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Réponse à Claire

Merci beaucoup ! Pour Marly, la réponse dans quelques chapitres ;)

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TOME 1 : LA FIN DE L'INSOUCIANCE

Partie 2 : Les méandres du passé

Chapitre 38 : It's Time To Play

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Décembre 1975

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Inévitablement, les révélations de ma grand-mère firent changer les choses au sein de notre famille. Mon père aurait pu en vouloir à sa mère du temps qu'elle avait mis à lui raconter tout cela, mais l'idée ne sembla à vrai dire même pas l'effleurer. Au contraire : il avait l'air bien plus heureux, le sourire qui trônait sur ses lèvres parvenant presque à faire oublier ses cernes toujours plus foncés. Si cela m'étonna au début, je constatai bien vite que son comportement était loin d'être le plus étrange. Il était par exemple bien plus surprenant de voir à quel point ma grand-mère paraissait sereine maintenant qu'elle s'était libérée du passé qu'elle traînait aussi lourdement qu'un prisonnier son boulet, ou encore d'intercepter les regards toujours hautement méprisants que Marly lui adressait depuis ce fameux réveillon.

Un après-midi de la fin décembre, je me souviens d'ailleurs l'avoir vue fusiller une énième fois ma grand-mère du regard tandis que, confortablement assise dans le fauteuil en cuir du salon, celle-ci lisait un quelconque journal traitant des dernières nouveautés musicales. N'ayant rien d'autre à faire, je tentai l'espace d'un instant d'en deviner la raison, mais forcée de reconnaître que je n'arriverai à rien, je finis par abandonner pour m'intéresser à Jake qui, penché sur une boule de cristal, essayait vainement d'y apercevoir quelque chose. Lorsque les Potter et les Martins, que ma mère avait invités pour le thé, arrivèrent, le parchemin qu'il était censé compléter pour son cours de divination était toujours désespérément vide.

— Tu fais ton devoir de divination ? lui demanda Joyce en venant s'asseoir avec nous.

— Non, je contemple cette merveilleuse boule transparente dans l'espoir qu'elle donne un sens à ma vie incroyablement pathétique, grogna Jake.

— Honnêtement, je ne vois pas pourquoi tu t'embêtes, dit James. Moi j'ai tout inventé. Tu connais la prof, il suffit que tu glisses une du blabla à propos de la rencontre entre deux âmes sœurs et elle sera contente.

Jake haussa les épaules en repoussant la boule un peu plus loin sur la table vernie. Pour ma part, je jetai un regard étonné à James, surprise qu'il adresse la parole à Jake de son plein gré. Si, quand ils se croisaient en-dehors de Poudlard, ils étaient toujours cordiaux l'un avec l'autre, leurs rapports n'en étaient pas moins empreints de froideur, alors le voir conseiller mon frère me fit un drôle d'effet.

— Je crois que c'est ce que je vais finir par faire.

— C'est fou ce que vous pouvez être flemmards, marmonna Joyce en levant les yeux au ciel. Je suis certaine que ce n'est pas si dur que ça de voir quelque chose dans cette cochonnerie, affirma-t-elle en saisissant entre ses doigts fins la boule de cristal.

Jake esquissa une moue sceptique mais la laissa tout de même faire.

— Tu crois sérieusement que tu vas réussir à voir quelque chose, Joyce ? se moqua James. Après tout, tu as raté cet examen...

Joyce tira la langue au Maraudeur et se pencha sur le petit objet avec une concentration presque comique tant elle était incongrue.

— Tu vois quelque chose ? m'enquis-je avec un sourire amusé.

— Chuuuuut, je me concentre...

Bien que peu confiants quant à sa réussite, on se tut tous pour la laisser se plonger dans la contemplation de l'objet.

— Je vois... des débris, murmura-t-elle après quelques instants, les sourcils froncés, en se penchant encore plus sur la boule de cristal. Il y a des flammes aussi, poursuivit-elle. Et des corps... Ils ne bougent pas. Ils sont morts, je crois. C'est marrant, ce cadavre-là il ressemble à...

— Qu'est-ce que vous faites, les enfants ?

Fascinés comme on l'était par les âneries que déblatérait Joyce avec un sérieux déconcertant, la surprise fut générale quand mon père nous interrompit et je ne fus pas la seule à sursauter.

— Jake délègue ses devoirs à Joyce, expliqua Marly.

— Elle a l'air de prendre cette tâche à cœur, commenta-t-il avec un amusement semblable, jetant un œil à Joyce qui était toujours aussi concentrée sur sa boule de cristal et ne semblait même pas avoir remarqué que les adultes étaient entrés dans le salon.

— Ça c'est sûr, approuva Jake. Je ne l'ai jamais vue aussi concentrée !

— Tu es toujours avec nous, Jojo ?

Joyce ne bougea pas plus qu'auparavant, comme envoûtée par son observation et, agacée, je finis par lui secouer l'épaule pour lui faire comprendre qu'on lui parlait. La Serpentard fit un bond en l'air difficilement égalable et, sans que personne ne puisse la rattraper, la boule de cristal de Jake alla s'écraser au sol, répandant un millier de petits morceaux scintillants sur le tapis du salon. Les joues de Joyce rosirent légèrement lorsqu'elle comprit que toutes les conversations s'étaient arrêtées avec le raffut qu'elle avait fait.

— Désolée, murmura-t-elle.

— Il n'y a pas de mal, Joyce, fit mon père.

Il agita sa baguette et, aussitôt, les éclats éparpillés au sol se rassemblèrent, recréant la boule détruite.

— Et si on prenait le thé, maintenant ? proposa ma mère, coupant court au malaise qui s'était installé.

— Excellente idée ! approuva Mrs Martins avec sa douceur naturelle.

Les adultes s'assirent dans les divers fauteuils du salon et ma mère ensorcela les tasses à thé pour qu'elles aillent se poser devant les invités. Elle sortit ensuite des petits biscuits de tradition alsacienne qu'elle avait coutume de préparer à Noël et l'incident fut oublié. La conversation commença de façon tout à fait anodine, traitant de musique du côté de ma grand-mère et de Mr Martins et des réveillons de chacun chez les autres mais, bien vite, elle vogua vers des eaux moins tranquilles. Avec cinq Aurors dans la pièce, il était évident que le sujet de la guerre serait abordé, mais je ne pus m'empêcher de frissonner lorsque l'attaque du Chemin de Traverse s'immisça dans la discussion.

— Vous n'avez toujours pas trouvé les coupables ? questionna ma grand-mère.

— Non, répondit sombrement Mrs Potter. Ceux qui ont fait ça ne sont pas des novices, c'est évident. Ils n'ont laissé aucun indice et aucun moyen d'arriver à savoir comment ces pauvres nés-moldus ont été tués. Aucun sortilège connu des autorités n'a été utilisé sur eux.

— Et il y a pire, fit sombrement son mari.

— Quoi ?

— Les corps des employés qui avaient disparu nous ont été renvoyés. Tous morts. Tous ensanglantés. Tous décharnés, exactement comme la famille de l'attaque du Chemin de Traverse.

— Et le Ministère n'a rien dit ?

— Le Ministère a déjà perdu suffisamment de crédibilité au fil des dernières semaines pour ne pas semer la panique dans tout le pays. D'autant plus que les élections du nouveau Ministre vont bientôt avoir lieu. Les grands électeurs détiennent le pouvoir d'agir ou non et pour l'instant ils sont trop occupés à savoir quel candidat ils vont bien pouvoir élire.

— Et vous n'avez vraiment pas le moindre indice qui vous permettrait d'identifier le coupable ?

— Non. Mais c'est une bonne chose, je crois, affirma Edwin Martins.

— Comment ça pourrait être une bonne chose ? fis-je en ouvrant de grands yeux.

— Tant que la personne qui est derrière tout ça ne cherche pas à se faire connaître, on peut considérer que la guerre n'est pas encore là. Tant qu'on ne sait pas quel ennemi affronter, on peut considérer qu'il n'y en pas. Mais dès qu'on aura vu son visage, on sera obligés de lui faire face.

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Janvier 1976

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Quelques heures à peine après ce sombre avertissement, le nouveau Ministre de la Magie fut élu par les hauts dignitaires du Ministère. Ancien directeur du département de la coopération magique internationale, Harold Minchum fut révélé au grand public dans les journaux alors que s'écoulaient les dernières heures de l'année 1975. En apprenant sa nomination, j'eus l'impression qu'il s'agissait d'une bonne nouvelle, les relations dont il disposait forcément dans les autres pays pouvant aider à la résolution du problème, mais la façon dont mon père replia sèchement l'édition de la Gazette du Sorcier diffusant la nouvelle me rendit perplexe. D'autant plus que cette conversation avec les Potter et les Martins avait eu pour conséquence de rendre bien plus concrète la menace de la guerre. Je savais qu'à Poudlard je ne craignais rien, mais je commençais sérieusement à m'inquiéter pour mes parents et, surtout, pour mon Auror de père.

En effet, un soir où l'on commençait à se demander s'il rentrerait jamais du Ministère, ma mère avait consenti à nous avouer ce dont nous nous doutions déjà à cause des discussions surprises pendant l'été : il s'était engagé dans une organisation secrète, menée par nul autre que Maugrey Fol-Œil et destinée à lutter contre l'ennemi invisible qui sévissait dans l'ombre.

L'impression d'avoir eu des inquiétudes bien trop légères au sujet de la guerre s'intensifia davantage lorsque, en entrant la salle commune des Gryffondor après le banquet de retour, je remarquai l'attroupement qui s'était formé devant le tableau d'affichage de la pièce. En entraînant Angel et Becca dans mon sillage, je jouai des coudes pour parvenir à lire la nouvelle note qui avait été punaisée en dépit des élèves agglutinés devant. Dans une encre vert émeraude bien trop festive pour les nouvelles qu'il apportait, un message de la part de la direction de l'école déclarait :

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A L'INTENTION DE TOUS LES ÉLÈVES

En raison des récents événements survenus dans le monde magique, sachez que certaines précautions seront adoptées en ce début d'année.

Premièrement, et à notre grand regret, les sorties à Pré-au-Lard seront annulées jusqu'à nouvel ordre. Les élèves sont priés de respecter ce choix destiné à assurer leur sécurité et de ne pas tenter de quitter l'enceinte du château sans être accompagné d'un professeur et d'une autorisation adéquate.

Secondement, et ce dans le même but, le couvre-feu sera avancé d'une heure et débutera désormais à vingt heures trente.

Pour votre sécurité, merci de respecter ces quelques recommandations.

Cordialement,

Albus Dumbledore, directeur de l'école de sorcellerie de Poudlard ; Minerva McGonagall, directrice adjointe.

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— Sérieusement ?! s'indigna Becca une fois sa lecture achevée. Mais on est allés à Pré-au-Lard qu'une seule fois !

— Je pense que ce n'est que le début, intervint la voix de James derrière nous.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? l'interrogea Angel en fronçant un sourcil.

— Qu'on est bien loin d'avoir fini de subir des restrictions. Poudlard est une véritable forteresse et Dumbledore fera tout pour qu'elle le reste en gardant l'ennemi au-dehors.

Un sombre ricanement lui répondit et je me tournai vers Sirius qui arborait une mine désabusée.

— M'est avis que ce n'est pas de l'ennemi extérieur dont Dumby doit se méfier. C'est de celui qui se trouve déjà ici.

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Malgré les ténèbres qui s'épaississaient au dehors, la vie au sein de Poudlard reprit comme avant l'attaque, imperturbable. Les cours s'enchaînèrent, les devoirs s'accumulèrent ; bref, les jours passèrent. Et la perspective d'un futur peu joyeux n'empêcha pas Thomas de nous mener la vie dure durant les entraînements. En vue du match contre les Serpentard qui approchait et que notre capitaine ne voulait surtout pas perdre, il réserva le terrain de Quidditch presque tous les jours et, qu'il pleuve ou qu'il vente, nous fit nous entraîner sans relâche. Il y eut même un jour de la mi-janvier où, malgré les flocons de neige voltigeant dans les airs, nous glaçant les joues et recouvrant peu à peu le sol d'une couverture blanche, nous dûmes attendre d'être gelés jusqu'aux os pour que Thomas daigne nous laisser regagner le sol.

— Ok, on a fini pour aujourd'hui ! Rendez vous demain après-midi, même heure. Azer et Wade, c'est vous qui rangez aujourd'hui.

J'entendis le grognement étouffé d'Angel et retins un rire alors que le reste de l'équipe rejoignait les vestiaires avec empressement. Je récupérai le souaffle et le rangeai dans la malle destinée aux balles tandis qu'Angel s'occupait de maîtriser les deux cognards.

— Ce mec m'énerve ! s'agaça-t-elle en en serrant un contre elle. Ça fait deux fois qu'on range les balles cette semaine et lui il le fait jamais !

— Vous n'avez toujours pas décidé d'enterrer la hache de guerre ?

— On ne se fait pas la guerre !

— Non, c'est vrai que vos rapports sont des plus cordiaux, ironisai-je.

— Dans tous les cas, ce n'est pas de ma faute. C'est lui qui passe sa vie à me provoquer et à me faire sortir de mes gonds. Ou alors il fait exprès de me regarder bizarrement pour me mettre mal à l'aise. Il m'énerve !

— C'est ce que j'avais cru comprendre. Tu sais, si tu cessais de réagir à chacune de ses piques, il arrêterait sûrement. C'est parce que tu réagis que ça devient drôle pour lui.

— Que j'arrête de réagir ? Plutôt mourir ! Je ne le laisserai pas se foutre de ma poire sans riposter ! Non, ce que je vais faire, c'est réagir différemment !

J'étouffai un rire.

— Oh, tu comptes changer de stratégie, alors ?

— Exactement. Tu sais, j'ai bien réfléchi pendant les vacances, et...

— Tu as réfléchi ? En fait, cette histoire t'atteint bien plus que ce que tu ne veux bien laisser paraître ! Ne serais-tu pas perturbée par ses regards... ?

Angel ouvrit de grands yeux.

— Non mais ça va pas la tête ?! s'exclama-t-elle. Plutôt crever ! Je m'en fiche complètement ! Il a qu'à me regarder comme il veut !

— Ah bon ?

— Oui ! Tu penses peut-être que le mieux pour qu'il arrête son petit jeu débile est de ne pas réagir à ses provocations, mais moi je pense que le mieux c'est juste de réagir de la manière dont il s'y attend le moins.

— Tu peux développer ? questionnai-je en fronçant un sourcil. Tu raisonnes depuis des hauteurs qui me sont inaccessibles.*

— Clayson est persuadé que je ne suis qu'une pauvre courge qu'il arrive à intimider et à énerver à sa guise. Si je réponds à ses idioties, peut-être qu'il comprendra que je suis moi aussi tout à fait capable de faire ce qu'il fait.

— Quand tu dis « ces idioties », tu parles de son jeu de drague à deux balles ?

Angel vira au rouge vif.

— Ce n'est absolument pas un jeu de drague !

— C'est totalement ce que c'est. Il te drague ouvertement parce que ça l'amuse de te voir rougir. Parce que, désolée de te l'avouer ma petite Angie, mais tu rougis bel et bien quand il te regarde simplement pour te mettre mal à l'aise.

Angel parut méditer quelques instants ce que je venais de lui dire avant d'hausser les épaules.

— Qu'il fasse semblant de me draguer ou non, je vais rentrer dans son jeu, et il va vite se rendre compte que je ne suis pas la fille coincée qu'il croit. Qu'est-ce que tu en penses ?

Mon amie paraissait toute fière du stratagème qu'elle avait mis au point pour rendre la monnaie de sa pièce à Thomas, mais j'étais loin de trouver son idée aussi géniale qu'elle.

— Je trouve que c'est l'idée la plus stupide dont tu m'aies parlé depuis que je te connais.

Angel se vexa.

— Non mais sérieusement, Angie ! m'exclamai-je en écartant les bras. Tu crois sincèrement que c'est une bonne idée de faire un truc pareil ? Il a trois ans de plus que toi ! Trois ans ! T'imagines ce qui va se dire sur toi si votre petit manège parvient à des oreilles mal intentionnées ? Déjà que la moitié de l'école est persuadée que tu as été prise dans l'équipe simplement parce que tu lui plaisais... Et puis même, qui te dit que tu ne vas pas te prendre à ton propre jeu en faisant ça ?

— Et pourquoi ce serait moi qui me prendrais à mon jeu, d'abord ? s'enflamma la batteuse.

Je poussai un soupir.

— De toute façon, je ne vois même pas pourquoi je te demande conseil à toi, reprit Angel. Ce n'est pas parce qu'avoir une relation avec un garçon, quelle qu'elle soit, te fait peur que ça devrait être la même chose pour tout le monde.

— Quoi ?!

— Tu crois que j'ai pas remarqué ce qui se passait avec Theo ?

Je sentis mes joues s'enflammer.

— C'est mon meilleur ami, Alicia ! Et contrairement à ce que tu crois, tu n'es pas si compliquée à déchiffrer comme fille. Tu es amoureuse de lui et, pour être honnête, je ne vois même pas comment il ne s'en est pas encore rendu compte, cet imbécile.

Stupidement, je me sentis soulagée.

— Charlie aussi a remarqué, c'est pour te dire. Et d'ailleurs je ne comprends vraiment pas pourquoi tu agis comme ça avec lui. Il ne t'a rien fait, ce n'est pas de sa faute si tu t'es entichée de lui, et encore moins de la sienne s'il s'est entiché de toi.

Les pommettes cramoisies, j'ouvris la bouche pour répondre mais Angel ne m'en laissa pas le temps.

— À ton avis, pourquoi est-ce qu'il prend tout le temps ta défense et est vexé quand tu passes du temps avec les cinquièmes années ? Franchement, Alicia, c'est évident que tes sentiments sont réciproques. Surtout que j'ai essayé de te le faire comprendre un million de fois. L'autre fois, dans le dortoir, tu crois vraiment que j'aurais déballé devant Zoey et Sun-Ly que mon meilleur ami avait peut-être des sentiments pour toi si tu n'avais pas été la personne à qui je voulais le faire comprendre ?

Maintenant qu'Angel me le disait, c'était vrai que ce n'était pas du tout son genre de prendre part aux soirées ragots de Zoey, encore plus lorsque lesdits ragots concernaient ses amis.

— En sachant ça, je ne comprends vraiment pas pourquoi tu n'as rien tenté, conclut la brune en hochant gravement la tête.

— Et si ça c'était mal fini ? Tu y as pensé à ça, Angel ? Au bordel que ça aurait foutu si jamais on avait essayé de mettre quelque chose en place et que ça n'avait pas tenu ?

À ces mots, Angel éclata franchement de rire.

— Sérieusement ? Ouah ! Je te savais pessimiste, mais pas au point de commencer toutes tes histoires par la fin ! Si tu passes ton temps à te demander ce que les gens vont penser, les conséquences qu'il va y avoir ou que sais-je encore, tu vas sincèrement avoir une vie de merde !

Sur ces belles paroles, Angel tourna les talons et avança d'un pas chaloupé jusqu'aux vestiaires. Je poussai un nouveau soupir et, tout en ramassant la malle contenant les balles de Quidditch, ne tardai pas à la suivre, me demandant comment la discussion avait pu déraper autant. Ne parlait-on pas d'elle et de son plan pourri pour se venger de Thomas, au départ ?

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Après ma prise de bec avec Angel, je jugeai bon de rentrer directement au dortoir pour prendre ma douche, nous laissant à toutes les deux le temps de nous calmer. La plupart des élèves étant descendus manger, la tour des Gryffondor était presque déserte et je n'eus aucun mal à me frayer un chemin jusqu'à mon dortoir. Je pris quelques affaires et entrai dans la salle de bains avant de sursauter. Près de la petite étagère qui accueillait toutes nos affaires, Zoey fouillait activement dans une de ses trousses.

— Qu'est-ce que tu as perdu, encore ? lui demandai-je lorsqu'elle m'aperçut.

— Mes boucles d'oreilles ! Tu ne les aurais pas vues ?

Avec amusement, je lui désignai le rebord de la baignoire où les deux petits anneaux d'argent étaient posés.

— Ah ! Merci Alicia, tu me sauves ! Angel n'est pas avec toi ?

— Non. On s'est un peu... pris la tête après l'entraînement.

— Oh, je vois. J'ai vu que c'était assez tendu entre vous depuis... Tu sais, depuis la fois où elle a raconté ces trucs à propos de Theo...

Au vu de la teinte rosée que prirent ses joues, je compris qu'elle ne s'était toujours pas pardonné d'avoir lancé le sujet et plombé l'ambiance d'une soirée qui s'annonçait radieuse.

— Mais tu sais, je ne pense pas que ce qu'elle a dit soit vrai, fit-elle avec un petit sourire, pensant sûrement me réconforter. À ce qu'on dit, Theo est allée à la soirée du nouvel an de Megan Waters. Il ne l'aurait pas fait s'il n'était pas intéressé par elle, c'est sûr. Après tout il n'est pas très proche des Poufsouffle. Allez, je te laisse, Sun-Ly m'attend dans la Grande Salle pour manger. À tout à l'heure !

Je mis longtemps à retrouver mes esprits après qu'elle ait disparu de la salle de bains du dortoir, tant ses mots m'avaient remuée. Elle n'y pouvait rien, mais elle mettait vraiment toujours les pieds dans le plat ! Alors qu'Angel m'affirmait que j'avais été stupide de ne rien tenter avec Theo, elle commençait à me montrer que lui était totalement passé à autre chose ! Qu'étais-je censée faire au milieu de tout ça, moi ?

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Quelques jours plus tard, au retour d'un entrainement éreintant au cours duquel je m'étais réconciliée avec Angel, je franchis le tableau de la Grosse Dame avec une résolution nouvellement prise. Même si apprendre que Theo se rapprochait considérablement de Megan me faisait mal au cœur, j'avais en effet la ferme intention de mettre les choses à plat avec ce dernier. Enfin, mettre les choses à plat était un bien grand mot : je souhaitais simplement m'excuser pour mon comportement des derniers mois et retrouver une relation normale avec lui, en dépit de nos sentiments respectifs et de la jalousie qui m'habitait.

— Tu es certain que c'est une bonne idée ? demandait Theo à Charlie alors que je marchais en leur direction.

Ne pouvant m'en empêcher, je m'arrêtai quelque pas derrière eux, voulant savoir de quoi ils parlaient.

— Oh, ne t'inquiète pas ! Je te le dis, cette fille cache son jeu bien mieux que ce qu'elle veut bien laisser croire.

— C'est pas une raison pour lui faire ça.

— Je n'ai pas l'intention de lui faire quoi-que-ce-soit ! protesta vivement Charlie. Je veux juste savoir ce qui se cache derrière ses sourires faux et son air de petit ange. Et accessoirement te montrer qu'aborder une fille n'est pas si difficile que ça...

Theo allait répliquer mais, jugeant que j'en avais assez entendu et qu'écouter une conversation sur je ne savais quelle future conquête de Charlie ne m'apporterait rien, j'interrompis leur discussion.

— Salut ! m'exclamai-je en allant m'asseoir face à eux.

Theo sursauta et rougit mais je fis mine de rien remarquer alors que Charlie le contemplait d'un air moqueur.

— Ça va, Ali ? Mon frère ne t'a pas trop épuisée ?

— Tu parles, marmonnai-je. Je crois qu'il n'a pas compris que le match contre les Serpentard était une simple rencontre amicale et non un combat de gladiateurs qui décidera du restant de ses jours !

— C'est tout lui ! Tu voulais quelque chose ? demanda-t-il en remarquant que je me mordillais nerveusement la lèvre.

Je me retins de jurer contre sa fichue perspicacité et répondis :

— Oui. En fait, je voulais... je voulais m'excuser.

Les deux garçons échangèrent un regard intrigué avant de reporter leur attention sur moi.

— Je n'ai pas été des plus présentes ces dernières semaines, en plus de m'être comportée vraiment méchamment par moments, alors je voulais vous demander pardon pour ça.

Tout en m'adressant aux deux à la fois, c'était plus de Theo dont j'attendais le pardon. Celui-ci semblait d'ailleurs vraiment surpris que j'aille le voir de moi-même et il m'adressa un sourire sincère qui me rassura sur la rancœur qu'il aurait pu nourrir à mon égard.

— Je le crois pas...

Surprise, je me tournai vers Charlie qui faisait aller et venir son regard entre nous deux, l'air sincèrement éberlué, mais pas moins amusé pour autant.

— Vous deux, vous êtes vraiment la plus grosse blague de cette école, souffla-t-il goguenard. Tu reviens sur ta décision ou pas du coup ? poursuivit-il à l'intention de Theo.

Encore plus perdue, je jetai un œil au brun qui fit de même avec moi avant d'hausser les épaules.

— Non. Tu serais trop content de me voir abandonner.

— Sûr ?

— Sûr.

— Cool. Je sens que les prochains mois vont être très intéressants !

Et sur ces braves mots, il se leva en se frottant les mains de contentement.

— Je suis censée m'inquiéter de votre santé mentale ? demandai-je à Theo en le regardant faire avec un sourcil froncé.

— Si j'étais toi, ce n'est pas de lui dont je m'inquiéterais, mais de ta sœur.

— Marly ? Qu'est-ce qu'elle viendrait foutre là ?

Theo me fit un petit sourire désolé, signe qu'il ne pouvait rien me dire, et se leva à son tour, me laissant seule avec mes questions.

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Peu de temps après cette conversation surréaliste, j'entrai en cours de défense contre les forces du mal en compagnie de mes quatre amis avec l'impression tenace que, pour la première fois depuis longtemps, nous passions du temps ensemble sans disputes ni tensions et que, fichtre, c'était vraiment agréable de pouvoir souffler un peu après toutes ces histoires. Aux oubliettes mes sentiments pour Theo et ses prétendus sentiments pour moi, c'était avec Megan Waters qu'il riait en cours de soins aux créatures magiques et je n'avais qu'à ignorer ma jalousie si je voulais que notre entente dure.

Alors qu'on traversait la salle du professeur Everglades pour rejoindre nos places, Charlie lâcha soudain :

— Salut, Azer.

Je m'apprêtai à lui demander ce qui lui prenait de me saluer vu qu'on venait de passer la matinée ensemble, et aussi pourquoi diable il m'appelait par mon nom de famille, mais je fus rapidement forcée de constater que ce n'était pas à moi qu'il s'adressait mais à Marly. Cette dernière paraissait aussi étonnée que moi que Charlie lui adresse la parole et elle haussa un sourcil blond en le voyant faire. Le Gryffondor ne s'attarda cependant pas plus aux côtés de ma sœur tandis que je tentai d'interroger Theo du regard pour savoir quelle mouche piquait notre ami.

— Je te l'ai dit, fais attention, me chuchota-t-il avant de rejoindre son propre pupitre.

Je fronçai un sourcil mais, sans me laisser le temps de me poser plus de questions, l'ancien duelliste qui nous servait de professeur entra et ferma la porte à l'aide de sa baguette.

— Miss Azer, asseyez-vous donc plutôt que de regarder vos camarades avec cet air béat, lança-t-il en voyant que j'étais la dernière élève debout.

Rougissante, je remarquai que tous les regards étaient posés sur moi et m'empressai d'aller m'asseoir aux côtés de Marly.

— Bien, maintenant que tout le monde est à ses aises, nous allons pouvoir commencer ! Nous avons fini le programme de troisième année concernant les créatures de l'ombre, alors nous allons immédiatement nous intéresser à la seconde partie prévue par le professeur Dumbledore et moi-même pour votre année : les duels !

Un murmure parcourut la salle tandis qu'Everglades faisait son annonce.

— Pour cela, reprit notre professeur en haussant la voix pour couvrir les chuchotements excités, j'ai formé des binômes de duel. Chacun de vous affrontera un de vos camarades cette semaine et la semaine prochaine. Aujourd'hui, on va étudier les règles de base d'un duel de courtoisie entre deux sorciers, puis vous reverrez les sortilèges élémentaires tels que l'Expelliarmus pour le prochain cours. C'est clair pour tout le monde ?

L'ensemble des élèves hocha la tête d'un même mouvement et le duelliste nous indiqua d'ouvrir notre livre avant de commencer ses explications.