Bonjour les gens ! On vous a manqué j'espère ! ... Comment ça vous ne vous rappelez plus de nous ? Allez rigolez pas, on n'est pas parties si longtemps...

Bref, Celeborn et sa clique sont de retour, après avoir poireauté quelques semaines au sommet de leur colline devant Sirion en se demandant QUAND leurs stupides auteures allaient se décider à les faire bouger pour le chapitre suivant... tandis que nous désertions gentiment pour cause d'épreuves de bac (et de flemme) (mais ça il ne faut pas le dire) (trop tard je l'ai dit) (faites comme si vous n'aviez rien lu) (bref).

Ce chapitre... n'est pas joyeux. C'est un super mélange de dépression et de niaiserie. Mais au moins il n'y a pas de morts. Pour l'instant.

Bref, bonne lecture !

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– De l'autre côté de la mer –

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Jamais avant je n'avais vu la mer ; j'en rêvais souvent, au travers des contes merveilleux de mon enfance qui parlaient des Terres Immortelles, au-delà des grandes ondes, et mon vœu le plus cher, et le plus secret, avait toujours été de la voir.

A présent, j'en avais le loisir ; chaque matin, quand l'air était encore frais des embruns de la nuit, je montais sur le chemin de ronde qui surplombait la falaise, et, accoudé aux murailles, je contemplais rêveusement l'océan rosi par la lueur de l'aube, et le ciel éclatant de milles couleurs. C'était un spectacle magnifique, mais dont je me repaissais sans joie ; car je ne pouvais m'empêcher de songer aux vertes forêts de Doriath que j'avais abandonnées derrière moi. Mon rêve inavoué s'était exaucé parce qu'on m'avait ravi mon foyer, et la beauté du petit matin baignant l'immensité de la mer était teintée d'une douleur sourde. Pourtant, je m'obstinais à monter chaque jour sur le chemin de ronde, et m'abîmer dans mes souvenirs mélancoliques dans le vent marin, comme une pénitence que je m'infligeais à moi-même, avec délectation. Galadriel avait remarqué mon manège, et avait voulu m'arrêter ; mais ni ses demandes répétées, ni ses ruses, ni ses foudres n'avaient pu me faire renoncer. Dussé-je me brûler les yeux à fixer le soleil levant, j'avais la sensation qu'il était important que je sois là, à cet instant, jour après jour. Car bien loin, de l'autre côté de la mer, était Valinor, là où tant des miens s'en étaient allés. Thingol, Elmo, Mablung, Ravennë, Galadhon, Galathil, Oropher, Thranduil ; leurs noms dansaient devant mes yeux, trop nombreux, tous souillés de sang...

Un jour, je détachais mon regard de l'horizon pour l'abaisser vers le gouffre qui s'ouvrait sous moi. Des flots écumeux qui s'écrasaient inlassablement au pied de la haute falaise. Et en admirant le flux et reflux des vagues, je songeais qu'il était si simple de se pencher un peu, rien qu'un peu – un tout petit peu trop –, et de tomber par inadvertance…

-Seigneur Celeborn ?

Cette voix fraîche me fit sursauter. Tournant la tête, je croisais les grands yeux gris d'Elwing levés vers moi.

-Que faites-vous ici ? L'interrogeai-je, un peu brusquement.

-N'ai-je pas le droit de me trouver là ? Est-ce que je vous dérange ?

A son cou brillait le Silmaril, qu'elle ne quittait jamais. Son visage était encore celui d'une adolescente, d'un bourgeon à peine éclos, mais ses yeux trop graves étaient gris comme un ciel d'orage, et reflétaient l'ombre qui nous hantait tous. Bien que nous ayons été accueillis avec bonté par les gens des Havres de Sirion, bien que nous nous y soyons peu à peu installés comme dans notre nouveau foyer, jamais le souvenir de Menegroth ne nous quittait, et la tristesse nous pesait comme un fardeau.

-Vous allez où bon vous semble, et vous ne me dérangez pas, répondis-je après un long moment de silence.

Détournant le regard, je fixais mes mains appuyées à la rambarde de pierre.

-Je sais à quoi vous pensiez, murmura la fille de Dior, à peine audible dans la brusque bourrasque qui fit s'envoler nos manteaux et nos chevelures.

Mes mains se crispèrent sur la pierre, blanchies par le froid. Et la jeune voix frêle continuait de chuchoter dans le vent :

-Je ne saurais vous traiter d'égoïste, seigneur Celeborn. Mais au lieu de songer à ceux que vous avez perdu, pensez plutôt à ceux qui sont restés.

-Que savez-vous ? Comment pouvez-vous me juger, vous qui n'êtes qu'une enfant ?

Je crachais ces mots avec violence, comme le venin d'un serpent ; et ma brusquerie parut atteindre Elwing en plein fouet. Les joues rougies par les gifles du vent, les yeux écarquillés, elle me fixait sans ciller, avec peine et une pointe de pitié.

Et je la haïs à cet instant ; je haïs ce regard qu'elle portait sur moi, car il était le reflet de ce que je pensais de moi-même.

-Dame Galadriel se fait beaucoup de soucis pour vous ; et elle aussi souffre, comme vous, et comme chacun d'entre nous. Vous n'avez pas le droit de la négliger comme vous le faites depuis notre exil.

Elle recula d'un pas, comme face à un ennemi imprévisible qu'elle ne savait comment fuir.

-Quant à votre question, seigneur, je crois être en droit de juger ce que vous ressentez, car je le comprends. Vous n'êtes pas le seul à avoir perdu des êtres chers contre les fils de Fëanor.

Et elle fit volte-face, sa mante grise tourbillonnant autour de ses épaules comme les ailes d'un oiseau frêle, s'éloignant sur le chemin de ronde jusqu'à l'escalier de la tourelle.

Tandis qu'elle s'éloignait, je jetais un dernier regard à l'écume se fracassant au pied de la falaise. Mon envie d'y plonger s'était dissipée, ne laissant sur ma langue qu'un amer goût de terre qui me laissait la langue âpre.

Quittant à mon tour les hautes murailles, je redescendis dans la cour. Nous nous étions établis dans la citadelle au cœur des Havres, et j'y avais pris mes repères au fil des semaines ; mais souvent, la nostalgie me prenait en plein cœur quand, par habitude, je cherchais les galeries descendant à la salle d'arme ou l'escalier souterrain menant à la bibliothèque. Ici, les colonnades étaient ouvertes sur le ciel et les étages s'enroulaient les uns aux autres comme si les tours souhaitaient toucher le ciel. Rien ne ressemblait aux cavernes où j'avais grandi, et parfois, sans raison apparente, cette constatation me faisait monter les larmes aux yeux. Mais jamais je ne m'étais autorisé à les laisser couler. Jamais. Je les ravalerais jusqu'à ce qu'elles s'étouffent d'elles-mêmes dans ma poitrine.

Quittant le bastion central, je regagnais l'aile où se trouvait les appartements que je partageais avec mon épouse. Je savais qu'elle passait une grande partie de son temps dehors, conversant avec les habitants des Havres comme si elle avait toujours vécu parmi eux. Parfois, en sa compagnie se trouvait un seigneur elfe que j'avais d'abord, de loin, pris pour un vieil Homme, à cause de la barbe d'argent qui ornait son menton. Il s'appelait Cirdan, Seigneur des Balar, et il avait été, à ce que j'avais compris, grand ami de Finrod Felagund au temps où celui-ci était en vie. Nous nous étions adressé la parole qu'à quelques reprises ; il ne m'était pas antipathique, et je ne crois pas qu'il me méprisât, mais en vérité, je ne parlais pas à grand monde depuis notre arrivée. Galadriel elle-même peinait à m'arracher deux phrases alignées ; et à vrai dire, je fuyais sa présence comme celle des autres. Je n'avais envie ni de parler ni de voir quiconque. Elwing avait raison, je préférais me complaire dans le passé et les choses perdues, au lieu de regarder ce qu'il me restait, et ce que je pouvais bâtir.

Pensif, je pénétrais dans mes appartements en pensant m'y trouver seul. Mais Galadriel était assise au bord de la fenêtre, ses lourdes boucles brillantes comme l'or dissimulant son visage tourné vers le ciel. Sa silhouette vêtue de draperies fines se détachait dans le ciel d'azur d'une manière saisissante, comme si elle irradiait de la lumière de l'aube. Me figeant dans l'encadrement de la porte, surpris de la voir, je ne sus que faire, que dire ; respirer soudain me semblait superflu.

A toute vitesse, je calculais le nombre de semaines écoulées depuis notre arrivée, et il m'en sembla autant depuis que je ne l'avais pas vraiment vue.

Lentement, enfin, elle tourna le visage vers moi, et ses yeux que j'avais toujours vu briller de passion semblaient éteints, comme des braises ternies par la cendre.

-Je vous ai vu quitter le chemin de ronde, mais je ne pensais pas que vous remonteriez ici.

Sa voix était grave et lasse, avec un accent étrange, qui sonnait comme un sanglot contenu.

M'approchant pas à pas, je distinguais par la fenêtre une vue plongeante sur l'endroit où je me trouvais quelques instants auparavant, avec Elwing.

-Vous me regardiez ? Demandai-je à mi-voix.

Les genoux repliés contre sa poitrine, elle leva vers moi un regard qui m'évoqua celui d'un enfant blessé. Je me retins de la prendre dans mes bras sur-le-champ. Je ne m'y sentais pas autorisé.

-Je vous regarde tous les jours, alors que vous vous perdez à l'horizon.

La gorge serrée, je ne trouvais rien à répondre à ces yeux fatigués qui cherchaient les miens.

-Ce n'est pas un reproche, reprit-elle d'une voix lointaine, alors que son regard se perdait de nouveau par la fenêtre. Je comprends que vous ayez besoin de solitude. C'est pour la rechercher que vous êtes remonté ici, n'est-ce pas ? Je vais vous laisser ; je disparais.

Ses jupes bruissèrent alors que ses pieds nus frôlaient le sol. Mais alors qu'elle allait s'esquiver, furtive comme un fantôme, je l'agrippais par le bras pour la retenir. Je ne mesurais pas la brusquerie de mon geste ; et en voulant la repousser en arrière, je la plaquais contre le mur, bloquant ses poignets entre mes mains.

-Celeborn…

Effrayée, elle tenta de se dégager. Je resserrais sèchement mon emprise, tordant ses poignets pour la faire tenir tranquille, l'immobilisant en pressant mon corps contre le sien. La tête rejetée contre la pierre froide, elle respirait par saccades. Au travers du bourdonnement du sang pulsant dans mes oreilles, je crus l'entendre appeler mon nom.

Et alors seulement je réalisais ce que j'étais en train de faire.

Je la lâchais et reculais de trois pas, les mains écartées. Elle reprit laborieusement son souffle, la tête inclinée. Mon cœur palpitait d'indignation dans ma poitrine. Si j'avais eu moins de courage, je me serais certainement enfui, pour ne pas avoir à affronter les conséquences de mon acte.

-Celeborn…

Je restais figé sur place, incapable de la regarder en face. Sa voix était calme, mais il y couvait un accent peiné, déçu, qui me fit plus mal qu'une gifle.

-Je ne suis pas excusable, bredouillai-je, en sentant poindre de nouveau ces larmes que je refusais de laisser paraître.

Je l'avais brutalisée, elle, comme si elle était un adversaire à vaincre. Le sang qui tachait mes mains et le souvenir de ceux que j'avais perdu m'égaraient l'esprit.

-J'ai réagi trop vivement, repris-je, d'une voix que j'avais de plus en plus de mal à contrôler. Mais je… je voulais simplement… que vous restiez…

Secouant lentement la tête, je portais une main à mon front pour repousser mes cheveux tombant devant mon visage. Je ne savais même pas quoi dire ; ni demander pardon, ni me justifier ; en vérité, il n'y avait rien à dire…

-Celeborn…

Sa voix douce s'accompagna d'un contact frais sur ma joue. Le parfum capiteux de ses cheveux me parvint, tout proche.

Ses mains familières caressèrent mon visage, accompagnées du souffle de ses lèvres qui se déposèrent sur mon front et mes paupières. La tête baissée, je recueillis sa tendresse comme une grâce divine, n'osant bouger d'un cil de peur de briser l'instant. Je ne pouvais plus laisser ma maladresse prendre le dessus. Pas quand il s'agissait d'elle.

-Je ne vous en veux pas, mon aimé, chuchota-t-elle à mon oreille. Pas plus que je ne vous mépriserais pour votre acte. Alors je vous en supplie, chassez cette culpabilité de votre cœur.

Sa main se posa sur ma poitrine. Je sentais la chaleur de sa paume à travers ma tunique.

Alors, avec une infinie douceur, comme on toucherait une statue de verre, je l'étreignis en tentant de transmettre par mon geste tout mon amour pour elle, et mon désir de la vénérer comme la reine des reines, car c'était la seule couronne qui fut digne d'être par elle portée. Elle s'abandonna entre mes bras, nichant tout naturellement son visage au creux de mon cou, et je respirais avec avidité le parfum de ses cheveux.

Délicatement, elle nous conduisit jusqu'au rebord du lit où nous nous assîmes, sans nous séparer ; et je l'enlaçais plus étroitement, avec une sorte d'urgence, mes bras serrés autour de sa taille comme si je craignais de la voir s'enfuir.

-J'ai été lâche, confessai-je d'une voix tremblante, alors que des larmes confuses s'échappaient de mes yeux. Depuis que nous sommes ici, je vous ai fui… vous ne méritiez pas cela ; et je ne vous demanderai pas pardon, car je suis impardonnable. Mais je veux que vous sachiez, que tout indigne de vous que je sois, je vous aime plus que tout au monde. Je vous supplie, ma dame, ma reine, de me laisser une seule chance de vous montrer ma dévotion.

-Celeborn, Celeborn, prononça-t-elle d'une voix légère comme un souffle de vent. Il est trop tard pour demander pardon, car je vous ai déjà pardonné ; grande était ma rancune envers vous, je l'avoue, mais j'ai été aussi égoïste que vous. C'est moi qui aurais dû être là pour vous, après les épreuves que vous avez traversées ; et c'est moi qui demande votre pardon.

Le cœur battant, je ne trouvais pas de mots qui fussent capables de répondre à ses paroles. Relevant la tête, je cherchais ses lèvres, les yeux fermés, et elle me les offrit sans réserve. Ses joues étaient humides. Ses larmes se mêlèrent aux miennes.

-Malgré le temps passé, je n'arrive pas à guérir, murmurais-je. Les souvenirs me hantent ; j'ai vu mon roi tomber, et mon frère être assassiné sous mes yeux ; mais plus que tout, c'est le sort d'Oropher et de son fils qui me torturent. Ils ont disparu sans que je ne puisse espérer les voir vivants, sans que je ne puisse non plus faire le deuil de leur mort ; tant que je n'aurais pas vu leurs cadavres, je ne pourrais trouver un sommeil paisible.

-J'ai aussi connu cette incertitude, quand mon frère a disparu, avoua Galadriel en soupirant contre mon épaule. Mais au fond de moi, mon cœur me disait qu'il s'en était allé bien loin de là, qu'il était retourné sous les arbres des jardins de Valinor que nous n'aurions jamais dû quitter. Que vous dit le vôtre ?

Elle leva la tête pour me regarder dans les yeux, tandis que, sourcils froncés, je tentais de me concentrer sur les pulsations précipitées dans ma poitrine.

-Pas comme ça, sourit ma bien-aimée en caressant ma joue. Celeborn, si je vous disais que les cadavres d'Oropher et de Thranduil pourrissaient parmi les ruines de Menegroth…

Frissonnant à cette pensée horrible, je la coupai d'un cri :

-Non ! C'est impossible !

-Alors, gardez espoir, conclut-elle en haussant le menton pour me voler un nouveau baiser.


Depuis ce jour, nous montions chaque matin sur les remparts et contemplions, main dans la main, le soleil se lever au-dessus de la mer. Galadriel me parla de Valinor comme elle ne l'avait encore jamais fait, me décrivant en détails le blanc palais de Tirion, où régnait Finwë, et les arbres argentés du Jardin d'Irmo, évoquant ces temps heureux passés auprès des siens, quand Morgoth n'avait pas encore étendu son ombre sur le monde. Nous nous plûmes à imaginer ceux qui avaient quitté le Beleriand vivre en paix aux Terres Immortelles, probablement plus heureux qu'ils ne l'avaient été ici, et le souvenir de leur disparition ne nous fut plus si douloureux. Quand je lui demandais si elle regrettait d'avoir suivi ses frères hors de Valinor, elle me regarda d'un air presque attendri, avant de me répondre que si elle ne l'avait pas fait, jamais elle ne m'aurait rencontré ; et c'est cela qu'elle aurait regretté.

Il m'arriva parfois de sourire en contemplant la beauté de Sirion. La paix au cœur, je sortis de mon mutisme, réappris à Elwing à rire, et songeais sans tristesse à ce qui était désormais derrière moi.


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Poooo *se mouche* Miroir ? Tu peux me passer un autre mouchoir ? Merci...

Bref...

On espère que ça vous a plu et... *se mouche*... on va essayer quelque chose un peu plus heureux... Non ?

A la prochaine !