clairecqn : tes commentaires me font vraiment plaisir, merci à toi. eh oui, la relation entre Shikadai Shikamaru reprend doucement, même si l'adolescent n'assume pas encore ce qu'il ressent. l'annonce de la guerre, c'est une dernière vague de drama dans l'histoire. même si, ne t'en fais pas, le tome 2 aura sa dose de drama, lui aussi. et si tu aimes la relation entre Sarada Shikadai, ils apparaitront de plus en plus ; ils seront au cœur du tome 2, avec Mitsuha et Shikae.
et pour la sortie des chapitres, quand l'inspiration est au beau fixe, je publie deux à trois chapitres par semaine.
je ne sais pas si tu sais, mais il y a une petite histoire hors série liée à celle-ci publié déjà, qui suit Konohamaru. n'hésite pas à faire un tour.
encore merci pour ton commentaire.


35_ i miss the smiles we had when we were kids

Elle était là, assise sur le rebord du lit, silencieuse ; son regard d'un beau doré effleura un court instant la vieille photographie et un flot de souvenirs la frappa. Ils semblaient tous si heureux là-dessus, surtout elle ; le sourire qui traînait sur ses lèvres frôlait ses oreilles et il y avait cette malice dans ses yeux. Une pointe de souffrance s'écrasa durement dans sa cage thoracique ; elle n'était plus si heureuse.

Les quelques coups maladroits contre la porte de sa chambre la tirèrent de ses pensées et elle déposa son regard sur le doux visage de sa mère.

- « tu es prête, Chôchô ? » interrogea l'adulte, un fin sourire sur les lèvres.

L'adolescente acquiesça simplement.

- « et tu es sûre que ça ira ? » continua-t-elle, une pointe d'inquiétude dans la voix. « si tu ne te sens pas de le faire, j'annule. »
- « ça va, maman. » souffla-t-elle, dans un hochement de tête. « et toi, tu te sens prête pour ça ? »

Un rire maladroit s'extirpa des lèvres de l'adulte et résonna quelques secondes dans la pièce.

- « je ne suis pas sûre d'être prête un jour, tu sais. » avoua-t-elle, dans l'encadrement de la porte.

Dans le fond, sûrement qu'aucune d'entre elles n'était réellement prête. Un soupir s'échappa des lèvres de la rousse et elle acquiesça, incapable de trouver les mots rassurants dont sa mère semblait avoir besoin ; elle se hissa doucement sur ses deux pieds, jeta un dernier coup d'œil à la photographie et emboîta le pas à l'adulte.

Les rues du village étaient emplies d'habitants et pendant un instant, elle regretta amèrement la fraîcheur de sa chambre, la douceur de son matelas ; un grognement s'échappa de ses lèvres et elle réajusta rapidement ses mèches rousses en une simple queue de cheval haute. Le doux rire de sa mère se glissa tendrement à ses oreilles et l'adulte ébouriffa doucement les cheveux de l'adolescente, une moue si adorable sur le visage que Chôchô étouffa un énième grognement entre ses lippes.

- « ça te va bien. » la complimenta Karui, un fin sourire au coin des lèvres.
- « ne t'y habitues pas. » grogna-t-elle. « c'est juste à cause de cette chaleur étouffante, je préfère le côté sauvage de ma tignasse. »

Karui acquiesça et se concentra silencieusement sur le chemin ; elles vagabondaient depuis une bonne vingtaine de minutes entre les villageois et les contours de la demeure familiale de la branche héritière du clan Nara ne tardèrent pas à apparaître. Chôchô regretta amèrement sa chambre, à cet instant ; elle n'aurait jamais dû dire oui, elle n'était pas prête et elle ne le serait sûrement jamais. Elle s'engouffra dans l'allée de la demeure, les mains dans les poches, perdue dans ses propres pensées ; si bien, qu'elle ne se rendit pas compte immédiatement que sa mère ne la suivait plus, depuis un petit moment. Les sourcils froncés, elle jeta un regard en arrière et étouffa cette pointe de souffrance dans sa poitrine ; peut-être bien que l'instant était dur pour elle, mais que ressentait Karui ? Elle se rapprocha d'elle rapidement et attrapa délicatement les mains de sa mère dans les siennes ; sa mère n'était plus la même depuis le massacre, comme si une partie d'elle était morte, en même temps que son père, là-bas, sur le champ de bataille.

- « maman. » appela-t-elle, doucement. « ça ira, d'accord ? »

Le son de sa voix arracha un léger sursaut à l'adulte et elle se confronta silencieusement à cette vague de désespoir dans les prunelles de sa mère.

- « je.. » commença-t-elle, les mains tremblantes. « je ne suis pas sûre.. peut-être que je devrai retourner à la maison.. oui, c'est.. c'est mieux, n'est-ce pas ? »
- « non. » souffla-t-elle, en secouant la tête. « ce n'est pas mieux. »
- « je ne suis pas prête, Chôchô. » avoua-t-elle, dans un souffle effrayé.

Un soupir s'échappa des lèvres de l'adolescente et elle acquiesça, un fin sourire au coin des lèvres ; ça, elle n'en doutait pas.

- « je le savais déjà, ça. » lâcha-t-elle, en resserrant sa prise sur les mains de sa mère. « mais tu repousses constamment ce moment. ce n'est pas bon et tu le sais. c'est aujourd'hui ou jamais, maman. »

Elle tentait maladroitement de faire taire l'inquiétude dans les traits du visage de sa mère, mais qu'en était-il d'elle ? Elle savait qu'elle n'avait pas tort, dans le fond ; sa mère repoussait constamment cet instant, et elle, ça lui allait comme ça. Mais s'en était terminé de la fuite, elles allaient devoir être courageuse ; comme son père l'avait été, dans ses derniers instants.

- « ensemble, maman, d'accord ? » la rassura-t-elle, tendrement.
- « d'accord. » acquiesça-t-elle. « ensemble. »

Dans un mouvement semblable, elles se hissèrent le long de l'allée et Chôchô n'attendit pas une seconde avant d'appuyer son doigt sur la sonnette ; la porte céda bien trop vite au doux minois de l'un de ses meilleurs amis et elle étouffa tant bien que mal les battements douloureux de son cœur. Elle évita soigneusement les prunelles vertes du garçon et le salua poliment, dans un bégaiement étrange ; depuis quand bégayait-elle, face à lui ? Ils ne s'étaient pas vus depuis si longtemps, elle ne savait pas vraiment lequel des deux évitait l'autre, dans le fond ; et elle redoutait terriblement l'instant où ses iris tomberaient dans les siennes.

- « Shikadai. » salua sa mère, d'une voix douce. « tu as grandi depuis la dernière fois, non ? »
- « oui, madame. » lâcha-t-il, dans un sourire maladroit. « Chôchô, tu ne me regardes pas ? »

La voix du brun se heurta délicatement à ses oreilles et dans un élan empreint de courage, elle leva ses iris vers lui ; le doré se confronta une demi-seconde à l'émeraude. Une courte demi-seconde avant que les bras du garçon se referment autour de ses épaules tremblantes ; il resserra doucement sa prise et déposa tendrement ses lèvres sur sa joue.

- « pardonne-moi. » souffla-t-il, dans un murmure presque tremblant. « tu m'as tellement manqué. »

Quelques larmes perlèrent au coin de ses paupières, mais elle les retint du mieux qu'elle put ; elle s'était fait la promesse de ne pas fondre en larmes, quoi qu'il arrive. Le corps du brun s'éloigna doucement et avec ce sourire adorable au coin des lèvres, il essuya les larmes qui se glissaient au coin de ses propres paupières. Les prunelles dorées de l'adolescente effleurèrent un instant, ce sourire tendre, ses iris verts et ses mèches brunes ; son cœur rata un battement.

- « tes cheveux, Shikadai. » s'exclama-t-elle, les sourcils froncés.
- « tu n'aimes pas ? » demanda-t-il, amusé. « je les ai coupés, ma mère dit que ça me va plutôt bien. »
- « et elle a raison, tu es très beau. » approuva Karui, un sourire au coin des lèvres.

Le brun souffla un maladroit « merci » au gré du vent et les incita doucement à entrer dans la demeure ; un bruit de pas effréné les tira de l'instant et d'un même mouvement, ils tournèrent la tête vers le garçon, qui déboulait maladroitement dans le corridor.

- « putain. » lâcha-t-il, le souffle court.
- « Inojin, ton langage. » le réprimanda Shikadai, amusé.
- « oh, ferme-là toi. » répliqua le blond.

Le doux Yamanaka n'hésita pas une seconde avant de rompre la distance qui le séparait de la rousse et il la tira dans une étreinte, sans attendre une quelconque invitation ; il resserra fortement sa prise autour d'elle et prit une inspiration, les larmes au bord des yeux.

- « je suis un idiot. » souffla-t-il. « mais je te promets que je ne te quitterai plus jamais, plus jamais jamais. »

Elle acquiesça simplement à ses mots et lui rendit timidement son étreinte ; une existence sans ces deux garçons n'était pas vraiment une existence à ses yeux, ils lui avaient tellement manqués.

Dans un reniflement indiscret, le blond se tira de l'étreinte et salua poliment l'adulte, un sourire gêné au coin des lèvres ; bras dessus-dessous, les deux garçons ouvrirent la marche et les amenèrent dans le salon, dans la bonne humeur. Et elle, elle n'arrivait pas à quitter le brun et le blond du regard, ses iris s'accrochaient désespérement à leurs dos.

- « tu t'es perdu en chemin, Shikadai ? » entendit-elle.
- « c'est Inojin qui s'est mit à chialer comme une fille. » accusa le brun, amusé.
- « pardon ? » s'exclama le concerné.

La silhouette magnifiquement bien dessinée de Temari s'arracha de la pièce d'à côté et elle se glissa dans le salon, un sourire amusé au coin des lèvres ; elle claqua délicatement un baiser sur la joue de l'adulte et tira l'adolescente dans une courte étreinte.

- « regardez comment Chôchô est sage et adorable. » lança-t-elle, un sourcil arqué. « prenez-en de la graine, les garçons. »
- « non. » répliqua le blond, les bras croisés sur son torse. « parce que maman dit toujours que je suis parfait comme ça. »
- « elle dit ça, parce qu'elle est ta mère, justement. » rappela le brun, dans un haussement de sourcils suggestif.

Silencieusement, elle observa les deux adolescents ; ils se chamaillaient, comme deux enfants et ça, cette vision lui mit un peu de baume au cœur. La main du brun frappa durement l'arrière de la tête de l'autre, juste avant que le blond ne tape d'une main ferme ses fesses ; quelques nuances de rose s'accrochèrent aux joues du Nara et il étouffa un tas de mots incompréhensibles entre ses lèvres. Un rire sincère s'extirpa des lippes de la rousse ; ses deux meilleurs amis déposèrent leurs regards sur elle, une pointe de soulagement dans les tripes. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas entendu ce son ?

- « pardon. » dit-elle, dans un souffle court. « vous m'avez manqué. »
- « toi aussi. » répondirent-ils, en chœur. « énormément. »

Temari se hissa doucement près de Karui et lui adressa un sourire franc.

- « Shikamaru est avec elle. » annonça-t-elle. « tu préfères prendre le thé, d'abord ? »
- « non. » répliqua immédiatement la rousse. « si je repousse encore le moment, j'ai bien peur de ne jamais le faire. »
- « tout ira bien, ne t'en fait pas. » souffla la blonde, d'un ton rassurant.

La sunienne échangea silencieusement un regard entendu avec son fils et l'adolescent s'empressa de disparaître dans une autre pièce ; Inojin tira doucement sa meilleure amie sur le canapé et rapidement, les deux femmes prirent place, elles aussi. Un doux silence s'installa, coupé par la voix enthousiaste du blond ; un grand sourire sur les lèvres, il ne cessait de faire des compliments à la rousse. Il semblait si heureux de retrouver sa meilleure amie, que l'adolescente se refusa à rompre l'instant en lui avouant que tous ces compliments étaient un peu gênants.

Le son d'une porte qui se ferme se répercuta un instant dans la demeure, et finalement, au bout de quelques minutes, la silhouette de l'adolescent s'engouffra dans le salon ; il se jeta sans aucune retenue sur le canapé, près d'Inojin. Lui aussi, il était tellement heureux qu'elle soit là, si près d'eux.

Shikamaru apparu soudainement dans l'encadrement de la porte, une fille dans ses bras ; l'adolescente ne s'en rendit pas compte immédiatement, submergée par l'attention du blond.

- « bonjour. » souffla-t-il, un fin sourire au coin des lèvres.

La voix rauque de l'adulte se répercuta un instant entre les murs de la pièce ; le souffle court et une pointe de courage dans les tripes, Chôchô osa un regard vers lui. Ses prunelles d'un beau doré s'accrochèrent de suite à la silhouette de l'enfant, fermement accroché à l'homme ; alors, c'était elle. L'enfant pour qui son père avait offert sa vie. Une partie d'elle voulait haïr cette petite fille, haïr son père pour un acte si idiot, mais elle le connaissait par cœur ; forcément, qu'il avait offert sa vie pour l'enfant, c'était lui tout craché. Derrière ce sourire maladroit, cette silhouette ronde et ce rang de shinobi, se cachait un homme généreux ; trop généreux.

Du coin de l'œil, elle aperçut sa mère qui se relevait maladroitement ; elle aussi, elle ne parvenait pas à détacher son regard de l'enfant. Que ressentait-elle, à cet instant ? Un fin sourire au coin des lèvres, Shikamaru se rapprocha un peu des canapés, une prise ferme autour de la petite fille, qui ne semblait pas être à l'aise.

- « Mitsuha. » appela-t-il, doucement. « tu te souviens de ce que je t'ai dit, il y a quelques minutes ? »

La brune secoua la tête de droite à gauche, dans un haussement d'épaules.

- « cette femme. » commença-t-il, en pointant du doigt Karui. « elle s'appelle Karui, elle est venue pour te voir ; elle est l'épouse de Chôji, tu te souviens de lui, n'est-ce pas ? »
- « hm. » acquiesça l'enfant, dans un hochement de tête positif.
- « elle est venue avec leur fille, Chôchô. » continua-t-il. « je te laisse dire bonjour, d'accord ? »

Dans un geste doux, le brun déposa l'enfant au sol ; elle tituba une minute, gênée par l'attention que les deux rousses posaient sur elle, et finalement, quelques nuances de rose sur les joues, elle se rapprocha de Karui.

- « 'jour. » grommela-t-elle, d'une voix basse.
- « b-bonjour. » bégaya à son tour la rousse.

Mitsuha se lança immédiatement sur le canapé, elle se hissa dessus, avec l'aide de Temari et s'installa confortablement, attrapant un biscuit sur la table basse. Elle semblait méfiante face aux deux inconnues, mais ne dit rien, lorsque l'adulte s'installa sur le même canapé qu'elle ; les larmes au bord des paupières, Karui n'eut aucun mal à comprendre pourquoi Chôji avait sauvé cette petite fille. Elle était tombée follement amoureuse de ce garçon au grand cœur ; les larmes glissèrent le long de ses joues, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Cet idiot lui manquait tellement ; elle le haïssait pour être partie, elle lui en voulait tellement, mais lorsque la tendre silhouette de Mitsuha se glissa dans ses bras tremblants, elle sut qu'il avait fait le bon choix.

Une brise fraîche soufflait à l'ombre ; elle attrapa la bouteille d'eau que le blond lui tendait et approcha le goulot de ces lèvres, une pointe de soulagement dans les prunelles. Ils s'étaient donné rendez-vous ici, sur un vieux terrain d'entraînement sous le soleil, quelques heures en arrière et heureusement pour elle, Boruto avait pensé à tout.

- « comment est-ce que tu as pu oublier de prendre de l'eau, avec cette chaleur étouffante ? » se moqua le blond, un grand sourire sur les lèvres. « je ne savais pas que la grande Sarada Uchiha était capable d'un tel manque de sérieux. »
- « tu es un idiot, Boruto. » lâcha-t-elle, un peu de baume au coeur.

En réalité, le simple fait qu'il soit là, si près d'elle, lui faisait du bien ; ils se connaissaient depuis si longtemps, tous les deux.

- « tu as des nouvelles de Mitsuki ? » demanda-t-elle, au bout de quelques minutes.
- « oui. » acquiesça-t-il. « il m'a envoyé une lettre, récemment ; il vit dans l'un des repaires de son père, avec Karin. »
- « il est entre de bonnes-mains, alors. » souffla-t-elle, rassurée.
- « tu en doutais ? » interrogea le blond, un sourcil arqué.
- « je n'ai pas confiance en Orochimaru. » expliqua-t-elle, calmement.

Lui non plus, à vrai dire ; il s'était retrouvé une seule fois devant le père de son meilleur ami, mais ça avait été suffisant pour qu'il le déteste. Il haussa simplement les épaules, un soupir au bord des lèvres.

- « moi non plus. » avoua-t-il. « mais il n'a pas hésité à faire le pays entier pour retrouver son fils. il n'est peut-être pas quelqu'un de bien, mais il tient à Mitsuki. ça, je n'en doute pas. »
- « tu as sûrement raison. » approuva-t-elle.

S'en était étrange, parce que soudainement, Orochimaru lui semblait être un bien meilleur père que Sasuke ; elle étouffa une pointe de colère dans sa cage thoracique et prit une inspiration, un peu plus calme. La main délicate du blond sur la sienne la tira de ses pensées et elle lui adressa un petit sourire, brisé ; elle n'était pas capable de faire semblant devant lui.

- « qu'est-ce qui ne va pas, Sarada ? » questionna-t-il, d'une voix douce. « je suis là, je ne bouge pas, tu le sais. »

Et au fond, même s'il aurait souhaité s'en aller, il en serait incapable. La brune n'était plus juste une amie d'enfance, elle était l'héritage de Sasuke, son maître ; il était persuadé que quelque part, l'adulte s'était dit que quoi qu'il puisse faire, même disparaître, son élève prendrait soin de sa fille.

- « je suis en colère. » avoua-t-elle, dans un murmure honteux.
- « contre ton père ? » osa-t-il, en resserrant sa prise sur la main de la brune.
- « contre moi-même. » souffla-t-elle, les yeux baissés.
- « contre toi-même ? » répéta-t-il, les sourcils légèrement froncés.

Dans un bond agile, la brune se hissa sur ses deux pieds et repoussa la main de son meilleur ami ; elle semblait si en colère que le blond préféra attendre patiemment qu'elle lui parle. Et il le savait, il la connaissait assez pour savoir qu'elle lui parlerait.

- « je m'en doutais, Boruto. » s'exclama-t-elle, les poings fermés. « je m'en doutais, putain. il était totalement vide, totalement éteint ; je savais qu'il ferait quelque chose, je le savais. »
- « tu n'as pas à être en colère contre toi-même, Sarada. » commenta-t-il.
- « tu ne comprends pas. » grogna-t-elle. « je m'en doutais, mais je n'ai rien fais ; je l'ai laissé mourir à petit feu, sans rien faire. je me suis enfermé dans mon petit monde, en me disant que tout irait bien et maintenant, il.. il.. »

Totalement submergée par l'instant, par le manque de figure paternel, par l'affreuse réalité, la souffrance prit le contrôle et les larmes dévalèrent silencieusement les joues de l'adolescente ; Boruto se confronta pour la première fois à cette vision douloureuse. D'aussi loin que remontaient ses souvenirs, la brune avait toujours été si forte, si indifférente au reste de l'univers ; les mains presque tremblantes, il se tira sur ses deux pieds et se rapprocha d'elle, le souffle court. Il détestait ça, cette souffrance qui déformait les traits de sa meilleure amie ; il la tira délicatement dans une étreinte et resserra sa prise autour de son corps secoué par les sanglots.

- « tu n'es pas la seule à être en colère. » admit-il, dans un souffle irrégulier. « moi aussi, je suis terriblement en colère. »
- « Boruto.. » lâcha-t-elle, entre deux sanglots.

Elle s'accrochait désespérément à la tunique du blond.

- « ça me hante, tu sais. » avoua-t-il, d'une voix éteinte. « j'y pense constamment. c'est de ma faute si mon père est mort. »

Les bras de la brune se resserraient délicatement autour de sa silhouette et il se rendit compte qu'il se sentait en sécurité, là, dans cette étreinte.

- « je suis retourné en arrière. » continua-t-il, les larmes au bord des paupières. « j'y suis retourné et c'est à cause de ça qu'il est mort.. je ne suis pas idiot, je me rends bien compte qu'il serait encore en vie si je ne l'avais pas déconcentré. il serait encore là, si je n'avais pas été là, ce jour-là.. »

Les pleurs du blond s'accentuèrent douloureusement.

- « je l'ai tué, Sarada. » gémit-il. « c'était de ma faute.. »

Une telle culpabilité s'accrochait à leurs épaules, ils n'étaient que deux adolescents dans le fond, mais l'univers faisait d'eux des adultes, un peu plus chaque jour ; Boruto était hanté par l'image de ce trou béant dans la poitrine de son père et Sarada se haïssait pour tous ces mots qui étaient restés coincés au fond de sa gorge. Est-ce qu'un jour, ils s'en remettraient ?

La lumière de la lune ronde se faufilait délicatement par le volet mal fermé ; à une époque, il aurait déclaré que nul spectacle n'était plus beau que l'astre en lui-même, qui illuminait le ciel sombre. Mais là, il avait sous les yeux quelque chose de si magnifique que la lune n'était plus rien, pour lui ; une véritable œuvre d'art. Du bout des doigts, dans une caresse délicate, il repoussa la mèche de cheveux blonds qui traînait sur le visage de l'endormi et la glissa derrière son oreille, un fin sourire au coin des lèvres. Temari dormait profondément et lui, il savourait cette image ; ce qu'elle était belle. Tendrement, il pressa ses lèvres sur le front de la trentenaire et se hissa hors du lit ; la nuit était déjà bien avancée, mais le sommeil refusait de le reprendre. Il se tira maladroitement dans la cuisine, simplement vêtu d'un vieux short et d'un tee-shirt large et attrapa un verre d'eau ; la journée avait été éprouvante, riche en émotions. Karui était restée quelques heures, jouant joyeusement avec une Mitsuha, ravie d'avoir une nouvelle amie, mais l'absence de Chôji s'était fait terriblement ressentir ; son meilleur ami lui manquait terriblement.

Un soupir s'échappa de ses lèvres et il fit volte-face, après avoir déposé le verre vide dans l'évier. Il était sur le point de se rendre dans la chambre, mais son regard se retrouva happé par une teinte rosée, sur le perron de la demeure ; les sourcils froncés, il se rapprocha. Sakura ne dormait pas. Elle était là, sur le perron, le regard perdu dans l'atlas sombre ; sans un mot, il se traîna silencieusement près d'elle et s'installa.

- « insomnie ? » demanda-t-il, les yeux rivés sur la lune.
- « et toi ? » répliqua-t-elle, un léger sourire au coin des lèvres.
- « belle esquive. » complimenta-t-il.

La rose resserra sa prise autour de ses genoux et déposa doucement sa joue sur le sommet ; le bel émeraude de ses iris n'était plus pétillant, depuis bien trop longtemps.

- « qu'est-ce qui ne va pas ? » questionna-t-il, d'une voix douce. « à quoi est-ce que tu penses ? »
- « à lui. » lâcha-t-elle, dans un murmure. « je ne suis pas sûre qu'il m'aimait. »

Il comprenait les doutes qui la frappaient ; après tout, n'importe qui, dans sa situation, en douterait.

- « je me dis que.. » continua-t-elle, d'une voix faible. « peut-être, il l'aimait.. lui. »
- « comment ça ? » souffla-t-il, les sourcils froncés.
- « je me dis que, peut-être, Sasuke était.. amoureux de Naruto. » murmura-t-elle, douloureusement.

Shikamaru se contenta silencieusement de scruter la nuit noire ; qu'était-il censé lui dire ? Les mots de la rose ne l'étonnaient même pas, à vrai dire ; lui aussi, il avait pensé à cette éventualité, plus d'une fois. Il avait remarqué à quel point l'Uchiha semblait heureux, lorsque Naruto était prêt de lui.

- « je pense que. » commença-t-il, prudemment. « je pense qu'il t'aimait, toi aussi. d'une certaine manière. »

Deux billes vertes se posèrent sur son visage et il tenta un sourire légèrement maladroit.

- « je pense que Sasuke était amoureux de lui. » ajouta-t-il. « et qu'il était amoureux de toi. »
- « tu penses qu'il nous aimait tous les deux ? » interrogea-t-elle, un sourcil arqué.
- « oui. » avoua-t-il, sans une once d'hésitation. « il était terriblement heureux, lorsque Naruto était prêt de lui ; mais d'un autre côté, il irradiait, chaque fois que quelqu'un prononçait ton prénom ou celui de votre fille. »

Les explications du brun flottèrent un instant dans les airs ; puis, dans un geste tendre, la rose s'accrocha à son bras et déposa sa tête sur son épaule, une pointe de soulagement dans les entrailles. Shikamaru attrapa doucement sa main dans la sienne et exerça une petite pression.

- « ils me manquent, tous les deux. » confia-t-elle, dans un souffle douloureux. « j'ai l'impression d'avoir perdu mon identité, ce jour-là. »
- « ce jour-là ? » répéta-t-il. « tu veux dire, depuis le décès de Sasuke ? »
- « non. » contredit-elle. « depuis l'instant où j'ai pris la fuite avec les civils. »

Depuis le jour où le septième hokage était tombé, dans les décombres du village qu'il chérissait tant ; il se souvenait parfaitement de ce jour-là. Le son des explosions, les cris, l'odeur de chair brûlée, le sang. Il resserra doucement sa prise autour de la main de la rose et acquiesça.

- « tu sais que ce qu'il m'a dit cet idiot ? » raconta-t-elle, le souffle court. « il m'a dit que Naruto, lui et moi, on se retrouverait toujours. parce que c'était écrit quelque part. »
- « c'est beau. c'est une belle chose ce qu'il t'a dit. » complimenta le brun.
- « j'ai perdu mon époux et mon meilleur ami, ce jour-là. » lâcha-t-elle, quelques larmes au bord des paupières. « j'ai perdu Kakashi et Tsunade, ce jour-là. »

C'est à cet instant que le brun se rendit compte de la situation ; ce jour-là, la rose avait presque tout perdue. Et pourtant, depuis l'instant où elle avait mis un pied au village caché du sable, elle se battait férocement, elle prenait soin de tout le monde, mais qui prenait soin d'elle ? Une pointe de colère naquit dans ses entrailles, il était en colère contre lui-même, contre toutes ses personnes qui n'avaient pas prit le temps de faire attention à elle.

- « je lui en veux tellement. » confessa-t-elle. « et je m'en veux. je me doutais que ça arriverait, je le sentais, mais j'ai continué de croire en lui, inlassablement. quelle idiote. »
- « dis. » souffla-t-il, d'une voix douce, mais au son effrayé. « est-ce que.. » il prit une inspiration. « est-ce que quelqu'un t'a parlé de ce jour-là.. un peu plus en détail ? »

Il connaissait déjà la réponse, au fond ; le traumatisme laissé derrière cette journée empêchait qui que ce soit de raconter les souvenirs. Les prunelles vertes de la rose se heurtèrent silencieusement aux siennes et elle secoua la tête, de droite à gauche, toujours fermement accrochée à son bras.

- « je n'ai.. » articula-t-il, difficilement. « je n'ai jamais raconté ça, à p-personne. Temari ne sait rien.. rien du tout. »

Un léger tremblement effleura ses mains et il prit une inspiration, empreint de courage ; il ne parlait pas de ce qu'il s'était passé, là-bas. Jamais. Sûrement, parce que ça faisait trop mal de mettre des mots sur les horreurs qu'il avait vu.

- « aucun de nous n'aurait survécu si.. si ton époux n'avait pas été là. c'est ça, la dure vérité. » attesta-t-il, le souffle court. « aucun de nous n'a su réagir, face au décès de Naruto. aucun. » il étouffa douloureusement les larmes au bord de ses paupières. « j'étais là et je n'ai rien fais. »
- « Shikamaru. » lâcha-t-elle, dans un murmure tremblant.
- « nous sommes restés plusieurs minutes, là, comme des idiots. » continua-t-il. « à regarder le corps du septième. et nous serions restés longtemps comme ça, si Sasuke n'était pas intervenu. il a dressé une barrière, il a fait taire notre lâcheté et est devenu, le temps d'un instant, le hokage du village. »

Il se souvenait parfaitement de la posture droite du brun, alors qu'il donnait ses ordres aux shinobis tremblants.

- « il a fait en sorte que tout le monde soit en sécurité, le plus vite possible. » ajouta-t-il, submergé par les souvenirs durs de ce jour. « je n'ai jamais réellement porté ton époux dans mon cœur. mais depuis cet instant, je.. je l'admire plus que tout. »

Un souffle tremblant s'échappa des lèvres du brun et il renifla discrètement.

- « Sasuke Uchiha est un héros. » murmura-t-il. « c'est ça, la vérité. »

La prise de la rose autour de son bras se raffermit légèrement et elle déposa, de nouveau, sa tête au creux de son épaule, le regard perdu vers l'horizon ; d'un geste doux, il essuya les larmes qui roulaient sur les joues pâles de la trentenaire et glissa un doux baiser sur son front tremblant. Elle n'était pas seule et elle ne le serait jamais ; il n'avait pas besoin de mots pour lui faire comprendre.