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Je restai sur mes appréhensions, j'avais trop à faire avec la naissance prochaine de mon deuxième enfant. Il fallut choisir la future chambre du nouveau-né. J'eus la chance de constater que Drago avait réellement fait le ménage dans le manoir de sa famille. Il me semblait que l'ambiance y était nettement plus douce. Dans notre aile Est, nous avions une merveilleuse vue sur le parc. Orion nous suivit bien sûr, j'aimais le voir se lécher au pied d'une statue ou faire une sieste au soleil sur un tapis. Les poules quant à elles, vivaient dans une volière encore plus grande qu'auparavant. Narcissa fut très heureuse de nous voir et me combla d'attention. Malheureusement, elle évoquait beaucoup trop souvent mon agression à mon goût. Celle-ci semblait être le lit de la résurgence de certaines idées qui étaient censées être abolie dans la société sorcière post-guerre. Je me contentais donc de dévier les conversations sur le bonheur qui m'attendait que sur le malheur passé. Cette fois, Drago avait été présent pendant toute la grossesse, il avait véritablement hâte de rencontrer le bébé sur lequel il avait fait des projections depuis si longtemps. La grossesse ayant été complètement différente de la première, l'accouchement le fut aussi. Contrairement au premier, le travail fut long et particulièrement douloureux. Je me trouvais, exsangue, étendue sur les draps sans la moindre volonté. Mon esprit luttait pour rester éveillée, l'inconscience frappant à la porte de mon esprit. Heureusement la sage-femme me dit quoi fait et à quel moment. Ainsi lors de la dernière poussée, elle annonça :

- « Bravo, vous avez une magnifique petite fille ! »

J'eus la force de sourire, et d'enlacer ce petit être qui venait d'inspirer pour la première fois. J'étais complètement délestée de toutes mes craintes quand je la tint pour la première fois. Elle me ressemblait, et était aussi belle que dans mes rêves les plus merveilleux. En un mot, dès que je la vis, je sus que la perfection que je sentais chez Drago s'était incarnée en elle. Ses cheveux étaient d'un blond foncé intermédiaire entre la couleur de mes cheveux et celle de mon mari. Mais ses yeux ambrés étaient exactement comme les miens et fixés sur moi. Le regard plongé dans le sien, je l'enveloppais de tout l'amour maternel qu'elle méritait.

Les semaines passaient et je me rendais compte qu'elle n'avait pas du tout le même caractère que Scorpius qui était remuant et caractériel. Au contraire, dès sa naissance elle montra un calme et une tranquillité que j'eus beaucoup de mal à interpréter. Alors que mon petit garçon avait passé la majeure partie de son temps à hurler quand il ne dormait pas, elle se tenait silencieusement dans son berceau, attendant mon arrivée. Ses pleurs ne me réveillèrent la nuit que pendant deux mois, contrairement à son frère qui m'avait réveillé continuellement pendant près d'un an. C'était une enfant extrêmement agréable à vivre. Cette deuxième maternité ménagea mon visage sous lequel n'apparurent pas les longs cernes violets qui m'avaient ravagé la première fois. Je pouvais même prendre le temps d'entretenir mon corps. J'avais peur que le petit garçon se montre jaloux du bébé qui avait bouleversé nos vies et demandait énormément d'attention, mais il n'en fut rien. En réalité, il l'ignora totalement. Sous la contrainte de son père, il concédait à lui lancer un regard ou à embrasser le crâne du nourrisson. J'avais beau lui expliquer qu'il pourrait jouer avec sa petite sœur plus tard, il semblait considérer qu'elle ne grandirait jamais. Mais elle grandit. Et je la vis réaliser ses premiers pas à huit mois. Je la regardais attraper un fauteuil dans le salon et se relever en s'appuyant de ses deux mains.

Le même jour, j'eus la surprise de voir Daphnée à la porte du manoir. Elle sembla surprise de ma présence dans ma propre demeure. J'eus la sensation qu'elle avait rendez-vous avec Drago car, alors que je l'accueillais dans le hall, il descendit les gigantesques escaliers pour venir à sa rencontre. Je remarquais que j'avais eu un bon pressentiment lorsque je l'avais vue à Saint Bees évoluer dans ma maison : je n'aimais pas la manière dont mon mari posait le regard sur elle. Ses yeux faisaient naitre en moi la pique de la jalousie qui s'était tenue silencieuse jusqu'à maintenant. Il l'invita dans son bureau pour qu'ils discutent seuls. Piquée au vif, je fis une chose que je n'avais encore jamais fait : j'en profitais pour coucher ma petite Rosalie et allais écouter aux portes. Appuyée contre la porte, j'appuyais l'oreille contre le bois. Les bruits étaient étouffés, mais j'eus l'écho de la conversation suivante :

- « Ca faisait longtemps, Drago. » Commença la voix féminine de manière enjoleuse.

- « Je te rappelle que je suis un homme marié et heureux.

- Tu ne l'étais pas tant que ça il y a trois ans.

- Nous ne sommes pas là pour parler du passé, Daphnée. Viens-en au fait.

- Dommage. J'ai toujours pensé que tu aurais été mieux en ma compagnie. » Regretta-t-elle. Mais il ne répondit pas, et elle continua : « Ron a été ensorcelé. De la magie noire. Ca a fait ressortir le pire de sa personnalité. Ses plus grandes peines. Il semble que la fin de sa relation avec ta femme soit sa plus grande douleur affective puisqu'il est en boucle dessus. »

La pique ne sembla pas émouvoir mon époux qui lui demanda de continuer.

- « Bref, il est toujours dans cet état de rage. Exactement le même qu'il y a neuf mois. Et ils pensent le libérer avec pour condition qu'il ne s'approche pas d'ici. Ils ne peuvent pas le garder plus de dix mois, il n'est dangereux qu'envers elle.

- Et les autres ils en disent quoi ? Sa famille ? Le balafré ?

- Les Weasley veulent sa libération. Ils considèrent que retrouver sa famille pourrait lui changer les idées. Ils disent qu'il a toujours été gentil. En plus c'est un héros de guerre. Hermione et Harry ne se prononcent pas, il est en colère contre elle et refuse de la voir, donc… Et sa femme s'en fiche depuis qu'elle couche avec Cormack. Ce qui est ironique, c'est que Cormack a eu une histoire avec Ginny, mais ça elle n'en a pas eu vent.

- Qui a parlé à Lavande de… »

Il ne finit pas sa phrase par pudeur.

- « De l'infidélité de son mari ? C'est moi…

- Pourquoi avoir fait une chose pareille ?

- J'avais l'espoir de te retrouver, j'ai tenté ma chance.

- Tiens-moi au courant s'il sort. Ou s'il y a quoi que ce soit de nouveau. J'ai étendu les protections sur le manoir. Personne ne peut l'attaquer entre ces murs. »

J'entendis qu'elle s'approchait de lui, des pas sur le parquet. Puis un arrêt et encore une voix de femme qui déclare :

- « Pourquoi elle Drago ? Tu n'étais pas heureux avec moi ?

- Daphnée… Tu sais que je t'ai toujours appréciée. »

La pointe me transperça violement le cœur. Je me retins d'ouvrir immédiatement la porte pour lui arracher la tête, mais heureusement mon mari continua à parler.

- « Mais aucune femme ne peut être comparée à elle. Je l'aime. Dès que je l'ai vue la première fois il y a sept ans, je l'ai aimée. Elle a fait de moi un homme meilleur. J'ai changé. Je suis devenu un homme bon, pour elle. Personne ne me fera plus jamais cet effet. Je le sais. Depuis qu'elle fait partie de ma vie, je n'ai pensé qu'à elle, toujours. »

La jalousie a complètement disparue pour être remplacée par un sentiment de reconnaissance. Je sens les larmes se former dans mes yeux. Je suis touchée par les paroles de mon mari. Jamais il ne m'a fait une déclaration aussi franche. Mais je suis obligée de quitter mon poste d'écoute car j'entends Scorpius s'impatienter dans sa chambre. Je dirige donc dans la chambre de mon garçon. Les paroles que j'ai entendues plus tôt continuent de tourner dans ma tête tandis que je trouve mon fils dans son lit. Je le lève et lui propose un jeu. Près d'une demi-heure plus tard, en relevant les yeux des cubes que le petit blond manipule, je suis frappée par la vision de Drago nous observant, un sourire franc sur les lèvres. La bienveillance se lit dans son regard alors qu'il nous observe.

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