On est jeudi, nouveau chapitre! Je sais pas si j'arriverai longtemps à maintenir ce rythme de progression vu les devoirs que j'ai à faire irl, mais croisons les doigts!

Nous sommes encore du côté de SOugo et Kemono dans ce chapitre, et il est l'heure d'une confrontation!

Aussi, le bug "erreur type 1" est apparemment réparé, j'ai pu mettre mon document sans aucun souci. Luckyyy. Bref, je vous laisse lire ce chapitre, et surtout, ne spoilez rien du manga Gintama. Cette fanfiction est censée avoir lieu avant un certain arc, et donc j'ai tout de même rejoué sur certains éléments de l'intrigue de Gintama, que ceux qui ont terminé le manga comprendront. Aussi, ne spoilez pas svp ^^


Chapitre 42 - (més)entente.


La tension dans la pièce était palpable, à tel point qu'on aurait pu trancher l'air avec une lame.

Le vieux Yato restait sur le pas de la porte, n'esquissant pas un geste, mais surveillant de près les deux personnes qui se tenaient à quelques mètres de lui.

La Kagura du futur, elle, était focalisée sur Abuto, son regard braqué sur lui.

Et Sougo, lui, avait déjà la main au sabre, mais n'avait pas encore sorti sa lame, attendant de voir ce qui allait se passer. Il pouvait manifestement percevoir du doute sur le visage des deux Yato, qui continuaient de se jauger mutuellement.

-Oi, Oi, hé bien… La police des habitants de cette planète est aussi dans le coup maintenant ? Lâcha Abuto. Ça va me compliquer les choses.

-T'es encore en vie, vieil homme. Je pensais t'avoir tué, rétorqua Kagura sur un ton glacial.

Cela fit tiquer Sougo.

Elle parlait de ce qui s'était passé au parc ?

C'était donc bien elle qui avait massacré tous ces autres Yato ? Maintenant qu'il y pensait…

Il grimaça à cette idée. Avant de savoir qui elle était vraiment, il se fichait de ce que Kemono pouvait bien faire de son temps. Qu'elle tue des gens, et elle irait en prison. C'était noir ou blanc pour lui sur le moment. Toutefois, savoir que c'était une personne qu'il connaissais qui avait commis cela, il ne savait plus quoi penser.

Il savait qu'il s'agissait de Kagura, certes plus âgée, et ayant une très bonne raison pour se comporter de la sorte. Mais même en sachant cela, il avait du mal à accepter que la jeune fille innocente et refusant de blesser qui que ce soit, soit devenu une machine à tuer. Cela le perturba au point de lui donner des frissons et des hauts le cœur. Il n'arrivait pas à se défaire de l'image de la jeune fille souriante et grosse gamine, dans tout cela. Ça paraissait totalement absurde comme situation.

Lui qui pensait pouvoir l'empêcher d'en arriver là un jour, quels que soient les événements… Il s'était longtemps dit qu'en faisant bien son boulot de flic, même les gens insupportables comme elle pouvaient être protégés des dangers dont ils ignoraient tout. Être protégés des choix difficiles qui ne pardonnaient pas et ne permettaient aucun retour en arrière possible.

-Loupé, il faut dire que même en m'ayant démoli de la sorte, j'ai eu de la chance de m'en tirer. Mais bon, nous les lapins on est coriaces. Répondit Abuto. Mais plus important, j'aimerais à nouveau tester ta technique au sabre, jeune fille.

-Je crois que tu sais déjà comment ça va se terminer, répondit-elle. Je t'ai déjà quasiment tué, et j'hésiterai pas à recommencer, menaça-t-elle.

Kagura savait se montrer ferme. Mais ça ne voulait pas autant dire que c'était la réalité des choses. En réalité, elle essayait de jauger le Yato en face d'elle. Car dans son état actuel, elle savait qu'elle ne pourrait sûrement pas l'emporter. De ce fait, Sougo et elle étaient actuellement plus en danger que ce qu'aurait pu penser le jeune homme.

Elle se souvenait des rares fois où elle avait croisé Abuto. D'abord Yoshiwara. Puis juste aperçu de loin, ce jour fatidique. Et enfin… Lorsqu'ils étaient venus, bien plus tard, des années après…

-Oh, je ne pense pas. Vu ton état, tu dois avoir une capacité de régénération inférieure à celle d'un Yato normalement constitué, nota le vieux Yato. Dans cet état, c'est moi qui vais l'emporter.

Kagura le maudit mentalement. Le vieux Yato avait bien toutes ses capacités d'analyses. Et il semblait avoir vu à travers la façade de la jeune femme. Il allait falloir trouver un autre point d'attaque pour le convaincre. Car s'il était là, c'est qu'elle se doutait bien de ce qui avait dû se passer. Sachant qu'on le croyait mort, Kamui l'avait sûrement confirmé comme tel, pour le libérer de ses obligations et lui donner une chance de s'enfuir. Mais même dans cette situation où il avait clairement l'avantage, elle savait aussi qu'il était venu pour quelque chose de plus profond que la simple curiosité ou animosité. Lui aussi, devait la tester, afin de révéler ses intentions…

-Pas si je m'interpose, interrompit alors Sougo.

Il en avait eu assez d'être ignoré et s'était manifesté, non sans sortir à présent la lame de son fourreau. Et il n'avait pas non plus aimé la menace à peine voilée qui avait été proférée contre la Kagura du futur. Ce type testait sa patience, et il semblait s'amuser à les provoquer.

-Oh, c'est vrai que nous avons le second joueur, nota Abuto. Mais pas de chance, je suis plutôt en forme aujourd'hui. Et si je vous posais une devinette ? D'après vous… Lequel de vous deux je vais massacrer en premier ?

Sougo renforça ses appuis et raidit son corps, prêt à réagir. Kagura, elle, ne laissa rien paraître de ce qu'elle pouvait penser à l'instant présent.

Le Capitaine de la première division voulait essayer de prédire les mouvements de son adversaire, mais il n'était pas sûr de ses prédictions au vu de l'état de sa…. Coéquipière.

Il pouvait soit imaginer que le Yato se débarrasserait du plus faible en premier, soit du plus fort. Mais Sougo penchait plutôt pour le plus fort en premier. Ce type voulait manifestement les incapaciter sans aller à les tuer, et semblait précipité dans ses actions. Restait à savoir lequel d'entre eux deux il considérait le plus menaçant à l'instant actuel. Et ça… Il n'en avait aucune idée. Même en mettant à part sa fierté, il lui était impossible de raisonner correctement, tant les deux images de Kagura se superposaient dans son esprit : Kagura adulte, Kagura jeune fille. Kagura épéiste et tueuse, Kagura bourrin et innocente. Kagura blessée, Kagura en parfaite santé. Et lui en point de comparaison, qui n'arrivait pas à se fixer entre les deux.

Abuto, lui, ne réfléchit pas tant. Quand il vit que Sougo était le moins attentif de ses deux adversaires, son esprit ne s'attarda pas.

Il se rua sur le jeune homme, et abattit de haut en bas son ombrelle de tout son poids et de toute sa puissance, uniquement arrêté dans sa course par les lames du jeune homme, et de Kagura, qui s'étaient dressées sur le passage jusqu'à temps. La violence du choc fut telle qu'elle arracha au policier une râle de douleur. Il sentait ses bras sur le point de lâcher face à la pression maintenue, ses muscles en feu. Mais savoir qu'il était soutenu par Kemono le rassurait. Si elle pouvait se battre à ce point, alors ils pourraient abattre ce type sans problème… Pas vrai ?

Il dirigea son regard vers la jeune femme qui était à ses côtés, et vit un filet de sang échapper de ses lèvres. S'était-elle mordu en parant le coup, ou est-ce que ses blessures n'étaient pas entièrement guéries ?

La pression immense cessa brutalement, et une bourrasque de vent menaça de l'envoyer valdinguer contre le mur. Le Yato venait de balayer la minuscule pièce avec son ombrelle, et presque aussitôt après, il tenta de frapper par le côté ses adversaires en sautant par dessus le lit.

Sougo eut juste le temps de placer son sabre sur son flanc gauche pour bloquer à nouveau le coup, cette fois seul.

Kemono avait sa lame plaquée contre le cou du Yato, et du sang y coula. Elle lui avait à peine entaillé la peau, mais cela sembla changer drastiquement le comportement du Yato en face d'elle.

-Hé, on va pas s'énerver pour si peu, j'ai pas envie non plus d'y laisser ma peau, dit-il.

-Dans ce cas, parle, dit Kagura.

Elle sembla éveiller l'intérêt d'Abuto, qui relâcha la pression qu'il exerçait sur le flanc de Sougo, pour ensuite rabattre son ombrelle à ses côtés.

-Oh… Donc tu sais définitivement quelque chose, dit le Yato.

Comme elle l'avait prévu. Il était bien là pour voir si elle était une potentielle alliée, ou une menace…

-Je sais pas mal de choses, oui. Sinon, comment j'aurai pu vous arrêter ?

-Mais la question est de savoir si tu en sais assez, et de quel côté tu es …

De quel côté ? En effet, le jeune homme voulait aussi savoir quelle était la situation.

Sougo se demanda alors s'il y avait bien plus à l'affaire que ce qu'ils en savaient déjà. Et surtout, s'il pouvait tout de même faire confiance à la jeune femme… Si elle avait changé autant, qui sait ce qu'elle projetait réellement.

Et la réponse ne se fit pas attendre. Kagura lui lança un regard, puis reporta à nouveau son attention sur l'ennemi qu'elle tenait en respect.

-Du côté de la Terre, et du côté de Rakuyou, Dit-elle.

Sougo n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait être le second mot, probablement une autre planète que la Terre, mais il fut toutefois rassuré d'entendre le nom de son propre monde dans la liste de la jeune femme. Il laissa discrètement échapper un soupir de soulagement, relâchant une once de doute qu'il ignorait encore avoir.

-Oh. Donc tu connais la menace actuelle ? Dans ce cas, pourquoi ne pas être venue directement vers nous, les gens de ton espèce ?

Sougo ne sut dire si Abuto se montrait très présomptueux, ou très pragmatique, mais il sentit une sorte de distance s'installer entre lui et les deux Amanto dans la pièce. Et il n'aimait pas ça.

-Je sais quelle est la menace, oui. Mais je sais aussi que vos méthodes sont mauvaises. C'est pour protéger mes deux « maisons » que j'ai dû en arriver là.

Ah. Donc Rakuyou était une planète où avait vécu la Yato, avant de venir sur Terre ? Sougo se demanda un instant comment pouvait être ce monde d'où de rudes guerriers provenaient. Probablement rude lui aussi, et inhospitalier.

-Et donc, que vas-tu faire ? Demanda Abuto.

-Je vais tous vous arrêter. Répondit-elle fermement.

Son regard, très dur, projetait une sorte de colère, alliée à une obstination que Sougo n'avait encore jamais vues, que ce soit chez la Kagura de son temps, ou la Kagura qui se tenait devant elle.

-Et au vu de ta présence ici, je pense que ton Capitaine t'as laissé filer sous les radars, je me trompe ? Ajouta-t-elle.

-Oh, tu es donc aussi au fait de cela. Je suis impressionné. Donc tu savais que je viendrai vers toi.

Quoi ? Elle avait prédit ça aussi ?

Décidément, Sougo était de plus en plus étonné. Sous cette apparence négligée et insolente, sa rivale cachait donc un certain potentiel pour être plus maline que ses adversaires ? Il en prendrait note, on ne savait jamais, pour ses futurs affrontements avec elle. Ne plus la sous-estimer autant...

-Je l'ai deviné oui. Je savais que si tu survivais, ton Capitaine ne laisserait pas passer pareille opportunité que de te faire croire mort.

-Tu sembles bien connaître notre Capitaine. Aurait-il un autre membre dans sa famille que je ne connais pas ? Une grande sœur, ou une mère, peut-être ?

Kagura sembla serrer les dents à cette dernière mention, mais ne s'attarda pas plus à montrer ce qu'elle ressentait.

Sougo lui, se trouva à nouveau avec des informations inutiles sur sa rivale. La mention du mot « mère » était un sujet à éviter. Mais il ne pouvait pas dire pourquoi ni dans quel contexte cela était valable. Il n'en savait pas assez sur Kagura à son époque pour pouvoir deviner quoi que ce soit. Il savait juste qu'elle était la fille du chasseur d'aliens le plus puissant de l'univers. Mais à part ça, il se rendit compte qu'il ne savait rien de plus concernant sa famille. Mais vu le peu qu'il en savait, il se doutait déjà que c'était exactement le même type de famille dysfonctionnelle que celles produites sur Terre.

-Je le connais, oui. Assez bien pour savoir ce qu'il pense, à chaque instant de la journée.

Et elle connaissait le chef de la pire division de pirates de l'espace. Et si, comme ce Yato l'avait suggéré, ils étaient de la même famille ? Ça expliquait le comportement totalement irresponsable de la gamine à certains moments, mais peut être aussi les excès de colère qu'elle pouvait parfois avoir.

-Mais je sais aussi que « l'oncle Shingen », comme vous l'appelez, arrive, et qu'on a pas beaucoup de temps. Ajouta-t-elle.

-Oh. Donc tu sais déjà qui est l'invité principal. Ça va faciliter grandement les choses.

Kagura abaissa son sabre, laissant le sang coaguler sur le cou de son compatriote. Elle attendait ce moment depuis le début de leur entrevue. Le bon moment pour faire une proposition basée sur la logique, que le Yato ne pourrait pas refuser. A ce qu'elle observait, il était plus détendu, et ne semblait plus la tenir uniquement en ennemie. Elle avait donc réussi à le faire changer d'avis sur elle. Tout ce qui lui restait à faire, était de le pousser dans la bonne direction…

-Je sais que les Yato ne prennent pas de requête de quiconque. Déclara-t-elle. Mais fais face à la réalité de la situation : tu es seul, laissé à ton compte par ton Capitaine, et tu n'as plus aucun contact avec lui. Tu as donc décidé d'agir de ton propre chef, ce qui t'as amené à moi. Donc… Aide moi.

Elle avait perdu la tête ? Demander ça à un type qui venait d'essayer de les tabasser à mort ? Sougo n'arrivait vraiment plus à suivre la situation en cours, qui de plus pouvait dérailler à tout moment. Et de nouvelles questions arrivaient dans son esprit. Qui était cet « Oncle Shingen » ? Est-ce que c'était un surnom donné à l'officiel du Tendoshuu qui était en route pour la Terre ?

Abuto lui, rigola. Très franchement.

-En effet, c'est la meilleure blague que j'ai entendue ces dix dernières années !

-Mais tu n'as pas vraiment le choix. Nous sommes alliés de par notre but commun.

Abuto se tut, puis après avoir fixé le plafond un moment, reporta son attention sur les deux jeunes gens lui faisant face.

-Soit. Tu m'as déjà presque tué, donc ne pas suivre les ordres de quelqu'un que je sais plus fort serait contre-productif, conclut-il. Surtout si nous avons le même objectif. Puis, mon instinct me dis que ce sera bien plus intéressant comme cela.

Elle avait réussi à le convaincre, finalement. Avec une logique implacable et une forte volonté, qui plus est. Sougo fut un brin admiratif de voir avec quel doigté elle avait mené la conversation. Mais il n'était pas entièrement rassuré face à cet Amanto aussi puissant que la Yato à ses côtés.

Abuto lui, fit un bond en arrière pour descendre du lit qu'il avait salit avec ses bottes.

-Bon. Et comment je dois vous appeler, « chef » ?

-Je ne suis pas ton chef, seulement un allié de circonstances, répondit-elle. Mais… Tu peux m'appeler Kemono.

A ces mots, le Yato éclata de rire. Un vrai rire immature. Ce qui agaça Sougo.

-Qu'est-ce qui te fais rire, le vieux ? Lança-t-il.

Entre deux rires, Abuto parvint à glisser un « les terriens comprendraient pas » avant de manquer de suffoquer par manque d'air. Kagura elle, sembla légèrement être embarrassée. Mais Sougo lui, avait envie de comprendre. Ça avait grandement l'air d'être du matériel pour futures railleries. Et il ne pouvait pas laisser passer ça, en tout bon sadique qu'il était.

-Non vraiment, pourquoi vous rigolez ? Insista-t-il.

Abuto reprit péniblement son souffle, puis dit :

-Pour ça, tu lui demandera de te lire un conte de chez nous, dit-il en désignant d'un signe de tête Kagura, sans plus de précisions.

Pendant ce temps, d'autres guerriers Joui alertés par le vacarme arrivaient enfin et s'entassaient en masse à l'extérieur de la pièce.

Kagura leur fit un signe de main, pour leur indiquer que tout allait bien, et ils relâchèrent tous la pression. Ils allèrent alors s'occuper de leurs amis encore évanouis sur le sol, comme s'ils étaient habitués à ce genre de débordements. Mais Kagura était déjà focalisée sur la suite des événements.

-Bon, maintenant que nous sommes du même côté, j'ai besoin de savoir quelque chose, et vite.

Abuto posa son ombrelle contre le lit, et d'un air nonchalant, demanda :

-Oui, quoi ?

-Le vaisseau du Tendoshuu, qu'est-ce qu'il transporte ?

Abuto haussa les épaules.

-Aucune idée. Je suppose une armée, ou quelque chose d'équivalent. On en savait vraiment pas plus non plus de notre côté.

Kagura leva les yeux au ciel.

-Votre abruti de Capitaine a donc décidé de foncer dans le tas sans réfléchir, c'est ça ? Devina-t-elle.

Visiblement elle avait deviné juste, le vieux Yato lâcha un petit « Tch ! » en même temps qu'il grimaça. Sougo eut un rictus.

-Ravi de voir que je suis pas le seul à en avoir ras le bol de son caractère de merde, Ajouta Abuto.

Elle ne releva pas la remarque, mais elle ne la niait pas non plus.

-Et donc, quel est le plan ? Reprit le Yato.

Kagura réfléchit un instant, se mordit la lèvre, mais pas par réflexion, mais plutôt pour réprimer quelque chose. Quelque chose d'à priori désagréable qu'elle tentait de cacher.

-Le plan, c'est démolir le vaisseau de cet « oncle », et de rien en laisser. On a déjà deux équipes sur le coup, mais je pourrais avoir besoin de toi pour autre chose. Un Kidnapping, pour être exact.

-Un quoi ?! s'exclamèrent en cœur Abuto et Sougo.

Sougo commençait à se demander si elle n'avait pas perdu une case avec tous les coups qu'elle s'était pris au parc. Elle voulait qu'il enlève quelqu'un maintenant ? C'était pas déjà assez de l'avoir de son côté ?

-Je vais avoir besoin que tu mette quelqu'un en sécurité, plus exactement. Contre son gré.

Ah. Sougo se disait bien qu'il sautait un peu trop vite aux conclusions. Il y avait donc aussi une raison derrière cela. Et cela ne semblait pas non plus déranger le Yato vétéran en face de lui.

-Ah, je préfère. Même si j'ai pas la tête de l'emploi pour être un garde du corps. Dit le Yato.

-Je te brieferai dans les prochaines heures sur la cible. En attendant, prends tes aises dans ce bâtiment, mais ne te montre pas à l'extérieur.

Mais Abuto n'avait pas encore fini, lui.

Il se gratta la tête, emmêlant encore plus sa chevelure rebelle, puis demanda nonchalamment :

-ça va paraître bizarre, jeune fille, mais… On se serait pas déjà croisés ? Avant notre petit échauffement au parc ?

L'intérêt de Sougo fut piqué au vif. Ils se connaissaient, apparemment… Mais du coup, quelle était leur relation ? Le vieux combattant ne semblait pas savoir qui était la Yato lui faisant face. Mais peut-être que la Kagura du futur, elle, le savait…

-Jamais, répondit Kagura en mentant avec un visage impassible.

Sougo ne put s'empêcher de produire un petit rictus. Elle avait menti avec tant d'aisance qu'il se demandait comment elle avait appris à faire cela en premier lieu. Mais le Yato, lui, ne semblait pas avoir remarqué le mensonge en question.

Abuto fit la moue, puis continua :

-Bizarre… Tu me rappelle vraiment une gamine turbulente qui manque de self contrôle.

-Je ne vois pas de qui tu peux bien parler, continua Kagura. Et savoir qui je suis ne t'amènera pas plus de réponses sur la situation actuelle.

Sougo, lui voyait parfaitement de qui il voulait parler. Une gamine grossière et violente, avec deux chignons sur la tête et une propension à frapper plutôt que discuter.

-C'est vrai, se résigna Abuto. Après tout, je peux qu'obéir aux ordres…

Abuto soupira, lâchant au passage un « ah, les gamins », puis reprit son ombrelle, avant de sortir de la pièce et de saluer les guerriers Joui occupés à nettoyer les débris de bois et de carrelage éparpillés partout. Il s'était vraiment fait rapidement à la nouvelle situation, celui-là…

Sougo, lui, rengaina son sabre, et se demanda quelle allait être l'étape suivante.

Au même moment où il allait demander à Kagura ce qu'elle comptait faire, la jeune femme s'écroula soudainement au sol, non sans se retenir de justesse aux draps du lit, ce qui causa à Sougo une grande inquiétude.

-Est-ce que ça va ?! S'enquit-il.

Il ne remarquait que maintenant qu'elle avait l'air en sueur. Elle avait certainement dû maintenir les apparences devant le Yato tout ce temps. Et décidément, elle le faisait vraiment avoir un comportement qu'il n'aurait jamais eu avec personne, en temps normal. Elle était douée pour le perturber, il lui accordait ça.

-ça va aller… J'ai juste un peu trop surmené mon corps… Répondit-elle avec difficulté.

Son visage avait encore plus pâli qu'il n'était possible. Elle ne tremblait pas, mais c'était tout juste. Et les tâches au niveau de ses bandages avaient recommencé à grandir et à traverser la blouse d'hôpital. C'était mauvais signe. Elle avait dû rouvrir une des plaies qu'elle avait encore à soigner, avec tous ces mouvements.

Il lui tendit une main pour qu'elle se relève, et elle l'accepta sans broncher, comme si cela était tout à fait normal pour elle. Ce qui ne l'était pas du tout, en revanche, du point de vue de Sougo.

Certes, cela lui rappelait beaucoup sa sœur, et le comportement qu'il fallait avoir avec les personnes en mauvaise santé. Mais il avait encore du mal à se faire à l'idée qu'il était en train d'aider sa rivale de toujours, si éloignée en âge soit-elle de lui. Il avait aussi du mal à devoir se conformer à un plan sans une quelconque explication valable derrière. Il ne savait toujours pas, après tout, ce qu'elle allait tenter de faire dans les prochaines heures aux prochains jours. Il avait donc besoin d'informations. Et ça allait commencer par un rapide état de ses capacités actuelles.

Il l'aida à s'asseoir sur la chaise qui se trouvait de leur coté de la chambre, puis s'appuyant contre le lit, demanda :

-Pourquoi tu ne guéris plus aussi rapidement qu'avant ?

Elle leva vers lui un regard incisif, puis prenant ses aises sur la chaise, répondit :

-Pour la même raison que je suis ici, à cet endroit. Beaucoup de choses se sont produites. Des choses qui ont changé les gens, peu importe leurs origines ou leurs constitutions.

-Mais tu ne m'en dis pas plus. Et ça, ça m'énerve, répondit-il. Je peux pas vraiment faire grand-chose, si tu ne me dis rien.

Sur cette remarque, il croisa les bras et la regarda d'un air à la fois sérieux et sévère. Comme un parent ou un professeur prêt à gronder un enfant qui aurait fait une bêtise.

Elle souffla bruyamment, puis se leva avec précaution de sa chaise, avant de lui asséner une pichenette violente sur le front. Pas de quoi non plus l'envoyer valser de l'autre côté de la pièce, mais suffisamment fort pour laisser une grosse trace rouge là où elle avait frappé.

-Mais ça va pas ?! Espèce de tarée ! Balança Sougo tout en portant les mains à son front endoloris.

-T'es 7 ans trop tôt pour avoir ce genre d'attitude et montrer ce genre de visage, dit-elle avant de se rasseoir.

Comment ça, 7 ans trop tôt ?! Bordel, elle le rendait vraiment curieux sur beaucoup de choses, à présent !

Et maintenant qu'il y pensait, le coup qu'il s'était reçu ne faisait pas si mal que cela. Comme la pichenette que ferait un humain normal. Il se demanda alors si elle avait contrôlé sa force à l'instant, ou si elle était en plus mauvais point qu'elle ne le laissait paraître.

Doute qui fut balayé en un instant par la principale intéressée.

-Juste pour que tu saches. Je me suis retenue à l'instant. Je ne vais pas assommer une personne pouvant m'aider, au moment le plus crucial.

-Encore heureux, si je perds des neurones à cause de toi, j'te fous en prison !

-Tu peux pas perdre ce que t'as pas, dit Kagura avec une expression neutre semblable à celle que la sadique prenait la majeure partie du temps.

Ok, là elle commençait à lui taper sur les nerfs autant que la Kagura actuelle. Mais il fallait qu'il garde son calme. Sans quoi elle se braquerait et ne lui dirait rien. Sans parler de l'état dans lequel elle se trouvait.

Et visiblement elle serrait à nouveau les dents.

-Excuse moi, mais tu pourrais aller dans le couloir et appeler Kitaki-san ? Demanda-t-elle non sans une expression de douleur qui grandissait.

-Qui ?

-Kitaki-san, c'est le médecin des Joui.

Il se sentit un brin bête pour avoir demandé.

-Ah, lâcha-t-il avant de se diriger vers l'extérieur de la pièce.

Plus aucun guerrier Joui ne se préoccupait de lui, même certains membres qui l'avaient déjà reconnu et avaient déjà été pourchassés par lui. Sougo n'était pas là pour eux cette fois, après tout. Du coup, chacun avait pris ses aises et s'était largement relâché.

Il passa devant la cuisine et vit le vieux Yato se disputer avec des guerriers Joui sur la nécessité de respecter les étiquettes avec le nom de chacun marqué dessus, indiquant l'appartenance de plusieurs boîtes de nourriture empilées dans le frigo. Il écoutait sans broncher, sans une once d'intérêt dans la discussion actuelle où il se faisait sermonner par des êtres humains plus petits que lui et pas plus forts.

Il était vrai que les Yato n'avaient pas beaucoup d'intérêt en dehors du combat, de la guerre, et des individus pouvant potentiellement être plus forts qu'eux. Il comprenait également pourquoi le vieux Yato avait si facilement accepté la proposition de Kagura. Elle avait été plus forte que lui, et lui avait également montré une solution simple et sans soucis. Et ce Yato là semblait vouloir faire profil bas et éviter toutes sortes de complications.

Sougo demanda son chemin à l'un des types qui l'avait reconnu, et ce dernier eut le culot de se fourrer le doigt dans le nez et de lui balancer ce qu'il avait trouvé dans ses narines tout en lui répondant. Le jeune homme pris mentalement note d'attraper cet idiot en priorité quand tout cela serait fini. Il eut un sourire mauvais l'espace d'un instant, mais reprit rapidement sa contenance.

Il arriva alors devant une porte avec un panneau montrant une croix rouge et des consignes d'hygiène comme le fait de se laver les mains ou de porter un masque.

Pas de doute, il était au bon endroit.

Il frappa à la porte, et n'eut pas à attendre longtemps. Un type baraqué autant qu'une baraque à frites pouvait l'être et plus que musclé ouvrit, une paire de lunettes de soleil fixées sur le nez. Il avait une blouse blanche et un t-shirt coloré où deux oursons dansaient. Mais le tout était tendu à l'extrême, presque sur le point de se rompre face à la quantité de muscle à contenir. De longs cheveux noirs lisses, une moustache et des sourcils épais, un short noir, ainsi qu'une paire de chaussettes blanches dans des crocs vert clair venaient parfaire le portrait.

Peut être que Sougo s'était bien trompé d'endroit, finalement.

Il faisait déjà demi-tour lorsqu'une énorme main vint s'abattre sur son épaule, le figeant sur place.

-Que puis-je faire pour toi, jeune homme ? Demanda alors une voix qui elle, était tout à fait normale.

Cela rassura un peu Sougo, qui se retourna vers son interlocuteur, même s'il était encore assez intimidant. Il ressemblait vraiment à un mercenaire baraqué qui aurait pu tenir un café en plein Shinjuku. (1)

-Vous êtes Kitaki ?

La montagne de muscle sourit de toutes ses dents, et gonfla le torse, révélant un pauvre petit badge qui se battait pour simplement exister au milieu de tout ce muscle. Avec une petite fleur dessinée dessus et le nom « Kitaki » marqué en Hiragana, comme on le ferait pour que les enfants en bas âge puissent le lire.

-Ah oui. C'est vous… On a besoin de vous. Dit Sougo sans s'éterniser.

-La demoiselle de la pièce du fond a encore fait des siennes ? Demanda-t-il.

-On peut dire ça… Concéda Sougo.

A priori, la Kagura du futur avait déjà dû leur apporter pas mal d'ennuis, vu que le docteur ne se préoccupait même plus de savoir pourquoi on l'appelait. Et le fait qu'il l'appelle « demoiselle » donna des frissons au jeune homme. Erk, jamais il ne l'appellerai comme ça, c'était sûr.

Et Musclor (2) avait déjà récupéré sa sacoche avec tout le matériel et avançait déjà dans le couloir, laissant le « jeune homme » sur place. Ce dernier suivit le médecin à l'allure intimidante, pour se faire barrer le passage arrivé devant la pièce par une paume de main tendue vers lui.

-C'est pas correct pour un jeune homme de voir une jeune femme dans cet état. Dit Kitaki. Je n'en ai que pour quelques minutes.

Sougo prit son mal en patience. C'est vrai qu'il ne pouvait pas vraiment débouler comme ça, alors que le gros ours était sûrement en train de recoudre les plains rouvertes de la Kagura du futur. Sans parler du fait que ça aurait non seulement été embarrassant à voir, mais également incorrect, maintenant qu'il y pensait. Après tout, le médecin devait sûrement la déshabiller pour pouvoir atteindre les bandages et retirer ces derniers aussi. Il sentit une pointe d'embarras rien qu'à y penser.

Et à ce que Sougo savait de leur relation, ils n'étaient clairement pas proches à ce point. Il rougit un peu et s'adossa debout contre le mur du hall, en attendant de pouvoir rentrer à nouveau dans la pièce.

Au bout de quelques minutes, comme promis, le médecin ressorti de la pièce, et mis en garde Sougo.

-Elle doit se reposer, donc évitez de la surmener.

Sur ces mots, le gentil géant partit en donnant une tape bien sentie dans le dos de Sougo qui sentit son cœur rater un battement sous l'impact. Y'a pas à dire, ce type était terrifiant, si gentil soit-il.

Rapidement, le jeune homme reprit sa contenance, et rentra à nouveau dans la pièce.

Le médecin avait visiblement pris le temps de refaire le lit et y avait réinstallé sa patiente, qui y était à présent allongée dans le plus grand des calmes. Il ne savait pas trop si elle dormait ou non, étant donné qu'elle avait les yeux fermés. Mais la jeune femme prit la parole, même sans le voir.

-Tu peux venir, Sougo.

Il s'avança et reprit sa place sur la chaise où s'était tenue plus tôt Kagura.

-T'as vraiment du nez mine de rien. Même sans me voir, t'as su que c'était moi…

-C'est un peu plus complexe que ça, à vrai dire, répondit-elle avec les yeux toujours clos. Pour les personnes que je connais assez bien, je peux reconnaître leur pas, leur démarche, et bien d'autres choses.

Donc, elle admettait qu'elle le connaissait assez bien ? Certes, ils se battaient déjà ensemble à cette époque, mais il ignorait si sa rivale de ce temps avait également appris à l'identifier de la sorte, ou si c'était quelque chose que la Kagura du futur avait développé avec le temps passant. Est-ce que tout ce temps là, elle l'avait observé sans qu'il s'en rende compte ? Et si oui, à quel moment cela avait-il commencé ?

Il se sentit un peu flatté de faire partie des personnes qu'elle pouvait identifier de la sorte. Mais presque immédiatement, son attention fut attirée par la Kagura du futur, qui venait de rouvrir des yeux fatigués.

-Reprenons notre discussion. Dit-elle. Encore une fois, nous n'avons pas assez de temps.

Sougo hocha de la tête. Il était prêt à l'écouter.

-Toute cette histoire a commencé très loin d'ici. Si loin que ça en deviens une mauvaise blague. Commença-t-elle.

Elle semblait elle-même un peu perdue dans ce qu'elle devait dire. Peut-être à cause de la fatigue accumulée, ou peut-être à cause d'autre chose. Il sentait d'ailleurs que le sommeil la gagnait peu à peu.

-Mais si je devais résumer ce qui s'est passé, et qui m'a été raconté après coup, c'est que ma planète d'origine entière est un otage.

-Ils menacent cette planète… Rakuyou, c'est ça ? Mais qui ? Demanda-t-il.

-Le Tendoshuu. Et ils font plus que la menacer. Au moment même où nous parlons, la planète entière est tenue en joue.

Cela commença à devenir gros comme histoire. Peut-être un peu trop pour que la police de la Terre puisse y faire quoi que ce soit. Ils n'étaient qu'une petite force sur une petite planète, dans tout cet univers. Qu'est-ce qu'ils pouvaient faire face à quelque chose de si important ? Et surtout, pourquoi s'y étaient-ils retrouvés mêlés ?

-Tu dois te demander comment une affaire pareille a pu impacter la Terre, non ? Devina Kagura. Il y a deux réponses à cela. La première, est que le Tendoshuu semble avoir un intérêt tout particulier pour cette planète, sans qu'on sache pourquoi. Quant à la seconde…

Elle sembla hésiter un moment, puis se lança, non sans apporter une certaine lourdeur dans ses propos.

-Je suis en partie fautive.

Ces mots surprirent Sougo. Il ne pouvait pas imaginer en quoi elle pouvait être fautive, ni si elle se faisait des idées. Ça pouvait être sa propre culpabilité qui parlait, ou peut-être qu'elle avait vraiment des éléments fondés pour avancer une telle chose. Point qu'elle vint à préciser.

-Mon frère a aussi décidé d'attaquer cette planète à cause de moi…


A suivre…


Notes de références :

(1) : Description de Umibouzu, un personnage de City Hunter. (Connu sous le nom « nicky larson » en france, mais lisez le manga ou regardez la série en VO, vous ratez des choses^⁾.

(2) nom donné à He-Man dans la version française des Maîtres de L'univers.


Voilà pour ce chapitre ! Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais vu le déroulé de l'histoire, et également pour pallier aux mises à jour moins régulières, je fais des chapitres un peu plus longs que d'habitude. Je peux ainsi expliquer plus de choses, tout en m'attardant sur d'autres détails !

Si je maintient un rythme régulier, cette fanfiction sera terminée au cours de l'année 2020 je pense. Ce qui le permettra de vous poster un autre cadeau! En effet, même si cette fanfiction se terminera, je n'ai pas l'intention de finir les fanfictions tout court!

Pour Malédictions, je fais mon possible également pour vous poster un chapitre très prochainement! Mais sachant que je vais bientôt révéler avec quelle histoire il y a un crossover, je dois également poster une autre fanfiction avant d'atteindre ce point.

Parmi mes projets, je travaille également sur une fanfiction City Hunter. C'est encore le grand chantier, mais bref, tout cela avance petit à petit.

Encore merci, et rendez-vous à jeudi prochain!