Bonjour !

Nous retrouvons notre plante verte et sa femme qui tente de fuir le massacre perpétré par les fëanorion...

On vous laisse avec Celeborn...

Bonne lecture !

0o0o0o0

Vers Tol Sirion –

0o0o0o0

Je fuyais. A travers la sombre forêt aux arbres dénudés par l'hiver glacé, je fuyais la cité ravagée de Menegroth. J'étais accompagné par Galadriel, la jeune Elwing, quelques dignitaires et des Doriathrim, ainsi qu'une poignée de soldats dont certains avaient appartenu à la garde rapprochée du roi Dior.

Nous étions des fugitifs ayant réchappé au massacre qu'avait perpétré les fils de Fëanor, le deuxième massacre fratricide de l'histoire d'Arda et que j'espérai être le dernier. Une fois de plus, trop nombreux avaient été ceux à laisser leur vie dans la bataille qui avait fait rage dans les cavernes. Tout s'était passé si vite… et je n'avais rien pu faire.

Je n'avais pas résisté à la tentation de me retourner, juste une fois, avant que les entrelacs des branches nues n'avalent les grandes portes sculptées dans la pierre. De la fumée s'échappait des battants éventrés. Menegroth avait été ma maison pendant des centaines d'années ; je n'avais rien connu d'autre, tout comme ceux qui fuyaient à mes côtés aujourd'hui ; ce dernier regard m'avait fait comprendre que ce n'était plus ma maison désormais, que c'était un adieu que je faisais à mon berceau de toujours ; et tous mes souvenirs d'enfances avaient brûlé avec l'incendie qui avait ravagé Menegroth. Il ne devait maintenant rester que des vestiges qui seront peut-être un jour redécouverts.

A cette pensée, l'image des mes chères plantes s'imposa à mon esprit. Des larmes emplirent mes yeux, et je les mis sur le compte du vent glacial. Mes malheureuses amies avaient dû mourir dans l'incendie. Elles qui étaient si fragiles, elles n'avaient pas mérité de mourir ainsi brûlées, seules, au milieu des cavernes. Je me sentais coupable rien qu'à les imaginer agonisantes dans l'air chargé de fumée et de poussière. Mais le pire n'était pas là… La bibliothèque avait très probablement été réduite à l'état de cendres. J'imaginais les étagères et les livres s'enflammer et les flammes se répandre comme une traînée de poudre. Un craquement semblable à une étagère calcinée se brisant sous le poids de volumes anciens léchés par le feu attira mon attention et je me retournais vivement prêt à rattraper les manuscrits, mais la seule chose que j'attrapais fut la jeune Elwing qui avait trébuché sur une racine qui s'était arrachée sous le coup.

Un peu désorienté, je l'aidai à se relever et la motivai à poursuivre sa marche. En reprenant la route, elle me remerciai et continuai à marcher.

En la regardant s'éloigner en trottinant devant moi, mon regard s'attarda le Silmaril niché dans sa main. Elle n'était qu'une frêle enfant, et la responsabilité qui lui incombait avec cette tâche était bien trop lourde à porter de mon point de vue. De plus, personne ne se faisait d'illusions… Les fëanorion n'abandonneront pas leur dessein et poursuivront l'enfant, jusqu'à la mer s'il le faut. Elle était encore trop jeune, trop innocente et ignorante du monde. Elle ne méritait pas d'être ainsi poursuivie… En un sens, elle me rappelais mon élève et neveu, Thranduil, dont elle devait avoir l'âge.

Cette pensée me prit la gorge pendant que mes souvenirs du jeune garçon remontaient à ma mémoire. Tout était ancré en moi, le jour de sa naissance, notre premier cours qui avait été un désastre, nos entraînements, et notre secret… Celui que je lui avait partagé sans vraiment en connaître les répercussions. Une larme roula sur ma joue et je l'essuyais vivement avant que quiconque ne le remarque. Où était-il à présent ? Était-il parmi les cadavres qui jonchaient le sol des cavernes ou avait-il réussi à s'enfuir ? Et Oropher ? Étaient-ils seulement en vie ?

S'ils avaient perdu la vie entre les murs de Menegroth, jamais je ne pourrais me le pardonner. Ils étaient les êtres les plus chéris de mon cœur, et les perdre laisserait un vide abyssal que rien ne comblerait jamais… Après la mort de Thingol, d'Elmo, puis de Galathil, mon frère, je me retrouvais seul et abandonné, sans plus personne…

« Vous n'êtes pas seul, meleth nin, résonna la voix de Galadriel dans ma tête.

Elle était plus loin, marchant en tête du cortège; je distinguais la brillance de sa chevelure au travers l'ombre de la forêt. Une tendresse peinée m'étreignit le cœur ; elle était si brave, et je ne la méritais pas...

- Ne soyez pas si dur envers vous-même…

- Que voulez-vous ? J'ai essayé de défendre le roi, et il est mort. J'ai voulu protéger mon frère et il y a aussi laissé la vie. Et maintenant, Oropher et Thranduil sont introuvables et je crains pour leur vie. J'ai l'impression que dans toute cette histoire, je suis incapable de protéger ceux qui ont de l'importance à mes yeux. Je me sens inutile…

- Ce n'est pas vrai et vous le savez très bien. Ce n'est pas de votre faute si les fils de Fëanor nous on attaqués, vous ne pouviez rien y faire !

- J'aurai pu les sauver !

- Comment ?

- Si j'avais été plus rapide et plus fort, ils seraient encore en vie.

- Vous n'auriez rien pu faire, meleth nin… Ressasser le passé ne nous aidera pas. Concentrez-vous sur le présent et acceptez votre peine. Utilisez-la pour en faire une force et continuer à avancer. Je crois en vous…

- Je ne sais comment m'y prendre…

- Si vous ne trouvez pas le moyen, nul ne le pourra… Vous rappelez-vous ce que vous m'avez dit lorsque je souffrais de l'absence de mon frère ? Vous m'avez dit que je ne devais pas me laisser abattre… Il en va de même pour vous ; ne laisser pas leur mort détruire votre existence. Et si vous vous sentez trop coupable, vivez votre vie pleinement comme un hommage à leur mémoire.

A cette tirade je restai silencieux et interdit. Je me rappelais parfaitement le jour où nous nous étions retrouvé en haut de cette fameuse butte au-dessus de Menegroth. Le jour où elle avait finalement accepté de laisser son chagrin derrière elle. Fallait-il donc que je fasse de même ? C'était ce que Galadriel semblait vouloir me dire. Et je savais au fond de moi, qu'elle avait raison… Mais appliquer ces conseils était plus facile à dire qu'à faire. En cet instant, je savais que seul le temps saurait guérir les blessures de mon cœur.

Secouant la tête pour chasser ces pensées défaitistes de ma tête, j'allongeais le pas pour rejoindre Galadriel. En parvenant à sa hauteur, je notai un détail qui m'avait échappé jusqu'à présent. Ma dame portait dans ses bras un lourd volume qui ne m'était pas inconnu. Il s'agissait du livre qu'elle avait sauvé lors de l'attaque des Nains et que j'avais complété par mes soins, après avoir découvert qu'il retraçait l'histoire de notre monde. M'approchant d'elle, je l'interrogeai :

- Comment avez-vous récupéré ce manuscrit ?

- Il traînait sur votre bureau, je l'ai tout simplement ramassé… Ais-je eu tort ?

- Non ! me rattrapais-je. Il s'agit de l'histoire de notre peuple et probablement le seul ouvrage à avoir survécu au brasier qui à dû enflammer la bibliothèque. J'étais simplement surpris de vous voir une fois de plus avec…

- Faites-vous de l'ironie ou y a-t-il une pointe de nostalgie dans vos paroles, meleth nin ?

Je me refusais à répondre.

Dans les heures qui suivirent, nous atteignîmes la lisière de la forêt de Doriath. L'éclat du soleil blanc m'éblouit quand nous émergeâmes de l'ombre des arbres. Depuis combien de temps errions-nous dans la forêt, sans oser nous arrêter, de peur d'être pris en chasse par les débris de l'armée des fëanorion ?

Avisant un affaissement rocailleux plongeant sur le lit d'une large rivière, j'annonçai en poussant sur ma voix rauque :

- Nous nous arrêterons là pour la nuit.

Et tandis que tous les rescapés se dirigeaient vers la rivière pour s'y désaltérer ou pour se laisser tomber sur les bancs de gravier, je pris de la hauteur, sur un surplomb rocheux dominant la rivière, pour tenter de nous orienter. Galadriel, son fidèle manuscrit dans les bras, me suivit en silence.

- C'est le fleuve Sirion, indiquai-je en désignant le cours d'eau à nous pieds. Il coule vers le sud jusqu'à la mer.

- Les Havres de Sirion, acquiesça Galadriel. La cité à l'embouchure de la mer. Là-bas est Cirdan, qui fut grand ami de mon frère.

- Si nous suivons les rives du fleuve, nous y trouverons refuge, m'enflammai-je, intensément soulagé d'avoir enfin en tête un objectif à atteindre, après ces jours d'errance à l'aveugle.

Mais je déchantai quand nous revînmes parmi les autres rescapés. La plupart étaient blessés, et aucun de nous n'avions de quoi les soigner convenablement. On improvisa des bandages de fortune ; j'allais à la recherche de plantes médicinales dans les sous-bois. Les plus hardis allèrent chasser du gibier pour notre repas. La seule touche positive dans notre malheur était que nous ne manquions pas d'eau. M'immerger dans la rivière pour me débarrasser de la crasse et de l'odeur du sang qui s'accumulaient sur mon corps depuis des jours me donna la sensation de me purifier ; mais rien ne put ôter la noirceur de mon esprit assombri par les derniers événements. La plupart d'entre nous étaient dans la même état.

Avec la venue de la nuit, on alluma un feu où nous nous réunîmes, serrés les uns contre les autres comme les membres d'une même famille. Personne n'osait parler, dans le silence froid de cette nuit d'hiver. Seule Elwing, blottie contre Galadriel qu'elle semblait avoir adoptée, trouva la forcer de fredonner une courte mélodie de sa voix fluette au milieu de la nuit sombre.

Des tours de garde s'instaurèrent afin de permettre à tous de bénéficier d'un peu de repos, mais je crois que peu d'entre nous trouvèrent le sommeil, cette nuit-là. J'entendis le vent se lever. C'était une légère bise, mais avec le froid hivernal, elle était d'autant plus redoutable. Entre ses sifflements, nous entendions parfois un enfant pleurer ou deux personnes murmurer des phrases de réconforts ou des prières destinées aux Valar. Mais aucune réponse ne venait... Les étoiles restaient froides et lointaines, les eaux calmes, le ciel vide… Nous entendaient-ils seulement ? Voyaient-ils notre désespoir ? Étaient-ils au courant de ce qui se passait ? Aucun d'entre nous n'avait la réponse à cette question.

Le lendemain, à l'aube, nous enterrâmes en silence ceux qui n'avaient pas passé la nuit. Et puis nous partîmes, marchant en une longue file en suivant les rives du Sirion. Galadriel et moi menions la marche, et Elwing était entre nous deux, portant le précieux Silmaril dans une bourse de cuir pendue à son cou.

J'ignore combien de temps nous marchâmes. Combien de jours, de nuit, de semaines et de lunes. Combien des nôtres tombaient et ne se relevaient pas. Certains succombaient à leur blessure, au froid, à l'épuisement. Nous nous endormions chaque soir en ignorant si nous nous réveillerons vivants le lendemain. Galadriel se blottissait dans mes bras, et je la serrais fort contre ma poitrine, comme pour l'enjoindre de ne pas partir. Elle souriait en me caressant les cheveux. je voyais ses lèvres trembler à cause du froid, mais elle m'assurait que ce n'était rien ; elle avait connu pire. Elle avait traversé l'Helcaraxë et la neige n'avait pas eu raison d'elle.

Et puis, au fil des jours, il nous semblait que la température se faisait plus clémente alors que nous progressions vers le sud. Nous perçûmes cela comme un encouragement. Un jour, à l'horizon, se profila la lisière de la forêt de Nan Tathren.

- Nous approchons ! M'exclamai-je. Tol Sirion n'est pas loin encore !

Mais il nous fallut d'abord traverser la forêt ; cela nous pris plusieurs jours. Les arbres se ressemblaient tous et le feuillage était si épais, malgré l'hiver, que nous ne pouvions voir la lumière de la soleil. Les berges glissantes du fleuve nous obligeâmes à nous tenir à distance. La nuit, nous allumions des feux pour éloigner les bêtes qui pourraient profiter de l'ombre pour se régaler, et le jour, nous marchions sans relâche, priant pour ne pas nous tromper de direction. C'est ainsi que lorsque, à l'aube, alors que la soleil se levait à l'est, nous émergeâmes des bois et contemplâmes les plaines que le Sirion traversait, une grande joie éclata parmi les survivants.

Enfin, après plusieurs longues semaines de marche à lutter contre la faim et la fatigue qui commençait à se ressentir dans tous le groupe, l'un des soldats que j'avais envoyé en reconnaissance revint descendit la colline qui nous faisait face en criant :

- Tol Sirion ! Nous sommes arrivés ! »

A ces paroles, tous poussèrent des cris de joie et s'empressèrent de gravir la colline. Arrivés en haut, nous pûmes voir l'océan qui s'étendait à perte de vue et la citadelle dressée à l'embouchure de l'estuaire du Sirion. La cité se trouvait entre une grande plaine et au pied d'une falaise qui tombait à pic dans la mer. La colline sur laquelle nous nous tenions était située entre ces deux espaces géographique et descendait en pente douce vers la cité.

Alors que je contemplais l'océan, le cœur gonflé de joie, le vent marin s'engouffra dans mes cheveux les faisant virevolter. Je baissais les yeux sur la jeune Elwing qui se tenait debout à côté de moi. Elle gardait toujours serré entre ces doigts, le Silmaril qui luisait doucement dans l'air frais du soir. Tournant la tête vers ma gauche, je croisai le regard de Galadriel qui serrait toujours son manuscrit contre son cœur.

Nous avions réussit à atteindre notre objectif. Nous avions un nouveau foyer.


0o0o0o0


Et voilà !

Le Silmaril est arrivé à bon port, et ils vont tous avoir un temps de repos...

On espère que le chapitre vous aura plu !

A la prochaine !