à la base durant trois semaines. Trois semaines de mise à pieds alors que vous étiez tous là-bas.

Clark pouvait entendre la frustration dans la voix de Bruce. Il l'écouta attentivement alors qu'il reprenait.

_J'ai occupé mon temps avec la gestion de l'entreprise et je restais informé avec mes contacts sur votre situation. Puis j'ai appris ce qu'il vous était arrivé. Ollie, l'équipe, toi. Ça m'a rendu fou de rage. J'ai voulu en savoir plus sur ce qu'il s'était passé, mais je n'avais accès à aucun rapport de mission.

Bruce n'avait plus aucune expression faciale, mais son regard en disait long. Clark pouvait sentir sa frustration.

_J'ai utilisé mes relations, mon statut. Ça m'a pris des jours pour avoir accès aux informations que je cherchais. Savoir que c'était dû au Dentiste, ça m'a mis hors de moi. Je voulais te venger. Je te dois la vie, Clark. Je ne pouvais pas ne rien faire.

Bruce fit une pause et se passa une main dans ses cheveux.

_C'est là que j'ai merdé. J'ai demandé de l'aide à la CIA. Une faveur. Je voulais faire partie de l'équipe chargée de traquer le Dentiste.

Clark se redressa d'un coup. L'information était trop énorme.

_Tu as quoi ?! Attends, tu l'as eu ?!

Bruce leva la main pour le stopper dans son élan et reprit :

_Non. La CIA me voulait et me veut toujours dans leurs rangs. J'ai agi sans réfléchir aux conséquences. Je voulais trouver ce connard et vous venger. Avant de partir sur le terrain, je suis passé te voir. Ton état n'a fait que me conforter dans mes idées de vengeance. J'ai suivi la CIA en Irak. Ils avaient réussi à obtenir de ses complices son nom de code, Zod. On a cherché sa trace à Bagdad, puis en Afghanistan et au Yémen. Nous avons perdu sa trace là-bas. L'équipe a été dissoute. Les recherches se sont arrêtées.

Clark sentit sa colère monter et il fit un effort surhumain pour ne pas sortir de ses gonds. Il serra la mâchoire, attendant que Bruce reprenne. Mais il ne le fit pas. Clark avala sa salive avant de conclure.

_Tu es maintenant redevable envers la CIA, pour rien. Bon Dieu Bruce ! Ils te tiennent en laisse ! La CIA est pourrie jusqu'à la moelle ! Faire un pas chez eux, c'est se condamner à être à leur service ! Merde Bruce tu as été totalement imprudent ! Le Dentiste ou… Zod ne valait pas le coup !

Clark se ressaisit. Il ravala sa salive, serra les dents et se força à se calmer. Il plongea son regard dans les yeux de Bruce.

_Tu n'aurais pas dû faire ça pour moi.

Bruce ne répondit pas. Il ne bougea même pas d'un cil. Clark soupira, abandonnant toute colère. Il se rapprocha de Bruce et cala sa tête contre son torse.

_Tu ne me veux pas dans ta vie parce que tu as peur qu'ils m'utilisent pour faire pression sur toi.

Le bras de Bruce se referma dans son dos.

_Je ne peux pas exposer qui que ce soit à un tel risque. Ma vie est déjà compliquée avec mon image publique et mon statut dans la société. Je ne peux pas faire vivre aux autres ce genre de vie.

Clark passa sa main sur le ventre musclé de Bruce. Il suivit du bout des doigts les deux cicatrices qui lui étaient inconnues et s'attarda sur une troisième, plus importante, plus profonde. Celle de l'éclat d'obus. Cette blessure où il avait enfoncé ses plaques dans sa chair.

_Tu n'es plus militaire, non ? Est-ce que tu me voies comme quelqu'un de faible ?

Clark sentit les muscles de Bruce se contracter imperceptiblement face à la question.

_Non, bien sûr que non ! Clark tu es la personne la plus forte que je connaisse.

Il se dégagea alors pour lui faire face, le plus sérieux du monde.

_Alors donnes-moi une chance. Tu ne peux pas prendre cette décision de me rejeter pour me protéger. Tu ne peux pas ! J'en ai bavé, Bruce. Salement. Si tu tiens à moi, tu dois me donner une chance. Si tu me convaincs du contraire, alors je partirai et nos routes ne se croiseront plus.

Bruce se redressa en ouvrant la bouche, mais aucun son ne sortit. Il soupira, prit un temps pour réfléchir, puis il lui répondit :

_Si tu veux rentrer dans ma vie, tu devras faire des sacrifices. De nombreux sacrifices. Je ne pourrais jamais t'offrir la vie dont tu rêves. Je ne pourrais pas t'offrir une vie normale, avec une famille, de la tranquillité.

Bruce fit une courte pause, cachant son visage le temps de quelques secondes.

_J'avais dans l'idée de passer une dernière soirée en ta compagnie, tu avais raison. Mais… je…

Bruce ne termina pas sa phrase. Clark savait que ce qu'il avait à dire était trop personnel. Il comprenait son besoin de se préserver, de préserver ses sentiments. Il savait comment Bruce fonctionnait.

_Prends le temps d'y réfléchir, Clark. J'aimerais que l'on profite du reste de la nuit. Après ça, je te laisserai y réfléchir. Si tu veux tenter les choses, recontactes-moi. Dans le cas contraire…

Clark le coupa en hochant la tête. La conversation devenait difficile pour Bruce. Il lui donnait la possibilité de décider de ce qui allait se passer entre eux. Bruce avait sûrement dû réfléchir à tout ça depuis longtemps, mais pas lui.

_J'y réfléchirai sérieusement.

Bruce hocha la tête.

_D'accord.

Clark lui sourit. Il pouvait voir aux muscles de Bruce à quel point il était tendu. Il se rapprocha à nouveau de lui, l'embrassant avec tendresse.

Ils se serrèrent l'un contre l'autre, prenant à nouveau leur temps. Si cette soirée devait être la dernière, ils en profiteraient au maximum. Jusqu'à l'épuisement. Bruce fut celui qui rendit les armes en premier, basculant dans le sommeil aux côtés de Clark. Mais ce dernier était beaucoup trop plongé dans ses réflexions pour s'endormir malgré sa fatigue : il avait une décision importante à prendre et il se devait de tout prendre en considération. Car cette décision allait impacter sur toute sa vie.