Chapitre 39
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- Je vous en prie ! supplie-t-il encore, le visage ruisselant et tremblant de tous ses membres. Je vous le jure, je vous ai dit tout ce que je savais !
- Tu peux me le répéter encore ? demanda Sougo. Je suis un peu lent, il faut m'expliquer les choses longtemps et plusieurs fois.
- Pitié ! Je vous assure que je n'y suis pour rien, répète-t-il, implorant. C'est ce type qui m'a engagé... Il savait que j'avais un passé de voleur, mais j'ai purgé ma peine, je me suis rangé maintenant, je vous l'assure ! Mais j'avais besoin d'argent... Il m'avait promis que ça ne ferait de mal à personne, il voulait que je ne vole que des objets sans grande valeur, il ne m'a pas expliqué pourquoi, mais il m'a promis une somme qui me mettrai à l'abri du besoin pour les années à venir...
- Tu ne nous a toujours pas dit son nom, faites-vous remarquer avec un regard lourd de menace, votre cigarette formant un halo de fumée autour de votre visage.
Vous commencez à vous impatienter. Une fois revenu à lui dans la pièce obscure et isolée qui vous sert de « salle d'interrogatoire musclé », avec trois paires d'yeux, celles de Sougo et Kondo en plus des vôtres, le fixant, ce redoutable fuyard qui vous a donné tant de fil à retordre s'est transformé en véritable carpette tremblotante assez peu susceptible de faire de la rétention d'informations. Et en apprendre aussi peu après une demi-heure d'interrogatoire commence sérieusement à user votre patience.
- Parce que je ne le connais pas ! Il ne voulait que se faire appeler par le titre de... De « l'esprit de Noël ». Je ne sais pas pourquoi, je devais juste déposer les objets volés dans un endroit bien précis d'un entrepôt abandonné, et c'est tout, je ne sais pas ce qu'il compte en faire ! Je ne voulais faire de mal à personne, je le jure, je suis désolé pour votre collègue, j'ai seulement paniqué, j'espère qu'il n'a rien...
- Yamazaki ira bien, intervient Kondo d'un ton abrupt, mais nous mettons un point d'honneur à ce que nos agents ne soient pas blessés pour rien. Aussi, aucun d'entre nous ne quittera cette pièce avant que des informations satisfaisantes n'y aient été données.
- Mais je vous ai tout dit ! S'il vous plaît, vous avez dit que vous arrêteriez si je vous disais tout ce que je savais...
- Non, corrigez-vous, j'ai dit que nous arrêterions si nous obtenions des réponses satisfaisantes. Et là, je ne suis pas satisfait. Sougo, refais-lui faire une petite séance de plongée.
- Et c'est parti. Prends une grande inspiration, mon vieux, on va essayer de battre ton record.
- Non, pit... Bloub...
- Il a fait combien, déjà, la dernière fois ? vous demande Sougo en lui maintenant la tête enfoncée dans la bassine.
- … Quarante-trois secondes, je crois, répondez-vous.
- Pas mal pour un mec en état de panique.
- Faites tout de même attention, vous deux, vous demande Kondo. On a encore besoin de lui conscient...
- Ne vous inquiétez pas, Kondo-san, affirme Sougo, je connais la limite... Quand ils se mettent à agiter la tête un peu comme il le fait maintenant, c'est qu'il est à environ cinq secondes de lâcher...
Le son d'une longue inspiration rauque et affolée accompagné d'un bruit d'éclaboussures remplit la pièce lorsque Sougo lui ressort une nouvelle fois la tête de l'eau.
- Hé, bravo, tu es monté à cinquante secondes ! On y retourne pour tenter la minute ?
- Non... Non, pitié, je vais... Il y a encore une chose ! Une dernière chose !
- Ah, tout de même, faites-vous en tirant une autre bouffée de tabac. Tu vois, quand tu veux. Rien de tel qu'un peu d'immersion aquatique pour se rafraîchir les souvenirs.
- Il m'a... donné quelque chose, halète-t-il après que vous lui ayez gracieusement laissé quelques instants pour reprendre son souffle. Que je devais donner à la police au cas où je me ferais capturer... Il est... dans la doublure de ma botte. La gauche.
Vous allez examiner la chaussure en question, et après une petite recherche, en extirpez une minuscule carte-mémoire.
- C'est ça ?
- Oui... Je vous en supplie, je ne sais rien de plus, à présent...
- Pourquoi ne pas nous avoir avertis plus tôt pour cette carte ? s'étonne Kondo-san. En particulier si ça faisait partie des consignes de ton employeur ?
- Parce qu'il craint que ce ne soit un virus, devine Sougo. Et qu'on le lui fasse payer si on endommage notre matériel avec ça.
- Il a raison... Toushi, fais attention ! vous avertit Kondo en vous voyant manipuler votre téléphone.
- Ne vous en faites pas, répondez-vous, je l'ai mis hors réseau. Si ça devait faire du dégât, ça se limiterait à mon portable...
Vous insérez la carte mémoire ; à priori, tout semble normal. Elle ne contient qu'une seule chose, une vidéo. Lorsque vous lancez la lecture, le visage d'un homme apparaît sur l'écran.
- C'est lui ! s'écrie votre prisonnier. C'est le type qui m'a engagé !
- Bien le bonsoir, messieurs du Shinsengumi, vous salue l'homme sur le téléphone.
- Qu'est-ce que c'est que ce cas social, encore ? s'interroge Sougo en regardant par-dessus votre bras.
Vous vous posez la même question... Encore un taré, celui-là se cachant derrière une veste, un masque et un chapeau haut-de-forme lavande, laissant seulement visible ses cheveux longs, sa bouche et son menton. Sur son chapeau étaient accrochés trois feuilles et trois baies de houx.
- Si vous voyez cette vidéo, félicitations ! Vous êtes parvenus à arrêter votre voleur ! Je me réjouis de vivre dans une ville où les forces de l'ordre sont aussi consciencieuses et efficaces. Vous avez bien mérité de savoir à qui vous avez affaire : je suis l'Esprit de Noël, annonce-t-il en s'inclinant.
Vous échangez un regard avec vos deux coéquipiers. Sérieusement... ?
- Malheureusement, poursuit-il, si je suis satisfait de la sécurité qu'elle peut apporter, je le suis beaucoup moins de la mentalité qui y prend place. Je parle de ce matérialisme puant qui embourbe les cœurs et les esprits et pollue cette joyeuse période de fêtes. Aussi, en tant qu'Esprit de Noël, était-il de mon devoir de purifier vos âmes en vous aidant à voir plus clair au fond de votre propre cœur.
- Mais qu'est-ce qu'il raconte ? marmonnez-vous.
Un coup d'œil à Kondo et Sougo vous confirme qu'ils n'en mènent pas plus large que vous. À défaut, vous reportez votre attention sur l'écran :
- Vous avez déployé de gros efforts pour retrouver mon petit lutin, n'est-ce pas ? Et récupérer ainsi les précieuses possessions dont il vous a défait. Hé bien, réjouissez- vous ! En récompense de votre bon travail, j'ai profité de votre intervention pour tout remettre en place. Vos biens sont intacts et exactement à l'endroit où vous les avez laissés. Tout au zèle que vous inspire votre travail, vous n'êtes pas passés par vos quartiers pour vérifier, n'est-ce pas ? Hé bien, dans ce cas, je vais vous laisser aller retrouver vos précieux biens avec la joie et le soulagement qui leur est dû, déclare-t-il en s'inclinant de nouveau. Il ne me reste qu'à vous souhaiter un joyeux Noël !
La vidéo prend fin. Si ce type a dit vrai, alors...
- Toushi, Sougo, allez vérifier et passez le mot, vous ordonne Kondo. Je m'occupe de mettre celui-là en cellule, je vous rejoins juste après.
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Ça sent quand même plus le coup fourré que la dinde fourrée, cette histoire... Allez voir ce qu'il en est dans vos quartiers, au chapitre 52.
