38 | La qualité du jeu

o Londres, chez Iris et Sam

C'est encore moi qui rentre la dernière à la maison ce soir-là. Sam m'attend avec les restes de sa mère, toujours aussi alléchants, et un verre de vin.

"Alors ?", il veut savoir quand je m'assois sur le tabouret à côté du sien.

"Enquête européenne. Intégration des Aurors Twycross-Ogden et Brunetti. Félicitations chaleureuses de tous ceux qui ont rendu cette avancée possible", je résume en buvant d'un trait la moitié du verre.

"T'es déçue", il suppose.

"Bah, j'avoue que je voudrais bien savoir où ça va les mener. Les Français et les Slovaques avaient des plumes signées avec des images d'ours - pas autant que nous, pas la même image, mais les similitudes sont là. Ils soupçonnaient déjà qu'elles avaient servi à attirer leurs victimes. Mais personne n'avait un début de première prise de contact. Et nous, avec nos bouquins ensorcelés ayant été imprimés dans toutes les langues européennes, on a la première piste sérieuse ! Une victime macédonienne serait le fils d'une bibliothécaire et a été vu pour la dernière fois entrant dans la réserve contenant les vieux livres mis au rebut... Toutes les équipes sur tout le continent vont creuser en ce sens... c'est ce qu'a dit Maisonclaire... "

"Et c'est ta piste", complète Sam, comme je m'alarme qu'un tel élément-clé soit déjà dans les rumeurs de la Division, il complète : "Tu as un aspirant un peu bavard et très enthousiaste... Il ne faudra pas lui en vouloir."

"Non ?", je vérifie.

"J'ai insisté. Et comme il s'est enfin plus ou moins convaincu que j'étais effectivement son supérieur... il faut lui pardonner..."

"Quand ça t'arrange !", je proteste pour la forme. Je ne peux jamais résister à un Samuel magnanime.

"Effectivement. Ok, il faudra lui pardonner mais lui apprendre à être moins enthousiaste", il amende. "Il était tellement admiratif de toi, de tes intuitions, de ta gestion de la bibliothécaire moldue, de Zoya... je pourrais être jaloux", il termine en nous resservant du vin.

"Il a une copine", je lui rappelle.

"Fort heureusement", il sourit. "Du coup... il te reste quoi ?", il questionne clairement prêt à me consoler davantage que d'habitude.

"Pembroke, les cambriolages et vous aider... avec sans doute des missions ponctuelles..."

"Ils s'en souviendront", il me promet.

"J'espère bien", je soupire en descendant une autre moitié de verre.

Je sais qu'il a raison. Ma mère en Commandant n'a pas dit moins, et Elisa, Ron et Dawn ont appuyé d'un geste ample et grave de la tête. Sauf que tout de suite, ça ne me laisse que l'opportunité de montrer combien je suis raisonnable et mature. Je descends la fin du verre.

"Madame McDermott, est-ce que vous ne voudriez pas manger en même temps que vous videz notre réserve de vins du Languedoc ?", tente Sam avec un notoire effort pour rendre ça presque drôle. "On va être obligé de dire à Brunissande qu'on a déjà descendu leur cadeau de Noël, à ce rythme."

"T'as raison, c'est pas une gueule de bois qui va me rendre plus heureuse", je soupire en posant le verre. Il fait venir des assiettes qu'il avait visiblement préparées. "Ça a l'air génial", je lui promets. "Ta journée ?"

"On bosse, on attend le bon vouloir des juges, mais on solidifie notre affaire... On te fera un topo demain si tu veux", il répond prudemment. "On sera contents de pouvoir compter sur toi, Finnigan et moi, tu le sais ?"

"Ça va, Sam. Ce n'est pas comme si je ne l'avais pas vu venir. Tu m'as mise en garde ; j'ai même réussi à faire admettre à ma mère qu'il n'y avait aucune chance que j'en sois avant que la réunion ait lieu. Je suis plus frustrée par... le fait de ne pas pouvoir suivre une piste que j'ai trouvée qu'autre chose, mais c'est le job. Je vais digérer."

"Et tu auras le temps de venir en aide à Logan", il suggère après une demi-seconde de silence pensif. "Tu en as parlé au Commandant ?"

"Alors, comment dire, c'était pas tellement l'ordre du jour, Sam !"

"Non, mais là, ça peut devenir plus facile. Elle était contente de l'avancée que vous avez amenée ?"

"Carrément fière", je souris avec sincérité. Je sais que je vais chérir le regard qu'elle m'a lancé un sacré moment. "Robards aussi d'ailleurs", je rajoute pas loin du rire, l'alcool sans doute. "Maisonclaire a dit un truc du genre - je sens qu'on n'a pas fini d'entendre parler des Lupin... bref...Oui."

"Alors tu peux y aller avec ton idée, Iris. Tout le monde va avoir envie de te faire plaisir et donc de considérer ta suggestion."

"Ta suggestion, Sam", je corrige.

"Mais non. C'est toi même qui as dit : 'on dirait un plaidoyer en faveur de la réforme de ma mère', Iris. Moi, je t'ai juste dit qu'il fallait que tu y ailles. Mais l'idée, c'est la tienne."

Je dois avoir l'air dubitative.

"C'est une bonne idée, Iris, tu ne dois pas avoir peur."

"Merlin..."

"T'as vérifié que Cyrus était intouchable, de quoi tu as peur ? Que ça marche ?"

"Sers moi un verre et embrasse-moi", je soupire. "Je verrais demain si je suis assez folle pour aller frapper à la porte de son bureau... mais là tout de suite, sers moi un verre et embrasse-moi."

"Je ne vais pas te lâcher", il m'annonce tout en remplissant mon verre.

"Tant mieux", je réponds avec sincérité.

oo Londres, Division des Aurors

Le lendemain, on arrive ensemble à la Division parmi les premiers, Samuel et moi. Pas eu besoin de réveil.

Ni Seamus ni Mark n'étant là, un grand café à la main, on se joint à la discussion générale qui porte sans surprise sur l'affectation de Zoya et Eliodoro à l'enquête européenne. C'est le seul truc assez énorme pour battre la dissection collective de la réforme en cours. Je confirme l'information en me gardant de faire plus que préciser qu'on a peut-être apporté la piste qui manquait pour relancer l'enquête.

Winifred m'aurait sans doute pressée d'en dire davantage ou plainte de ne pas être du voyage, mais ma mère arrive. Toujours plus efficace que toutes les techniques d'évasion oratoire. J'imagine qu'elle mesure bien qu'elle a interrompu quelque chose mais elle nous sourit tout en gardant ses distances. Je sens le regard de Sam sur moi - presque ça me ferait rougir. C'est sans doute maintenant ou jamais, je reconnais. Avant qu'elle soit happée, avant qu'il y ait trop de témoins... avant que je me sois trouvée d'autres excuses.

"Commandant", j'arrive donc à articuler alors même qu'elle a la main sur la poignée de son bureau. "Je peux te... parler de quelque chose ?" Merlin, je m'y prenais mieux quand j'avais quinze ans.

"Maintenant ?"

"Quand tu veux", je recule déjà - j'en suis totalement consciente. Mais je ne suis pas tellement moins consciente des regards de tous sur nous.

"Viens", elle décide un peu brusquement - mais je surinterprète sûrement, je sais. On s'installe face à face dans un silence totalement surréaliste jusqu'à ce qu'elle décide d'y mettre fin. "Merlin, c'est si grave que ça ?"

"Ce n'est pas spécialement grave !"

"Ah ?", elle me regarde longuement avant d'essayer une hypothèse : "On t'a chargé d'une nouvelle ambassade ?"

"Pas exactement", je réponds. "Il s'agit bien d'une ambassade mais... personne d'autre que moi n'en a eu l'idée..." Ou presque, je rajoute mentalement.

"Pour l'affaire Adawé...", elle commence en ravalant un soupir.

"Ça n'a rien à voir. Ça n'a rien à voir avec aucune des affaires que je suis ou que j'ai suivie", je la coupe avec un peu plus de fermeté dans la voix.

"Mais c'est une affaire de la Division ?", elle vérifie.

"Ça pourrait le devenir", je confirme, en espérant maintenant qu'elle ne me croie pas enceinte. Merlin, la mère de Sam puis la mienne... je ne suis pas prête !

"Je t'écoute."

Il est trop tard pour reculer.

"Un policier de mes amis... m'a demandé un conseil juridique... et, clairement, c'est une affaire mal fichue... parce qu'il n'y a pas eu d'Auror pour creuser, pour aller au-delà des faits et du flagrant délit - qui n'est d'ailleurs pas spécialement solide. Cet ami a des raisons de penser que sa hiérarchie voudra placer le dossier dans nos mains après un échec au tribunal", je raconte en essayant de bien insister sur les faits. Reste mon interprétation, j'inspire et je me lance en m'obligeant à affronter son regard qui ressemble tellement au mien : "Je me suis dit que c'était peut-être un bon cas d'école de ce que les Aurors et les policiers peuvent faire ensemble et qu'il était peut-être stupide d'attendre un échec au tribunal pour... mettre notre nez dans ce dossier."

"Tu t'es dit tout cela ?", elle questionne avec un air amusé mais encore distant.

"Oui... enfin, j'ai eu du mal à décider de venir t'en parler mais... tu as laissé entendre plusieurs fois que je.. pouvais partager mes idées... "

Là, je n'y arrive plus, mais elle opine.

"Tu l'as avec toi, ce dossier ou il faut que je le demande ?"

"Tant qu'il ne sort pas de ton bureau, Commandant..."

"Toi et ton ami n'avez pas l'air trop à cheval sur les procédures", elle remarque en prenant le rouleau assez épais que je lui tends.

"Un cas de force majeure, Commandant", je tente.

"Je vais lire. Je ne sais pas quand, mais je vais lire, Iris", elle indique.

Il ne me reste qu'à lui souhaiter une bonne journée.

oo Londres, Chemin des Embrûmes

Comme on n'a pas de retours sur l'affaire de Pembroke, on fait les petites mains pour Finnigan et Sam, Mark et moi. Les juges ont demandé des compléments d'enquête sur les liens possibles entre Graves et les Nguyet. On se répartit les fournisseurs du chemin de Traverse, les tavernes et les tripots où on peut nous renseigner. Sam réfrène ses élans de protection et on part de notre côté, Mark et moi.

Mark est assez excité par ces lieux à la réputation sulfureuses et très peu fréquentés par le commun des sorciers. C'est un peu comme le cinéma ou les bibliothèques moldus, il n'y avait jamais mis les pieds avant, ça se voit. Pas que je n'ai pas été comme lui - je me demande juste si j'avais cette expression de franche curiosité... Mais je sens en lui aussi une vigilance et une confiance physique en sa magie qu'il n'avait pas avant Dublin. Je me rappelle bien de cette impression de prendre enfin la mesure de ses pouvoirs. Aujourd'hui, je sais combien ce n'est qu'une étape. Mais une étape nécessaire.

On ne trouve pas obligatoirement ce qu'on était venu chercher. On apprend pas mal de trucs sur la fratrie NGuyet - plutôt des confirmations de l'amplitude de leurs activités illicites. Comme c'est toujours une monnaie d'échange intéressante, Mark prend des tonnes de notes.

La seule vraie pépite nous arrive presque quand on ne l'attend plus. C'est un tavernier du chemin des Embrûmes qui nous l'offre.

"Les Nguyet ? Des prétentieux. Ils se veulent des durs mais ils sont dans de petites magouilles comme des dizaines qui traînent par ici", il commence à nous dire en essuyant des verres à la moldue. "Est-ce que j'avais entendu parler de l'élevage de dragons ? Merlin, c'est Interdit ça, non ? J'en n'avais pas entendu parler, mais... je ne peux pas nier qu'on disait beaucoup que quiconque voulait du cuir de dragons... c'était le moment. Il y avait des opportunités. Et les Nguyet pouvaient être des interlocuteurs... Ok, sans doute les meilleurs interlocuteurs du moment... Personne ne pensait qu'ils avaient fait ça tous seuls, Auror Lupin... Dites, vous êtes la fille du professeur ? Ah, ben ça alors... quand même... et on vous envoie ici ? Ah oui, le meurtre de Wagtail... Un bon gars ce Myron ! Bien sûr que je le connaissais ! Depuis longtemps ! Quand lui et sa bande n'étaient encore que des chevelus déguisés en filles, j'ai bossé dans différents lieux où ils se produisaient... et puis O'Tannian et lui venaient parfois ici... avec la presque Harpie... une chouette fille, elle aussi - je ne vous choque pas au moins ? Mais après tout, avec le père que vous avez, vous êtes sans doute pas de ces bien-pensantes... Avec qui je pense que les NGuyet avaient monté ce truc ? J'ai aucune preuve, moi, Auror Lupin ! Mais il y avait ce type, qui venait parfois avec eux... du genre hautain, du genre qui avait sa main sur sa baguette en permanence... Il portait souvent des costumes en cuir de dragon - comme Myron, oui, mais Myron était du genre à payer des tournées générales et à se mettre à chanter comme ça, pour rien, pour le plaisir...Si je le reconnaîtrais ? Vous avez une photo ? Oui, je prends mon temps... comprenez-moi, avoir la langue trop bien pendue, ce n'est pas bon pour les affaires... Vous avez bien compris que je le reconnais... Témoigner ? Comme vous y allez, Auror Lupin ! Ah, oui, sinon c'est la fille qui va payer... bon, il faut sans doute une première fois à tout !"

ooo Londres, Division des Aurors avec un interlude dans un Pub

"T'as convaincu le gars de te donner un témoignage formel et d'éventuellement venir le répéter au Mangenmagot ?", répète Finnigan quand on lui raconte. "T'es une vraie magicienne, Iris !"

"Elle est trop forte", commente Mark à qui on ne demande rien.

"Je crois plutôt que c'est la personnalité de Wagtail, et de Starling, qui fait que ce type est prêt à dire qu'il pense que Graves commanditait les activités des NGuyet... Après, c'est un tavernier de la rue des Embrûmes, il faudra que les juges acceptent de le tenir pour un témoin fiable et que l'avocat ne nous le réduise pas en poussière", je commente avec neutralité.

"Arrête de faire ta rabat-joie !", se marre Samuel avec moins de retenue que souvent. "C'est une sacrée avancée. Pour l'instant on n'avait que du circonstanciel, c'est bien. On dira au lieutenant que tu nous rends service !"

"On va vous écrire tout ça. Hein, Mark ?"

"J'ai un pressentiment sur l'identité de 'on'", il fait mine de soupirer.

"Un grand enquêteur en devenir !", se marre Seamus.

Toutes les occasions de se réjouir étant bienvenues, quand Ogden propose de célébrer le succès de sa femme au pub en fin d'après-midi, un grand nombre suive. Comme j'aurais l'air de bouder si je ne venais pas, je m'accroche au bras de Sam. Il me faut ça pour supporter les différentes théories d'Ogden sur les dynamiques européennes comme ses assurances comme quoi "mon tour viendra" et que le problème était sans doute que j'avais la responsabilité d'un Aspirant. Heureusement que Mark n'est pas là pour entendre ça - il serait capable d'en faire une nouvelle crise de culpabilité.

Quand mon miroir vibre, j'avoue que je suis contente de m'excuser. Quand je vois que c'est un appel de ma mère, je sors même du pub.

"Iris ? Si tu n'es pas trop loin, on peut parler du dossier."

"J'arrive", je réponds immédiatement. En marchant, j'appelle Sam pour le prévenir et il a un sobre "Ça marche. A tout à l'heure." Je ne sais pas ce qu'il servira à Ogden et aux autres mais je lui fais confiance.

Dans le bureau de ma mère, il y a Dawn Paulsen et Ron Weasley. On est sorti de la conversation sans conséquence. Je salue donc tout le monde formellement et tous me répondent par un sobre signe de tête qui confirme que ma lecture n'est pas erronée. Mãe ajoute : "Assieds-toi, Iris, je t'en prie. Désolée de te voler tes heures de repos, mais ça paraissait plus simple."

J'opine prudemment alors qu'ils échangent des regards. Ça aboutit à ce que Ron prenne la parole.

"Le Commandant nous a transmis ton idée et nous avons mis notre nez dans le dossier de ton ami, Dawn et moi", il explique posément. "Un dossier très mal fichu, on te l'accorde mais... avec en effet un potentiel de sauvetage... Au nom de tous, donc, encore une fois bravo, Iris. On n'a jamais douté de ton Rang Trois mais merci de nous donner autant raison."

Je sens le "mais" dans sa phrase alors je le dis.

"Avant de te montrer tout notre enthousiasme pour ton idée, on a effectivement une question qui se résume à un nom absent de ce dossier pourtant... Cyrus ?"

Je ne m'étais tellement pas attendue à cette question directe si tôt et si vite que je me sens rougir avant même d'avoir commencé à réfléchir à ma réponse. Ayant en face de moi, trois personnes qui me connaissent depuis ma naissance, ma réaction se passe de sous-titres.

"Elle a vérifié ", commente Dawn sur le ton du je vous l'avais bien dit.

"Elle va nous le confirmer ", rétorque Ronald avec autorité. Mãe ne dit rien, et c'est bien normal.

"Quand j'ai vu... le parcours de l'accusé, Sebastian Augustine, je me suis effectivement posée la question", je formule de mon ton le plus posé. "J'ai appelé Cyrus pour vérifier qu'il... ne s'était pas impliqué dans sa défense d'une manière ou d'une autre."

"C'est-à-dire ?", creuse Ron.

"Augustine a bien été son élève, parmi les élèves qu'il encadrait personnellement. Mais depuis son arrestation, il n'y a eu ni or, ni rendez-vous, ni visite, ni lettre de soutien... Straightford est l'avocate de Cyrus dans d'autres affaires, mais il est loin d'être son seul client."

"Même s'il y a quelque chose, Straightford n'aura pas pris ce risque", juge Dawn Paulsen, tellement proche de la vérité que je dois me retenir de hocher la tête.

"Mais tu n'as pas vérifié toi toi-même, Iris ?", questionne encore Ronald avec un regard inquisiteur totalement décomplexé. Est-ce que je mérite ça ?

"Pardon ? Lancer une enquête financière non autorisée alors qu'il s'agissait de donner un conseil discret à un vieux pote ?" Je n'ai aucun mal à paraître outrée de la suggestion. Ron admet ma position d'une grimace avant de se tourner vers Mãe.

"C'est une... super idée, Iris", elle me sourit en disant ça, et je crois que je rougis une nouvelle fois. "Je ne reviendrai pas sur les procédures ou les risques. Nous savons que tu connais bien les infractions que vous avez commises, toi et Logan. Et il semble bien que tu aies réfléchi à toutes les conséquences avant de venir me voir", elle prend la peine de préciser - sans doute pour le cas où. "Mais c'est effectivement un bon cas d'école de ce que peut éviter une approche intégrée... Tu as fini par l'ouvrir ce rapport ou... .?"

"Je l'ai lu."

Dawn a un sourire entendu, et Ron le fait un clin d'oeil et va même jusqu'à persifler : "Dora, une inspiration pour les jeunes générations !"

"Dis lui plutôt ce que tu vas faire de son dossier, Ron !", soupire ma mère, mais ses mains me disent : "Bien joué."

oooo Londres, chez Iris et Sam

"Weasley est le lieutenant en charge de l'intégration avec la Brigade", j'explique.

"Il n'est pas super jeune pour ça... Enfin, il n'est pas le lieutenant le plus chevronné, non ?", m'interrompt Aidan, les sourcils froncés. Ça ne lui va pas très bien comme expression.

Quand je l'ai appelé et je lui ai proposé de passer à la maison pour qu'on discute de son dossier, Aidan a tout de suite accepté mais, du moment que j'ai parlé de ma mère, sa tension est devenue physique. Je pense que si on n'était pas dans mon salon et en présence de Samuel, le ton aurait déjà changé.

"Weasley a presque d'aussi bonnes relations avec la Brigade que Iris, non ?", contre Sam ouvertement détendu. Content d'avoir eu raison de me pousser - c'est ce qu'il m'a dit avant que Aidan arrive. Peut-être même content de voir Aidan regretter. En tout cas pas planqué derrière un roman, un dossier ou un rangement de la cuisine cette fois.

"Dans tous les cas, c'est lui qui va mener l'affaire", je reviens à mon premier propos déjà suffisamment sulfureux de lui même. "Weasley va donc aller à la Brigade pour proposer de sélectionner quelques dossiers qui pourraient être instruits et défendus conjointement... Des cas tests. Il devrait trouver le tien puisqu'il va le chercher."

"Ils ont dit quoi quand tu leur as montré un dossier complet ?", s'inquiète maintenant Aidan. "Merlin, Iris, tu m'avais dit que ça ne sortirait pas d'ici !"

"Je sais, Aidan. Mais c'était important qu'ils se fassent une idée selon leurs critères. J'en ai pris la responsabilité, Aidan. Ça ne retombera pas dessus. Promis." Comme il n'a pas l'air totalement convaincu, je lui raconte les réflexions de ma mère lors de nos deux entretiens. "Elle n'a pas dit - 'refaites ça quand vous voulez'. Elle a dit : 'Je vois que tu as mesuré les risques". En sous-titres, si elle n'avait pas trouvé ça justifié, ça se serait mal passé... mais pour moi, Aidan, pas pour toi. Tu ne risques rien. Weasley va la jouer finement. même si quelqu'un a un doute, il n'aura aucune preuve que tu y es pour quelque chose", je promets.

"Et toi ?"

"Moi, je ne vais pas être dans l'équipe. Ils voulaient, et j'ai répété que c'était nourrir beaucoup trop les imaginations fertiles. Je devrais par contre intégrer l'équipe test de liaison avec la Brigade de Weasley et donc être sur une des autres affaires qu'il aura choisies... si elle ne dépend pas géographiquement de l'Irlande ou de l'Écosse qui ont maintenant des Divisions dédiées", je raconte en gardant pour moi le moment où Ron a demandé si j'ambitionnais de devenir l'enquêtrice martyre de la Division pour la troisième fois en moins d'une semaine. La vérité est qu'ils se sont rendus à mes arguments, juste pour revenir à la charge avec leurs propres plans juste après. On ne peut pas toujours gagner.

Sam lève son verre de manière appréciative. Je lui ai dit avant, et il a sobrement commenté : "Ok, ils te laissent à Londres et ils ont des plans pour toi. Bien joué, Iris." J'ai entendu ses propres inquiétudes en creux mais j'ai du mal à croire qu'ils ne peuvent pas avoir des plans à la hauteur de la valeur de Sam - puisqu'il semble bien qu'il y ait des plans.

"Je ne vais pas aller tout seul au tribunal face à Straightford ? Elle ne peut pas couper court à votre intervention ?", interroge Aidan très loin de nos plans de carrière.

"Si ça se passe, c'est que Weasley aura merdé - et, demande à Sam, ce n'est pas son genre." Samuel opine en soutien. "D'ailleurs, Aidan, autant que je te prévienne, toi qui voulais des ordres et un chef, tu vas être servi. Weasley va peut-être te mettre en tandem avec des Aurors et te permettre de rattraper le coup mais il va aussi te dire ce qu'il pense de ton dossier et il ne prendra sans doute pas de gants - ce n'est pas non plus totalement son genre, de prendre des gants. Samuel est le produit de sa formation, on voit bien ce que ça donne, non ?", je tente d'alléger l'atmosphère en ayant l'air de chambrer Sam, mais ça ne marche pas totalement.

"Tu crois que... il va... dire quoi ?"

"Que vous vous êtes collectivement jetés dans une bataille sans avoir pris le temps de vous préparer ; que vous auriez dû nous refiler le dossier tout de suite et pas tout baser sur la fuite de Sebastian Augustine lors d'un contrôle de routine... Aidan, je me souviens la première fois qu'on en a parlé, tu m'as dit que tu avais hésité, pourquoi tu t'es dit que ça allait passer ?"

Le regard gêné d'Aidan me fait regretter d'avoir posé la question en ces termes. Samuel se lève et annonce qu'il va chercher le dessert.

"Tu sais pourquoi j'ai fait ça", murmure Aidan.

"Pour briller devant Miller ?"

"Je sais, je ne mérite pas tout ce que tu viens de faire pour moi. Et Miller a bien raison d'être allée voir ailleurs..."

"Vous êtes sortis ensemble ?", je questionne sobrement.

"Non. Elle a d'abord eu l'air contente de mon intérêt pour elle mais... j'ai vite compris qu'elle ne voyait en moi qu'un collègue plus expérimenté - l'ironie !"

"Aidan, c'est quand même curieux que tu te dévalorises comme ça alors que tu viens d'oeuvrer avec courage et initiative pour sauver ce dossier", je le gronde gentiment. "Tu crois que Miller ou mon aspirant pourraient arriver au même résultat que nous ? Tu es plus expérimenté, plus connecté, et elle a raison d'écouter ce que tu peux lui conseiller... Ne serait-ce que pour lui montrer qu'on peut rattrapper des erreurs..."

"Tu veux que je lui dise que je suis derrière la descente de Weasley sur le dossier ?"

"Il y a dire et dire, Aidan. A toi de voir, mais dans tous les cas, arrête de prendre cet air de chien battu parce que c'est vraiment exagéré."

"Bien, Auror Lupin", il sourit enfin, pile au moment où Sam juge qu'il peut revenir avec des glaces et des gâteaux - nous arrivons lentement au bout des réserves de sa mère. "Tu sais qui, comme Auror.. à part Weasley, va traîner mon dossier dans la boue ?"

"Darnell."

"Darnell ?", relève Sam qui a mieux que Aidan le tableau des équipes dans la tête.

"Ah oui, j'ai un scoop, si vous voulez : l'équipe qui prend l'Ecosse avec Rigel Savage comme commandant régional, c'est Dikkie Forrest, Winifred Huxley et Terrence Young. La deuxième équipe de Savage va être répartie, notamment auprès de Ron Weasley... Les détails sont en cours."

"C'est vraiment partie cette réforme", commente Aidan.

Oooo

Désolée pour ceux qui attendaient des nouvelles de Kane. Le 48 est écrit mais pas le 49. Heureusement j'ai plus d'avance pour Iris. Le 39 s'intitule La joie des curieux. Il est bien possible qu'il arrive avant que j'ai écrit le 49 de Kane. De belles fêtes !