Réponse commentaire :

Coorimo : Tu ne peux pas savoir combien ton commentaire m'a fait plaisir. Cette fiction c'est toute ma passion, j'aime tellement l'écrire. Alors merci de me faire savoir que tu prends plaisir à la lire. Merci de ta fidélité. Bien à toi… Hime-Lay

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Chapitre 35 : « Après la pluie… partie 2/2 »

Production « Yuri Ourbanovski Music », il y a quatre ans.

- « She's like a music »…

Arthur chantait à capella sous le rythme de ses doigts caressant les touches du piano. Cet instrument classique qu'il avait négligé pour la rythmique guitare électrique, l'accompagnait pourtant constamment lors de l'écriture de ses textes. Arthur était un virtuose du piano, il restait son instrument de prédilection et son meilleur « complice » – les mots glissaient plus facilement sur le mélodieux piano que sur la frénétique guitare.

Tomas n'était pas de cet avis. Lorsqu'il chantait ou écrivait, c'était en compagnie d'une guitare acoustique – plus tendre que l'électrique. Il aimait le son serein de cet instrument, capable par la puissance de ces seules cordes, d'entraîner toute une chanson.

Arthur s'acharnait sur le second couplet de sa chanson depuis plusieurs heures déjà et Tomas ne semblait lui être d'aucune aide, refusant toutes ses propositions. Arthur était le chanteur du groupe, et c'était seul qu'il voulait créer, du moins, lorsque le texte venait de lui. Il avait ce côté exclusif et possessif en tout, en musique, en amitié et même en amour…

Arthur chantait depuis des heures, expirant une quantité d'air précieuse pour les poumons fragiles du chanteur. Tomas sortit de sa léthargie artistique en entendant la toux sèche et forte de son ami : il se précipita à ses côtés. Arthur toussait depuis de trop longues minutes, il devenu rouge et Tomas pensait qu'il allait s'étouffer.

- Dans mon sac… toussa Arthur

Tomas se pressa de descendre les escaliers de la scène et de fouiller dans le sac de son ami : il trouva un inhalateur. Arthur l'arracha presque des mains de Tomas et le mit immédiatement dans sa bouche en s'appuyant sur son meilleur ami pour s'asseoir dans un fauteuil. Tomas massa son dos, pensant lui faire du bien, mais il sentit son ami se débattre, visiblement, ça empirait la situation.

Tomas trouva le temps très long avant qu'Arthur reprenne une respiration normale après cette lancinante et douloureuse toux. Tomas proposa de l'eau à son ami qui l'accepta avec plaisir. Arthur s'affaissa dans le fauteuil en fermant les yeux et mit la main sur son cœur qui s'était emballé de peur. L'épreuve était finie, terminée, Arthur se releva comme si rien ne s'était passé et se plaça à nouveau devant son piano.

Tomas n'en revenait pas de l'inconscience de son ami, il s'avança vers lui, inquiet.

- Eh ?! Tu m'as fait quoi là ? s'inquiéta Tomas

- C'est rien, j'ai avalé ma salive de travers… ignora Arthur

- Tu te fous de moi ? Tu as un inhalateur dans ton sac ! Tu es asthmatique ?

- Un truc dans le genre…

- Arthur ?!

Tomas cogna sur les touches du piano de son meilleur ami : il perdait patience devant le snobisme soudain de son ami et il n'allait pas s'en sortir avec son sarcasme habituel. Arthur avait bien plus qu'avalé sa salive de travers, il était devenu aussi rouge qu'un coquelicot et il avait un inhalateur dans son sac – il avait manqué cruellement d'air – Tomas avait été à deux doigts d'appeler les secours.

- Tu as peur de me perdre mon chéri… se moqua Arthur, d'un grand sourire

- Ce n'est pas drôle ok ?! Dis-moi ce que tu as ! Je ne veux pas être inutile la prochaine fois…

Arthur oubliait souvent le cœur protecteur de Tomas derrière ses tatouages, ses piercings et ses jeans troués. Par ailleurs, si son imposante générosité venait à découvrir sa maladie, il serait différent, encore plus protecteur, collant, moralisateur, et il avait assez de Loan, sa sœur jumelle et ses autres amis pour ça. Tomas était le seul à ne rien savoir et il ne voulait pas que ça change. Il partageait une incroyable complicité avec la musique et grâce au père de son meilleur ami qu'était Tomas, Arthur allait réaliser son plus grand rêve : la création d'un album.

Arthur donnerait tout pour que rien ne s'arrête, mais il savait que ses rêves et surtout la réalité cesserait un jour… Et il paierait cher pour qu'en cet instant, justement, rien ne change, car il était heureux.

- Tu veux vraiment faire quelque chose pour moi Tomas… ? demanda Arthur

- S'il te plaît ! Tu veux que j'appelle un médecin ? Ou Nina ? s'affola Tomas

- Tu n'abandonnes jamais toi ! grimaça Arthur

- Je…

- Je veux juste que tu prennes ta maudite gratte et que tu m'aides à faire le second couplet de ma chanson !

Tomas souffla de mécontentement, visiblement, son meilleur ami ne comptait pas abdiquer pour l'instant. Le sourire espiègle d'Arthur le fit rire : il était impossible, princier et capricieux, mais c'était un « putain » d'artiste – il abdiqua. Tomas amena une chaise près du piano, prit sa guitare et tricota des mélodies toute la nuit, agrippées à des mots chantants : une bonne partie du reste de la soirée.

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Tomas amena sa cigarette à sa bouche les doigts tremblants. Assis dans le noir, par terre, le dos appuyé contre le mur, dans la salle des archives de la production : Tomas tenait dans l'autre main un album. L'album des « Soul Musician », nommait : « Breathe », respirer en anglais – c'était Arthur qui avait trouvé le titre. Tomas avait déballé toutes les affaires qui se trouvait dans les cartons : des magazines, des photos, les exemplaires de deux singles, des affiches, des pages blanches rempli de l'écriture d'Arthur et de ses partions au piano.

Tomas ouvrit l'album et sorti le compact disc qui se trouvait à l'intérieur. Douze chansons : six interprétées par Arthur et six interprétées par Tomas. Le manager chopa dans une étagère un vieux lecteur de disque et enclencha le « CD ». La première chanson était « Stormy Night », nuit d'orage, chantait par Arthur. Il avait écrit cette chanson lors d'une simple nuit d'orage et de son adoration à faire l'amour à une femme lors de ces nuits de tempête. Comme Hayley, Arthur préférait chanter en anglais. Il trouvait cette langue simple à chanter et très universelle.

Tomas se demandait pourquoi Jun avait farfouillé dans les boîtes de « Soul Musician » ? Qu'est-ce qu'il cherchait ? Il n'ignorait rien de cette époque ? Mais le plus surprenant était qu'il n'avait finalement rien emporté.

Tomas frissonnait à l'entente de la voix d'Arthur qu'il n'avait plus entendu depuis… Et qu'il n'avait plus voulu écouter depuis… Tomas se laissa aller à ses émotions et monta le son de la musique. Il était étonné de pouvoir ainsi se noyer dans les sentiments, dans des souvenirs et heureux et malheureux. Il y a encore un an, il aurait pris un objet au bout brillant et se serait fait du mal pour se punir et oublier.

Aujourd'hui, sa petite mort était sauve, sauve grâce à « Soul Artist ». Tomas regarda son avant-bras où était tatoué le nom de son groupe et le serra contre son cœur. S'il respirait à nouveau après toutes les épreuves, c'était uniquement et seulement grâce à eux six… Et particulièrement…

- Les bonbons à l'orange me manquent un peu… souffla Tomas, décrochant un sourire fripon

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Naruto rentra dans l'appartement, un sac de nourriture dans la main : il avait envie de manger des ramens avec sa bien-aimée. Après le massacre de la soirée d'hier, dans le silence et le tourment, se tournant le dos comme deux étrangers, ce mutisme était plus douloureux qu'il ne l'aurait cru. Hinata était assisse dans le canapé, en pyjama, un carnet de dessin sur les genoux recroquevillés contre sa poitrine et croquait sur les pages blanches cansons.

Hinata leva les yeux à l'arrivé de Naruto, elle posa ses affaires sur la table base et se leva pour le rejoindre : elle semblait vouloir lui dire quelque chose d'important, des mots qui mourraient d'envie de s'échapper de son cœur et qui avaient attendu une éternité.

- Naruto, je voudrais que tu m'écoutes…

- Hinata, s'il te plaît, c'est à moi de m'excuser…

- Non, c'est moi ! Je t'ai fait croire que ça avait de l'importance alors que ça n'en n'avait pas…

Hinata observait de l'incompréhension dans les yeux de Naruto. Elle avait bien réfléchi et mûri ses pensées, ses sentiments et elle s'était trouvée complètement ridicule face à la situation. Elle s'était rendu compte qu'elle avait présenté le fait que Lyan serait avec elle pour partager en commun un projet personnel, comme si c'était la guerre. Hinata avait mis de l'importance dans la situation en l'amenant tel un virus, un doute, alors qu'il n'en n'était rien.

- Lyan n'a vraiment aucune importance dans ma vie tu sais… justifia Hinata

Hinata n'avait par ailleurs plus pensé à lui – égoïstement ou non – depuis qu'elle était avec Naruto. C'était du passé, un passé court, mais vécu. Et elle s'en voulait de l'avoir annoncé à son bien-aimé comme si la situation allait changer quelque chose à leur couple.

- Je comprends ton sentiment Hinata, mais, en réalité, c'est de ma faute… avoua Naruto

- Non, je crois que j'ai vraiment dit ça de la pire façon ! insista Hinata

- Tu l'as dit chérie… Lyan n'a aucune importance pour toi, mais, il en a pour moi…

Naruto savait que c'était de sa faute si Hinata avait réagi de la sorte et l'avait annoncé d'une manière « dramatique » comme elle semblait le croire. Il savait que Lyan n'était dans aucune pensée d'Hinata et il ne l'était pas dans celle de Naruto également, mais à partir du moment où elle avait prononcé son prénom, toutes les douleurs avaient refait surface pour Naruto.

- Je sais que tu étais avec lui sans intention de me faire souffrir, tu voulais passer à autre chose, car je t'ai longtemps laissé penser que je ne partagerai jamais tes sentiments…

Naruto, depuis l'enfance, depuis la solitude qu'avait posée en son cœur l'orphelinat, ne savait ce que c'était de lier son cœur à quelqu'un d'autre. Le premier sentiment qu'il avait compris dans sa vie était ce sentiment fraternel qu'il ressentait pour Sasuke. C'était son ami, son meilleur ami, son contraire, mais son semblable dans l'isolement de ce sentiment d'abandon.

Et lorsqu'Hinata, la Hinata tendre et forte à la fois c'était détournée de lui, tous ses sentiments d'abandon s'étaient annoncés immédiatement comme une nausée.

- Pourtant, j'étais avec Sakura à l'époque, je pensais l'aimer… Et te voir avec un autre…

Naruto s'était senti abandonner une seconde fois. Bien entendu, ils étaient amis, camarades, mais il n'avait jamais compris – ou mal – les sentiments amoureux d'Hinata pour lui, c'était impossible qu'une personne puisse l'aimer entièrement. Et la voir avec Lyan avait déchiré son cœur et il avait vraiment cru qu'il allait la perdre, la perdre pour toujours, et ce sentiment était encore plus fort que tous les autres réunis.

Hinata laissa rouler des larmes sur ses joues, elle ne s'attendait pas à une telle déclaration, à une telle forme de sentiment. Naruto ne lui avait jamais dit tout ça, tout ce qu'il ressentait.

- Et bien, tout ça, c'était de ma faute ! Je préférais vivre dans la naïveté que d'affronter la réalité, sans doute… rit-il, gêné, intimidé

Hinata se confina dans les bras de Naruto et le serra fort, très fort et elle laissa son cœur cogner fort contre le sien pour qu'il soit certain de son amour, son amour éternel pour lui, son amour qui n'avait jamais cessé ni ne s'était estompé avec les années. Elle ne l'abandonnerait jamais, ne le laisserait jamais, elle donnerait tout pour lui, même sa vie, surtout sa vie.

Naruto eut un grand sourire à cette confession. Il l'embrassa fougueusement, amoureusement, chaleureusement. Mais l'odeur des ramens vint chatouiller son nez et il pencha son regard sur le sac comportant le dîner. Hinata ria à l'enfantillage de son bien-aimé. Elle lui conseilla d'aller se mettre à l'aise, et qu'elle préparerait confortablement le salon pour une soirée canapé.

Naruto sauta dans son pyjama, mit le plaide sur ses genoux et attendit avec impatience qu'Hinata donne une première boîte blanche de ramen. Hinata couvrit ses jambes elle aussi, mais elle avait envie de se blottir contre Naruto – il lui fit une place au creux de son torse.

Naruto ne pensait plus à Lyan ce soir ni même à qui ou quoi que ce soit qui la séparerait d'Hinata : ils avaient tout pour être heureux… Il avait tout pour être heureux : un toit sur la tête qui protégeait sa bien-aimée, sa famille.

Finalement,

« Il ne manque plus que des enfants » : confessa-t-il à lui-même.

. . . . .

Shiro tapait sur ses genoux avec ses baguettes : il s'ennuyait. Mya dormait profondément et pour une raison inconnue, Keiji s'était enfermé dans leur chambre. Et l'émission de divertissement à la télé ne réussissait pas à l'amuser.

Shiro se demandait surtout ce que pouvait bien faire Keiji tout seul dans leur chambre. Il avait même fermé à clef pour être certain que personne ne rentre. Que pouvait-il bien lui cacher ? Est-ce qu'il exploitait son corps tout seul ? Cette idée excita Shiro : peut-être désirait-il mettre encore plus de piment dans leur rapport et qu'il tentait, s'exerçait à une position incongrue ?

Shiro devait absolument penser à autre chose, car sa fierté s'était réveillée à ses pensées qui ne seraient que fantasme. Keiji était bien trop pudique pour se donner du plaisir seul.

Que pouvait bien faire Keiji qui soit aussi secret ? Shiro allait de théorie farfelu en théorie farfelu, mais rien ne semblait justifier de s'enfermer seul dans leur chambre avec interdiction d'entrer. Shiro s'arrêta soudainement sur une idée effrayante : Keiji le tromperait-il ? Peut-être s'était-il enfermé dans la chambre pour parler en toute tranquillité avec son amant ? Son amante ? Ils échangeaient des messages enflammés, peut-être même communiquaient-ils par vidéo en dévoilant des partis de leur corps ?

Shiro grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier menant à la chambre et frappa d'abord calmement à la porte. Aucune réponse. Shiro insista, mais Keiji lui répondit textuellement « casses-toi, ce soir, tu dors dans le canapé ». Le sang du batteur ne fit qu'un tour, frustré, enragé, il avait envie de défoncer cette porte – il opta pour la manière douce.

Shiro descendit dans le salon et attrapa une boîte dans le placard de l'entrée et fut presque émue d'attraper le graal : le double de la clef de la chambre. Il monta à nouveau à l'étage et eut la chance que la porte s'ouvre malgré la clef encore plantée de l'autre côté du verrou.

- J'espère que la serrure de la porte d'entrée est plus sécurisante ? fit remarquer Shiro

- Qu'est-ce que tu fous là ? s'enragea Keiji

Shiro en fit tomber la clef au sol, tellement il fut percuté par ce qui trouvait en face de lui – est-ce qu'il rêvait ? Est-ce que Keiji essayait une nouvelle thérapie ? Une nouvelle activité ? Est-ce que son côté féminin ressortait : Keiji était en train de… Coudre ?

- Tu raccommodes mes chaussettes mon chéri ! se moqua Shiro

- Sors d'ici pervers ?! s'agaça Keiji, vexé d'avoir été découvert

Shiro regarda de plus près l'œuvre de Keiji et visiblement, ce n'était pas pour son petit-ami que Keiji s'afférait à la couture, mais pour Mya, sa petite-sœur. Il avait entre les mains des boues de tissu bleu et il essayait tant bien que mal de faire une jupe ?

- On dirait une serpillère malmenée ! se moqua Shiro

- Je ne t'ai rien demandé ?! rougit Keiji

Shiro élança un grand sourire à Keiji. C'était adorable de sa part de vouloir faire la robe de Mya pour sa pièce de théâtre, mais s'il magnait divinement les cordes d'une guitare, le fil et l'aiguille, eux, n'étaient pas ses alliés.

- Je ne veux pas qu'une professionnelle le fasse ! justifia Keiji

- Tu préfères que ça soit toi et qu'elle ressemble à un joli morceau de gruyère !

- Tu es très encourageant, je te remercie ! grogna Keiji

Shiro se mis soudainement à rire : qu'avait-il imaginé là ? Keiji en train de le tromper ? Il avait honte… Mais pourquoi ne pas lui avoir dit qu'il avait envie de faire la robe de Mya ? Shiro lui aurait bien évidemment dit que ce serait peine perdue et qu'il n'y arriverait jamais.

- Tu es vraiment un enfoiré ! Et ? Qu'est-ce que tu viens de dire… se scandalisa Keiji

- Tu t'es enfermé dans la chambre à double tour, c'était suspect…

Shiro tourna le dos à Keiji parce qu'il avouait avoir un peu honte d'avoir pensé que son petit-ami pouvait le tromper… En réalité, ce n'était qu'une hypothèse excentrique, qui justifierait le fait qu'il ait voulu se cacher. Il savait Keiji pudique et il comprenait pourquoi il ne voulait pas que Shiro rentre, son petit-ami détestait qu'on le trouve dans une situation adorable, mignonne, émouvante, attentionnée…

- Ça va j'ai compris ! râla Keiji

Keiji se leva pour faire face à son « idiot » de petit-ami : le tromper ? Ce n'était pas excentrique comme idée, mais plutôt stupide. À quel instant il aurait pu montrer des signes d'envie d'infidélité ? Il était épanoui dans son couple et heureux. Ils vivaient certes des instants éprouvants tous les deux à cause de la mère de Keiji, n'étant pas d'accord sur tous les points, mais la relation qu'il partageait n'en souffrait pas…

Et puis, le trahir ? Non. Jamais !

Shiro ne résista pas bien longtemps à la confession moins pudique que d'habitude de Keiji et le pris instinctivement dans ses bras pour l'embrasser fougueusement. Il regrettait cette pensée de tromperie, mais, il se doutait bien que son petit-ami n'y pensait pas, c'était juste une peur, comme ça, qui était venu le piquer, car il s'était senti soudainement exclu.

- Tu es vraiment tordu parfois… glissa Keiji, entre deux, trois, d'infini baisers de Shiro

Shiro bascula Keiji sur le lit en lui enleva son tee-shirt et aligna une cascade de baisers sur son torse. Il remonta vers son cou, puis ses lèvres, glissa une main dans sa chevelure, et l'autre dans son dos, quand sans prévenir : une aiguille piqua le doigt de Shiro. Il sursauta de douleur et mordit durement la lèvre de Keiji de surprise.

- Aïe, merde ! pleurnicha Shiro

- Tu devais être marrant à voir quand tu t'ais fait tatouer toi ! se moqua Keiji

Une petite piqure de rien dans le doigt venait de le faire sombrer dans une crise de panique, alors qu'il avait passé plus de quatre heures sur la table à se faire tatouer un mandala dans le dos. Cet homme était décidément bel et bien fabriqué à l'envers.

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Riichi ne s'attendait pas à être seul ce soir avec Benoît : Nathan, avait laissé un mot sur la table basse, il serait avec des copains et rentrerait tard. Riichi grinça des dents, il se croyait vraiment à l'Hôtel, quel ingrat, quel manipulateur, Riichi le haïssait vraiment.

Qu'importe !

Le pianiste n'avait même plus la force de s'énerver, il était vraiment épuisé, fatigué de cette situation et comme Benoît avait décidé de faire de lui son ennemi, en s'opposant à recevoir son aide ou son soutien, il resterait dans son coin.

Il attrapa un repas surgelé qu'il fit chauffer au micro-onde et s'affala dans le canapé, devant la télévision, en ignorant Benoît. Le guitariste en fut contrarié, affecté, tellement que l'appétit fut coupé et qu'il allait directement se mettre à l'aise et se confina dans le lit.

Benoît trouvait la situation ridicule, pathétique, on dirait un vieux couple qui ne sait pas comment remettre du piment dans son intimité après vingt ans de vie commune. Benoît et Riichi n'avait même pas encore fêtés leur un an de relation qu'ils ne parvenaient pas à affronter cette difficulté. Difficulté qui ne concernait par ailleurs pas leur couple, mais le frère de Benoît et son vice du jeu.

Benoît s'en voulait d'avoir tout gâché hier. Riichi avait fait un effort considérable, il avait réservé une chambre dans une auberge, dans un endroit romantique, calme, à l'abri de tout et Benoît s'était renfermé sur lui-même et avait mal compris son intention. Pourtant, ce n'était pas dans le caractère de Riichi de faire ce genre de geste sentimental. Et il l'avait complètement rejeté.

Benoît sorti de ses pensées en entendant la porte claquer : ce n'était sûrement pas déjà son frère et puis son intuition lui dictait que Riichi partait. Courant dans le salon, il n'aperçut pas son petit-ami dans le salon : il se précipita dans le couloir : il trouva Riichi attendant l'ascenseur.

- Où est-ce que tu vas ? s'affola Benoît, s'approchant de lui, se collant à lui

Riichi ne répondit pas tout de suite, appréciant – machiavéliquement – l'inquiétude dans le regard de son petit-ami. Il avait attrapé le bout de sa veste avec sa main, comme pour le retenir, l'empêcher de commettre une bêtise.

Adorable.

Riichi n'en n'oubliait pas moins sa frustration d'hier, il s'était senti désappointé, déçu et même triste. Benoît savait-il seulement à quel point il ne ferait aucune de ses actions dites – amoureuses – pour personne d'autre que lui ? S'il avait longtemps refusé l'amour, c'était justement par peur d'appartenir complètement à quelqu'un et d'en ressortir parfois déçu et abandonné.

Riichi avait conscience que Benoît ne tentait en rien de le faire souffrir, de le blesser, mais le pianiste – égoïstement – désirait retrouver sa vie d'avant, sa vie de couple, sa torride et sensuelle intimité.

- Je vais juste m'acheter des cigarettes… répondit Riichi

- Ok…

Benoît lâcha sa veste, la réponse ne semblait pas lui convenir, étrangement et Riichi s'en contraria. Où pensait-il que Riichi allait ? Benoît n'avait plus confiance en son bien-aimé et il se demandait bien quelle véritable raison l'y poussait ? Il ne voulait pas se confier, il ne voulait pas qu'il l'aide à régler le problème avec son frère et même s'il ne l'avouerait pas, Benoît pensait sûrement que Riichi allait dans un autre lieu que le bureau de tabac…

Rejoindre d'ancienne mauvaise connaissance sûrement : les femmes avec lesquelles il se prostituait.

- Je reviens !

Riichi grimpa dans l'ascenseur qui venait de s'ouvrir et laissa Benoît seul avec lui-même, dans ce couloir froid et solitaire. Et lorsqu'il revenu, dix minutes après, Riichi s'installa à nouveau dans le salon et s'endormi sur le canapé en laissant encore son bien-aimé avec ses noires et sombres pensées.

La situation était pire qu'il – ils - ne le pensait.

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Loan installa des chaises où elle déposa des coussins confortables sur le balcon – elles pourraient fumer confortablement. La fraîcheur de cette fin octobre piquait les joues, mais elle avait donné une couverture à chacune de ses amies et placé deux chauffages électriques. Elle apporta un plateau de tasse de chocolat chaud, fournis avec guimauve et biscuit.

- Tu n'as pas froid Jill… ? demanda Nina

- Je suis comme une princesse… dit-elle, caressant son tout petit ventre

Jill était assise auprès de la seule non fumeuse du groupe – y compris elle – Elva. Elle avait toujours eu une hygiène de vie irréprochable, tenant à son corps de danseuse, elle vivait telle une athlète : sport, régime, et jamais d'alcool. Loan aurait dû suivre son exemple en tant que mannequin, mais elle tenait bien trop à sa liberté une fois de plus pour s'imposer quoi que ce soit. Elle s'alluma donc une cigarette accompagnée de Koko et Nina.

- À ce propos Nina, comment ça se passe avec ton doyen ? questionna Koko, moqueuse

- Tu viens de surnommer ma moitié « doyen » ? s'amusa Nina

- Ta moitié ? grimaça Loan

- Ta moitié à l'âge de mon père ! insista Koko

- Je me balance de votre avis ! se froissa Nina

- Tu es « in love » ! sourit Elva

Nina préféra le terme d'Elva « amoureuse ». Junichi – le père d'Hayley – était peut-être âgé de seize années de plus qu'elle, mais elle ne s'était jamais autant senti elle-même qu'avec lui. Le regard de cet homme, sa douceur, son grand cœur, sa malice aussi, parfois, sous ses airs sérieux, faisaient complètement chavirer son cœur.

- Et au lit… ? taquina Loan

- Ça suffit ! s'intimida Jill

- C'est le meilleur de mes amants… répondit Nina, les yeux brillants

- Meilleur que Tomas ? taquina Koko

- Tu as couché avec Tomas ? fut choquée Loan

Nina vit Loan se rapprocher du rebord de sa chaise et la regardait comme une accusée. Nina ne supporta pas ce regard, après tout, Tomas ne lui appartenait pas, Loan était partie pendant un an, dans un autre pays et elle n'avait aucune raison de se justifier. Malgré tout, le regard de Loan perturba Nina qui observait de la colère, mais une vraie déception également. Koko et son inexistante délicatesse, elle méritait de tomber elle aussi.

- Ce n'était qu'une seule fois, contrairement à d'autre ! provoqua Nina, regardant Koko

Koko fronça les sourcils et secoua la tête en signe de négation, mais c'était trop tard, Loan avait compris que Nina n'était pas la seule de ses amies à avoir « couché » avec Tomas.

- Tu as couché avec Tomas toi aussi ?! s'offusqua Loan

- Je ne savais pas qu'il t'appartenait ? se justifia Koko, fuyant le regard de Loan

Loan se posa à nouveau sur le dos de la chaise : Koko avait raison. Tomas ne lui appartenait pas, mais elle n'aurait jamais imaginé Koko et Nina lui succomber. Et puis, surtout, après la « bêtise » de Tomas, elle pensait qu'il ne coucherait plus jamais avec l'une de ses amies. Les raisons lui importait peu, Loan ne souhaitait pas les connaître – elle était loin d'être une femme jalouse – mais savoir que ses amies avaient fait l'amour avec Tomas, elle s'avouait en avoir mal au ventre.

- Bien, il ne reste que toi Jill… provoqua Loan

Elva baissa le regard.

- Moi ? Jamais ! Tomas est mon ami, c'est comme un grand frère depuis le début !

Nina, Koko et Loan se mirent à rire, Elva se contenta de sourire. Jill était si différente de ces quatre jeunes femmes : elles, n'avaient pas peur de se brûler, ou plutôt, elles étaient en feu et adoraient que les hommes se brûlent avec elles. Jill était une romantique, une fille sage, bien élevée, sans passé douteux, elle était issue d'une famille modeste, avec deux parents encore mariés. Et surtout,

- C'est un progrès, au moins elle n'a pas évoqué Peter ! taquina Koko, amusant ses amies

Elva caressa le ventre de Jill pour la rassurer : ses amies ne faisaient que la charrier. Elles savaient Jill fidèle, très amoureuse et bientôt maman. Elles ne souhaitaient que rien ne change, Jill était un « ange » comme la surnommait souvent son « frère » Tomas. C'était la sagesse et elle la rassurait souvent, l'apaisait même parfois.

- Tu es quand même la seule femme sur cette planète à pouvoir le considérer comme un grand-frère ! insista Koko, d'humeur coquine

- Même « Farber » a su le voir autrement… souffla Loan

Koko en lâcha presque sa cigarette et tourna la tête à nouveau vers son amie, tellement l'intonation de sa voix l'avait surprise : anxieuse. Elle avait déjà remarqué sa légère scène de « jalousie » en partant de la production tout à l'heure. Et voilà qu'elle s'inquiétait d'une rivale maintenant ?

- C'est quoi exactement leur petit jeu à tous les deux ? questionna Loan

Loan regarda Jill et Koko respectivement : elles étaient les deux seules à côtoyaient Tomas et Hayley depuis un an et elle était curieuse d'avoir leur impression. Au début, Loan pensait « Farber » jeune, intrépide, sans doute naïve et ce qu'il fallait d'espièglerie lorsqu'on a vingt ans. Mais c'était comme si elle avait deux facettes, elle était bien plus mature qu'elle ne le laissait entendre, électrique à sa manière de regarder Tomas parfois, tendre aussi, elle le voyait comme un être fragile et bohème.

- J'ai compris… Elle ne sait rien de lui, pas vrai ? se rassura soudainement Loan

Koko et Jill se regardèrent gênées, contre toute attente. C'était étrange, elles ne sauraient pas mettre véritablement un mot sur la relation de Tomas et Hayley. Loan avait raison, Hayley connaissait à peine le tiers de la vie de Tomas, du moins, ce qui avait fait de lui l'homme qu'il était. Mais, ce n'était pas de cette façon qu'elles auraient résumé leur relation.

- Depuis quand tu t'inquiètes… Tomas est fier de son groupe, Hayley est son artiste, c'est tout !

Koko essayait de noyer le poisson, et Loan s'en rendait compte. Elle n'était pas bête, ni stupide ni aveugle, elle avait bien observé un lien entre eux, un lien que ne partage pas un manager et son artiste, mais bien un homme et une femme. Loan n'allait pas s'inquiéter d'une petite midinette ayant échangé deux, trois baisers fiévreux avec un homme de dix ans son aîné, juste parce que ça avait réveillé ses hormones de femmes, mais elle reconnaissait ne pas s'attendre à une « relation » qui l'empêcherait de faire directement l'amour avec Tomas en revenant à Tokyo.

- Bien… Je vais rentrer, il se fait tard…

Jill posa sa tasse, replia sa couverture, la posant en carré sur la chaise : elle voulait rapidement s'échapper avant d'imploser, mais Loan l'intercepta. Loan adorait Jill, mais elle lui reprochait son hypocrisie. Elle savait que ce n'était pas intentionnelle, qu'elle ne voulait pas de conflit, ou se disputait inutilement avec une amie, mais cette manière d'être langue de bois à son égard avait dépassé ses limites.

- Loan, laisse tomber… râla Koko

- Je veux entendre ce que tu as dire Jill ! insista Loan

Loan n'avait rien contre Jill, mais elle savait pertinemment qu'elle et sa meilleure amie Jessica – il ne manquait plus qu'elle dans ce groupe d'amies – n'avaient pas une complète bonne opinion d'elle. Et ces regards et ces faux semblants l'agaçaient, car elles n'étaient plus des adolescentes.

- Tu seras bientôt mère, tu vas devoir apprendre à être plus franche que ça ! provoqua Loan

- Loan, arrête ton cirque ! intervenue Elva

- Tu me fais de la peine… répliqua Jill

Loan voulait entendre sa pensée : soit. Jill l'avait dit, Tomas était son ami et elle l'estimait beaucoup, depuis leur première rencontre. Il n'avait pas joué son numéro de charmeur avec elle parce qu'il avait su reconnaître son désintéressement à la séduction – ce qui valait pour Hayley également. Il avait toujours veillé sur elle, s'était même grâce à lui que Peter était en bonne santé, car s'il ne leur avait pas prêté – donné – cet argent, ils n'auraient jamais pu financer son opération du cœur et son programme de santé.

- Tu es partie Loan et tu l'as laissé tout seul avec ses démons… s'ému Jill, laissant tomber des larmes.

Loan avait fui, laissant Tomas seul face à lui-même et ses erreurs – leurs erreurs – face à la déchéance de sa relation avec sa famille et ses amis. Il passait ses journées à consommer les cigarettes, les femmes, les soirées et puis lorsqu'il rentré chez lui, avec une épouse qu'il aimait de moins en moins, et qu'il se sentait seul, il le faisait payer à son corps – ses bras possèdent encore des cicatrices, impossible à cacher derrière les tatouages.

Et puis, par elle ne savait quel miracle, Tomas avait décidé de se laisser une dernière chance et de créer son propre groupe d'artiste. Ce projet, c'était plus que toute sa vie, c'était sa rédemption, sa manière de se prouver qu'il avait encore de l'importance dans ce monde. La musique, comme Arthur, ça avait été son seul et pur refuge.

Depuis la création de « Soul Artist », la vie de Tomas avait repris des couleurs, ce n'était pas encore parfait, mais il était un homme qu'elle aimait qu'il soit auprès d'eux, auprès d'Hayley… Jill était honnête lorsqu'elle disait ne pas savoir quel mot employé pour décrire leur relation, tout ce qu'elle savait, était qu'Hayley parvenait à faire vivre Tomas, à le faire sourire et même rire quelques rares fois…

- Je respecte tes sentiments Loan… Mais je ne te laisserais pas faire une nouvelle fois du mal à mon ami…

Jill tourna le dos à Loan et s'en alla avant même d'entendre sa sanglante et frustrante répartie. Loan sentie la main de Nina toucher son dos et vit la médecin partir à la poursuite de Jill : elles étaient venues ensembles et elle se devait de ramener leur amie enceinte et encore plus sentimentale ce soir.

Koko posa une main sur l'épaule de Loan, mais elle se défit de son étreinte amicale et demanda à ses deux autres amies de partir et de la laisser seule. Koko et Elva ne purent qu'accepter le désir de leur amie et quittèrent l'appartement.

Koko déposa Elva en voiture chez elle, et pendant le trajet, les deux amies discutèrent du fait qu'elles n'avaient jamais vu Loan dans ces états : dépassée, touchée, atteinte même.

Koko, seule chez elle, alla se réconforter sous une douche chaude et s'écrasa dans son lit en se grillant une dernière cigarette. La soirée avait dû être rude pour son amie Loan : apprendre que Tomas avait goûté aux corps de ses proches amies et qu'il était troublé par une autre femme qu'elle : son fiévreux et bouillant égo devait se décomposer à l'heure qu'il était.

Koko avait néanmoins approuvé les propos de Jill. Elle aimait Tomas elle aussi et elle devait cruellement s'avouait que c'était Hayley qui avait redonné du baume au cœur de Tomas. Elle l'amusait, mais pas comme un divertissement, il était juste bien avec elle, en sa présence et c'était pour cette raison qu'elle s'était éloignée d'Hayley, alors qu'au début, elle l'appréciait…

Koko souffla de fatigue, elle ne savait plus où elle en était elle aussi. Elle ne l'avait jamais caché et encore moins à Tomas, elle avait des sentiments pour lui, mais ils n'étaient aucunement réciproques. Et Koko rejoignait Jill sur son attachement à Tomas, elle voulait son bonheur parce que c'était un homme certes complexe, mais avec un immense cœur.

Koko imaginait ce que ressentait Loan en cet instant, sauf que ces sentiments devaient être multipliés par mille, étant donné sa véritable et forte relation avec Tomas. Koko connaissait Loan, elle ne comptait pas abandonner et encore moins avec cette impression de ne plus avoir « sa » place. Et lorsque Loan désirait,

- Ça va être un vrai carnage… J'ai peur pour vous Farber…

. . . . .

Jill arriva la première au bureau : elle alla saluer Monsieur Rosenberg et Monsieur Ourbanovski. Elle écouta les messages vocaux, tria ses e-mails, apporta les plus importants au Directeur et Directeur Adjoint et réceptionna ensuite le courrier apporté par un facteur aussi matinal qu'elle. Un carton l'intrigua tout particulièrement puisqu'il ne comportait pas le nom ni l'adresse de l'expéditeur. Elle ouvrit le carton et tomba sur un magnifique bouquet de fleur : des jonquilles blanches et jaunes. Une petite carte était glissée et Jill se permis de la lire pour savoir à qui était destiné ce magnifique bouquet : « à l'attention de Mélanie ».

- Mélanie ?

Jill étira un sourire et décida de ne pas se poser de question et d'aller directement déposer le bouquet de fleur dans le bureau de Mélanie. La curiosité la piqua un peu : qui pouvait envoyer des fleurs à Mélanie ? Depuis le temps qu'elle travaillait ici, c'était la première fois qu'elle en recevait ! Maintenant qu'elle n'était plus l'épouse de Tomas, les prétendants prenaient sûrement les devants pour conquérir « Mademoiselle Rosenberg ».

Jill retourna à son bureau et s'aperçut en chopant un stylo qu'un post-it vert fluo était posé sur le pot à crayon : un mot de Tomas, ou plutôt, une requête. Jill s'amusa de la demande de son ami, elle était originale et enfantine, mais elle répondrait à toutes ses demandes et parti sur internet commander son bon vouloir.

Hayley arriva la première au studio, elle venait rejoindre Elva pour aller courir avec elle, et en l'attendant elle partit papoter avec Jill et prendre des nouvelles du bébé. Hayley adorait parler avec Jill de sa grossesse, ça lui rappelait de beaux souvenirs – sa mère enceinte de son petit frère – elle aimait lorsque la réceptionniste lui posait plein de question…

Mélanie arriva au bureau, elle salua Hayley et Jill, qui lui donna un grand malicieux sourire.

- Pourquoi tu souris comme ça Jill ? demanda curieuse Hayley

- Mélanie a reçu un bouquet de fleur ce matin… dévoila-t-elle, complice

Hayley sautilla de joie comme une petite fille venant de recevoir la plus malicieuse des nouvelles et partit sur la pointe des pieds rejoindre Mélanie dans son bureau. La manager en communication avait le sourire aux lèvres et lisait les quelques discrets mots de la carte. Elle vit Mélanie approcher les jonquilles à son nez pour respirer leur odeur : discret, mais agréable.

- C'est de la part de qui ?

Mélanie sursauta à la question bruyante et indiscrète d'Hayley qui se planta devant elle, un grand sourire aux lèvres, chaleureux et espiègle, comme toujours.

- Je ne sais pas, la carte n'est pas signée… répondit Mélanie

- Est-ce que les jonquilles sont vos fleurs préférées ?

Mélanie tourna le dos à Hayley, un sourire encore sur les lèvres : qu'est-ce qu'elle pouvait être maligne. « Oui ». Les jonquilles étaient les fleurs préférées de Mélanie, comme sa mère.

- C'est donc… Quelqu'un qui connaît bien vos goûts !

Hayley ricanait et gloussait comme une petite fille, ou plutôt comme une adolescente, friande de connaître l'identité du beau garçon qui avait laissé un mot dans le casier de sa copine. Une copine intelligente, car effectivement, recevoir des fleurs, exact, mais des jonquilles, c'était forcément une personne qui connaissait ses goûts… Elle doutait que ce soit Tomas, il n'avait aucune raison de lui envoyer des fleurs, mais elle ne voyait pas qui d'autre excepté lui savait pour les jonquilles.

- Votre père ?

- Ce n'est pas vraiment son genre…

Mélanie attrapa un vase dans une armoire de son bureau et partit aux toilettes pour le remplir d'eau. Hayley avait sorti le bouquet de son papier transparent et coupés les quelques bout de tiges. Elle ne cessait de réfléchir à qui pouvait avoir envoyé des fleurs, et elle était surtout convaincue que Mélanie avait une liste de nom qui pouvait connaître ses goûts en matière de fleur.

- Vous avez bien une petite idée ?!

- Non…

Mélanie déposa le bouquet de jonquilles dans le vase et le positionna derrière elle, sur son meuble où pendaient des dossiers. Hayley observait un lumineux sourire sur le visage de son manager en communication, elle était persuadée qu'un nom lui venait en tête, mais elle refusait de lui dire. C'était frustrant pour le tourbillon « Farber ».

- Donnez-moi juste la première lettre ! insista Hayley

- Vous devriez plutôt rejoindre l'accueil, j'entends Elva grogner d'ici !

- Vous changez de sujet, j'ai raison, vous avez une idée de qui s'est ?!

- Dehors Hayley ! Zou !

Hayley gonfla ses joues de mécontentement comme une enfant, ce qui fit rire Mélanie. Elle vit son artiste lui tournait le dos, déçue, en colère presque et marcher en soufflant vers l'accueil pour rejoindre Elva. Mélanie s'amusa du comportement d'Hayley : elle ne se souvenait pas avoir un jour été atteinte de ce genre par… Une amie ? Non, c'était bien trop tôt pour qu'elles soient amies, bien qu'Hayley connaisse bien plus de détails intimes sur elle que ses propres amies – qu'elle n'avait pas vu depuis des années par ailleurs. Elles ne prenaient jamais de nouvelle et lorsqu'elles avaient su que Mélanie avait divorcé, tout ce qui les avait intéressées était la somme d'argent qu'elle avait pu récupérer.

Hayley était la seule à avoir ouvert son cœur à sa peine.

- Tu es un drôle de numéro… dit-elle, regardant le bouquet de jonquille, émue

. . . . .

Les garçons arrivèrent au studio après une séance de sport qui avait eu lieu dans le plus strident des silences. Naruto semblait aller, Keiji et Shiro également, mais ils avaient tous les trois remarqués que Benoît et Riichi n'allaient pas bien du tout.

Maurice les accueillit en toute conscience du désarroi du basiste et du pianiste. Ils devaient ce matin faire la balance du premier couplet de la chanson d'Hayley : il devinait déjà la difficulté de la tâche. Tomas n'allait pas être content.

Le groupe de production arriva à son tour, Koko, Jack, Yann, Paul et Sasuke et même Loan – en spectatrice. Elva était en salle de danse avec Hayley pour la coacher. Pour elle, il manquait les bases principales à l'artiste pour une chorégraphie telle qu'elle l'imaginait avec Yann pour sa nouvelle chanson : elle s'attaquait à un grand exercice.

Tomas arriva le dernier, les yeux cernés, rouges et à moitié fermés : il avait très mal dormi, ou peut-être pas dormi du tout. Il avait une tasse de café à la main où se coinçait aussi une cigarette.

- Tu vas bien ? demanda Maurice

- Ça va, j'ai juste eu… Une nuit un peu agitée… répondit Tomas

- Ta nuit agitée porte un prénom ? questionna Loan, sans répit

Tomas regarda Loan, intrigué. Depuis hier, elle montrait complètement des signes de jalousie, un trait de caractère qui n'avait jamais pris possession de son amie. Loan n'était jamais jalouse, étant donné qu'elle possédait une confiance en elle coriace, féroce, un vrai roque. Il craignait le pire s'il avait réussi – implicitement – à former de la jalousie dans le cœur de Loan. Il jeta même un regard à Koko pour essayer de deviner ce qui s'était passé hier soir à cette soirée entre filles.

- Arthur ! C'est son prénom… répondit Tomas, crachant sa fumée au visage de Loan

Loan s'enfonça dans son fauteuil, honteuse ? Non. Fâchée, contrariée, mécontente, fatiguée qu'il pense encore à lui, à… Diable ! Tomas ne se pardonnerait jamais ! Qu'est-ce qu'elle pouvait faire ou dire pour qu'il ne soit plus un obstacle. Est-ce que c'était elle qui était égoïste, ou était-elle la seule pleinement consciente que s'ils devaient vivre leur vie, c'était maintenant, en faisant rase du passé.

- Tu as basculé de l'autre côté ? taquina Riichi

- C'est…

- Ça te fait rire ?!

Benoît avait scandé sa phrase avec tellement de hargne et de colère que toute l'assemblée en fut surprise et pointa son regard sur lui. Benoît, lui si discret, gentil, doux, poli, presque lise, que se passait-il pour qu'il soit soudainement irrité ?

- Calme-toi, je plaisantais… répondit Riichi, pondéré, mais sur la réserve

- Oui, parce que la vie est une grande blague n'est-ce pas ?!

Riichi ne préféra pas répondre à son petit-ami qui commençait à mettre ses nerfs à vifs. Il ne voulait pas dire des mots qu'il regretterait, alors il préféra lever les sourcils en signe de désaccord et défaire son regard du sien en s'allumant une cigarette.

Les garçons se regardèrent, très inquiets.

- Bien, la musique adouci les mœurs, alors mettons-nous au travail ! répliqua Maurice

- Excusez-moi !

Maurice désirait faire un peu tomber la pression, mais Benoît préféra se retirer en présentant des excuses ? À qui ? Pourquoi ? Les garçons regardèrent Riichi pour faire comprendre qu'il devait se lever et le suivre, mais sa confession métamorphosa leur inquiétude, en peine subite.

- Ça ne sert à rien que je le suive, il me rejette depuis plusieurs jours…

Les garçons en firent tomber leurs épaules au sol : Benoît rejeter Riichi ? Quelques soient la situation, ils auraient pariés que celui qui fuirait ou rejetterait l'autre, ça serait le pianiste et non leur ami guitariste.

- Vous avez une belle opinion de moi… grimaça Riichi

- Tu… Tu entends quoi par : « il me rejette » ? demanda faiblement Naruto

Riichi n'avait pas l'habitude de se confesser ou de se confier comme le fond Hayley et Hinata à cœur ouvert : c'était des filles de surcroît – la sensibilité féminine. Mais même si c'était encore difficile et douloureux de se l'avouer à lui-même, Riichi souffrait de la situation avec Benoît et il avait même très peur de le perdre…

Les garçons n'en revenaient pas d'entendre ça de la bouche de Riichi : il avait peur de perdre Benoît ? Mais pour quelle raison ? Est-ce que le fait que le frère de Nathan vive chez eux remettait en cause leur couple dans une telle extrémité ?

Naruto ne supporta pas d'entendre ça et s'apprêtait à descendre de la scène pour aller parler à Benoît, mais Tomas l'en empêcha.

- Benoît a besoin d'être seul…

- Tu plaisantes ? Il est au plus mal là, je ne vais pas le laisser ruminer dans son coin! défendit Naruto

- Il ne rumine pas… Il essaye de comprendre pourquoi subitement il a un démon passé qui l'étouffe !

Naruto avait l'impression de faire face à sa propre situation avec Lyan : ce démon passé – du passé d'Hinata – qui l'avait mis dans une transe douloureuse en le confrontant avec sa douleur d'autrefois : l'abandon. Benoît avait lui aussi un démon qui était venu s'installer dans son quotidien pour le faire douter de son présent : sérieuse inquiétude.

Riichi se leva et s'approcha de Tomas : il ne comprenait pas. Tomas ne disait jamais de parole en l'air, et surtout, lorsqu'il parlait, c'était avec le cœur, parce qu'il s'exprimait avec son propre vécu – ce qui le rendait par ailleurs, très arrogant.

- Tu as ce sentiment pour la première fois, je me trompe ? demanda Tomas à l'attention de Riichi

- Je déteste être vulnérable !

- Moi aussi… Mais tu ne l'es pas pour n'importe qui, non ?

Naruto avait des points d'interrogation qui poussaient sur sa tête : il n'avait jamais compris la relation de Tomas et Riichi, se parlant constamment en code, comme deux espions, pour être certain que personne à part eux, ne comprenne.

Jill fit son apparition au même instant, elle venait apporter la requête de ce matin à Tomas : une poche remplie de sucette à l'orange ? Tomas embrassa le front de Jill et la remercia d'être « un ange » – Loan poussa un son de révolte entre ses dents. Riichi observa son manager ouvrir le paquet, délaissant sa cigarette et son café pour immédiatement pioché dans le sac et mettre une sucette dans sa bouche.

- Je ne suis pas le seul à être vulnérable aujourd'hui… taquina Riichi

- Ferme-là et va le rejoindre ! grogna Tomas, un peu, rougissant ?

Riichi étira un sourire de fierté, tapota l'épaule de Naruto en signe d'amitié, et partit rejoindre son bien-aimé qui s'était simplement réfugié dans la salle des cafés. Riichi planta son épaule au rebord du carré de la porte et regarda Benoît essuyer ses larmes sur ses joues. Il n'osait même pas entrer dans la pièce de peur de se faire immédiatement renvoyer de là où il venait.

- Ça va mieux… ? souffla Riichi

Benoît ne répondit pas et ne demanda pas expressément à Riichi de partir : le pianiste fit un pas dans la pièce et prit place en face de lui : pas de contestation. Tomas avait bousculé le cœur de Riichi et il se demandait bien quel démon combattait Benoît, mais surtout, pourquoi le combattre seul ?

Est-ce que ça concernait Nathan ? Sa famille ? Son passé ? Riichi savait qu'excepter sa mère et sa grand-mère maternelle, Benoît était rejeté de toute sa famille étant défini par son « homosexualité ». Il pensait que son petit-ami était passé au-dessus de cette haine, mais la cohabitation avec son frère devait sûrement lui rappeler de mauvais souvenir. Et Riichi avait beaucoup de mal à admettre que l'amour qu'il lui portait ne suffisse pas, car l'amour que lui portait Benoît, lui, avait comblé et pansé toutes ses blessures.

- Je ne voulais pas te blesser tout à l'heure, avec ma réflexion… s'excusa Riichi

- Je sais…

Riichi détestait ça, il se sentait soudainement impuissant. Il n'arrivait pas à croire qu'il en était arrivé là tous les deux. Riichi avait l'impression d'étouffer, son cœur le serrait, sa poitrine le brûlait, ses membres tremblaient, que devait-il dire ou faire pour exterminer ce démon qui retenait le Benoît de d'habitude.

- Tu veux que je te laisse seul… ? demanda Riichi

- Comme tu veux…

Benoît tourna la tête vers la vitre et observa le panorama de la ville – un orage menaçait. Riichi devait combattre sa vulnérabilité et faire à nouveau un pas vers son petit-ami pour tenter de le consoler, d'amoindrir la peur qui le rongeait et qu'il ne voulait pas encore lui avouer.

Riichi se leva et tendit sa main à Benoît pour qu'il se lève – il l'accepta. Riichi l'embrassa, d'abord doucement, lentement, pour palper l'humeur de son bien-aimé et étant donné qu'il ne repoussa pas son baiser, il l'accentua sensuellement.

Riichi entendait de manière rassurée le cœur de Benoît cogner à la sensation de ce baiser : ce n'était donc pas leur amour que remettaient en cause ce démon, mais les peurs et les doutes que son petit-ami pouvait avoir eu avant « eux ». Riichi avait l'irrésistible envie de l'emprisonner contre le mur, de fermer la porte et de consumer son corps maintenant – des jours et des jours qu'ils n'avaient pas fait l'amour – mais la raison du pianiste prit le dessus, et Benoît avait surtout besoin de sentir que Riichi était là pour lui, quelques soient les horreurs que murmuraient à son oreille ce démon du passé.

. . . . .

Mélanie ne cessait de se retourner pour regarder le bouquet de jonquilles dans son dos : il était magnifique. Elle n'avait pas reçu de fleur depuis une éternité – ce n'était pas le geste affectif favori de Tomas ces dernières années.

Mélanie se demandait bien qui pouvait avoir fait envoyer ses fleurs, même si elle en avait une vague idée… Il y avait des milliers d'espèce de fleur au Japon, et l'expéditeur avait justement choisi des jonquilles, ses fleurs préférées, ça ne pouvait pas être une coïncidence. Et elles ne pouvaient être encore moins une coïncidence que dans le langage des fleurs, la jonquille signifiait : « l'attente d'un amour ».

- Je suis folle de penser ça ! s'accusa Mélanie

. . .

Hayley suivait les gestes d'une chorégraphie d'Elva, la tête dans les nuages : elle cherchait depuis tout à l'heure qui avait pu envoyer ces fleurs à Mélanie. Elle n'était pas d'une nature trop curieuse, ou intrusive, mais elle voulait absolument savoir « qui » pouvait courtiser Mélanie avec ses fleurs préférées. Elle avait tellement souffert avec Tomas, la savoir aimée et cajolée par un homme bien la rendrait curieusement heureuse.

- Farber !

Hayley s'arrêta à l'entente de son nom – Elva s'était arrêtée de danser depuis plusieurs secondes, s'apercevant que son élève ne la suivait pas du tout. Elle faisait des mouvements affreux et qui partaient dans tous les sens.

- Désolée… rougit Hayley

- Vous avez vraiment un problème de concentration !

- J'étais dans mes pensées, ça ne se reproduira plus…

- Évidemment que ça va se reproduire, vous êtes une vraie girouette !

- Girouette…

Hayley répéta plusieurs fois le mot « girouette », sous l'agacement d'Elva qui ne comprenait pas pourquoi elle s'amusait à répéter ce mot avec un regard d'enquêteur. Hayley sursauta soudainement, elle gesticula et quitta la pièce en laissant en plan son professeur de danse au bord de la crise de nerf.

- Je sais !

Hayley sortit en trombe de la salle de danse et percuta une personne qui traversait le couloir. Les mains de l'inconnu s'accrochèrent à ses bras, voulant éviter qu'elle ne perde l'équilibre et ne tombe.

- Est-ce que ça va ? s'inquiéta l'étranger

- Ça va, par…

Hayley leva la tête vers son inconnu : son cœur rata un battement, mystérieusement. Un grand brun aux yeux noirs planta son regard dans le sien, tendre, protecteur, rassurant, fort, il avait un charisme à rompre tous les cœurs. Le visage de cet homme dégageait de la gentillesse, il souriait aimablement, s'accusant autant qu'elle de cet accident de couloir.

- Sven ?

La voix de Monsieur Ourbanovski retentit derrière eux et ils se tournèrent pour lui faire face. « Sven », Hayley avait déjà entendu ce prénom quelque part ? Mais où ? Et par qui ?

- Bonjour papa…

- Papa ? répéta affolée, Hayley

Hayley se défit de « l'étreinte » de Sven et se recula pour un peu mieux l'observer et surtout, avait-elle bien entendu : « papa » ? Yuri ricana – ce qui surpris son fils – il s'approcha d'Hayley et posa ses deux mains sur ses épaules :

- Mademoiselle Farber, je vous présente Sven, mon second fils, le grand-frère de Tomas !

Mélanie se stoppa nette à l'entente du prénom « Sven » : les jonquilles venaient d'éclore.