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Quand Daphnée entendit quelqu'un à la porte, elle ne suspectait pas le choc qui l'attendait. Elle me fit entrer par bienséance et nous nous assîmes tranquillement dans les fauteuils de son salon. Quand elle me demanda ce que je faisais là, j'attaquais :

- « Je viens te demander ce que tu faisais à l'hôpital psychiatrique dans lequel Ron a été enfermé.

- Je lui rendais visite, tout simplement. » Répondit-elle d'un ton calme.

- « Depuis quand Ron est ton ami ? Aucun des Weasley n'a eu vent de ton existence. » Répliquais-je en riant.

Elle sembla déstabilisée l'espace d'un instant mais continua de conserver son masque souriant.

- « Tu ne crois pas qu'on peut devenir ami avec tout le monde ? Pourtant tu as été au contact des Weasley autant que des Malfoy, si je ne me trompe pas. »

Touché. Je balayais la pièce du regard pour gagner du temps. Maintenant que j'étais face à elle, je n'étais plus aussi sûre de moi. Finalement, j'avais peut être fait une erreur en pensant que la confrontation serait le meilleur moyen d'en apprendre plus sur ses agissements. Pourtant, elle était face à moi et semblait prête à se battre. Je savais qu'elle ne lâcherait rien. Mais il fallait tout de même que j'essaie, pour ma famille.

- « Contentes-toi de me dire ce que tu cherches exactement Daphnée. » Repris-je avec brutalité.

- Et toi Adélaïde, que cherches-tu ? Peut-être à te venger des nuits que j'ai passées en compagnie de ton époux. » Siffla-t-elle.

Nos yeux se heurtèrent sauvagement, pendant un long moment de silence nous nous affrontions. Ses yeux formaient deux fentes, ses dents acérées formaient un rectangle agressif. Face à son inflexibilité, je décidais de laisser tomber toute forme de conciliation.

- « C'est ridicule. Tu es ridicule et méprisable. Je m'en vais. »

Sur ces dernières paroles et sans plus de civilité, je quittais l'appartement. Je me rendais compte de la stupidité d'une telle visite. J'avais été assez idiote pour croire qu'en la mettant face à mes doutes, elle craquerait. J'avais pensé qu'elle exprimerait peut-être du remord, ou une pointe de culpabilité. Il n'en était rien, quel que soit son implication dans le changement qui concernait mon ancien amant, elle ne ressentait aucun regret. Je ne me sentais pas plus tranquille en partant, au contraire une nouvelle angoisse était née au creux de mon estomac. La guerre était finie et j'avais plus souffert de ses retombées que de son action directe. Cette situation ironique me fit rire seule, alors que je me dirigeais vers ma seconde destination : la maison de Lavande.

C'était une petite maison au centre d'un quartier résidentiel, de l'extérieur je pouvais voir les rideaux bloquer la vue sur l'intérieur. Dans le jardin, il me semblait entendre des cris, des rires d'enfants se balançaient dans le vent. Quand je toquais à la porte, l'inquiétude me déchirait le ventre. Me retrouver face à sa femme, ses enfants, après tout ce qu'on avait vécu dans leur dos me semblait mesquin. Quand la petite blonde qui n'avait pas perdu les kilos de ses grossesses, le t-shirt tâché de traces de nourriture, un pantalon de jogging moulant son ventre rond et ses larges hanches, je me dis que personne ne pouvait ressembler plus à Molly Weasley. Elle me lança un bonjour laconique, et se contenta de laisser ouverte la porte, me tournant le dos pour retourner dans le salon. Entrer me pris quelques minutes de trop. L'escalier à droite de l'entrée menait à l'étage et aux chambres, en face je pouvais voir les crinières rousses fuser dans le jardin, courant et criant.

Je la rejoignis dans le salon et m'assit dans un fauteuil face à elle, sans qu'elle ne m'y invite. Je fus moi-même surprise de mon propre courage. Cependant, elle affichait une attitude complètement neutre à mon égard. Ses yeux suivaient le mouvement des enfants à l'extérieur. Je la questionnais sur ses rapports avec celui qui fut son mari et toute sa posture changea radicalement. Elle était folle de rage contre lui, dans sa bouche ses traits étaient ceux d'un être vil, mauvais. Elle utilisa même le terme « abominable ». Pourtant à mon égard, elle n'afficha pas le moindre ressentiment. Ses réactions étaient étranges : extrêmes envers Ronald, complètement neutre par rapport à tout le reste. Quand je lui demandais pourquoi elle ne laissait pas ses fils voir leur père, elle sortit de ses gongs. Sa colère fut si grande qu'elle me congédia violemment. Je me retrouvais abasourdie devant la jolie petite maison : était-elle sous l'emprise d'un maléfice ?

Le soir même, je parlais à mon mari de mes doutes quant à la personne de Daphnée. Il sembla réticent à penser qu'elle ait pu faire quelque chose de véritablement mal au départ, mais se laissa peu à peu convaincre au fil de la conversation. Alors il prit la décision de lui parler lui-même sur-le-champ. Quand je le vis revenir, il était abattu. Un fantôme semblait habiter ses yeux.

- « Tu as certainement raison Adélaïde. » Finit-il par lâcher, affalé sur le canapé. « C'est elle qui a cherché à te nuire et elle n'a pas eu de meilleure idée que d'envoyer cet écervelé. »

Je ne relevais pas l'insulte et me contentais de tourner et retourner cette question dans ma tête : Qu'allons-nous faire ?

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