32_ breathe again

Une tasse de café se glissa dans son champ de vision et il l'attrapa, doucement, entre ses mains ; son regard s'accrocha une demi-seconde à celui de son épouse et il se retint de lui prendre un baiser, en guise de remerciement. Elle était là, et bordel ce qu'elle était importante à ses yeux. Un toussotement indiscret le tira de sa contemplation et un sourcil arqué, il se heurta à la pointe d'amusement dans les prunelles de sa meilleure amie. Ino se tenait à l'autre bout de la table, un grand sourire sur les lèvres ; elle semblait radieuse et ça, ça le rassurait.

- « tu baves, Shikamaru. » déclara-t-elle, simplement. « je comprends, je baverai sûrement moi aussi si j'étais marié à ce canon. »
- « de quoi tu parles, sérieux ? » souffla-t-il, un sourcil arqué.
- « eh, Temari. » appela-t-elle, d'une voix forte. « je n'ai pas le droit à du café, moi, bébé. »

Le rire de l'épouse du brun se heurta aux murs de la pièce, à l'instant où une boulette de papier cogna contre le visage de la douce Yamanaka. Un grognement s'échappa des lippes de la blonde et elle se tourna vers son époux, qui observait silencieusement, un fin sourire au coin des lèvres.

- « Sai. » s'exclama-t-elle. « fais quelque chose, casse lui le nez. »
- « sincèrement mon cœur, il n'y aurait eu que lui, je lui aurais cassé le nez, sans aucun souci. » répliqua l'artiste. « mais Temari me fait peur. »
- « c'est une crème, de quoi tu parles ? » souffla Ino, une moue boudeuse sur les lèvres.
- « une crème qui fait très mal. » précisa son époux, dans un hochement de tête. « je tiens à ma vie, désolé mon cœur. »

La main de la blonde s'écrasa brutalement sur la cuisse du brun, et il retint maladroitement un gémissement douloureux ; comme d'habitude, Ino non plus, ne se rendait pas compte de la force qu'elle mettait dans ses coups. Il échangea un regard entendu avec Shikamaru et croqua dans l'un des gâteaux que son épouse avait amené.

Temari tira doucement la chaise près de son époux et s'installa, une tasse de café dans les mains ; ils attendaient patiemment que le kazekage arrive. Le roux avait ordonné une réunion avec les anciens du village caché de la feuille. Elle étouffa maladroitement un bâillement et porta la tasse à ses lèvres ; Shikae commençait tout juste à faire ses dents et il se réveillait constamment la nuit, ce qui épuisait les deux adultes.

Le crissement de la porte la tira de ses pensées et elle tomba sur la silhouette de deux médecins ; Sakura et Shizune se posèrent, après les salutations. Son regard d'un bel émeraude ne parvint pas à se détacher de la rose, pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que la concerné s'en rend compte et ne lui accorde un léger sourire ; Temari s'inquiétait, elles étaient amies, après tout, mais la veuve évitait tous ses appels. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle termina le fond de sa tasse de café.

- « bonjour à tous. » lança la voix grave de Gaara.

Le roux s'enfonça dans la pièce ; derrière lui, les quelques personnes qui manquaient suivirent et bientôt, ils furent presque au complet, installés autour de cette table en bois.

- « bien, commençons. » souffla-t-il. « Konohamaru Sarutobi est absent et il ne reviendra pas, il est parti il y a une heure en direction de Kumo, pour épouser la fille d'un marchand haut placé. »
- « un mariage arrangé ? » s'exclama Temari, dans un froncement de sourcils. « tu l'as laissé s'en aller ? »
- « tu es bien placé pour savoir que je ne peux rien faire. » grogna le roux. « Konohamaru est le chef de son clan, il a accepté les conditions de son doyen. souviens-toi à quel point ça a été compliqué pour toi, quand Shikamaru t'a demandé en mariage, tous les anciens demandaient un mariage forcé avec un homme plus haut placé. »
- « c'est vraiment n'importe quoi. » marmonna-t-elle.

Et sûrement, qu'à cette table, elle n'était pas la seule à se dire ça. Qu'est-ce que ce mariage arrangé allait apporter à ce jeune homme brisé, sérieusement ? Elle était en colère, contre l'univers entier.

- « en tout cas. » commença le rouquin, en observant une certaine brune, à l'autre bout de la table. « si quelqu'un souhaite s'y opposer, si quelqu'un souhaite mettre fin à ce mariage arrangé, qu'il sache qu'il est encore parfaitement possible de rejoindre Konohamaru et qu'en tant que kazekage, je pourrais éventuellement toucher un mot au raikage. éventuellement, bien sûr. »
- « très bien. » s'exclama la sunienne. « j'y vais, alo-.. »
- « oh, tais-toi Temari et pose tes fesses sur cette chaise. » grogna son petit-frère, le regard menaçant. « avant que je me fâche. »

Les sourcils froncés, la blonde s'exécuta et observa silencieusement la scène qui se jouait sous ses yeux, sous leurs yeux à tous ; le roux portait un regard si intense sur Shizune, que la brune tentait maladroitement de regarder ailleurs, en vain. Chaque fois qu'elle tombait dans ces deux billes d'un bel émeraude qui lui hurlait tant de vérités, elle se sentait totalement fondre. Qu'était-elle censée faire ? Avait-elle le droit de faire quelque chose, au fond ?

Shikamaru n'eut aucun mal à comprendre ce qui se jouait à cet instant, il le ressentait et sûrement qu'ils le ressentaient tous, autour de cette table. La brune était tombée amoureuse du garçon et peut-être bien qu'il l'aimait en retour ; un fin sourire déforma le coin de ses lèvres et il pensa à Naruto. Le blond serait sûrement heureux d'apprendre que le petit garçon qu'il avait pris sous son aile, des années en arrière, aurait peut-être le droit à une fin heureuse.

- « tu devrais le faire. » annonça le brun, d'une voix douce. « prends la fuite, rejoins-le et dis lui. »
- « qu'est-ce que tu racontes, Shikamaru ? » interrogea la grande sœur du kazekage, les sourcils froncés. « à qui est-ce que tu parles ? »
- « et si tu n'es pas prête à mettre des mots sur ce que tu ressens, embrasse-le. » ajouta-t-il. « il comprendra, il n'est pas idiot. »
- « j-je.. » commença la brune, dans un bégaiement. « je ne-.. »
- « tiens, échangeons de chaussures ; tu ne peux clairement pas courir avec celles que tu as aux pieds. » souffla une tignasse rose.

La rose s'empressa de retirer les bottines noires qu'elle portait et les posa aux pieds de la brune, ce sourire adorable sur les lèvres. Sûrement qu'elle aurait du se mettre en route, de suite, mais Shizune fût incapable de faire un seul mouvement, son regard perdu sur les bottines au sol. Elle s'entendait encore et encore dire toutes ses choses horribles au brun, alors qu'il tentait maladroitement de prendre soin d'elle. Elle n'avait pas le droit de foutre en l'air son existence, il avait le droit au bonheur et peut-être le trouverait-il aux côtés de cette femme. Un léger tremblement la prit. Qu'était-elle censée faire?

- « bon, ça suffit. » s'exclama le roux, d'une voix colérique. « vous m'énervez tous. »

Le son de sa voix arracha plus d'un sursaut et la brune posa un regard presque apeuré sur lui ; ils ne se connaissaient pas très bien et il semblait si déterminé.

- « cet idiot ne sera pas heureux, tu m'entends ? » grogna-t-il, les sourcils froncés. « tu me prends pour un con ? tu l'aimes, je le vois ; alors mets ces fichues chaussures et vas-y, retrouve le. »
- « j-je.. » commença-t-elle, dans un souffle saccadé.
- « c'est un ordre de la part de ton kazekage. » lança-t-il, d'une voix forte. « fais-le ou tu feras un tour dans les cachots. »

Dans un tas de gestes extrêmement maladroits, la brune attrapa les bottines de son amie et les enfila ; une minute plus tard, elle s'échappait de la pièce, d'une allure effrénée. Le bruit de ses pas résonna un court instant derrière elle.

- « tu abuses de ta position, là. » lâcha Hinata, un sourire amusé au coin des lèvres. « tu ne peux pas mettre quelqu'un dans un cachot, parce qu'il refuse d'accepter ses sentiments. »

Quelques rires flottèrent dans la pièce et le roux s'installa de nouveau dans son siège, un soupir au bord des lèvres ; il détestait se mettre en colère, il n'était plus ce petit garçon, avide de sang, depuis longtemps.

- « ils ont le droit au bonheur. » répliqua-t-il, simplement. « ils ont assez souffert. »
- « je n'ai rien compris du tout. » grogna Temari, les sourcils froncés. « qu'est-ce qu'il vient de se passer ? pourquoi Shizune est-elle partie ? »
- « elle va rejoindre Konohamaru, avant que ce ne soit trop tard. » déclara la brune, aux pupilles nacrées.
- « parce qu'elle, elle a le droit et moi, non ? » s'exclama-t-elle. « je suis sûrement plus rapide, et tu le sais, Gaara. »
- « oui, mais toi, tu n'es pas amoureuse de lui. » lâcha-t-il.

Les mots du roux suffirent à Temari pour comprendre, enfin, ce qu'il s'était passé sous ses yeux ; un doux sourire effaça la colère dans les traits de son visage et elle acquiesça.

- « tu sais que je suis fière de toi, mon petit frère adoré ? » lança-t-elle.
- « ne m'appelles pas comme ça, je suis ton kazekage. » rouspéta-t-il, quelques nuances de rose sur les joues.
- « j'ai envie de te faire des bisous. » continua-t-elle. « tu deviens un homme »
- « j'ai trente-deux ans, Temari. tais-toi. »

Il se perdait encore dans cet amas de sentiments contradictoires, dans sa cage thoracique et bien qu'il repoussait sa sœur, il lui accorda un léger sourire, un qui lui hurlait ce « merci » qui lui brûlait les lèvres, depuis tant d'années. Elle le savait, au fond, il n'était pas encore très à l'aise avec ce qu'il ressentait et l'amour qu'il recevait, mais un jour, il comprendrait, elle n'en doutait pas.

Finalement, le roux avoua qu'il avait organisé cette réunion, uniquement pour que la brune accepte de se joindre à lui et qu'il puisse lui dire la vérité qu'elle se refusait ; il demanda à tout le monde de s'en aller, qu'il puisse travailler dans le calme, d'un mouvement de main, épuisé, mais amusé. Dans un hochement de tête commun, il fit comprendre à son beau-frère qu'il souhaitait lui dire quelques mots.

- « merci d'être intervenu. » le remercia le kazekage. « tu n'étais pas obligé et pourtant, tu l'as fais. tu feras un bon hokage. »
- « tu me surestimes, Gaara. » souffla le brun. « tu as bien fais, sinon elle l'aurait perdu définitivement. »
- « ce n'est pas totalement joué, il faut encore qu'elle ne fasse pas demi-tour et qu'il accepte ces sentiments, lui aussi. » lâcha-t-il.
- « tu es un bon kazekage et une personne en or. ils ne sont même pas originaires de ton village. » rappela le brun, les bras croisés sur son torse. « mais tu prends soin d'eux, tu prends soin de nous. »
- « disons que je fais en sorte que tout se passe bien, et Konohamaru était important pour lui. » avoua-t-il, une pointe de tristesse dans la voix.

Konohamaru était si important aux yeux de Naruto. Ils étaient deux frères, d'une mère différente ; et la première fois que les prunelles vertes du roux s'étaient posées sur le brun, le blond était là, tentant maladroitement de faire un mouvement, malgré la peur qui le tiraillait. Quel idiot il avait été de ne pas se rendre compte immédiatement que ce garçon changerait toute son existence. Il avait été monopolisé par cette aura sombre qui s'échappait de l'Uchiha.

- « est-ce que tu as choisi ton assistant pour konoha ? » demanda-t-il.
- « j'ai besoin d'un peu plus de temps. » avoua le brun.
- « d'accord, prends le temps qu'il te faudra. »
- « comment avance la reconstruction ? » interrogea le futur hokage.
- « plutôt bien, mes hommes se chargent de tout. » rassura le roux, un fin sourire au coin des lèvres. « rejoins donc ton épouse maintenant, avant qu'elle ne me fasse une scène. »

Un léger rire s'échappa des lippes du brun et il acquiesça ; il n'avait jamais eu de frères et sœurs, ses parents n'avaient désiré que lui, alors parfois, il se sentait rejeté de ce lien qui unissait Temari, Gaara et Kankuro. Puis il se souvenait que Naruto et Chôji étaient ses frères et qu'Ino, la douce Ino, était telle une sœur, une fleur délicate qu'il s'était juré de protéger, à peine âgé de dix ans. Il n'avait pas supporté la première fois que les larmes avaient souillé ses joues pâles.

Il salua poliment son beau-frère et s'apprêtait à s'extirper de la pièce, lorsque la voix du roux le rappela, une dernière fois.

- « oui ? » souffla-t-il, les sourcils légèrement froncés.
- « promets que si.. » commença difficilement le roux. « que si un jour, tu te sens vraiment mal et.. » il semblait chercher ses mots. « et que tu as besoin d'aide, disons.. et bah j-je suis là, d'accord ? je n'ai pas été franchement sympa au début, avec toi, mais maintenant, je suis vraiment heureux que ce soit toi que ma sœur aie choisi. alors s'il te plaît, si tu sens mal.. viens me voir, ok? »

Le brun n'était pas idiot ; la tragédie d'un certain Uchiha avait ouvert les yeux de plus d'une personne sur tous les shinobis qui étaient revenus du massacre. Il acquiesça, un fin sourire sur les lèvres.

- « promis. » lâcha-t-il. passe une bonne journée.

Et sans un mot de plus, il s'extirpa de la pièce. Sasuke Uchiha avait fait un choix, que tous les survivants témoins des atrocités tentaient maladroitement d'éloigner d'eux, donc lui-même. Shikamaru se battait constamment, alors bien qu'il aurait aimé être en colère contre le brun, il comprenait et l'acceptait ; quelque part, il était sûrement heureux pour lui, soulagé qu'il n'est plus à survivre dans un univers qui le blessait constamment depuis sa plus tendre enfance. Il regrettait simplement ne pas lui avoir tendu une main, plus tôt ; peut-être que s'il avait été assez courageux, ils seraient devenus amis, bien avant que Naruto devienne hokage.

Un soupir s'échappa de ses lèvres et il tâtonna doucement ses poches, à la recherche d'une cigarette, à l'instant où il s'extirpait de l'immeuble ; au moment où ses doigts frôlèrent la rigidité du paquet dans sa poche gauche, un poids s'accrocha joyeusement à ses jambes. Il se heurta délicieusement aux prunelles bleutées de Mitsuha et ce sourire adorable qui traînait sur ses lèvres.

- « salut, princesse. » souffla-t-il, d'une voix douce. « où est Temari? »
- « ton épouse est partie faire une course de dernière minute, elle m'a demandé de t'attendre ici, avec Mitsuha. » annonça une tignasse rose.

Le brun acquiesça et ébouriffa doucement les mèches brunes de l'enfant. Il se sentait de plus en plus proche d'elle, dans le fond, et chaque fois qu'elle l'appelait « papa », il se sentait littéralement fondre ; il se souvenait bien des premières fois où Shikadai l'avait appelé « papa » lui aussi, il avait fondu en larmes, sous les rires de son épouse.

- « tu m'as l'air épuisé. » avoua le brun.

Et il ne mentait pas. La silhouette habituellement si parfaite de la rose dégageait quelque chose de différent et les cernes qui traînaient sous ses deux billes d'un bel émeraude l'inquiétaient.

- « est-ce que tu dors assez? » questionna-t-il. « et tu manges correctement? »
- « tout va bien, docteur Nara. » souffla-t-elle, un sourire faux au coin des lèvres.
- « ne me mens pas, s'il te plaît. » répliqua-t-il, les sourcils froncés.

Les mensonges étaient pourtant légitimes, bien qu'elle était importante dans son existence, ils n'avaient jamais été réellement amis. Un soupir s'échappa des lèvres de la rose et elle passa une main maladroite dans ses mèches au ton légèrement bordélique ; Shikamaru se pencha un instant et réceptionna l'enfant dans ses bras.

- « je ne dors pas beaucoup, en fait. » se confia la rose, un arrière-goût dans la gorge. « les lits de l'hôpital sont vraiment très peu confortables, comment est-ce que vous faites, sérieux ? »
- « tu dors à l'hôpital ? » répéta le brun, un sourcil arqué.
- « oui. » souffla-t-elle. « je n'arrive pas à mettre un pied là-bas. »
- « et ta fille ? » interrogea-t-il.
- « elle non plus. elle dort avec moi, à l'hôpital ou dans la chambre d'amis d'Ino. » avoua-t-elle. « c'est compliqué pour elle. »

La perte de son paternel n'était jamais une étape facile, alors le perdre de cette façon, s'en était horrible. Il entamait la dix-septième année de son existence, lorsque son père était tombé au combat. Il s'en souvenait comme ci, c'était hier, cette fichue sensation lui collait encore à la peau.

- « elle ira bien, avec du temps. » souffla-t-il, une pointe de tristesse dans la voix. « ce qui m'inquiète, c'est toi. »
- « qu'est-ce qui est différent? » demanda-t-elle.
- « tu as vu le corps. » annonça-t-il, d'une traite. « c'est une image qui ne quitte que rarement son propriétaire et tu le sais. »

Un soupir s'échappa des lèvres de la rose et d'un geste doux, elle caressa du bout des doigts la joue de l'enfant, dans les bras du brun.

- « passe une bonne journée, Shikamaru. » répondit-elle. « toi aussi, petit ange. »

Elle fit volte-face immédiatement, après que ces mots se soient échappés de ses lèvres ; elle semblait prendre la fuite et dans l'instant, le brun se sentit si impuissant. Sûrement, que Naruto aurait su comment faire, le blond connaissait la rose par cœur, ils étaient devenus adultes ensemble ; qui était Shikamaru Nara aux yeux de Sakura Haruno ?

La douce main de Mitsuha se cogna doucement contre sa joue rugueuse et il lui adressa un sourire, la serrant contre lui ; il n'avait jamais été doué avec les mots, il tenait sûrement ça de son père. Le visage souriant de son épouse se tira d'un magasin hasardeux et cette image suffit à remettre du baume au cœur du brun, il esquissa un doux sourire à son encontre et attrapa le sac qu'elle tenait dans sa main, embrassant sa joue au passage.

Dans les environs de dix-sept heures, Shikamaru se tira jusqu'à la demeure de sa mère ; la cinquantenaire insistait constamment pour que son fils vienne lui rendre visite plus souvent et qu'il lui parle de toutes ces réunions avec le kazekage. Yoshino avait refusé la place que le roux lui offrait dans les anciens du village.

Son poing cogna doucement plusieurs fois sur le bois de la porte et un sourire déforma ses lèvres, lorsque le minois de Mirai se dessina. Les deux brunes ne se séparaient plus, la jeune Sarutobi semblait même heureuse de vivre avec la mère du brun. Les lèvres de son ancien élève claquèrent contre sa joue et il s'engouffra dans la demeure.

- « tu es en retard de deux minutes. » souffla-t-elle, une pointe de malice dans le fond de ses iris.
- « je-.. » commença-t-il, les bras croisés sur son torse.
- « tu connais mon fils. » s'exclama la voix de sa mère, dans la pièce d'à côté. « il a un tas de défauts. »
- « je suis extrêmement intelligent, ça rattrape tous mes défauts. » lâcha-t-il, amusé.

Il laissa ses chaussures dans l'entrée et rejoignit sa mère, qui traînait derrière les fourneaux ; le brun n'eut aucun mal à reconnaître le nombre incalculable de gâteaux, dans la cuisine. Les sourcils froncés, il claqua un baiser bruyant sur la joue de la brune.

- « c'est quoi tout ça ? » questionna-t-il.
- « de la nourriture, pour remonter le moral des troupes. » expliqua-t-elle. « je pensais en emmener un à Ino et à Karui.. à cette fille, aussi.. hm, elle se coiffe de deux chignons.. quel est son nom déjà? »
- « elle s'appelle Tenten, maman. » répondit le brun.
- « oui, cette petite-là. j'en amènerai un à mes beaux-fils, bien sûr et tu en prendras un avec toi, en partant. » continua-t-elle. « et bien sûr, il y en a un pour le docteur Uchiha. »

Un fin sourire naquit au coin des lèvres du brun ; sa mère était comme ça, froide aux premiers abords, mais avec un cœur si immense. Qu'aurait-il fait sans sa présence ? Dans une étreinte délicate, il passa ses bras autour des épaules de la cinquantenaire et déposa un baiser doux sur son front.

- « je suis fier d'être ton petit garçon. » avoua-t-il. « tu me rends fier tous les jours. »
- « recule-toi, idiot. » grogna-t-elle, une moue adorable sur les lèvres. « je cuisine, ça ne se voit pas? »

Le rire de Mirai se répercuta un instant entre les murs et il attrapa la tasse de café qu'elle lui tendait, un sourire sur les lèvres. Un doux parfum de pâtisserie traînait dans la pièce et il se revoyait, haut comme trois pommes, à attendre patiemment que sa mère termine la cuisine, pour goûter à l'un de ses plats aux goûts si exquis.

- « comment s'est passé la réunion ? » interrogea-t-elle, finalement.
- « très bien. la reconstruction avance bien pour le moment, selon Gaara. » souffla-t-il, en avalant une gorgée de café chaud.
- « et comment tu te sens, par rapport à ça ? » questionna la cinquantenaire. « tu te sens prêt à diriger un village ? »
- « est-ce que je suis censé être prêt? » lâcha-t-il dans un rire mal à l'aise.

Est-ce que Naruto s'était préparé, lui ? Le blond avait exaucé ce rêve d'enfant, mais lui, dans le fond, le poste ne l'avait jamais intéressé. Un boulot trop compliqué, à ses yeux. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il passa une main maladroite dans ses mèches brunes.

- « je ne suis pas prêt. » avoua-t-il, la main tremblante. « je ne sais pas si j'en suis capable. »
- « tu doutes, c'est normal Shikamaru. » répliqua sa mère. « tous les grands hokage ont sûrement doutés. »
- « et est-ce que l'un d'eux a foiré ? » demanda-t-il, effrayé. « je veux dire.. et si je mettais le village en danger avec l'une de mes décisions? comment suis-je censé savoir quoi faire? je ne suis pas dieu, bon sang. »
- « Uzumaki Naruto, non plus. » rappella-t-elle, un sourcil arqué.
- « oh, presque. » lâcha-t-il, un fin sourire maladroit au coin des lèvres. « il en était presque un. »

Un soupir s'échappa de ses lèvres ; quelque part, il aurait aimé que le blond soit là, qu'il lui dise quoi faire et comment le faire.

- « tu as choisi un assistant ? » souffla-t-elle.
- « non, pas encore. » dit-il. « au fond, je comptais sur.. » il prit une inspiration. « Sasuke Uchiha. »

Le prénom du brun entre ses lèvres le brûla légèrement. Il n'arrêtait pas de se demander si ce n'était pas de sa faute, après tout, il était allé le voir le jour même, il lui avait dit toutes ces choses ; peut-être aurait-il du ne rien faire.

- « j'étais amie avec sa maman. » avoua la cinquantenaire, une pointe de nostalgie dans le regard. « elle était tellement fière de ses deux petits garçons, Itachi et Sasuke faisaient sa fierté. j'étais amie avec la maman de Naruto, aussi. »

Il n'eut aucun mal à imaginer sa mère, plus de trente ans en moins. Il se rappelait vaguement du visage de la mère du brun et n'avait aucun souvenir de celle du blond, par contre.

- « nous voulions toutes les trois que nos fils soient de grands amis, comme nous l'étions. » souffla-t-elle, d'une voix à l'allure triste.

D'un geste délicat, elle effleura du bout des doigts la cicatrice qui barrait le visage du brun ; il ne dit rien, pourtant, il la haïssait, cette fichue trace. Elle le ramenait constamment en arrière et il se trouvait si laid, qui aurait envie d'embrasser un homme au visage défiguré ? Temari le faisait et chaque fois, il n'arrivait pas à trouver une seule once de dégoût dans son regard.

- « je n'aurais jamais imaginé qu'il n'en resterait qu'un seul, à la fin. » ajouta-t-elle, maladroitement. « elles me manquent, toutes les deux. »

Il embrassa délicatement le creux de la main de sa mère et s'empressa de prendre son paquet de cigarettes, à peine eut-il attrapé un tube de nicotine que sa mère l'attrapait.

- « maman. » grogna-t-il, les sourcils froncés.
- « va donc rejoindre Mirai dans le salon, elle aurait bien besoin de son grand-frère. » annonça la cinquantenaire, le regard sévère.
- « qu'est-ce qui se passe? » demanda-t-il, les sourcils froncés.
- « Konohamaru est parti pour Kumo, il y a quelques heures. je ne pense pas qu'elle le vit très bien. » avoua-t-elle, dans un hochement de tête à l'allure triste.

Le brun acquiesça simplement à ses mots, fourra le paquet dans la poche droite de son pantalon et s'engouffra dans le salon ; elle était là, assise sur un fauteuil et il n'eut aucun mal à comprendre qu'elle luttait tant bien que mal contre ses sentiments. Que ressentait-elle ? Il savait, dans le fond, que Konohamaru n'était pas un simple membre de son clan ; il était une famille.

- « qu'est-ce que tu lis ? ou du moins, fais semblant de lire? » questionna-t-il, en s'installant sur le rebord de la fenêtre.
- « un livre stupide pour adolescentes. » répondit-elle.
- « tu es une adolescente, non? » rappela-t-il, amusé.
- « je m'occupais tous les jours de Kakashi et Gai, penses-tu vraiment que je lisais ces torchons? » lança-t-elle, un fin sourire au coin des lèvres.

Une grimace déforma les lèvres du brun ; il en avait oublié ce point. Dès que Mirai avait atteint l'âge de se battre, Shikamaru l'avait pris sous son aile, en avait fait son élève et l'avait élevé au rang de shinobi ; mais ensuite, les deux anciens camarades du père de la brune avaient insisté pour être à ses côtés. Ils avaient pris soin d'elle, comme Asuma l'aurait fait.

- « Konohamaru est parti. » lâcha-t-elle, dans un murmure triste.
- « ne t'en fais pas pour ça. » souffla-t-il. « il reviendra bien assez vite. »
- « tu te trompes. » grogna-t-elle. « sa future épouse veut vivre là-bas, il ne reviendra pas. il m'a abandonné. quel idiot. »
- « tu as raté un épisode. » répliqua-t-il. « il se pourrait bien que le kazekage se soit occupé de cet idiot. »

Les iris pourpres de la brune se posèrent immédiatement sur son visage et silencieusement, elle lui intima de dire la suite ; elle ne comprenait pas vraiment, dans le fond. Soudainement, Konohamaru avait pris la décision de prendre pour épouse une étrangère à l'autre bout du monde et ça, ça la mettait en colère. Elle aurait aimé qu'il lui en parle, qu'ils en discutent, mais il était simplement parti.

- « Konohamaru et Shizune s'aiment. » souffla-t-il, un fin sourire au coin des lèvres. « ils sont amoureux l'un de l'autre, mais la complexité de la situation et l'idiotie des être-humains, les empêchaient de se retrouver. le kazekage a envoyé Shizune à la poursuite de ton cousin, tout se passera bien. »
- « a-attends, tu es sérieux? » bégaya-t-elle, les lèvres tremblantes.
- « oui. » répondit-il. « et j'ai confiance en eux. ils reviendront. »

Quelques perles s'échappèrent des paupières de la brune et dévalèrent ses joues, sans un bruit ; était-elle soulagée ? Il l'espérait sincèrement, il allait être le chef d'un village, il se devait de rendre heureux toutes ces personnes. Est-ce qu'il en était capable ? Peut-être pas, mais dans tous les cas, ça arriverait. Le corps de l'adolescente se heurta doucement au sien et il resserra l'étreinte qu'elle quémandait.

Un soupir s'échappa de ses lèvres, à l'instant où ses pieds frôlèrent le sol de sa demeure ; son corps était épuisé et l'atlas, déjà bien sombre, lui hurlait de tomber dans les bras de Morphée. Peut-être se faisait-il vieux, il approchait doucement de la quarantaine. Il déposa ses chaussures près de celles de son adolescent et s'engouffra dans le corridor, d'une démarche traînante. Aucun bruit ne traînait entre les murs, il n'eut aucun mal à comprendre qu'ils dormaient sûrement tous. Il poussa doucement la porte de la chambre qu'il occupait et sans prendre la peine d'allumer la lumière, se tira à l'intérieur ; un doux ronflement attira son attention sur le lit.

Le haut qu'il portait s'écrasa sur le sol, dans un bruit étouffé et il se rapprocha doucement du lit, un fin sourire sur les lèvres ; à la seconde où il se glissa sous les draps, un corps brûlant se heurta au sien.

- « hm, tu rentres tard. » grogna-t-elle, d'une voix adorable.
- « désolé, ma mère a eu beaucoup de mal à me laisser partir. » expliqua-t-il.
- « ça me rappelle le jour où tu as dit à ta mère que tu m'avais demandé d'être ta femme. » souffla-t-elle, une pointe d'amusement dans le regard.

Il se souvenait bien de ce jour, lui aussi ; jamais, il n'avait vu sa mère si vulnérable. Des bégaiements, des expressions faciales qui trahissaient ses émotions ; elle avait eu du mal à accepter le fait que son fils, la seule personne qui lui restait, s'en aille. Et pourtant, c'était lui qu'elle avait menacé le jour du mariage ; elle était venue le voir, le regard sévère et lui avait promis l'enfer s'il faisait du mal à sa future épouse. Un doux rire s'échappa des lèvres du brun et il passa un bras autour de la taille de son épouse.

- « mais je peux comprendre. » avoua-t-elle. « s'il ne me restait que Shikadai, j'aurais du mal à le laisser s'en aller, je pense. »
- « heureusement que tu as toute une panoplie de Nara. » lâcha-t-il, amusé.
- « tu es un idiot. » répliqua-t-elle, en lui volant un baiser.

Les lèvres de la blonde contre les siennes lui donnèrent envie de rester là, pour l'éternité ; tant pis pour ce fichu village, tant pis pour les autres. Il avait simplement besoin d'elle, lui. Les mains de Temari se faufilèrent dans ses mèches brunes et elle s'empressa d'arracher l'élastique qui retenait les cheveux du garçon.

- « ils sont plus longs que les miens. » souffla-t-elle.
- « je n'ai pas eu le temps de les raccourcir depuis un moment. » rappela-t-il.
- « je m'en occupe demain, si tu veux. » proposa-t-elle, en lui prenant un énième baiser. « ça fait longtemps que je ne l'ai pas fait. »

Il acquiesça et glissa ses mains dans le creux des reins de la trentenaire ; les années passaient, mais elle, elle restait si belle à ses yeux. D'un geste doux, il effleura l'une de ses joues du bout des doigts.

- « comment c'est possible d'être si belle à presque quarante ans ? » souffla-t-il, une pointe d'amusement dans les prunelles.
- « ta phrase était parfaite, jusqu'à ce que tu insinues que je suis vieille. » grogna-t-elle, un sourcil arqué.

La main de la blonde claqua doucement sur son torse ; habilement, il l'attrapa et la porta à ses lèvres, un fin sourire au coin des lippes. Il ne savait pas exactement ce que c'était, parce qu'il l'aimait entièrement, mais il était fortement possible que ce soit ce caractère qu'il l'ai séduit. Ses iris bruns s'accrochèrent une demi-seconde à l'alliance qui traînait fièrement au doigt de son épouse. Que de bons souvenirs.

- « tu as vraiment de la chance d'être aussi sexy, Shikamaru. » lâcha-t-elle. « sinon, je t'aurai déjà brisé quelque chose. »
- « que veux-tu. » répliqua-t-il. « tu as bon goût en matière d'homme. »
- « tu ne peux pas vraiment le savoir, étant donné que tu es le seul homme que j'ai fréquenté de toute mon existence. » rappela-t-elle, un sourcil arqué. « alors que toi.. »
- « qu'est-ce que tu racontes? » dit-il, dans un doux rire. « il n'y a eu que toi. »
- « peut-être, mais ce n'est pas moi ton premier amour. »

Ino l'était. Ils étaient nés à quelques heures d'intervalle, dans le même hôpital, ils avaient mûri ensemble, ils avaient partagé la perte de leurs pères sur le champ de bataille. À l'époque, alors qu'ils commençaient juste à se fréquenter, les disputes s'étaient enchaînées, à cause de ce point-là ; jeunes adultes d'à peine dix-neuf ans, Ino et lui n'avaient pas compris de suite qu'ils ne pourraient pas rester coller l'un à l'autre, des décennies entières. Chaque fois que la blonde manquait de quelque chose, se blessait, ou annonçait le besoin d'être proche de quelqu'un, il s'en occupait et inversement ; aucun mot ne s'échappait de leurs lèvres, ils se connaissaient par cœur.

Puis, un jour, Temari s'était rendu à la demeure du brun, après un long voyage de son village natal au village caché de la feuille et s'était énervée en découvrant la meilleure amie de son petit ami, simplement vêtue de ses sous-vêtements, dans le salon. La sunienne s'était fondu plusieurs fois en un amas de larmes et d'insultes, elle s'était sûrement senti trahi à cet instant.

- « non, c'est vrai. » approuva-t-il. « mais tu es le dernier, et je pense que c'est l'essentiel. parce qu'il n'y a que toi, constamment. »
- « en même temps, ça y est. tu es trop vieux pour en trouver une autre. » répliqua-t-elle, dans un petit rire mesquin.

Un soupir à l'allure amusé s'échappa des lèvres du garçon et il haussa les épaules.

- « et puis, tu es mal placé pour dire ça, Temari. » rappela le brun. « de toutes les filles que je connaissais, je n'aurais jamais cru que tu craquerais pour Uchiha Sasuke. »
- « tu triches. j'étais jeune, innocente et il est vraiment beau. » s'exclama-t-elle. « enfin.. il l'était. »

Uchiha Sasuke avait toujours eu ce petit truc d'immortel, lui aussi ; c'est sûrement pour ça que personne n'arrivait réellement à s'en rendre compte. La blonde se rapprocha de lui et quémanda une étreinte.

- « j'en reviens pas. » lâcha-t-elle. « je n'imagine pas ce que je ressentirais si c'était moi qui t'avais.. trouvé comme ça.. »

D'un geste tendre, il resserra sa prise et déposa un baiser sur le front tremblant de son épouse. Il comprenait que de telles pensées la frappent, quelques mois en arrière, ça aurait clairement pu être lui.

- « mais tu m'as sauvé. » rappela-t-il. « je suis là. »
- « je sais. » souffla la blonde. « je ne veux plus te lâcher d'une semelle. »

L'étreinte chaleureuse lui mit un peu de baume au cœur. Il mentirait s'il disait que tout allait bien, qu'il allait vraiment mieux, mais au moins, chaque fois qu'elle était près de lui, il se sentait faire un pas vers la guérison.
Il aurait juste aimé que Sasuke voit les choses de cette façon, lui aussi.

- « je suis inquiet. » lâcha-t-il, au bout de quelques minutes. « pour Sakura et Sarada. je m'inquiète vraiment. »
- « moi aussi. » avoua la blonde, dans un soupir. « j'ai essayé de lui parler, mais elle ignore tous mes appels et m'évite. »
- « tu sais qu'elle dort à l'hôpital ? » interrogea le brun. « elle n'a pas mis un pied chez eux, depuis qu'elle l'a trouvée. et Sarada dort là-bas, elle aussi ou dans la chambre d'amis chez Ino, de ce qu'elle m'a dit. je veux vraiment faire quelque chose pour elles, mais je ne sais pas quoi. Naruto aurait su, lui. »

La main délicate de son épouse glissa sur sa joue rugueuse et déposa un chaste baiser sur la commissure de ses lèvres.

- « tu sais, nous avons une chambre de libre, ici. » déclara-t-elle, un fin sourire au coin des lèvres. « même deux, si tu te décides à revenir avec moi. »
- « tu essaies de me mettre dans ton lit, là ? » lâcha-t-il, amusé.
- « peut-être, qui sa-.. »

Les lèvres de son époux sur les siennes l'empêchèrent de dire quoi que ce soit de plus.