41 | Le calme de la campagne moldue
o Jeudi après-midi, Une grange à Goldborough, Pays de Galles
Après quelques tergiversations internes qui tiennent déjà de l'argumentation du prochain rapport que je devrais écrire sur tout ce bazar, je place Mark à la droite de Kahn, et donc à la gauche de Wintringham, sur le flanc sud. Autrement dit hors de ma vue et de ma supervision. Honnêtement, je ne sais pas exactement comment je présenterai ça dans le rapport, mais ça fait plaisir à Kahn et c'est aussi une bouffée d'air à Mark. Un petrificus totalus, Merlin, il va y arriver ! Sur ce flanc sud, j'estime que le seul point faible est Alderton qui manque parfois d'endurance. Même si je le garde pour moi, je compte sur Kahn et Wintringham qui le connaissent tous les deux pour veiller à sa concentration.
Sur le flanc nord, je prévois de m'intercaler entre Shannen et Colleen, que j'ai volontairement séparée de Heathcote pour éviter tout stupide geste de protection mutuelle. J'ai lu dans leur double regard que j'étais transparente mais j'ai préféré commenter la pique du Kahn s'interrogeant sur la répartition : "Les gars au sud et les filles au Nord.?"
"Le sud n'aura donc aucune excuse. Prévenez-moi quand vous pensez avoir totalement pétrifié votre cible. Tout le monde continue jusqu'à ce que je donne le signal de fin", j'insiste avec un cœur battant qui me rappelle que si j'assume bien la responsabilité de l'opération, je me sens aux limites de mon autonomie. Pas dépassée mais hors de ma zone de confort.
A mon signal, le flux des sortilèges illumine rapidement les deux murs du hangar, formant comme un halo jaune assez fort. Je m'inquiète sans doute un peu tard de la distance à laquelle cette lueur peut être visible. Heureusement que nous sommes en plein jour !
L'exercice me laisse le temps de réfléchir à tout ce qui pourrait clocher mais, s'il n'est pas assez difficile pour me prendre tout mon cerveau disponible, il n'est pas anodin. Ce n'est pas une expérience courante que de projeter aussi longtemps le même sort jusqu'à ce qu'il remplisse tout l'espace défini par un autre dispositif magique. En l'espèce, il faut tout le temps projeter son sort au travers d'une masse métamorphosée, et ça demande de la motivation et de la concentration. Un à un - Kahn en premier, Alderton en dernier -, nous annonçons avoir atteint le point de saturation. Je me risque à arrêter mon sort pour lancer un sortilège d'analyse qui fait apparaître comme de grandes arches de pierre qui traversent la grange.
"On arrête !", je crie.
Le silence qui suit est presque assourdissant - je me rends compte de la saturation sonore que nos sorts combinés avait provoquée. Pas un phénomène courant non plus, mais je n'ai pas le temps de me demander pourquoi. Sans doute pas non plus les connaissances théoriques pour. On se regroupe devant les portes. Moi au milieu, comme il sied à la cheffe d'une équipe. Alderton est un peu blanc, mais sa main n'a pas tremblé - il demande à Wintringham d'en testifier non sans une certaine fierté. Je souris mais je pense tellement à la suite que je ne prends pas la peine de féliciter ou de débriefer avec tout le monde. Même avec Mark. Je me contente de remarquer qu'il n'a pas l'air de la ramener mais qu'il n'a pas l'air épuisé non plus. Je ne regarde que Kahn pour demander : "Et maintenant ?"
"Faut faire gaffe aux murs... Les arches ont un poids... et je propose qu'on se charge, toi et moi, de se mesurer à cette porte."
"Shannen et Heathcote, vous nous surveillez cette bâtisse. Les autres, vous renforcez le périmètre... Vigilance, hein !", j'ordonne non sans nervosité.
Devant la porte, je n'attends pas que Kahn sorte sa baguette pour tirer la mienne. Les protections nous paraissent bien banales et sans réel défi.
"Un risque de mauvaise surprise ?", je questionne mon collègue, contente de pouvoir m'en remettre à son expérience.
"Honnêtement, Lupin, je comprends et je loue ta prudence mais je ne pense pas. Si tu veux, tu me couvres..."
Je prends le temps de me répéter qu'il a une expérience que je n'ai pas et de calmer ma part calculatrice et ma part paranoïaque avant d'accepter.
"Prête", j'indique donc sobrement.
C'est au moment où la porte s'ouvre sans à-coup qu'un bruit étrange, un grondement régulier et un peu métallique, nous fait nous retourner.
"Un tracteur", annonce Shannen. "Ça sert à préparer la terre pour l'agriculture..."
Un tir de cuisants l'oblige alors à arrêter ses explications pour lancer un bouclier et se protéger. Comme elle n'est pas la seule à réagir, ça fait une sacrée barrière contre laquelle les sortilèges suivants viennent s'écraser. Le tracteur continue, coupant en diagonal dans le champ pourtant couvert de fragiles pousses vertes. Je ne suis pas une spécialiste de l'agriculture moldue mais je ne pense pas que ce soit une pratique bien orthodoxe.
Sans me consulter, Kahn lance alors un sort de fusion qui touche de plein fouet le moteur de l'engin qui a continué à s'approcher de nous. Le moteur explose dans une gerbe d'eau et de morceaux de métal qui doit, elle aussi, malheureusement, se voir de loin. Le tracteur parcourt encore quelques mètres avant de s'arrêter, après des derniers hoquets et hurlements de métal, de guingois sur une motte de terre.
"Wintringham", j'appelle. "Les autres, en couverture."
On s'avance de concert, Heathcote et moi, et on prend d'assaut de manière coordonnée la cabine pour assommer une femme échevelée qui ne se rend pas sans combattre.
"C'est beaucoup moins calme que je le pensais la campagne moldue", commente Heathcote avec un clin d'oeil. "On la connaît ?"
"Ça aurait du sens que ce soit Menna Terfel qu'on recherche depuis ce matin et qui a déjà été soupçonnée de trafic", je lui livre en vérifiant son pouls. "Maintenant, je pense qu'on peut l'arrêter pour agression caractérisée et voir ensuite."
"C'est toi le chef", commente Heathcote. Il relève la tête pour s'inquiéter avec un air sincère désarmant : "Au fait, ça va ?"
"J'avoue que c'est pas une récré", je reconnais sans juger utile de faire mon innocente ou de cacher la réalité.
Il n'insiste pas mais demande : "Tu veux que je l'évacue ?"
"Non, je veux que tu restes là à me seconder, Heathcote, ou me repêcher si je me noie". Nos regards se croisent, et il opine l'air un peu intimidé. "On va trouver un policier pour le faire... Goodwill me paraît très bien."
Je n'attends pas que notre collègue ait effectivement évacué notre nouvelle prévenue - j'ai perdu le compte du nombre de personnes que nous avons collectivement arrêtées depuis le début de cette opération ! Je demande à Shannen de superviser le départ et le périmètre de sécurité, qui ne m'a jamais paru plus important, avant de rejoindre Kahn, Wintringham sur les talons, pour pousser les portes du hangar avec le reste de l'équipe qui retient son souffle dans notre dos.
C'est un peu comme voir s'ouvrir les grottes d'Ali Baba. Sous les arches de pierre aux formes tourmentées, s'empilent des caisses, des malles et des grands sacs. On distingue des tapis d'orient, des balais, des bouteilles de whisky de feu, mais on est loin du compte et on n'a même pas encore fait un pas dans le hangar.
"Un putain d'inventaire en perspective", commente Wintringham.
Kahn, lui, continue de lancer des sortilèges d'analyse, en particulier des Magelium Revelo.
"Il ne faudrait pas pécher par excès de confiance. Nos arches ont l'air solides et les murs ont l'air de tenir, et je ne trouve pas de magie active inconnue comme ça à première vue mais je ne prendrais pas de paris", est son commentaire.
"Moi non plus", je lui assure.
Dans mon dos, j'entends Shannen dire : "Les Aurors sont dedans, Lieutenant. Ils ont dit qu'on les couvre de dehors."
Kahn soupire et retourne ostensiblement à ses sorts alors qu'il vient de dire qu'il ne trouve rien ; Heathcote me regarde l'air nerveux et, moi, je réalise que je n'ai pas le choix.
"Couvre Kahn, Heathcote. Je vais m'en occuper."
Je rejoins Ron près d'une pile de tapis chatoyants.
"Hermione, qui déteste voyager en balai, regrette régulièrement que l'emploi de tapis de voyages soit interdit en Grande-Bretagne", il m'apprend d'un ton badin. "Bon, ça valait le coup de t'envoyer Kahn", il rajoute en regardant les arches.
"Sans nul doute, Lieutenant", je concours prudemment parce qu'un lieutenant ne se déplace pas sans un agenda.
"Des soucis ?"
"Entre lui et moi ? Non, Lieutenant."
Ron a l'air étonnamment pensif quand il me demande : "Et maintenant ?"
"Tu n'es pas là pour ça, Lieutenant ?", je questionne.
"Je suis venu vérifier que ça avait aussi bien marché que nous le pensions. J'ai vu que vous avez encore arrêté quelqu'un ! Une femme. Elle était dedans ?"
"Non, elle nous a foncé dessus en tracteur et en jetant des sorts. On pense que c'est Menna Terfel... introuvable depuis ce matin", je raconte.
"Intéressant", commente Ron. "Ça vous en fait, des prévenus. Tu vois ça comment ?"
Je détecte bien le test traditionnel du chef à son subordonné avant de lui confier une mission. Rien d'étonnant dans la pratique si ce n'est l'idée qu'on me laisse seule responsable de ce bazar. Je décide de garder mon opinion pour moi - c'est après tout ce que j'essaie de convaincre Mark de faire - et de répondre sur le fond.
"Il faut faire un inventaire des biens stockés ici et croiser avec les plaintes et les disparitions connues - magiques et moldues", je commence donc. Ron approuve silencieusement. "Reste que le lieu en lui-même, avec ses défenses particulières et ses surprises encore à découvrir, mérite une vraie analyse."
"On va mettre Elisa sur l'affaire, ça va être un bon cas test de ce qu'elle pourrait apporter à l'approche des analystes. En fait, je les ai déjà plus ou moins prévenus. Mais tu me laisses une garde conséquente ici, capable de les orienter."
"Tous les policiers ?", je vérifie sincèrement heureuse de recevoir des ordres clairs.
"Iris, nous inventons ici une nouvelle façon de faire, une façon de mener ensemble des enquête et des opérations avec nos collègues policiers", il me rappelle avec un infime soupir.
"Je laisse Wintringham", je comprends.
"Avec Alderton, voire l'aspirant s'ils te le demandent. Toi et Sherburne, vous rentrez superviser les dossiers et les interrogatoires. Prenez votre temps, rassemblez un maximum de données avant de les interroger. Vous avez eu assez de flagrants-délits pour rendre prudent n'importe quel avocat..."
"Shannen et moi ?", je vérifie.
"Iris, pour l'instant, il s'agit d'une enquête que la police aurait pu mener seule si elle s'était bougée, ou si elle en avait eu les moyens. On décide que dorénavant on se bouge ensemble et qu'on y met les moyens. Ça ne veut pas dire qu'on fait une équipe spéciale ou qu'on mobilise des Rang Un à chaque fois", expose Ron d'une voix qui dit bien qu'il aurait préféré ne pas avoir à expliquer ça. "Je rêve ou tu flippes ?"
"C'est un peu intense et.. déstabilisant... ces suspects agressifs, ce lieu, les magies à l'oeuvre...", je me justifie péniblement avec des gestes sans doute dérisoires pour mon environnement.
"Pas un blessé dans nos rangs ou dans les leurs. Des vols, du recel, des magies bricolées, des cuisants", énonce Ron. On se regarde dans les yeux, et je mesure bien qu'il me juge et que je n'en sors pas totalement à mon avantage. "Je ne vois pour l'instant aucune raison de te retirer ma confiance, mais est-ce que j'ai tort ?"
"Non, Chef", je réponds sans doute trop vite et en rougissant.
Ce n'est visiblement pas ce qu'il voulait entendre. Ron soupire de manière exagérée et regarde les voûtes pétrifiées au dessus de nos têtes dans un geste qui me paraît piqué à ma mère.
"Iris, je ne te demande pas de foncer dans le tas, sans réfléchir à rien et en te prenant pour plus que tu n'es. Je t'envoie des renforts pour l'inventaire et l'évaluation du lieu ; je reste là pour tes questions ; je t'invite avec fermeté à ne pas entreprendre un seul interrogatoire avant d'avoir réuni un maximum de données sur chacune des personnes arrêtées, leurs liens, leur passé. Le reste de ton équipe n'est pas revenue parce que je les ai déjà assignés à ça. Mais tout ce beau monde a besoin d'une cheffe pour les coordonner. Est-ce que ça peut être toi, Iris ?", il reformule avec une patience affectée, mais pas autant de verve qu'il peut en avoir parfois. Il n'a pas décidé de m'engueuler pour faire court.
"Ça semble en effet possible, dit comme ça, Chef", je réponds avec toute la fermeté que je peux réunir. De fait, la description qu'il vient de faire a démystifié une partie des enjeux. C'est sans doute la pression des récents événements qui me fait paniquer, je réalise. "Je me demandais si nos.. efforts n'avaient pas été non plus visibles depuis Pembroke... et ce qu'on allait faire du tracteur...", je rajoute donc.
"Je mobilise nos contacts moldus pour être sûrs qu'ils ne débarquent pas suite à un signalement", promet Ron en se redressant. "Et pour qu'ils établissent à qui appartient ce tracteur.. s'il a été volé, nous dédommagerons le propriétaire". Il y a de l'approbation dans sa voix cette fois.
Kahn s'approche alors avec sa démarche assurée mais qui me semble tout d'un coup un peu outrée.
"Iris, je ne pense pas que tu auras de mauvaises surprises. Ils avaient mis le paquet avec leur Feudeymon. Ils n'ont jamais imaginé qu'on le neutralise et qu'on entre", il m'affirme en me regardant. Ce n'est que ce rapport terminé qu'il se tourne vers notre supérieur commun. "Bonjour, Lieutenant."
"Merci de ton expertise et de ton aide, Peredur", lui répond Ron avant moi. "Je sais ton temps précieux. Si tu penses avoir fait le tour..."
"Une équipe, des responsabilités, des procédures", grince Peredur tout en opinant de la tête comme s'il était néanmoins d'accord.
"...ainsi que notre confiance, une expertise rare et un bel exemple d'adaptabilité", termine Ron en croisant les bras et en le regardant.
"Merlin, est-ce une déclaration officielle, Lieutenant ?!"
"N'encombrons pas davantage l'agenda d'Iris", décide Ron. "On peut trouver le moment d'en discuter, Peredur."
"Toi et moi ?", éternue Kahn.
"Pour commencer", propose Ron tout en me faisant signe de vaquer à mes affaires.
"Avant que tu y retournes, Iris", m'arrête Kahn. "Merci de ton accueil et... ne le laisse pas te renvoyer dans l'ombre des autres. Tu as ta place en pleine lumière."
"Nous voilà bien d'accord, Peredur", s'amuse Ron alors que je reste incapable de trouver une réponse quelconque. "Mais, tu vois, ça l'intimide encore pas mal".
"Vous n'auriez pas passé autant d'années à lui dire de la mettre en veilleuse, qu'elle douterait moins !"
"On va diverger là, Kahn", commence Ron.
"Ah ouais ? Toi, tu n'as fait que fermer ta gueule, suivre les ordres et attendre qu'on te dise que tu étais prêt ?", ironise Kahn lui coupant la parole. Je réalise sans doute bien tard que je sais que Ron a été l'aspirant de Kahn et que ça s'est mal passé. Je ne connais pas les détails, ou je les ai oubliés, mais j'en sais autant.
"Je ne serais pas là où je suis aujourd'hui si je n'avais pas appris aussi à être patient, rigoureux et...", argumente d'ailleurs Ronald.
"Lèche-botte et procédurier, oui !"
"Dire que j'ai stupidement cru que c'était l'occasion", soupire Ron avec amertume. "Dégage, Kahn. Dégage avant que je me fâche."
"Lieutenant", salue Kahn avant de s'éloigner.
"J'y vais", j'annonce parce que je n'ai aucune envie de rester là.
"Kahn a raison sur le fait que tu es plus que capable de mener à bien des missions complexes", commente Ron.
"Je n'ai pas l'impression qu'on m'ait retenue à tort", je décide de lui livrer. "Même si j'ai pu parfois ruer dans les brancards, j'ai compris depuis que c'était pour mon bien personnel autant que pour celui de la Division."
"Je te raconterais à l'occasion ce qu'il n'a jamais digéré, peut-être avec raison", m'indique Ron. Je vais dire que c'est inutile, mais il reprend : "Je ne me justifie pas, Iris, ce sera à toi d'en tirer tes propres conclusions. A l'occasion. J'attends un rapport oral ce soir."
"Bien sûr Lieutenant", je promets.
oo Jeudi après-midi Londres, Brigade de la police magique
Heathcote Wintringham admet du bout des lèvres que la présence de Mark à ses côté pour l'inventaire de la grange peut être utile. Clairement, il aurait préféré garder Colleen auprès de lui, mais il a bien compris que ce n'était pas une option pour moi et décidé de ne pas insister. Mark a l'air d'espérer que ça va bien se passer entre eux - mais s'il arrive à supporter Kahn, il devrait bien arriver à s'entendre avec Wintringham. Je leur répète au moins trois fois de ne pas hésiter à m'appeler avant de donner le signal du départ. Je sais, je suis parfois pathétique.
A la Brigade, Goodwill, le seul policier à ne pas être revenu à la grange, est content de nous voir arriver. Il me désigne la masse des rouleaux qui se sont accumulés dans la salle de travail qui nous a été assignée et s'excuse : "Le lieutenant m'a dit de rester mais, tout seul, je ne savais pas par quoi commencer, Auror Lupin !"
Un chef et des ordres, a dit Aidan l'autre soir. Heureusement, ceux de Ron sont assez clairs.
"On va reprendre tout ça avec les forces en présence", j'indique. "Halter et Miller, sur la maisonnée Cowan : il me faut des profils pour chacun des personnes que vous avez arrêtés. Est-ce qu'ils vivent tous là ? Si non, où ? Quelles sont leurs liens entre eux ? Il faut aussi établir leur patrimoine officiel, s'ils ont des coffres... la totale. Wintringham va revenir et coordonner, mais commencez le boulot."
"Ils vont avoir besoin de ta signature pour espérer une réponse des Gobelins, Iris", intervient Shannen. "Ils ne répondent jamais positivement aux demandes de la Brigade."
"Et pour mettre plus de chance de notre côté, on va faire signer ça par le lieutenant", j'abonde. "Rédigez, je relis et on lui fait passer."
"Le docteur Silverspoon est là pour le bébé", rajoute Halter avant d'obtempérer. "Je lui dis de venir te faire un rapport quand il a fini ?"
"Moi ou Shannen", je ponctue en me demandant si j'ai déjà vu un jeune enfant - ils parlent de bébé ! - dans une opération depuis que je suis Auror. La vérité est que je ne pense pas et que cette nouvelle responsabilité m'intimide un peu. Sans parler de l'écho que ça peut avoir avec l'enquête sur les gamins nés Moldus disparus.
J'arrive à m'intimer de ne pas m'en inquiéter pour l'instant et je me tourne vers ma propre équipe initiale. Colleen, assistée du jeune Bellchant, me résume le dossier assez épais, de Trevor Gyffes dont ils ont assuré l'arrestation.
"Notre ami Trevor a une longue pratique du détournement d'artisanat moldu. Il n'a pas toujours été condamné, et ce n'est jamais allé plus loin qu'une amende, mais c'est tout de même une vraie constante. Tous les deux ou trois ans, il se fait coincer. La première arrestation a eu lieu l'été où il a fini Poudlard !", raconte Colleen
"Mais on a des cas avec enrichissement ?", je m'intéresse.
"Pas mentionné dans les dossiers. Un développement récent ?", propose Colleen avec un sourire entendu.
"Et à part, ça ? On sait s'il a une famille quelque part ?", je poursuis.
"Rien n'est indiqué, mais ça ne prouve pas grand-chose. Je ne sais pas ce que tu en penses, chef, mais je me disais qu'il fallait faire une enquête de voisinage. Voir si on peut en apprendre un peu plus sur lui", propose Colleen. Je sens son envie d'aller de l'avant, de ne pas se contenter de suivre des ordres, d'être force de proposition.
Je regarde Shannen parce que je ne veux pas qu'elle se sente exclue de mes décisions. Cette dernière me fait signe qu'elle n'a rien contre. On est loin d'un pilotage égalitaire, je le sais bien, mais ça ne peut pas se faire en une seconde.
"Bonne idée. Restez sur vos gardes. On n'a peut-être pas encore serré tout le monde dans cette histoire," je leur conseille encore avant de les laisser partir.
Il reste Brian Goodlife qui me dit qu'il a eu la tâche facile parce que le dossier de Menna Terfel était déjà sorti quand il l'a ramenée. Il me signale qu'elle s'est plainte de douleurs et qu'il l'a inscrite sur la liste de Silverspoon.
"Est-ce que ce dossier la lie à la grange de Goldborough ?", je m'intéresse.
"Le lieu avait été cité lors du précédent interrogatoire", il m'apprend allant jusqu'à chercher la mention dans les rouleaux ouverts et me la montrer. "Il semble qu'elle soit enregistrée au nom d'un certain Arnall Terfel, son oncle paternel. Décédé l'année dernière... c'est à dire après qu'elle ait été inquiétée."
"Mais à qui appartient cette grange maintenant ?"
"Il faut que je cherche, Auror Lupin !"
"Oui. Il faut creuser un peu sur ces Terfel, leurs liens de parenté. Joins tes forces à celles de Halter et Miller, ça devrait se recouper."
Quand ils sont tous partis, je regarde les rouleaux accumulés sur la table avec une certaine morosité.
"Est-ce qu'on ne se munirait pas de quoi manger avant ?," suggère Shannen.
'Tu as faim ?"
"Je suis affamée. Je ne sais pas comment tu fais - mon cerveau a arrêté de penser !"
"J'ai faim aussi", je réalise. "Surtout maintenant que tu me l'as fait remarquer. Allons chercher et prenons large - je ne suis pas sûre que les autres aient eu le temps de se restaurer."
"Je vais demander qu'on nous amène des repas", elle propose, et je me dis que c'est sans doute plus sage.
On est plongées dans les dossiers avec un plat de fish and chips et une montagne de serviettes en papier entre nous quand Wintringham m'appelle.
"Iris ? Chef", il amende, "Je suis en route vers Londres dans le camion que nous a envoyé la Brigade avec tout le butin qu'on ramène. Je vous envoie l'inventaire des fois que vous vouliez déjà vous mettre à chercher." J'opine en me demandant si je ne vais pas me mettre moi-même à cette importante tâche. "Et je voulais te signaler un truc. Les analystes sont certains qu'une partie des biens a été transportée par des elfes... il y a des traces de magie elfique plus ou moins anciennes sur une partie des objets."
"Des elfes !", s'exclame Shannen, scandalisée. L'utilisation d'elfes pour des actes illégaux est considérée comme un facteur aggravant tout crime.
"Qui a des elfes parmi tous nos petits amis ?", je réfléchis à haute voix."On n'est pas entré chez Menna Terfel ; des elfes auraient pu avoir pour ordre de ne pas nous répondre... On n'a pas vu de traces d'elfe dans la maison de Gyffes, mais on n'a pas spécifiquement cherché."
"Pareil chez Alfie Cowan", me répond Wintringham. "On n'a pas vu d'elfes mais ils auraient aussi pu se cacher. Il faudrait retourner sur place..."
"Colleen et Bellchant sont retournés faire une enquête de voisinage sur Gyffes, on les prévient", j'indique. Je vois Heathcote tiquer dans mon miroir. "Rentrez, on va voir ça", je commente - un appel subtil au calme.
"Oui, chef", il articule. Au temps pour la subtilité
"Ils ne répondent pas", indique Shannen qui n'a pas attendu la fin de notre conversation pour appeler ses deux collègues. Comme elle s'est levée et dirigée vers la porte, je la suis. "On a une carte de localisation des agents sur le terrain", elle m'apprend en rejoignant la salle centrale de la Brigade. Groves en conversation avec Silverspoon indique à ce dernier notre entrée. Le docteur se dirige vers moi, je l'arrête d'un geste mais je sens bien qu'il ne va pas se retenir longtemps. Groves l'a suivi.
"Ils sont dans la maison mitoyenne à celle de Gyffes", annonce Shannen en me désignant les deux points bleus sur la carte. "Immobiles. S'ils étaient morts ou blessés, on le verrait. Sans doute retenus ou inconscients."
"Qu'est-ce que vous faites dans ces cas-là ?", je questionne avant que Silverspoon ne cherche une nouvelle fois à capter mon attention.
"On vous appelle", m'indique logiquement Groves.
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Notes
Menna Terfel (maison à Pembroke, vieille magie), petite-fille de Arnall Terfel
Trevor Gyffes (quart de géant, 50 ans, jamais condamné à plus que des amendes - détournement d'artisanat moldu, veut un avocat tout de suite)
Alfie Cowan, a été soupçonné de trafic dans le passé. Les habitants de sa maison, dont sa femme avec son bébé sur son dos, ont refusé de se rendre.
Toujours de l'action à prévoir dans le prochain...
