Luna enlaça affectueusement le Survivant alors qu'il venait à peine de mettre les pieds en territoire inconnu. Les vacances de Noël avaient pris fin. Plus de douceur, plus de câlin de Molly, plus de grimaces de Sirius lorsqu'il entendait les bruits de pas d'Allen, plus rien de tout cela. Poudlard, juste Poudlard. Et Ombrage, aussi. Mais cela n'était pas si éprouvant en vérité. Harry commençait étrangement à ressentir une forme de confiance en son Professeur de Sortilèges. Il se savait un peu plus protégé du crapaud par le maudit plutôt que par Dumbledore à qui il avait pu, enfant, offrir une confiance sans faille. Dumbledore ne semblait jamais pris au dépourvu comme s'il avait déjà tout prévu. Qu'importe le danger, Dumbledore ni ne tremblait ni jamais ne vacillait. Il paraissait autant éternel qu'invisible. Et pourtant, alors que Voldemort pointait son nez (ou pas) le voilà qu'il fuyait Harry et le délaissait. Alors qu'il avait besoin plus que tout de cette présence rassurante et maternelle, la voilà finalement disparue.

– Tu m'as tant manqué, Harry !

– Toi de même Luna, j'ai eu…

– Si peur, compléta la jeune fille.

Elle savait l'esprit du garçon dérangé. Allen n'avait pas tort, le serpent danse.

– Et moi, je ne t'ai pas manqué ?

Allen arriva paresseusement derrière eux, l'air presque ennuyé. Luna délaissa Harry et courut dans les bras de son Professeur. Chaque instant avec Allen était à choyé. Elle ne le reverra que dans très longtemps, probablement, voir dans une autre vie.

– Luna, sais-tu… J'aurais un petit grand service à te demander…

Harry lui jeta un regard noir. Tout d'abord, il lui volait sa Luna et en plus il se permettait de la déranger ?! Mais Luna ne paraissait pas ennuyée.

Elle fixa de ses grands yeux argentés Allen qui lui répondit par un regard similaire. Puis, il la prit dans ses bras et murmura tranquillement sa demande, les traits partiellement angoissés, et l'expression de Luna se décomposa une seconde avant qu'ils ne sourissent d'un air entendu.

– Aucun problème, Allen. On s'en débarrassera ensemble.

– Bien sûr…

Et le regard à nouveau vide, Allen s'en alla, rejoignant ses appartements. Soulagé d'un poids, il pouvait enfin marcher plus droit. Maintenant ne restait plus qu'à demander un dernier service à Severus ! Aucune chance qu'il ne refuse, n'est-ce pas ?


Pour fêter la reprise en décembre, les jumeaux accueillirent Ombrage en introduisant Salieri dans ses placards. Allen ne trouva pas l'ombre de son serpent et s'en inquiéta. La dernière fois qu'il s'inquiétait de la disparition d'un être, il ne l'avait retrouvé que partiellement vidé de son sang.

Link

Alors son cœur se mit à paniquer. Cependant, dans le contexte, Ombrage était bien la seule à être en danger alors que le serpent jaillit du placard et planta ses crocs dans sa nuque grasse. Et elle hurla, et les frères Weasley ricanèrent ne se doutant pas un instant qu'Allen transportait bel et bien un serpent venimeux. Évidemment et heureusement ou non, Allen avait prévu un antidote. Et alors qu'il jouissait de la souffrance du crapaud et posa ses yeux ors et pervers sur son agonie accompagné d'un sourire aux ombres sadiques, Allen se vit dans l'obligation de lui administrer rapidement le remède. Quelle frustration pour le maudit. D'autant plus qu'il avait lui-même affaiblit le venin de son reptile, le sachant en liberté dans un collège...

Tu la tueras une prochaine fois, Allen.

Promis ?

Promis.

Parfait.

– Elle est hors de danger… Merci beaucoup, Allen.

– Pas merci à moi… Merci à Salieri.

Et Allen caressa avec une affection sans faille son adorable serpent. Des traces de sang frais appartenant au crapaud décoraient encore ses crochets.

– Les garçons seront renvoyés ?

– Oh, Allen… Personne n'a jamais accusé qui que ce soit, annonça Dumbledore dans un drôle de sourire.

Allen lui sourit en retour avant de quitter la salle afin de rejoindre son prochain cours. Il n'avait pas tout son temps à consacrer à un pauvre crapaud mourant.


Harry lui avait ressenti l'Adrénaline se répandre violemment dans ses veines à l'annonce de l'accident. Ombrage… Agressée par un serpent. Oh ! Pour cette fois qu'il aimerait être le serpent plantant ses crochets dans la chair de cette femme ! Mais pour les déchets, ce n'est pas à lui de s'en charger. Voldemort ne s'attaque qu'aux bonnes personnes…

La respiration saccadée, le cœur battant, Harry se posa afin de paisiblement redevenir calme. Il ne devait à aucun moment continuer de s'exciter à s'imaginer en torturant ou tuant un être qu'il hait. Car après tout, il ne veut pas ressembler à Voldemort.

Les yeux verts et doux de sa mère lui revinrent en mémoire. Il avait lu l'inquiétude dans son regard. Elle le sentait, cette force mauvaise dans ses veines putréfiées, cette haine meurtrière qui se déchaîne dans son sang…

Il devait se reprendre. Surtout lorsqu'il est sur le point de recevoir un cours d'Occlumancie avec le Professeur Rogue.

Tremblant, il ouvrit la porte et découvrit l'habituelle salle de potion où Rogue l'attendait en grimaçant. Il reconnut Allen assit juste derrière lui.

– Que faites-vous ici, Professeur ?

Mais Allen ne sembla pas l'entendre, les lèvres tendues, le regard indéchiffrable. Son esprit avait quitté la pièce depuis plusieurs minutes probablement. Anesthésier de toutes émotions, anesthésier du monde. Rogue parut agacé mais détourna son attention de son collègue pour se concentrer sur Harry.

– Oubliez-le… Très bien, donc j'ai entendu dire que l'on vous a déjà renseigné sur l'Occlumancie et pourquoi l'Occlumancie ?

– Oui.

– Oui, Monsieur !

– Oui, Monsieur… répéta Harry en levant les yeux au ciel

Brusquement, Rogue pointa sa baguette sur le garçon.

– Il paraît que vous êtes parvenu à résister de l'Impérium du seigneur des ténèbres ? C'est un peu le même principe…

– Que…?!

– Legilimens !

Une pièce lugubre… Allen… Des explications sur l'Occlumancie…

Rogue s'interrompit, surpris. Les souvenirs auxquels il venait d'accéder… Harry ne parvenait qu'à penser aux dernières paroles de son professeur de sortilèges. Car les événements présents faisaient appel à ces moments.

– Concentrez-vous Potter ! Faites le vide dans votre esprit et je vous ai dit d'oublier Walker !

– Très bien… Monsieur !

– Legilimens !

Les Dursley… Noël… Sirius… L'étreinte chaleureuse de Luna… La torture infligée par Ombrage… La mort de Dudley… Son corps qui s'écrase au sol, ses yeux vides…

Non !

Le cimetière, les murmures de Voldemort… Et sa joie lorsqu'Allen subissait Endoloris.

– STOP !

Le monde réapparut doucement autour de Harry qui venait de faire une mauvaise chute. Rogue haletait, lui-même à bout, le bras brûlé par le sortilège de défense de Harry. L'adolescent plongea malgré lui ses yeux dans ceux de Rogue qui pâlit brusquement.

– Vous ne faites pas le vide dans votre esprit ! Vous êtes bien trop faible ! Vous me laissez accéder à des souvenirs trop intimes ou trop effrayants !

Harry sentit sa haine pour son professeur s'animait. Ainsi il était faible ? Ah oui ? Ce n'était pas Rogue qui s'était battu avec Voldemort, ce n'était pas Rogue qui a assisté au meurtre de son cousin… Ce n'est pas non plus lui qui a subit les punitions d'Ombrage…

– Calme-toi, Severus. Ce n'est qu'un enfant.

– Walker ! Vous vous réveillez enfin !

– Oui, d'ailleurs, je ne sais même plus ce que je fais ici…

Severus soupira d'agacement alors que la nervosité montait dans le cœur du blandin. Lui avait-il demandé ce qu'il avait à lui demander ? S'était-il servi dans ses potions pour soulager ses douleurs ? Les cours de Harry Potter avaient débuté. Depuis combien de temps Rogue l'avait laissé s'assoupir ainsi ?!

– Alors, il est si nul que ça ?

– Tout à fait ! Je n'ai jamais autant voyagé dans l'esprit d'un autre aussi longtemps.

Allen se releva et vint se mettre au côté du Maître des potions semblant fixer son élève avec un air déçu. Harry n'en fut que plus énervé se sentant humilié par ce regard méprisant et déplacé. Cependant, ce n'était pas Harry qu'Allen fixait ainsi.

– Recommençons ensemble, M. Potter…

– Walker, je ne vous…

– En garde ! Legilimens !

Allen plongea tête baissée dans l'esprit de l'adolescent. Les souvenirs défilèrent devant ses yeux ennuyés et il reconnut une bonne partie d'entre eux. Après tout, Harry et lui avaient passé leurs vacances ensemble.

– Expeliarmus !

Allen fut renversé en arrière et vint se cogner la tête contre le bureau de son collègue avant de s'effondrer, assommer.

Rogue se retint de sourire, presque fier de son élève.

– Hé bien, vous avez su vous débarrasser de Walker pour un petit moment. Pas si mal pour un élève de votre niveau.

– Un concours de circonstances, Monsieur.

– Tout naturellement… Legilimens !

Et sans lui donner le temps de se préparer, Rogue s'aventura à nouveau dans l'esprit du garçon.

Le miroir du Rised, son désir le plus profond : retrouver sa famille… Harry ne veut pas qu'il sache. C'est un souvenir personnel, bien trop intime pour que cette chauve-souris graisseuse se permette de l'observer.

– PROTEGO !

L'esprit de Harry se sentit emporté au-delà de son corps et c'est maintenant la vision d'un petit garçon apeuré alors que ses parents se disputent violemment dans la pièce d'à côté que Harry à affaire. Harry comprend sa peur. Cet enfant est négligé ses vêtements sont inadaptés à son corps et son hygiène trop douteuse. La compassion s'éprend du cœur du jeune sorcier qui tend innocemment la main vers l'enfant. Il voudrait faire taire ses larmes candides, le délivrer de cette souffrance parentale à laquelle, Harry lui-même n'est jamais parvenu à s'en libérer.

– Assez !

Le monde tourna et se déforma complément avant qu'Harry ne s'écrase sur le sol froid et dur du bureau de Severus Rogue. Son Professeur le fixait d'un regard noir et étrangement peureux. Harry ne l'avait jamais vu aussi pâle.

– C'est fini pour ce soir, Potter… Ingénieux d'avoir utilisé le sortilège de protection, je dois le reconnaître.

– Merci ?

Rogue grinça des dents, haletant et indiqua d'un geste brusque qu'il fallait partir sur le champ. Il ne veut plus voir son visage une seconde de plus. Et ses yeux…

Harry s'échappe réalisant que l'enfant effrayé et en pleurs n'était nul autre que cet homme adulte acariâtre. Lui, Harry Potter, avait osé se prendre de pitié pour un individu aussi lamentable que Severus Rogue ! Quelle honte pour un Potter. Heureusement que James n'était plus pour apercevoir une telle déviance.

Allen rouvrit doucement les yeux en frottant sa tête qui le lançait encore douloureusement. Il s'était cogné. Alors qu'il reprenait lentement conscience, il remarqua Rogue au fond de la pièce, silencieux, les lèvres tremblantes. Inquiet, Allen s'approcha mais n'osa ajouter ne serait ce qu'une sottise.

– Du vent, Walker !

– Mais, Severus, je…

– Laissez-moi seul !

Alors Allen se retira, fatigué. Rogue avait était là pour lui lors de la disparition de Link. Il lui devait le respect. Et si Rogue désirait se retrouver en compagnie de lui-même alors Allen devait respecter cette volonté. Il reviendra le voir. Plus tard. Lorsqu'il sera calmé.

Enfin, le silence.

Plus un enfant, plus un professeur…

Rogue, juste Rogue, seul face à ces bocaux.

La tempête tambourine dans la poitrine du jeune homme.

Le chaos s'ébat dans sa chair.

Alors que Harry l'avait plongé malgré lui dans ces cauchemars d'enfance, il l'avait vu encore une fois, une dernière fois… le regard de Lily.

Le garçon avait plongé ses yeux bienveillants sur lui et avait osé s'identifier à sa personne. (Quelle prétention.)

(Le portrait de son père)

Ce n'était pas James qui luisait dans ces iris mais bien Lily. Seule Lily pouvait ressentir une telle empathie pour autrui.

(Il a les yeux de sa mère)

Lily… Lily…

Cette nuit où tout s'est terminé.

(Par SA faute)

Cette nuit où ses yeux émeraudes ont à jamais cesser de luire.

Et elle ne chantait plus dorénavant.

Ses cheveux de braise ne s'illuminaient plus, ternes sans vie.

Et l'enfant pleurait et gémissait, seul dans son berceau, orphelin.

Alors, il l'avait prise dans ses bras et serrer sa poitrine contre la sienne dans l'espoir vain de sentir nouveau son cœur battre.

Jamais Plus.