In the end-Linkin Park


2 mars 2015

. . . . . . . .

Ils étaient enfin rentrés. Les derniers jours n'avaient pas été de tout repos.

Wanda et Peter étaient restés dans le Westchester, Sam et Clint avaient regagné leur domicile respectif et Rhodes avait repris sa place dans les rangs militaires. Logan, Bobby et Erik étaient restés avec les jumeaux, au manoir de Charles. Après tout, leur travail concernant les Radjlacks était terminé. Il était temps pour eux de réendosser leurs rôles de professeurs -pour Iceberg et Wolverine-, et celui de père -pour Erik-. L'équipe à être retournée à New-York était donc réduite. Elle comptait Tony, Steve, Natasha, Bucky, Bruce, Thor, Vision et Em. Une petite dizaine de jours s'étaient écoulés depuis la fin de leur affrontement, mais il leur restait beaucoup à faire, notamment concernant toutes les personnes qu'ils avaient sortis de North Olmsted.

La milliardaire, qui disposait de nombreux entrepôts vides depuis qu'il avait fait cesser sa production d'armes, les avait fournis au SHILED pour héberger une majeure partie des gens qui n'avaient nulle part où se rendre. Ce geste avait énormément plus à Fury, qui avait bien évidemment accepté l'offre. Avec l'aide du gouvernement, ils avaient mis en place un véritable centre d'accueil pour tous ceux qui nécessitaient d'une aide après ce qui les avait frappés. Le gouvernement, justement… Celui-ci n'avait pas mis bien longtemps avant de contacter les Avengers pour… Les réprimander, bien sûr. Comme si ce qu'ils faisaient n'était jamais suffisant. « Bah qu'ils se démerdent sans nous la prochaine fois », s'était exclamé Tony en voyant le message qu'ils avaient reçu via le directeur du SHIELD.

Les huit personnes étaient donc rentrées à la Tour Stark, ayant presque été harcelés par les journalistes une fois arrivés au pied de celle-ci, mais la sécurité avait facilement su leur frayer un chemin afin qu'ils puissent entrer sans trop de mal. Après cela, ils s'étaient tous rendus dans la salle principale, disposant des immenses baies vitrées permettant de voir l'entièreté de la ville sous ses pieds. En réalité, ils étaient neuf, et non huit à être rentrés. Sauf que le dernier avait directement été conduit au dix-neuvième étage, sans discussion. Il avait été le tout premier à arriver, Nick l'ayant déposé lui-même quelques minutes avant l'arrivée des Avengers. C'était à onze heure treize précisément que Tony avait retrouvé Pepper', qui avait sagement attendu toute la matinée son retour.

Dire qu'elle s'était fait du souci était un euphémisme. Depuis que le milliardaire était parti, elle n'avait dormi que trois ou quatre heures par nuit, étant beaucoup trop stressée, s'imaginant toutes sortes de scénarios le concernant. Lorsque la porte s'était ouverte, elle s'était littéralement jetée sur lui pour le serrer dans ses bras, tant elle avait eu peur qu'il ne lui arrive quelque chose en cours de route. Tony avait passé un bon moment à la rassurer, lui montrant qu'il allait bien, qu'il n'y avait pas le moindre problème. Elle avait beau être ravie de le revoir, elle savait qu'il risquait d'être à nouveau absent à cause des problèmes qui avaient été causés par l'attaque de North Olmsted, et qu'en tant qu'Avenger, il allait devoir prendre part à la résolution. En revanche, il lui fit la promesse qu'après cela, il essayerait de prendre sa « retraite » pour passer plus de temps avec elle, et qu'il s'en remettait aux autres pour former ceux qui s'ajouteraient éventuellement à leur équipe.

Tandis que Bruce était parti récupérer quelques-unes de ses affaire -celui-ci avait reçu une proposition de travail sur l'étude de nouveaux vaisseaux de combat sur lesquels il avait hâte de jeter un coup d'œil-, Steve et Natasha s'étaient éclipsés pour un peu discuter. Ils s'étaient dirigés tout droit vers le dix-neuvième étage -celui où avait été fabriqué Vision-, le reste du groupe ne cherchant pas à savoir pourquoi ils partaient. Là où ilse trouvait, qui plus est. L'air perdu, Bucky était resté debout, face à la fenêtre. C'était la première fois qu'il mettait les pieds dans cet endroit. Pepper' avait bien entendu demandé à Tony de lui dire de qui il s'agissait, et même s'il ne le connaissait pas spécialement, il lui avait dit qu'il s'agissait d'un allié dont elle n'avait pas à s'inquiéter. Natasha, en revanche, n'arrivait à le regarder autrement qu'avec une certaine méfiance. Em avait rejoint le Soldat d'Hiver et lui avait assuré qu'ils trouveraient un moyen de se débarrasser de ce « contrôle de l'esprit » qu'exerçait HYDRA sur lui grâce aux mots prononcés par Decker, quelques jours plus tôt, sur le pont.

Il lui avait souri, n'y croyant pas autant qu'elle mais au moins, il savait qu'en plus de Steve, il restait quelqu'un d'autre qui ne l'abandonnerait pas, livré à lui-même en pleine nature. Après cela, la mutante l'avait laissé tranquille, voyant qu'il avait besoin de passer un peu de temps seul de son côté. Elle s'était ensuite dirigée vers Thor, qui était en train de ramasser quelques-unes des affaires, les mettant dans un sac à dos en toile sombre.

-Jane ? demanda-t-elle, un sourire aux lèvres.

-En effet, répondit-il. Je t'avais bien dit que si on survivait, j'irai la voir… Et puis, c'est elle qui a appelé en premier. Deux fois, parce que je n'ai pas répondu la première fois.

-Par manque d'envie ?

-Non, je ne savais plus où j'avais rangé mon téléphone. Mais bon, je crois que le plus important soit que l'un de nous deux se soit finalement décidé à contacter l'autre… Je ne serai pas parti longtemps, alors essaye de rien faire exploser en attendant, lui lança-t-il avec un clin d'œil.

Elle lui fit une tape sur l'épaule.

-Hey, je sais me montrer calme. Parfois.

Il ferma son sac et le balança sur son épaule. Em lui déposa un baiser sur la joue pour le saluer avant qu'il ne s'en aille.

-On se revoit bientôt, ma belle, lui dit-il en la narguant, ce qui lui valut une tape sur l'épaule. D'accord, ça va, je ne t'appellerai plus comme ça.

-Y'a intérêt, Majesté

Il partit, et lorsqu'elle se retrouva seule, elle quitta à son tour la pièce et se mit à marcher dans le long couloir qui menait tout droit à l'ascenseur de la Tour. Elle avait à parler à Natasha, mais celle-ci n'était revenue depuis qu'elle et Steve s'étaient reculés du reste du groupe pour aller discuter. En chemin, elle croisa Tony, plongé dans la lecture d'un document qui ne l'intéressait visiblement pas, mais qui semblait suffisamment « officiel » pour qu'il soit obligé de s'en occuper.

-Tu ne saurais pas où je pourrais trouver Tasha, lui demanda-t-elle.

-Bah non, j'suis pas son père, répondit le concerné sans lever les yeux de sa feuille, se dirigeant tout droit vers là d'où elle venait.

Em soupira, se doutant que fidèle à lui-même, le milliardaire ne changerait pas tant que ça… Suffisamment pour qu'ils se tolèrent, mais il restait Tony Stark. Il était ainsi, et la mutante avait, avec le temps, fini par s'y faire. La deuxième personne qu'elle aperçut arpenter le même couloir fut Vision, qui semblait être en phase de découverte des lieux, où il risquait de passer pas mal de temps. Il paraissait totalement émerveillé par tout ce qui se trouvait autour de lui. Il était vrai que même pour un simple visiteur, l'endroit était déjà époustouflant, alors pour un androïde qui avait vu le jour il y a si peu de temps…

-Vision ? l'interpella-t-elle.

Contrairement à l'inventeur, l'intelligence artificielle tourna presque instantanément la tête vers elle.

-Oui, Miss Beckmann ? En quoi puis-je vous être utile ?

Elle était toujours surprise de l'entendre se montrer si courtois avec tout le monde, ce qui changeait de certaines personnes de son entourage qu'elle n'allait absolument pas citer afin d'éviter de blesser les sentiments des personnes concernées si jamais elles écoutaient…

-Je cherche Natasha. Tu ne l'aurais pas vue quelque part ? Ce n'est rien de bien important, juste une histoire de papiers qu'on va devoir remplir et remettre à Fury…

-La dernière fois que j'ai croisé Mademoiselle Romanoff, elle était en train de se diriger vers le laboratoire où vous, le docteur Banner et Monsieur Stark avez beaucoup travaillé dernièrement. Celle-ci était en compagnie de Monsieur Rogers, et tous deux paraissaient assez préoccupés par je ne sais quoi. Vont-ils bien ?

-Oh, j'imagine qu'ils sont encore légèrement secoués… On n'a pas affaire à une ville volante tous les jours. Merci beaucoup, Vision, lui répondit-elle avec un sourire.

Il inclina légèrement la tête vers l'avant, ravi d'avoir pu apporter son aide, tandis qu'Em reprit sa route vers le bout du couloir, où se trouvait l'ascenseur qui la conduirait directement au dix-neuvième étage. Elle fut encore et toujours étonnée par la rapidité de l'engin, car elle ne dut attendre que quelques secondes avant que les portes ne s'ouvrent, après qu'elle ait appuyé sur la touche l'appelant. Une fois à l'intérieur, elle pressa sur le bouton marqué du numéro « 19 » et elle sentit l'appareil se mettre en marche.

Au bout de quelques instants, les portes s'ouvrirent à nouveau, et elle posa le pied à l'étage désiré. Elle trouvait cela étrange que deux étages appartenant à un seul et même bâtiment puissent être si différent. Celui-ci était encombré de toutes sortes de machines, de prototypes de robots, de restes métalliques destinés à être réutilisés, … C'était un peu moins rangé que le reste de la Tour, mais cela n'avait jamais vraiment dérangé ceux qui y travaillaient. Au contraire, dès qu'ils y arrivaient, cela les mettait immédiatement dans l'ambiance.

Elle se dirigea vers l'endroit d'où provenaient le son de deux voix différentes, et elle reconnut facilement celle de sa collègue du SHIELD, ainsi que celle de l'Avenger originel. Elle ne mit pas très longtemps à les trouver, tous deux venaient juste de quitter le laboratoire où elle avait passé tant de temps à bosser aux côtés de Tony. Les deux personnes se tenaient sur le pas de la porte, continuant à parler, bien qu'ils eussent presque terminé leur conversation, à en juger la façon dont ils se tenaient -prêts à partir-.

Lorsqu'ils virent la mutante arriver, ils arrêtèrent de parler et la regardèrent sans rien dire.

-Je… J'espère que je ne vous dérange pas au beau milieu de quelque chose d'important, dit-elle, se rendant compte qu'elle les avait interrompus en débarquant à l'improviste.

-Non, ne t'inquiète pas, la rassura Steve. On en avait justement terminé, pas vrai, Natasha, ajouta-t-il en portant son regard sur l'espionne russe, qui affirma ses propos en faisant « oui » de la tête. Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

-Lui parler. On se calme, enchaina-t-elle rapidement en voyant leurs airs effarés, cela restera une discussion entre personnes responsables. Il n'y aura aucun dérapage. Et puis, de toutes manières, j'ai ça au cas-où, ajouta-t-elle en lui montrant son arme de service accrochée à la ceinture, reçue par le SHIELD longtemps avant.

L'autre agent parut un petit peu plus soulagée à l'entente de cette phrase, et elle se détendit légèrement.

-Si jamais tu as le moindre problème, tu n'as qu'à crier, lui dit Steve avec une pointe d'amusement dans la voix. On débarquera dans la seconde.

-Que ferais-je sans vous, mon valeureux prince charmant, répondit-elle sur le même ton amusé. Ne vous en faites pas, tous les deux, ça ira. Je ne resterai pas longtemps, de toutes façons. En revanche, Steve, si j'étais toi, j'irais jeter un coup d'œil au seizième. Je crois que Bucky va avoir besoin de pas mal de soutient, durant les prochaines semaines, voire même les prochains mois…

L'espionne perdit le faible sourire qu'elle avait eu jusque-là. Elle était effectivement « en froid » avec le Soldat d'Hiver, n'oubliant pas le fait qu'il lui avait tiré dessus à deux reprises. Cela avait beau ne pas être volontaire, elle restait cependant sur ses gardes. Les deux autres l'avaient bien remarqué, mais ils ne firent aucune remarque à ce sujet. C'est alors que Natasha tendit un paquet de feuilles à son amie, paquet qu'elle avait jusqu'à présent tenu serré contre elle.

-Le dossier, dit-elle simplement. Il est à toi.

Em tendit à son tour la main, mais au lieu de l'attraper, elle l'abaissa en regardant l'autre femme.

-Tasha, je n'en ai pas besoin, lui répondit Em.

-S'il te plait… Prends-le, insista-t-elle d'une voix plus calme qui ne lui ressemblait pas.

-J'en ai déjà parlé, je préfère ne…

-Tu devrais le lire, l'interrompit Steve en l'obligeant presque à le prendre.

Lorsqu'elle l'eut en mains, les deux autres Avengers reculèrent d'un pas pour s'assurer que celle-ci ne chercherait pas à le leur remettre dans la seconde. Em les observa tour à tour avec une certaine surprise mêlée à une once d'incompréhension, ne voyant pas où ils voulaient en venir.

-Ok, vous commencez vraiment à me faire flipper, tous les deux…

-… On se revoit plus tard, commenta simplement Natasha avant qu'elle et Steve ne prennent le chemin menant directement à l'ascenseur en marchant d'un pas rapide, pressé.

« Et après, c'est moi qui suis cinglée », pensa la mutante en secouant la tête. Après cela, elle poussa la porte vitrée qui la séparait de la pièce dans laquelle elle désirait se rendre, et après avoir soufflé un bon coup, elle mit un pied devant l'autre et entra dans celle-ci. A vrai dire, elle n'avait pas besoin d'aller dans le labo en lui-même, qui se trouvait déjà plus loin, simplement dans cette salle-si, où il y avait une table interactive, des caisses et des caisses de papiers non triés, un écran qui faisait la largeur de presque tout un mur, et bien sûr… La Panic Room. Voilà ce qui l'intéressait réellement. Tenant le dossier de la main gauche, elle fit quelques pas et alla prendre place sur l'une des deux chaises de bureaux, silencieusement, mais le regard fixe sur un point particulier ce qui se trouvait derrière le verre de la Panic Room.

-L'as-tu lu, lui demanda-t-il en désignant le dossier d'un signe de la tête.

-En quoi cela pourrait-il vous intéresser ?

-Je voulais seulement savoir si tu y avais déjà jeté un coup d'œil…

-La réponse est « non ». Et de toutes façons, je n'ai pas l'intention de l'ouvrir.

-Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre, soupira l'homme en allant s'appuyer contre un mur de sa cellule. C'est bien dommage, d'ailleurs. Toi qui as passé des années à chercher, voilà que lorsque tu obtiens enfin des réponses, tu refuses de les connaitre.

-Il n'y a qu'une seule chose que je désire apprendre sur mon passé, répliqua Em. Et malheureusement, je pense qu'il n'y a que vous qui soyez en mesure de me fournir une réponse assez complète pour me satisfaire pleinement.

-Je suis à ton écoute, lui dit Decker en la regardant. Qu'est-ce qui semble tant te préoccuper ?

-Pourquoi vous vous en êtes pris à une enfant pour vos expériences ?

Il se mit à rire doucement et baissa la tête. Malgré la situation dans laquelle il était -enfermé et sans le moindre espoir de sortie-, il avait l'air de s'amuser. Personne n'avait un jour su le cerner, tant son comportement était variable en fonction des personnes qui se trouvaient face à lui.

-Cela faisait un moment que tes capacités nous intriguaient. Nous étions au courant depuis longtemps pour les mutants, mais là… C'était une occasion inespérée. Si tu n'avais été qu'une simple « médium » … Je ne pense pas que nous nous serions penchés sur ton cas. Mais quelqu'un étant capable de contrôler la nature ? Quelque chose de si vaste et puissant… Nous en avions besoin dans nos rangs. Cependant, tu peux obtenir toutes les explications que tu attends simplement en jetant un coup d'œil à ces feuilles. Après tout, je suis certain que connaitre ta véritable identité fera remonter tes souvenirs les plus enfouis… Ceux que personne n'a jamais su atteindre en plus de vingt ans.

-Je veux que cela vienne de vous. Je ne veux pas savoir qui je suis, parce que…

-Parce que tu as peur d'être déçue, enchaina le scientifique. Oui, c'est assez… Compréhensible. Pour être tout à fait honnête avec toi, même moi, j'ignore comment tu aurais réagi en découvrant la vérité. Mal ? Bien ? Qui sait ? Seul ton esprit se souvient de ton enfance, et il n'y a que toi qui puisse récupérer ces si nombreux souvenirs… Le cerveau est quelque chose de bien étrange, dit-il en regardant dans le vide.

-Vous faisiez bien tout ce qui vous chantait avec les cerveaux de vos… Vos détenus. Vous nous avez tous détruits. Bucky le premier.

-Le sergent Barnes, parlons-en, s'exclama-t-il d'un ton enthousiaste. J'ai vu à quel point tu tenais à lui, l'autre jour, sur le pont. Après toutes ces années, vous êtes toujours prêts à vous défendre l'un l'autre, ce qui est tout à fait remarquable… Mais sache que tant qu'il ne sera pas « sevré » de ses années chez nous, vous ne pourrez jamais lui faire pleinement confiance.

-Je suis prête à prendre le risque. Et le jour viendra où cette maudite phrase n'agira plus jamais sur lui, lui lança-t-elle en repensant à la torture qu'avait dû vivre son ami, lorsqu'ils s'étaient retrouvés face à Decker sur le pont en question. Ce n'est qu'une question de temps.

-Oh, c'est vrai… La phrase… Je me dois d'avouer que j'ai toujours été stupéfait par le fait que celle que nous avions mise en place pour toi n'ait jamais fonctionné… C'en était presque décevant. Tu aurais pu devenir une incroyable « Soldat d'Hiver ».

-J'ai eu le temps de m'échapper avant.

-Et, t'en souviens-tu, de ces mots, lui demanda-t-il en étirant brièvement ses muscles endoloris.

-… Bien sûr, confirma-t-elle, tête baissée. Ce n'est pas le genre de chose qui s'efface facilement, surtout après l'avoir entendu en boucle pendant huit mois.

Decker se mit à faire les cents pas dans sa cellule, commençant à réciter quelques mots en russe, tandis que la mutante contourna la table et y déposa le document. Sans trop y faire attention, elle entendait ce qui lui déversait son ennemi. De toutes façons, cela n'avait pas d'impact sur elle, alors il pouvait bien dire ce qu'il voulait, elle s'en foutait. Mais tout ce qu'il disait lui rappelait quand même son temps enfermée chez HYDRA, ce qui n'était pas le meilleur des souvenirs à avoir. Em fixait la couverture en papier cartonnée du dossier qui lui avait été remis un peu plus tôt, la voix du scientifique lui paraissant lointaine.

-Oставление (Abandon), дверь (porte), шестнадцать (seize), цветок лилии (fleur de lys), простуда (froid), открытая гробница (tombe ouverte), двенадцать (douze), скрывать (cacher)…

Em sortit brusquement de son état de rêverie, redressa la tête et se tourna vers Decker, qui lui fit un sourire. Elle avait beau se souvenir des différents mots, les entendre être prononcés par l'homme réveilla quelque chose chez elle, mais il ignorait quoi. Elle avait l'impression qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait.

-Qu'avez-vous dit ? lui demanda-t-elle, l'incitant à répéter.

-Je savais bien que cela continuerait à t'intriguer…

-Que voulez-vous dire ?

-Tu as toujours vécue entourée de personnes qui n'ont fait que te cacher la vérité. Particulièrement l'un de ceux que tu considères comme étant désormais un ami proche… Nos amis peuvent facilement devenirs nos plus grands ennemis, en cas de problèmes majeurs…

-Je ne comprends pas.

-L'un d'entre eux a la réponse. Celle que tu cherches depuis le début. C'est assez incroyable de passer autant de temps avec quelqu'un sans savoir ce qu'il cache… Et je ne parle pas de ce ridicule dossier, ajouta-t-il en désignant le paquet de feuilles. Je parle ici d'une preuve de ce qui t'es arrivé avant que tu n'atterrisses chez nous. En Sokovie. Ce qui t'as blessée à l'épaule, et qui t'a enlevé ta main.

Em baissa les yeux en regarda brièvement sa main droite faite de métal. Elle se demandait où Decker voulait en venir.

-Personne à part vous ne sait ce qui m'est arrivé. Absolument personne.

-C'est… Presque exact. Dans ceux qui demeurent dans la confidence, il y bien évidemment moi, ton subconscient, … Ainsi que cet incapable d'Anthony Stark.

Prise de cours, elle se remit à l'observer, écarquillant les yeux. Autant affirmer que celle-là, elle ne l'avait pas vu venir…

-Je ne vous crois pas, commenta-t-elle en détournant le regard, lui faisant ensuite dos. Jamais il ne me cacherait quelque chose si important.

-Pas consciemment, en tous cas. Mais il l'a bien fait. Si jamais tu penses que je ne dis pas la vérité, je t'invite à faire un tour dans ses fichiers personnels. Et entre nous… T'ai-je déjà menti ?

Malheureusement, elle devait reconnaitre qu'il avait raison. Pas une seule fois le scientifique ne lui avait dit de mensonges quelconques. Il avait toujours été direct et honnête, et c'étaient bien là ses seules qualités, ce qui inquiétait fortement la jeune femme, qui ne savait quoi penser. Elle faisait confiance à Tony. Elle savait qu'il ne se jouerait pas d'elle avec un élément de si grande envergure, mais ce que lui avait dit Decker l'intriguait. Ainsi que la phrase « Pas consciemment, en tous cas ». Elle tenta de deviner ce que cela voulait dire, et la seule conclusion à laquelle elle arriva fut que le milliardaire détenait cette réponse sans vraiment le savoir.

-Vous essayez de me monter contre mes amis. Allez-y, essayez pour voir… Ça ne serait pas la première fois.

-Il a une preuve, redit-il. Mais bon, tu es devenue bien trop gentille pour t'immiscer dans les affaires des autres, à ce que je vois. Tu n'oserais pas fouiller dans les affaires de quelqu'un d'aussi important que lui.

-Votre psychologie inversée à la con, vous pouvez vous la garder. Et puis de toutes manières, comment pourriez-vous savoir qu'il en a une, de preuve ? C'est la première fois que vous mettez les pieds ici.

-Moi, oui. Ultron, en revanche… Il a été créé dans cette Tour, il était connecté à son réseau. En me rejoignant, c'est ainsi que j'ai pu récupérer certaines données stockées dans les ordinateurs de Stark, dont un fichier qui m'a paru assez important. En y jetant un coup d'œil, j'ai découvert qu'il en savait déjà pas mal. Allez, vas-y, ajouta-t-il en pointant la table interactive, avec laquelle on pouvait avoir accès à tout type de données. Tu sais aussi bien que moi que tu as une folle envie de regarder…

-…

-Préfères-tu courir le risque que ce que j'ai affirmé soit vrai ? Sachant que je t'ai toujours dit la vérité ? Ça ne fera de mal à personne, que tu vérifies.

Elle ne bougea pas d'un centimètre, plongée dans ses pensées. Elle n'arrivait, en revanche, pas à lire celles du scientifique. Les événements de North Olmsted l'avaient énormément affaiblie, et en général, il fallait deux ou trois semaines pour récupérer.

-Juste au cas-où, le fichier est enregistré sous « 1/9-mmhs-D.9/1 ».

Sans le lâcher des yeux, elle continuait à réfléchir. Puis, sans le moindre regret, elle s'exclama

-Friday, est-ce que ce document existe ?

-Oui, mademoiselle Beckmann, lui répondit-elle.

-Ouvre-le, poursuivit-elle, tandis que Decker aborda un sourire de victoire.

-Je crains qu'il ne soit impossible d'accès à une autre personne que monsieur Stark.

Elle comprit alors que l'homme n'avait peut-être pas tort. Pourquoi Tony scellerait-il ce dossier-là en particulier, s'il était aussi simple que les autres ? Les pares-feux de sa Tour ne suffisaient-ils pas à empêcher des hackers extérieurs de pénétrer le système ? Elle s'approcha du tableau de commandes tactile situé sur la table interactive et commença quelques manœuvres.

-Je suis capable de le faire sans ton aide, au risque de te déconnecter, Friday, alors tu as intérêt à m'ouvrir ce foutu fichier avant que je ne m'énerve.

-Désolé. Je ne suis pas autorisé à…

-Mute, lança-t-elle.

L'Intelligence artificielle n'ajouta rien, et la mutante se mit à chercher par ses propres moyens. Elle fit défiler des dizaines et des dizaines de fichiers, tous triés par leur nom, jusqu'à ce qu'elle ne tombe sur celui qu'elle cherchait. Alors qu'elle avança la main pour l'ouvrir, elle hésita. Peut-être que le scientifique situé de l'autre côté de la vitre se jouait tout simplement d'elle. Mais pourquoi lui mentirait-il maintenant, puisqu'il savait qu'il n'avait plus la moindre chance de retrouver sa liberté.

-Je te conseille également d'ouvrir ton dossier, reprit Decker. Certains détails sont susceptibles de t'intéresser, même si tu risques d'être déçue. L'avantage, en revanche, c'est que tu n'aurais probablement plus besoin de ton sérum.

Sa main droite se posa sur le paquet de feuille tendit que sa main gauche, tremblante, s'avança vers l'écran et ouvrit le fichier. Il n'y avait qu'une seule chose dedans un fichier en format mp4. Elle lança lecture, plus du tout hésitante et après avoir attrapé le dossier, elle se tourna vers le grand écran de verre fixé au mur, où s'était transférée la vidéo en question. Il y eu un petit instant de chargement durant lequel elle sentait le stress monter, puis des images apparurent enfin. Elle remarqua, grâce à la barre de temps, qu'il n'y avait qu'une dizaine de secondes à regarder, ce qui la surprit, puis elle regarda. Elle ne comprenait pas pourquoi Decker tenait tant à ce qu'elle se souvienne, mais désormais, elle y était.

Il n'y avait pas de son, mais cela n'avait pas d'importance. Les images parlaient d'elles-mêmes. Lors du premier visionnage, elle ne comprit pas. Le fichier ayant été ouvert de sorte à ce que la vidéo passe en boucle, elle recommença au début. Em pencha légèrement la tête sur le côté et fronça les sourcils. Cet endroit qu'elle voyait lui rappelait quelque chose. Elle l'avait déjà vu, mais elle ne savait dire quand, ni pourquoi, ni où cela se trouvait. La vidéo recommença et le scientifique, derrière sa vitre, observait. Ce fut lorsque la lecture se lança une troisième fois qu'elle commença à se sentir étrange. Elle eut mal au crâne, et vit comme des flashs très furtifs et lumineux. Elle ferma un instant les yeux et secoua la tête, espérant que cela chasserait sa douleur.

D'un geste rapide, elle ouvrit le dossier et tourna les premières pages, qui étaient vierges, jusqu'à ce qu'elle ne tombe sur le début des analyses. Elle tourna, encore et encore, voyant l'évolution des recherches de son ami Bruce, tandis que la vidéo continuait de tourner. Elle tomba ensuite sur une feuille un peu plus complète que les autres, et son regard survola brièvement les lignes inscrites sur celle-ci. Seulement, après avoir lu une première fois, elle du recommencer, croyant s'être trompée. Son regarda alterna ensuite entre le dossier qu'elle serrait entre ses mains et le fichier qui tournait toujours. Son mal de crâne redoubla, et elle se souvint des paroles de Charles. Il l'avait prévenue que le jour où elle se souviendrait, cela risquerait d'être douloureux à cause de tous ces souvenirs refoulés durant tant d'années.

Elle recula d'un pas, et sentit la table l'empêcher de reculer davantage. Ses mains tremblaient toujours, et elle sentit alors des larmes couler le long de ses joues. Puis elle se souvint. Elle revit ce qu'elle avait vécu plus de vingt ans plus tôt, et que son esprit avait mis de côté. Elle lâcha le dossier, dont les quelques feuilles s'éparpillèrent sur le sol carrelé. Tout lui revenait très vite. Elle se tourna vivement vers le panneau de contrôle et donna un grand coup dedans pour que la vidéo arrête de tourner, ce qui se passa. Plusieurs secondes s'écoulèrent ainsi dans le silence le plus complet. Les yeux fermés, appuyées de ses deux mains sur le rebord de la table et tête baissée, elle essaya de se calmer. Le silence fut brisé par la voix posée de Decker.

-Je t'avais prévenue… Je savais qu'au fond, tu avais besoin de savoir, mais que tu risquais de ne pas être pleinement satisfaite par la vérité. Le plus important est que tu saches, maintenant.

Em ne répondit pas. Malgré elle, elle continuait à pleurer.

-Te souviens-tu de ce mélange de neige et de feu ? De cette peur que tu as ressentie lorsque tu t'es rendue compte de ce qui t'arrivais ? De cette fureur que tu as éprouvée quand tu as aperçu que tu étais la seule à t'en être sortie ? De cette douleur qui s'est emparée de toi au moment où tu as perdu ta main ?

Elle se redressa lentement et se tourna d'un geste aussi lent vers lui. Pendant un instant, il crut revoir l'enfant qui lui avait tenu tête pendant de longs mois. Em fit quelques dernières manœuvres sur l'écran, et les mots « désactiver la sécurité » s'affichèrent, à côté d'un bouton sur lequel elle appuya après quelques instants.

- Revois-tu tous ces instants clairement dans ton esprit ? lui demanda-t-il, tandis que la porte en verre de sa cellule s'ouvrit.

Elle dégaina, pointa l'arme sur lui et lui dit, d'un ton froid

-Oui, je m'en souviens.

Puis elle tira.