Salut, salut ! Nous nous excusons pour ce retard mais les cours plus des événements personnels pas forcément toujours faciles à gérer ont rendu la publication de ce chapitre longue et ardue. J'espère que vous allez tous bien, que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année et que 2020 a bien commencé pour vous. Pour ma part 2019 s'est aussi mal terminé qu'elle avait commencé mais point positif : nous sommes en 2020 !
Je rajouterai que ce chapitre est en partie inspiré de faits réels pour une des autrices. Le passage en question est, comme la dernière fois, indiqué par des [...] si vous ne voulez pas le lire. Il fait référence à des abus sexuels donc je préfère prévenir. Comme il fut très délicat à écrire, j'aimerais beaucoup avoir des retours, dans la bienveillance bien entendu :)
Je vous souhaite à tous et à toutes une bonne lecture ! : )
Merci à Mikipeach de reviewer tous nos chapitres, ça fait vraiment très plaisir et chaud au cœur de voir à quel point notre histoire peut plaire. Effectivement, les premiers chapitres sont très différents des derniers. Notre manière d'écrire a changé avec nous en grandissant, le ton devient plus grave, plus sérieux. Pour les personnages, on y a passé des heures, à leur trouver des noms, un contexte familial, un background et parler de leurs éventuelles évolutions. Donc merci de nous dire qu'ils font "réels" et "fidèles" à l'univers, ça fait plaisir parce qu'on s'est cassé la tête ! ;)
On essaie de multiplier les références aux livres de base, de croiser des personnages communs pour faire un effet de continuité, après le problème c'est que les premiers chapitres sont tellement loin que parfois nous ne savons plus si nous l'avons fait exprès ou non aha. Et Erell et Susan auront donc forcément leur partition à jouer dans la guerre qui se dessine contre Voldemort et ses sbires, et elles seront peut être même au centre de certaines révélations héhé ;)
Erell
J'avais entendu dire beaucoup de choses à propos de la cinquième année : que c'était une année rude, tant psychologiquement que physiquement, que les crises de nerfs seraient nombreuses, les nuits courtes et les journées longues et que face au stress, deux options s'offraient à nous, la perte de poids ou la prise de poids. Si j'avais pris ces rumeurs à la rigolade, après une semaine de cours et plus de devoirs à rendre que de temps pour les faire, je commence désormais à sérieusement déchanter.
Et si encore il n'y avait que les cours, mais mes nouvelles responsabilités de préfète et de capitaine viennent s'ajouter à tout cela. Et personne ne semble vouloir me laisser tranquille comme en attestent les dix personnes qui sont venues me demander la date des sélections cette semaine tout en me spécifiant que Dubois et sa clique ont déjà repris les entraînements. Je n'en attendais pas moins d'Olivier cependant, son équipe est déjà toute constituée… Pour moi c'est une toute autre affaire : le départ de Benson fait que j'ai besoin d'un nouveau Batteur, poste qu'il occupait précédemment, ainsi que de deux Poursuiveurs et un Gardien. À part Davies et un troisième année du nom de Morgan Crosby, également Batteur, mon équipe est au point mort.
- Tu vas bien ?
Je hoche la tête au son de la voix de Davies qui vient de passer la tête dans les vestiaires pour voir si je comptais en sortir un jour.
- Stressée… mais ça va aller.
Ce disant, je fais quelques pas tout en poussant de profondes inspirations destinées à me calmer.
- Il y a du monde qui est venu regarder, me prévient mon camarade de maison pendant que je termine de m'attacher les cheveux en une tresse.
- Tant qu'il y a du monde pour les sélections et que ceux dans les gradins se taisent, je marmonne en prenant mon balai que Davies me tend. Toujours pas de nouvelles de Crosby ?
- Il n'est pas là.
- Bon… j'imagine que l'on peut lancer des sélections pour son poste dans ce cas, j'ajoute en essayant de ne pas sonner trop désespérée.
Je finis enfin par sortir des vestiaires suivie de près par Davies pour constater qu'effectivement, il y a foule dans les gradins et sur le terrain. Un coup de pression s'abat subitement sur mes épaules en reconnaissant de loin Flint et sa clique.
- Tu vas gérer ça comme une professionnelle Donnovan, je le sais, me souffle Davies.
J'esquisse un petit sourire à son égard, touchée par le fait qu'il ait vu ma peur et qu'il me soutienne.
- Par Merlin, mais tu veux vraiment rester dans l'équipe, je plaisante.
Davies m'adresse un clin d'œil avant de positionner son balai de manière nonchalante sur son épaule et de marcher vers le terrain. Je le suis en essayant d'afficher le même air décontracté mais je suis tellement crispée que je ne me fais guère d'illusion.
Quand nous arrivons sur le stade, nous sommes accueillis par les cris et les sifflements grossiers des Serpentards qui semblent avoir décidé de jouer les troubles-fêtes. Ma première réaction est de les ignorer, ce qui est malheureusement très difficile surtout quand leurs quolibets couvrent ma petite voix, enrouée par l'angoisse. Ma présentation de l'équipe, qui se résume à Davies et moi, est noyée dans le vacarme fait par les Serpentards et ceci malgré les demandes répétées de certaines personnes dans les gradins pour les faire taire. Un rapide coup d'œil en arrière m'informe que Susan se mord les lèvres comme pour se retenir de ne pas leur répondre quelque chose. Elle est avec les filles et Cedric. Un peu plus bas, à l'opposé parfait des Serpentards, Dubois et son équipe à l'exception de Harry sont également rassemblés pour assister à mes sélections. Je suis à peine rassurée de voir que eux aussi semblent agacés par le comportement des Serpentards qui ne comptent pas en rester là.
- Hé Donnovan, remets-toi de dos, on voit plus tes fesses !
- Donnovan ! Qu'est-ce que Davies a bien pu te faire pour te convaincre de le garder dans l'équipe ?!
Je croise le regard de mon coéquipier qui baisse les yeux tout penaud.
- Je suis désolé, murmure-t-il penaud. Ils sont comme ça depuis un moment et je n'ai pas réussi à les calmer.
- Tu ne devrais être en train de t'excuser, ils le devraient.
- Dis-moi Donnovan, rugit Flint. Tu veux voir la batte que j'ai entre les jambes ?!
Sa remarque est suivie par un éclat de rires gras auquel je ne prête pas attention, tant je suis scandalisée par ce qui vient de se passer. D'un geste je confie mon balai à Davies en lui intimant d'un regard de me le tenir avant de foncer vers l'origine du mal.
En me voyant approcher à toute allure, les poings serrés, Flint pousse un soupir faussement effrayé, repris par son groupe d'armoires à glace.
- On va mettre les choses aux clair Flint, puisqu'il semblerait que le respect et la politesse ne soient pas le fort de tout le monde ici. Si vous voulez rester et assister aux sélections, pas de soucis. En revanche vos remarques graveleuses et sexistes, vous pouvez vous les garder ! Et s'il vous prenait l'envie de recommencer, laissez-moi vous rappeler que je suis préfète, et que par conséquent j'ai autorité pour agir en cas de comportement inadéquat et que je me ferais un grand plaisir de retirer des points à Serpentard et de vous envoyer en retenue pour récurer les toilettes du deuxième étage parce que justement votre comportement est inadéquat.
J'ai parlé suffisamment fort pour que tout le monde présent puisse être témoin et pour une fois, ma voix a porté. C'est dans un silence presque religieux que je passe devant les gradins, jaugeant l'équipe de Serpentard d'un coup d'œil d'avertissement avant de reprendre.
- Si personne n'a rien à ajouter, je vais poursuivre mes sélections.
Je me redirige vers le terrain, interceptant au passage un pouce en l'air de Susan, ainsi qu'un éclat de fierté dans le visage de Dubois - à moins que ce ne soit de l'envie parce qu'il aurait voulu être celui à avoir le privilège de remettre Flint à sa place. Je dois bien avouer que c'est soulagée et presque détendue que je retourne auprès des élèves venus pour entrer dans mon équipe.
Je récupère mon balai auprès de Davies qui me tapote gentiment l'épaule, ce que j'interprète comme un « Tu as fait du bon boulot, bravo ».
- Bien, reprenons ! Avant de commencer et de vous demander pour quel poste vous comptez postuler, je vais vous demander de vous mettre en binômes, de prendre un balai si vous n'en avez pas et de me faire un tour de terrain en vol. On commence tranquillement, normalement et quand on arrive aux anneaux, vous slalomerez. Je veux pouvoir vous évaluer sur vos qualités de vol avant de vous tester pour tel ou tel poste. Et s'il n'y a pas de questions, laissez-moi vous dire que dans ce cas j'afficherai les résultats sur le tableau de la salle commune avant jeudi, après concertation avec mon coéquipier, et que les heureux ou heureuses élus devront être présents samedi pour notre premier entraînement !
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- Ce que tu lui as mis à Flint !
- On voyait clairement à sa tête que le souvenir de l'année dernière et de ta gifle l'a traumatisé !
À ces mots, Fred, George et Lee explosent de rire, suivis de près par l'ensemble de notre petit groupe. Les sélections terminées, c'est sur une idée des jumeaux que nous nous sommes réunis dans les cuisines pour débriefer de ce qui venait de se passer. Notre groupe est hétéroclite dans sa composition et un peu improbable puisque, en plus des garçons, Cedric et Tyler se sont joints à nous, ainsi que Dubois et Davies. Côté filles, Angelina, Alicia et Katie ont pris le train en marche tout comme Jude et Djemilah, emmenées par une Susan un peu trop heureuse de laisser derrière elle ses devoirs le temps d'une soirée. Même Emma a accepté la proposition de Rose de se joindre à nous, elle qui est d'habitude si réticente pour ce genre d'activité, surtout quand on sait que nous avons une dissertation à rendre sur la théorie du sortilège de mutisme pour lundi.
Encore une fois les elfes se sont mis en quatre pour nous recevoir et chocolat chaud, jus de citrouille et thé coulent à foison, accompagnés de leurs muffins et autres gâteaux en tout genre.
- Je suis à peu près certaine qu'il va essayer de m'assommer au prochain match contre Serpentard, mais ça en valait la peine, je murmure à Susan.
- Et bien tant qu'il n'essaye pas de le faire avec sa batte entre les jambes, ricane Susan.
Je prends un air à moitié scandalisé mais je sais bien que c'est là une manière pour mon amie de me faire comprendre qu'elle aussi est assez énervée par le comportement de certains hommes. Il faut bien avouer que la société sorcière est encore très conservatrice à plein d'égards et que la place de la femme est un des nombreux sujets qui porte à débat. Mais de ce que m'en dit Susan, les Moldus ont encore beaucoup de progrès à faire également à ce niveau.
- C'est vraiment chouette ce genre de petites soirées improvisées, reprend mon amie en laissant son regard traîner sur les gens et particulièrement sur Tyler et George qui sont en pleine discussion tout en étant parfaitement civils l'un envers l'autre.
- Et dire que je voulais que cette soirée soit productive, je marmonne en pouffant.
- C'est vrai qu'avec la réunion de préfets demain soir, un peu d'avance dans nos devoirs n'aurait pas été de refus… fait Susan en fronçant les sourcils. C'est malin maintenant je culpabilise de passer du bon temps !
Un soupir interrompt notre petite discussion.
- S'il vous plaît ne vous plaignez pas de vos responsabilités surtout quand il y a des gens ici qui auraient souhaité les avoir mais qui ne les ont pas eues parce qu'ils ne portent ni le bon nom de famille, ni n'ont des parents avec l'influence nécessaire pour.
Cette fois-ci c'est à mon tour de froncer les sourcils à la remarque d'Emma. Je ne veux pas virer paranoïaque mais j'ai comme le sentiment que cette remarque m'était destinée…
- Je suis certaine que les parents de Erell n'ont eu aucunement besoin d'intervenir dans sa nomination en tant que préfète, intervient Rose. Après tout, elle est major de notre promotion.
La remarque vient stopper Emma dans son élan pour répliquer d'autant plus que Jude et Angelina qui se trouvent juste à côté décident à leur tour d'y mettre du leur.
- Et puis on sait tous ce que Dumbledore espérait faire en nommant Erell et Susan préfètes !
- Mais clairement ! Il voulait calmer les jumeaux !
- Je ne sais pas si c'est le génie ou la sénilité qui parle…
- Que veux-tu ? Le vieil homme a de l'espoir, on ne peut pas lui reprocher ça !
Je ne peux m'empêcher de rigoler surtout en voyant que ces derniers sont en train de se chuchoter ce qui doit être leurs prochaines infractions avant de se mettre à pouffer comme deux grands enfants. Si Dumbledore croit que Susan et moi pouvons avoir une quelconque influence sur eux, je crois qu'il va être déçu…
- Une tasse de thé Donnovan ?
Je hoche la tête en saisissant la tasse tendue par Dubois, tandis que ce dernier vient s'appuyer sur la table sur laquelle je suis assise et balance mes jambes, gênée.
- C'était une sacrée démonstration que tu nous a faite là avec Flint, tout à l'heure. Je dois dire que je suis impressionné.
Je plonge le nez dans ma tasse, espérant cacher le rouge qui me monte aux joues. À vrai dire, cela me gêne que tout le monde en parle ou que l'on croit que j'ai une dent envers Flint. Je n'ai rien contre ce dernier mais son comportement me dérange et j'espère que toute femme aurait réagi de la même manière que moi si elle s'était retrouvée insultée de la sorte par n'importe qui.
- Ne dis pas ça où je risque de prendre la grosse tête, je plaisante.
Dubois rigole avant de siroter son thé, le regard dans le vide.
- Tu sais que tu es la première femme capitaine depuis plus de…
- … deux-cent cinquante ans. Oui, je sais. J'espère juste que la porte qu'a ouverte Elizabeth Dorsworth ne se refermera pas derrière moi et qu'elle restera ouverte encore longtemps. Entre nous, ça aiderait beaucoup si je pouvais gagner la coupe cette année…
- Tu es en train de me faire comprendre subtilement que tu voudrais que je te laisse gagner la coupe Donnovan, c'est ça ? rigole Dubois.
- Moi ?! Non, jamais ! je riposte, faussement outragée. Je n'ai rien contre une bonne compétition au contraire !
Qui aurait cru qu'un jour, Dubois et moi, nous nous retrouverions à plaisanter ensemble, en train de discuter paisiblement et de trinquer avec du thé ? Eh bien si Merlin me l'avait prédit, je crois que je ne l'aurais pas cru et lui aurais conseillé d'arrêter la fumette.
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Le lendemain c'est après une longue journée faite d'Histoire de la Magie et de Guerres des Gobelins ainsi que d'une session intensive de Potions que Susan vient me chercher à la table des Serdaigles pour que nous nous rendions ensemble à notre réunion de préfets.
- Coucou, prête pour ce soir ?
- Laisse-moi au moins le temps d'avaler quelque chose, je murmure en essayant de mettre le plus de hachis parmentier possible dans ma bouche. Ch'ai un peu trop traîné à la bibliothèque…
Après encore quelques cuillerées d'un repas somme toute assez succinct – je n'ai même pas eu le temps de prendre un dessert alors qu'il y avait de la tarte au citron meringuée – nous nous précipitons au troisième étage où une salle à été mise à la disposition des préfets-en-chef pour que la réunion puisse s'y tenir.
Percy nous adresse un regard d'avertissement car nous sommes les dernières arrivantes et c'est la tête baissée que je fonce prendre une place au dernier rang, avec Susan.
- Bien, commence Percy d'un ton pompeux. Maintenant que nous sommes tous et toutes présents nous allons enfin pouvoir commencer. Beatrice va vous distribuer les plannings de rondes pour ce mois-ci. Ces derniers ont été fait en tenant compte de vos emplois du temps respectifs donc pas la peine de venir pour des réclamations…
- Ce que Percy veut dire c'est que vous devez remplir vos fonctions mais que nous pouvons nous montrer arrangeant en cas d'impératifs si et seulement si cela reste exceptionnel, tempère Beatrice en agitant sa baguette pour que les feuilles s'envolent vers leurs destinataires.
- Pas la peine non plus de vous plaindre de votre partenaire de ronde, reprend Percy sans accorder plus d'importance à son homonyme si ce n'est un haussement de sourcil, trahissant son agacement. Poudlard promeut l'entraide entre maisons et pour ce faire, nous avons choisi de faire des binômes mixtes.
Je jette un regard au morceau de papier qui vient de se déposer légèrement sur ma table. Déjà aucune ronde n'est prévue sur mes entraînements de Quidditch, je peux souffler.
- On est ensemble pour la ronde du jeudi, me chuchote un Cedric plus que ravi.
Je lui adresse un sourire rayonnant. Faire mes rondes avec Cedric ne sera définitivement pas une corvée. En revanche ce qui risque de l'être, ce sont les rondes du dimanche soir que je dois effectuer avec Rathbones. L'envie de me plaindre est tentante mais je serre les lèvres et me penche vers Susan pour voir avec qui elle partage ses rondes.
- Preston et Stimpson, m'annonce-t-elle. Ça va être l'occasion d'apprendre à mieux les connaître, continue mon amie.
Je hoche les épaules mais à vrai dire, je me vois mal avoir de longues conversations sur le sens de la vie avec Rathbones. Si déjà nous arrivons à être cordial l'un envers l'autre et à tomber d'accord sans nous étriper, cela représentera une grande victoire…
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Le lendemain n'est pas en reste en comparaison de la semaine mouvementée et déjà bien chargée que nous avions. Après deux heures de Sortilèges, et deux heures de Botanique, Emma, Rose et moi nous rendons dans la Grande Salle pour manger avant d'enchaîner sur deux heures de Défense contre les Forces du Mal.
- Et dire que nous avons encore deux heures d'Astronomie ce soir… ronchonne Rose. Je suis déjà exténuée et on n'a pas fait la moitié de la journée !
- En plus c'est travaux pratiques en DCFM, j'ajoute en me servant une part généreuse de tourte aux champignons.
- Tu crois qu'on va affronter quel monstre ? pépie mon amie surexcitée qui a vite oublié sa fatigue.
- Aucune idée mais hors de question que je ne sois pas préparée, marmonne Emma en sortant son livre entre deux bouchées de rôti pour commencer à relire la théorie.
Quelques minutes plus tard et quelques formules ingurgitées dans la précipitation, nous rejoignons la salle de cours, déjà à moitié remplie des Poufsouffles. Susan m'a gardé une place à ses côtés, que je m'empresse d'occuper avant de sortir ma baguette et de me mettre à l'astiquer avec énergie.
Devant l'air circonspect de Djemilah, je me sens obligée d'ajouter qu'une bonne baguette est une baguette propre et cirée.
Un silence excité me fait relever la tête de ma tâche et m'indique que le professeur Lupin a fait son entrée dans la pièce. D'un geste, il nous fait signe qu'il est inutile de sortir nos affaires, et nous intime de le suivre. J'agrippe mon sac nerveusement d'une main, Susan de l'autre et me rue à la suite de notre professeur, de peur de le perdre de vue.
Cela dit nous n'allons pas très loin avant de nous arrêter devant la salle des professeurs.
- Bien, commence Lupin. Je l'ai entreposé là pour le moment mais au vu de certains incidents sans grandes conséquences dans les séances précédentes, je préfère établir quelques précisions. Cet exercice pratique est un exercice volontaire. En aucun cas je ne veux vous forcer à faire quelque chose alors que vous ne vous sentez pas aptes, pas plus que cela ne jouera en votre défaveur, soyez-en assurés. Et si vous hésitez, sachez que je serai là, prêt à intervenir au moindre signe de difficulté.
Notre nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal ponctue ses paroles d'un regard appuyé sur chacun de nous. Je ne peux m'empêcher de baisser le regard. Je ressens une forme de boule dans la poitrine en partie due au fait de ne pas savoir ce qui nous attend, mais aussi résultat de ses avertissements plus qu'énigmatiques et un peu anxiogènes.
- Tu vas le faire ? me demande Rose. Bien sûr que tu vas le faire, tu n'as peur de rien ! Moi j'hésite, il vient de me faire suer…
- Je crois que mes oreilles ont arrêté d'écouter ce qu'il a dit après avoir entendu « certains incidents »… Vous pensiez qu'il faisait référence à quoi ? demande Jude en essuyant ses mains moites sur sa jupe pour la quinzième fois.
- Sûrement à Potter qui a dû s'évanouir, ricane Tyler.
Sa blague ne récolte visiblement pas le succès escompté car je lui adresse un regard noir tandis que Susan lui tape sur l'épaule avant d'entrer dans la salle des professeurs à la suite de nos camarades.
À l'exception d'une énorme penderie qui trône au centre, elle est entièrement vide et les meubles qui doivent d'ordinaire s'y trouver semblent avoir été poussés contre les murs. Je sursaute quand la penderie se met à brusquement s'agiter et attrape ma baguette pour la pointer droit vers l'origine du bruit.
- Excellent réflexe, Erell ! fait Lupin d'une voix forte et calme en venant se positionner entre ma baguette, que je n'abaisse pas pour autant, et la penderie.
- Alors… C'est là que le… monstre se trouve ? je demande.
Je dois bien avouer que l'idée de me retrouver face à une bête non-identifiée ne me rassure que moyennement. J'en ai des frissons et je dois raffermir la prise sur ma baguette tant mes doigts sont glissants.
- L'épouvantard. Il s'agit d'un épouvantard. Qui peut me dire ce qu'est un épouvantard ?
À l'entente de ce nom, nombreux sont les soupirs mi-soulagés, mi-tendus qui s'expriment dans la salle. Pour ma part je préfère lever la main, en fronçant les sourcils car je devine désormais dans ses grandes lignes l'exercice que nous allons devoir faire aujourd'hui.
- C'est une créature dont on ignore la véritable apparence car elle en change selon la plus grande peur de celui à qui elle est confrontée. C'est un non-être qui se nourrit des émotions humaines et plus particulièrement de la peur. Plus celle-ci est grande et plus il devient puissant.
Le professeur Lupin acquiesce à ma définition.
- Exactement ! Dix points pour Serdaigle ! Comme vient de le dire votre camarade, l'épouvantard peut changer de forme en fonction des peurs des gens et plus spécifiquement de la personne qu'il souhaite effrayer. Ce qui signifie que nous avons un avantage sur lui. Lequel ?
C'est au tour de Susan de lever la main.
- Susan ?
- Nous sommes plusieurs… ?
- Parfaitement ! Dix points pour Poufsouffle ! Un jour je vous raconterai l'histoire de l'épouvantard qui a voulu faire peur à deux personnes en même temps. C'est véritablement une histoire hilarante, je vous le promets ! Fort heureusement pour nous, il existe également un autre moyen de lutter contre les épouvantards. Il vous suffit de dire la formule suivante : Rid-di-ku-lus. Répétez après-moi !
Alors que tous les élèves s'exécutent, pour ma part, je ne peux empêcher mes pensées de divaguer vers l'épouvantard de Strathfully aussi surnommé le Croque-Mitaine Hurlant (1) et dont j'ai entendu maintes fois l'histoire depuis mes quatre ans.
- Très bien ! En faisant cela, il faut que vous pensiez à quelque chose de drôle, de ridicule, vous comprenez ? continue notre professeur. Quelque chose qui annihile cette peur que vous ressentez au tréfonds de vous parce le meilleur moyen de neutraliser un épouvantard, comme vos peurs, c'est d'en rire.
Je ne me suis jamais fait l'impression d'être une trouillarde. En revanche je n'ai jamais eu le sentiment non plus d'être très courageuse. Il m'est arrivée de hurler quand Susan me tapotait l'épaule parce que je suis prise par surprise ou bien trop concentrée. J'ai peur des araignées, du vide et j'ai une phobie viscérale des pigeons depuis qu'un groupe m'a attaqué à l'âge de huit ans pour me voler mon quatre-heures. J'ai peur des créatures dont ce monde regorge même si je crois pouvoir affirmer que la plus dangereuse, la plus destructrice et la plus imprévisible n'est autre que l'homme. J'ai peur de la mort aussi, celle de mes proches bien plus que de la mienne. J'ai peur de vivre trop lentement, trop rapidement, de manquer des choses ou de ne pas savoir apprécier à leur juste valeur les expériences qui ponctuent mon existence. J'ai peur d'être seule, de souffrir et de pleurer à ne plus pouvoir m'en arrêter jusqu'à ce que je me noie dans mes larmes. J'ai peur de m'ouvrir à quelqu'un, de me confier à lui, de lui faire voir la part de moi qui est la plus vulnérable, mes failles, pour qu'au final cette personne s'en aille et me quitte. Parce que je suis trop blessée, trop détruite, trop cassée pour être sauvée. Oui, j'ai peur d'un million de petites choses et je prétends ne pas les voir, les ignorer en espérant que cela repousse leur inévitabilité. Je fais semblant d'aller bien, en espérant finir par y croire, parce que avouer la vérité serait trop terrible à affronter, parce que demander de l'aide m'est trop dur.
- Je vais donc vous demander de penser à quelque chose qui vous fait peur. Cela doit être quelque chose qui vous terrifie vraiment, continue la voix du professeur Lupin. Mais j'insiste pour que vous sachiez comment vous en débarrasser avant de vous positionner devant l'armoire. Je ne veux pas d'accident, et une fois devant vos peurs les plus irrationnelles, il peut être compliqué de réfléchir posément.
Je repense au Détraqueur dans le train et un frisson me parcourt. La peur que j'ai ressentie était-elle due à sa présence ou bien au souvenir que celle-ci a induit ? Je chasse cette pensée d'un coup de tête. Une araignée. Mon épouvantard se transformera en araignée que je vais faire exploser d'un éclat de rire.
- Vous êtes prêts ? demande Lupin à l'assemblée.
Une vague d'approbation assez timide secoue notre groupe. Le professeur nous fait signe de reculer tout en nous donnant l'ordre de nous placer en file indienne. Je recule précipitamment, abandonnant Susan qui se retrouve en première ligne.
- Qui sera notre premier cobaye ? Susan ? Merci de de vous proposer, sourit le professeur Lupin avec un grand sourire. N'ayez crainte, tout se passera bien !
Mon amie me jette un regard mi-paniqué, mi-intrigué auquel j'essaye de paraître rassurée mais je ne le suis pas. Je souffle péniblement. Avec Emma, Cedric, Rose et Djemilah devant moi, j'ai six personnes pour me préparer mentalement à ce qui va apparaître devant moi. À l'araignée qui va apparaître. Il faut que ce soit une araignée. Cela doit se passer comme ça.
D'un coup de baguette, le professeur Lupin déverrouille la porte de l'armoire. Un silence se fait dans la salle et quelques élèves curieux se penchent en avant pour mieux observer ce qui va en sortir. Au début, rien. Puis soudain, une forme grouillante s'en échappe et je comprends en la voyant avancer vers Susan qu'il s'agit d'un essaim d'asticots blanchâtres. Cette dernière blêmit et tend sa baguette en avant.
- Ri...ri… Riddikilus !
Rien ne se passe. Un frisson me parcourt encore et je jette un regard derrière moi. Tout le monde la fixe, les traits inquiets, ne sachant s'il faut intervenir ou non. Seul le professeur Lupin semble confiant bien que scrutateur du moindre signe pouvant indiquer que la situation n'est plus sous contrôle.
- Prenez un grand souffle et réessayez Susan. Je sais que vous pouvez y arriver !
Ces encouragements semblent être exactement ce dont avait besoin Susan car elle se reprend vite et quand elle prononce à nouveau la formule, elle ne bégaye plus.
- Riddikulus !
La montagne d'asticots s'éclate sur le sol, aux pieds de Susan, pour former une flaque d'eau.
- Fantastique ! s'exclame notre professeur en mettant en route un vieux tourne-disque. Au suivant !
Cedric se presse pour prendre la place de Susan, lui tapant dans la main au passage pour la féliciter. La flaque d'eau se brouille au même moment où résonnent les premières notes dans la salle. Je ne remarque pas vraiment que l'épouvantard prend la forme d'un Cedric aux yeux durs et méchants, aux vêtements abîmés et à l'allure sale pas plus que je ne remarque qu'il fait apparaître dans un éclat de rire général un tutu sur ce qui doit représenter sa plus grande peur. Je ne tiens pas compte de Rose qui balaye d'un coup de baguette l'énorme serpent devant elle, ni d'Emma qui transforme un Rogue lui hurlant dessus en chauve-souris, pas plus que je ne tiens compte de Djemilah et de la momie dont elle fait tomber les rubans. Je suis trop étourdie par la musique. La tête me tourne. Mes sens sont en exergue et étrangement brouillés à la fois ; je ne perçois rien d'autre que l'ensemble de mon épiderme dressé, en alerte, et le tambourinement incessant de mon cœur.
Bien trop vite, Djemilah se tourne vers moi, le visage radieux avant de me laisser sa place. Au sol, le tas de bandelettes se met à se mouvoir dès que je fais un pas en avant. Je ne le remarque même pas, je suis bien trop concentrée à ne pas penser à lui, à ça. Je veux affronter une araignée.
[...]
Ce n'est pas une araignée qui prend forme devant moi.
Ce n'est pas un Détraqueur non plus.
C'est lui.
Trystan Mordrake.
Il porte son uniforme de Poudlard, son badge de Préfet-en-Chef épinglé sur la poitrine, alors même que cela fait trois ans qu'il a quitté l'école de sorcellerie. Il a l'air si bien que personne n'irait imaginer ce qui a pu se passer, les dommages qu'il a causés. Le mal qu'il m'a fait. Il est exactement comme dans ce souvenir que j'essaye tant d'effacer depuis trois années.
Il ouvre la bouche et sa voix suave remplace la musique, et tout autre bruit, dans la pièce. Et soudain il n'y a plus que lui devant moi. Ma voix s'éteint dans ma gorge devenue sèche, je cesse de respirer et mon corps tout entier se tend, prêt à fuir au moindre de ses mouvements si ma tête pouvait encore lui en donner l'ordre. Sauf qu'elle ne le peut. Mon esprit s'est réfugié quelque part loin de cette salle de cours. Je ne suis plus qu'une enveloppe vide de toute réflexion. J'ai beau savoir que ceci n'est qu'illusion, mon corps lui se souvient et c'est suffisant.
- Erell…
Une main se pose sur mon épaule. D'un geste brusque, je me dégage en hurlant.
- NON !
- Erell, ce n'est que moi ! Le professeur Lupin !
La phrase déclenche comme un choc en moi et soudain c'est comme si mes yeux pouvaient de nouveau voir. Je suis dans la salle des professeurs, une énorme penderie est ouverte, et mes camarades forment un demi-cercle autour de moi l'air apeuré ou préoccupé. Lupin s'est avancé pour être entre moi et l'épouvantard. Son expression inquiète me fait comprendre qu'il est soucieux de savoir ce qu'il vient de se passer mais il respecte une légère distance entre nous, de peur que je le repousse encore. De Trystan nulle trace. L'épouvantard est devenu une grosse lune blanchâtre et pleine qui flotte mollement dans les airs.
- Je… Je…
Loin de me soulager, je sens que je panique encore plus. Je m'asphyxie dans ma propre peur. Mon regard se pose sur les visages de Susan qui tente un sourire réconfortant, de Cedric et des autres. Helen chuchote quelque chose à l'oreille d'Emily Maple, et j'intercepte les mots « peur de Mordrake ? … si gentil et mignon ? ».
C'en est trop. Il faut que je sorte.
- Je dois prendre l'air…
Je n'attends pas vraiment de réponse et je me précipite hors des murs de la salle à la recherche du premier endroit où je pourrais me réfugier.
Je n'ai pas le temps d'enregistrer quoi que ce soit que je me retrouve aux toilettes, en train de vider la bile qui me montait à la gorge pour mieux éclater en sanglots quelques secondes après. Mes cuisses me brûlent, mon ventre aussi. Partout où il a posé ses mains, je peux sentir son emprise, sa force, son impact. J'ai beau me répéter qu'il est parti, loin, ouvrir la bouche pour respirer et me calmer en me disant que c'est fini, je dois accepter les faits. Je suis redevenue cette petite fille de douze ans, l'espace d'un instant, qui a été abusée par un camarade plus âgé.
Je ne sais pas exactement combien de temps je reste assise, vidée, sur le sol en carrelage froid des toilettes mais je finis par entendre un bruit de pas timide. Un petit coup frappé résonne sur la paroi de la cabine dans laquelle je suis entrée précipitamment, sans avoir le temps d'en fermer la porte correctement. Je pousse un profond soupir avant de l'entrouvrir pour faire face à Susan.
Cette dernière me fixe un moment puis s'assoit sur le sol froid avec moi, sans poser de question. Nous restons assises ainsi, face à face, pendant un moment avant que l'une d'entre nous ne se décide à parler. C'est Susan qui fait le premier pas.
- Tu veux en parler ?
-…
- Je me fais tout un tas de scénarios depuis tout à l'heure et il est évident que tu ne vas pas bien alors si tu veux m'en parler, tu peux. Je voulais que tu le saches.
Je voudrais parler mais par quoi commencer ? Prononcer ces mots seraient rendre tout cela réel et je ne suis pas certaine d'être prête à y faire face.
- Mais je sais que durant notre deuxième année tu a arrêté pendant une semaine d'aller en cours. Tu as dit que tu étais malade mais tu n'aurais jamais mis les pieds à l'infirmerie si Emma et Rose ne t'y avaient forcée. Et je sais qu'après ça, tu n'étais plus la même. Tu ne supportais plus qu'on te touche et tu avais tout le temps l'air triste. J'ai attendu que tu m'en parles mais tu ne l'as pas fait, et je t'en veux pas. Tu commençais à aller mieux, les vacances sont arrivées et l'année suivante tout était redevenu comme avant. Mais parfois je le vois, dans tes yeux, ce même petit air triste que tu avais à cette époque. Et parfois je vois bien que tu sursautes quand on te touche ou que tu as des réflexes de rejet. Alors si tu veux m'en parler pour te soulager, ou juste pour que je puisse t'aider correctement, je suis là.
- Il… il… Mordrake… il m'a touché…
Ma voix est enrouée par l'émotion alors que je réalise que je retenais ma respiration depuis un moment. Le fait d'avoir enclenché la vanne de la parole me libère d'un poids que j'ignorais porter.
- Il… il me disait de rester après le Club de Duel… qu'il allait m'aider à m'améliorer… que j'avais du potentiel… que j'étais différente…
Susan ne me presse pas, ne m'interrompt pas non plus avec des questions. Elle laisse les mots venir à moi et elle prend ce que je veux bien lui donner. Son expression n'est ni horrifiée, ni triste, juste grave.
- Il… il disait que j'étais mignonne… qu'il adorait mes tresses… que je devais lui faire confiance… au début, c'était juste une main par-ci par-là… je me disais que c'était une erreur mais… mais les mains sont dev… devenues plus fréquentes… plus pressantes… et il m'a fait touch… toucher son... ses…
Les sanglots reprennent soudain le dessus et la brûlure de mon corps revient. Susan attrape ma main, me sondant du regard pour savoir si je suis d'accord avec ce contact. Je hoche la tête et resserre mes doigts sur les siens.
- Et… moi… moi je n'ai rien dit… j...j'ai pas osé… parce qu'il était plus vieux… tout le monde l'aimait… et qu'il… il… il était préfet-en-chef…
- Maintenant tu me le dis, me calme Susan. Maintenant tu parles. Et c'est tout ce qui compte.
[...]
.
- Tu es certaine que tu veux le faire ?
- Oui, il faut bien que je m'excuse pour mon comportement durant son cours.
- Techniquement tu n'es pas obligée…
- … mais je me sentirais mieux si je le fais, Susan.
- C'est toi qui vois ! Je serai dans le couloir si tu as besoin de moi.
- Tu ne viens pas ? je demande timidement.
- Je crois que c'est mieux si toi et le professeur Lupin avez cette discussion en tête-à-tête. Mais souviens-toi que tu n'es obligée en rien et que tu es libre de lui raconter ce que tu veux.
J'acquiesce doucement.
- Si tu as besoin de moi, crie.
Je pouffe doucement à ce trait d'humour destiné à alléger l'ambiance avant de frapper à la porte du bureau de notre professeur avant de pénétrer dans la pièce, un dernier regard en arrière pour Susan.
- Erell, je suis content que vous ayez décidé de revenir après le cours, m'accueille Lupin avec son habituel sourire fatigué.
Il est occupé à ranger la salle et quelques livres qui traînent partout. Dans un aquarium, un Pitiponk se met à faire des bruits.
- Je voulais juste vous demander de m'excuser pour mon comportement durant votre cours. Je suis désolée…
Lupin me fixe un instant avant de prendre place derrière son bureau et de s'affairer à je ne sais quoi.
- Une tasse de thé ?
- Euh… je…
- Vous devriez, il est très bon.
Je hoche ma tête et m'assois à l'invitation de Lupin sur une des chaises qu'il me désigne. J'ai compris que Lupin veut que l'on discute de ce qu'il s'est passé, alors soit. Autant en finir le plus vite possible.
- Je dois avouer que j'étais assez inquiet après votre petit incident, continue Lupin.
Je le remercie pour la tasse fumante qu'il me tend et souffle dessus pour me donner le temps de penser à une réponse.
- Je vais bien maintenant.
- J'avais une amie quand j'avais à peu près votre âge, qui a dû faire face à des événements très difficiles. Nous avions beau lui demander comment elle allait, elle nous répondait systématiquement tout allait bien. Bien sûr, j'avais noté son anxiété, sa perte d'appétit, son isolement progressif mais j'avais moi-même des soucis personnels et j'ai préféré me convaincre que ce qu'elle me disait était vrai, même si je savais pertinemment que ce n'était pas le cas.
- Que lui est-il arrivé ?
Le sourire du professeur Lupin s'agrandit mais avec une certaine pointe de tristesse, comme si se remémorer ces souvenirs était à la fois agréable et douloureux.
- Elle va bien, maintenant. Parfois la peur de parler est bien plus grande et envahissante que ce que l'on a réellement à dire. Je ne dis pas cela parce que je minimise les événements que vous avez pu vivre, au contraire. Mais je veux que vous compreniez que le dialogue peut être une solution même si vous ne me parlez pas à moi. Peu importe les difficultés auxquelles vous faites face, ne les affrontez pas seule. Mon amie a mis du temps à nous parler, mais quand elle l'a fait, elle avait déjà traversé de tristes événements, traumatiques pour certains, qui ont eu des conséquences dramatiques pour elle. Quelques soient nos peurs elles sont bien souvent irrationnelles et nous ouvrir à leur sujet permet de nous en rendre compte.
- Certaines peurs sont plus dures à gérer que d'autres, je ne peux m'empêcher de murmurer.
- Nos peurs sont régies par notre expérience de la vie. Quelques soient nos expériences nous pouvons choisir la manière dont nous choisissons de les percevoir, et au final, ce que m'a appris cette amie c'est qu'il y a forcément du positif à en retenir. Et que nous avons tous peur de quelque chose.
- Même vous ?
- Même moi, m'affirme Lupin avec un demi-sourire. Si vous étiez restée deux minutes de plus dans la salle vous m'auriez vu m'empresser d'effacer l'épouvantard de peur de voir les élèves se moquer de moi !
Je rigole doucement en avalant une gorgée de thé.
- J'aimerais beaucoup rencontrer votre amie, professeur. Je suis certaine qu'elle aurait beaucoup à m'apprendre.
Le regard fatigué du professeur de Défense contre les Forces du Mal se met à briller doucement.
- J'aimerais beaucoup que vous la rencontriez moi aussi. Vous allez bien vous entendre, j'en suis certain. Charlie (2) était à Serdaigle tout comme vous.
(1) Epouvantard vaincu par un certain Lyall Lupin qui n'est autre que… le père de Remus Lupin !
(2) Charlie Lemon, OC issue de L'Ombre de la Marque, histoire qui est également publiée sur ce site.
