Ce chapitre a été un véritable enfer à mettre en ligne, ça fait presque une heure, vire deux, que je galère... En gros j'ai eu la fameuse erreur "type 1". Je ne peux donc plus uploader les documents pour l'instant, je dois faire du copier collé. Qui en plus me met le texte brut avec toutes les balises de mise en page. Je vous raconte pas le fun à devoir re-éditer tout le texte.. haha... J'ai envoyé un message déjà au support de fanfiction, et si vous avez la même erreur, je vous invite à faire de même pour les prévenir du problème. Le plus ils auront de messages, le plus ils sauront que quelque chose ne vas pas.

Bref, bonne lecture, j'espère que j'ai rien tronqué à cause de ça... J'espère aussi que les balises ne réapparaitront pas quand je mettrai en ligne. Si c'est le cas, j'essaierai de trouver une solution dans les prochains jours, et je m'en excuse d'avance.


Chapitre 41 – Comme sur un échiquier… Les pièces se mettent en place progressivement.


Toujours dans le bâtiment occupé par le Joui, Katsura Kotaro finissait son colloque sur les diverses techniques pour échapper à la police. Il avait montré plusieurs costumes avec diverses perruques et autres accessoires, et avait terminé par se mettre des oreilles noires rondes à la forme équivoque.

-Et rappelez-vous, si vous poussez votre déguisement au point de ressembler à un personnage appartenant à un grand groupe, vous pouvez être sûr qu'ils ne se risqueront pas à vous courir après. Conclut Katsura. Hurler le nom du personnage que vous incarnez pourrait représenter une violation des droits d'auteurs, et la police comme les producteurs de notre anime ne pourraient pas faire face à une recrudescence de procès de la part de ces conglomérats.

Des « Oh » excités et des exclamations d'étonnement parcoururent la salle. D'autres continuaient à prendre frénétiquement des notes, tandis qu'au fond de cette « classe » improvisée, un petit groupe jouait au Uno en chuchotant très fort « Uno » ou « Plus 4». Un autre guerrier Joui était aussi occupé à lire le Edo Times, un des grands journaux d'Edo, et semblait s'intéresser plus en détail aux pages sur le cours de la bourse. Le Nikkei était d'ailleurs à la hausse, et cela lui arracha un sourire.

Elisabeth émergea dans la pièce, encore avec un tablier bleu ciel et un bandana rose pâle sur la tête. L'acolyte de Katsura devait avoir fini de s'occuper du ménage, à la façon d'une surveillante de garderie. Et malgré son costume au visage figé, Katsura Kotaro pouvait ressentir une certaine inquiétude émaner de sa mascotte et ami.

-C'est tout pour aujourd'hui, dit-il, mettant fin effectivement à la classe qu'il avait organisée.

Les guerriers Joui sortirent tous de la pièce, et bientôt, n'y resta que Katsura et Elisabeth.

-Qu'est-ce qu'il y a, Elisabeth ? Demanda alors l'homme aux cheveux longs.

Le monstre brandit alors une pancarte…
« Le Kaientai nous as laissé un message »

-Oh, Sakamoto alors… Acquiesça Katsura.

...Puis une autre pancarte…
« Ils veulent nous voir d'urgence ».

-Je vois, je vois.

...Et enfin, une dernière pancarte.
« A propos de ce qui se passe en ville actuellement ».

-Uhm. Je ne sais pas si Gintoki leur en as dit beaucoup sur la situation, mais c'est sûr qu'on va avoir besoin d'aide sur ce coup là. De toute l'aide disponible.

Katsura fit alors signe à son acolyte de le suivre. Si la Grande Gueule les appelait, c'est forcément que quelque chose s'était produit, ou n'allait pas manquer de se produire. Ne jamais sous-estimer le réseau de renseignements d'une flotte marchande.

Il commença à descendre les marches jusqu'au rez de chaussée, suivi de près par Elisabeth.

-Surtout qu'on ne sait toujours pas ce que Takasugi prépare… Peut-être qu'il s'est rendu compte de notre intervention dans ses affaires. Mais si c'est le cas, pourquoi est-ce qu'il ne bouge pas ?

L'homme en costume de canard géant sembla acquiescer silencieusement. Cette affaire ne sentait décidément pas bon du tout.

-Non vraiment, tout cela m'inquiète… J'ai l'impression que même avec la version de « Kemono », il nous manque encore des éléments. Nous n'avons que sa version des faits, après tout.

Ils étaient arrivés enfin au rez de chaussée, et comme pour marquer son mécontentement face aux propos de son chef, le monstre aux yeux écarquillés tapa violemment du pieds par terre.

-Ah, mais je ne doute pas du Leader du futur, bien au contraire. Le rassura Katsura. Mais je me demande si elle avait bien toutes les cartes en main en venant à notre époque…

Elisabeth compris alors que Katsura n'avait pas tort, dans sa façon de penser. Ils n'avaient eu qu'un point de vue sur toute l'affaire. Pas d'autre aperçu de ce qui s'était passé. Et elle l'avait déjà raconté elle-même : elle était restée plusieurs mois alitée, oscillant entre conscience et inconscience, sans savoir vraiment ce qui se passait autour d'elle. Et si elle n'avait pas su tout ce qui s'était passé ? Et si ce qu'elle avait vécu ne se passerait pas comme ça pour eux, pour la simple et bonne raison qu'elle était intervenue ? A ce qu'ils savaient, elle était à présent autant dans le flou qu'eux sur la suite des événements, la seule constante étant la date à laquelle les événements allaient se produire.

Et si sa venue avait déclenché d'autres événements, jusqu'alors inconnus

Elisabeth brandit alors une pancarte avec un grand point d'interrogation.

Signe que Katsura n'eut pas de mal à interpréter, tant il était habitué à discuter avec l'étrange créature.

-Mhh ? Qu'est-ce qu'on va faire si elle s'est trompée ? Hé bien, je pense qu'on aura pas d'autre choix que de rattraper le coup. Après tout, c'est aux adultes de réparer les erreurs des enfants, mais aussi à eux de les protéger.

Ce qu'il disait faisait grandement sens, et Elisabeth était vraiment fier et admiratif des mots prononcés par le noble de la fureur. Mais il se sentait également amer. Car après tout, si Kagura avait dû revenir depuis le futur pour changer les choses et éviter que le pire ne se produise, c'était bien parce qu'ils n'avaient pas réussi à protéger quoi que ce soit dans sa version de l'Histoire. Et il était hors de question que ce genre d'échec se reproduise. Ils feraient en sorte que ça n'arrive pas. Que ça n'arrive jamais.

Et comme s'ils s'étaient entendus silencieusement, ils hochèrent tous les deux la tête l'un envers l'autre, puis sortirent du bâtiment, accompagnés d'une dizaine de guerriers Joui.

Ils n'avaient aucune idée, en revanche, qu'au même moment un intrus était en train d'avoir le choc de sa vie, dans le même bâtiment qu'ils venaient de quitter.


oOoOo


Cette simple phrase, accompagnée de ce sourire maladroit, tournaient en boucle dans son esprit depuis bientôt 5 bonnes minutes.

"-Ça fait drôle de te revoir, Sadique. "

Son cerveau avait momentanément fait un blocage, à tel point qu'il avait dû tirer une des chaises près du lit pour s'y asseoir. Il savait au fond de lui que c'était la vérité, et il lui semblait à présent qu'il l'avait toujours su. Dès leurs premiers échanges de coups, même si la technique était différente, l'aura qui émanait de la personne était tellement similaire à celle de la Kagura de son époque. Mais il ne s'imaginait pas un instant que la similitude était plus que fortuite, et avait balayé cette information d'un revers de la main.

Puis cette façon de parler, aseptisée, l'avait aussi perturbé. Cela l'énervait que quelqu'un qu'il ne connaisse pas soit à la fois si poli et présomptueux, si familier et en même temps si distant. Et ce sourire en partie forcé. Il lui faisait mal au cœur plus qu'autre chose. Ce sourire qui semblait porter tellement plus d'émotions négatives et mitigées que la simple joie qu'il aurait dû communiquer. Il se mêlait à une certaine peine et une certaine douleur, des traces de désespoir, mais aussi une grande part de résignation. Comme si la personne devant lui avait également prévu que cet instant puisse se produire.

A présent, l'esquisse maladroite de sourire avait disparu du visage de la jeune femme, qui semblait à cet instant empreinte de confusion.

-Woah… ça fait vraiment bizarre… Lâcha-t-elle sans pour autant démontrer de surprise. Je veux dire… ça fait des années que je ne t'ai pas appelé comme ça…

Ses yeux semblaient à présent à la fois le fixer lui, mais également, il pouvait le ressentir, un autre individu, qui lui n'était pas là. Peut être le lui du futur ?

Elle ne faisait presque plus attention à lui. Soudainement, elle semblait contempler une autre époque. Ou peut-être même, une autre version de cette ligne temporelle actuelle.

-Tu es… Cette gloutonne des Yorozuya ? La chinoise ? Se risqua-t-il enfin, voyant que l'esprit de la jeune femme dérivait toujours.

Le regard profond mais terne sembla à nouveau se fixer spécifiquement sur lui, et non plus sur une quelconque vision de lui-même qu'il ne pouvait percevoir. Elle ne fit que hocher de la tête dans le plus grand calme. C'était si dérangeant, de voir une version aussi silencieuse et polie de sa rivale de toujours. Et aussi vieille. Il devait l'avouer, elle n'était pas si moche que ça, une fois adulte. Elle avait développé certains atouts… Mais comme pour le punir d'avoir eu cette pensée, la jeune femme se saisit d'une bouteille d'eau posée sur la table de chevet à côté du lit pour boire un peu, dévoilant une gorge elle aussi parcourue de brûlures.

Il l'observa un instant en silence, tandis qu'elle avalait avec difficulté le liquide, et détailla un peu plus son apparence. Il pouvait voir cette longue chevelure blanche sous un nouveau jour. Avant, c'était signe de suspicion, et d'énervement. A présent, cela ne lui provoquait plus de sentiments aussi négatifs. Il se rappelait de ce dos également entièrement brûlé qu'il avait vu en rentrant dans la chambre, et qui ne lui avait rien inspiré de particulier sur le moment. A présent qu'il savait la personne en face de lui familière, il ne pouvait s'empêcher de serrer les poings. Il imaginait même la douleur qu'elle avait pu ressentir, ce qu'elle avait traversé pour en arriver là, et se demandait aussi pourquoi ces blessures là n'avaient pas guéri. A ce qu'il connaissait des Yato, ils avaient des capacités de régénération impressionnantes. C'était donc contre nature de voir cette peau pâle marquée ainsi.

De longs doigts fins et pâles vinrent passer devant son regard, pour se poser en se croisant sur les jambes de la jeune femme, dissimulées par la couverture épaisse.

-C'est une situation très bizarre… non ? Finit-elle par dire.

Sougo acquiesça d'un signe de tête.

-Je m'imaginais pas du tout avoir à supporter une seconde porcasse. Pas de bol… Lâcha-t-il avec une expression totalement neutre.

La Kagura plus âgée sourit maladroitement, sans rien répliquer, ce qui remplit encore plus le jeune homme de sentiments contradictoires. Il s'attendait à dérider la situation en lâchant une de ses insultes. Mais rien de normal ne semblait atteindre la jeune femme qui lui faisait face.

La situation actuelle l'avait tellement percuté soudainement qu'il avait encore du mal à assimiler le fait qu'il s'agissait de la même personne, mais également de quelqu'un de complètement différent. Après tout, sept années les séparaient, et ces nombreuses années avaient tellement changé sa rivale qu'il la reconnaissait à peine. Enfin, il ne l'avait même pas reconnue au départ, à vrai dire…

Il aurait dû se douter qu'avoir le même comportement qu'avec la Kagura de son époque ne fonctionnerait pas. Mais il avait une certaine angoisse qui refaisait surface en son fort intérieur. Il n'aimait pas voir quelqu'un qu'il connaissait être malade ou blessé au point d'être impotent ou méconnaissable. Cela lui rappelait trop cette période, où sa grande sœur ne pouvait plus rien faire sans que cela ne la rende encore plus faible…

Une des mains pâles se posa alors sur son poing gauche encore serré, ce qui le fit sursauter. Surpris, il leva les yeux qu'il avait baissés sans le savoir, et fut à nouveau face à un sourire. Un sourire cette fois apaisé, bien qu'encore maladroit.

-Tout va bien se passer, Sougo. Dit-elle d'une voix calme.

Un peu perturbé par cette attitude, il resta un moment interdit. Mais le ton calme et ce sourire avaient eu l'effet escompté. Comme à l'époque où Mitsuba était encore en vie, cette simple gestuelle avait suffi à le calmer, si bien qu'il desserra un peu le poing. Il relâcha également le souffle qu'il avait gardé en lui tout ce temps sans s'en rendre compte. Puis, comme s'il venait de réaliser qu'il venait de se montrer en partie vulnérable devant sa rivale, il sursauta en arrière, se levant de la chaise et libérant sa main de celle de la jeune femme. C'était décidément trop bizarre comme situation. Il était divisé entre la compassion que suscitait cette personne blessée et l'animosité que lui inspirait sa rivale actuelle. Il était hors de question de faire ami-ami avec la Chinoise. Mais en même temps, ce n'était pas vraiment elle… C'était… Différent.

-Je sais que tout ça te perturbe au plus haut point. Et crois moi, j'aurai préféré que tu ne saches rien de tout cela. Mais ce qui est fait, est fait. Et à vrai dire, je me doutais que quelque chose comme ça puisse se produire.

Elle avait à présent un regard sérieux, ses mains à nouveau croisées devant elle.

-Si je peux demander… Dit alors Sougo ; Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'une emmerdeuse comme toi revienne à cette époque. Et qu'est-ce que t'as dit au Patron pour qu'il réagisse comme ça ? Il sait qui tu es ?

Ne relevant toujours pas les piques du sadique, mais grimaçant légèrement à la mention du permanenté, elle répondit calmement.

-Tout s'est passé. J'ai en effet expliqué à Gin-san ce qui est arrivé dans ma réalité.

-Ta… Réalité ?

-A mon époque, dans ma ligne temporelle, personne n'a empêché les explosions. Du gaz toxique s'est répandu dans tout Edo. Ça a été le chaos… Et beaucoup de gens sont morts.

Revint alors à l'esprit de Sougo les images qu'il avait vues en touchant le cristal dans le dispositif du Muramasha du futur. Des gens qui hurlaient de peur et criaient, courant partout dans une panique totale dans les rues d'Edo. C'était donc cela qu'il avait vu ?

-La ville a sombré dans le chaos. Puis elle a été abandonnée à son sort. Chacun a dû survivre comme il pouvait. C'est devenu une gigantesque zone de non droit, où personne ne voulait s'y risquer.

-Des gens foutaient le bordel sous notre nez ? Demanda Sougo.

La Kagura du futur remua négativement de la tête.

-Là d'où je viens, le Shinsengumi n'existe plus. Certains d'entre vous, toi compris, étiez toujours vivants. Mais personne n'avait plus aucune volonté… Moi la première

Elle avait presque murmuré ces derniers mots, comme si elle en avait honte.

Sougo sentait à présent que sa rivale du futur abordait un point douloureux. Elle semblait hésiter sur quoi dire à la suite, et sur ce qu'il ne fallait pas dire. Il essaya alors tant bien que mal de détourner la conversation légèrement, non sans rester dans le sujet. Il s'adossa également à la commode, pour se reposer sans avoir à se remettre sur la chaise devenue à son goût trop proche du lit et de la jeune femme.

-Tes cheveux, dit-il non sans une gêne dans la gorge.

La jeune Yato lui jeta un regard surpris.

-Quoi ? Demanda-t-elle, ne semblant pas avoir réalisé qu'il s'agissait d'une question.

-Qu'est-ce que t'as fait à tes cheveux ? Réitéra-t-il. Je me souviens pas que ma rivale de cette époque avait des cheveux de grand-père sur le crâne.

Il pointa du doigt la longue chevelure blanche qui tombait en partir sur les épaules de la jeune femme.

-Ah…Disons qu'un excès de soleil les as décolorés à ce point…

De soleil ? Elle était sérieuse ? Elle qui se plaignait sans arrêt d'y être allergique, ou une autre connerie du genre ?

Il avait du mal à s'empêcher de penser cela, mais elle aurait sûrement été encore plus jolie avec la couleur originale de ses cheveux. Mais ça jamais il ne l'avouerait. Ni à la Kagura devant lui, ni à sa version morveuse qu'il combattait presque tous les jours. Plutôt être battu cent fois par la Kagura du futur que le dire. Et c'était peu exagéré, venant de la part d'un sadique aux émotions renfermées au plus profond de lui. Mais il était si curieux, qu'il ne pouvait arrêter les questions qu'il avait à poser.

-Comment tu as appris à manier le sabre ? Je croyais que tu préférais tabasser les gens comme le gorille des cimes que tu es.

-Hijikata-san et toi m'avez appris. Répondit-elle avec sérieux.

-Pardon ? Je te l'ai appris ? Avec Hijibaka ?

Kagura hocha silencieusement la tête.

-C'est à se demander ce que foutait le Patron pendant ce temps là, pour que tu perde ton temps avec nous, lâcha-t-il.

Pour aussitôt voir la jeune femme se renfermer à nouveau sur elle-même. Il venait visiblement d'aborder un sujet aussi sensible qu'une mine anti personnel, en mettant directement le pieds dessus. Le Patron des Yorozuya était un sujet sensible, apparemment. C'était la seconde fois qu'il le mentionnait, et la seconde fois que sa rivale semblait mal réagir. Pire même, se braquer. Cela lui faisait d'autant plus se poser de questions sur ce qui avait bien pu se produire.

-Revenons en au sujet principal. Dit-elle alors, à sa grande surprise. Je sais que tu peux avoir beaucoup de questions, mais je ne pourrai pas forcément répondre à tout, ni en avoir le temps.

-Ah oui… Le Patron a mentionné qu'il allait se passer quelque chose dans 4 jours…

Il perçut encore un tic nerveux sur le visage de la jeune femme. A l'avenir, il allait éviter de parler du permanenté, tout court. Il n'aimait définitivement pas la réaction de sa rivale. Ni la surface de sa peau brûlée. Cela faisait naître en lui des émotions difformes qu'il n'avait pas ressenties depuis un moment. Une sorte… De colère… Mais pour autrui, pas pour lui-même. Il avait envie de savoir qui ou quoi lui avait causé cette blessure, autant physique que mentale, et d'y plonger son sabre à plusieurs reprises. Et cela le perturbait encore plus. Il n'avait pas ressenti ça depuis la mort de sa grande sœur. Il se demanda d'ailleurs si l'apparence vulnérable de sa rivale venue du futur était ce qui le conditionnait à réagir ainsi, ou si c'était plus que ça…

Quant à la Kagura venue du futur, elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il ne fallait pas le brusquer en étalant aux yeux du public ce qu'il pouvait ressentir au plus profond de lui-même. Elle le savait être assez délicat pour masquer ses sentiments réels, tout en prenant en compte ceux des autres dans les moindres détails, sans rien laisser de côté. Elle se doutait qu'il avait dû remarquer son malaise à la mention de son père de substitution, étant donné le soin avec lequel il tentait d'éviter le sujet. Aussi, elle se sentit quelque peu soulagée de pouvoir poursuivre la discussion sans avoir à trop revenir sur ce point là. Avoir dû en parler en détail au principal intéressé avait déjà été extrêmement difficile, et elle sentait qu'elle n'arriverait pas à le redire une seconde fois.

Mais au final, elle savait également que son interlocuteur actuel était peut-être la personne la plus fiable qui soit en cette époque, Gintoki et Hijikata exclus. Elle ne se faisait pas confiance à elle-même non plus, mais pour des raisons encore différentes. Elle savait par exemple que sa force de l'époque n'était pas assez développée, ni sa mentalité suffisamment mûre pour bien aborder les choses.

En revanche, elle savait que le Sougo de cette époque, bien qu'il était plus immature que sa version future, était déjà bien plus « adulte » à cette époque, et savait faire preuve de sérieux quand nécessaire. C'était quelque chose qu'elle avait fini par apprendre au fil des années, bien qu'elle en ait déjà eu des exemples brefs avant tous ces événements. Et rien que le calme apparent que démontrait son rival du passé malgré toutes les émotions qui devaient actuellement le traverser, montrait qu'il avait une certaine maîtrise sur lui-même. Mais cette différence de traitement entre elle et celle qu'elle était à cette même époque la perturbait également un peu. Elle sentait bien que sept années avaient suffi à grandement changer le regard que le sadique avait sur elle. Elle se demanda un instant si le Sougo de sa propre époque dans le futur avait le même regard, ou si c'était encore quelque chose de différent. Elle avait d'ailleurs du mal à se rappeler comme Sougo était dans son passé, et même quelle attitude il avait envers elle dans le futur d'où elle venait.

Mais à ce qu'elle avait constaté, le Sougo de son époque ne la considérait plus réellement comme une rivale depuis longtemps, bien qu'ils soient de force quasiment égale dans le futur. Quant à savoir qui avait le dessus, ce n'était pas évident à démontrer. Les anciennes divisions et rixes s'étaient peu à peu transformé en une alliance, où ils s'entraînaient ensemble. Il y avait aussi d'autres choses qui avaient changé entre eux depuis tout ce temps, mais leur relation n'était pas vraiment bien définie, au final. Après tout, elle n'était pas experte dans tout ce qui était sentiments, mais plutôt dans l'art du combat.

Puis, elle ne savait pas pourquoi, mais il lui semblait manquer de certaines informations. Comme si… Une partie de ses souvenirs avaient été altérés. Furtivement, elle jeta un regard à sa main, où était apposé le minuscule symbole ressemblant à un œil. Il n'était pas sans rappeler la paire d'yeux flippants que le sadique avait de dessinés sur son infâme masque de sommeil. Puis son regard se reporta sur son interlocuteur actuel. Il attendait en silence qu'elle sorte de sa transe, mais elle pouvait voir à son regard qu'il avait encore beaucoup de questions à lui poser. Et une fois qu'il eut capté le regard de la jeune femme, il reprit la parole.

-Donc si je comprends bien, tu as passé le plus clair de ton temps avec moi, ou enfin mon autre version, et avec Hijibaka ? Demanda-t-il.

-Oui. Nous vivions tous ensemble dans le futur.

Euh. Quoi ? Les choses venaient de prendre une tournure étonnante. Ils vivaient tous ensemble dans le futur ? Et le Patron dans tout ça ? Et « tous ensemble », ça incluait qui à la fin ?!

Sougo ne savait plus quoi penser tellement un nombre impressionnant de scénarios improbables apparaissaient dans son esprit. Confusion que la Kagura du futur observa également, avant de préciser :

-Le reste du Shinsengumi, Sadaharu, Elizabeth et moi.

-Elizabeth ? Tu veux dire le monstre qui suit Katsura de partout ? Releva Sougo.

Kagura acquiesça d'un signe de tête.

Sougo commença alors à comprendre que la situation dans l'époque d'origine de cette Kagura du futur était bien plus compliquée que ce qu'il aurait pu imaginer, si tout ce monde s'était réuni au même endroit. "Mais quelque chose d'autre le tracassait.

-Quand tu dis le reste du Shinsengumi… Tu veux dire quoi par là ? Parvint-il à demander.

Kemono sembla pondérer la possibilité de répondre ou non pendant un instant, avant de finalement se lancer.

-Je n'ai pas vraiment su tout de suite ce qui se passait… Pour diverses raisons ; Commença-t-elle en détournant le regard. Mais quand j'ai enfin eu l'esprit assez clair, plusieurs mois s'étaient écoulés, et Hijikata-san et toi m'avez expliqué ce que j'avais manqué. Vous avez perdu les trois quarts de vos effectifs, y compris votre chef.

Sougo crut recevoir un violent coup dans l'estomac à cette annonce. Par chef… Elle voulait dire Kondo-san. La personne qu'il pensait toujours protéger, malgré ses propres ambitions, était tout de même morte sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit, même si c'était dans une réalité parallèle. Cela signifiait donc que sans l'arrivée de « Kemono » dans leur époque, cela se serait immanquablement reproduit. Il ressentait à présent des émotions encore plus confuses. Il était soulagé d'avoir encore la possibilité de changer les choses pour son monde. Mais il se demandait également si cela était juste, par rapport au monde d'où venait la version adulte de sa rivale. Et si le prix à payer n'avait pas été trop lourd.

Et il avait encore bien des questions à poser.

-Donc, dans le futur, qui gagne entre nous deux ? Demanda-t-il sans aucune honte.

-Il n'y a pas vraiment de gagnant. Nous avons toujours été de puissance plus ou moins équivalente, même si mon héritage Yato me donne parfois l'avantage. Expliqua-t-elle. Mais je ne peux pas trop en parler.

Il ne savait pas trop si elle évitait le sujet parce qu'elle n'aimait pas en parler, ou si elle sentait qu'elle ne devait rien dire sur le futur. En tout cas, quelque chose semblait la déranger. Encore une fois, il fut obligé de changer de sujet.

-Et… Ce sabre ? Dit-il en désignant Muramasha, à présent posé sur le côté du lit. Est-ce que c'est quelque chose de spécial ? Pour que t'ai ramené ça du futur, il doit bien y avoir une raison, non ?

Elle eut un tic nerveux qu'elle cacha rapidement, mais pas assez vite pour que le sadique n'en prenne pas note. Si Hijikata était connu pour son esprit de tactique et de déduction hors norme, Sougo était lui fin psychologue. Avoir caché pendant des années ses expressions, il avait appris à lire les traits de ses interlocuteurs, même les éléments les plus furtifs, ce qui lui permettait de rapidement jauger une personne et ses futures actions. Et en ce moment même, il semblait qu'il abordait un autre sujet compliqué.

-C'est en effet un élément important du plan pour sauver cette réalité. Si on peut aborder un vaisseau Amanto, on peut facilement le rendre inopérant. Mais on a qu'un seul essai. Expliqua Kagura. C'est pour cela que nous nous sommes déjà réparti les tâches entre nous, afin de choisir la meilleure action possible.

-Wah… T'as vraiment développé des neurones en plus en quelques années, remarqua le Sadique.

-Crois moi, c'est pas la seule chose qui s'est développée, dit-elle sans aucun sous entendu.

Elle devait probablement parler de ses prouesses au combat et de sa force physique, mais Sougo ne put s'empêcher de penser à autre chose... Il évita soudainement de poser les yeux près de sa poitrine, toujours entourée de bandages mais également très suggestive. Tch. Elle avait tout de même du mordant, malgré cette apparence pitoyable. Et elle avait trouvé sans s'en rendre compte comment contrer en partie ses railleries, grâce à ça. Et la jeune femme venait également de comprendre où le regard du jeune homme le menait.

-Pervers... Lâcha-t-elle.

Pour apaiser son esprit et éviter d'y reposer les yeux, il se leva et se saisit d'une veste d'hôpital qui était posée sur une autre chaise, puis balança le vêtement à la jeune femme. Cette dernière grogna un peu sous le mouvement soudain qu'elle dut faire pour attraper l'objet, puis enfila le haut de blouse avant de commencer à le boutonner pour cacher un peu son torse.

Elle pesta une dernière fois en chuchotant un « quel hypocrite tu fais » puis se rappuya en basculant en arrière sur la tête de lit.

Il était également plus à l'aise de ne pas voir la majorité de la peau brûlée de la jeune femme. Non pas qu'il trouvait ça moche. Mais plutôt qu'il espérait calmer le tourbillon d'émotions négatives qui tournait en lui à chaque fois qu'il y posait le regard. Il avait vraiment envie d'embrocher quelqu'un avec son sabre.

-Et donc, quel est le plan ? Demanda-t-il.

-Qu'est-ce que tu cherches à savoir, Okita Sougo ? Se méfia la jeune femme.

Encore le nom complet. Elle semblait l'utiliser plus pour appuyer ses propos et légèrement le menacer, maintenant qu'il y pensait, et moins comme une marque de respect. Et il n'était pas non plus généreux quand il s'agissait d'exprimer ce qu'il ressentait ou voulait, mais ravalant sa fierté, il ajouta d'une petite voix en baissant les yeux:

-Pour t'aider.

Il s'attendait à des railleries sans fin, voir des ricanements, puis se souvint qu'il n'avait pas affaire à la fille turbulente de son temps.

Relevant les yeux, il fut frappé de se trouver face à un fin mais sincère sourire cette fois, qui irradiait de bonnes intentions, sans être en partie déformé par quelques émotions négatives. C'est la première fois qu'il la voyait sourire de tout son cœur de cette façon, depuis qu'ils avaient commencé leur discussion.

Et elle rayonnait autant que sa défunte grande sœur, Mitsuba. Il se sentit réellement apaisé, et comprit qu'il n'avait pas besoin de complètement dissimuler ses émotions. Du moins à cette version là de la gamine des Yorozuya.

Mais presque aussitôt, une partie de ce qu'il avait vu, lorsqu'il avait touché le sabre, lui revint en mémoire.

Est-ce que ce qu'il avait vu, était le futur ? Et si c'était le cas, celui de qui ? Est-ce que c'était quelque chose d'inclus dans le dispositif qui avait déclenché ça ? Et était-ce un effet désiré, ou indésirable ?

S'il s'agissait d'une fonction réelle ajoutée dans le manche du Katana, il n'aimait pas vraiment où son raisonnement l'amenait. Pourquoi avoir besoin de l'envoi de souvenirs originaires du futur dans le passé, ou du moins sou présent actuel ? Est-ce que cela signifiait qu'il y avait un problème avec la mémoire de la personne se tenant devant lui ?

Cette même personne semblait toujours en possession de ses moyens, et pas diminuée d'une quelconque façon. Mais il s'agissait de quelque chose de psychologique et donc d'invisible, contrairement à un mal physique qui lui pouvait être vu à l'œil nu. Il n'avait donc en réalité, aucun moyen de savoir si quelque chose s'était produit. Et cela l'inquiétait. Elle avait besoin d'avoir ce sabre avec elle. C'est ce qu'il avait conclu.

Mais le temps qu'il sorte de son train de pensées, le sourire de la Kagura adulte avait disparu. Au lieu de cela, elle semblait être concentrée sur quelque chose. Il ne savait pas sur quoi exactement, mais il reconnu les yeux alertes et concentrés qu'elle avait déjà montrés lorsqu'elle assumait l'identité de Kemono. Quelque chose avait attiré son attention, mais rien que Sougo ne puisse entendre, voir, ou sentir. La jeune femme se redressa alors soudainement, non sans esquisser une expression de douleur, ce qui fit reculer le jeune homme. Profitant de l'espace laissé libre, la jeune femme se leva complètement du lit pour s'y positionner derrière, face à la porte. Elle chercha de la main Muramasha, sans détourner son regard de la porte, puis s'en saisit, prête à en découdre.

-Tu devrais venir de ce côté, dit-elle alors, en désignant d'un signe de tête l'espace entre le mur et le lit où elle se trouvait.

Il aurait pu rechigner, mais vu l'état actuel de Kagura, il préféra obtempérer.

-T'as l'air d'un chien d'arrêt, lâcha-t-il. (1)

-Et toi d'un passant égaré, rétorqua-t-elle.

Elle n'avait pas tort. Il était en civil, et même s'il avait son sabre, il semblait perdu face à ce qui était en train de se produire. Mais un raffut monstre soudain à l'extérieur de la pièce donna raison à la jeune femme. Il était en train de se produire quelque chose dans le bâtiment occupé par le Joui.

-Comment t'as su ? Demanda-t-il.

-Je l'ai senti.

-Comme un pressentiment ?

-Avec mon nez, précisa-t-elle.

-T'es vraiment un chien de chasse, réitéra-t-il. Donne la patte.

-Et toi un bouseux de Bushu, répliqua-t-elle. Va t'occuper de ton champ de patates.

Touché. Il ne savait pas comment elle avait eu l'information, mais il ne pouvait pas nier.

Et comme pour les faire revenir à la situation actuelle, le bruit à l'extérieur s'interrompit, laissant un silence inquiétant. Puis des bruits de pas, se rapprochant de plus en plus. La poignée de la porte tourna, et rapidement, une silhouette apparut dans l'entrebâillement de la porte. Aussitôt suivi par une voix que seule la Kagura du futur reconnut :

-Bon, c'est l'heure de décider ce qui va se passer les enfants. Soit on trouve un terrain d'entente, soit je serai obligé de vous y amener de force.

-J'vais te mettre de la saleté dans les yeux ! Provoqua Sougo. (2)

Mais la Kagura du futur semblait avoir autre chose en tête.

-Je t'attendais, vieil homme. Dit-elle.

-Hé, ne commencez pas à blesser mes sentiments, je suis encore dans la fleur de l'âge, dit le Yato.

Dévoilant son ombrelle qu'il tenait dissimulée sous sa cape, Abuto eut un petit rictus.


A suivre…


Notes de références :

(1) Chien d'arrêt :chien de chasse spécialisé dans la détection du gibier. Lorsqu'ils sentent la présence d'une proie, ils se figent dans leur position. C'est un instinct proche de celui du Loup, s'immobilisant juste avant de bondir sur sa proie, qui a été exacerbé via sélection génétique chez les chiens de chasse entrant dans cette catégorie.

(2) «I'm gonna put some dirt in your eyes » : meme issu des trois premiers films Spiderman avec Tobey Mcguire.


Voilà pour ce chapitre ! On va avoir peut être de la baston, mais aussi une avancée sur la situation au Shinsengumi ! Merci encore d'avoir lu jusqu'ici ! Je vais faire mon possible pour mettre à jour dans les prochains jours, même si j'ai du boulot irl à rendre aussi… Je me contenterai peut être d'un chapitre tous les un à deux jeudis je pense. Cela dépendra des corrections à apporter aux chapitres en cours d'écriture ou déjà écrits, ainsi que de mon travail pour mes études, qui malheureusement me bouffe pas mal de temps. Merci encore à tous de suivre cette histoire ! Nous sommes presque dans le dernier ARC narratif, même s'il y a encore un très grand nombre de chapitres à venir !

Et merci à Liyada d'avoir follow/fav cette histoire !

Edit: oui, ce chapitre était prévu pour jeudi 22h. Mais avec le bug sur le doc manager... WELL.