Alors que les enfants se réunissaient autour du sapin de Noël à la recherche de leurs cadeaux, Allen sentait son cœur lui être arraché. Quelle faiblesse d'esprit et quel début d'égoïsme. Admirer ses enfants guillerets et aimés lui fendait l'âme à lui qui n'avait jamais réellement pu connaître cela. Comme il aimerait pourvoir jouer l'innocent enfant, avoir des parents, recevoir des cadeaux… La vie en avait décidé autrement pour lui et seul la misère s'est enchaîné à son torse. Il n'y nul plaisir pour un être des ombres comme lui. Et maintenant, alors que Mana n'est plus vraiment là, alors que Link est décédé, alors que Tom s'apprêtait à commettre une belle bêtise, Allen se sentait incroyablement vide. Son corps tremblait de froid tandis que son cœur battait dans le vide. Et pourtant ce mouvement cardiaque continuel et inutile le faisait bizarrement souffrir. Il en avait presque la migraine. En proie à une névrose d'abandon, Allen attendait inconsciemment un minimum d'affection. Mais tout le monde haïssait Allen. Il l'avait désirée, chercher toute cette haine à l'égard de sa personne. De toute façon, Allen avait Link et Link lui suffisait amplement. Néanmoins, la disparition de Link laissait plané un voile acide sur son âme.

Une tempête de glace balayait ses organes et chacune de ses cellules dans sa poitrine.

Comme il aimerait…

Juste un instant, pouvoir être…

(autre que ce lamentable vieil homme)

Pouvoir être un enfant sans histoire, étudiant paisiblement avec ses amis.

– Joyeux Noël, Professeur.

– Oh ! Miss Granger ! Vous êtes bien la seule à me le souhaiter ! Merci beaucoup. Je vous mets un optimal à votre prochaine évaluation.

– Mais Professeur cela ne se fait pas.

– Je plaisante, répondit-il d'une étrange voix morne. Dans tous les cas, vous aurez un O alors… Qu'importe.

Allen ne reçut aucun cadeau cette année. Les douceurs avaient pris fin. Allen pourrait bien oublier tout cela. Pour les quelques mois qu'il lui restait à vivre, il n'avait plus à attendre la moindre part d'affection ou de friandise venant de n'importe qui. Allen est seul maintenant.

On récolte ce que l'on a semé.

Donc si je n'ai rien alors cela signifie que je n'ai simplement rien semé.

Pour Noël, les enfants se rendirent à nouveau à St-Mangouste. Cette fois-ci ce fut l'Auror Tonks qui se chargea de les accompagner en toute sûreté. Car d'après certains, Allen était indigne de confiance ou bien trop fatigué pour travailler correctement. Ainsi, il se retrouvait seul, chez Sirius si on oublie Kreattur et Buck. Seul avec lui. Tom l'appelait. Il l'entendait. Ses soupirs naviguaient au creux de ses oreilles. Tom avait besoin de lui. Il fallait protéger l'objet mais Allen ne comptait en rien le protéger. D'ailleurs, il serait temps de le détruire. Alors, courageusement, prenant tranquillement son souffle, Allen glissa le médaillon à son cours et se prépara à rejoindre Poudlard. Dumbledore pensait qu'il avait besoin de vacances, certes mais le blandin n'avait plus une seule seconde à offrir.

Alors qu'il transplana le plus proche de l'école, il sentit son corps se décomposer et fondre en un affreux liquide abject telle la chenille dans sa chrysalide. Mais ce n'est ni un papillon ni un homme non entier qui parvint face au collège Poudlard mais bien Allen le torse étrangement couvert de brûlure.

Évitant à tout prix Ombrage, ignorant la voix qui se glissa à nouveau dans son si fragile esprit, Allen rejoignit Dumbledore dans son bureau où il fut gentiment accueilli par Timcanpy et Salieri. Il se décida à les récupérer par la même occasion. Mais doucement sa vision se teintait de noir et les ombres engourdissaient son corps, le maintenant de part en part.

– Allen ?! Que fais-tu ici ? Si jamais Ombrage…

– Où est l'épée ?!

Subitement, Allen ne parvint plus à reprendre son souffle. Son cœur accélérerait et s'accélérait sans mais prendre de pause et son front se mit à suer énormément. La créature, ce fœtus incomplet de Tom Elvis Jedusor s'agitait sans retenu et cet ignoble spectacle ne donnait à Allen qu'envie de recracher son maigre déjeuner. Et les ombres qui se peignaient sur les murs, et les voix qui crient, et la poignée de la porte qui frémissait pour une raison inconnue, et l'eau qui boue en vue de faire un thé, et Dumbledore qui le fixait avec effroi. Si seulement le temps pouvait s'arrêter, un instant au moins. Ô Dieu cruel, si jamais tu existes, comment as-tu pu permettre une chose aussi répugnante que la condition humaine ? Les Hommes ne peuvent qu'observer leurs propres décadences et déchéances du haut de leurs misérables temples infondés Soumis à la passion, à la corruption partagée entre empathie et Amour Propre, l'Homme est la créature la plus ambivalente existant et là est sa faiblesse. Finalement tous leurs actes ne résument qu'à leur égo. Alors oui, rien que pour lui, rien que sa personne, Allen aimerait que Dieu lui fasse une faveur en arrêtant le temps. Peut-être pourrait-il simplement cesser de développer la seule chronologie d'Allen Walker, cependant, face aux événements, on ne pouvait simplement stopper un individu aussi important que cet homme sinon autant arrêter le monde entier. Et la souffrance disparaîtra en même temps que les Hommes.

La douleur n'était-elle pas, après tout, une notion inventée par les Hommes pour les Hommes ?

Allen jeta face au Directeur l'exécrable médaillon. Son cœur se calma brutalement et haletant, Allen se laissa tomber sur un siège quelconque. Dumbledore le fixa d'un air troublé. Probablement ne s'attendait-il pas à ce que l'on lui ramène un tel objet aussi brusquement par hasard.

– Tu as continué ta quête d'Horcruxe malgré les congés que je t'ai accordé.

– Dont vous m'avez forcé à accepter, oui… Simplement, j'ai trouvé cet objet par hasard dans les affaires de Regulus.

– Ah… Il en est ainsi alors…

Dumbledore alla chercher l'épée et sans plus attendre face à la souffrance d'Allen brisa le médaillon. Une aura noire s'en dégagea et durant un instant, Allen crut apercevoir la silhouette de Tom qui tentait désespérément de s'agripper à sa cape. Il le vit… Cette peur dans son regard… « Je ne veux pas mourir » disait-il.

– C'est fini, Allen…

Dumbledore examina avec tristesse l'Ex-Mangemort fixait le médaillon avec crainte, le corps tremblant.

– C'est fini, dites-vous ?

– Oui.

– Non ! Ce n'est pas fini et ce ne sera jamais fini! La boucle éternelle a déjà dû faire de milliers de tours et ce ni aujourd'hui, ni demain, ni n'importe quel jour qu'elle se cassera !

Sa voix se brisa et il semblait chassé de créatures invisibles.

– Je t'ai connu plus optimiste, Allen.

— Il reste trois Horcruxes, Dumbledore.

– Et l'un serait caché à Poudlard.

– Tout à fait. Lorsqu'il était venu en quête du poste de Professeur de DCFM… Parmi les Serdaigles, il me semble. Il m'avait fait une remarque là-dessus à l'époque.

– Mais tu ne te souviens plus de quel objet il s'agissait ?

– Hé bien, il faudrait l'objet qui illustre la maison Serdaigle comme ce médaillon illustre Serpentard. Donc le Diadème. Celui qui est perdu. Il reste donc le diadème ainsi que le coupe de Poufsouffle à détruire.

– Je suis content que tu aies autant fait travailler tes méninges, mon garçon.

– Je n'ai plus réellement le temps d'attendre qu'il pleuve du chocolat, Dumbledore.

Le vieux sorcier soupira, attristé et s'en alla chercher le thé pour son invité. Du thé anglais. Le préféré de Link. Alors, Allen le but en retenant un nouveau sanglot. Tout ce qui lui remémorait Link n'était pas spécialement la bienvenue.

– Avant que tu ne partes Allen, sache que Severus devrait passer peu de temps avant la fin des vacances. Que tu ne sois pas pris au dépourvu.

– Pourquoi le serais-je ? Severus est toujours la bienvenue…

– Ne sait-on jamais. Tu es tellement imprévisible.

Vacillant, Allen se releva rapidement. Il savait qu'Ombrage se tenait non loin d'ici, prêt à l'attraper, terrible prédatrice qu'elle est. Allen ne voulait pas jouer au chat et à la souris. Alors, il quitta le bâtiment soulagé de s'être aussi facilement débarrassé d'un Horcruxe. Mais probablement qu'un événement démoralisant ne tarderait pas à venir. Il n'était jamais heureux trop longtemps.

Alors qu'il quittait le collège, il entra en collision avec un objet non identifié bien trop rose à son goût.

– Mais faites attention où vous allez ! Vous?!

– Vous ?!

Allen et Ombrage se fixèrent avec mépris puis rapidement les traits du blandin se détendirent et il sourit allègrement. Ombrage tremblait malgré elle absorbait par le néant de son regard. Seul l'enfer se noyait dans ses yeux. Sa faiblesse s'y peignait sans imposture, et une femme comme Ombrage be pouvait supporter ses propres défauts. Pas un Homme était capable de les supporter alors ce n'était pas elle-même qui y parviendrait. Puis, doucement, Allen laissa glisser ses mains le long de ses courbes et la maintint par le dos avant de commencer à valser sans attendre sa riposte. L'euphorie avait gagné son cœur sans qu'il puisse en comprendre la raison. Ainsi, il ne restait plus qu'à danser. Pas droit en avant, pied gauche sur le côté, et il l'emporte la partenaire la rendant presque sublime.

– Mais voyons, lâchez-moi !

Seul le silence lui répond. Et Allen sautille et tout comme il avait pu entraîner Alice dans une danse effrénée, il la fit voler. Mais les crapauds ne volent pas, ils sautent. Alors Allen abandonna ce mouvement et repartit dans une valse lente avant de doucement poser sa tête contre sa nuque comme à la recherche d'une protection maternelle. La moiteur de sa peau brusquement si humide, son corps en proie à des tremblements de répulsions… Allen ressent son pouls. Il en a un haut-de-cœur mais s'en cache. Dans ce brouillard faussement érogène, il fallait mieux clore ses lèvres dans un dernier sanglot de haine.

C'est de sa faute si Link a été tué.

Les chauves-souris puis Link… Probablement son petit groupe… et bientôt, ils se débarrasseront des autres minorités. D'abord Rubeus… Puis Trewlaney.

– Lâchez-moi, sale pervers !

– Est-ce réellement moi le pervers ?

Elle le poussa violemment contre le mur avant de partir en vitesse se réfugier dans son bureau les cheveux détachés.

Amusé, Allen ricana jusqu'à être réellement sorti de Poudlard et d'être en capacité de transplaner vers l'ordre de Phénix. Ils devaient tous s'inquiéter pour lui.

Bien sûr, Allen… Sais-tu que ta disparition leur fera le plus grand plaisir ?

Pourquoi me dis-tu une chose aussi cruelle ?! Permets-moi enfin de vivre dans une agréable illusion…

Et effet, personnes ne s'étaient inquiétées de son étrange disparition. Ils ne firent qu'une moue dégoûtée en l'apercevant. Allen en avait l'habitude maintenant. Cela importait peu. Cependant lorsque quelques jours après Noël, Rogue fit son entrer et fut encore plus mal accueilli. Et lorsqu'il demanda à Sirius s'il pouvait voir Harry, Allen crut que Sirius le tuerait directement. Mais il n'en fut rien et le garçon dut descendre. Évidemment, c'est avec une froideur inimaginable qu'il lui annonça qu'ils devraient tout deux partager des cours d'Occlumancie.

— Je ne pourrais pas apprendre cela avec le Professeur Walker ?

– Quoi ?! Le Professeur Dumbledore a insisté pour que ce soit moi malgré mes propres réticences, savez-vous ? Et je ne crois pas que votre professeur soit capable de vous enseigner quoique ce soit.

– Merci Severus…

Il avait répliqué de façon si morne que Severus même paraissait s'en inquiéter. Le Allen qui était arrivé en début de la treizième année de Harry aurait probablement rit de cette remarque désagréable. Mais ce n'était plus le même Allen décidément. Allen avait bien trop de personnalités différentes. Depuis le commencement de son existence, combien en avait-il enchaîné ? Cinq ? Dix ?

– Qu'importe, vous vous pliez à la volonté du directeur M. Potter, on est bien d'accord ?

– Oui, Monsieur…

– Si jamais j'apprends que tu en profites pour lui faire subir quoique ce soit, Snivellus…

– Severus ne ferait pas ça… Il n'a de temps à perdre en torture stupide sur Harry Potter.

Mais Harry savait très bien que Rogue n'en manquait pas une pour l'humilier.

– On n'a pas demandé ton avis, Allen !

– Comme c'est touchant… Votre chien s'inquiète pour votre petite personne, M. Potter…

– Vous êtes jaloux car jamais personne ne s'inquiète pour vous, vous.

Harry mit par réflexe ses mains sur sa bouche dans un hoquet de frayeur. Les mots étaient sortis sans attendre et passer par la machine cérébrale de politiquement correcte. Et maintenant, Rogue le fixait blanc de rage, les yeux démentiels.

– Calme-toi, Severus. Il n'a pas tort.

— Moi non plus, je ne vous ai pas demandé votre avis, Walker !

Soupirant, Allen se leva et emporta Rogue vers la porte. S'il laissait une seconde plus ces trois carnivores ensemble dans la même pièce, il ne saura plus reconstituer leurs différents membres lacérés.

– Lundi soir à six heures, Potter.

– Très bien.

Puis, Allen et lui sortirent enfin de la cuisine laissant Harry seul avec son parrain. Le Survivant aurait apprécié savoir ce que ses deux professeurs pouvaient bien se raconter. Cependant Sirius semblait absorbé par autre chose. Lui voulait converser tranquillement avec son filleul sans avoir à souffrir les délires d'autrui. Alors Allen et Severus… Cela ne l'importait guère.

– Alors, Harry, pas trop angoissé à l'idée de reprendre les cours ?

– Je ne veux pas revoir Ombrage. Néanmoins…

Luna.

– J'aimerais revoir mes amis, apprendre de nouveaux sorts afin de vaincre Voldemort… Tout ça, tout ça…

– Le quotidien d'Harry Potter en d'autres mots, finit Sirius dans un rire.

– Voilà.

Et pourtant, cela n'avait rien de comique.