Note : A la base, ce petit moment de tendresse devait être inséré dans un chapitre. Mais je l'ai trouvé si doux et mignon que j'ai décidé de l'isoler et de le transformer en une sorte de bonus particulier.

J'espère que vous apprécierez ! ^^


— Raconte-moi une histoire.

Evie quitta son livre des yeux pour se tourner vers Mal qui était avachie dans le lit, le visage à moitié écrasé dans un oreiller, ses belles mèches violettes étalées tout autour d'elle, et qui la fixait avec une moue boudeuse et enfantine.

— Je pensais que tu dormais ?

— Je n'arrive pas à dormir, c'est pour ça que je veux une histoire.

Elle agita ses pieds contre le matelas, exprimant bien son caprice d'enfant, et Evie rit doucement. Elle referma le roman qu'elle était en train de lire et alla rejoindre Mal sur le lit, s'installant juste à côté de sa tête et replaçant quelques-unes de ses mèches rebelles avec tendresse.

— Quel âge as-tu ? Cinq ans ?

— Oui, bougonna Mal en enfouissant un peu plus sa tête dans l'oreiller. Je veux une histoire.

— Très bien très bien ! Laisse-moi au moins deux minutes pour y réfléchir !

Mal se tortilla un peu pour aller se blottir contre sa jambe, et ferma les yeux alors que les doigts d'Evie continuaient à lui caresser la tête. Après un instant de silence, la voix de celle-ci s'éleva à nouveau dans la chambre, douce et captivante.

— Il était une fois, dans un royaume lointain, une gentille princesse qui vivait prisonnière de son château.

— Est-ce que c'est toi ? demanda Mal avec un sourire moqueur, et Evie lui mit une petite tape délicate sur le crâne.

— Tu as réclamé une histoire, maintenant écoute-la sans m'interrompre.

— D'accord madame la princesse !

— Elle n'était pas vraiment captive mais ses parents, le roi et la reine, lui interdisaient de sortir en prétextant que le monde extérieur était dangereux pour une jeune fille comme elle, et préféraient la savoir en sécurité dans sa chambre, à étudier de nombreux ouvrages sur la manière de bien diriger un royaume et de veiller au mieux sur son peuple, plutôt qu'à traîner dans les rues à faire connaissance avec ce même peuple.

Mal émit un petit grognement de mécontentement, déjà attachée à cette princesse, et Evie sourit avant de poursuivre son récit.

— La conséquence de cet emprisonnement était que la princesse se sentait très seule, d'autant plus que ses parents avaient beaucoup de responsabilités et peu de temps à lui consacrer. Elle passait donc des journées entières sans voir personne, et n'avait jamais eu le moindre ami. Sa chambre, située tout en haut d'une tour, était à l'écart de l'agitation du château, et elle s'asseyait souvent à la fenêtre, se demandant à quoi ressemblait le reste du monde, et si elle pourrait le connaître un jour. Finalement, alors qu'elle venait de célébrer ses seize ans, la curiosité se fit trop forte, et elle décida de s'enfuir du château.

— Bonne décision, murmura Mal avec un sourire fatigué alors que ses paupières se faisaient de plus en plus lourdes, bercées par la voix d'Evie.

— Elle n'avait pas l'intention d'aller bien loin, mais elle voulait voir à quoi ressemblait le royaume, alors elle se déguisa avec de vieux vêtements, et parvint à s'échapper un matin, alors que le château recevait sa livraison de pain quotidien. Au début, tout était merveilleux et magique. La ville était remplie de monde, de bruits, d'agitation et de choses à découvrir. La princesse était submergée de nouvelles informations, mais elle était heureuse de vivre tout ça. Puis, alors qu'elle s'était arrêtée à une petite boutique pour acheter de quoi manger, un brigand surgit de nulle part et tenta de lui dérober la bourse qui contenait son argent.

Mal avait ricané au mot "brigand", juste avant de serrer son oreiller un peu plus fort contre elle, parce qu'il était confortable, que Evie était confortable, et qu'elle aimait bien cette histoire.

— La princesse cria au secours, mais aucun des passants ne réagit car ils ne la connaissaient pas, et ne voulaient pas se mêler des problèmes d'une inconnue. Alors que la princesse était sur le point de céder et de laisser le criminel emporter tout son argent, une créature bondit sur lui et l'attaqua violemment, prenant la défense de la princesse. Elle ne vit pas grand-chose, ce fut un mélange de cris et de grognements, mais le voleur finit par prendre la fuite, alors que la créature partait se réfugier dans une des petites ruelles avoisinantes, cherchant à échapper à la foule.

— Est-ce que c'est moi ?

— La princesse, curieuse et désireuse de remercier son sauveur, suivit la créature jusqu'à la ruelle obscure, et eut la surprise de tomber nez à nez avec l'un des monstres contre lesquels ses parents l'avaient toujours mise en garde. Son sauveur n'était nul autre qu'un dragon !

— Oui c'est moi ! s'exclama Mal, soudain dynamisée par son apparition dans l'histoire.

— Mais le dragon semblait être en piteux état, recroquevillé sur lui-même, dissimulé sous une cape déchirée, il était minuscule et apeuré.

— Je n'étais pas apeurée !

— Tu vas me laisser raconter, oui ?

Mal fronça le nez, boudant, alors qu'Evie reprenait le fil de son histoire.

— Le dragon était donc apeuré même s'il refusait de l'admettre, et très visiblement affamé. La princesse l'approcha lentement, effrayée par toutes les horribles histoires que ses parents lui avaient raconté sur les dragons, mais incapable de le laisser livré à son sort alors qu'il venait de lui sauver la vie.

— La princesse exagère, le dragon lui a juste évité de perdre un peu d'argent...Aouch !

Mal redressa la tête, regardant avec indignation Evie qui venait de tirer sur une mèche de ses cheveux sans la moindre pitié. Comprenant le message, elle réenfonça rapidement sa tête dans son oreiller, veillant bien à ce que sa bouche soit couverte par le tissu pour étouffer ses prochains commentaires.

— En voyant que le dragon n'était pas agressif et certainement pas dangereux, la princesse lui demanda de rester là où il était, et promit de revenir avec de la nourriture. Elle retourna près des commerces et acheta tout ce qu'elle pouvait, incapable de savoir ce que mangeaient les dragons, et revint vite auprès de son nouvel ami, qui n'avait pas bougé. Il se jeta sur la nourriture comme s'il n'en avait plus vu depuis des mois et la dévora en quelques minutes. Soucieuse, la princesse commença à se demander s'il n'était pas blessé à cause d'elle, et tenta doucement de l'approcher. Le dragon lui grogna dessus, mais la princesse choisit de l'ignorer et se montra assez brave pour poser sa main sur son museau, qu'elle se mit à caresser doucement. A sa plus grande surprise, le dragon se mit à ronronner et se frotta contre elle avec reconnaissance.

— La princesse est stupide et les dragons ne ronronnent pas, ronchonna Mal.

— Ah oui ? Tu serais en train de ronronner actuellement si tu le pouvais.

Un grommellement lui répondit, mais Mal ne pouvait pas nier l'évidence. Allongée dans le lit, blottie contre Evie, bercée par sa voix alors que ses doigts lui caressaient tendrement la tête, et écoutant une des plus jolies histoires qu'elle avait jamais entendue, elle aurait pu ronronner.

— Par chance, le dragon était assez petit pour que la princesse puisse le dissimuler dans sa cape, prétendant qu'il s'agissait d'un jeune enfant. Elle rentra au château aussi vite qu'elle le put et rejoignit discrètement sa chambre, ne dévoilant son escapade à personne. Une fois à l'abri des regards, elle installa le petit dragon, à présent endormi, dans son lit.

Mal émit un petit bruit d'approbation et, tel le dragon de l'histoire, ferma les yeux en sécurité contre Evie, qui sourit tendrement avant d'enchaîner.

— Les jours passèrent, et la princesse prit soin de son dragon en secret. Personne ne savait qu'il était là, caché dans sa chambre, puisque personne ne venait jamais lui rendre visite. Elle lui apportait régulièrement de la nourriture, et découvrit que le dragon était capable de dévorer tout et n'importe quoi. Elle se mit à lui parler, à jouer avec lui et à l'apprivoiser, le grondant quand il faisait des bêtises et le félicitant quand il se montrait bien sage. La princesse avait finalement un ami, et il était exceptionnel. En échange, le petit dragon s'acclimata vite à la cohabitation avec la princesse et se montra de plus en plus câlin et de plus en plus protecteur. Bien nourri, il se mit à grandir, prenant de plus en plus de place. Un jour, alors qu'il était devenu bien grand, la princesse le vit regarder tristement par la fenêtre, et réalisa qu'elle l'avait rendu prisonnier lui aussi. Alors elle lui chuchota qu'il avait le droit de prendre son envol et de partir s'il le souhaitait. Mais le dragon ne voulait pas la laisser. C'était devenu sa princesse, et il voulait rester avec elle.

Sans ouvrir les yeux, Mal attrapa la main d'Evie qui parcourait ses cheveux et la guida jusqu'à sa bouche pour l'embrasser tendrement avant de glisser ses doigts entre les siens. Le rire de sa princesse retentit, mélodieux, et elles ajustèrent leurs positions pour terminer l'histoire sans détacher leurs mains l'une de l'autre.

— Puis un jour, après des semaines à rester cachés dans la chambre de la princesse, le dragon décida qu'il était temps pour eux d'affronter le reste du monde. Il réussit à convaincre sa princesse de grimper sur son dos et, sans que ni lui ni elle ne laisse la peur de l'inconnu les arrêter, le dragon sauta par la fenêtre et déploya ses immenses ailes majestueuses, s'envolant dans le ciel et tourbillonnant à travers les nuages. La princesse éclata de rire, le vent balayant ses cheveux alors qu'enfin elle se sentait libre et en sécurité. Elle continua à habiter dans son château, mais désormais elle n'avait plus peur d'en sortir, sachant que son dragon était là pour veiller sur elle. Elle apprit à côtoyer les gens du peuple, à les écouter et à les comprendre. Lorsque ses parents lui laissèrent finalement le trône, elle devint l'une des reines les plus aimées de l'histoire, généreuse et puissante. Elle ne trouva jamais de roi pour régner avec elle, mais peu lui importait. Elle avait son dragon, et ne voulait rien de plus.

— J'aime cette histoire, déclara Mal d'une voix pâteuse.

— J'aime mon dragon, rétorqua Evie en se penchant pour lui embrasser le front.

Mal sourit, déjà à moitié endormie.

— Hé Evie ? murmura-t-elle.

— Oui ?

— Tu sais que le dragon n'avait pas l'intention de protéger la princesse ? Il voulait juste lui voler son argent lui aussi.

Evie rit à cet aveu en retard de plusieurs mois, et prononcé dans un état de semi-conscience.

— Je sais.