Salut à tous, j'espère que vous allez bien depuis Octobre/Novembre ! J'ai eu du mal à trouver du temps libre IRL pour pouvoir écrire, mais ces derneirs jours avec les jours fériés, c'était idéal !:)
Comme promis dans ma note sur instagram, voici un chapitre avant la fin de cette année 2019 ! Je travaille également sur le suivant, je verrai s'il est assez complet pour le poster dans cette même nuit ! Bonne année 2020 à tous !
Chapitre 39 : Séparation et retrouvailles.
Gintoki n'avait pas aimé faire ça. Il n'avait pas aimé dire aux deux gamins qu'ils devaient rester à l'écart et ne pas le suivre. Il avait fait face à leurs vives protestations, sous les yeux des trois gradés du Shinsengumi, qui eux-mêmes ne comprenaient pas trop ce qui se passait à quelques pas d'eux.
Mais si ce que Kemono lui avait dit était vrai – et il n'en doutait absolument pas – il ne pouvait pas se permettre de prochaines actions pouvant menacer la vie de ses deux protégés.
Il avait déjà pu récupérer le katana noir dont lui avait parlé la Kagura du futur. Selon elle, c'était à la fois une arme et un dispositif électronique. Alors qu'il était encore à ses côtés et avant de retourner à l'agence des Yorozuya, elle lui avait exposé la suite des événements…
-Tu veux que j'aille récupérer ce sabre ? Dans le QG du Shinsengumi ? Avait-il demandé, surpris.
Elle avait alors répondu d'un hochement de tête.
-Ce sabre n'est pas qu'une arme. C'est aussi ma mémoire si on peut dire. Ainsi qu'un dispositif de hacking.
-Ta… Mémoire ? Avait alors demandé le permanenté.
Kemono lui avait alors fait un cours rapide sur les implications du voyage dans le temps, et plus particulièrement du voyage vers son propre passé.
-Quand on va dans le passé, on créée une seconde réalité, parallèle à la nôtre. Ce qui implique que les événements changent ou sont amenés à changer par ma simple présence. Le fait d'aller vers le passé altère donc la perception que j'ai de mon époque d'origine. Pour faire simple, je risque de perdre peu à peu les souvenirs que j'ai de mon époque, si je ne repars pas au plus vite.
-Tu vas perdre ta mémoire ? Releva Gintoki, à présent très inquiet.
-Le vieux Gengai m'avait expliqué ce risque. Il a donc inclus un dispositif dans le sabre qui me permet de retrouver des souvenirs, si je viens à en perdre. Comme cela, je peux garder trace des éventuels changements qui se produisent à mon époque. Ou du moins dans le futur de cette réalité. Je ne sais pas vraiment si les changements seront répercutés jusqu'à ma réalité d'origine…
-Attends… Le cerveau de Gin-san a un peu du mal à suivre. En gros on est un monde parallèle à celui d'où tu viens, mais dans le passé. Tu sais déjà ce qui va se passer parce que si tu ne fais rien à notre époque dans notre réalité, la fin sera la même que dans ton monde. Et tu ne sais même pas si les changements que tu causes ici auront un impact chez toi ?
-Je n'ai aucun moyen de le savoir, dit-elle alors d'un ton morne. Je ne sais même pas s'il est possible de rentrer d'où je viens…
Gintoki eut l'impression d'avoir reçu à nouveau un coup de poing puissant. En plein dans les feels. Sa « fille » avait vraiment tout fait pour se mettre dans une situation impossible, pour le bien de tous.
Tout ceci aurait été le scénario d'un film passant à la télé en deuxième partie de soirée, il se serait moqué de l'héroïne en disant qu'elle aurait mieux fait de rester chez elle avec ce qu'elle avait. Mais face à une situation réelle, où l'héroïne était remplacée par Kagura, il manquait de mots.
Et à présent, elle risquait également de perdre ses souvenirs. Et il le savait mieux que quiconque. Les souvenirs, heureux ou malheureux, étaient le plus importants. C'est ce qui faisait d'un individu ce qu'il était. C'est ce qui restait quand il n'y avait plus personne, même des années après. C'est ce qui vous faisait repenser au goût d'un paquet de bonbons partagé avec des amis lors d'un après midi en été, ou à la chaleur d'un kotatsu en plein hiver, dans une pièce où l'odeur de mandarines tout juste pelées flottait.
C'était plus qu'important, et il espérait qu'elle n'ait pas déjà commencé à en perdre, éloignée du sabre en question. D'autant plus que le katana remplissait une autre fonction.
-Ce sabre… sert aussi à hacker, tu dis ? A hacker dans quoi ? Avait-il alors demandé.
-Ce sabre comporte également un dispositif capable d'infiltrer le système d'un vaisseau Amanto et de le faire griller complètement, avait-elle alors expliqué. Si on le plante dans un panneau de commandes, il envoie un virus informatique qui efface l'OS du vaisseau. Ça deviens alors un gros morceau de métal inutile.
-J'ai pas compris la moitié de ce que tu as dit, et te voir devenue plus maline que moi fais mal au cœur à Gin-san, mais en gros, on peut arrêter n'importe quel vaisseau avec ?
-Oui, mais un seul. On a donc pas le droit à l'erreur concernant la cible.
-Ok… Je vais aller te le chercher, alors. Je dois faire un détour avant, mais ce sera pas long, avait-il dit sur le moment.
Et à présent, il était ressorti du QG du Shinsengumi, après y être entré en douce pour aller y récupérer l'arme. Ça n'avait pas été difficile à retrouver. Connaissant le caractère des gradés chez les voleurs d'impôts, il savait parfaitement où chercher. Aussi n'avait-il pas le moins du monde surpris de le trouver dissimulé dans la chambre du sadique de service. Et vu le laxisme concernant la sécurité, il avait pu aller et venir sans qu'aucune question ne lui soit posée. Il faut dire que depuis le temps, certains membres de la force spéciale de police étaient habitués à le voir déambuler dans leurs locaux, que ce soit avec ou sans paire de menottes aux poignets.
N'empêche que ça avait été facile. Un peu trop même. Il en venait à se demander si les membres faisant partie de la conspiration qui avait été découverte n'avaient pas fait en sorte que la sécurité se relâche peu à peu, à mesure que les jours, les semaines, voire les mois passaient. Si c'était le cas, c'était plus qu'inquiétant.
Mais à présent, il y avait plus important à penser.
Il fallait rapporter le sabre à la la Kagura du futur, et réfléchir à la marche à suivre.
Il était ainsi rentré à l'agence seul, se faisant bousculer par l'Inugami géant qui était resté couché dans le bureau et qui l'avait presque écrasé en lui sautant dessus lorsqu'il l'avait vu arriver. Mais pas de chance, la balade ne serait pas pour tout de suite.
-Du calme gros cabot, faudra que tu attendes ta maîtresse pour aller draguer les chiennes du quartier. Et pisse pas partout, hein.
Il avait ensuite changé de vêtements pour passer plus inaperçu dans la foule. Il avait eu le pressentiment, depuis les baraquements du Shinsengumi, que quelqu'un le surveillait de près. Une sorte de sixième sens le lui disait. Et avec plus de confiance, il avait pu ressortir de l'agence, son précieux paquet emballé, à l'abri des regards indiscrets, et un autre sac sur le dos, dans lequel il avait mis le strict minimum : quelques vêtements, des barres chocolatées qu'il avait trouvées au fond d'un placard… Pas grand-chose, mais en même temps de quoi tenir quelques jours.
Progressant vers le quartier des affaires, il ne s'était plus senti suivi, mais se méfiant tout de même, il avait fait plusieurs détours avant d'arriver à sa destination : la planque de Katsura. Il n'y était allé que deux fois, mais il connaissait à présent le chemin comme le dos de sa propre main. L'immeuble en question était d'ailleurs encore une fois mal gardé, mais ce défaut de sécurité rendait ses occupants encore plus discrets au regard des passants et des éventuelles forces de l'ordre patrouillant dans le secteur.
Y entrant, il fut immédiatement accueilli par Katsura lui-même.
-Ah, Gintoki. Tu as été plutôt rapide je dois dire… Kemono… Enfin je veux dire… Kagura II t'attends déjà dans sa chambre.
-Kagura II ? Sérieux Zura, t'aurais pas pu trouver mieux ?
-Elisabeth avait proposé Sukombu 2000, K-1000 (1), Kagura² et KK, mais j'ai finalement tiré au sort parmi toutes les propositions de mes membres répondit sérieusement Katsura.
Il laissait tomber. Et puis quoi encore ? Si Gintoki devait relever toutes les énormités qui entouraient Katsura, il n'en finirait jamais. Il était juste heureux que le surnom choisi au hasard ne soit pas un truc plus louche comme « Aigle chauve » ou « Back to the Kagura ». Et il était à peu près sûr, connaissant la bande à Katsura (2), qu'il devait y avoir bien pire dans ce chapeau de tirage au sort dont émanait une vague de mauvaises intentions. Rien que d'y penser, cela lui donnait des frissons.
Il avança jusqu'à la pièce où l'attendait la jeune femme, accompagné de l'excentrique leader du Jouishishi, pas encore sûr de savoir pourquoi ce dernier l'accompagnait d'ailleurs. Et aussi sûr que Katsura le lui avait dit, la Kagura du futur était éveillée adossée contre la tête de lit, attendant ses visiteurs.
-Rebonjour, Gin-san, dit-elle en souriant légèrement.
L'intéressé lui rendit également un petit sourire, avant de s'avancer vers le lit et de lui tendre le sabre. Elle s'en saisit et l'examina, avant de le poser à ses côtés sur le lit, le long de son corps.
-Il semble un peu abîmé depuis mon combat de l'autre soir. Je vais devoir vérifier les dégâts avant de pouvoir me prononcer, mais je pense que ça devrait aller, dit-elle.
-Avec ça, tu vas pouvoir garder tes souvenirs aussi, pas vrai ? S'enquit Gintoki.
Kagura acquiesça d'un signe de tête, non sans une certaine réserve.
-Si le dispositif est intacte, je ne devrai pas avoir de problème. Mais ce n'est pas le plus important. Si j'attendais de vous avoir tous les deux en face au même moment, c'est parce que j'avais besoin de vous parler de la suite des événements.
-Tu veux à nouveau m'inclure dans tes plans ? Demanda Katsura, tout en haussant un sourcil.
-Oui, même si ce n'est pas pour tout de suite. Déjà, Gin-san, est-ce que tu as appris des choses entre temps ?
Gintoki tira une chaise qui était poussée contre le mur et y prit place, avant de commencer son rapport.
-Le Shinsengumi a eu notre petit cadeau. Gengai va les aider à désamorcer le plus rapidement et le plus discrètement possible les explosifs qui sont encore dans toute la ville, à commencer par ceux dans leur QG. En revanche, les Harusame ne bougent toujours pas. Ils se planqueraient en orbite, soit occultés, soit cachés dans l'ombre de la lune.
-ça ne m'étonne pas de mon frère. Ils doivent se demander quoi faire… Mais si j'ai bien prédit leurs prochaines actions, je pense qu'ils attendent un plus gros poisson et que le gros de la troupe ne bougera pas avant.
-Tu as vu juste. Il y a un vaisseau de guerre du Tendoshuu qui doit arriver, devine quand ? Dans 4 jours, exactement pour la date supposée de cette catastrophe.
-Je m'en doutais… Je n'ai eu que peu d'interactions avec lui dans mon monde, mais de ce que j'ai pu en comprendre, il y avait une raison cachée pour causer tous ces dégâts. Je n'ai jamais pu m'entretenir avec un autre Yato, pas même Mutsu, qui était repartie bien loin. Elle avait ses propres comptes à régler, et je n'ai jamais pu la rencontrer face à face. Les seuls contacts que nous ayions étaient par lettres ou par emails interposés. Mais mon frère… Je l'ai revu, des années après la catastrophe.
-Il est revenu te voir ? Après tout ce qu'il avait fait ? S'enquit Gintoki.
Le Patron des Yorozuya sentait la colère monter en lui, mais Kagura posa une main sur les siennes pour le calmer.
-Ne te méprends pas sur lui. Il a eu une mauvaise façon de faire les choses, et c'est derrière moi depuis longtemps… Du moins, pour moi même. Et depuis qu'il est venu me voir, je me suis jurée de le sauver aussi.
-Le sauver ? Demanda Katsura.
Kagura retira sa main de celles de son père de substitution, pour croiser des doigts.
-Il a aussi été une victime… Mais je ne l'ai su que des années après. Et juste quand je pensais enfin le comprendre, il est mort à son tour. Donc c'est décidé, je le sauverai. Afin qu'il puisse s'excuser correctement. Non pas auprès de moi, mais auprès de ma version de cette époque.
Gintoki acquiesça silencieusement. Même des années après, Kagura était toujours aussi têtue. Quand elle avait une idée en tête, rien ne pouvait l'en détourner. Et si elle croyait en son idiot de frère, même après tout ce qu'il avait fait, et même s'il ne connaissait pas les détails, il savait qu'il pouvait faire confiance au jugement de la jeune femme se tenant devant lui.
-Et pour sauver tout le monde, on a besoin de neutraliser les mouvements de l'ennemi. Continua-t-elle. Et il faut les atteindre avant qu'ils ne s'approchent trop d'Edo. Mais vu que nous avons une deuxième cible dans le tableau, il va falloir partager les tâches. Je pense gérer mon frère de cette époque. Mais un vaisseau de guerre Amanto dont on ignore le contenu, risque d'être beaucoup plus ardu. On va donc diviser pour mieux latter.
-C'est pas plutôt « diviser pour mieux régner », Kagura II ?
-Je sais ce que j'ai dit, rétorqua Kagura. On va distribuer équitablement du lattage de tronche à tout ce beau monde. Si j'ai appris quelque chose ces sept dernières années, c'est que peu importe les mots, certains ne comprennent rien à moins de s'en prendre plein dans la gueule.
Le soudain déchaînement de violence verbale surprit et inquiéta Gintoki, mais il se rappela ensuite que la Kagura de leur époque ne mâchait pas non plus ses mots. Ce qui le rassura, voyant ainsi à nouveau une certaine ressemblance entre les deux Kagura, malgré tous les changements que sa version future avait subis. Mais à présent, il savait aussi qu'il allait devoir agir avec plus de précautions. Si l'autre morveux violent et goinfre à la mèche folle n'était pas autant un ennemi, il devrait peut être retenir ses coups. A moins que ça dégénère. Dans ce cas, il devrait à la fois retenir ses coups, mais également survivre face aux assauts d'un Yato déchaîné. Et cette idée ne lui plaisait pas du tout.
-Pour la suite, nous allons nous séparer en deux équipes. Le Jouishishi et moi allons nous occuper d'infiltrer le vaisseau de guerre pour le neutraliser à l'aider du sabre. Je ne sui spas sûre qu'on puisse l'approcher avant qu'il n'atteigne la ville. Leurs systèmes de détection doivent être plutôt efficaces. Le cas échéant on les abordera avec un des vaisseaux du Kaientai, si Sakamoto peut nous en prêter un. Mais pour toi Gin-san, ce sera un petit peu plus compliqué. Mon frère ne laissera jamais un vaisseau « net » approcher du sien.
-Je vais te prêter des hommes à moi, continua Katsura.
-Pourquoi faire ? Demanda Gintoki, peu sûr de ce qui allait se convenir.
-Pour voler un vaisseau Harusame.
-Pardon ? Gin-san a pas bien entendu, il a cru que vous lui demandiez de voler un vaisseau de pirates pour aborder un autre vaisseau de pirates.
-Tu as bien entendu Gintoki, ou alors tu devrais te laver les oreilles. On a un très bon produit dans la salle de bain au premier étage, dit Katsura.
-C'est toi que devrait te nettoyer le cerveau Zura, il commence à pourrir depuis trop longtemps, répondit le permanenté. Mais plus sérieusement, c'est vraiment ça le plan ?
-Comme je l'ai dit, un vaisseau de guerre avec un contenu inconnu me terrifie plus qu'un vaisseau Harusame rempli de Yato. Je sais à quels éléments j'ai affaire à, depuis mon monde. Mais tout ce qui sort de ce qui s'est passé dans ma ligne temporelle et ne s'y était pas produit est une menace. Ce vaisseau ne s'est pas montré le jour J. Qui sait ce qui est à son bord... Réfléchit Kagura.
Elle avait une expression très sérieuse et également inquiète, ce qui laissa la pièce dans un silence l'espace de quelques secondes, avant qu'elle ne se remette à parler.
-Si ce qui se trouve dans ce vaisseau est ce qui a poussé mon frère à aller à ces extrémités, je n'ose même pas imaginer ce qui peut s'y cacher…
-Je vois, dit Katsura. Donc, on change de cible prioritaire, mais il faut quand même empêcher les autres Yato d'intervenir si possible.
-Tout à fait. Conclut-elle. Et vu que Gin-san a déjà rencontré mon frère, je pense qu'il peut peut-être le raisonner.
-Le raisonner ? C'est un peu fort. Cet abruti risque de me sauter dessus dès le moment où il me verra, s'enquit Gintoki.
-C'est possible. Mais on a pas vraiment le choix, pas vrai ? Répondit-elle.
Le Patron des Yorozuya soupira longuement, puis reprenant de sa contenance, fixa de ses yeux couleur rouge la jeune femme.
-C'est d'accord. J'irai voler un vaisseau. Et j'essaierai d'arrêter ton frère avant qu'il n'arrive à Edo. Mais je peux rien te promettre. Ce type est complètement imprévisible.
-Et moi je vais essayer d'aller convaincre Sakamoto de participer à notre plan. Dit Katsura. Mais.. Concernant cette dernière personne…
-Tu veux dire l'autre enfoiré balafré ? Releva Gintoki. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles…
-Mais si il ré-apparaît. Insista Katsura.
Agacé, Gintoki se leva, et sans regarder en arrière, se dirigea vers la porte de la chambre, et avant de sortir, dit :
-Si Takasugi veut s'en mêler, il a intérêt à bien choisir son camp.
Sur ces mots, il sortit de la pièce, des membres du Jouishishi l'attendant déjà. Il avait déjà tout ce qu'il lui fallait, mais un des guerriers lui tendit un sabre. En temps normal, il aurait refusé. Mais au rythme où allaient les choses, il s'attendait encore à de sacrés retournements de situation. Mieux valait donc être prêt à tout. Il emballa le nouveau sabre dans un tissu, et commença à avancer pour sortir du bâtiment, suivi par une petite dizaine d'hommes armés et habillés de façon quelconque pour mieux se fondre dans la foule. Ils allaient l'accompagner pour sa nouvelle mission. Il était anxieux à l'idée de devoir travailler avec ces types, mais il n'avait pas trop le choix, s'il voulait tenir les gamins à l'écart tout en respectant les délais.
Quant à Katsura, il était déjà dans les étages, à mener un colloque sur « comment être plus malin que vos poursuivants : maîtrise du déguisement et connaissance du terrain ». Son public était déjà relativement dense, et il expliquait déjà que dans une course poursuite, « on ne pouvait pas poursuivre ce qu'on ne pouvait pas voir ». Il avait déjà en main plusieurs perruques, des bleues, des roses, des jaunes, ainsi que plusieurs paires d'antennes et autres accessoires en plastiques, comme deux embouts gris surmontés de sphères roses (3). Il disait les avoir trouvés à la boutique de déguisement du coin, mais certaines perruques sentant fort le parfum, il y avait à parier qu'il en avait « empruntées » lors de ses services dans les divers cabarets de travestis de la ville. Mais son public était si absorbé par la leçon en question qu'il ne lui en tint pas rigueur.
Quelques minutes passèrent, avant qu'un certain officier de la police spéciale ne décide de s'introduire dans le repère de Katsura et des guerriers Jouishishi.
oOoOo
Dire qu'il s'y attendait aurait été exagéré. Mais… Il s'y attendait quand même.
Sougo arrivait à distinguer dans la pénombre, une forme allongée sur le lit au centre de la pièce, recouverte jusqu'à la taille par une couverture. Il paniqua un peu au départ, ayant cru qu'il avait déjà été repéré si la personne en question lui avait fait face. Mais à son plus grand soulagement, l'individu était allongé sur son côté gauche, le dos tourné face à lui.
Il suivit du regard les lentes respirations faire s'élever et se baisser le torse de la personne qu'il était venu interroger. Torse dénudé, qui n'était qu'à moitié recouvert de bandages.
Les bandages avaient d'ailleurs l'air fraîchement faits, mais du sang avait déjà recréé des tâches sombres par endroits. Il n'était pas un pervers, hein. Mais quand il vit toute cette peau brûlée dans son dos, il ne put s'empêcher de grimacer. Le dos de la femme appelée Kemono était entièrement brûlé, sûrement depuis bien longtemps, et sa longue chevelure blanche, balayée sur le côté, ne cachait presque rien de la peau à la consistance étrange s'étendant jusque dans son cou.
Il observa ensuite la pièce en elle-même. Elle était exiguë, et la seule autre ouverture, une fenêtre, avait été calfeutrée solidement et efficacement avec un matelas bien épais, pour bloquer toute lumière venant de l'extérieur. A côté, une commode, avec posé sur son dessus, le sabre noir qui avait mené Sougo jusqu'ici. Le cordage en partie défait par ses soins avait été refait avec minutie, ce qui rendait un aspect presque neuf à l'ensemble, du moment qu'on exposait pas la lame hors de son fourreau.
Il détecta du coin de l'œil du mouvement, et s'accroupissant pour éviter d'être repéré tout de suite, vit que la Yato avait bougé dans son sommeil. Elle avait visiblement autant le sommeil agité que lorsqu'elle se trouvait dans les baraquements du Shinsengumi, et son bras droit avait glissé de dessus son corps pour venir pendre dans le vide à côté du lit.
Pour éviter qu'elle ne réplique, Sougo allait devoir ruser. Certes, elle pouvait toujours le tabasser à mains nues, mais si déjà, il pouvait s'emparer du sabre, cela ferait une menace de moins à prendre en compte.
Se relevant à nouveau, il se dirigea vers la commode, et le plus lentement possible, pris le sabre. Puis, regardant si la Yato ne s'était pas encore réveillée, il fut pris de curiosité.
Elle était là, sans se préoccuper de quoi que ce soit au monde, et à découvert. Sa chevelure lui masquait encore en partie le visage, mais cela ne suffisait pas.
Sougo voulait savoir qui était cette personne qu'il avait déjà dû affronter par le passé. Il ne se trompait jamais, lorsqu'il s'agissait de reconnaître la façon de se battre de quelqu'un. Il pouvait en un instant comprendre ce que la personne pensait, et prévoir ses mouvements avec aisance, même s'il la revoyait des mois plus tard. Et le malaise qu'il ressentait était à son paroxysme.
Il s'approcha du côté du lit auquel Kemono faisait face, encore endormie. Puis, avec précaution, il approcha sa main, et commença à soulever quelques mèches de cheveux blancs comme la neige. Ses yeux se fermèrent légèrement pour qu'il concentre sa vision dans le noir ambiant. Encore quelques mèches, et il vit enfin le visage de celle qui se faisait appeler Kemono.
Tout d'abord interdit, il n'esquissa pas un geste. Il s'agissait d'un visage assez ferme et adulte, comparé au sien, et se demanda en premier lieu s'il avait déjà combattu une femme plus âgée que lui par le passé. Ne trouvant pas de correspondance dans ses souvenirs, il essaya alors de se remémorer le regard de Kemono, quand il l'avait confrontée peu avant sa disparition. Des yeux bleus profond, sans réel éclat. Mais c'était un bleu très particulier. Il essaya alors mentalement de s'imaginer le visage de l'endormie avec les yeux qu'il se rappelait avoir croisés. Perdant un instant la notion de ce qui l'entourait, tentant d'extrapoler ce qu'il avait en tête. Il reposa alors le regard sur le visage endormi de Kemono… Et vit deux yeux bleus le fixer, empreints de surprise et de choc.
Lui aussi soudainement surpris, il savait qu'il était compromis, mais la soudaine confrontation le paniqua suffisamment pour qu'il recule soudainement et heurte la commode qui se trouvait jusqu'à présent derrière lui.
C'est pas bon, pensa-t-il. Pas bon du tout !
Il venait de faire un raffut monstre en se ramassant presque par terre, et était à peu près sûr que tous les Joui se trouvant au rez-de-chaussée avaient dû entendre le vacarme. Il fallait qu'il sorte de là, et vite. Ne perdant pas un instant, il se redressa.
Il s'apprêtait à sprinter vers la porte mais fut stoppé net dans son élan.
Kemono le tenait fermement par le poignet de sa main, la même qui tenait le sabre appartenant à la jeune femme. Une poigne de fer, qu'il aurait sûrement du mal à briser, étant donné sa nature de Yato. La main pâle le serrait comme l'aurait fait un Shinigami sur sa prochaine victime.
L'instant d'après, la porte de la pièce s'ouvrit d'un coup, et trois patriotes Joui se positionnèrent sur le pas de la porte, sabres à la main.
-Tout va bien Kemono-san ? Nous avons entendu du bruit !
La Yato tourna la tête, et sans bouger de sa position allongée tout en leur tournant le dos, leur jeta un regard par dessus son épaule.
-Vous en faites du bruit. Dégagez de là. Dit-elle sèchement.
Les trois Joui s'excusèrent de l'avoir dérangée, puis refermèrent la porte. Le bruit de leurs pas s'éloignèrent, et le calme revint. Du moins en apparence.
La jeune femme avait réussi à agripper et à ramener vers elle le jeune policier et à le planquer à côté d'elle sous la couverture qui jusqu'à présent couvrait le bas de son corps.
Elle soupira silencieusement, puis se relevant jusqu'à être en position assise, souleva un coin de la couverture.
Le sadique était encore tenu par son bras, et il était clair qu'il était en partie embarrassé par la situation. Certes, son ancienne supérieure portait un pantalon, mais tirer comme ça un jeune homme dans son lit et le glisser sous les couvertures en si peu de temps, c'était un peu trop à assimiler d'un coup. Il avait tout de même réussi à conserver son air impassible, mais ses lobes d'oreilles légèrement rosés et les gouttes de sueur perlant de son front trahissaient clairement sa gêne envers la situation et sa crainte d'être repéré par les Joui. Puis il ne fallait pas oublier que la Yato en question n'avait que des bandages en guise de moyen de dissimulation pour son torse et sa poitrine…
-Hé, à quoi ça rime tout ça, finit-il par dire, voyant que la jeune femme ne disait rien et continuait à le fixer avec un regard plein d'anxiété.
Il en profita pour glisser hors du lit, toujours prisonnier de la poigne d'acier qui l'empêchait de partir où que ce soit. A présent debout, il était déjà plus à l'aise pour commencer son entretien avec sa suspecte. Mais les paroles qu'elle prononça ensuite le décontenancèrent un peu plus, lui faisait pressentir une sensation de catastrophe sur le point de se réaliser.
-Il fallait vraiment que tu mette ton nez partout, Okita Sougo.
La jeune femme semblait à la fois résignée mais en même temps inflexible, au vu de la poigne qu'elle resserrait sur le bras du jeune homme.
-C'est le boulot de la police d'enquêter quand une affaire sent pas bon, répondit le sadique. Et j'allais pas laisser une des principales intéressées se tirer sans en dire plus sur ce qu'elle savait. Et le fait que tu m'aies caché de tes potes du Joui me fait avoir encore plus de doutes à ton sujet.
-Je n'allais pas non plus les laisser te trouver, dit-elle. Sans quoi, ça aurait vraiment été problématique.
-Problématique pour qui, pour toi ? Pour Katsura ? Enquit-il.
-Problématique pour toi. Répondit-elle en insistant bien sur le dernier mot. Vous me prenez vraiment au dépourvu… Tous autant que vous êtes…
Sougo hésita un instant, puis demanda.
-Dis, faut que j'te pose des questions sur ce qui se passe en ville, parce que j'ai l'impression que le Patron nous cache encore des choses. Mais… On se serait pas déjà affrontés par le passé ? Avant ta venue dans nos locaux…
La poigne sur son bras se desserra enfin. Aussitôt, il massa son poignet, encore engourdi par la pression exercée en continu.
-Tu me surprends, Okita Sougo, dit-elle.
L'intéressé souleva un sourcil pour afficher sa surprise. Elle parlait toujours en faisant des détours, sans jamais aller droit au but… Cela l'agaçait.
-Je ne pensais pas que toi, tu ne me reconnaîtrai pas.
-C'est bien pour ça que je te demande qui tu es, cinglée, dit-il.
Il en profita pour s'adosser à la commode, mettant un peu de distance entre lui et la Yato. Laissant reposer son bras gauche sur la garde de son sabre, il la fixa d'un regard intense.
-Tu t'es faite passer pour un membre de la police, en soudoyant le vieux Matsudaira, tu as infiltré le Shinsengumi en te faisant passer pour un homme, as communiqué avec le Joui, les Yakuza, et je ne sais quels autres groupes criminels… Tout ça pour démanteler le réseau des terroristes Amanto qui veulent détruire la ville. Tu as trucidé plusieurs de leurs hommes de mains, et c'est tout juste si on t'arrête pas pour meurtre. Donc… Dis moi pourquoi je devrai pas te filer les menottes ici et maintenant, et te ramener en rampant dans nos locaux ?
-Si ça avait été ton intention, je ne pense pas que tu serais venu seul, et encore mois dans un repère du Joui, dit-elle. Ils ont beau être laxistes sur la sécurité, tu sais tout de même quelle menace ils représentent.
Vrai… Elle avait touché juste. C'était plus sa curiosité qui l'avait mené ici, qu'autre chose.
-Il manque encore des pièces à ce puzzle, dit-il alors, en baissant la tête.
Ses yeux à présent masqués par ses mèches de cheveux, elle ne pouvait plus voir quelle émotion il pouvait bien afficher. Mais elle n'était pas à son coup d'essai, en ce qui concernait le sadique. Elle avait appris à lire tout ses tics de gestuelle, pour savoir ce qui se tramait dans son esprit.
-Tu veux savoir pourquoi la situation prends une telle tournure, pas vrai ? Comment tout ceci est arrivé, comment j'ai su avant tout le monde pour les bombes. Pourquoi les Yorozuya sont divisés ?
Elle semblait déjà savoir en grande partie ce qu'il voulait savoir. Ça allait être plus facile comme ça.
-Ouais, entre autres. Dit-il. Mais y'a autre chose que je veux savoir. C'est quoi… ça ?
Il leva son bras droit, tenant toujours le sabre noir.
-On commence par les armes ? Non pas que ça me surprenne… Soupira-t-elle.
Elle se redressa un peu plus pour pouvoir s'adosser contre le mur, non sans grimacer de douleur quand elle pressa son dos contre la surface rigide, puis ses yeux bleus perdirent un peu de leur éclat. Ses yeux ressemblaient presque à ceux du Patron, quand il avait un regard morne et désintéressé.
-La réponse à ta question se trouve déjà entre tes mains. Ce sabre… Tu devrais le reconnaître. Et une fois cela fait, la réponse à toutes tes questions devrait être claire… Mais si je dois te donner un indice, je te dirai de chercher le corps de la lame elle-même…
Le katana lui-même… Était la réponse à tout ?
Il retira la lame de son fourreau, et l'observa de plus près. Il n'était pas vraiment doué pour reconnaître des sabres à leur lame. Mais s'il savait que quelque chose pouvait l'aider, ce serait la marque que le forgeron avait laissée… Sur la partie de la lame comprise dans le manche.
Il défit à nouveau le cordage sur le manche, puis avec un tournevis qu'il trouva dans un des tiroirs de la commode, démonta à nouveau la carapace extérieure du sabre, pour retomber sur le dispositif en surchauffe. Il retourna le sabre, et vit sous des traces de rouille une sorte d'inscription. La signature de la personne qui avait forgé le katana. Et le nom ne lui était pas inconnu… Essayant de comprendre ce qu'il voyait, et ce que cela impliquait, il resta un moment interdit. Puis...
-C'est… Muramasha… Dit-il, avec un air surpris.
Mais comment était-ce possible ? Le sabre maudit qu' Hijikata Toshiro avait toujours en sa possession quand il avait quitté le QG du Shinsengumi plus tôt dans la journée, était à présent entre ses mains. Mais en même temps… Ce n'était pas le même sabre. La plaque métallique servant de garde avait été changée en même temps que le corps du manche et la couleur du tressage. Et la lame, toujours autant abîmée que ce qu'il avait pu constater plus tôt en l'observant dans sa chambre. Le Muramasha qu'Hijikata avait toujours avec lui était d'apparence impeccable, toujours bien entretenu et sans denture sur le fil de rasoir de la lame.
Il y avait deux Muramasha. A deux endroits différents.
Mais c'était impossible, pas vrai ? Ce genre de sabre maudit était pas fabriqué à la chaîne, c'était sûr. Alors comment…
-Tu as déjà dû te rendre compte que l'existence même de ce sabre est impossible, non ? Dit alors Kemono.
Le sadique resta un moment interdit, mais Kemono, ou plutôt la Kagura venue du futur, pouvait entendre les engrenages se mettre à bouger à toute vitesse dans l'esprit de son rival d'autrefois.
Il avait dû se rendre compte, maintenant, de ce que cela impliquait. Restait à savoir s'il accepterait que quelque chose de pareil soit possible.
-Ce sabre… Il vient d'une autre époque, pas vrai ? Tenta Sougo.
Il était encore hésitant sur ses propres mots, peu sûr de ce qu'il avançait. Mais après avoir analysé toutes les possibilités, aussi improbables qu'elles soient, il n'avait trouvé qu'un seul scénario, si fou soit-il, qui puisse expliquer cette anomalie.
Le voyage dans le temps.
En temps normal, il aurait rigolé et se serait moqué de quiconque clamant que cela était possible. Même avec la technologie Amanto, ce genre de chose n'était pas faisable.
Mais face à un élément tangible, la vérité avait été forcée vers lui.
La jeune femme acquiesça d'un signe de tête.
Ok, il était prêt à devenir fou.
-Et… Toi ? Tu viens d'une autre époque ? Demanda-t-il avec difficulté.
Kemono acquiesça. Puis, après avoir poussé un nouveau soupir, annonça :
-Je viens de ton futur, Okita Sougo.
Le cœur de Sougo battait à présent la chamade. Il redoutait les mots…
-De sept ans dans le futur. Où tout ce que j'essaie d'empêcher de se produire… S'est déjà produit.
...Il redoutait réellement les mots que la jeune femme allait prononcer. Mais plus que tout, son regard ne cessait d'être bloqué sur le visage de la jeune Yato. Il la connaissait.
-Les choses ne sont pas vraiment allées pour le mieux, d'où et quand je viens. Continua-t-elle. Et j'ai laissé beaucoup de choses derrière moi pour venir jusqu'ici. Tout ce que j'ai pu emporter de mon temps, c'est le sabre que tu tiens entre tes mains. Et nous n'étions pas censés nous rencontrer. Je n'étais censée rencontrer personne, à vrai dire…
Sougo déglutit. Il avait en face de lui un voyageur du temps. Qui commençait à lui expliquer ce qui s'était passé de son point de vue. Mais cette question ultime lui brûlait la gorge. La question que la jeune femme avait déjà esquivée un peu plus tôt.
-T'es… T'es qui à la fin ?
La jeune femme resta interdite un moment, puis expliqua :
-Je pense que me voir comme ça doit être plus qu'inhabituel pour toi. Trop même, pour que tu puisse correctement imaginer qui j'ai pu être à ton époque actuelle. Mais, même si c'est dur, je vais le faire pour toi…
Le fixant toujours de son regard bleu profond, elle commença à légèrement se pincer les lèvres, puis grimacer… Avant de finalement esquisser un sourire maladroit.
-Ça fait drôle de te revoir, « Sadique ».
A SUIVRE
Notes de références :
(1) : Sukombu 2000 et K-1000 : références à K2000 et au modèle T-1000 du Terminator incarné par Schwartzy dans le film du même nom. Quant aux autres surnoms j'ai pas honte. « Back to the Kagura » est une référence au titre anglais de Retour vers le futur. Le meilleur film/trilogie qui soit.
(2) : Référence à la Bande à Picsou.
(3) : Je décris ici les limitateurs de pouvoir de Saiki Kusuo dans Saiki Kusuo no psy nan. La perruque rose aussi est de ce personnage. La perruque bleue est à un autre perso de la même série, mais je ne vous spoile rien. C'est une excellente série, aussi absurde que Gintama ou Sket Dance ! Donc foncez la voir si ce n'est pas déjà le cas, il y a trois saisons, plus une nouvelle adaptation sur Netflix.
Encore une très bonne année 2020 à tous, et n'hésitez pas à aller lire/vivre la dernière histoire de Lady Dragonne, « le Shinsengumi dont vous êtes le héros » ! C'est très fun et chacun peut avoir sa propre histoire !:)
En attendant je posterai probablement un nouveau chapitre demain ou avant, étant donné que le chapitre suivant a été écrit en parallèle de celui ci !:)
