CHAPITRE XXXII - Les Plumes, partie 1.
Hello hello !
J'espère que vous avez passé d'excellentes fêtes de fin d'année, et vous présente mes meilleurs voeux pour 2020 ! Merci pour vos messages, je suis très touchée !
Voilà le nouveau Chapitre… et on ne peut pas vraiment dire que « La Croisière s'amuse » à Bord du Paquebot du Red Star Alliance… n'est-ce pas ?
En tout cas, je vous laisse juger par vous-même !
On se retrouve à la fin,
Bonne lecture !
Une cuve claqua derrière la silhouette crispée de l'Auror, laissant échapper un long nuage de vapeur dans l'air froid et sec de la Salle des Machines.
Les yeux gris de Dragonneau étaient si sombres, et sa révélation si choquante, que Freya en était restée muette un instant.
Elle faillit s'étouffer une nouvelle fois en sortant de sa torpeur :
- ... Quoi ?
Une autre grimace se contracta sur le visage de Thésée, assis quelques pas en face d'elle. Sa posture était si rigide qu'elle pouvait sentir les ondes de tension émaner de ses épaules. Un autre sifflement de vapeur résonna plus loin dans la salle.
Thésée répéta avec un ton amer :
- Il s'agit de Norbert. Pas de moi.
La sorcière pouvait sentir sa propre expression défaite déformer les traits de son visage, et malgré le fait que l'air semblait se réchauffer progressivement, elle savait qu'elle était livide et tremblante. Elle déglutit difficilement alors que Dragonneau finissait par dévier son regard, devenu dur et froid, vers le sol.
Une minute de silence passa, longue, digne d'une torture. La sorcière ferma les yeux, les serrant si fort qu'elle en voyait presque des étoiles sous ses paupières. Elle secoua la tête, à la fois dans le déni et dans l'espoir de reprendre ses esprits.
Sa voix hésita, moins fort cette fois :
- Est-ce...
Thésée n'avait pas relevé la tête vers elle, mais ses yeux gris avaient glissé de nouveau dans sa direction. Son expression était distante, tout à coup indéchiffrable… mais Freya continua tout de même, réfléchissant à haute voix :
- Est-ce pour cela que vous ne vouliez pas qu'il parte au Brésil ?
Les vives images des disputes avec Dumbledore lui revinrent, ses reproches comme quoi Norbert ne pouvait y arriver seul, comme quoi ce n'était que folie de l'envoyer là-bas, son expression alors qu'il parlait du sorcier qui ne pouvait plus produire de Patronus, les moqueries de Grimmson… tout flasha dans son esprit, comme un violent soufflet.
Elle reprit avec la même hésitation :
- Parce que… les Attaques de Moremplis voudraient dire qu'il devrait utiliser-...
- Oui.
Il l'avait sèchement coupée, sûrement parce qu'il ne souhaitait pas entendre la fin de sa phrase, comme si cette dernière vérité était bien trop difficile à avouer et à avaler.
Freya voulut se redresser un peu contre la porte de la Salle, mais glissa un peu. Toujours inconfortablement assise, le dos contre le métal à présent dégoulinant de glace fondue, elle tenta de nouveau :
- Mais alors-…
- Non, à moi de vous poser une question, Nott.
Il n'avait toujours pas relevé complètement la tête vers elle, comme s'il essayait de dissimuler la sombre expression qui était dépeinte sur son visage. Ses lèvres se tordirent un peu, avec amertume, et il articula avec reproche :
- Combien d'autres rêves comme celui-ci avez-vous gardés secrets ?
Freya se figea un peu, quelque part entre culpabilité et malaise.
Cette fois-ci, il avait redressé la tête dans sa direction, il avait l'air agacé… et son ton aussi :
- Je vous rappelle que dans le cadre de notre Traité, vous-...
- Nous avions parlé des rêves qui avaient eu lieu après le Traité…
Elle l'avait coupé avec précipitation et il s'était tu, d'abord surpris ; et elle acheva sa phrase :
- …pas de ceux qui se sont produits avant.
L'expression surprise se fana un peu, laissant place à une soudaine réalisation, puis à une amertume exacerbée. Il soupira bruyamment, et passa une main sur son visage, comme s'il essayait de contenir une vilaine colère.
Il finit par lui reprocher avec un ton bas et courroucé :
- Vous jouez sur les mots, et ce n'est franchement pas-...
- Et par ailleurs, lorsque je vous raconte mes rêves, vous me demandez de ne plus en parler.
Elle n'avait pas tort, elle le savait.
Et il le savait aussi.
Mais était-ce vraiment une bonne idée d'amener le sujet de Leta Lestrange sur le tapis ?
Sûrement pas.
Une nouvelle vague de tension rigidifia les épaules de l'auror devant elle. Il grogna un peu, entre des dents serrées :
- C'est un autre sujet.
Il y eut un court instant de silence tendu, très vite interrompu par un autre claquement de machine, à l'arrière de la salle. Le bruit avait été si fort, si soudain, que Freya en avait sursauté. Les Détraqueurs n'étaient plus, elle ne ressentait plus ce nuage de noirceur, cette enveloppe de négativité, et pourtant, elle se sentait tendue.
Le piège, les Détraqueurs, la révélation sur Norbert, et cette nouvelle dispute avec Dragonneau… tout semblait encore aller de travers. Une tiédeur, agréable, revint lentement dans la pièce, et les yeux de Freya retombèrent instinctivement vers le dossier de cuir de Dragonneau, sur lequel elle aurait juré voir des fines craquelures de gel s'installer. L'auror dût suivre son regard, puisqu'il lui assura sur un ton ministériel :
- Ils ne peuvent pas en ressortir... à moins d'ouvrir le dossier, ce que je vous contrindique vivement.
Elle lui jeta un vague regard agacé avant de marmonner :
- Merci du conseil…
Mais elle ne fut même pas sûre qu'il ait entendu sa réponse sarcastique, à vrai dire, Dragonneau se relevait, frottant vaguement son pantalon gris chiné et sa veste assortie et froissée. Alors qu'elle était toujours maladroitement calée contre la porte de la salle, il lui lança un regard un peu moins courroucé, mais toujours aussi froid.
Sa voix indiqua simplement :
- Nous ne devrions pas tarder ici.
Ses yeux suspicieux balayèrent l'entièreté de la salle des machines avant de retomber dans sa direction. Freya finit par hocher la tête et, tout en tentant de se relever :
- Oui… Je suis d'accord.
Ses mains glissèrent de nouveau contre la paroi suintante derrière elle, et elle faillit lâcher une injure alors qu'elle se rendait compte à quel point ses jambes flageolaient sous son poids. Elle regarda subitement ses mains, comme si elles ne lui appartenaient pas ; elles tremblaient si fort qu'on aurait presque dit des spasmes.
Elle n'eut pas le temps de se dire quoique ce soit, que les deux mains de Dragonneau l'avaient attrapée par les épaules, la serrant dans un étau puissant, et la soulevant du sol. Alors qu'elle était à présent debout, ils échangèrent un long regard, en silence. Les mains de Dragonneau ne l'avaient pas lâchée, et son visage, tout comme ses yeux gris et intenses étaient penchés vers les siens. Freya sentait ses jambes trembler de nouveau, et se demanda vaguement s'il s'agissait du contre-coup de l'attaque des détraqueurs ou bien d'autre chose.
Dragonneau diagnostiqua vaguement :
- Ces créatures sont…
Il reprit sa phrase avec amertume :
- Vous êtes livide.
Elle posa sa main sur un de ses bras, et lui la lâcha lentement, après avoir jeté un dernier regard vers ses jambes, qui semblaient s'être stabilisées. Elle lui formula un petit sourire, plus nerveux qu'autre chose, et elle regretta avec un petit rire tendu :
- Et bien… je ne sais pas qui est derrière tout cela, mais nous avons bien failli y laisser des plumes…
L'expression devant elle durcit de nouveau.
Il la corrigea instantanément :
- Pas nous.
Il se pinça les lèvres, grimaçant, et reprit avec le même ton :
- Vous.
Freya crut qu'elle allait retomber contre le bas de la porte métallique.
Sa voix siffla :
- Que voulez-vous dire ?
Elle savait très bien ce qu'il voulait dire, mais le violent sentiment de déni espérait qu'il avait tort.
La même grimace, entre regret, inquiétude et amertume déforma ses traits.
Sa voix grave souffla avec tension :
- Si je ne vous avais pas suivie…
Il ne termina pas sa phrase, peut-être était-elle, elle aussi, le reflet d'une réalité trop difficile à avouer. Il se corrigea avec un froncement de sourcils :
- Le piège était pour vous, pas pour moi.
Il s'était éloigné sur ces mots, comme si cela allait couper court à la conversation. Et alors qu'il lui tournait le dos, qu'il commençait à ramasser un article de journal qui était tombé par terre, Freya prononça tout haut la phrase qu'il avait refusé d'articuler :
- On… voudrait me… tuer ?
Encore une autre question dont elle connaissait pertinemment la réponse.
Encore une autre question sur laquelle elle espérait se tromper.
Dragonneau s'était figé une demie-seconde, et puis, sa main finit par agripper l'article de journal avec un léger tremblement, de la colère sans doute. Toujours de dos, il lui balança sur un ton faussement quelconque :
- Ce n'est pas nouveau.
Il se tourna vers elle avec un regard aussi sombre que la nuit.
Sa voix grave articula les mots qu'elle ne voulait pas entendre :
- Rappelez-vous d'Exmoor.
Elle n'était pas franchement sûre de vouloir se rappeler d'Exmoor.
Mais, après mûre réflexion, elle réalisa qu'elle ne pouvait pas s'en rappeler… car elle ne pourrait tout simplement jamais oublier cette après-midi-là.
Jamais.
Le vacarme de son propre cri, qui lui avait arraché les poumons, encombra violemment son crâne ; les souvenirs de cette sensation de vide, cette chute, cet impact, cet affrontement avec Grimmson, le goût de son sang dans sa bouche… tout cela fut comme une seconde gifle.
En fait, ce souvenir était si violent, qu'elle en perdit l'équilibre, et qu'elle dût rappuyer son dos contre la porte en métal derrière elle pour se stabiliser.
En face d'elle, dans les yeux de Dragonneau, elle pouvait déceler le fait que lui aussi se remémorait des choses qu'il aurait préféré oublier. Il la fixait intensément, et pour camoufler sa soudaine et vive montée d'angoisse, elle se retourna brusquement, faisant mine d'essayer d'ouvrir la porte contre laquelle elle s'était presque effondrée.
Elle essaya tout : pousser, tirer, un sort, un deuxième… rien ne fonctionna.
Et alors qu'elle sentait encore le lourd regard de Dragonneau dans son dos, elle balbutia pitoyablement :
- La porte est toujours ensorcelée.
Alors qu'elle n'osait toujours pas se retourner, de peur de montrer son visage défait et vulnérable, elle l'entendit soupirer sombrement :
- Nous trouverons une autre issue.
Et puis, il ne dit plus rien.
Freya ne pouvait entendre que les cliquetis acharnés d'une machine à quelques mètres d'eux, et le bourdonnement d'une autre, au fond de la salle… et puis, il y avait ces bruits, ces bruissements de feuilles de papier qui attiraient son attention.
En se retournant, elle comprit.
Dragonneau avait complètement vidé son dossier de cuir avant d'y emprisonner les viles créatures. Tous les articles, les cartes, les photos, les prises de notes et autres documents confidentiels étaient éparpillés au sol, le recouvrant presque entièrement par endroits.
Dragonneau semblait pressé de tout ramasser, et il les fourrait dans l'intérieur de sa veste, au fur et à mesure qu'il les collectait. Freya regarda sa mine grave un instant avant de s'avancer et de s'agenouiller à quelques pas de lui. Elle lui murmura vaguement :
- Laissez-moi vous aider.
Elle n'était même pas sûre qu'il l'ait entendue puisqu'il n'avait pas réagi.
Elle ramassa un article du Naufrage de 1904, celui responsable du décès de sa Tante, Isadora Fawley, et puis, un autre article sur les Attaques de Moremplis en Amérique du Sud, et puis…
Freya se stoppa dans son geste.
La couverture rouge et familière de Sortilèges était là, dans sa paume, sous ses yeux. Le magazine qui suggérait que Norbert Dragonneau allait épouser Leta Lestrange, son amour d'enfance. En face d'elle, les bruissements de papier se stoppèrent subitement, et en relevant les yeux, elle se rendit compte que Dragonneau fixait la couverture rouge avec une mine sombre.
Sa question s'échappa de sa gorge avant même qu'elle ait pu y réfléchir d'autant plus :
- Pourquoi... gardez-vous cet article ?
Pas de réponse.
Thésée lui lança un regard faussement désintéressé, et après ce qui ressemblait à un effort surhumain, il arracha son regard de la couverture rouge et fit mine de ramasser d'autres paperasses. Sa poigne sur les papiers fraichement collectés était si dure tout à coup, qu'il les froissait presque.
Les yeux bleus de Freya retombèrent sur la photo de couverture, où Lestrange, radieuse, souriait au bras d'un Norbert mal à l'aise. Elle se pinça les lèvres avant de reprendre prudemment :
- Vous... ne croyez pas honnêtement à ce qu'a raconté Grindelwald, n'est-ce pas ?
Toujours pas de réponse, elle détailla son propos :
- Ce qu'il a dit à propos du fait que Lestrange aimait Norbert et pas v-...
- Je me rappelle de ce qu'il a dit.
Sa voix grave avait entamé sa phrase, comme l'aurait fait un véritable couteau.
Et puis, ses yeux gris, reflétant une glaciale furie, tombèrent vers la couverture rouge, et il le lui arracha sèchement des mains. Freya ne dit rien, elle le regarda fourrer vivement le magazine dans l'intérieur de sa veste, où d'autres paperasses se froissaient déjà. La mine de l'Auror devant elle était si amère, si froide, qu'elle regretta instantanément la maladresse de sa question.
Après un court moment de silence, durant lequel Freya n'avait pas osé bouger, Dragonneau se mordit la lèvre et avec un soupir, releva ses yeux gris et reprochants vers elle.
Sa bouche se contracta avant qu'il ne prononce avec aigreur :
- Vous avez le chic pour entamer des discussions épineuses au mauvais moment, Nott.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre à ce reproche, puisqu'il attrapait vaguement les derniers papiers qui jonchaient le sol et lui tourna une nouvelle fois le dos.
Le silence revint, et puis, Freya finit par se lever, un peu mal à l'aise et coupable.
Ses yeux bleus se dirigèrent vaguement vers la grande porte de métal, encore ensorcelée, et sa voix souffla brièvement :
- J'espère que Will va bien…
Elle ne pensait pas que Thésée l'entendrait, car elle avait parlé si peu fort qu'elle s'était à peine entendue elle-même. Elle entendit un claquement de langue agacé derrière elle, et alors qu'elle se tournait vers l'Auror, elle retomba sur son visage sombre.
Il s'était relevé à son tour, et tentait de faire rentrer les papiers qui dépassaient maladroitement de l'intérieur de sa veste grise. Son regard gris était resté froid, légèrement plissé entre reproche et suspicion :
- Votre Will me parait bien suspect.
Elle allait contester, mais il la coupa dans son élan avec une expression d'autant plus déformée par l'agacement :
- Êtes-vous si naïve ? C'est lui qui vous a menée jusqu'ici.
Inconsciemment, les yeux bleus de Freya glissèrent de nouveau vers la porte de métal avant de se recentrer vers Thésée. Une sensation étrange naquit dans sa poitrine, un sentiment dérangeant, de la peine, de l'amertume… Elle trouvait cela injuste.
Thésée, lui, appuya son propos en terminant sévèrement :
- Jusque ce piège.
Freya secoua la tête vigoureusement, et elle vit clairement que cela ne plut pas à Thésée. Avant même qu'il ne puisse ajouter quoique ce soit, elle rétorquait déjà :
- Will n'est pas malhonnête. Il m'a aidée, et ce, à plusieurs reprises.
Encore une fois, les lèvres de Thésée s'entrouvrirent pour contester, mais la sorcière ajouta précipitamment :
- C'est même lui qui m'a aidée lorsque l'Officier Oswald-…
Elle se coupa net.
Un nouveau malaise l'envahit.
Et le visage de l'Auror se rembrunit.
Silence.
Freya put aisément deviner quel avait été le train de pensées de l'Auror devant elle, tant ses yeux étaient devenus noirs. Les mêmes yeux qu'elle avait vus alors que l'officier avait embrassé sa joue. Mais Dragonneau ne dit rien, si bien que le silence devint si insupportable que Freya s'empressa d'ajouter avec une voix basse :
- Et lorsqu'hier, après notre dispute, j'ai lu ce mot, j'étais si défaite, et seul Will eut été là pour-…
- Ce mot ?
Il l'avait interrompue sans défroncer ses sourcils.
Freya se stoppa net.
Ah, oui, il n'en savait rien.
Il fit un pas en avant, vers elle, traduisant une certaine impatience devant le soudain silence de la sorcière. Il répéta un peu plus fort, comme si elle ne l'avait pas entendu la première fois :
- Vous avez eu un mot ?
Le reproche était presque palpable.
Elle grimaça et balbutia avec confusion :
- Il a été glissé sous ma porte de cabine.
Mais l'air reprochant de Dragonneau l'agaça ; elle imita son froncement de sourcils et rétorqua sèchement :
- Ne me demandez surtout pas pourquoi je ne vous en ai pas parlé avant.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre quoique ce soit, car elle enchaîna vivement en levant les bras au ciel :
- Nous venions de nous disputer, je ne me sentais pas très bien. Et puis, ce matin lorsque j'ai frappé à votre porte, vous étiez déjà parti… Vous avez disparu toute la journée. Et lorsqu'enfin je vous retrouve, vous êtes sur le Pont des Troisièmes Classes, en train de discuter avec deux parfaits inconnus… et puis avec cette femme au diner. Cette femme, elle était-…
- Je suis désolé.
Les lèvres de Freya se refermèrent.
L'air de Dragonneau s'était adouci, et ses sourcils s'étaient courbés dans l'autre sens. Après un soupir et un regard hésitant vers elle, il avoua à voix basse :
- Vous aviez raison tout à l'heure quand vous disiez que je vous évitais.
Il déglutit visiblement et reprit avec des yeux gris hésitants :
- C'était bien le cas.
Il y eut un court silence, et Freya le fixa sans comprendre.
Il se pinça les lèvres et continua avec des yeux fermés, comme si cela lui coûtait de prononcer ces mots :
- Je vous évitais parce que je vous ai dit des choses si horribles que je n'en ai pas dormi de la nuit.
Il rouvrit ses yeux gris et regrettants et les posèrent dans sa direction.
Il articula gravement :
- J'avais honte.
Il y eut un silence gêné pendant lequel Freya demeura muette, incapable de trouver une réponse convenable après de tels aveux. Thésée avait laissé tomber ses yeux vers le sol alors qu'une machine se mettait à siffler derrière lui. Il grimaça avec amertume et ajouta sombrement :
- J'ai eu un mot, moi aussi.
Les yeux de Freya s'écarquillèrent dans sa direction, et il enchaîna avec le même air courroucé :
- J'ignore ce que disait le vôtre, mais on me mettait en garde. On me disait de me méfier de vous.
Comme Freya ne disait rien, Thésée parut soudainement gêné.
Il tourna les talons lentement, et se posta devant le mur de la Salle des machines, se mettant à tâter vaguement les parois et les grilles de métal. La baguette à la main, il faisait mine de commencer à chercher leur issue de secours.
La sorcière le regarda faire avec le même air surpris, et puis, il continua de dos, sa voix grave ricochant contre le mur de métal.
- On me disait que, de toute manière, vous trouveriez un autre prétendant très vite sur ce bateau.
Il frappa vaguement contre une plaque de ferraille.
- Que vous me laisseriez seul.
Il toqua sur une autre.
- Seul avec mon…
Il lui lança un vague regard, hésitant, par dessus son épaule, mais le recentra très vite vers une énième grille, contre laquelle il tapota avec sa baguette.
Il acheva sa phrase avec un ton si sombre qu'elle ne le reconnut presque pas :
- …déshonneur vis-à-vis de Leta.
Ses mots flottèrent longuement dans le silence pesant de la Salle des machines.
Il s'était subitement immobilisé, comme si le manque de réponse de Freya l'avait tétanisé.
Freya, elle, cligna des yeux à plusieurs reprises, et puis, après un long moment de confusion, elle finit par lâcher :
- … C'est ridicule.
Il se tourna vers elle, le visage défait de surprise.
Elle rit nerveusement et balança maladroitement :
- Comment avez-vous pu croire une chose pareille ?
Elle croisa ses bras au dessus de sa poitrine battante et balbutia :
- Ce n'est…
Elle s'approcha d'un mur, à quelques pas de lui, et l'imita inconsciemment. Elle se mit à tapoter la paroi suintante avec sa main moite et tremblante. Elle reprit avec le même rire nerveux, sentant son regard gris rivé vers elle :
- Ce n'est pas comme si j'étais si populaire de toute façon.
A ces mots, Thésée siffla avec un soudain agacement :
- Ne faîtes pas l'innocente.
Le rire nerveux disparut.
Elle se tourna vivement vers lui, oubliant son malaise de quelques secondes auparavant. Il avait l'air sincèrement agacé tout à coup. Elle secoua la tête et grommela :
- Si vous voulez parler d'Arcturus Black, alors laissez-moi vous dire que-…
- Vous voulez dire que vous ne les voyez vraiment pas ?
Silence.
Ils se toisèrent longuement.
Freya fronça les sourcils et demanda :
- Qui cela ?
Thésée paraissait de nouveau mal à l'aise.
Agacé et mal à l'aise.
Il se tourna encore vers une grille, qu'il avait déjà inspectée quatre fois, et la tapota de nouveau avec la pointe de sa baguette. Sa voix grave marmonna :
- Tous ces autres hommes… qui vous regardent.
Freya le fixa, plus confuse encore. Il se tourna vers elle, car elle ne répondait pas.
Il parut d'autant plus agacé devant son expression perdue et soupira :
- Nott, vous êtes-…
- Quels hommes ? Ici, à bord ?
- Partout.
Son air amer prit le dessus sur son ton agacé.
Il fit un premier pas vers elle.
- Au Ministère.
Puis un deuxième.
- Au Chemin de Traverse.
Un troisième.
- A la Tête de Sanglier.
Il se planta devant elle et se pinça les lèvres tout en fixant subitement les siennes.
- Aux… fiançailles de Malefoy-…
Freya ne sut soutenir son regard plus longtemps.
Elle dévia ses yeux vers une autre grille, de forme carrée, à sa droite.
Elle ne réussit qu'à prononcer :
- Je ne… comprends pas bien pourquoi.
- Vraiment ?
Thésée n'était plus amer, il était acide.
- Leurs pensées sont pourtant claires à mes yeux.
Les siens étaient redevenus noirs.
Ils retombèrent sur les lèvres de la sorcière avant d'articuler amèrement :
- Leurs intentions aussi.
Une vague de malaise envahit Freya, et elle se retrouva à rire de nouveau nerveusement. Comme elle ne savait pas quoi dire d'autre, elle plaisanta vaguement :
- Vous êtes sûrement Legilimens, vous aussi.
Il n'eut pas l'air de trouver cela drôle, pourtant.
La main de Freya s'enfonça subitement dans un grincement métallique et elle ne put retenir une exclamation surprise :
- Oh !
Thésée avait effacé le peu de distance entre eux en un éclair avec une mine subitement inquiète :
- Quoi ?
- Je pense avoir trouvé une sortie, avait bredouillé Freya en fixant l'emplacement de sa main.
Les yeux gris de l'auror glissèrent vers la main de la sorcière ; entre ses doigts, elle tenait une grille métallique qui s'était tout à coup détachée alors qu'elle palpait nerveusement le mur de la Salle des machines. Thésée le lui prit des mains, la balança grossièrement au sol et passa sa tête dans le large conduit.
Il commenta depuis l'intérieur :
- C'est un conduit d'aération.
Il éclaira le conduit métallique avec sa baguette et sa voix grave résonna de nouveau contre les parois de ferraille :
- Il a l'air assez large, essayons de passer par là.
Il se retira du conduit mais Freya le lui montrait déjà de la main, dans un geste faussement courtois, elle marmonna, non sans sarcasme :
- Après vous…
Après de longues et pénibles minutes durant lesquels les deux sorciers avaient rampé et grimpé dans l'étroit tunnel de métal, ce dernier prenait un soudain virage, vers le haut. Freya essuya son front suintant avec le revers de sa main. Il commençait à faire chaud. Très chaud.
La Salle des machines ayant repris son rôle, la chaleur remontait petit à petit via le conduit qu'ils avaient emprunté. La lumière pâle de la baguette de Dragonneau éclaira vaguement le visage de ce dernier, et elle fut rassurée de voir qu'elle n'était pas la seule dont le visage eut été trempé de sueur. Alors qu'il s'était arrêté, à moitié contorsionné dans le virage de métal, il lui jeta un vague regard avant de se relever péniblement. Le conduit vertical devait être assez haut puisque l'auror tenait visiblement aisément debout.
Freya arriva lentement, mais moins péniblement que lui. En essuyant son front une nouvelle fois, la sorcière se surprit à penser qu'il s'agissait bien de la première fois où elle eut été si reconnaissante d'avoir été de petite taille. Assise dans le virage, la tête maladroitement appuyée contre les tibias de Dragonneau, elle avait relevé la tête, se demandant bien pourquoi il s'était ainsi arrêté. Il avait la tête relevée, lui aussi, vers l'extrémité du tunnel, encore un mètre au dessus de lui. Dans un mouvement vif de sa baguette vers la plaque perforée au dessus de leurs têtes, un claquement métallique résonna dans le conduit, et cette dernière grille s'était légèrement soulevée, comme déverrouillée.
Il laissa retomber son bras le long de son buste, sembla réfléchir un long instant avant de ranger définitivement sa baguette dans la poche de son veston gris froissé. Son visage retomba vers ses jambes, contre lesquelles Freya avait été si inconfortablement installée.
Il décréta :
- Nott, passez devant.
Et sur ces mots, il s'était un peu plus plaqué contre la paroi métallique dans son dos, comme vous lui faire de la place. Freya demeura interdite un moment, et le dévisagea comme s'il était devenu un résident permanent de Ste Mangouste. Il répéta :
- Passez devant, je pourrai vous soulever pour que vous pussiez pousser sur la grille.
Elle hocha la tête, et réussit à se glisser maladroitement sur ses genoux, cognant sa tête contre ceux de Dragonneau, et puis, on l'avait attrapée par les bras, juste au dessus des coudes. On l'a souleva de force vers le haut. Surprise, elle ne réussit qu'à balbutier :
- A-attendez-…
Mais Dragonneau l'ignora, il continuait de la soulever difficilement. Et lorsqu'une mèche de cheveux noirs se coinça dans la boutonnière du veston gris de l'Auror, Freya ne put retenir un petit cri de douleur et surprise :
- Ah…!
La mèche s'arracha tout de même, et elle lança un regard venimeux à Dragonneau, dont le visage était à présent au même niveau que le sien. Il fit une grimace regrettante :
- Pardonnez-moi.
Freya perdit son expression acide alors qu'elle réalisait que c'était bien la première fois qu'elle se retrouvait au même niveau que lui, elle pouvait sentir ses pieds être suspendus dans le vide, et les bras tremblants d'effort de Dragonneau sous les siens. Il ne sembla pas remarquer la soudaine hypnose et fascination de la sorcière juste devant lui, il articula avec un nouveau regret :
- Je vous ai fait mal.
- Non… cela ira.
Freya secoua la tête, comme pour se sortir de ces soudaines pensées, inappropriées dans l'instant. Comme ils ne bougeaient pas, ni l'un ni l'autre, pendant quelques secondes, le cerveau de Freya recommença à dériver vaguement, vers la mèche ondulée et tombante de Dragonneau, ses yeux gris froncés, sa bouche…
Mais cette dernière remua vivement, si bien qu'elle sortit définitivement de ses rêveries :
- Grimpez.
Elle lui asséna un autre regard agacé, et s'apprêtait à lui demander comment elle pouvait bien s'y prendre dans une telle position, mais elle fut projetée un peu plus haut, vers une des épaules du sorcier. Elle étouffa une plainte surprise alors que son front se plaqua contre la paroi métallique du conduit. Si Dragonneau avait entendu l'impact de sa tête contre le tunnel, il ne fit pas de commentaire.
Elle l'entendait souffler péniblement alors que ses mains avaient quitté ses bras pour la soulever par la taille. Il redonna une impulsion vers le haut, si bien que les hanches de Freya se retrouvèrent plaquées contre une de ses épaules. Les mains de Dragonneau avaient coulissées sous son fessier et elle se sentit devenir rouge d'un mélange d'embarras et de colère.
Sa voix grinça avec contestation :
- Monsieur Dragonneau, c'est-…
- Au Nom de Merlin, grogna-t-il avec mécontentement, contentez-vous de grimper !
Alimentée par une soudaine contrariété, Freya prit appui avec deux mains résolues : une première contre la paroi chaude du tunnel et l'autre sur le haut du crâne de Dragonneau. Elle prit bien soin d'appuyer sur cette dernière alors qu'elle se hissait avec difficulté vers le haut. La sorcière l'entendit distinctement grogner, puis marmonner quelque chose dans un ronchonnement pénible, mais elle continua, plaçant un pied sur son épaule, puis le deuxième sur l'autre.
Les mains de l'auror encerclaient si fort ses chevilles qu'elle crut que ses pieds n'étaient plus alimentés en sang. Elle tremblait alors qu'elle se redressait lentement vers le haut du conduit, vers la grille perforée. A travers cette dernière, la jeune femme pouvait aisément distinguer un couloir, aux murs boisés mais simples.
La voix tremblante d'effort et impatiente de Thésée l'interpella :
- Alors ?
Elle baissa la tête vers lui alors qu'elle avait apposé ses mains contre la grille au dessus de sa tête. Il lui jetait un regard agacé et Freya réalisa à quel point cette situation avait été ridicule ; ils ressemblaient à deux acrobates débutants participant à un numéro de cirque particulièrement raté.
La sorcière jeta un nouveau regard vers le haut, tentant de supprimer le soudain rire nerveux qui naissait dans le creux de sa gorge. Le couloir paraissait silencieux. Vide.
Elle déclara :
- La voie est libre... j'ouvre.
Elle poussa sur la grille, et la fit glisser sur le côté dans un raclement métallique. Elle s'agrippa aux bords de la trappe désormais ouverte et tenta de se hisser vers le haut. Dragonneau donna une dernière impulsion sur ses pieds et elle réussit à s'étaler contre la moquette grise du couloir vide. Elle prit quelques secondes pour s'allonger contre le sol tiédi, essoufflée après tant d'efforts. Les mains de Dragonneau apparurent sur les bords de la trappe, et puis, bientôt son buste tout entier. Il s'installa sur le bord de la trappe, le dos recourbé contre le mur boisé. Sa poitrine ne cessait de s'emplir et de se désemplir profondément, et il essuya son front avec sa manche de veste avec un long soupir. Il était complètement décoiffé, et ses épaules portaient toutes les deux les larges marques poussiéreuses des souliers de Freya. Il jeta un rapide coup d'oeil vers elle, toujours nonchalamment allongée contre la moquette grise. Le regard était quelconque, mais vif.
Sa voix grave dicta entre deux inspirations :
- Nous ne devrions pas nous attarder ici.
Freya se releva aussitôt, et alors que Dragonneau remettait la plaque perforée à sa place à l'aide de sa baguette, la sorcière se retrouva à analyser rapidement les lieux. Ce couloir ressemblait à un couloir bordés de cabines, seulement, tout était si simple, si peu décoré, qu'il semblait un peu triste. S'il n'y avait pas eu les murs boisés, il aurait été tout à fait comparable au couloir froid et humide du bateau dont elle avait rêvé. Le couloir qui menait à Lestrange en train de pleurer.
La main de Dragonneau avait encerclé son coude et la tirait vers le haut, sans aucune délicatesse. En fait, il ne la regardait pas, mais ses yeux gris scannaient les environs, son autre main était crispée autour de sa baguette. Il avait l'air vraiment pressé de quitter cet endroit. Une fois debout, Freya murmura à son attention :
- Je n'ai aucune idée de là où nous sommes...
- C'est un couloir des cabines des Troisièmes Classes.
Il n'avait pas lâché son coude, comme s'il avait peur qu'en s'en détachant, elle disparaîtrait comme par magie. Freya exhala non sans sarcasme :
- Ah, oui...
Le visage quelconque de Thésée était retombé dans sa direction, sentant certainement son ton venimeux le piquer. Elle enchaîna avec un faux sourire, plein de reproche :
- ... J'avais oublié à quel point vous étiez familier avec cet endroit.
Elle savait qu'il était agacé, et pourtant, son visage conserva cette expression neutre et distante. Il articula tout bas :
- Je vous expliquerai plus tard ce que je faisais là, Nott.
Ses yeux gris glissèrent vers le fond du couloir, derrière la sorcière.
- Pour le moment, tâchons de retourner à votre cabine en restant discrets.
Il avait commencé à faire quelques pas silencieux dans le couloir, et à tirer Freya comme s'il s'agissait d'une enfant perdue, lorsqu'elle chuchota de nouveau avec des sourcils froncés :
- Ai-je au moins le droit de savoir qui vous fréquentiez ici ?
Il s'était retourné si vivement qu'elle en sursauta.
Cette fois-ci, l'agacement était lisible.
Il siffla entre ses dents :
- J'ai dit, plus tard.
Et il ajouta, non sans reproche, lui aussi :
- Vous êtes bien trop têtue.
Il la tira à travers les longs couloirs déserts des Troisièmes Classes. Tout était vide, et Freya réalisa qu'il s'agissait en fait du plein milieu de la nuit… tous les passagers devaient effectivement dormir. Une autre pensée lui donna la chair de poule.
Tous les passagers devaient être endormis…
Sauf ceux qui n'étaient pas de simples passagers.
Sauf ceux qui leur voudraient du mal.
Un autre frisson lui traversa la colonne vertébrale alors qu'elle lançait des regards nerveux dans son dos. Avec sa main libre, elle avait dégainé sa baguette, elle aussi, et la serra entre ses doigts tremblotants. Dragonneau et elle se stoppèrent un instant, au pied d'un escalier de métal, qui remontait visiblement vers les Secondes Classes.
- Hominum Revelio.
Le sort lancé par Thésée ne révéla aucune présence dans le silence pesant du bateau.
L'auror tira une nouvelle fois sur le coude de Freya en déclarant rapidement :
- Personne... allons-y.
La tension dans les épaules de Dragonneau ne rassura pas Freya. Sa voix nerveuse quitta sa gorge avant même qu'elle ne put y penser :
- Vous savez qui est à bord avec nous, n'est-ce pas ?
Mais il ne répondit pas tout de suite. La tira plus sèchement vers lui, si bien qu'elle cogna contre son dos. Un autre escalier se dressait devant eux, celui qui menait aux Premières Classes. Thésée répéta :
- Hominum Revelio.
Et lorsque le sort revint une nouvelle fois négatif, Thésée se tourna vaguement vers la sorcière avec une mine amère :
- En partie, oui…
Il reprit sa marche rapide vers les marches recouvertes de moquette pourpre, similaire à celle qui habille le grand escalier du Manoir Nott. Freya l'entendit siffler entre ses dents :
- C'est ce qui m'inquiète.
Mais elle n'eut pas l'occasion de lui poser plus amples questions, car il la tirait encore vers un autre couloir. Mais cette fois-ci elle le reconnut ; c'était le couloir qui menait à leurs cabines. Il était vide, lui aussi… Mais malgré cela, Dragonneau semblait étrangement préoccupé, tendu.
Après un instant de pause, ils reprirent leur chemin, de manière moins hâtive cette fois, vers la porte de cabine de Freya. Thésée finit par la lâcher, mais ne perdit pas son air tendu.
Elle sortit sa clé de sa poche avec une main tremblante, et allait tirer sur la porte, mais la paume de Thésée s'était écrasée contre cette dernière, l'empêchant de s'ouvrir. Freya avait sursauté, et il articula avec tension :
- Non.
Elle secoua la tête avec incompréhension.
- Que-...
- Laissez-moi y entrer d'abord...
Il poussa fermement sur le côté, et avec une mine troublée vers la porte, il marmonna :
- ... On ne sait jamais.
Et sans un autre mot, il entra dans la cabine, la baguette en avant, l'air soucieux et tendu. Elle l'entendit à plusieurs reprises énumérer divers sorts et incantations, mais seul le silence lui répondit. Et puis, au bout de quelques minutes, il réapparut de derrière l'encadrement de la porte et annonça :
- Il n'y a personne.
Elle entra dans sa cabine, dont l'air semblait se tiédir à nouveau, effectivement, il n'y avait personne ici. Personne. Dragonneau l'observa un instant, comme pétrifié au pas de la porte de sa cabine. Dans ses yeux, la sorcière y vit défiler une multitude de sentiments, comme une bataille interne qu'il était en train de mener. Sa baguette retomba le long de son buste, et il attrapa la poignée de la porte et tourna les talons.
Freya l'interrompit avec un étranglement soudainement paniqué :
- Que faîtes-vous ?
Il annonça d'une manière tout à fait quelconque :
- Je retourne à ma cabine.
En voyant les yeux suppliants de Freya, il se pinça les lèvres et ajouta avec la même lutte dans ses yeux gris, mais aussi avec la même voix neutre dans sa bouche :
- Il n'y a personne ici, Nott.
Freya lui se frotta inconsciemment les avant-bras, et lui lança un regard désemparé. Il parut confus un moment, et tout à fait hésitant. Il se pinça les lèvres une seconde fois et ferma les yeux, comme s'il essayait de se recentrer sur quelque chose. Il finit par articuler :
- Il n'y a personne, et j'ensorcellerai la porte pour que-…
- Restez.
La bataille dans ses yeux sombres reprit de plus belle.
Il détourna la tête une première fois, et les doigts autour de sa baguette se crispaient et remuaient un peu nerveusement. Il secoua la tête en négation et asséna d'un autre ton faussement quelconque :
- Ce n'est pas raisonnable.
Il tenta un nouveau pas en arrière, vers le couloir, mais Freya en fit deux vers lui avec une voix plus désespérée qu'elle ne l'aurait souhaité :
- Après ce qu'il s'est passé ce soir, je… Je ne veux pas être seule ici…
Elle hésita beaucoup à prononcer les mots suivants, tant ils avaient de l'importance pour elle, mais elle finit par les articuler tout de même avec une mine inquiète :
- J'ai besoin de vous.
Thésée resta planté là quelques longues secondes, immobile et illisible. Et puis, sans plus de cérémonie, ni aucun mot, il avait fini par tourner les talons et referma la porte derrière lui.
Silence.
Freya déglutit difficilement, à moitié étouffée par la rancoeur et l'inquiétude qui la rongeait. Leur discussion dans la salle des machines lui revint. Oui, on cherchait sûrement à l'éliminer. On la traquait. Et par « on »…
Non.
Freya, toujours immobile au beau milieu de sa cabine non éclairée, secoua vigoureusement la tête. Non. Elle ne devait pas penser à lui.
Elle ne devait pas penser à Grimmson.
Un grincement de bois dans le silence la fit tressauter.
Ses nerfs étaient à vif.
La tension de Dragonneau lors de leur traversée du navire l'avait envahie à son tour, si bien qu'elle se sentait tout à fait mortifiée. Avec un souffle tout à fait irrégulier et empli d'une tension renouvelée, elle s'approcha de sa salle de bain, la baguette à la main. Et si Dragonneau était passé à côté de quelque chose ? Ou quelqu'un ? L'angoisse lui tordit l'estomac. Non, comment cela pouvait-il être possible de toute manière ? Il s'agissait de Dragonneau. Dragonneau. Le Héros de Guerre. Le Chef de Division. Elle se mordilla la lèvre… Ah non. Plus Chef de Division. Et par sa faute, d'ailleurs.
Mais la salle d'eau était vide, comme le reste de sa cabine.
Ave le coeur battant la chamade, elle se rinça rapidement. L'eau était redevenue chaude, presque réconfortante. Presque. Dans sa poitrine, l'angoisse pulsait encore, la tension lui nouait la gorge et lui tordait les muscles de son dos, comme on essore un linge détrempé.
Elle enfila sa longue chemise de nuit bleue et essuya la buée du miroir doré de la salle de bain. Son reflet était pitoyable. Cerné. Cheveux défaits. La crainte déformait si fortement ses traits qu'elle crut avoir vieilli. Son visage était presque similaire à celui qu'elle avait arboré après les tragiques événements de Exmoor. Après qu'elle eut failli mourir…
Cette réalisation lui glaça le sang.
Oui, Dragonneau avait raison.
C'était un piège.
Ils voulaient l'éliminer.
On frappa à sa porte de cabine, et son sang ne fit qu'un tour.
Freya vit son propre reflet blêmir dans le miroir embué. La sorcière attrapa sa baguette argentée et torsadée dans un geste vif et désemparé. Elle sortit de la salle de bain à tâtons, le bois d'argent tendu droit devant elle. Son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'elle le sentait presque remonter jusque dans sa gorge. Ses cheveux dégoulinaient dans le creux de son cou, terminant leur course contre les bretelles fines de sa robe de nuit. Elle avait de nouveau froid tout à coup. Elle tremblait.
Elle s'appuya avec tourment contre sa porte de cabine et plaqua son oeil contre le judas de la porte boisée. Son angoisse retomba en flèche, si bien qu'elle failli en lâcher sa baguette.
Dragonneau était de l'autre côté.
Les yeux gris rivés vers le bois de sa porte.
Elle ouvrit cette dernière avec précipitation et soulagement.
Mais il ne parut pas heureux de cela…
Il se hâta à l'intérieur, ferma la porte derrière lui et se retourna vers elle avec des sourcils froncés désapprobateurs :
- Vous auriez dû me poser des questions avant d'ouvrir. Et si cela n'avait pas été moi ?
Elle réalisa son erreur, mais était bien trop abasourdie pour lui répondre quoique ce soit. Sa bouche tremblait encore de sa frayeur et de son appréhension. Ses yeux écarquillés glissèrent le long de la silhouette du sorcier. Il était essoufflé, comme s'il s'était hâté de venir ici. Dans sa main droite, il y avait sa baguette, dans l'autre sa valise. Sous son bras, une autre valise, plus ancienne était solidement coincée. Après un moment, durant lequel il semblait lui aussi scanner la sorcière de haut en bas, il finit par poser ses affaires contre le parquet grinçant de la cabine.
Sa bouche remua vaguement.
Et après un moment d'hésitation il fit un geste du menton dans la direction du lit de la sorcière.
- Commencez à dormir, je vais ensorceler cette porte.
Comme Freya n'avait ni les mots, ni la force de lui répondre, elle ne lui dit rien. Elle se contenta d'hocher maladroitement la tête, et tout en se frottant de nouveau les bras, elle se dirigea silencieusement vers son lit. Dans son dos, elle pouvait sentir le regard de Dragonneau fixé dans sa direction. Et puis, elle l'entendit prononcer quelques sorts de protection alors qu'elle se glissait dans ses draps satinés. Et puis, les sorts cessèrent et elle l'entendit soupirer vaguement.
Elle ne bougea pas d'un poil de Licorne, comme si elle avait été paralysée dans son lit, et sans le voir, elle murmura :
- Merci.
A vrai dire, elle ne fut pas sûre qu'il l'ait entendue, tant sa voix avait été basse.
Elle l'entendait juste ouvrir une de ses valises, et y retirer des choses. Et puis, les bruits de ses pas s'éloignèrent vers la salle d'eau, et la porte de cette dernière se referma légèrement.
Freya demeura étrangement pétrifiée entre ses draps de satin. Elle avait froid, et elle avait chaud simultanément. L'angoisse revint, et ce, même si le silence était perturbé par les bruits d'eau émanant de la salle de bain. Elle ignorait pourquoi elle se sentait ainsi, les Détraqueurs n'étaient pourtant plus… Mais l'angoisse, la faiblesse, elles étaient encore là.
Les ruissellements d'eau cessèrent, et la porte de la salle de bain d'ouvrit lentement. Le parquet grinça sous les pas cautionnants de Dragonneau et elle l'entendit fouiller dans sa valise une nouvelle fois. Et puis, d'autres grincements.
La tension était telle, qu'elle avait sursauté alors qu'il s'était assis sur le bord de son lit. Freya s'était relevée, comme si elle avait été montée sur un ressort et Dragonneau la fixait dans la pénombre avec une mine préoccupée. Il avait quelque chose dans la main qu'il cassa en deux sans pour autant la quitter des yeux. Il lui tendit une moitié.
- Tenez, Nott.
Alors qu'elle tardait à attraper ce qu'il lui proposait, il se mit à croquer dans sa moitié à lui. Il fronça les sourcils et articula calmement :
- Pour vos nerfs.
Elle attrapa ce qu'il lui tendait.
Du Chocolat.
La jeune femme croqua dans le carré et le toisa en silence. Il lui rendait son attention et expliqua calmement :
- Merlin, que ces créatures sont pénibles. Même lorsque l'on en a fini avec elles, il se trouve qu'elles nous affectent encore.
Un sentiment de chaleur envahit lentement Freya.
Les yeux de Dragonneau la sondaient intensément.
Son visage encore mouillé était froncé de préoccupation et sa voix grave demanda :
- Comment vous sentez-vous, Nott ?
Pour être honnête, elle ne savait même pas répondre à cette question.
Elle se contenta de le fixer, et de lui accorder un petit sourire, un tantinet forcé. Dragonneau, lui, demeura immobile, neutre, et après un petit moment, ses yeux et ses mains retombèrent sur ses propres genoux, habillés de son pyjama gris. A en juger par sa soudaine expression, pitoyablement dissimulée, il ne semblait pas satisfait de la réponse de la sorcière.
Il y eut du silence.
Un long silence.
Freya avait laissé retomber sa tête contre la tête de lit en bois, et Dragonneau avait sorti de sa poche l'artefact que Grindelwald recherchait. Le Pacte de Sang qu'il avait fait avec Dumbledore. La lumière pâle, froide, de la lune se reflétait dans le verre torsadé du Pendentif. L'artefact oscillait lentement, de gauche à droite, suspendu à la chaînette d'argent que Dragonneau serrait entre ses doigts abîmés. Freya le fixa, lui et le Pendentif.
Oui, il voyait en lui le moyen de sauver son frère.
Le moyen de sauver Norbert.
Un sentiment de culpabilité l'envahit soudain, perturbant la quiétude qui s'installait peu à peu en elle. Dumbledore le lui avait dit. C'en était un faux. Il avait conservé le vrai. Et Thésée, ne devait pas le savoir. Quelle torture.
Quel supplice de ne pas le lui dire.
Les yeux de Thésée étaient si sombres, que Freya se demanda à quoi il devait bien penser. S'agissait-il de Lestrange ? De Norbert ?
Norbert.
Elle n'en revenait toujours pas.
Sa voix silencieuse pensa tout haut :
- Comment est-ce arrivé ?
Ses yeux se détachèrent difficilement du Pendentif et se posèrent dans sa direction.
Elle reprit :
- Pour… Norbert.
Il ne cilla pas, et au bout de quelques longues secondes de silence, il lui répondit :
- Norbert venait de commencer sa carrière au Ministère, dans le Département de la Régulation des Créatures Magiques lorsqu'il a été enrôlé, comme beaucoup d'autres, pour participer à la Guerre.
Il dévia son regard vers un point imaginaire dans la cabine et reprit avec une voix plus basse encore :
- J'ai tout essayé, mais il a tout de même été envoyé là-bas… sur le front Est.
Il tritura le Pendentif entre ses mains pensivement et reprit :
- Il faisait partie d'une unité spéciale, qui traitait avec des Pansedefers Ukrainiens, mais le projet a été arrêté après quelques mois de pratique seulement…
Dragonneau souffla presque avec amusement et un demi-sourire s'arracha à son visage tendu :
- Apparemment, il était le seul à pouvoir vraiment les contrôler, les autres sorciers du Ministère se faisaient constamment attaquer.
Le sourire disparut, et cela, Freya le vit même dans la pénombre.
- Mais en quelques mois, Norbert a eu le temps d'être témoin de nombreuses choses, des horreurs… Des horreurs de la Guerre. Il ne me l'a pas dit tout de suite, mais, j'ai vu qu'il y avait quelque chose de différent lorsque nous sommes tous les deux rentrés… Quelque chose le rongeait, et cela ne lui ressemblait pas.
Il remua maladroitement sur le lit, comme pour réajuster sa position.
- Ce n'est qu'au bout de quelques années, que je l'ai accompagné à Ste Mangouste pour se faire examiner.
- Il… était d'accord avec cela ?
Thésée lui lança un regard presque las et souffla de nouveau, cette fois-ci, sarcastiquement.
- Vous vous doutez bien que non. Il m'en a beaucoup voulu après cela, d'ailleurs.
La courbe de ses lèvres disparut de nouveau.
- Votre ami, Prewett, venait de commencer en tant que Soigneur là-bas… C'est lui qui l'a examiné.
Thésée déglutit difficilement et termina :
- Et il a confirmé ce que je redoutais.
Ses yeux gris se verrouillèrent dans les siens et il acheva finalement :
- Norbert n'arrive plus à produire de Patronus, il a été traumatisé par la Guerre, par ce qu'il a vu sur le Front Est, par-…
Il se coupa de lui-même et ferma les yeux dans une grimace de courroux et regret.
- Et maintenant Dumbledore l'envoie dans un pays infesté de Moremplis. Je n'arrive pas à croire qu'il y soit allé, il connait les risques. Il sait que-…
Il resserra le Pendentif dans ses mains crispées et souffla encore :
- C'est tout bonnement ridicule.
Freya ne sut pas quoi répondre, et à en croire par l'expression fermée de Dragonneau, il n'attendait visiblement pas de réponse de sa part. Il rangea le pendentif dans sa poche de chemise de pyjama et tapota cette dernière, comme si cela accroissait le fait qu'il n'en bougerait pas.
Sans un regard vers elle, il lui dit :
- Vous devriez dormir, vous avez eu un début de voyage mouvementé.
Alors qu'il se levait, et dans un réflexe incertain, elle lui avait attrapé la main. Il se stoppa net et orienta son visage vers celui de la sorcière. Elle s'étouffa presque alors qu'elle articulait :
- Je suis désolée.
La culpabilité pulsait encore.
C'était un sentiment infernal.
Freya répéta avec une mine défaite :
- Je suis désolée de ne pas vous avoir dit pour ce rêve…
Son expression ne bougea pas.
Elle continua :
- Je-… J'étais en réalité persuadée qu'il s'agissait de vous, alors je ne voulais pas-… Je ne voulais pas vous faire souffrir inutilement en parlant de cela.
Alors qu'il ne bougeait toujours pas, elle acheva avec une voix cassée :
- Je sais que vous souffrez déjà bien assez.
Les sourcils de l'auror s'étaient froissés, et il se rassit lentement sur le lit sans quitter la sorcière des yeux. Ses yeux, justement, ils s'étaient tant radoucis que le coeur dans la poitrine de Freya s'emballa de nouveau. Une effluve mentholée parvint jusqu'à elle. Un parfum rassurant.
Il avait saisi sa main à son tour, et la serra un peu.
Ses yeux étaient intenses, et oscillaient entre les siens.
Elle le vit hésiter, et puis, se pencher, lentement.
Très lentement.
Le lit grinça sous son poids.
Le coeur de Freya battait si fort qu'elle était sûre qu'il pouvait l'entendre.
Le parfum mentholé l'envahit. Cette odeur était si familière, si rassurante, si enivrante… et puis, une autre odeur familière s'entremêlait avec ce parfum entêtant : l'odeur de la Maison des Dragonneau. L'odeur désormais familière de bois et d'Hippogriffe.
Freya se surprit à sourire légèrement et Dragonneau se stoppa, comme s'il avait été surpris qu'elle sourisse ainsi. Ses yeux demeurèrent résolument fixés sur ses lèvres courbées, comme s'il avait été médusé. La sorcière commenta avec un sourire dans la voix :
- … Monsieur Dragonneau, vous…
Elle le vit déglutir et sentit une tension dans sa main, entrelacée avec la sienne. Il paraissait étonnement confus, troublé. Avec le même léger sourire, elle termina :
- Vous sentez l'Hippogriffe.
Il parut étrangement déçu du reste de sa phrase. Ses sourcils s'étaient froncés.
Sans pour autant se reculer, il murmura en guise de réponse :
- C'est…
Il déglutit et se pinça les lèvres avec amertume avant de finir sa phrase :
- …sûrement parce que j'en transporte un.
C'est Freya qui eut un mouvement de recul, cognant contre la tête de lit en bois.
Sa voix s'étrangla un peu :
- Quoi ?
Il relâcha sa main et l'amertume sur son visage décupla. Il croisa les bras sur sa poitrine et ses yeux froncés tombèrent étrangement vers une de ses deux valises, posée au sol.
Freya répéta avec incrédulité :
- Vous… quoi ? Un Hippogriffe ?
Il recentra des yeux agacés vers elle :
- Cela ne me fait pas particulièrement plaisir, figurez-vous.
Freya cligna des yeux une première fois, puis une deuxième.
Elle secoua la tête, tout en pensant qu'elle devait délirer.
Elle balbutia :
- Mais…
Thésée, toujours les bras croisés sur son torse, articula avec aigreur :
- Ma Mère a voulu que je ramène à Norbert votre ami Bernie. Soit disant que la créature était malheureuse sans lui…
Freya le dévisagea un instant et tenta :
- Mais…
Elle secoua une nouvelle vois sa tête, comme si cela l'aidait à reprendre ses esprits :
- … où diable-…
- La première valise que Norbert a ensorcelée était dans sa chambre… Je l'ai empruntée.
La jeune femme suivit les yeux de l'auror jusqu'à la valise fermée, posée au pied du fauteuil de velours sombre. La phrase de Dragonneau acheva ses pensées :
- Et… Bernie est dedans.
Il y eut un nouveau silence et Thésée finit par se lever complètement du lit de Freya. La sorcière, elle, toujours interdite et stupéfaite, oscillait entre la valise fermée et l'auror qui marchait dans la pénombre. L'espace d'un instant, elle put tout à fait imaginer l'expression acide que Dragonneau eut lancée à sa Mère alors qu'elle lui demandait un tel service.
Il s'assit dans le fauteuil et installa vaguement un coussin de ce dernier contre l'appui-tête, il y reposa l'arrière de son crâne et referma les bras autour de sa poitrine. Freya était toujours à moitié assise dans son lit, paralysée.
La voix de Thésée résonna dans la cabine silencieuse :
- Bonne nuit, Nott.
Elle savait où elle était.
L'endroit était familier.
Elle l'avait déjà vu.
Le rez-de-chaussée des Dumbledore, à Godric's Hollow.
Et pour cause, elle voyait encore ce jeune homme, éploré, penché au dessus d'une silhouette inerte. Il hurlait de désespoir. Il pleurait. Il geignait. Il hurlait que c'était sa faute. Qu'il l'avait tuée.
Cette silhouette immobile, Freya la reconnut tout de suite, elle aussi. La chevelure blonde et terne, la robe bleutée, les mains pâles… Ariana Dumbledore. La jeune disparue, Ariana Dumbledore.
Et comme ce qu'elle avait déjà rêvé, le corps inerte se mit à trembler, à se désintégrer, à s'évaporer dans un nuage noir. Un nuage empli de particules sombres et folles. L'évaporation devint une explosion violente, une déflagration. Et puis, le nuage de charbon se désintégra complètement, en des lambeaux noirs et virevoltants.
Il n'y avait pas qu'Ariana qui était morte ce jour-là.
Son Obscurus aussi, avait disparu.
Freya se réveilla en sursaut.
Une vive inspiration avait presque arraché sa gorge tant elle avait été violente.
Elle mit plusieurs longues secondes à reprendre son souffle, et ses esprits. Une main sur sa poitrine haletante, elle se releva lentement, s'asseyant dans ses draps satinés. Ses pensées fusèrent dans tous les sens, et confuse, elle ne se rappelait presque pas où elle était. Et puis, tout lui revint alors qu'elle jetait un vague regard vers la lumière du petit jour, qui transparaissait de par les hublots de sa cabine. Les évènements des premiers jours sur le bateau, le piège qui avait bien failli la tuer dans la nuit, Dragonneau. Dragonneau, justement.
Sa silhouette était encore là, avachie et contorsionnée dans le fauteuil bien trop petit pour lui. Il était courbé sur le côté, son visage lourdement appuyé contre son poing, l'autre main, tombant sur le côté du fauteuil, tenait encore fermement sa baguette. A côté de ses longues jambes croisées, il y avait la valise fermée. L'ancienne valise de Norbert qu'il avait empruntée pour transporter Bernie.
En silence, elle se défit de ses draps et sortit de son lit. Elle resta un petit moment immobile devant la silhouette douloureusement pliée de Dragonneau et, finit par se mouvoir vers la valise.
Elle l'ouvrit dans un cliquetis et fronça les sourcils devant une pile de chemises, soigneusement pliées. La montre à gousset de Dragonneau était posée là, et elle aussi émettait de petits cliquetis réguliers. Freya l'attrapa lentement et l'ouvrit dans un autre cliquètement, plus fort cette fois.
Ses yeux bleus n'étaient pas rivés sur l'heure précoce qu'elle affichait, mais plutôt sur l'autre pan de la montre, à l'intérieur du couvercle, figurait le radieux visage de Lestrange, elle souriait dans la direction de l'objectif, et une vague d'aigreur traversa Freya. Elle s'empressa de refermer la montre et de la remettre sur la pile de chemises. Dans un autre geste brusque et nerveux, elle referma également la valise et la toisa longuement, l'amertume se répandant dans ses veines.
Et puis, l'interrupteur doré qui indiquait « Pour Moldus » brilla un peu, alors que les premiers rayons du Soleil s'écrasaient sur lui. Avec un froncement de sourcils, elle désactiva l'interrupteur, et après un autre cliquetis, elle rouvrit la valise.
Plus de chemises.
Plus de montre à gousset.
Plus de portrait de Lestrange.
Mais un escalier.
Un escalier tout à fait semblable à celui qui figurait dans la valise actuelle de Norbert. Après avoir lancé un dernier regard vers la silhouette avachie et endormie de l'auror à côté d'elle, Freya commença sa descente des marches grinçantes et branlantes.
C'est là qu'elle comprit qu'il s'agissait bel et bien d'une ancienne valise, car les marches n'étaient pas entretenues, pour ne pas dire délabrées et dangereuses. Freya ripa, et glissa maladroitement, s'échouant pitoyablement contre la dernière marche, avec le coeur tambourinant.
Ici, pas de cabinet de Magizoologiste, mais juste une salle si exigüe qu'elle se sentit étouffée, et devant elle, une simple porte boisée. Elle s'empressa de la pousser, s'imaginant retrouver les grandes étendues et les riches univers boisés et magiques de la valise actuelle de Norbert… mais ne trouva rien de tout cela.
L'espace paraissait grand, bien entendu, mais il était dénué de riches habitats et de créatures bruyantes et grouillantes. Il n'y avait qu'une simple prairie, ressemblant étrangement à celle qui encerclait la Ferme des Dragonneau, et au milieu de celle-ci, Bernie.
Tout comme elle, il s'était figé dès lors qu'il l'avait aperçue.
Il frappa du sabot contre la pelouse, hennit dans sa direction, et Freya ne put se retenir de sourire. Un sourire idiot et complètement détaché de la dangereuse réalité.
Dans un réflexe tout aussi idiot, elle s'était avancé vers la créature avec hâte, et puis, se stoppa net, se rappelant tout à coup de faire une révérence à l'animal. Bernie hennit une nouvelle fois, et au bout d'une ou deux secondes, réciproqua la révérence et Freya se releva avec gaieté, trottinant vers la créature. Elle caressa son bec abîmé et son plumage aussi gris que les yeux de Dragonneau.
Bernie cogna amicalement son bec contre son épaule nue et elle le caressa de plus belle.
Une voix provenant de la porte qu'elle venait d'emprunter la fit sursauter :
- Je ne sais pas si je dois être heureux ou amer de vous voir sourire ainsi à une créature…
Thésée était là, une main dans sa poche de pantalon de pyjama gris, et l'autre encore crispée sur sa baguette. A la vue de son expression reprochante, Freya comprit qu'il avait pourtant bien choisi l'amertume à la gaieté. Le sourire de Freya disparut et sa main glissa du bec de Bernie alors que Thésée soupirait, quelque part entre acidité et soulagement.
Il lui reprocha clairement avec des yeux fatigués :
- Vous m'avez fait une peur bleue à disparaître comme cela.
Elle se mordilla la lèvre et lui adressa un regard sincèrement navré :
- Je suis désolée, je ne voulais pas vous réveiller…
Il fit deux pas vers Bernie et elle, mais l'animal se mit à hennir. Dragonneau adressa un regard sombre dans la direction de l'animal et s'inclina à contre-coeur. Il semblerait que Bernie partageait ses sentiments amers, mais s'inclina tout de même lui aussi. Thésée releva sa tête dans la direction de l'animal, et Freya réalisa pour la première fois que, contrairement à sa Mère et son frère, l'auror ne paraissait pas très enclin aux créatures magiques.
Il s'approcha avec précaution, les sourcils froncés et la baguette encore coincée entre ses doigts. Freya sentit Bernie taper du sabot derrière elle et elle perdit définitivement son sourire en articulant :
- Je vous pensais mieux placé pour savoir que vous devriez ranger votre baguette en la présence d'Hippogriffes.
Mais elle avait à peine terminé sa phrase, que Bernie détala de derrière elle, s'éloignant vers les fausses étendues verdoyantes, démontrant définitivement que la surmenante aversion que Dragonneau avait pour la créature était vraisemblablement réciproque.
Thésée le fixait encore, avec une intense méfiance, si bien que Freya dût attraper la baguette, encore solidement coincée dans sa paume, pour qu'il redirige son attention vers elle.
Elle le questionna du regard, et il finit par ranger sa baguette dans sa poche avec une grimace amère et mal à l'aise. Il répondit à sa question silencieuse avec acidité, comme s'il sentait que Freya lui faisait un reproche :
- Je ne suis pas comme Mère et Norbert.
Les sourcils de Freya se radoucirent et elle répondit simplement, et sans aucun jugement :
- Je le sais.
Il lui adressa un regard un peu surpris, mais finit par détourner ses yeux d'elle, et plongea ses mains dans ses poches, lui donnant son air faussement détaché et nonchalant. Après un petit moment, seulement, ses yeux gris retombèrent vers elle avec suspicion :
- Il est encore tôt… vous avez mal dormi ?
Ses yeux se plissèrent de plus belle devant le soudain malaise de Freya :
- Vous avez… fait un rêve ?
Freya ne savait pas par où commencer, et encore une fois, Thésée sembla prendre la mouche. Sa tension s'accentua alors qu'il prononçait avec une grimace douloureuse :
- Si cela concerne Leta, alors-…
- Cela ne concernait pas Lestrange.
Il se tut et la fixa.
Ce fut à son tour de grimacer, elle se pinça les lèvres et avec des yeux fermés et un ton regrettant, elle lui avoua :
- Il y a-… Il y a effectivement un autre rêve dont je n'avais pas parlé.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle ne fut pas surprise de trouver les siens parés de cette fronce pleine de remontrance. Avec un ton précipité, elle ajouta :
- Mais c'était juste après Exmoor, et… tellement de choses se sont produites, je-…
- Dites-moi.
L'invitation sonnait plus comme un ordre, mais elle balaya son ton froid avec un nom :
- Ariana Dumbledore…
Thésée pencha sa tête sur le côté avec un air intrigué et Freya continua en balbutiant, tant elle peinait à trouver ses mots :
- Je pense savoir pourquoi elle n'a pas fréquenté Poudlard malgré son âge…
Elle se mordilla la lèvre inférieure et enchaîna rapidement :
- … et pourquoi elle était enfermée dans la Maison des Dumbledore, à Godric's Hollow.
L'air tendu de Thésée disparut, et il répondit simplement avec un ton qui relevait de l'évidence :
- Oui, elle était une Cracmolle, comme ce que votre frère-…
- Non.
Les sourcils de Thésée s'étaient de nouveau froncés, si fort qu'ils plissèrent aussi son front. Sa voix grave était si basse qu'on aurait dit un murmure :
- Comment cela ?
Freya secoua sa tête en négation et répéta :
- Ariana n'était pas une Cracmolle.
La sorcière ouvrit sa bouche, mais la referma aussitôt, bien trop hésitante quant à formuler ce qu'elle avait effectivement vu. Mais les yeux intenses de Thésée lui firent cracher le morceau :
- Elle était un Obscurial.
Dragonneau avait froncé d'autant plus ses sourcils châtains, il allait sûrement contester, mais Freya le coupa :
- Je l'ai… vue, à deux reprises, se transformer en un nuage de noirceur… comme un nuage de charbon…
Elle déglutit et termina en bredouillant :
- … Comme ce que Norbert a dans sa valise.
L'expression de Thésée devint de l'agacement, il porta sa main à son front et grogna entre ses dents :
- Je lui avais pourtant dit de se débarrasser de cette chose…
Il soupira et se tourna vaguement vers la porte encore entrouverte de la cage d'escaliers, comme pour vérifier que personne ne se trouvait là. Il avait sortit ses mains de ses poches et les avait sévèrement appuyées contre ses hanches alors qu'il soupirait. Il se tourna vers elle avec une mine renfrognée :
- Si vous dîtes vrai alors…
Il passa une main dans ses cheveux châtains avec une grimace :
- Alors… nous pourrions enfin comprendre pourquoi Grindelwald veut utiliser Croyance.
Avec une énième contracture de la mâchoire, il articula sombrement :
- Il veut l'utiliser contre Dumbledore.
Cette réalisation fut comme une gifle.
Il avait raison.
Freya demeura paralysée et interdite un long moment.
Elle secoua la tête avec vigueur et adopta un ton presque suppliant :
- Croyance-… Eugène cherchait juste sa famille…
Thésée ne lui rendit pas la pitié qu'elle aurait souhaité.
Il rétorqua juste froidement :
-… et Grindelwald cherchait une arme.
Elle allait contester, mais Thésée avait parlé le premier :
- Il faut en parler aux autres.
Freya répéta :
- Aux autres ?
Mais il avait déjà commencé à faire de grands pas vers les escaliers branlants. Freya dût pratiquement lui courir après, non sans cacher son visage complètement défait. Elle répéta, plus fort cette fois :
- Quels autres ?
Il s'était stoppé juste avant les escaliers, et Freya eut à peine le temps de faire de même, faute de quoi, elle se serait cognée une nouvelle fois contre lui. Il remua sa mâchoire avec tension, et puis, il lui avoua :
- Nous ne sommes effectivement pas les seuls sorciers sur ce bateau, Nott.
Freya faisait les cent pas dans la cabine, faisant grincer le parquet sous ses souliers noirs. Son coeur avait repris une allure vive et torturante. Cela faisait déjà une heure que Thésée avait quitté la cabine, sans rien lui dire de plus à part le fait qu'elle ne devait la quitter sous aucun prétexte.
Elle finit par s'affaler dans le fauteuil de velours dans lequel il avait sûrement passé une nuit très inconfortable, et prit son visage dans ses mains. Au nom de Merlin, qu'était-il donc parti faire ? Et qui étaient donc ces autres dont il parlait ?
On frappa à sa porte et elle sursauta.
Ses nerfs étaient de nouveau à vif.
Sa baguette se retrouva dans sa main avant même qu'elle ne puisse vraiment y penser, comme s'il s'agissait d'un réflexe sombre, un réflexe de défense, un réflexe de survie. Avec hésitation, elle appuya son oeil contre le judas. Personne dans le couloir.
Personne.
Et pourtant, elle était sûre d'avoir entendu frapper.
Dans un geste vif, elle défit l'enchantement de la porte, et déverrouilla le loquet. Sa baguette tremblait tant elle avait peur. L'angoisse pulsait, mais elle poussa tout de même la porte, qui s'entrouvrit, grinça, sur un couloir à la moquette rouge vif et vide.
Le soulagement allait la traverser, mais une main se plaqua subitement contre le bois de sa porte, forçant son ouverture avec brusquerie, Freya s'étrangla sur un petit cri de surprise et s'éloigna de la porte, la baguette en avant. Une femme entra en premier.
Et Freya reconnut son grand chapeau plumé de noir, son allure bourgeoise.
Et puis, une autre silhouette apparut, celle d'un homme moustachu, avec un long trench-coat beige, les deux mains coincées dans ses poches. Ils avançaient tous les deux avec lenteur, et aucune expression lisible sur leurs visages.
Freya brandit sa baguette vers eux avec un air plus désemparé qu'elle ne l'aurait souhaité. Au nom de Merlin, qui étaient-ils ? Et si effectivement ce mot avait raison après tout ? S'il s'agissait d'ennemis ? Et si Thésée n'était effectivement plus de son côté ? Qu'il avait comploté avec des ennemis ?
En parlant de Dragonneau, sa silhouette grave apparut de derrière eux, et il referma vivement la porte derrière lui, la verrouillant instantanément dans un cliquetis inquiétant. Le regard qu'il lançait à Freya était indescriptible.
La jeune femme demeura sans voix, et s'étouffa sur un sort.
Comme ils ne bougeaient plus tous les trois, et que les deux inconnus s'échangeaient un regard étrange, la tension de Freya grimpa en flèche, sa paralysie la quitta et elle s'égosilla :
- Petrificus Tot-…
- Expelliarmus.
La voix de Dragonneau l'avait totalement stoppée, et ce ne fut que lorsque sa propre baguette avait atterrie dans les mains du sorcier qu'elle se mit réellement à paniquer. Il la regardait avec un visage pourtant très calme. Trop calme. Il secoua la tête et l'appela gravement :
- Nott.
Elle secoua la tête en déni et recula encore.
Ses jambes flageolaient.
Son souffle devint haletant. Sifflant.
Elle crut qu'elle allait défaillir.
Dragonneau, vraiment ? Etait-il vraiment devenu un ennemi ?
Le mot, ce n'était pas un mensonge, c'était bel et bien vrai.
Il poussa les deux inconnus pour se frayer un passage entre eux. Ils étaient toujours aussi immobiles, et leurs expressions étranges. Il fronça les sourcils en voyant la réaction de la sorcière. Et alors qu'il faisait un nouveau pas vers elle, elle en fit un autre en arrière, tremblant et précipité.
Il releva les deux mains, avec une baguette dans chacune d'entre elle, la sienne, et celle de Freya. Avec un ton cautionnant il articula étrangement :
- Nott, écoutez…
- Reculez !
Freya avait hurlé si fort qu'il en avait tressauté.
Son air devint surpris.
Et puis, elle recula encore pitoyablement, et cria de nouveau :
- Reculez !
Thésée balança les deux baguettes par terre et s'approcha rapidement de Freya avec une expression complètement froncée. Le moustachu derrière lui articula quelque chose qui ressemblait à « elle fait trop de bruit, on va se faire repérer ».
La femme au chapeau oiseau, elle, avait froidement hoché la tête, mais dans ses yeux, Freya pouvait voir qu'elle prenait un malin plaisir à voir la jeune femme réagir de cette manière. Thésée, lui, s'approchait encore avec les mains relevées, sûrement ce qu'il aurait fait pour essayé de capturer une créature particulièrement indocile. Il répéta :
- Nott.
Elle voulut faire un autre pas en arrière, mais trébucha sur la valise de Dragonneau. Elle tomba en arrière, s'écrasant lourdement contre le parquet de la cabine. Thésée la toisait comme si elle avait perdu l'esprit, et elle lui rendit le même regard. Elle s'étouffa sur ses propres mots, noyés dans une angoisse sans nom, dans un goût de trahison :
- Comment avez-vous pu-…
- Quoi ?
Thésée s'approcha encore en secouant la tête, son froncement de sourcils traduisait qu'il perdait un peu patience. Il secoua aussi ses deux mains et répéta :
- Non, Nott, vous faîtes erreur. Ecoutez-…
- N'approchez pas !
Elle se fit glisser en arrière dans des gestes mal coordonnés et paniqués. Son angoisse était telle, qu'elle se rappela de sa rencontre avec Grimmson dans le Stade d'Exmoor, du goût ferreux de son sang dans sa bouche, de sa terreur, de sa douleur. Son souffle s'accéléra encore.
Le mot avait raison.
Le mot avait raison.
Dragonneau n'était plus de son côté.
Non.
Sa respiration siffla.
L'homme moustachu s'approcha avec une mine froncée et sa voix constata cliniquement :
Elle fait une crise de panique.
Sa voix était étrangement familière, mais ce visage, ces yeux qui la scrutaient… Dragonneau lança un regard quelque peu amer vers l'inconnu et lui répondit sarcastiquement :
- Merci pour ce diagnostique.
La femme au grand chapeau oiseau se mit à souffler avec un amusement non dissimulé.
- Eh bien, je dois dire que je ne m'attendais pas à une scène aussi satisfaisante.
Elle avait croisé ses bras sur sa poitrine et toisait Freya avec un petit sourire mesquin. Thésée s'apprêtait visiblement à lui reprocher quelque chose, mais le sourire de la femme disparut.
La courbe de ses lèvres s'était mise à gondoler, fondre. La peau sur son visage se plia, crispa, gonfla, formant de petites bulles de chair disgracieuses. Bientôt, des tâches de rousseurs apparurent, des cheveux secs et ébouriffés jaillirent de dessous du chapeau plumé, les mains se mirent à gonfler, le corsage serré, à craqueler.
Freya, toujours prostrée avec angoisse, la regarda se transformer avec un mélange de crainte et de surprise. Et puis, alors qu'elle commençait à reconnaître une peau rougie et des yeux tristes sous le chapeau oiseau, l'homme moustachu se mit à grogner lui aussi.
Sa peau se gondola à son tour et il grimaça en détournant la tête vers le fauteuil de velours. Thésée les regardait tous les deux se muer sans rien dire, mais son air était amer, grimaçant, comme s'il se rappelait de la désagréable sensation de la dissolution des effets du Polynectar.
Polynectar.
Freya hoqueta.
Alors que le corset de la jeune femme en face d'elle menaçait d'exploser, cette dernière sortit une fiole rose de sa poche de veste et en engloutit entièrement le contenu. Bientôt, elle grimaça, mais sa forme rétrécit sous son corset noir, sa taille s'amincit, et la longue chevelure blonde remplaça les cheveux secs et ébouriffés de dessous le chapeau de plumes.
L'homme moustachu ne l'était plus, et il cessa rapidement de grogner lui aussi.
Il redressa son visage et le redirigea vers Freya et sortit de sa poche de manteau beige, une paire de lunettes qu'il plaça sur son nez. Ses tâches de rousseur étaient réapparues sur son visage pâle et il retira son chapeau pour laisser apparaître sa tignasse blond vénitien.
Le coeur de Freya se stoppa et elle laissa tomber ses bras crispés sur le parquet, comme si toutes ses forces et sa tension l'avaient abandonnée. Entre deux souffles perdus, elle réussit à articuler :
-… Gideon ?
Tatatadam !
Et oui... Gidéon and Romilda are back ! Ce Chapitre était à 90% guimauve, sorry about that, l'intrigue n'avance que très peu dans cette première partie (accrochez-vous pour la deuxième ceci-dit).
Cela fait un an que cette histoire existe, et je tenais à tous vous remercier pour votre soutien, vos messages, votre patience et vos encouragements. Je suis flattée et ravie que cette fiction vous plaise autant.
Sachez que je travaille en parallèle sur un projet d'écriture personnel... je vous en dirai plus quand ce sera plus avancé, mais serais ravie de vous présenter tout ça aussi !
En attendant, je vous souhaite de nouveau tout le meilleur pour 2020 ! Et on se retrouve plus tard pour la deuxième partie de ce Chapitre :)
Netphis.
