Précédemment dans La Course - chapitre 36 (partie 1) : Riley est arrivée à Poudlard pour une durée indéterminée et c'est une véritable tornade qui s'abat sur le château ! Après avoir tranquillement dîné avec son frère (un charmant garçon, qui s'intéresse de très près aux systèmes politiques discriminatoires, en témoigne une conversation qu'il a eu avec Lily), avoir asticoté Evans sur le fait que ledit frère était en train de la draguer (ce qui a fait paniquer la concernée, encore fort amoureuse de notre idiot national, j'ai nommé James Potter) et avoir moqué - au grand dam de Mackenzie - les manoeuvres de Sirius pour pouvoir les espionner (Monsieur a décidé de dévorer une tarte à la mélasse à lui tout seul juste pour rester dans le coin), Thomas a terminé sa nuit à l'infirmerie avec Mackenzie. Sirius aussi, puisqu'après avoir tenté sans succès d'obtenir l'aide de Lily (dont il avait insulté les seins quelques jours plus tôt), s'être fait tourmenté par un Remus particulièrement moqueur (qui l'a surnommé Roméo, nouveau surnom officiel !) et avoir constaté que ses relations houleuses avec James ne s'amélioraient pas (ce dernier a du mal à avaler tous les événements des dernières semaines), Black a besoin de réconfort, qu'il trouve dans les bras d'Atkinson sous la forme de Patmol. Son réveil est encore une fois un peu mouvementée, puisque c'est Pomfresh et Riley se disputant sur l'impossibilité pour cette dernière d'aller courir qui le tire du sommeil. Il réussit néanmoins à arriver à son dortoir (où personne ne l'attend mais où tout le monde a réalisé son absence), avant de redescendre pour un petit déjeuner chaotique. Riley l'attend en effet à sa table (après avoir réussi à échapper à Atkinson qui a tenté de l'en empêcher) et... c'est le carnage. Au détour de la conversation, Thomas révèle qu'elle sait que Remus est un loup-garou, sous-entendant devant James, Peter et Remus que c'est Sirius qui le lui a dit. C'est évidemment faux (Riley l'a découvert en fouillant dans les archives de l'hôpital) mais James et Remus ont du mal à y croire... Peter intercède cependant en faveur de Black et Remus décide de lui accorder le bénéfice du doute. Le retour en train vers Londres pour les vacances n'en est pas moins oppressant pour Sirius qui finit par aller se réfugier dans un wagon vide sans compartiment. Lily l'y retrouve, il se montre exécrable alors qu'elle lui montre un courrier qu'elle a reçu du Ministère la convoquant à un entretien d'embauche au département des Mystères et Evans l'envoie (à raison) bouler. Heureusement, cette dernière a pu discuter de cet entretien avec Mackenzie plus tôt dans la matinée (souvenez-vous, son père travaille dans ce département) et Atkinson lui a donné quelques informations, supposant notamment que son entretien se déroulerait au comité des sortilèges expérimentaux. Le chapitre se finit sur Sirius épuisé qui reçoit enfin un câlin de la part de quelqu'un, et pas n'importe qui : Euphemia Potter, sa maman de substitution, qui refuse (encore heureux !) de le laisser rentrer seul dans son appartement vide...
Abécédaire des personnages cités :
Darius Thomas : frère de Riley et futur père de Dean, il est porté disparu en 1993 mais trop occupé à sillonner les routes en 1978
Eldred Millstone : ex-petit ami de Desdemona, sixième année, Poufsouffle, a agressé Mackenzie à deux reprises car il est persuadé qu'elle est la raison pour laquelle Desde a rompu avec lui
Caradoc Dearborn : membre de l'Ordre du Phénix, 1ère génération chez © JKR, il est ici encore élève de 7ème année chez les Serdaigles, préfet et gardien dans l'équipe de Quidditch de sa maison
Augustus Rookwood : Mangemort chez © JKR, il travaille au département des Mystères
Précisions à toutes fins utiles : Sirius a une ex-petite-amie, Cassandre, qui était à Serdaigle, n'est plus à Poudlard et qui a rompu avec lui l'été précédent sa septième année (chapitre 8 notamment) ; James a un hibou qui s'appelle Ciboulette (chapitre 4) ; Mackenzie ne parle plus à ses parents depuis que son père a débarqué à Poudlard et arraché des cheveux à Sirius (chapitre 28) ; Papa Atkinson est d'ailleurs soupçonné d'avoir fabriqué une potion avec lesdits cheveux, dont le but est encore flou puisque Mackenzie a d'abord pensé qu'elle avait pour but de raviver sa magie, sans que ça ne fonctionne (chapitres 30 et 32) et Lily a émis l'hypothèse qu'il voulait voler la magie de Sirius pour la donner à sa fille (chapitre 30) ; Lily avait également parlé à Sirius des origines et vecteurs de la magie, en évoquant la puissance de l'eau dans ce domaine (chapitre 30) ; le soir où Mackenzie est tombée dans le lac et a envoyé Regulus et Sirius dans un mur par magie, Caradoc Dearborn l'a percuté dans un escalier (chapitre 30) ; Lily et James ne sont plus ensemble depuis que James l'a insultée en sous-entendant qu'elle ne cherchait qu'à obtenir un piston au Ministère en se rapprochant du père de Mackenzie (chapitre 28) ; Regulus et Mackenzie ont décidé de collaborer de façon apaisée en DCFM et ont également un projet de Runes en commun (chapitre 34) ; Daniel est un Sans Nom, aka un enfant de Sang Pur abandonné à la naissance car né hors mariage et Alice n'est pas sa soeur biologique car c'est également une Sans Nom (chapitre 35) ; après l'incident à Pré-au-Lard, Sirius a refusé toute visite de ses proches à l'infirmerie (chapitre 24 et s.) ; les Fawley, de Sang Pur, sont la famille maternelle de Mackenzie : Moïra est sa grand-mère plutôt sévère (chapitre 34) et Priam Fawley son grand-père qu'elle ne connaît pas puisqu'il est à Azkaban depuis bien avant sa naissance (chapitres 31 et 33).
Bonsoir ! :)
Je m'étais dit que je posterais avant 2020 mais le karma de 2019 (incroyablement pourri) en a décidé autrement. Quoiqu'il en soit, c'est aussi une bonne chose de commencer cette année sur le bon pied (croisons les doigts) en postant cette deuxième de chapitre (qui fait la taille de six chapitres chez la plupart des gens hahaha). J'espère être cette année capable de vous offrir davantage de chapitres de cette histoire interminable et de vous retrouver donc un peu plus souvent.
Je suis en tous cas contente de vous offrir ce chapitre, que j'ai adoré écrire et qui, j'espère, vous plaira autant qu'à moi !
Merci pour vos reviews sur le dernier chapitre ! A AppleCherryPie, Orlane Sayan, Zod'a, Tiph l'Andouille, lune patronus, Baccarat V, malilite, Rozen Coant, mimi70, feufollet, Polala (x 4) & Aliete. Vos RàR sont normalement envoyés (en ce moment, ffnet déconne avec les notifications de MP alors allez voir !), pour une fois que je suis pas à la bourre haha.
Polala : Heyyyy ! Bienvenue sur cette histoire et merci pour toutes ces reviews qui m'ont fait très plaisir ! Surtout que j'adore quand de nouveaux/elles lecteurices laissent des reviews sur d'anciens chapitres, ça me rappelle des trucs que j'ai pu un peu zapper et ça me motive ! Je suis d'autant plus contente de savoir que tu es là parce que tu as suivi les conseils d'Aliete ! :-) La temporalité de mon histoire peut étonner, avec cette alternance des époques, mais je suis ravie que ça te plaise. Tu es la première, je crois, à faire l'hypothèse que le père de Dean aurait pu être sous Imperium et ça se tient, je dois dire... Pas sûr que ça soit ça mais j'aime bien cette idée héhé. Tu m'as fait beaucoup rire, je l'avoue, à t'imaginer que Mackenzie finirait avec Cresswell haha ! ;D Je suis même allée relire un peu le chapitre commenté pour voir ce qui t'avais fait penser ça et je pense avoir trouvé la phrase coupable... En réalité, ce que voulait dire Mackenzie, c'est qu'elle et Cresswell s'entendaient pas du tout et qu'elle pensait vraiment que ce n'était pas un ami au sens traditionnel du terme avant qu'elle ne se fasse attaquer avec Sirius par Bellatrix... A partir de là, et notamment dans la scène où Dirk montre l'étendue de son inquiétude pour ce qui est arrivé à Mackenzie (en lui hurlant dessus, certes, mais si, si, il était inquiet !), elle réalise qu'il tient quand même à elle. D'où le fait qu'elle dit que sa vision de Dirk a changé en partie à cause/grâce à Sirius. Je suis contente que mes personnages te plaisent en tous cas, et surtout la Garderie, je les aime beaucoup trop ! Les amis de Mackenzie sont envahissants, c'est sûr, mais je les trouve aussi chouettes, à leur manière... D'ailleurs, tu le notes : Desdemona prouve par la suite que c'est une bonne amie et ce n'est pas la seule ! Daniel a la palme en la matière, même s'il se comporte encore un peu comme un crétin à l'époque de Poudlard. Je n'ai pas vu "The Wire" mais on m'a souvent vanté cette série alors je suis très touchée que tu compares ma fic à cette série ! *.* J'adore aussi les chapitres de l'époque du Ministère, je suis vraiment heureuse qu'ils te plaisent tant. Adrian, le frère de Mackenzie, est un personnage qui n'est plus beaucoup apprécié, je crois, depuis cet épisode du Réveillon... Moi, sans surprise, je l'aime bien, même s'il torture un peu (beaucoup) Mackenzie qui n'a pourtant rien fait. Je comprends ton sentiment d'injustice dans cette situation mais bon, les deuils, ça se gère différemment selon les gens et lui a choisi la colère et le ressentiment. Il ne rend pas Mackenzie responsable de la mort de sa mère, pas vraiment... Mais il lui en veut d'avoir été ami avec quelqu'un qui aurait pu, pour ce qu'il en sait, la tuer. C'est pas très rationnel, je te l'accorde. Le fait qu'il le fasse devant Anna est un vrai coup bas, on est bien d'accord. Les retrouvailles de Mack et Sirius après l'épisode de Pré-au-Lard sont effectivement trèèèèès pourries, toutes mes excuses ! Mais les traumatismes, encore une fois, ça se gère étrangement... ;-) James qui défend Sirius face au père de Mackenzie est un de mes moments préférés en ce qui le concerne, je suis contente qu'il t'ait plu :) La relation de Lily et Sirius, c'est un peu les montagnes russes mais effectivement, ils se rapprochent doucement, même si c'est parfois pour reculer presque immédiatement. Et rassure-toi, ils vont finir par être très amis, comme dans le canon, et Sirius gardera sa place de parrain héhéhé. Pour les cheveux de Sirius entre les mains du père de Mackenzie, je ne peux rien dire... J'ai eu tant d'hypothèses de lecteurices et j'adore ! L'idée de la potion d'échange de magie n'est pas du tout mauvaise. Dans tous les cas, comme Edmund Atkinson est un mec qui n'a pas l'air de se soucier de l'avis des autres, je dirais que peu importe si Mackenzie refuse ou si Sirius insiste, ils auraient pas trop le choix... Quoiqu'il en soit, le mystère reste entier mais quelques indices ont déjà été cachés dans les chapitres suivants, je ne sais pas si tu les as lu ou pas encore ! ^^ Merci pour toutes ces reviews qui m'ont fait très très plaisir et j'espère que la suite te plaira ! *.*
Un merci tout particulier à mon équipe de soutiens du NaNo 2019, sans qui ce chapitre n'aurait jamais été terminé si vite : Aliete, AppleCherryPie, malilite & Orlane, nos conversations, en groupe ou non, ont été un véritable vent de motivation pour moi ! *.*
Sur ce, je vous souhaite une bonne année, une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
CHAPITRE 36
L'ennemi intérieur
- Partie 2 -
Contre toute attente, le dîner fut agréable.
Le sujet de nos aventures au château fut vite expédié, Euphémia ne tenta pas de savoir pourquoi Evans n'avait pas dit au-revoir à son fils d'un long baiser sur le quai bondé et James, de retour en terrain de longue date conquis, semblait nettement plus détendu qu'au cours des dernières semaines. De peur de faire imploser cet équilibre improbable, je m'abstins des blagues dont j'abreuvais en général cette assistance et me contentai de rire et d'intervenir au bon moment, comme me l'avait appris une éducation que je n'avais jamais vraiment oublié.
Quand le repas prit fin, sur une note italienne – une panna cotta – et sans la moindre trace des fruits de mer espagnols redoutés par James, je craignis que les réjouissances parentales se poursuivent autour d'un café et que nous soyons tous les quatre invités à rejoindre une chambre à l'étage, pour y reproduire l'ambiance morose qui avait peser lourdement sur notre dortoir ces dernières semaines. Ils jugèrent toutefois qu'il était déjà tard, que les heures interminables que nous avions passé dans le train nous avaient fatigués et se promirent d'organiser une soirée « sans enfants » – expression qui fit grogner James – quand nous serions de retour au château.
— C'est pas tout ça, mais il va falloir que je range tout le bazar que j'ai fait avant de me coucher, au risque de me faire disputer ! s'exclama Fleamont dès que la porte se fut refermée sur les invités, non sans un rictus complice en direction de sa femme. L'un de vous deux aurait-il la bonté d'âme d'aider le vieillard fatigué que je suis ?
— Je m'occupe de débarrasser la table, Monsieur Potter, répondis-je aussitôt.
— Fleamont, Sirius, Fleamont. Combien de fois est-ce que je devrais te répéter mon prénom pour que tu le retiennes ?
Ma grimace d'excuse tira un sourire moqueur à James, que mon comportement bien trop respectueux devant ses parents – aux antipodes de mon insolence habituelle – avait toujours fait rire.
— Avec le prénom que tu as, Papa, tu aurais tort de lui en vouloir, railla-t-il.
— Je te rappelle que c'est aussi ton deuxième prénom, jeune homme, répliqua son père avec un regard mauvais.
— Ouais, et j'ai bien l'intention d'en changer avant la fin de l'année ! Tu imagines quand je deviendrais le meilleur poursuiveur de l'équipe d'Angleterre, si quelqu'un découvre qu'on m'a appelé Fleamont ? Ça signerait à coup sûr la fin de ma carrière !
Son impertinence lui valut un coup du torchon que son paternel avait accroché à sa ceinture, ce qui ne réussit qu'à lui tirer un éclat de rire. Euphémia elle-même eut un sourire attendri face au spectacle, jusqu'à ce que mon silence prudent, et le rictus crispé qui jouait sur mes lèvres, lui tire un froncement de sourcils.
— En attendant de pouvoir abandonner ton patrimoine familial millénaire sur l'autel d'une gloire superficielle, j'aimerais que tu m'aides à préparer vos lits, intervint-elle, en faisant disparaître un peu trop rapidement ce nouveau signe de son inquiétude. J'ai envoyé les elfes se reposer après qu'ils se soient mis en tête de ranger vos chambres de fond en comble pendant toute la journée, et il me semble qu'ils n'ont pas eu le temps de mettre des draps propres.
James marmonna un « si tu veux» réticent, qui aurait pu passer pour de la simple fainéantise d'enfant gâté si, alors qu'il montait les premières marches, sa mère devant lui, il n'avait pas tourné la tête vers moi pendant une seconde, pour m'offrir son regard le plus sombre.
Je ne compris pourquoi que quelques minutes plus tard, quand j'eus fini de débarrasser les assiettes et couverts et que je demandai à Fleamont s'il avait besoin d'aide pour laver toute cette vaisselle.
— Oh non, ne t'inquiète pas. Assieds-toi plutôt, je voulais qu'on discute un peu.
Il me désigna avec un sourire encourageant et d'une main pleine d'eau savonnée les quatre chaises qui entouraient la table de leur cuisine et je réalisai alors, cinq minutes après James, que ses parents nous avaient séparés délibérément et qu'il subissait probablement un interrogatoire en bonne et due forme à l'étage.
Faute de pouvoir refuser, je m'installai à la place qui était devenue la mienne depuis l'an dernier tandis qu'il s'installait à la sienne, en face de moi, non sans s'assurer que la vaisselle se nettoyait d'elle-même. Malgré ses yeux brillants de bienveillance derrière ses lunettes aussi rondes que celles de James, l'appréhension de me faire de nouveau reprocher un millier de choses serrait mon estomac encore bien trop plein, et ce d'autant plus que les Potter avaient aussi de quoi m'en vouloir.
Après tout, j'avais refusé qu'ils viennent me rendre visite au lendemain de la Saint-Valentin, faisant promettre de les en empêcher par tous les moyens à un James sidéré par mon refus catégorique. Poisseux comme j'étais, leur déception à mon égard pouvait très bien être aussi forte que la colère d'Andy qui, soumise aux mêmes restrictions, n'avait accepté de se plier à ma volonté qu'après m'avoir expliqué à quel point j'étais stupide dans une Beuglante monumentale.
Je fus rapidement détrompé, cependant, lorsqu'il me demanda avec sollicitude :
— Dis-moi sincèrement, Sirius : est-ce que ça va ?
Pris de court quelques secondes par cette question que personne ne m'avait plus posé depuis quelques temps, j'émis un « Oh » avant de marmonner :
— Ça va plutôt bien, et vous ?
— Ça va très bien, merci de t'en inquiéter, répondit-il avec un petit rire. N'oublie pas que tu as le droit, sinon l'obligation, de me tutoyer.
Je m'excusai d'une grimace, sans oser lui rappeler que je venais d'une famille où tutoyer ses parents relevait du blasphème.
— Tu peux aussi me dire la vérité, mon grand. J'ai bien vu à table que tu n'étais pas dans ton assiette. Sans mauvais jeu de mots, bien sûr.
Je ne pus retenir un ricanement face à cette blague qui aurait très bien pu échapper à son fils et sentis même mes épaules se décrisper légèrement.
— Les dernières semaines n'ont pas été très drôles, consentis-je alors à avouer, en fixant mon regard sur un accroc dans le bois de la table.
Je vis tout de même le sourire triste qui lui échappa.
— Avec Jamie aussi ? Effie et moi avons bien remarqué que quelque chose n'allait pas…
Je pinçai les lèvres un instant, hésitant sur la façon d'exposer le problème, soucieux de ne pas entrer des détails qui mettraient James dans une situation délicate ou en dévoileraient trop sur sa vie privée.
— Je lui ai pas facilité la vie et il en a un peu marre de m'aider pour me voir tout gâcher tout de suite après, je crois, finis-je néanmoins par formuler. Je lui en veux pas, c'est pas le premier à laisser tomber et moi aussi j'aurais abandonné à sa place.
Mon ton, que j'avais espéré neutre, n'eut pas l'effet escompté puisqu'il fronça ses sourcils blancs et vint s'asseoir, après une seconde d'hésitation, sur la place à ma gauche, celle qu'occupait habituellement James.
— Je ne t'apprendrais probablement rien en te rappelant que mon fils est au moins aussi borné que ma femme et qu'il n'abandonne pas grand-chose sans livrer une bataille acharnée. Encore plus s'il s'agit de quelqu'un de sa famille, peut-être même encore davantage pour son frère.
Ce n'était certainement pas le moment de songer à Regulus, et encore moins de comparer le soutien sans failles de James à celui que mon frangin m'avait témoigné et qui s'était, lui, effrité un peu trop rapidement. Ce fut pourtant la première pensée qui me vint, et avec elle toutes les pensées parasites et noires qui m'avaient un jour fait envisager que c'était mon comportement froid et mauvais à son égard qui avait finalement poussé Regulus à choisir le parti de mes parents au mien.
L'idée que la même chose puisse arriver avec James me serra la gorge et je dus détourner les yeux pour l'empêcher de les voir s'embuer.
— J'ai vraiment fait n'importe quoi, insistai-je dans un murmure rauque. Pas qu'avec James, avec tout le monde.
— Et je suis sûr qu'il y a des centaines de choses que tu peux aisément faire pour arranger les choses avec Jamie et avec les autres, me répondit-il gentiment, en pressant d'une main rassurante mon épaule la plus proche.
Ce fut ce qui me donna le courage de lever les yeux vers lui, en me mordant l'intérieur de la joue avec appréhension.
— Avec vous aussi ?
— Personne ici ne t'en veut, Sirius, m'assura-t-il avec sincérité, quoiqu'un peu étonné par la question.
Je ne pus pourtant m'empêcher d'hausser un sourcil sceptique.
— Même pas Euphémia parce que je n'ai pas voulu que vous veniez me voir quand j'étais à l'infirmerie ?
Il eut un gloussement qui constituait, à lui seul, une forme de confession.
— Peut-être qu'elle l'a au début très mal pris, qu'il a fallu que je lui répète plusieurs fois que tu étais majeur et capable de prendre tes décisions tout seul et que j'ai même dû faire barrage devant la cheminée pendant plusieurs heures et me préparer à transplaner en catastrophe pour l'empêcher d'aller à l'encontre de ce que tu voulais, admit-il. Mais c'était seulement parce qu'elle s'inquiétait pour toi, pas parce qu'elle était en colère.
La pensée de tous ses efforts déployés pour moi me réchauffa le cœur, sans suffire toutefois à faire taire toutes mes objections.
— Elle aurait eu toutes les raisons de l'être, marmonnai-je. J'ai failli tuer une de mes amies.
Pour la première fois depuis le début de la conversation, son air doux disparut derrière un masque de désapprobation.
— Tu as failli mourir avec une de tes amies, Sirius, corrigea-t-il sèchement. Et si c'est parce que tu étais convaincu que non que tu as refusé de nous voir, il n'y a pas qu'Effie qui risque de s'énerver cette fois.
Je baissai la tête sans répondre, trop conscient que c'était précisément ce qui m'avait poussé à refuser le moindre réconfort de la part de personnes qui auraient mis un point d'honneur à m'assurer que rien de ce qui était arrivé n'était de ma faute.
James, et dans une moindre mesure Remus et Peter, avaient bien tenté de le faire à la suite de mes nombreuses confrontations catastrophiques avec la famille et les amis de Mackenzie mais – Fleamont s'en rendit d'ailleurs compte aisément –, ça n'avait pas été suffisant.
Il posa ses deux mains sur mes genoux et se pencha davantage vers moi, de manière à croiser mon regard malgré ma posture.
— S'il t'étais arrivé quelque chose de grave, Sirius, nous aurions été inconsolables. Pas seulement Effie et moi, précisa-t-il. Je n'ose même pas imaginer l'état dans lequel nous aurions retrouvé James, sans même parler de Remus et Peter. Et ta cousine Andromeda, son mari et sa petite fille, tu réalises bien qu'ils auraient été dévastés, n'est-ce pas ? Tes enseignants aussi, si j'en crois les derniers courriers inquiets que le professeur McGonagall nous a adressés si souvent ces dernières semaines.
L'énumération aurait pu avoir l'effet contraire à celui qu'il avait escompté, compte-tenu de la très courte liste de noms qui la constituait, mais j'avais conscience que cette famille de substitution, que j'avais composé avec des éléments de mon choix, était bien plus importante à mes yeux que celle dont je portais encore le patronyme.
— Et cette fille, ton amie Mackenzie ? ajouta-t-il alors. Je suis certain que si tu le lui demandais, elle te confirmerait qu'elle s'est inquiétée pour toi au moins autant que tu ne t'es inquiétée et t'inquiètes encore pour elle.
oOoOoOoOo
Dans les jours qui suivirent, le château redevint aussi agréable et paisible à mes yeux qu'il avait pu l'être avant mon dernier anniversaire.
Pourtant, mon nouveau quotidien n'avait rien à voir avec ce qui, jusqu'alors, rythmait l'essentiel de mes journées à Poudlard.
D'abord, le château était quasiment vide et, si elle m'avait paru bien déprimante l'année dernière quand j'avais fait partie des pauvres cinquièmes années contraints de rester au château pour réviser leurs BUSES, cette configuration expliquait sans doute à elle seule ma bonne humeur actuelle.
A l'exception de la quasi-totalité des busards, de quelques consciencieux septièmes années et de cinq ou six malheureux qui n'avaient pas pu rejoindre leur famille pour diverses raisons, tous les élèves avaient quitté les couloirs et avec eux, leurs regards pesants et leurs désagréables chuchotements.
Riley, de son côté, s'était faite une place dans ce petit monde avec un naturel presque agaçant et à une vitesse déconcertante.
Après avoir harcelé Pomfresh pour aller courir jusqu'à ce que celle-ci se décide à appeler Ste Mangouste au plus vite, elle avait réussi à convaincre non moins que le Directeur de la laisser accéder à notre Salle commune si seulement Flitwick et un de nos préfets lui en donnaient l'autorisation.
Depuis, nous passions la plus grande partie de nos journées à explorer les quatre mille coins du château avec l'enthousiasme d'exploratrices âgées de dix ans, avant de nous écrouler tous les soirs sur les fauteuils les plus confortables devant la cheminée de l'antre des Aigles, le plus souvent avec une quantité non négligeable de desserts commandés dans les cuisines.
— Tu crois que demain, on pourra aller visiter les autres salles communes ? s'enquit Riley à l'issue de notre deuxième journée de marathon, en mâchant bruyamment le morceau de tarte aux fraises dans lequel elle venait de croquer. J'ai promis à Darius de lui faire un rapport à ce sujet dans ma prochaine lettre !
— Honnêtement, ça m'étonnerait qu'on t'y autorise, répondis-je, après avoir pris le temps d'avaler ma propre bouchée de tarte au citron. Les gens sont un peu trop portés sur les théories du complot par ici et on aurait vite fait de penser que tu espionnes pour le compte d'une autre maison.
Le sourire qu'elle étira m'indiqua que l'idée de susciter une telle attention ne la dérangerait pas et elle désigna d'un geste ample de la main la pièce qui nous entourait, où les élèves qui travaillaient avaient – presque tous – fini par s'habituer à la présence de notre duo.
— Ne sous-estime pas mon pouvoir de persuasion, Atkinson, j'ai bien réussi à convaincre Dearborn de me laisser traîner ici !
— Ou alors, il continue de penser que c'est de sa faute si j'ai chuté dans l'escalier le jour où je suis tombée dans le lac et il espérait se faire pardonner en m'accordant la possibilité de passer du temps avec toi sans me sentir exclue de ma propre salle commune, la contredis-je, satisfaite de savoir que mon hypothèse était la plus probable.
Le regard incertain et gêné que Caradoc m'avait glissée quand Riley s'était fendue de sa requête dans la Grande Salle en était une preuve particulièrement convaincante, que je fus ravie de lui agiter sous le nez lorsqu'elle me contredit avec véhémence.
A ma grande surprise, cependant, elle céda à cet argument bien trop vite, en étirant un sourire au moins aussi ravi que moqueur.
— Si c'est vraiment pour tes beaux yeux que Dearborn a craqué, c'est encore mieux, railla-t-elle. Ça veut dire que j'aurais encore plus de facilité à convaincre ce bon vieux Regulus de céder à mon caprice pour te faire plaisir !
Seul le fait qu'elle remettait cette discussion sur le tapis au moins quatre fois par jour m'empêcha de m'étouffer avec ma nourriture.
— Tu me fatigues avec ça, Thomas, grinçai-je. Je t'ai déjà dit que Black n'a pas plus d'intérêt pour moi que je n'en ai pour lui.
— Oui, et tu es aussi la seule à penser naïvement que son frère n'est pas amoureux de toi au point d'en avoir perdu tout son bon sens, alors excuse-moi de ne pas prendre en compte ton avis complètement biaisé et de me contenter de ce que mes capacités d'observation me soufflent depuis que je suis arrivée ici.
Dans un grognement, je m'enfonçai plus profondément dans mon fauteuil, à la fois pour marquer ma désapprobation et pour lui cacher mes joues qui rougirent face à l'hypothèse hautement improbable – et qui faisait pourtant manquer à chaque fois un désagréable et pathétique battement à mon cœur – que Sirius puisse avoir le moindre sentiment ambigu à mon égard.
— S'il suffit qu'un mec me demande l'heure pour que tu en déduises qu'il m'apprécie et que tu n'auras aucun mal à en profiter pour accéder à sa salle commune, alors tu n'auras aucun mal à aller nulle part, marmonnai-je en toute mauvaise foi.
Évidemment, elle éclata de rire.
— Ne sois pas mauvaise joueuse, Mackenzie, tu sais aussi bien que moi que Regulus ne fait pas que te demander l'heure de temps en temps. Il vient te dire bonjour et te parler tous les matins, et franchement, si tu avais grandi dans le monde de Sang Pur protocolaire qui a été le nôtre, tu reconnaîtrais là une tactique d'approche classique, qui précède souvent de peu une demande de fiançailles !
Mon dégoût à cette idée aurait pu lui valoir mon regard le plus scandalisé, si seulement son rictus railleur ne m'avait pas indiqué que c'était tout ce qu'elle espérait.
Je m'efforçai donc de ne pas lui montrer mon agacement et trompai ma frustration en empalant d'un coup de dents la dernière moitié de mon morceau de tarte. L'acidité du citron calma légèrement les brûlures que la colère faisait remonter par vague de mon estomac à ma gorge et je réussis même à lui offrir un sourire ironique.
— Et si tu avais vraiment suivi les cours de généalogie qu'on vous enfonce dans le crâne dès le plus jeune âge, tu saurais que je ne suis pas totalement étrangère à ce monde magnifique dans lequel vous avez eu la chance de grandir et que j'en sais donc suffisamment pour être certaine que jamais l'héritier d'une famille des vingt-huit sacrées s'abaisserait à épouser une sang mêlée comme moi. Encore moins l'une des rares qui a eu le malheur de perdre ses pouvoirs avant même de devenir pleinement adulte.
— C'est vrai qu'il n'y a aucun antécédent de rébellion dans sa famille qui pourrait l'inspirer, fut sa réponse, elle aussi dégoulinante de sarcasme. Et que l'antécédent en question, qui a été Grand Héritier d'un des vingt-huit trônes tant convoités pendant la majorité de sa vie, ne voudrait jamais, ô grand jamais, épouser la sang-mêlée que tu es, quelle idée !
Je roulai des yeux devant ce nouveau sous-entendu peu subtil mais qui, parce qu'il était encore plus ridicule que celui qui voulait que Sirius soit amoureux de moi, était plus facile à ignorer.
— Regulus et moi, on collabore dans plusieurs cours et on s'est promis d'essayer de rendre l'expérience moins insupportable, c'est tout.
— C'est donc pour ça que la première fois que je l'ai rencontré, tu étais en train de lui enfoncer ta baguette si profondément dans la jugulaire que tu as failli y percer un trou ? Je comprends mieux !
Je rougis fortement à ce souvenir, un peu mal à l'aise désormais face à la puissance de la colère qui m'avait saisie ce soir-là et tout ce qu'elle disait en réalité du sentiment d'impuissance qui me rongeait depuis mon retour à Poudlard. J'y avais repensé à plusieurs reprises au cours des derniers jours, le plus souvent quand Pomfresh insistait pour vérifier mes réflexes magiques, toujours sans succès, et que je serrais instinctivement les poings pour m'empêcher d'extérioriser mon agacement.
Jusqu'ici, j'avais réussi à garder le contrôle, retenant les cris et les insultes qui me brûlaient la gorge, concentrée sur une unique question : et si cette même irritation qui m'avait empêché d'accepter l'aide de Lily se transformait de nouveau en une rage semblable à celle qui m'avait poussé à agresser Black puis, pire encore, à me montrer insolente envers le professeur McGonagall ?
Si j'en arrivais à de telles extrémités face à quelqu'un qui se proposait de m'aider, qu'arriverait-il le jour où j'aurais affaire à des personnes mal intentionnées ? Ou lorsque Dumbledore ne pourrait plus faire semblant de trouver une utilité à ma présence à Poudlard et que je serais forcée d'évoluer dans un monde où ma perte de magie s'avérerait plus handicapante encore ? Est-ce que j'agresserais chaque employé du Chemin de Traverse à la moindre remarque ? Toute rencontre avec un autre sorcier ou une autre sorcière finirait-elle chez les Brigadiers en raison de mes excès de colère ?
La plupart du temps, les jacassements de Riley m'épargnaient d'avoir à répondre à ses questions dérangeantes et ce fut encore ce qu'elle fit, peut-être en me voyant me mordre la lèvre inférieure avec anxiété.
— Si ça peut te rassurer, je ne pense pas qu'il t'en veut, indiqua-t-elle. J'ai même l'impression qu'il signerait immédiatement pour de nouveaux cours avec toi s'il le pouvait. Des cours de langue par exemple ? Je sais que Poudlard n'en enseigne pas mais il serait probablement ravi d'improviser, si tu vois ce que je veux dire…
Elle ponctua son propos pourtant limpide d'un mouvement manifestement obscène de sa langue dans sa bouche et l'effet fut immédiat : j'en oubliai instantanément mes problèmes et laissai échapper un cri aigu en guise de protestation.
— Par Merlin, Thomas ! m'indignai-je, en lui envoyant instinctivement le coussin qui traînait à côté de moi. T'es vraiment dégueulasse !
— Et pourquoi donc ? ricana-t-elle en attrapant le projectile. C'est pas de sa faute s'il a envie de t'embrasser, pas plus que celle de son frère s'il veut faire pareil ! Les instincts primaires, ça se contrôle pas.
Malheureusement, cette blague-là fut de trop et je bondis sur mes jambes, le cœur battant si fort que mes yeux s'embuèrent.
— Arrête un peu avec ça, bordel ! Si j'ai envie d'entendre des gens prétendre que je m'amuse à tourner en bourrique deux frères innocents qui ont rien demandé à personne parce que je suis une salope qui ne demande que « ça », je préfère encore l'entendre de la bouche d'inconnues dans les toilettes que de la part de mes amies !
Ma fuite vers mon dortoir fut suivie par les yeux arrondis de stupeur de tous les élèves présents – heureusement assez peu, mais suffisamment pour que la rumeur fasse la une de la Gazette de Poudlard dès demain. J'eus tout juste le temps de me jeter sur mon lit dans un grognement, cependant, avant que la porte que j'avais claqué dans mon dos ne se rouvre dans un grincement sur Riley.
Elle m'offrit une grimace que je ne lui connaissais pas et, peu désireuse de découvrir s'il s'agissait de sa façon de s'excuser, j'enfonçai mon visage dans mon oreiller dans un geste que mes parents auraient certainement qualifié de puéril. Elle choisit pourtant de s'asseoir à côté de moi, comme me l'indiqua mon matelas qui s'affaissa, sans que je daigne relever la tête.
— Oh allez, Atkinson ! grinça-t-elle avec impatience. Je suis désolée, ok ? Je suis prête à aller casser la gueule de tous ceux qui ont cru pouvoir te dire des trucs pareils, si ça peut m'aider à me faire pardonner.
Je levai un œil sceptique et laissai échapper un rire jaune.
— Bon courage dans ce cas. Il y en a tellement que ça te prendra plusieurs années.
— Tu sais bien qu'aucun défi ne me fait peur, et certainement pas celui qui consiste à aller menacer des gens qui se croient tout permis.
Faute de trouver une réponse à cet énoncé véridique, je me retournai sur le dos et lui décochai un regard sérieux.
— Je veux juste que tu arrêtes de faire des blagues à ce propos, c'est tout. J'en ai marre qu'on se foute de moi.
— Mais qui a dit que je me foutais de toi, Mackenzie ? Au contraire, c'est de tes deux prétendants ridicules que je me moque ! J'imagine Sirius en train de se demander si Regulus est vraiment amoureux de toi ou si toi, tu as des sentiments pour lui, et j'imagine Regulus se ronger les sangs en tentant de décider s'il va faire comme Sirius et annoncer à sa mère qu'il ne veut pas d'un mariage forcé avec une fille de bonne famille, et au diable sa fortune ! Tu imagines le scandale ?
Le côté absurde de son scénario m'arracha un sourire presque malgré moi, que je fus incapable de lui cacher.
— Dommage que tu sois une sorcière de haute lignée et que notre monde soit si fermé aux technologies moldues, ça aurait pu faire un film dramatique plutôt convaincant.
— Tant pis, regretta-t-elle faussement, en me poussant pour s'allonger à côté de moi. Je me contenterai d'en faire un excellent livre !
oOoOoOoOo
En remontant l'escalier pour rejoindre les étages, plus de dix minutes plus tard, le poids qui pesait sur mon cœur semblait à la fois plus léger, comme si le partager avec l'adulte qui se rapprochait le plus d'un père pour moi l'avait allégé, et plus lourd, parce que je savais qu'il ne pouvait pas faire grand-chose de plus pour régler tous les problèmes que notre discussion avait soulevé.
Euphémia, qui nous avait finalement rejoint, avait eu l'air de le réaliser puisqu'elle ne m'avait laissé m'éclipser qu'après m'avoir pris à nouveau dans ses bras, en me caressant le dos avec tendresse.
— Et ne t'avises pas de redescendre demain avant au moins onze heures ! me menaça-t-elle, lorsqu'elle me relâcha. Il est hors de question que tu retournes à Poudlard sans avoir récupéré toutes tes heures de sommeil en retard.
J'avais promis, même si le défi me paraissait impossible, et elle avait fait mine de me croire, comme si elle ne savait pas pertinemment que j'allais lui désobéir à la seconde où j'arriverais sur le palier du premier étage. Boudant le couloir qui s'offrait à moi, tout au long duquel s'ouvraient de nombreuses pièces parmi lesquelles ma chambre et celle de James, je montai un nouvel étage, là où s'étendait les quartiers – personnels et professionnels – de ses parents, puis une dernière volée de marches, au bout de laquelle s'étalait le toit de la maison.
Surmonté d'une verrière partiellement ouverte qui offrait une vue dégagée du ciel étoilé – j'y repérai mon homonyme en quelques secondes à peine –, l'endroit se présentait comme une grande terrasse où avaient été aménagés un espace pour les nombreuses plantes que cultivaient Fleamont, un autre qui lui était directement concurrent où Euphémia faisait pousser de magnifiques fleurs et un dernier où trônaient des chaises, une table, des parasols et une piscine.
Ce fut là que je trouvai James, les pieds dans l'eau, une cigarette à peine entamée au bout des doigts et une bouteille de ce qui ressemblait à du Whisky posé sur sa gauche. Après une seconde d'hésitation, je le rejoignis et plongeai à mon tour le bout de mes orteils dans l'eau glacée, au-dessus de laquelle il ne tarda pas à me tendre son paquet de clopes ouvert. J'en piochai une en marmonnant un « merci», ce qui, pour une raison qui m'échappa, le fit éclater de rire.
Un rire long, rauque et désabusé qui m'échappait souvent mais qui ne ressemblait pas du tout au sien.
— Je suis vraiment qu'un connard, en fait, déclara-t-il lorsqu'il reprit son sérieux. Pourquoi tu me l'as jamais dit ?
Incapable de déterminer s'il plaisantait, ce qui m'aurait autorisé à lui rappeler le nombre de fois où je l'avais afflué d'un tel qualificatif, j'émis un « Euuuh» incertain, tout en vérifiant par réflexe le niveau de la bouteille d'alcool entre nous.
— Peut-être parce que tu ne l'es pas ? proposai-je, en constatant qu'elle était bien trop pleine pour qu'il soit déjà bourré.
Il renifla, clairement sceptique, et tourna un œil dans ma direction.
— C'est pas ce que maman pense, en tous cas.
Le fait qu'il ne la désigne pas comme « sa » mère et qu'il accepte de la partager avec moi me semblait être la preuve qu'il se trompait sur toute la ligne mais je n'osai pas le dire, de peur de paraître un peu trop sentimental.
— Elle a découvert ce qui s'était passé avec Evans, c'est ça ? m'enquis-je plutôt, étrangement compatissant.
C'était ce qui paraissait le plus susceptible d'avoir valu à James un sermon coloré de la part de sa mère féministe, en tous cas jusqu'à ce qu'il écarquille les yeux avec horreur.
— Merlin, non ! Tu m'aurais retrouvé découpé en morceaux et dispatché aux quatre coins de la maison si elle savait en plus ce que j'ai dit à Lily !
— Alors, c'est quoi le problème ? demandai-je, en cachant ma grimace derrière la cigarette que je venais d'allumer.
Il tira une taffe sur la sienne avant de me désigner de son bout incandescent.
— Toi, mon grand, répondit-il, d'un ton grinçant mais pas railleur. Elle a bien vu que ce n'était pas le grand amour entre nous et elle est convaincue que c'est de ma faute.
— Quoi ? N'importe quoi !
Mon indignation sincère lui tira un ricanement, en même temps qu'un coup d'œil reconnaissant.
— C'est ce que je pensais aussi mais tu la connais, elle a toujours d'excellents arguments et c'est difficile de ne pas finir par être complètement d'accord avec elle.
— Elle était pas avec nous au château, elle peut pas savoir que c'est moi qui me suis comporté comme un crétin pendant des semaines, le contredis-je. C'est d'ailleurs ce que j'ai dit à ton père.
Il se fendit d'un sourire, écrasa son mégot sur le sol entre nous et attrapa la bouteille de Whisky. La première gorgée qu'il avala après l'avoir débouchée fut suivie d'une grimace, qui ne le dissuada pas d'en avaler deux autres avant de me la tendre.
— C'est vrai que tu dois aller voir Andromeda demain super tôt et que c'est pour ça que tu voulais rentrer chez toi ?
Le goulot de la bouteille fut une distraction efficace mais temporaire et je fus en définitive forcé de marmonner, piteusement :
— T'avais l'air d'en avoir vraiment marre de voir ma gueule et je voulais pas vous déranger encore plus…
Il pinça les lèvres et ne put se retenir de me dédier un regard glacial, tout en m'arrachant au passage le Whisky des mains.
— Autrement dit, Euphémia Potter avait encore raison. A croire qu'elle cherche à battre un record qu'elle détient déjà !
— Et bien, c'est pas aujourd'hui qu'elle le battra, m'entêtai-je, parce que son air renfrogné m'obligeait, par un pacte implicite mais inviolable, à prendre position pour lui. Peu importe ce qu'elle pense, je l'ai un peu cherché.
Sa réponse vint sous la forme d'un ricanement mauvais.
— Un peu ? répéta-t-il. Beaucoup, tu veux dire ! C'est même tout ce que tu cherchais, à nous pousser tous à bout jusqu'à ce qu'on décide de te laisser tomber !
Je me braquai instinctivement face à cette attaque, mais il me laissa tout juste le temps d'ouvrir la bouche avant d'ajouter :
— Le problème, c'est que je suis tombé dans le piège comme un crétin, au point de te donner envie de te casser d'ici comme tu t'es enfui de chez toi. Et ça, ça fait de moi le plus grand des connards.
Pendant une seconde, je fus trop surpris par le tour pris par la conversation pour réagir, jusqu'à ce que la stupidité de son propos me frappe de plein fouet et me pousse à lui infliger un coup de pied dans son tibia le plus proche.
— T'es surtout le plus gros des cons, grinçai-je, en ignorant son mouvement de recul indigné quand une rasade d'eau s'écrasa sur son pantalon et le bas de son pull. Si c'était pas le cas, t'aurais conscience que j'ai quitté une famille de psychopathes abusifs et que la tienne est son exacte antithèse.
Il eut le bon goût de se fendre d'une grimace, conscient de ce privilège que j'avais toujours pris soin de lui rappeler – consciemment ou non –, sans pour autant pouvoir se retenir de marmonner :
— Ça a quand même commencé comme ça avec Regulus. Un jour, tout allait bien et vous vous parliez malgré tout ce qui pouvait vous séparer et puis, au fur et à mesure, vous vous disputiez de plus en plus jusqu'à ce que vous cessiez tout simplement de vous adresser la parole. J'ai juste pas envie de ça entre nous.
D'un geste nerveux, et peut-être pour dissiper la tension et l'effet de son aveu, il alluma une nouvelle cigarette à l'aide de sa baguette. Je restai moi-même silencieux pendant quelques instants, expirant mes angoisses en même temps que la fumée qui remplissait mes poumons, et ne reportai mon attention sur lui que quand il ne me resta plus qu'un mégot carbonisé entre les doigts.
— Tu lui as dit, à ta mère, pour Mackenzie ?
Ce n'était pas la réponse qu'il attendait, ce qu'il me fit comprendre dans un froncement de sourcils perplexe.
— Quoi, que tu es fou amoureux d'elle mais que tu refuses de l'admettre ? La connaissant, elle était probablement au courant avant même que tu rencontres Atkinson !
Je fus tenté de lui jeter un regard mauvais, mais la lassitude – ou le sentiment que cette excuse-là aurait été presque plus convaincante – m'en dissuada.
— Que je l'ai complètement ignorée au moment où elle allait le moins bien, juste parce que j'avais trop peur qu'elle croit vraiment que j'avais comploté avec Bellatrix pour la tuer, rectifiai-je, les yeux rivés sur les vaguelettes formées par le mouvement anxieux de mes pieds.
Il renifla, à mi-chemin entre le rire et la désapprobation.
— Et pourquoi est-ce que j'aurais fait ça, au juste ? Pour qu'elle ait aussi une raison de t'assassiner et que Papa se retrouve obligé de ramasser nos deux corps dépecés ? Au vu de l'âge qu'il a et de sa sensibilité exacerbée, un seul cadavre me semblait déjà bien suffisant.
Le scénario ne prêtait pas à sourire et pourtant, je dus ravaler celui qui menaça d'étirer mes lèvres.
— Regulus, lui, n'a jamais hésité à m'espionner et à me balancer à nos parents chaque fois que je faisais le moindre truc de travers, et il n'aurait certainement pas hésité à jeter mon corps en pâture à leur colère pour protéger sa propre réputation de fils modèle. Ça me permet de vous distinguer plutôt facilement l'un de l'autre quand j'oublie bêtement lequel était mon frère et lequel a pris sa place.
J'aurais pu rater la lueur de reconnaissance qui éclaira ses yeux tant elle disparut rapidement, pour ne laisser place qu'à un air contrit qu'il accompagna d'une grimace.
— Je suis vraiment désolé d'avoir sous-entendu que tu avais encore trahi Remus.
— Tu me crois ? croassai-je, mon cœur battant soudainement dans ma pomme d'Adam.
Il haussa les épaules, en faisant clapoter la surface de l'eau avec ses orteils.
— Évidemment. Si tu me dis que t'as rien dit à personne, je te crois. En plus, t'es incapable de mentir, tu cherches jamais à le faire pour te dédouaner de tes conneries et t'as même carrément tendance à te sentir coupable pour des trucs que t'as pas faits. J'étais juste frustré par tout ce qui se passe avec Lily et j'avais besoin d'un coupable sur qui me défouler.
— Faut dire que j'ai pas aidé à ce que les choses s'arrangent entre vous, lui accordai-je d'un ton contrit.
Il eut un sourire triste.
— C'est gentil de le reconnaître, mais ça reste moi qui, de nous deux, lui ai dit les pires conneries et ça en dit long sur moi, quand on prend en compte ce que toi, tu as aussi osé lui balancer et le fait que je suis son petit-ami. Ou que je l'étais, en tous cas, se corrigea-t-il avant de s'emparer à nouveau de la bouteille de Whisky.
Je la lui arrachai des mains lorsqu'il me parût clair qu'il avait l'intention de la finir tout seul et en but quelques gorgées.
— Je suis sûr que tu réussiras à la convaincre de te reparler à la rentrée, quand elle aura eu le temps de réaliser que tu n'es pas aussi con que tu en as l'air.
— Au contraire, elle va sûrement se rendre compte que la vie est bien plus belle quand je passe pas mon temps à la regarder comme un sale pervers sociopathe, rétorqua-t-il, défaitiste. Et c'est pas avec Servilus au coin de sa rue qu'elle va entendre vanter mes mérites pendant mon absence…
Je m'empressai de lui assurer que non, plus par principe et pour éviter qu'il ne se jette dans l'eau pour s'y noyer que par réelle conviction, mais à force de le répéter, une idée, peut-être stupide, mais étrangement intrigante, germa dans mon esprit.
Lorsque plusieurs heures plus tard, il n'y eut plus aucune goutte d'alcool ou cigarette pour tuer le temps et que l'air de la nuit nous obligea à retirer nos pieds glacés de la piscine pour redescendre vers les étages inférieurs, l'idée avait pris les allures affolantes d'un projet et me poussa à arrêter James avant qu'il ne s'engouffre dans sa chambre après avoir baillé un « Bonne nuit » dans ma direction.
— Tu me prêtes Ciboulette avant de t'effondrer, s'il te plaît ? J'ai un courrier urgent à envoyer.
oOoOoOoOo
Le lendemain matin, je regrettai amèrement d'avoir pardonné si vite à Riley ses blagues irritantes, plus particulièrement quand elle ouvrit les rideaux qui entouraient mon lit à six heures du matin. La lumière blafarde qui s'attaqua à ma rétine à travers mes paupières closes m'apparut comme une agression visuelle des plus insupportables mais ce n'était rien face à l'agression physique et sonore que Riley y ajouta lorsque, tout en chantonnant d'un ton guilleret, elle tira sur mes couvertures pour m'exposer au froid désagréable de l'infirmerie.
— Mais qu'est-ce que tu fous, putain ? grognai-je d'une voix enrouée, en ouvrant péniblement les yeux pour tenter de m'emmitoufler de nouveau. Laisse-moi dormir !
— Alors qu'il fait beau et presque chaud dehors ? Dans tes rêves, Atkinson !
Avec un rire enthousiaste, elle lâcha sur mon ventre un objet qui me parût peser plusieurs kilos, m'arrachant un gémissement à mi-chemin entre la douleur, la colère et le désespoir.
— Rappelle-moi pourquoi j'ai été contente de te voir débarquer ici, déjà ?
— Parce qu'aucun de tes amis ne te comprenait et que je suis la personne la plus drôle, la plus intéressante et la plus intelligente que tu connaisses, je crois, sourit-elle. Maintenant, mets tes baskets et on y va !
Le mot « baskets » me fit me redresser immédiatement et, à travers mes paupières encore à moitié collés par le sommeil, je réalisai que c'était justement ce qu'elle m'avait jeté dessus : une paire de chaussures de sport noire d'aspect classique, dont la vue me fit grimacer.
— Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas venir courir avec toi !
— Oui et je t'ai accordé deux jours de répit mais une nouvelle semaine commence et ça me semble être le moment parfait pour ta remise en forme.
— Je suis en forme, protestai-je mollement. Et même si ce n'était pas le cas, c'est certainement pas en allant cracher mes poumons dehors que ma blessure va guérir.
— C'est pas ce que l'infirmière a dit, répondit-elle avec un sourire carnassier. Pas vrai, Madame Pomfresh ?
Si je crus un instant qu'il s'agissait d'une mauvaise blague, le soupir de la concernée, que j'aperçus près de la grande armoire à potions qui jouxtait son bureau, me fit fortement douter.
— De nombreuses études montrent qu'une meilleure santé physique a une incidence positive sur les capacités magiques, fut sa réponse, que Riley ponctua d'un « Ha ha ! » ravi.
Le raisonnement me semblait foncièrement stupide si l'on prenait en considération toutes les potions et les sorts que Pomfresh, Dumbledore, mes professeurs et mes parents avaient déjà tenté pour m'aider, et il m'apparut encore plus bête quand je me retrouvai affluée de la paire de baskets et d'une tenue adéquate, à courir sans but dans le parc désert.
Contrairement aux prédictions météorologiques optimistes de Riley, il ne faisait pas « presque chaud » et le vent coupant qui soufflait sur l'école annulait à lui tout seul l'effet du soleil timide qui apparaissait de temps à autre derrière les nuages gris en stationnement dans le ciel. Les gouttes de rosée qui s'étaient accumulées dans l'herbe au cours de la nuit étaient si nombreuses qu'à force de s'y écraser, mes chaussures et le bas de mon pantalon ne tardèrent pas à être trempés. J'aurais sans doute choisi de m'affaler par terre, cédant aussi bien à mon ennui qu'à ma fatigue, si le risque de tomber malade n'avait pas été si important.
Ces milliers d'inconvénients n'avaient pas l'air de perturber Thomas qui, deux bons mètres devant moi, courait à un rythme égal mais soutenu, ses pieds s'élevant parfois si haut au-dessus du sol qu'elle paraissait voler. A chaque fois que je ralentissais, elle se tournait vers moi pour m'offrir un regard de menace et ce fut ce qu'elle fit de nouveau quand mon regard fut attiré par un arbre dont le tronc me paraissait confortable et que mon rythme déjà peu impressionnant confina à la marche.
— Fais un effort, Mackenzie ! cria-t-elle en se tournant complètement vers moi, tout en continuant à courir dos à sa trajectoire.
Son aisance naturelle me découragea encore davantage, moi qui avais déjà failli m'étaler plusieurs fois alors que je regardais pourtant devant moi. Mes poumons en feu et ma gorge en besoin urgent d'eau n'aidèrent pas et je dérivai inévitablement vers l'arbre contre lequel je m'imaginais déjà pouvoir faire une sieste.
— J'en ai marre et je m'ennuie, râlai-je. Tu n'as qu'à continuer toute seule, promis je t'attends ici pour qu'on puisse petit-déjeuner ensemble !
— Oh non, Atkinson ! Il en est hors de question que tu abandonnes !
Je voulus l'ignorer et me laisser tomber dans l'herbe mais à la seconde où les mots quittèrent sa bouche, je sentis mes pieds se remettre à bouger, d'abord doucement, comme s'ils n'étaient pas tout à fait sûrs d'en avoir reçu l'ordre, puis si vite que seul mon instinct de survie me permit de dévier pour ne pas m'écraser contre le tronc d'arbre. Mon cœur s'emballa à son tour, ses battements cognant si fort contre toutes les parois de mon corps que ma vue se brouilla pendant quelques secondes.
Le regard pétillant de Riley, quand j'arrivai à sa hauteur, me ramena à la réalité.
— Qu'est-ce que tu fais ? couinai-je. Arrête !
— Je n'ai même pas ma baguette, Atkinson ! Comment veux-tu que je fasse quoique ce soit ?
Son ton était cependant trop railleur pour que je puisse y croire, et ce d'autant plus lorsque ma vitesse de croisière redoubla.
— Riley ! hurlai-je, désormais paniquée. Arrête ! Ce n'est pas drôle !
Elle capitula dans un « ok, ok, ok » désabusé et me rattrapa en quelques enjambées elles aussi étrangement rapides. De sa poche, elle tira sa baguette et la pointa vers mes chaussures, en marmonnant un « Finite Incantatem» qui n'eut pas le moindre effet, si ce n'est celui de me faire aller encore plus vite. Elle essaya une seconde fois, sans davantage de succès puisque j'accélérai encore, à tel point qu'elle fut incapable de me suivre tandis que je me dirigeai droit vers la Forêt Interdite.
— Je te jure que je ne le fais pas exprès, Atkinson ! l'entendis-je crier, malgré le vent qui sifflait incroyablement fort dans mes oreilles.
Les couleurs du parc s'étaient quant à elles mêlées en une seule, une sorte de marron teinté de vert et de blanc qui me donna rapidement la nausée. Cela ne m'empêcha pourtant pas de tourner rageusement la tête vers l'arrière pour hurler :
— Et moi, je te jure que je vais te tuer !
A cette distance, elle ne m'entendit certainement pas et je le compris d'autant plus lorsqu'elle ouvrit elle-même la bouche pour me répondre, sans que je n'y comprenne quoique ce soit. Les gestes frénétiques qu'elle fit avec ses mains avaient sans doute pour but de m'aider à y voir plus clair mais ils me parurent bien nébuleux, et ce jusqu'à ce que je me retourne et me retrouve face à un géant.
Ou à ce qui, sur le moment, me sembla être un géant.
La distance trop courte qui nous séparait, mon rythme bien trop rapide et sa réaction bien trop lente furent autant de raisons qui expliquèrent la violence du choc qui, en l'espace d'une seconde, me propulsa quelques mètres plus loin. L'air quitta brusquement mes poumons quand je m'écrasai sur le dos et lorsqu'il revint s'y emmagasiner, ce fut tout aussi douloureusement, m'arrachant un gémissement.
— Par Merlin, Mackenzie ! s'exclama une grosse voix au-dessus de ma tête. Je suis tellement désolé ! Tu allais beaucoup trop vite !
J'ouvris mes yeux plein de larmes et reconnus Hagrid, dont la silhouette démesurée était désormais penchée sur moi. Il voulut m'aider à me redresser mais, même à terre, mes pieds n'avaient cessé de s'agiter, le repoussant à chaque tentative.
— Mais qu'est-ce qui t'arrive ? s'inquiéta-t-il au troisième coup que je lui assénai, bien malgré moi.
Je m'apprêtai à lui expliquer quand Riley, essoufflée et transpirante, s'arrêta à nos côtés.
— Rien du tout ! répondit-elle à ma place. Juste un petit problème technique !
— Je vais te tuer et ça sera certainement pas le résultat d'un problème technique, crachai-je en la fusillant du regard.
Elle roula des yeux sans commenter et, après avoir encaissé un nombre incalculable de coups que je ne fis aucun effort pour dévier, réussit à me retirer mes chaussures. Mes jambes retombèrent alors sur le sol, douloureuses et courbaturées mais immobiles. De son côté, la paire de baskets s'élança comme un boulet de canon vers la Forêt à la seconde où Thomas la laissa tomber au sol.
— Et merde ! grogna-t-elle en la regardant s'éloigner d'un air dégoûté.
— Tout va bien, Mackenzie ? demanda Hagrid au même moment, en tendant une main pour m'aider à me relever.
Je l'attrapai dans un hochement de tête incertain et manquai de m'écraser de nouveau sur le sol à la minute où il me lâcha. Son geste instinctif pour me rattraper fut bloqué par Riley qui, dans un bond, se retrouva à mes côtés, son bras dans mon dos pour me soutenir.
— Je m'en occupe, assura-t-elle d'un ton si sec que j'en oubliai de lui faire remarquer que j'étais loin d'avoir envie qu'elle soit la seule à être responsable de ma sécurité.
Hagrid, de son côté, fronça ses sourcils broussailleux pendant un instant, de toute évidence pris de court par la méfiance évidente de Thomas. Il choisit quand même de lui sourire et tendit sa grande main vers elle.
— Tu dois être Riley. Dumbledore m'a dit que tu serais dans le coin. Content de te rencontrer enfin.
Après une hésitation, elle joignit ses doigts aux siens.
— C'est pas la première fois que je vous rencontre, corrigea-t-elle toutefois, d'un ton qui paraissait neutre mais qui ressemblait bien trop à celui qu'elle employait face aux adultes qu'elle souhaitait provoquer. Je vous ai croisé y a pas si longtemps dans un couloir de Ste Mangouste.
Comme presque à chaque fois avec Riley, le coup – puisqu'il s'agissait de toute évidence d'un coup – porta bien mieux que je ne l'aurais imaginé : les yeux du garde-chasse s'écarquillèrent l'espace d'un instant et il bafouilla un « Ah, oh, euh, tu es sûr ? » qui n'avait rien de très convaincant, même pour moi.
— Vous êtes difficile à manquer, répliqua Thomas, imperturbable.
Hagrid choisit d'en rire, bien que d'un air un peu trop crispé pour paraître vraiment à l'aise.
— C'est vrai, et c'est sans doute pour ça que Mackenzie vient de me foncer dessus, plaisanta-t-il. Ça va aller ?
La question semblait surtout être un moyen de couper à sa conversation avec ma nouvelle camarade mais je grimaçai une approbation, les joues légèrement rouges.
— C'était surtout la faute de Riley, me dédouanai-je avec un regard mauvais vers la concernée.
Elle leva haut le menton pour toute réponse et Hagrid ricana.
— Je ne dirai rien à personne, promit-il avec un clin d'œil.
— Moi non plus, lui offrit-elle dans un rictus nébuleux.
Les traits du garde-chasse s'affaissèrent à nouveau face à cette attaque tout aussi injustifiée et il rebroussa chemin vers sa cabane sans demander son reste. J'eus tout de même le temps de voir sa mine à la fois inquiète, perplexe et défaite avant qu'il ne disparaisse et ce fut l'une des raisons qui me poussa à enfoncer violemment mon coude dans les côtes de Riley.
— A quoi tu joues ? l'apostrophai-je dans un grincement de dents agacé. Hagrid est une des personnes les plus gentilles du château, d'autres auraient réagi autrement plus mal si je leur avais foncé dessus à cause de tes chaussures maléfiques !
Elle haussa les épaules sans même grimacer, les yeux rivés sur la silhouette qui s'éloignait.
— Est-ce que tu dirais ça si tu savais que c'est pas dans un couloir de l'hôpital que je l'ai vu, mais à la sortie du bureau de ta mère ? Et que ton père était avec eux ?
oOoOoOoOo
Deux jours plus tard, avec nettement moins d'alcool dans le sang et sans Potter en train de se morfondre sur le sujet, mon « plan » – si l'on pouvait nommer ainsi une idée stupide débarquée de nulle part un samedi soir aux alentours de minuit – me paraissait nettement plus aléatoire.
La veille encore, j'avais failli l'abandonner au profit de la semaine de vacances au Portugal que les Potter avaient organisé pour fêter l'anniversaire de James, où une chambre en bord de mer et la promesse de profiter du soleil m'attendaient, avant de me souvenir que j'avais de toute façon promis à Andy et Dora de passer du temps avec elles.
J'avais donc décalé ce départ – après avoir été forcé d'accepter un billet de portoloin prépayé de la part d'Euphémia – et m'étais levé à une heure bien trop matinale pour une journée de vacances. Le sourcil haussé de Fleamont et l'air interrogateur d'Euphémia lorsqu'ils m'avaient vu arriver, déjà douché et habillé, avaient confirmé le caractère inhabituel de mon comportement, et même Tipsy, l'elfe préférée de James, fut prise de court, s'excusant un bon millier de fois de ne pas avoir encore préparé mes pancakes préférés.
Cornedrue avait ajouté à ce sentiment d'incongruité en descendant plus d'une heure plus tard, alors que je venais de terminer les mots croisés de la Gazette avec son père et que je m'apprêtai à partir.
— Rappelle-moi pourquoi ta cousine insiste pour que tu ailles la voir avant même qu'il soit dix heures ? s'enquit-il d'une voix enrouée, en frottant ses yeux bouffis de sommeil.
— Les enfants ont besoin de stabilité et aiment commencer leur journée aux aurores, répondis-je dans un haussement d'épaules que j'espérai convaincant.
Ce ne fut pas le cas, au vu de ses sourcils qui se froncèrent.
— Et pourquoi est-ce que tu es habillé comme si tu allais passer un entretien d'embauche ? demanda-t-il encore, en étudiant la robe noire et sobre que j'avais enfilé au-dessus d'un pantalon et d'une chemise tout aussi formels. J'ai l'impression que tu me caches quelque chose.
J'émis un « Euuuuh » des plus pathétiques qui fit ricaner Fleamont, avant de rattraper cette bourde en lui offrant mon clin d'œil le plus mystérieux.
— Tu le découvriras bien assez tôt, Potter. En attendant, amusez-vous bien sans moi mais n'oublie pas que tu ne dois pas commencer les cours de surf moldu tant que je ne suis pas là ! A mercredi !
— Fais attention à toi mon grand, me répondit Fleamont avec un sourire.
— Appelle-nous ce soir de chez Andromeda, ajouta Euphémia d'un ton autoritaire.
— Et ne te fous pas dans des ennuis improbables, surtout ! renchérit son fils pile au moment où je transplanais.
L'endroit où j'atterris moins d'une seconde plus tard constituait précisément l'un des lieux du monde magique où je risquais le plus de tomber sur le genre d'ennuis auxquels songeait mon meilleur ami et cette pensée m'arracha une grimace.
Il ne s'agissait évidemment pas du joli porche coloré de la maison où Andy avait décidé de se terrer, au fin fond de campagne galloise, et le nombre de personnes autour de moi, apparaissant sur les aires de transplanage contigües à la mienne et dans les cheminées qui s'étendaient sur ma gauche, excluait un retour à mon appartement vide.
— Pas plus de dix secondes sur l'aire de transplanage ! aboya une voix impatiente à ma droite.
Elle appartenait à une femme de petite taille qui, vêtue d'une tenue rouge vif, était occupée à réguler la circulation. Elle claqua des doigts impatiemment en croisant mon regard perdu.
— Vous avez oublié dans quel service vous travaillez ou quoi ? Allez, plus vite que ça !
— Désolé, marmonnai-je en me décalant un instant à peine avant qu'un sorcier vêtu d'une longue robe marquée du sceau du Ministère se matérialise pile là où j'étais moi-même apparu.
— Les excuses n'empêchent pas les accidents et j'en ai déjà eu quatorze ce matin, fut la réponse vindicative à laquelle j'eus le droit, avant qu'elle ne se tourne brusquement de l'autre côté pour vociférer sur une nouvelle arrivante, dont l'attaché-case avait manqué de l'assommer.
J'en profitai pour me mêler à la foule d'employés pressés qui se dirigeaient comme un seul homme vers la Fontaine de la Fraternité magique, espérant repérer une tête qui me serait connue mais qui n'appartiendrait ni à mon paternel ni à l'un de ses amis. Pour avoir passé un bon nombre d'années à l'accompagner dans ce qu'il appelait ses « tournées diplomatiques » – et qui consistaient tout bonnement à corrompre quiconque était disposé à profiter de la richesse des Black –, je savais pourtant que lui comme ses acolytes ne venaient jamais avant onze heures et demi, à un moment où ils ne risquaient pas de se mêler à la plèbe ministérielle parmi laquelle j'évoluais actuellement.
Arrivé au niveau des portes d'or qui menaient aux ascenseurs, je bifurquai sur la gauche, là où un homme était assis derrière un bureau surmonté d'une pancarte indiquant « Sécurité ». Après avoir pris le temps de modifier discrètement certains détails de ma robe et de ma chemise, je me dirigeai vers lui d'un pas résolu.
— Bonjour Joseph, le saluai-je sans hésiter, en remerciant intérieurement la personne qui avait eu la bonne idée de lui faire porter un badge avec son nom. Augustus m'envoie te demander la liste des visiteurs qui se sont enregistrés depuis ce matin, il attend une jeune femme pour un entretien.
Mon interlocuteur plissa les yeux avec méfiance, sans doute parce qu'il ne me reconnaissait pas, mais mon aplomb – et l'emblème du Ministère que j'avais brillamment ajouté à ma robe – l'empêchèrent de m'envoyer paître.
— Quel Augustus ? Il y en a au moins un par étage !
— Rookwood, du département des Mystères. Je travaille avec lui cette semaine comme stagiaire, ajoutai-je. C'est un ami de mon père Orion.
D'une main, j'écartai un pan de ma cape pour lui permettre de distinguer le blason dont j'avais à contrecœur orné ma chemise. Le « Toujours pur » que j'avais appris à haïr eut l'effet qu'il avait sur beaucoup trop de sorciers à mon goût puisqu'il écarquilla les yeux et s'empressa de fouiller dans ses parchemins à la recherche de la liste.
— Bien sûr, Monsieur Black. Soyez le bienvenu. Quel est le nom de la jeune femme que vous cherchez ?
— Lily Evans, répondis-je en essayant de ne pas paraître trop éberlué par ce succès si rapide.
Ses yeux filèrent le long du parchemin à une vitesse incroyable mais il finit par m'offrir un rictus désolé.
— Elle n'est pas encore là. Je peux envoyer une note de service dans le bureau de Monsieur Rookwood à son arrivée pour le prévenir, si ça vous arrange.
— Surtout pas ! m'exclamai-je un peu trop brusquement.
Il fronça les sourcils et je me raclai la gorge, en m'efforçant de ne pas grimacer de mon faux pas.
— Oncle Augustus… Euh, Monsieur Rookwood je veux dire, il n'aime pas trop être dérangé. Je vais plutôt l'attendre avec vous.
Mon manège chassa le début de suspicion que j'avais cru lire dans son regard et, s'imaginant peut-être que j'étais terrorisé par mon prétendu oncle et maître de stage, il s'attacha même à me faire gentiment la conversation. Avec des années d'entraînement en la matière, j'étais devenu un excellent menteur, capable d'inventer des dizaines d'excuses à la seconde mais ce Joseph fut un véritable défi. Il me posa tellement de questions qu'en quinze minutes à peine, j'avais endossé une nouvelle identité, sous le nom de Regulus, m'inventant un plan de carrière, des hobbies et même des fiançailles.
Ce fut donc avec soulagement que je repérai les cheveux flamboyants de Lily, lorsqu'elle se détacha du groupe d'employés qui passaient en regardant autour d'elle d'un air à la fois perdu et fasciné.
— Evans ! l'appelai-je par réflexe, en levant une main pour signaler ma présence.
Elle se figea pendant une courte seconde et se tourna lentement vers moi, en papillonnant des paupières d'un air hébété.
— Vous la connaissez ? s'étonna Joseph, de nouveau soupçonneux.
— Elle est à Poudlard avec moi, c'est pour cette raison que mon Oncle m'a demandé de venir la chercher, baragouinai-je à toute vitesse, en m'éloignant du comptoir. D'ailleurs, il nous attend depuis bien trop longtemps déjà ! A plus tard, Joseph !
En deux enjambées, je rejoignis ma camarade et lui attrapai le bras pour l'entraîner dans mon sillage.
— S'il te plaît, Evans, pas maintenant, la coupai-je alors qu'elle s'apprêtait à protester.
— Je dois enregistrer sa baguette ! entendis-je dans mon dos.
— Vous n'avez pas envie d'avoir Oncle Augustus sur le dos, Joseph, croyez-moi ! criai-je sans même me retourner.
— Black, lâche-moi ! grogna Evans au même moment. J'ai un entretien important et il doit enregistrer ma baguette !
— Pour que ce gouvernement de tarés qui n'a pas l'air tellement motivé à protéger les nés moldus face à une menace évidente ait des informations supplémentaires sur toi ? Fais-moi confiance pour une fois !
A ma grande surprise, elle referma la bouche sans protester et accepta de calquer son pas au mien, le temps d'arriver face à un ascenseur. Ma chance tourna quand nous nous retrouvâmes à l'intérieur, cependant, puisqu'elle m'asséna plusieurs coups de poing sur l'épaule à la seconde où les portes se refermèrent sur notre duo.
— Tu as cinq secondes pour t'expliquer avant que je t'étrangle, Black ! cracha-t-elle lorsque je réussis à bloquer ses doigts contractés avec mes deux mains.
— Tu n'as pas reçu ma lettre ?
Pendant une seconde, j'eus le sentiment que non, mais ses yeux s'agrandirent brusquement
— C'était toi ? couina-t-elle, incrédule. Le « Rdv à 9h30 devant la fontaine de la fraternité magique. A lundi, S.B. » ?
Je hochai la tête en jetant un coup d'œil à ma montre.
— Tu es en retard d'ailleurs, il est plus de dix heures.
— Je croyais que c'était une blague stupide ! Je n'avais aucune idée de ce que c'était que cette fontaine ! Et tu n'as même pas signé !
— Je ne savais pas que tu connaissais tant de S.B. que ça, ironisai-je.
— Sean Brown, Sarah Butler, Sheila Bow, Seamus Buchanan, récita-t-elle sur le même ton. Tu en veux d'autres ou ça te suffit pour enfin réaliser que tu n'as pas l'exclusivité de ces initiales, encore moins à Poudlard ?
Je haussai les épaules, en appuyant sur le bouton menant au premier étage.
— Désolé pour la confusion. Je pensais être le seul à savoir que tu avais un entretien aujourd'hui et à pouvoir te proposer de t'accompagner en utilisant le hibou de James.
La pertinence de ma remarque lui fit pincer les lèvres.
— C'est lui qui t'envoie, c'est ça ? Il pense qu'en plus de ne pas pouvoir m'en sortir dans la vie sans piston, je suis aussi incapable de ne pas me perdre au Ministère ?
— Non ! protestai-je, soudain paniqué à l'idée d'aggraver malgré moi une situation que j'espérais arranger. Ça n'a rien à voir avec Potter !
A la façon dont elle croisa les bras sur sa poitrine, je compris que mon mensonge ne l'avait pas convaincu.
— D'accord, Black, admettons que tu ne sois pas en train de mentir, fit-elle cependant. Qu'est-ce que tu fous là, dans ce cas ?
oOoOoOoOo
Quelques heures plus tard, je n'étais toujours pas convaincue par les théories farfelues de Riley et elle n'avait pas abandonné l'idée de me faire entendre raison. J'avais bien tenté de lui faire la tête, à la fois pour avoir ensorcelé les chaussures qu'elle m'avait donnée et parce que j'avais dû rentrer à l'infirmerie pieds nus sous les regards perplexes ou moqueurs d'une douzaine d'élèves croisés en chemin mais c'était sans compter sa pugnacité légendaire.
Après s'être fait enguirlander par Pomfresh, à qui j'avais pourtant refusé de dire comment j'avais pu perdre mes chaussures en chemin, elle n'avait pas protesté quand l'infirmière m'avait interdit d'aller courir jusqu'à la fin de ma scolarité et avait encaissé avec une patience étonnante mon silence rageur pendant tout le petit déjeuner.
Le sujet de mes parents et de leurs plans d'espionnage diabolique revint néanmoins sur le tapis après que j'eus avalé plusieurs litres de thé, lorsque le hibou de mon père, Toutankhamon, se posa sur la table face à moi. L'énorme paquet qui était accroché à ses pattes ne le dissuada pas de se jeter, toutes griffes dehors, sur mon verre de jus de citrouille et le reste de mes scones, et je dus lutter pour récupérer mon bien sans y laisser un bout de mes doigts.
— Espèce de sale rapace, grinçai-je, agacée.
Vexé comme son propriétaire aurait pu l'être à sa place, il fit claquer son bec acéré à quelques centimètres de mon poignet et je m'éloignai juste à temps pour m'éviter un nouveau passage à l'infirmerie avant la fin de la journée.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Riley, en caressant doucement ses plumes tigrées.
— Quelques chocolats pour Pâques de la part de mes parents, répondis-je en desserrant à peine les lèvres.
Quand je l'ouvris, j'y découvris cependant de quoi nourrir une colonie de vacances – ou lancer un marché noir au château –, ce qui fit ricaner Thomas.
— Ils ont dû perdre de vue qu'ils n'avaient qu'un enfant à Poudlard pour l'instant, railla-t-elle. Mes parents aussi, en un sens.
Son amertume et le regard envieux qu'elle jetait au paquet de lettres qui accompagnait mes friandises fit fondre ma colère persistante aussi vite qu'un glaçon sous le soleil.
— Je suis sûre que c'est pour nous deux, dis-je en poussant le colis vers elle.
Malgré le gigantesque petit-déjeuner qu'elle avait avalé, elle ne se fit pas prier pour y piocher un Fondant du Chaudron, avec un sourire de remerciement. Le déballer puis le laisser fondre sur sa langue l'occupa pendant quelques instants, dont je profitais pour dérouler les quelques parchemins : mes parents, qui en appelaient encore à ma « sagesse » pour espérer obtenir une réponse, Adrian, dont les gribouillis légers ressemblaient presque à de nouvelles excuses, ma grand-mère paternelle, qui regrettait d'une écriture tremblotante les histoires magiques que je lui racontais à chaque séjour chez elle…
J'en étais à parcourir le court parchemin frappé du sceau des Fawley, où ma grand-mère maternelle me félicitait d'avoir choisi de rester au château pour étudier, quand Riley s'enquit :
— Tu crois que ton précieux Hagrid a reçu le même colis en remerciement de ses bons et loyaux services d'espion ? Il le mériterait, avec tout le travail que ça doit lui demander !
Cela eut le mérite de me détourner de la dernière interrogation dérangeante qui venait de me traverser l'esprit – ma mère avait-elle osé annoncer à la sienne que j'avais désormais aussi peu de pouvoirs que les patients sur qui mon grand-père avait cru pouvoir mener ses expériences atroces avant d'être emprisonné ? – et je roulai des yeux, désabusée.
— Ça ne t'arrive jamais de laisser tomber, pas vrai ?
— A quoi bon, quand il est dix fois plus efficace d'user la patience de mon interlocuteur jusqu'à obtenir son aide pour enquêter ? me renvoya-t-elle dans un rictus éclatant.
Je soupirai.
— Adrian a toujours été un parfait espion pour le compte de mes parents, je ne vois pas pourquoi ils auraient subitement décidé de lui substituer une personne que je ne vois que peu de fois par semaine et qui manque en plus autant de discrétion. Mon père est bien plus pernicieux que ça.
— Justement ! Qui soupçonnerait un gars que tout le monde trouve gentil et qui n'a clairement pas la tête de l'emploi ?
— Une paranoïaque comme toi, de toute évidence, ironisai-je.
Elle me dédia un regard mauvais, en s'accordant un deuxième chocolat dans le tas qui nous séparait.
— Avoue au moins que sa réaction quand j'ai dit que je l'avais croisé à Ste Mangouste était bizarre !
C'était la deuxième fois qu'elle tentait de me le faire « avouer » mais ce fut un nouvel échec cuisant pour elle.
— Je te l'ai déjà dit, Riley, marmonnai-je avec moins de patience que lors de sa première tentative. Tu as fait exprès de lui faire croire que tu savais quelque chose que tu n'aurais pas dû savoir et personne n'aime savoir ses secrets médicaux entre les mains d'inconnus !
Le rictus dangereux qu'elle étira pendant quelques secondes me fit envisager qu'elle ait justement profité de ces mois d'enfermement pour collecter le maximum d'informations compromettantes sur les gens qui nous entouraient.
— Ça n'explique pas ce que ton père aurait pu foutre là si c'était un rendez-vous médical avec ta mère qu'il avait eu ce jour-là.
— Il travaille dans un département dont personne ne sait rien, et pour ce que j'en sais, a peut-être une spécialisation sur les questions médicales les plus obscures.
— Même si c'était le cas, il n'aurait pas le droit d'en parler et certainement pas celui de venir en aide à un type qui n'est même pas de sa famille !
— Si mon père avait la moindre idée de la signification du mot « interdiction », ça se saurait, ricanai-je, sceptique. Et Hagrid est un très bon ami de mon oncle, c'est même grâce à lui qu'il a rencontré sa femme !
Elle émit un « Oh» intéressé, les sourcils haussés.
— Est-ce qu'ils sont suffisamment proches pour que ton oncle l'ait convaincu d'aider ton père à neutraliser Sirius avec sa potion ?
Face à cette deuxième théorie, qui était peut-être encore plus stupide que celle qui voulait que Hagrid m'espionne pour le compte de mon père, je ne pus retenir un soupir délibérément bruyant et ouvertement blasé.
Depuis que je lui avais raconté la « visite cordiale » que mon paternel avait rendu à Sirius – comme il avait osé la qualifier dans une de ses lettres –, Riley était convaincue que son but était de se venger du Gryffondor et qu'il avait précisément élaboré la mystérieuse potion que m'avait donné Slughorn à cet effet.
Elle refusait d'admettre que ce plan imaginaire était peu crédible puisque, jusqu'ici, j'étais la seule à avoir avalé ladite potion, pour un résultat plutôt nul qui plus est.
— Hagrid ne ferait jamais ça, choisis-je pourtant de répondre, en optant pour une objection nouvelle et pertinente. Il adore Sirius.
— C'est à se demander qui n'adore pas Sirius, ironisa-t-elle.
La liste était longue, de tous les élèves qu'il avait un jour attaqués à tous les professeurs qu'il avait rendu dingues au cours des dernières années, mais je ne pus m'empêcher de me désigner moi-même du pouce.
— J'en suis pas spécialement fan ces derniers temps, et toi non plus.
Elle eut un sourire d'approbation.
— Peut-être que comme toi, Hagrid a des trucs à lui reprocher et que, comme moi, il a décidé d'y remédier autrement qu'en lui jetant des regards mauvais.
— T'as rien fait d'autre que d'aller lui parler et tu crois pouvoir en déduire qu'une personne que tu viens à peine de rencontrer a prévu de le tuer avec l'aide de mon père ? Et puis, je ne me suis pas contentée de lui jeter des regards mauvais, je l'ai envoyé dans un mur !
— Tu ne l'as même pas fait exprès, Atkinson ! Alors que moi, je l'ai menacé de détruire l'intégralité de ses relations sociales en moins d'une phrase !
— Une phrase que, comme par hasard, tu ne peux pas me répéter, lui opposai-je, aussi sceptique que vexée.
Elle leva ses deux mains vers le plafond en signe d'impuissance, comme à chaque fois que j'avais essayé d'en savoir plus sur sa confrontation avec Sirius.
— Je t'aurais bien tout raconté mais comme tu l'as si bien dit toi-même, personne n'aime voir ses secrets médicaux ébruités, surtout pas à Poudlard.
C'était déjà bien plus que ce que j'avais obtenu d'elle au cours des derniers jours et mes yeux s'écarquillèrent.
— T'as été fouillée dans son dossier médical ? m'indignai-je. Mais c'est interdit !
— J'aurais aimé mais figure-toi que Monsieur n'a pas de dossier médical. Il devait probablement avoir son guérisseur personnel à disposition chez lui.
Mon soulagement fut de courte durée puisqu'à peine cette hypothèse écartée qu'une autre, encore plus dérangeante, me traversa l'esprit.
— Tu ne lui as pas raconté des trucs sur mon état de santé, j'espère ? vérifiai-je, en sentant mon cœur faire une douloureuse embardée à cette idée.
Je passai par réflexe une main entre mes seins, là où ma blessure continuait à refuser de guérir, et sa grimace scandalisée fut une réponse évidente.
— Bien sûr que non ! Tu me prends pour qui ?
— Quelqu'un qui croit que Rubeus Hagrid serait capable de s'en prendre à Sirius sans raisons, autrement dit une personne qui ne sait manifestement pas où poser la limite, répondis-je sans mentir.
Elle me tira la langue puérilement.
— En attendant, il était aussi là quand Dumbledore vous a interrogé le jour de ton retour. Encore une coïncidence ?
Le souvenir me fit instinctivement grimacer, moins à cause de ce qu'il disait de l'implication de Hagrid dans mes ennuis personnels que parce qu'il ne me restait en mémoire que le peu d'intérêt que Sirius m'avait porté à cette occasion. Je m'efforçai toutefois de le cacher en croisant brièvement l'air triomphant de Riley et rien ne me parut plus efficace que de me lever dans l'intention de quitter la pièce.
— Si tu veux tout savoir, il y avait aussi son chien, Crockdur. Il ne ressemble pas du tout à mon chien et s'entend tellement bien avec Sirius qu'on pourrait croire qu'ils sont meilleurs potes mais je voudrais surtout pas t'empêcher d'en tirer la conclusion que Hagrid est en fait le propriétaire des deux chiens et qu'il les a élevés toute sa vie précisément pour espionner une gamine de 17 ans pour le compte de son père qu'il connaît à peine.
Mon ironie me valut un violent coup de poing dans l'épaule tandis qu'elle me suivait vers l'extérieur.
— J'essaie juste de t'aider à identifier quels sont tes ennemis à l'intérieur de cette école, Mack, mais si ça ne t'intéresse pas, tant pis pour toi ! Tu ne viendras pas te plaindre quand tu découvriras qu'ils sont bien plus nombreux que tu l'imagines !
oOoOoOoOo
J'eus la mauvaise idée d'hésiter, principalement parce que les raisons pour lesquelles j'avais décidé de venir étaient aussi nombreuses que nébuleuses et improbables, et elle en profita pour tirer sa baguette de la poche de sa robe, dans un geste rapide et imparable que Fenwick n'aurait pas désapprouvé.
— Tu as largement dépassé les cinq secondes imparties, Black, grinça-t-elle en la pointant sur ma poitrine.
— Ok, ok, ok, on se calme, Evans ! m'écriai-je en reculant d'un pas, les mains levées. Je me suis juste senti mal de m'être comporté comme un énorme connard ces derniers mois et je voulais me rattraper en t'aidant un peu, c'est tout !
Elle plissa les yeux, d'un air manifestement peu convaincu.
— Ces derniers mois seulement ? T'es un vrai connard depuis des années !
— Tu admettras quand même que je me suis surpassé ces derniers temps, insistai-je bêtement, sans réaliser tout de suite que c'était une ligne de défense pathétique.
Son grognement rageur me le fit comprendre rapidement, aussi bruyant que les crissements de ferraille aigus qui accompagnait l'ascension de l'élévateur dans lequel nous étions enfermés.
— Et c'est en me kidnappant dans le Hall du Ministère pile le jour où je dois me présenter à un entretien important que tu penses pouvoir te rattraper ? Si ça se trouve, le mec de l'accueil est dans l'ascenseur d'à côté en train de nous pourchasser pour nous livrer aux Aurors !
L'hypothèse me fit rire et je l'écartai d'un geste badin de la main.
— Ne t'inquiète pas pour Joseph, il croit que je suis Regulus et que mon paternel et toute sa clique vont lui tomber dessus s'il ose se dresser sur notre chemin.
Sa réaction fut loin de laisser transparaître le moindre soulagement puisqu'elle pressa son poing serré contre sa bouche, comme pour s'empêcher de hurler.
— Si je me fais ficher par le Ministère à cause de toi, Black, je te découpe en morceaux !
— Et si tu réussis ton entretien grâce à moi ? lui renvoyai-je avec défi. J'ai passé mon enfance à parcourir les couloirs de cet endroit avec mon père et à l'écouter me balancer des noms et des secrets dans l'espoir que je reprenne un jour les rennes de notre entreprise de corruption familiale !
Elle pinça les lèvres pendant une seconde, les yeux brillants d'intérêt, avant de secouer brusquement la tête.
— Je n'ai pas besoin de ton aide, j'ai déjà demandé toutes les informations dont j'avais besoin à Mackenzie.
J'en perdis un instant toute ma contenance et ce fut précisément le moment où l'ascenseur choisit de s'arrêter dans une secousse.
— Niveau un, Cabinet du Ministre, Secrétariats d'État et services associés, énonça une voix, froide et distante, tandis que les portes coulissaient pour nous laisser passer.
Après m'avoir adressé un rictus victorieux, s'être imperceptiblement redressée, avoir rangé sa baguette et épousseté le tailleur pantalon qu'elle portait sous sa robe, Evans sortit la première. Le bruit de ses talons fut absorbé par la moquette élégante sur laquelle elle fit quelques pas avant de s'arrêter, indécise. Pendant un instant, je fus tenté de m'appuyer nonchalamment contre les grilles de l'ascenseur toujours ouvertes, en lui offrant mon trait de sarcasme le plus méchant, mais choisis finalement d'abandonner cette idée avec un soupir.
Je n'avais pas fait une croix sur une grasse matinée pour échouer aussi bêtement.
— L'entrée du Comité des sortilèges expérimentaux est au bout du couloir, avant-dernière porte à gauche, lui indiquai-je en la rejoignant. C'est là que va se dérouler ton entretien, j'en suis sûr.
Elle se tourna lentement vers moi et je vis tout de suite que sa méfiance avait diminué pour laisser place à un air singulièrement partagé.
— C'est aussi ce que Mackenzie m'a dit.
— La preuve que je n'essaie pas de te saboter, commentai-je avec un sourire qui était davantage destiné à la Serdaigle qu'à mon actuelle interlocutrice. Atkinson n'a aucun intérêt à te mentir, et elle en est de toute façon incapable.
Hésitante, elle se mordit la lèvre et se balança d'un pied sur l'autre pendant quelques secondes mais l'une des portes du corridor les plus proches de notre duo s'ouvrit au moment où elle s'apprêtait à répondre. Je reconnu d'un coup d'œil les cheveux blonds très clairs qui surmontaient la silhouette longiligne qui s'en échappa et, par réflexe, j'attrapai la main de Lily la plus proche. Le regard mauvais dont j'écopai de sa part ne réussit pas à faire disparaître le sourire faux qui s'était automatiquement dessiné sur mes lèvres.
— Je te promets de te laisser me tuer sans protester si je fous en l'air ta journée de quelque façon que ce soit, Evans, lui murmurai-je en me penchant vers son oreille, suffisamment près pour que mon souffle caresse sa peau.
Elle fut loin de s'y montrer sensible puisqu'elle grogna, sans toutefois s'éloigner :
— Au moindre écart, je t'arrache les yeux.
Je laissai échapper un rire d'amoureux transi en lieu et place du ricanement sceptique que j'aurais adoré lui offrir et, sans attendre, l'entraînai dans mon sillage en direction du bout du couloir. Heureusement, je n'eus pas besoin de lui jeter trop de regards stupides et de sourires idiots avant que, sans surprise, ma cible me reconnaisse.
— Sirius ? m'interpella-t-elle immédiatement en s'arrêtant, étonnée.
— Alicia ? répliquai-je sur le même ton, poussant le vice jusqu'à écarquiller les yeux.
Je me détachai ensuite de Lily pour serrer la nouvelle venue brièvement dans mes bras.
— Ça fait des années que je ne t'ai pas vu ici ! fut son premier commentaire, évidemment.
Elle l'accompagna même d'un petit sourire faussement inquiet et je dus me mordre l'intérieur de la joue avec force pour m'empêcher de lui faire ravaler son hypocrisie en lui enfonçant mon majeur dans l'œil.
— Tu connais mon père mieux que moi, il fait jamais ça à moitié quand il décide de couper court à toute relation avec quelqu'un, choisis-je toutefois d'ironiser, avec une perfidie à peine voilée.
L'attaque la fit ciller, une seconde à peine mais une seconde quand même, avant qu'elle ne m'offre un rictus de compassion pour le moins glacial.
— Espérons que tu ne le croiseras pas, dans ce cas. Où est-ce que tu vas d'ailleurs ?
Je savais pertinemment que la question n'était pas innocente et que d'ici quelques heures tout au plus, ma réponse parviendrait aux oreilles de mes géniteurs. Cela ne me dissuada cependant pas de glisser mes doigts entre ceux – particulièrement crispés – de Lily, tout en la désignant du menton avec un large sourire qu'elle s'efforça d'imiter, quoiqu'avec moins de succès que moi.
— J'accompagne ma petite-amie à son entretien pour un poste au Département des Mystères, indiquai-je avec enthousiasme. Elle est censée le passer avec Rookwood.
— Ah oui, fut la réponse qu'elle nous offrit, déjà désintéressée. J'ai entendu dire qu'il faisait passer quelques entretiens aujourd'hui au comité. Bonne chance.
Les remerciements polis qu'Evans lui adressa en réponse mirent fin à la conversation naturellement et il me fallut toute ma volonté pour attendre qu'elle se soit suffisamment éloignée de nous avant de tourner un jeu de sourcils railleur en direction de ma camarade.
— Libre à toi de me congédier si tu estimes toujours ne pas avoir besoin de moi, Evans.
Elle pinça les lèvres, vaincue mais incapable de l'admettre aussi clairement.
— C'était qui cette fille d'abord ? marmonna-t-elle donc, par pur esprit de contradiction.
— Alicia Roy, répondis-je sans m'en offusquer. Elle travaille comme assistante au Secrétariat d'État à l'Éducation.
— Vous aviez pas l'air de beaucoup vous apprécier.
Je haussai les épaules, peu étonné par la finesse de sa remarque.
— C'était l'une des nombreuses maîtresses de mon père qui travaillait dans ce couloir quand j'étais plus jeune et il a sans doute brisé son rêve de prendre la place de ma mère à la tête d'une des familles les plus riches et influentes du pays en la jetant au bout de quelques semaines, comme toutes les autres.
Pendant une seconde, ses iris émeraude se teintèrent d'une lueur de surprise mêlée de dégoût, de celle que j'avais vu dans les yeux de tous ceux qui, contrairement à moi, avaient été élevés par un couple amoureux dont l'histoire ne se limitait pas à une association politique. Elle se reprit très vite, cependant, reléguant loin de moi cet air de pitié que j'avais en horreur.
— Et Rookwood, qu'est-ce que tu peux me dire sur lui ? C'est vraiment ton oncle ?
— Merlin, non, ricanai-je. J'ai déjà bien assez de parents psychopathes comme ça. Il se trouve juste qu'au royaume de la consanguinité, tout enfant se doit d'affluer n'importe quel adulte un tant soit peu proche de sa famille du doux nom d'Oncle et de Tante.
Sa grimace chargée d'appréhension m'indiqua qu'elle avait clairement saisi le fond de mon propos.
— Il partage donc les mêmes idées que tes parents ? vérifia-t-elle quand même.
Je hochai la tête d'un air contrit et hésitai une seconde avant de préciser :
— Il est peut-être même plus dangereux qu'eux, parce que les Black font partie des vingt-huit familles « consacrées », dont personne n'oserait remettre en cause le statut et qui n'ont même pas besoin de s'encombrer à tuer des moldus pour être considérés comme alliés à la cause. Rookwood ne fait pas partie de ces connards chanceux et serait sans doute prêt à tout pour faire ses preuves.
Elle pâlit considérablement, en marmonnant un « Super » sarcastique et défaitiste, mais fidèle à un trait de caractère que, selon Potter, je partageais avec elle, elle redressa bientôt le menton.
— Si tu as des informations rassurantes, c'est le moment de me les filer, Black. Je suis à deux doigts de m'enfuir en courant.
Pendant une seconde, j'oubliai qu'il s'agissait d'Evans, une fille qui ne m'inspirait en général qu'agacement et exaspération, et, touché par la note tremblante dans sa voix, je serrai doucement sa main que je tenais toujours dans la mienne. Le geste ne dura qu'une ou deux secondes, pas plus, et pourtant, je sentis ses doigts se détendre avant de les relâcher, malgré le haussement de sourcils surpris qu'elle m'adressa.
— A priori, je dirais qu'il y a peu de chances qu'il s'attaque à toi au sein du Ministère, c'est déjà une bonne chose. Et surtout, ajoutai-je, quand elle me fusilla du regard, Rookwood fait partie d'une catégorie de personnes que je connais par cœur, qui n'hésitent pas à tordre un peu leurs sacro-saints principes s'ils y trouvent un intérêt. Mon conseil, c'est que tu lui fasses réaliser que tu es indispensable à son département et si j'en crois les éloges permanentes de Potter, tu devrais y arriver aisément.
Elle sembla hésiter entre lever les yeux au ciel et sourire devant la référence à James, avant de se mordre l'intérieur de la lèvre inférieure en soufflant un « Tu crois ? » incertain. Pendant un instant, je fus tentée de la rassurer comme j'aurais rassuré Peter lorsqu'il doutait de lui-même mais, soudain gêné et effrayé par l'idée d'une telle proximité amicale entre nous, je reculai de deux pas avec un ricanement léger.
— T'as intérêt en tous cas, Evans. T'es une Gryffondor, l'honneur de toute notre maison pèse sur tes épaules !
Elle roula des yeux sans pouvoir se retenir de rire et j'en profitai pour la pousser vers le côté du couloir qu'elle devait rejoindre, en me dirigeant moi-même vers l'ascenseur.
— Où est-ce que tu vas, toi ? s'enquit-elle – et, pendant une seconde, j'eus l'impression qu'elle allait me demander de rester avec elle, ou tout du moins de l'accompagner jusqu'à la porte.
Elle ne fit ni l'un ni l'autre, cependant, couvrant son anxiété derrière un air curieux.
— Prendre des nouvelles de l'enquête sur ma tarée de cousine à l'étage du dessus. Si je ne suis pas près de la Fontaine de la Fraternité magique quand tu auras fini, attends-moi là-bas, ok ?
Elle hocha la tête sans songer à remettre en question mon plan et je lui offris un dernier clin d'œil d'encouragement avant de m'engouffrer dans l'ascenseur.
La dernière chose que je vis avant que les portes ne se referment fut sa silhouette droite et sa démarche assurée, loin de l'appréhension qu'elle affichait encore quelques secondes plus tôt, et, pour la première fois peut-être, je compris pourquoi James l'avait toujours admirée.
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Malgré la paranoïa de Riley à propos de mes « ennemis intérieurs » – qui, à l'en croire, pouvait se cachait derrière toute personne qui m'adressait la parole –, j'étais convaincue que, pour l'instant tout du moins, les principaux dangers qui risquaient jusqu'à il y a peu de croiser ma route avaient disparu.
Millstone, le plus embêtant et le plus vindicatif d'entre eux, avait heureusement quitté le château, Daniel, Sirius et tous mes camarades de Serdaigle, dont la seule présence mettait mes nerfs à rude épreuve, aussi et Adrian ne m'embêtait plus qu'avec des courriers.
Seul Regulus demeurait et, malgré les derniers incidents qui nous avaient opposés, le fait qu'il avait fait des premières semaines après mon retour un véritable enfer, toutes les choses que Sirius m'avait dites à demi-mots de lui et sa famille qui me terrorisait désormais plus que tout, j'avais décidé de lui accorder le bénéfice du doute.
Peut-être parce que j'avais à deux reprises été physiquement violentes avec lui, que la parole d'une personne qui m'avait si lâchement laissé tomber ne méritait pas de l'emporter sur celle de son frère et qu'il faisait des efforts visibles pour se montrer cordial, voire sympathique, avec moi. Peut-être aussi parce que l'avenir de mes notes dans certaines matières dépendait étroitement du succès de ma collaboration avec lui.
Contrairement à Thomas et ses affabulations de commère, j'étais convaincue que c'était ce dernier élément qui expliquait la nouvelle attitude que Regulus déployait à mon égard. Chaque fois qu'il m'avait abordé par des mots plutôt que d'un vague signe de la tête pour me saluer, ces derniers jours, il avait évoqué notre projet commun de Runes, et plus précisément la nécessité pour nous de choisir un sujet.
Les premiers jours après l'arrivée de Riley, j'avais réussi à obtenir un sursis de sa part mais lorsqu'il m'aborda à la sortie du dîner ce soir-là, le regard désapprobateur qu'il adressa à notre duo – et en particulier en direction de Thomas qui lui offrit son sourire le plus sardonique – ne laissait aucun doute sur le fait que j'avais épuisé sa patience.
Ce fut cependant sur un ton poli qu'il s'enquit :
— Est-ce qu'on pourrait se retrouver demain pour commencer à travailler ? Dans la matinée ou l'après-midi, comme tu préfères.
— Désolée Black, mais on a déjà des projets pour toute la journée de demain, répondit Riley avec une grimace faussement navrée, avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir la bouche.
C'était faux, bien sûr, ou, du moins, « nos projets » n'étaient pas aussi fixés qu'elle le sous-entendait : ils consistaient surtout à continuer à errer dans le château, que Thomas s'était mise en tête de découvrir dans les moindres recoins avant qu'il ne soit de nouveau envahi par les élèves.
Regulus, qui n'en avait aucune idée, pinça quand même les lèvres.
— Ce n'est pas à toi que je parlais, siffla-t-il, peu amène. Et je pense que Mackenzie est assez grande pour me répondre et prendre ses décisions toute seule.
Riley ne put retenir un petit rire, avant de tourner son gigantesque sourire moqueur dans ma direction.
— Évidemment. Qu'est-ce que tu en penses, Mackenzie ?
L'emphase sur le dernier mot, ainsi que le jeu de sourcils peu discret avec lequel elle accompagna sa question, me fit rouler des yeux d'exaspération. A tous les coups, j'allais entendre parler du fait que Black m'appelait désormais par mon prénom pendant des semaines.
— Je peux me libérer pour une ou deux heures demain matin, indiquai-je d'un ton neutre. Pendant que tu iras courir, par exemple ? ajoutai-je à l'attention de mon amie.
Elle eut un mouvement de la tête indifférent et Regulus se fendit de son air le plus satisfait.
— On se retrouve dans la salle de Runes à 10h alors.
— 11h ? négociai-je, parce que je tenais à rattraper mon réveil brutal et douloureux de ce matin par une grasse matinée.
Il roula des yeux mais m'accorda mon heure de répit d'un signe de tête.
— Je ne dirais rien mais je n'en pense pas moins, ricana Riley quand il prit congé, sans m'épargner néanmoins son mouvement de sourcils le plus pervers.
Quelques instants tentée de la laisser mourir d'ennui seule à l'infirmerie pour aller profiter de mon dortoir vide de toutes ses insinuations, je fus vite rattrapée par mon cœur en chamallow quand Pomfresh l'obligea à passer la fin de l'après-midi et la soirée dans son lit d'infirmerie. De ce qu'elle m'en avait dit, Riley ne faisait plus beaucoup de crises depuis quelques semaines mais lorsqu'elles se manifestaient désormais, l'augmentation affolante de sa tension artérielle et l'affaiblissement de son rythme cardiaque l'obligeaient à demeurer sous une surveillance médicale stricte. Malgré ses dénégations, je devinai, à ses grimaces régulières, que cette crise-là s'accompagnait d'une migraine et, prise de compassion, je lui tins compagnie sur son lit jusque tard dans la nuit, le reste des sucreries envoyées par mes parents entre nous pour accompagner nos bavardages.
Ce régime alimentaire pour le moins équilibré nous valut de nouvelles réprimandes lorsque nous nous réveillâmes sur le même lit, à dix heures passées, des cadavres d'emballages en guise de couvertures. L'infirmière n'accepta de nous laisser partir qu'après de nouveaux examens pour Riley, une énième vérification de ma blessure et un petit déjeuner composé de plus de protéines que de sucres, qu'elle nous observa ingurgiter jusqu'à la dernière miette, imperturbable.
— Et que je n'entende pas dire que vous avez traîné dans les cuisines à la recherche de gâteaux aujourd'hui ! nous menaça-t-elle une dernière fois, sur le pas de la porte.
Thomas se contenta d'un soupir insolemment lourd et attendit d'avoir fait quelques pas pour marmonner :
— Et dire que le monde entier a la trouille d'un gars qui n'a même pas les couilles de s'en prendre directement à ceux qu'il veut atteindre, alors que l'avenir de la tyrannie est clairement ici, dans l'infirmerie de Poudlard.
La référence à la menace qui pesait sur notre pays – et qui me paraissait désormais bien plus prégnante que quelques mois plus tôt – m'empêcha de rire de son sarcasme, faisant courir un désagréable frisson sur les poils de mes avant-bras. J'y vis en plus un sous-entendu sur ce qui lui était arrivé à elle, une confirmation, même, de l'hypothèse que Sirius avait trouvé si intéressante après notre expédition du Nouvel An, qui voulait que Riley avait été la victime d'un conflit idéologique entre Voldemort – ou ses sbires – et ses parents.
Avec tout ce qui s'était passé depuis dans ma vie, je n'avais jamais eu l'occasion d'exposer cette théorie à la concernée et je profitai de notre arrivée dans la Salle de Runes encore vide pour lui poser directement la question.
Elle haussa les épaules, tout en sautant sur l'estrade pour prendre place en tailleur sur le bureau professoral.
— Mes parents prétendent partout que ce sont des conneries de guérisseurs paranoïaques et que tout ce qui m'est arrivé n'est qu'un déplorable accident mais je suis convaincue qu'ils mentent. Darius aussi d'ailleurs, ajouta-t-elle d'un ton définitif, comme si le point de vue de son frère ne laissait place à aucun doute.
J'aurais voulu partager la désinvolture qu'elle affichait mais ma gorge qui se serra à l'idée qu'elle ait raison me poussa à demander, d'un ton presque vindicatif :
— Et pourquoi est-ce qu'il s'en serait pris à tes parents spécialement ? Pourquoi eux et toi, et pas n'importe quelle autre famille qui ne serait pas d'accord avec lui ? C'est pas le choix qui manque !
Elle eut un nouveau mouvement indéfini des épaules tandis que je m'installais sur une table face à elle, au premier rang.
— Ils sont diplomates, ça pourrait lui être utile.
— On parle d'un psychopathe qui a des disciples à son service et qui n'a jamais hésité à attaquer de parfaits innocents parce qu'ils ne correspondent pas à l'idée qu'il se fait d'un être humain respectable, Thomas ! On peut pas dire qu'il ait brillé par son sens de la diplomatie jusqu'ici.
— Justement, il s'est peut-être rendu compte que sa méthode de barbare avait ses limites et qu'il était temps de la modifier un peu, objecta-t-elle sans se laisser démonter. Même les tyrans ont besoin d'alliés bien placés pour prendre le pouvoir et le plus souvent, ils les trouvent à l'étranger. D'où mes parents.
La véracité de sa remarque, qui faisait écho à la conversation que j'avais vaguement entendu entre Darius et Lily quelques soirs plus tôt, me fit déglutir sans élégance et je restai silencieuse pendant un instant, en jouant du bout des doigts avec un accroc sur ma cape.
— Et tu crois que tes parents pourraient céder s'il… euh, s'il insiste ?
— Tu veux dire, s'il s'en prend encore à moi ? reformula-t-elle avec ironie. Je dirais que la façon dont ils m'ont abandonné dans un hôpital pendant des mois est une preuve que Voldemort et ses copains n'ont aucune chance de les convaincre en s'attaquant à moi.
Son amertume était palpable et me poussa à proposer, mal à l'aise :
— Peut-être qu'ils essaient seulement de l'éloigner de toi en feignant de ne pas s'inquiéter.
Elle ricana, amère.
— Tu te fais une trop belle idée de mes parents parce que les tiens t'estiment plus importante que leurs stupides boulots. C'est pas le cas pour tout le monde.
Il n'y avait aucune méchanceté dans sa voix, mais je ne pus m'empêcher de songer à Sirius, les rares fois où il avait abordé le même sujet avec moi, généralement pour m'indiquer – froidement et avec dureté – que je ne pouvais pas comprendre. C'était quelque chose qui m'avait toujours secrètement vexée, parce qu'il m'interdisait presque, à sa façon, de me plaindre de mes parents, sous prétexte qu'ils n'avaient pas encore décidé de m'abandonner.
Plutôt que de le lui reprocher, au risque de manquer d'empathie et de passer pour une gamine capricieuse inconsciente de sa chance, j'avais toujours changé de sujet et ce fut ce que je fis cette fois aussi avec Thomas, malgré toute la rancœur que je nourrissais ces derniers temps envers mes propres parents.
— Tout ce que je dis, c'est que Tu Sais Qui n'est pas connu pour abandonner et qu'il pourrait trouver d'autres moyens d'augmenter la pression s'il veut absolument obtenir quelque chose d'eux.
Mon fatalisme, qui m'aurait certainement valu une remarque sur mon manque de délicatesse de la part de quelqu'un d'autre, ne lui tira qu'un sourire plein de toutes les certitudes qu'elle semblait avoir et que j'étais incapable de partager.
— Il découvrira bien vite que chez les Thomas, on a plein de défauts mais aucun qui implique de se détester au point d'aller ramper comme une vermine aux pieds du premier mégalomane qui se présente pour faire son sale boulot à sa place. On vaut bien mieux que ça, même mes parents.
Pendant une seconde, j'hésitai à jouer la rabat-joie et à lui faire remarquer que quoiqu'elle puisse en penser, toute l'obstination du monde ne serait sans doute pas suffisante face à une menace imminente sur sa vie ou celle de Darius mais un bruit inattendu, sur ma gauche, m'en empêcha.
Je reconnus Regulus avant même de tourner les yeux vers la porte, et pas uniquement parce que l'horloge accrochée au-dessus du tableau marqua au même moment l'heure de notre rendez-vous, comme pour saluer sa ponctualité.
Le reniflement qu'il avait émis, de toute évidence en réponse à la remarque de Riley, ressemblait beaucoup trop à ceux qui échappaient par mégarde à Sirius lorsqu'il était vexé et s'avérait incapable de le cacher. Ses yeux gris plissés dans notre direction, que je croisais l'espace d'une seconde, ne firent qu'accentuer ce trait de ressemblance frappant qu'il partageait encore – comme tant d'autres – avec son grand frère.
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A l'étage du dessus, mon plan était de me faufiler jusqu'au bureau des Aurors le plus discrètement possible, en essayant de ne pas attirer l'attention sur mon identité ou mon âge, dans l'espoir de tomber sur une conversation ou des informations qui, par un heureux hasard, concerneraient ma cousine et ses copains terroristes.
Il vola en éclats quelques minutes à peine après que j'eus posé les pieds dans le long couloir qui menait à leur Q.G., quand je tombai sur une personne qui, même dans la tenue de membre de l'équipe de maintenance que j'avais endossé et sous la large casquette qui cachait désormais mes cheveux et mon front, n'eut aucun mal à me reconnaître.
Ce n'était toutefois pas mon père, ce que je me surpris presque à regretter en sentant mon souffle se bloquer soudainement dans ma gorge.
Mon paternel, lui, n'aurait jamais eu le courage de me prendre à parti au beau milieu d'un couloir bondé, et encore moins en me saisissant par le cou pour mieux m'étrangler contre le mur le plus proche.
Daniel Horton ne souffrait pas de toute évidence pas de la même lâcheté et j'aurais pu m'étonner de ce comportement de la part d'un Serdaigle si je n'étais pas trop occupé à essayer de respirer malgré ses doigts serrés compulsivement autour de ma gorge.
— Qu'est-ce que tu fous ici, espèce de connard ? grogna-t-il, entre ses dents tout aussi serrées. T'es venu espionner pour le compte de ta tarée de famille, c'est ça ?
— Hey, vous deux ! s'écria une voix outrée au même moment. On ne se bat pas dans les couloirs !
Je sentis presque instantanément la main de Horton relâcher sa pression, probablement sous l'effet de la baguette qu'un Brigadier – je reconnus son uniforme – venait de pointer sur nous. Il n'eut cependant pas le temps de nous admonester davantage : ayant tout juste avalé deux goulées d'air, le sang battant à mes oreilles presque aussi violemment que mon cœur contre ma poitrine, je me jetai à mon tour sur mon camarade dans un grognement rageur.
Notre atterrissage quelques mètres plus loin fut salué par plusieurs cris apeurés ainsi qu'un glapissement de douleur de la part de Horton lorsque je lui enfonçai mon genou dans le ventre pour le maintenir au sol.
— Répète un peu ce que tu viens de dire pour voir, lui crachai-je sans m'en émouvoir une seconde.
Il ne lui en fallut pas plus pour retrouver son air féroce, malgré ses lunettes de travers et la méchante coupure qu'elles avaient occasionné en se cassant sur son nez, et il aurait sans doute répété sans sourciller les mêmes insultes si une main ne m'avait pas brusquement saisie par le col.
— Est-ce que j'ai vraiment la gueule de quelqu'un qui a que ça à faire ? grogna le même Brigadier que tout à l'heure, en me reposant presque instantanément sur mes jambes.
Il était blond, grand et sa tête ne me disait absolument rien mais ses yeux verts plissés d'un air aussi las que menaçant me dissuadèrent de répondre par l'affirmative. D'un geste tout aussi sec, il ramassa Horton toujours affalé au sol, avant de lui offrir un froncement de sourcils perplexe.
— T'es pas de la famille Londubat, toi ?
Le Serdaigle se fendit d'une grimace indignée en lâchant un « Plutôt mourir ! » dont le caractère catégorique et dégoûté eut l'air de prendre l'inconnu de court.
— On va quand même aller vérifier. Et toi, tu viens avec nous ! grinça-t-il en me poussant devant lui avant que je n'ai pu penser à m'enfuir.
Je me retrouvai ainsi à traîner des pieds au même niveau que Horton, qui avait subi le même sort et qui eut le culot de me lancer un regard assassin avant de baisser la tête vers ses chaussures d'un air boudeur.
C'était lui qui m'avait sauté dessus, pas l'inverse !
A l'instant où nous entrâmes dans le Q.G. des Aurors, je repérai celui que je devrais convaincre de cet état de fait et j'eus immédiatement la conviction que cette excuse, malgré tout ce qu'elle recelait de vérité, ne le convaincrait pas.
Frank avait assisté à un peu trop de débordements de violence de ma part quand j'étais Batteur dans son équipe pour me croire.
— Hey Londubat ! l'interpella notre bourreau du jour, alors que je réajustais d'un geste nerveux la casquette sur mon crâne, dans l'espoir de cacher mon visage. Il est pas à toi celui-là ?
Il désigna Horton qui grogna :
— Vous êtes sourd ou quoi ? J'ai déjà dit que j'étais pas un putain de Londubat !
Du coin de l'œil, je vis Frank relever la tête de son bureau avec lenteur et rouler des yeux d'un air désabusé.
— Il est à Alice, et donc un peu à moi aussi malheureusement. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
Je fus à nouveau poussé vers l'avant.
— Il se battait avec ce guignol-là dans le couloir juste à côté. Tu le connais ?
Toute la volonté que je mis dans ma requête ne me permit pas d'acquérir en quelques secondes le don de Métamorphomage de ma petite cousine et, malgré mes yeux rivés sur le sol à mes pieds, mon ancien camarade n'eut aucun mal à me reconnaître. Ses iris se teintèrent d'une lueur de surprise qu'il était impossible d'interpréter autrement mais il eut le bon goût de ne pas m'offrir un « Black, qu'est-ce que tu fous là ? » qui aurait mis à mal ma couverture.
Il se contenta seulement de se lever de sa chaise avec un soupir las.
— Je m'en occupe. Merci Savage.
Le dénommé répondit d'un signe du menton qui semblait signifier bon courage et s'éclipsa, non sans nous avoir adressé un dernier coup d'œil mauvais. D'un geste sec et sans un mot de plus, tout juste un nouveau soupir de désespoir, Frank nous invita à le suivre à travers la pièce bourdonnante jusqu'à un premier couloir qui s'ouvrait sur plusieurs salles vides.
Des salles d'interrogatoire, jugeai-je en avisant les tables austères qui occupaient le centre de chacune et la chaise du suspect, ornée de charmantes chaînes.
Heureusement, ce ne fut pas là que nous nous arrêtâmes mais devant la quatrième salle d'une nouvelle série de pièces qui semblaient abriter les réunions des Aurors.
— Ta sœur va te tuer, Daniel, j'espère que tu en as conscience, déclara alors Frank, en se tournant vers le concerné. Tu épuises un peu trop sa patience en ce moment.
— C'est pas ton problème, Londubat, cracha l'autre avec agressivité.
Loin de s'en vexer, l'ancien Gryffondor haussa les épaules sans insister et choisit de reporter son attention sur moi.
— J'espère que toi aussi, tu as une bonne excuse, m'offrit-il laconiquement, avant de taper deux coups à la porte.
Il l'ouvrit sans attendre de réponse et, malgré sa carrure qui cachait l'essentiel de la scène, j'aperçus une silhouette surmontée de cheveux blond cendré assise sur une chaise, des centaines de parchemins devant elle, certains en piles précaires, d'autres étalés dans un bordel dont la seule vue aurait donné de l'urticaire à Lunard.
— Excuse-moi, Allie, je sais que tu bosses sur ton témoignage pour le procès de demain mais ça me paraissait urgent. C'est… euh…
Incapable de trouver comment expliciter la situation, Frank se décala d'un pas avec une grimace et j'eus l'excellent réflexe de faire un bond en arrière, laissant Horton seul dans l'encadrement de la porte. Malgré sa taille tout à fait respectable, il n'était pas aussi imposant que Frank et, dans l'espace vide entre son bras gauche et le chambranle, je pus voir les yeux d'Alice s'écarquiller d'horreur en apercevant son frère.
— Par Morgane et Circée, Danny, qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'exclama-t-elle en se levant aussitôt.
Je me rappelai du même coup les lunettes cassées du Serdaigle et le sang sur son arcade sourcilière, en même temps que la tendance excessive de la sœur, pendant toutes ses années à Poudlard, à protéger le petit frère. A sa manière, Alice était même pire que James quand il calquait son comportement sur celui d'Euphémia et cette comparaison suffisait à me terrifier.
Je tentai donc une nouvelle retraite stratégique avant qu'elle ne me voit mais Frank ruina tous mes efforts en me tirant sans ménagement vers lui. Mon « Hééé » indigné et instinctif acheva d'attirer toute l'attention sur moi, détournant momentanément Alice du visage tuméfié de son crétin de frangin.
— Sirius ? s'étonna-t-elle, les sourcils froncés. Qu'est-ce que tu fais là ?
— Il est venu espionner pour le compte de sa cousine, ce connard ! Quoi d'autre ?
— Casser ta sale gueule d'abruti fini, par exemple ? proposai-je dans un grognement rageur, en oubliant toute prudence. C'est pas les raisons ou l'envie qui manquent !
La mâchoire d'Alice se carra face à cette menace et, du coin de l'œil, je vis Frank lever les yeux au ciel, l'air de déplorer mon misérable instinct de survie.
— Savage les a trouvés en train de se battre dans le couloir, précisa-t-il.
Cela eut le mérite de détourner la colère de sa fiancée, qui papillonna des paupières d'un air alarmé.
— Travis ?
— Terrence.
Pendant une seconde, je me demandai si cette précision allait aggraver mon cas mais ce fut tout l'inverse : après avoir pincé les lèvres d'exaspération, Alice se tourna vers son frère et, d'un geste brusque qui le prit de court, le tira à l'intérieur de la pièce. Il fut poussé sans ménagement sur la première chaise venue, qui manqua de basculer sous la violence du choc.
— Non mais t'es complètement dingue ou quoi ?! s'insurgea Daniel en se relevant immédiatement, les traits déformés par la colère.
Sa sœur le renvoya à sa place d'un simple mouvement de baguette et je profitai des protestations de Horton pour chuchoter à Frank :
— On devrait les laisser régler leurs problèmes de famille tous seuls, non ? Personne n'aime laver son linge sale en public !
— Bien tenté, Black, ricana-t-il en m'invitant d'un geste courtois à rejoindre la salle de réunion, dont il ferma la porte. On sait tous les deux qu'il n'y a que comme ça que tu aimes laver ton linge.
La référence à la raison pour laquelle j'avais été viré de l'équipe de Quidditch en quatrième année ne m'échappa pas mais, plutôt que de lui offrir mon œillade la plus noire, qui ne ferait que lui confirmer qu'il avait raison, je préférai me concentrer sur le spectacle beaucoup plus réjouissant de Horton en train de se faire pourrir par sa sœur.
— Est-ce que tu réalises, Daniel, que je travaille ici ? cracha-t-elle d'une voix excédée, après que son frangin lui ait dit – avec la volonté de mourir immédiatement, je ne voyais pas d'autre explication – qu'il n'en avait « rien à foutre de son avis ». Ce n'est pas l'entreprise de mon père ou de ma mère, c'est mon lieu de travail ! Qui sert à payer nosfactures et à préparer tonavenir ! Tu crois que tu peux faire ce que tu veux ici sans que ça ne me retombe dessus ? Qu'on ne me virera pas au prétexte que je dois m'occuper de mon frère et qu'on a pas la vie facile ? Eh bien figure-toi que non ! On a aucun privilège, Daniel, et personne n'est derrière moi pour nous rattraper si tu fous tout en l'air ! Il serait temps que tu le réalises.
Un silence gêné s'abattit sur la pièce, que Frank fut le premier à briser en contournant la table pour serrer les mains tremblantes de sa fiancée entre les siennes. Daniel, de son côté, garda les yeux baissés vers ses pieds quelques secondes, avant de grogner, avec un mélange de mauvaise volonté et de contrition :
— Ok, c'est bon, je suis désolé. Mais c'est la faute de Black aussi !
Scandalisé par sa mauvaise foi, je me détachai du mur dans lequel j'avais espéré m'enfoncer pour disparaître.
— C'est lui qui m'a sauté dessus alors que je me promenais tranquillement dans le couloir !
— Et tu te promènes souvent en tenue d'homme de ménage près d'un endroit où les psychopathes de ta famille voudraient bien avoir des espions, alors que tu pourrais être en train d'occuper tes vacances en faisant des conneries avec Potter ? ironisa-t-il froidement.
— Il marque un point, Black.
Horton eut l'air aussi étonné que moi du soutien de Frank mais, raisonnable comme un Serdaigle, il choisit de l'accepter.
— Je ne suis pas là pour espionner ! me défendis-je, indigné.
Ce fut au tour d'Alice de hausser un sourcil sceptique.
— C'est exactement ce que tu m'as dit quand tu me suivais partout à l'époque où Frank et moi n'avions encore dit à personne qu'on sortait ensemble mais que toi et James l'avez découvert et vouliez nous prendre sur le fait. Tu te souviens de ce que je t'ai fait ? J'ai appris plein d'autres sorts depuis…
Je grimaçai face à cette menace, peu désireux de me retrouver le cul de nouveau collé – littéralement collé– à une chaise pendant une journée. Le sourire effrayant qu'étira Frank à ses côtés me rappela qu'il n'était pas plus sain d'esprit que sa copine puisque Potter avait passé plusieurs heures coincé dans une armure ce jour-là.
— D'accord, d'accord, j'avoue ! Mais j'espionne pas pour le compte de ma cousine ! Ni de personne d'autre d'ailleurs ! Je voulais juste… je sais pas, savoir si vous aviez découvert qui est la troisième personne qui a attaqué Mackenzie avec Bellatrix…
Alice et Frank échangèrent un regard dont la teneur m'échappa mais le cadet des Horton, lui, n'eut pas l'air le moins du monde convaincu.
— Tu veux pas la laisser un peu tranquille, putain ? grogna-t-il, la mâchoire serrée. Elle t'a dit qu'elle voulait plus te voir ou te parler, ça implique forcément que tu arrêtes de te mêler de ce qui a pu lui arriver dans cette attaque qui, comme par hasard, t'a épargné toi !
— Aux dernières nouvelles, elle te parle pas non plus et ça t'empêche pas d'ouvrir ta grande gueule pour raconter des conneries ! crachai-je en contractant les poings aussi fort que mon cœur ne se serra.
A en croire son regard noir, il n'apprécia pas plus que moi ce rappel mais Frank, en éclatant d'un rire incrédule, l'empêcha de répliquer.
— Vous voulez dire que votre problème, c'est que vous vous disputez pour la même fille ?
— Pourquoi est-ce que les mecs se sentent toujours obligés d'être aussi stupides, franchement ? renchérit Alice d'un ton blasé, en levant les yeux au ciel. Alors que la solution est souvent juste sous leur nez ?
— Je n'en ai pas la moindre idée, répondit l'autre d'un air dépassé, comme s'il n'appartenait pas à la catégorie de personnes qu'elle dénigrait.
Mon propre ego de mâle, au moins autant que cette accusation infondée, me tira une grimace scandalisée.
— Ça n'a rien à voir ! m'indignai-je, tandis qu'Horton se contentait d'un « vous êtes aussi stupides l'un que l'autre » hautain et méprisant. J'étais là, je vous rappelle, c'est moi qui ai failli la voir mourir !
Ma voix un peu trop rauque et incertaine fit flancher les deux Aurors, je le vis surtout dans le regard âpre d'Alice qui se posa sur son frère à la seconde où il ouvrit la bouche pour commenter – avec acidité, évidemment.
— Tous les Sangs Purs ne sont pas des connards et certains regrettent même de l'être autant que toi, Daniel. On en a déjà parlé.
Il eut le bon goût de ne rien répondre, à défaut d'avoir l'air vraiment convaincu, et sa sœur, avec un soupir, me désigna une chaise, en face de laquelle elle prit place avec Frank.
— Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ?
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Contrairement à Sirius, qui n'était jamais capable – et ne tentait d'ailleurs jamais – de le cacher, Regulus perdit toutefois très vite son air blessé, si vite en réalité que j'eus à peine le temps de me convaincre de mon parallèle avec son aîné. En quelques secondes, sa mâchoire carrée par la colère laissa place à des traits moins tirés et il se contenta de plisser les lèvres avec agacement, dans une mimique que je connaissais désormais très bien mais qui n'avait plus rien à voir avec Sirius.
— Qu'est-ce qu'elle fait là ? demanda-t-il d'un ton glacial, en désignant Riley d'un signe de la tête clairement méprisant. On est censés travailler, Atkinson, pas échanger des potins en se peignant les ongles.
Thomas laissa échapper un rire avant que je ne puisse même envisager de m'indigner de ce commentaire aussi ridicule que misogyne.
— Si t'avais tellement envie de travailler et pas de récolter des potins justement, t'avais qu'à entrer plus tôt à la place de nous espionner comme une commère depuis le couloir.
A ma grande satisfaction, teintée cela dit d'un brin de surprise, les joues de Black se teintèrent, l'espace de quelques secondes, d'une rougeur suspecte.
— Je vous espionnais pas, grinça-t-il néanmoins. Je viens juste d'arriver.
— Peut-être que tu devrais faire un tour à l'infirmerie pour vérifier avec Pomfresh s'il est normal que ton ombre se déplace sans toi dans ce cas, ironisa Riley. Ça fait bien cinq minutes que je la vois au niveau de la porte et y'a personne d'autre que toi dans ce couloir.
Pour illustrer son propos, elle sauta du bureau et se dirigea vers lui, pour vérifier ses dires d'elle-même en passant la tête par la porte ouverte.
— C'est bien ce que je disais, chantonna-t-elle après avoir théâtralement regardé des deux côtés. Personne.
Près d'elle, démesurément droit et crispé, Regulus se contenta de pincer les lèvres et, plutôt que de lui répondre, tourna son regard polaire dans ma direction.
— On réussira jamais à travailler si vous restez collées l'une à l'autre comme des siamoises, Atkinson.
Connaissant mon amie, il n'avait pas totalement tort sur le principe, mais il était hors de question de le lui avouer.
— Elle ne nous dérangera pas. Pas vrai, Riley ?
Cette dernière eut le bon goût de ne pas afficher cet air espiègle qu'elle promenait partout et qui signifiait clairement qu'elle n'en avait rien à faire, levant deux mains innocentes devant elle pour preuve de sa bonne foi.
— Promis, vous ne m'entendrez pas. Je dois écrire une lettre à mon frère, de toute façon !
Et de fait, elle reprit immédiatement sa place sur le bureau professoral et, après avoir sorti des affaires de la poche de sa robe, s'y allongea pour entreprendre la rédaction de sa missive. Si Regulus eut l'air, au vu de son sourcil haussé, de vouloir commenter cette position pour le moins inédite, il choisit en définitive de s'installer sur une chaise à trois rangs de Thomas, où je finis par le rejoindre.
— T'as ramené de quoi travailler, au moins ? vérifia-t-il avant que je n'aie pu m'asseoir, en avisant mes mains vides et l'absence de mon sac de cours, que j'avais jeté avec joie dans un coin de mon dortoir depuis le début des vacances.
Sa mauvaise humeur me dissuada de râler à mon tour, au risque de passer ma journée à le supporter, et je me plantai devant Riley avec un soupir.
— Prête-moi de quoi écrire avant qu'il ne m'assassine à cause de toi, grognai-je à voix basse.
Elle cessa d'écrire et releva la tête pour m'offrir un sourire sardonique, en plus d'une plume et d'un morceau de parchemin qu'elle déposa dans ma main tendue.
— Il est vraiment pas content de devoir te partager avec moi, en tous cas, ne put-elle s'empêcher de commenter, moqueuse.
Son chuchotement – sans doute audible par Black dans le silence qu'il gardait – lui valut un regard noir.
— Épargne-moi tes commentaires et passe-moi de l'encre avant que je t'assassine à sa place !
Elle ricana.
— Désolée, j'en ai pas, il faudra demander ça à ton nouveau copain.
— Et ça, c'est quoi ? m'agaçai-je en attrapant la fiole posée à sa droite, dans laquelle j'étais certaine de l'avoir vu plonger sa plume.
D'un geste brusque et en se redressant, Riley me l'arracha des mains, pas suffisamment vite toutefois pour que je ne note pas l'odeur piquante qui s'en échappait, loin de celles des encres inodores que je possédais.
— Du jus de citron, si tu veux tout savoir, marmonna-t-elle en rebouchant la fiole.
Je fronçai les sourcils pendant une seconde, en jetant un coup d'œil perplexe au parchemin vierge étalé devant elle – et sur lequel elle avait de toute évidence écrit depuis qu'elle s'était installée. Rien n'y apparaissait pourtant et seul son aspect très légèrement gondolé donnait l'impression fugace qu'un liquide y avait coulé.
— Et pourquoi est-ce que tu écris à ton frère avec du jus de citron, au juste ?
Elle regarda furtivement en direction de Regulus, qui, je le réalisai, ne manquait pas une miette de notre échange.
— On fait ça depuis qu'on est petits, c'est un truc moldu, de la chimie de base, réponditt-elle rapidement. Je t'expliquerai un autre jour, quand ton copain la commère sera pas en train de nous espionner.
Je voulus prétendre qu'il avait autre chose à faire, parce que je n'aimais pas le sous-entendu que Riley prétendait tirer de l'attention que Regulus me portait, mais j'en fus dissuadée en voyant, dans la périphérie de mon champ de vision, les lèvres de Black se pincer au mot « espionner », preuve que c'était exactement ce qu'il faisait.
— C'est pas mon copain ! me contentai-je de grogner avec un regard mauvais, en m'éloignant.
Je l'entendis distinctement me souffler que ce n'était pas l'envie qui lui manquait et, résistant à mon besoin soudain de lever un majeur rageur dans sa direction, je me laissai retomber à côté de Black, désormais d'aussi mauvaise humeur que lui.
— Bon, sur quoi tu veux qu'on travaille ?
Mon ton rêche lui fit hausser un sourcil impérieux et je crus pendant un instant que j'allais retrouver le Regulus de ces derniers mois, qui m'avait servi sans discontinuer une ironie et un sarcasme blessant et agaçant. Il s'abstint pourtant de me proposer de travailler à « éradiquer mon impolitesse», comme je m'y attendais, et haussa simplement les épaules.
— On pourrait y réfléchir tous les deux. Tu as des idées ?
A vrai dire, je n'avais plus réfléchi à ce devoir depuis notre dernier cours de Runes, en partie parce que la présence de Riley m'en avait détournée mais aussi parce que j'étais partie du principe que la passion de Black pour le travail et son sérieux à toute épreuve m'épargneraient d'avoir à faire beaucoup d'efforts.
Il me paraissait toutefois dangereux de le lui avouer.
— Pas de très précises, prétendis-je donc. On peut peut-être travailler sur un texte de vieux Futhark, un truc scandinave ou germanique par exemple ?
Le coin droit de ses lèvres qui se releva légèrement m'indiqua qu'il voyait très clair dans mon jeu mais il ne fit aucun commentaire désobligeant.
— Tout le monde va prendre un texte de Futhark parce qu'on a étudié ça toute l'année. C'est la solution de facilité.
C'était précisément la raison pour laquelle cette option avait ma préférence, parce qu'elle n'impliquait pas de déterrer mes notes et livres de cours des années précédentes pour me remémorer d'autres alphabets runiques que j'avais oublié depuis longtemps, et Regulus le devina très vite.
Le léger rire railleur qu'il laissa échapper en fut une preuve évidente et s'avéra si proche de ceux que Sirius m'avait si souvent adressé que je fus tentée, pendant une ridicule seconde, de le frapper sur le bras pour le lui faire ravaler. La pensée, quand elle m'effleura l'esprit, me fit rougir bêtement et je dus me racler la gorge pour me donner une nouvelle contenance.
— Qu'est-ce que tu proposes à la place, Black ? D'inventer un nouvel alphabet pour être sûr de ne pas faire comme les autres ?
— Au moins, ça nous assurerait une bonne note, ironisa-t-il, insensible à mon sarcasme.
— Ça serait surtout un hors sujet puisque l'idée, c'est d'étudier quelque chose qui existe déjà.
— Mais pas forcément le vieux Futhark, me rappela-t-il d'un ton docte.
Je levai les yeux au ciel avec lassitude.
— Ok, Black, comme tu veux. Mais ne compte pas sur moi pour me casser la tête et trouver un sujet dont personne d'autre que nous n'aurait l'idée !
Comme si c'était exactement ce qu'il attendait que je dise depuis le début de notre conversation, Regulus étira un sourire satisfait.
— Ne t'inquiète pas pour ça, Atkinson, fit-il en se penchant vers son sac. Je ne compte jamais sur les autres pour m'en sortir brillamment.
oOoOoOoOo
Malheureusement, même Alice et Frank n'eurent aucune réponse concrète à m'apporter sur le mystère des pierres, le seul qui, de leur avis également, était susceptible de nous permettre de remonter la trace de la deuxième complice de Bellatrix.
Depuis que James m'avait remis le livre dans lequel Lily avait trouvé une reproduction et des explications sommaires sur les dix bagues de Mazarin, dont les rouges qui m'intéressaient, je n'avais pas eu l'occasion de me replonger dans ce problème-là, l'esprit successivement absorbé par la visite du père de Mackenzie, la perspective qu'il puisse tenter de transférer ma magie à cette dernière en utilisant mes cheveux, mon altercation avec le frère de la Serdaigle comme avec le mien, mes retenues avec Fenwick et McGonagall, la dégradation de ma relation avec mes meilleurs potes, la cordialité de celle de Mackenzie et Regulus et l'arrivée inattendue de Riley.
Tout juste avais-je découvert que les Potter possédaient bien une de ses bagues, ornée d'un saphir, et je réalisai, en interrogeant mes deux anciens camarades Aurors, qu'il serait difficile de localiser la propriétaire de celle que je recherchai : il y avait eu trop de mariages, parfois des vols et d'innombrables conflits de succession.
— On la retrouvera donc jamais ? résumai-à la fin de leur exposé, en proie à des sentiments contradictoires.
Ma gorge était serrée par une lassitude teintée d'abattement mais mon estomac, lui, s'était tordu de colère.
Frank m'offrit une moue désolée.
— On essaie toujours de coincer Bellatrix et son mari autrement et sans impliquer le nom de Mackenzie, tenta Alice de son côté.
Le peu d'espoir qu'elle avait était cependant évident et ne fit qu'accentuer ma rage face à ce monstre à mille têtes qui portait le nom de ma famille et tirait des fils arachnéens pour assurer leur place au sein de ce monde corrompu.
Le silence lourd qui s'installa et les regards navrés que je récoltai finirent par me peser et je me levai.
— Faut que j'y aille, on m'attend, marmonnai-je. Merci quand même.
A ma grande surprise, Daniel, qui avait ponctué toute notre conversation de reniflements sceptiques dans ma direction, allant jusqu'à émettre l'hypothèse que j'étais le troisième complice tant recherché, se hissa sur ses jambes à ma suite.
— J'y vais aussi, j'ai rendez-vous avec Cygnus.
D'un bond d'une rapidité déroutante, Alice se retrouva devant la porte, nous empêchant de passer.
— Pas si vite tous les deux. Vous pensez vraiment que je vais vous laisser redescendre ensemble et risquer que vous vous étrangliez en chemin ?
— Merci pour la confiance, bougonna le Serdaigle en toute mauvaise foi.
— Tu fais pas grand-chose pour la mériter en ce moment, fut la réponse sèche de sa sœur. Frank, ajouta-t-elle, tu veux bien raccompagner Sirius en bas et t'assurer qu'il ne prenne plus l'apparence d'un gars de la maintenance pour aller fouiner ? J'aimerais bien ne pas avoir à l'envoyer à Azkaban aujourd'hui.
— Ça lui ferait pas de mal pourtant, marmonna son frère méchamment.
Mon ancienne camarade lui adressa un regard si sombre que je ne me sentis même pas obligé de m'indigner.
— Quant à toi Daniel, tu ne vas nulle part, grinça-t-elle en le repoussant sans ménagement sur la chaise qu'il avait quitté. Ni chez Cygnus, ni chez Duncan, ni chez personne, jusqu'à ce qu'on ait tiré quelques petites choses au clair.
— T'es pas ma mère, tu peux pas m'obliger à rester !
— Je suis bien plus importante que ta mère et toute ta mauvaise foi n'arrivera pas à me convaincre du contraire.
Il y avait une menace évidente dans sa voix et Daniel lui-même ne répliqua pas, se contentant de pincer les lèvres et de croiser les bras sur son torse en signe de défiance. Discrètement, Frank me fit un signe et je m'empressai de le suivre.
— Comment vous faites pour le supporter, franchement ? demandai-je, une fois dans le couloir. Il y a longtemps que je l'aurais égorgé, à ta place.
Il eut un sourire las et, d'un geste de la baguette, leva le sort par lequel j'avais illusionné mes vêtements.
— Si tu savais tout ce qu'il avait vécu, Sirius, tu aurais encore plus de compassion que moi, j'en suis sûr.
— J'en doute, répondis-je avec une moue dubitative.
— T'as été viré de l'équipe parce que tu t'es jeté sur ton frère pendant un match et que t'as failli le tuer en plein vol, Black. C'est pas à moi que tu feras croire que tu ne sais pas ce que c'est que d'avoir des problèmes de famille.
Faute de réponse pertinente, je n'eus aucune réaction, à peine celle de me mordre la lèvre inférieure au rappel de cet épisode. Dans le couloir du deuxième étage bondé, le bruit des conversations animées nous servit de distraction et ce ne fut qu'en arrivant dans l'Atrium que Frank sortit de son mutisme.
— Tiens, c'est pas Lily Evans là-bas ?
Je suivis son regard en direction de la Fontaine de la Fraternité Magique, auprès de laquelle elle se tenait debout, les yeux rivés sur le ballet des départs et des arrivées à l'autre bout du hall.
— Oui, c'est moi qu'elle attend justement.
Malgré son sourcil haussé, il ne fit aucun commentaire et me suivit jusqu'à Evans, avec qui il échangea quelques mots sur sa santé, Poudlard, sa présence ici et son entretien au département des Mystères.
— Potter n'était pas disponible pour que tu décides de venir avec cet idiot-là ? plaisanta-t-il finalement, en me désignant du menton.
Les yeux de ma camarade s'assombrirent légèrement mais elle garda son sourire.
— J'ai rompu avec James, indiqua-t-elle d'une voix incroyablement neutre.
— A cause de moi, me sentis-je obligé de préciser.
Evans me jeta un regard aussi étonné qu'exaspéré, là où Londubat fronça les sourcils.
— Oh, donc vous sortez ensemble maintenant et personne n'a pensé à m'inviter aux funérailles de Potter ? Ou alors, il n'est pas encore mort de jalousie, trop occupé à préparer sa vengeance contre toi, Black ?
Je manquai de m'étouffer avec ma salive.
— T'es dingue, on est pas ensemble !
— Je suis même offensée que tu aies pu me croire désespérée à ce point, Londubat, grinça Evans, en le poussant du coude.
Il ricana, goguenard.
— Excuse-moi, mais si t'as fini par sortir avec Potter, c'est que tout est possible !
Nos mines scandalisées comme nos dénégations outrées ne firent que décupler son rire et lorsqu'il nous quitta, il ne manqua pas de nous adresser son plus beau clin d'œil graveleux.
— Alice a vraiment une sale influence sur lui, commenta Lily en roulant des yeux d'un air excédé. Avant de sortir avec elle, je l'avais jamais vu commérer comme ça.
Je l'approuvai d'un hochement de tête définitif et exaspéré, avant de demander :
— Comment s'est passé ton entretien ?
Elle fit la moue.
— Je ne suis pas certaine… Il était poli et professionnel, gentil même. Il m'a posé plein de questions sur le projet de recherches dont j'avais parlé dans ma candidature, il avait l'air intéressé.
— Les rumeurs disent que c'est généralement une bonne chose, commentai-je, un peu railleur face à son attitude indécise.
L'incertitude n'en quitta pas ses traits pour autant et elle se mordit même la lèvre inférieure.
— Tu ne trouves pas ça bizarre, toi ? De la part de quelqu'un comme Rookwood ?
— Je te l'ai dit, Evans, ce gars est un opportuniste. Si ton projet est susceptible de lui profiter, bien sûr que ça va l'intéresser. Ça parle de quoi ?
— De l'origine de la magie chez les sorciers et des raisons pour lesquelles certaines personnes issues de moldus viennent augmenter la population magique chaque année, révéla-t-elle en redressant instinctivement le dos.
Je me souvins immédiatement de notre conversation à la bibliothèque, de la passion dans sa voix quand elle avait évoqué le sujet, de ses hypothèses sur la magie de Mackenzie et la mienne. Je me souvins aussi de la guerre qui sévissait, souterraine et incompréhensible, avec ses attaques violentes et dévastatrices sur toutes les personnes qui, selon certains, n'avaient pas la bonne ascendance.
C'étaient à eux que songeait Lily, je le compris quand elle regarda autour d'elle d'un air suspicieux avant de se rapprocher de moi pour chuchoter :
— Imagine qu'ils m'utilisent pour leurs desseins dégueulasses ? Que je participe malgré moi à leur politique contre les gens comme moi ? Si ça se trouve, dans quelques années, ils pourront même éradiquer nos pouvoirs pour rester entre eux dans leur société parfaite au sang intact !
Le scénario fit courir des frissons d'horreur sur mes avant-bras, à tel point que je ne trouvai rien d'autre à faire pour l'éloigner que d'en rire.
Rire avait souvent été une illusion suffisante pour éloigner mes démons.
— Finalement, t'es aussi présomptueuse que James si tu penses que tu peux faire de telles découvertes en seulement quelques années. Si c'était aussi simple que ça, ils auraient pas hésité longtemps !
Les traits de son visage restèrent étonnamment immobiles, pas un clignement de paupière exprimant son incrédulité, pas un froncement de sourcils pour marquer sa colère, pas l'ombre d'un pincement de lèvres pour faire part de son exaspération.
— Si t'es comme Potter et que tu penses qu'on peut rire de tout, y compris de la situation dramatique de gens dont je fais partie, je vois même pas ce que tu fous encore là, Black.
J'en perdis instantanément mon sourire et fourrai mes mains dans les poches de mon pantalon pour cacher mon malaise.
— C'est pas ce que je pense et James encore moins que moi. Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre, Evans ? Que t'as pas tort d'avoir peur et que le risque que de telles recherches entre les mains d'un mec comme Rookwood provoquent des catastrophes humaines supplémentaires est important, sinon inévitable ?
Elle avala difficilement sa salive, dans un bruit de déglutition que j'entendis distinctement malgré le brouhaha autour de nous.
— Franchement, je préfère entendre ça maintenant plutôt que de m'en vouloir toute ma vie d'avoir fait confiance aux mauvaises personnes, répondit-elle quand même.
— Tu t'en sors pas trop mal pour choisir les bonnes personnes, je trouve.
Ce qui, dans ma tête, était une façon subtile de réintroduire James dans la conversation se retourna évidemment contre moi.
— Oh, et c'est pour ça, je suppose, que la seule personne qui a pu m'accompagner aujourd'hui est aussi un de mes plus vieux ennemis ? ironisa-t-elle. Un vieil ennemi pour qui ma plus grande erreur a été de mal choisir mon meilleur ami alors que j'étais qu'une gamine et qui me blâme encore pour ça ?
— Il m'arrive d'être un peu obtus et rancunier, admis-je en soutenant son regard.
— « Un » et « peu » sont de toute évidence les mots clés de cette phrase.
Je roulai des yeux.
— Tu veux que je m'excuse comment, Lily ? En reprenant dans un courrier toutes mes erreurs et pourquoi je les regrette ?
— Ça serait beaucoup trop long pour toi comme pour moi, estima-t-elle, perfide.
— En m'agenouillant pour te supplier de me pardonner ? tentai-je encore, railleur. Si je le fais ici et devant suffisamment de témoins, peut-être que ma mère en entendra parler et qu'elle mourra d'une fulgurante crise cardiaque à l'idée que son aîné ait finalement décidé d'épouser une née moldue. D'une pierre, deux coups.
Elle secoua la tête avec une grimace.
— Je préfère éviter de me retrouver directement dans le viseur de ta famille, j'ai cru comprendre que ça pouvait mal se terminer.
Mon cœur se serra en pensant à Mackenzie mais je réussis à ne rien laisser transparaître.
— C'est peut-être plus sage, en effet. Je peux te faire un ou deux devoirs à la place ? Je suis excellent en Métamorphoses.
— Je m'en sors très bien aussi, se rengorgea-t-elle, presque offensée.
Excédé, je gonflai mes joues d'air avant de l'expirer dans un bruit inélégant qui fit se retourner vers nous un couple de vieux également planté devant la fontaine.
— Choisis ce que tu veux, Evans, je suis à court d'idées !
Loin de se réjouir de ce cadeau pourtant très généreux, elle eut surtout l'air de réaliser que je ne plaisantais pas et cligna des paupières, d'un air à la fois méfiant et perplexe.
— Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que je te pardonne, Sirius ? Ça t'a jamais empêché de dormir jusqu'ici.
Son ton était sincèrement étonné et la question un peu trop sérieuse pour que je ne cède pas de nouveau à la tentation de me moquer pour cacher mon malaise.
— Parce qu'on s'est promis de faire chacun des concessions ? persiflai-je donc, avec un rictus. Tous les deux, en haut d'un gradin gelé, par un beau jour du mois de février ?
Elle leva un sourcil sceptique, comme pour me rappeler toutes les fois où j'avais piétiné du pied ma promesse, avant de secouer la tête.
— J'ai plus vraiment de raisons de respecter notre pacte stupide, Black.
— « Plus » et « vraiment » étant de toute évidence les mots clés de cette phrase, la singeai-je d'un ton chantant.
D'un geste nerveux, elle réajusta sa queue de cheval, sans toutefois éviter mon regard.
— Je ne suis pas comme toi, Black, je vois pas l'intérêt de mentir sur mes sentiments. Ça ne veut pas dire que je dois pardonner tout et n'importe quoi à James.
Ignorer son sous-entendu fut bien plus facile que de me mordre la langue pour m'empêcher de lui faire remarquer qu'elle avait beaucoup pardonné à un certain Serpentard.
J'avais appris, à force de disputes, que c'était une tactique vouée à l'échec.
— James est tellement misérable qu'il pense que tu vas profiter des vacances pour te réconcilier avec Servilus ! tentai-je plutôt. Ne me dis pas que ça ne te touche pas ?
Elle pinça les lèvres, sans que je sache si c'était pour retenir un sourire ou exprimer de la désapprobation.
— Londubat a raison, c'est à se demander ce qui a bien pu me passer par la tête le jour où j'ai accepté de sortir avec cet idiot.
— Tu viens de me dire que t'es encore amoureuse de lui, Evans ! Qu'est-ce que tu as à perdre à écouter ses excuses ? Au pire, t'es pas convaincue et tu te casses ! Je me chargerai de le retenir quand il voudra se jeter du haut de notre tour par désespoir.
Je vis qu'elle hésitait lorsqu'elle se mordit l'intérieur de la joue.
— Et en échange, tu es prêt à me rendre n'importe quel service ?
— Tant que tu ne me demandes pas de me jeter moi-même d'un immeuble de plusieurs étages pour te débarrasser de moi, précisai-je, prudent.
Elle ricana.
— Je vais pas te mentir, Black, c'est plus que tentant mais j'ai une autre idée en tête. Est-ce que t'es disponible ce soir, à 19h précises ? Je suis invitée à un dîner et je n'ai pas envie d'y aller toute seule.
J'aurais sans doute dû me méfier de cette requête presque trop simple, me demander qui pouvaient être la ou les personnes dont Evans craignait tant la compagnie qu'elle se sentait obligée d'y aller accompagnée d'un camarade qu'elle n'aimait pas davantage ou exiger d'autres détails. Seule la banalité de sa demande et la satisfaction d'avoir réussi à la convaincre me sautèrent cependant aux yeux et je souris largement.
— Faut juste que j'aille prévenir ma cousine avant, je suis censé rester chez elle ces prochains jours. Tu peux venir avec moi, si tu veux. J'avais l'intention de poser quelques questions à Andy sur les mystères qu'on essaie de résoudre depuis des mois et t'y as travaillé presque plus que moi, après tout.
Elle accepta avec autant de naturel que moi quand je lui avais proposé.
oOoOoOoOo
La tentation de me moquer de sa grandiloquence fut forte mais elle céda devant la surprise de le voir sortir de son sac de cours, non pas un parchemin vierge pour y noter des idées comme je m'y attendais, mais une véritable liasse de parchemins noircis de son écriture fine et étroite.
Les yeux plissés, j'estimai leur nombre à une vingtaine, parfois de plus d'une trentaine de centimètres, le plus souvent barbés de davantage d'inscriptions runiques que de traductions en anglais.
— C'était pas la peine d'insister autant pour qu'on choisisse un sujet ensemble si tu l'avais déjà fait, marmonnai-je acidement, en me rejetant contre le dos de ma chaise.
Il roula des yeux, parfaitement insensible à mon sarcasme teinté de mauvaise humeur.
— J'ai pas vraiment le choix que de te faire participer, Atkinson. C'est un travail de groupe, je te rappelle.
— Sachant que vous n'êtes que deux, je dirais plutôt que c'est un travail de couple, railla Riley au moment où je m'apprêtais à répliquer que toutes les recherches qu'il semblait avoir faites ne confortaient pas du tout cette nécessité soudaine qu'il avait eu de me faire participer.
Son trait d'humour – si l'on pouvait encore appeler ça de l'humour – eut le mérite de me faire oublier mes griefs contre Black et je tournai vers elle mon regard le plus glacial et blasé, celui que je m'efforçai d'offrir à mon paternel – ou à mon oncle Sam – chaque fois qu'il me faisait profiter de ses capacités proches de celles de Thomas en la matière.
— T'avais promis qu'elle se tairait, pesta de son côté Regulus, en décidant que j'étais celle à blâmer.
— Et toi t'as prétendu que tu nous espionnais pas et ça t'a pas empêché de le faire deux fois, rétorqua la concernée avec indifférence. On ment tous un peu pour obtenir ce qu'on veut, c'est pas moi qui vais te l'apprendre, Black.
S'il y avait un sous-entendu à son propos, je fus incapable de le comprendre, pas plus d'ailleurs que la réaction du Serpentard qui, pendant une seconde à peine, eut l'air aussi surpris que troublé. Ce fut en tous cas ce que je crus déduire de la façon dont il avala sa salive, sa pomme d'Adam prise d'un curieux mouvement de va-et-vient, et ce jusqu'il retrouve cette œillade hostile qui m'était familière.
— On a fait un pacte, Atkinson, me rappela-t-il.
— Il n'y a jamais été question de virer ma meilleure amie d'une salle parce qu'elle te dérange !
— Elle nous dérange, corrigea-t-il sèchement. Et franchement, tu me dois bien ça après m'avoir enfoncé ta baguette dans la gorge sans raison.
C'était la première fois qu'il évoquait cet incident depuis que l'arrivée de Riley m'avait fait lâcher prise, ce soir-là, et je me sentis instantanément rougir.
— T'es quand même gonflé de me le reprocher alors que t'as passé des semaines à m'insulter pour me sortir de mes gonds, rétorquai-je quand même.
— Tu m'as envoyé dans une armure, Atkinson, fais pas ta victime !
— Je l'ai pas fait exprès ! C'était de la magie spontanée !
— Ouais, c'est ça, grinça-t-il, aussi sceptique que lorsque j'avais émis la même hypothèse, à l'infirmerie. Et je suppose que ton pied dans mon ventre après que j'aie eu la décence de te sortir d'une eau glacée où tu allais te noyer, c'était de la magie spontanée aussi ?
La remarque me fit taire aussi efficacement que s'il m'avait lancée un sortilège de mutisme, moins parce que j'avais désormais honte de m'être montrée à ce point violente qu'en raison de la force du souvenir qu'elle provoqua dans le creux de mon estomac qui se retourna brusquement. Je pouvais encore sentir la panique qui m'avait saisie lorsque mon corps s'était écrasé dans l'eau poisseuse – et effectivement glacée – du lac, mes poumons qui s'étaient comprimés au point de refuser de laisser passer l'air jusqu'au reste de mes organes vitaux, mes jambes et mes bras qui avaient très vite abandonné l'idée d'obéir à des réflexes que j'avais pourtant depuis l'époque où mon père m'avait appris à nager.
Un instant, j'eus même le sentiment d'être de nouveau dans l'eau, de sentir le regard gris et dur qui m'avait rendue si impuissante, de revoir encore pointés sur moi les baguettes de Bellatrix et de Regulus confondus et la menace qu'elles continuaient à représenter.
Black eut cependant la bonne idée de renifler au moment où mon souffle se faisait plus court et le bruit, parce qu'il était moqueur et non hostile, me ramena brutalement à l'instant présent, dans cette salle où rien ne pouvait m'arriver.
Il ne semblait avoir rien remarqué et son rictus m'indiquait tout juste qu'il pensait avoir gagné la partie.
— Je vais pas la virer, alors fais-toi à cette idée, grognai-je pour le lui faire ravaler, après avoir jeté un regard rapide à Riley qui s'était remise à écrire comme si elle n'était pas au cœur de notre conversation.
La façon dont elle souriait à sa feuille en disait toutefois long et me fit même soutenir sans ciller le regard de Regulus.
— Ne viens pas te plaindre de mon choix de sujet dans ce cas, finit-il par bougonner, avec mauvaise humeur.
Trop heureuse de ma victoire – car c'était une victoire, lui-même en avait conscience –, je pinçai tout juste les lèvres, pour le principe, tandis qu'il se baissait pour tirer à nouveau quelque chose de son sac.
— T'es vraiment obligé de faire planer un tel suspens en sortant tes outils de travail au fur et à mesure plutôt qu'en une seule fois ? ironisai-je. C'est juste un devoir commun.
Riley ricana et Black posa l'un des deux livres qu'il avait en main sur la table entre nous, avec brusquerie.
— J'aimerais bien qu'on travaille sur le deuxième texte.
Je baissai les yeux vers l'objet pour constater qu'il s'agissait d'un petit bouquin, à peine plus long qu'un livre de poche, et dont la couverture d'un joli bleu clair était décorée de plusieurs signes runiques. J'en reconnus quelques-uns, et notamment des lettres qui n'existaient pas dans le Futhark et qui me permirent de deviner qu'il s'agissait de runes anglo-saxonnes, appartenant au Futhork, un autre alphabet.
— On est pas censés apprendre ces runes-là seulement l'an prochain ?
— Officiellement, elles sont au programme de cette année, c'est juste Babbling qui est en retard.
Je me retins de rouler des yeux à l'idée qu'il ait été déterré le programme officiel tel qu'arrêté par le Ministère et, à la place, j'attrapai le livre entre mes mains, pour en tourner les pages avec application. Au toucher, le parchemin me paraissait plutôt banal, quoiqu'assez vieux, comme s'il avait voyagé par un nombre incalculable de mains. Il comptait une petite cinquantaine de pages, pas plus, chacune remplie d'une quantité impressionnante de Runes que j'aurais certainement mis des semaines à traduire. Je reconnus quand même de nombreux signes et repérai rapidement et sans difficulté le deuxième texte du recueil.
Une fontaine était dessinée au-dessus du titre, qui contenait lui-même le mot « Fortune » ou « Argent », et j'y comptai neuf pages de runes avant de revenir à la première.
— Ça parle de quoi ? demandai-je finalement.
— Tu n'as pas reconnu ?
Il paraissait sincèrement étonné, presque choqué par mon ignorance, et je haussai les épaules en m'efforçant de ne pas rougir.
— Je devrais ?
— Si t'avais un peu d'éducation, oui.
Je lui jetai un regard mauvais, sans réussir à déterminer s'il insultait mon manque de culture générale ou s'il s'en prenait à l'éducation partiellement moldue prodiguée par mes parents. Sans doute la deuxième solution, songeai-je quand il se mordit la lèvre, l'air de réaliser que c'était précisément le genre de remarques que notre nouveau pacte lui interdisait de m'adresser.
Comme pour couper court à toute réponse, il ajouta très vite et d'un ton plus égal :
— T'as déjà entendu parler de la Fontaine de la Bonne Fortune, au moins ?
— Le conte super connu ? Celui de Beedle le Barde ?
Il hocha la tête d'un air satisfait et je revins à la couverture du bouquin, sur lequel j'avais bien repéré la rune correspondante au terme « Histoires », aussi utilisée pour désigner les « contes ». Du bout des doigts, je reparcourai le livre et m'arrêtai à chaque nouvelle histoire avec davantage d'intérêt. Le premier titre contenait une rune que j'aurais à première vue traduit comme « chaudron » et une autre qui correspondait au terme « mage » – « Le sorcier et la marmite sauteuse » compris-je. Le texte qui suivait « La fontaine de la bonne fortune » commençait par la même rune que le premier conte ainsi qu'un signe que j'avais appris avant même d'entrer à Poudlard, quand mon oncle Sam m'avait montré les plus belles runes selon lui : je reconnus alors « Le sorcier au cœur velu ». La quatrième histoire fut plus difficile à déchiffrer car il contenait une rune ressemblant à « Arbre » mais pas tout à fait la même et je dus faire appel à mes souvenirs d'enfance pour reconnaître « Babbitty Lapina et la Souche qui gloussait ». Enfin, je lus sans difficulté les runes qui marquait le début du dernier texte : « Le conte des trois frères », trois runes parmi les plus simples et que j'eus presque honte de ne pas avoir déchiffré d'emblée.
Chaque titre était précédé d'un petit dessin : un chaudron, une fontaine, un cœur poilu, un arbre et une baguette magique.
Je reportai mon attention sur Regulus, perplexe.
— Tu veux vraiment qu'on travaille sur un conte pour enfants ? Certes, personne n'y pensera mais ça me semble un peu trop simple.
Il roula des yeux.
— Pas juste sur le conte, Atkinson, mais sur la légende. Le conte, c'est juste la base de départ, il y a beaucoup d'autres éléments à prendre en compte, de textes à traduire, de pistes à explorer, de théories à vérifier !
Comme pour me le prouver, sa main se posa sur la pile de parchemins qui étaient noircis de ses recherches et je me demandai à nouveau, face à leur nombre, s'il ne travaillait pas sur ce projet bien avant que Babbling nous assigne un devoir commun.
— Tu veux dire qu'il y a vraiment des gens qui pensent qu'il existe une fontaine de la bonne fortune quelque part et qui l'ont cherché ? C'est juste un conte pour gamins !
— Tous les contes sont fondés sur des légendes et toutes les légendes viennent de quelque part, répliqua-t-il froidement, de toute évidence vexé.
— Ah, donc tu crois vraiment qu'il existe des souches d'arbre qui se marrent toute seule ou une baguette magique plus puissante que toutes les autres ?
Mon ton était cette fois carrément moqueur et j'eus le droit à une œillade assassine.
— Je suis pas le seul à le penser, Atkinson, en tous cas pour la baguette de Sureau ! Tu n'imagines pas le nombre de personnes qui ont fait et seraient prêtes à faire n'importe quoi pour mettre la main dessus.
Je retins difficilement un rire, sans être capable de ne pas étirer un rictus railleur.
— Dans ce cas, on peut aussi travailler sur l'anneau unique et vérifier si Frodon l'a vraiment balancé dans la Montagne du Destin au Mordor, non ? Parce que moi, j'apprécierais bien d'avoir un anneau pour vous gouverner tous !
— Surtout les hommes, ça serait le pied, ricana Riley, à qui la référence n'échappa pas.
Je n'avais moi-même pas lu « Le Seigneur des anneaux » mais Adrian m'en avait conté tous les chapitres avec tant de ferveur et d'enthousiasme quand il les avait lus, que ça ne me paraissait même plus nécessaire.
— Je comprends peut-être pas ce que tu racontes, Atkinson, mais je vois bien que tu te fous de moi, grogna Black, après que j'eus échangé un rire avec Riley et qu'il nous eut offert à son tour son pincement de lèvres le plus réprobateur. On avait pas dit qu'on arrêtait ?
Je retrouvai mon sérieux avec un raclement de gorge et ravalai mon sourire en me mordant la lèvre inférieure.
— J'ai juste du mal à croire qu'il existe une fontaine dans le monde qui exerce tes vœux les plus fous et je doute encore plus qu'on puisse être les premiers à la localiser, c'est tout.
Il étira un de ces sourires mystérieux que j'avais souvent vu sur les lèvres de Sirius et qui précédait généralement une révélation improbable ou une idée complètement absurde.
— Personne n'a dit qu'il n'y en avait qu'une seule dans le monde entier et beaucoup pensent même qu'il y en a une en Ecosse, et plus particulièrement dans ou à côté de Poudlard.
oOoOoOoOo
Ce que Evans n'avait pas besoin de savoir, c'est que sa présence m'éviterait aussi certainement de mourir foudroyé par les reproches qu'Andromeda ruminait à mon égard depuis plusieurs semaines.
Lorsque j'avais reçu son invitation par courrier en début de semaine dernière, j'avais d'abord été étonnée que sa légendaire rancune ait si vite cédé le pas à l'amour et à la tendresse qu'elle me portait encore, avant de me souvenir qu'Andy avait été élevée par la même famille que moi.
Si elle voulait me voir, c'était forcément pour mieux m'étrangler d'avoir osé la tenir éloignée de mes problèmes, comme ma mère avait prétendu se réjouir de mon retour à la maison, avant les vacances de Noël de ma première année, pour mieux me noyer sous les réprimandes pendant la totalité du séjour.
Ce fut donc l'estomac contracté par l'angoisse que j'appuyai sur la sonnette de la porte d'entrée, Evans stratégiquement placée à ma gauche.
Le tintement du carillon qui brisa le silence qui régnait jusqu'ici dans la maison fut suivi par un cri d'excitation incroyablement aigu, qui me tira un large sourire et fit se hausser un sourcil interrogateur sur le visage de Lily.
— Tu t'apprêtes à rencontrer mon alliée préférée dans l'adversité, Evans, c'est pas donné à tout le monde.
Des bruits de pas étonnamment rapides saluèrent ma remarque, m'indiquant qu'une course effrénée était en cours dans le couloir menant du salon à l'entrée, et j'entendis distinctement la voix sévère d'Andy, au loin, crier un « Nymphadora, n'ouvre surtout pas la porte avant que je n'arrive ! ».
La porte s'ouvrit tout de même sur une gamine beaucoup plus grande que dans mes souvenirs, dont les cheveux jaune soleil m'étonnèrent à peine.
— Siriuuuuuuuuuus ! expira-t-elle dans un couinement à l'instant où ses yeux se posèrent sur moi.
Une seconde plus tard, son corps percuta le mien avec une force insoupçonnée et je ne dus mon salut qu'à un réflexe qui me poussa à me baisser pour la réceptionner dans mes bras avant qu'elle ne me brise les jambes par son enthousiasme.
— Tu m'as trop manqué ! s'exclama-t-elle dans mon cou avant d'y déposer un baiser sonore.
— Toi aussi championne, lui répondis-je en lui infligeant le même traitement sur le sommet du crâne.
Elle eut un petit rire terriblement mignon, qui fit fondre un peu plus mon cœur, et releva finalement la tête de mon épaule pour regarder Evans.
— Et toi, t'es qui ? s'enquit-elle de but en blanc, les yeux plissés par la curiosité.
Si elle fut gênée par cet examen scrupuleux de ses traits, ma camarade n'en laissa rien paraître.
— Je suis une amie de Sirius, je m'appelle Lily, répondit-elle avec un sourire. Et toi ?
— Hmmm… Aujourd'hui, je sais pas encore ! Mais hier, je m'appelais Jessie ! Tu trouves ça comment ?
— Qu'est-ce que tu racontes encore comme bêtises, championne ? l'interrogeai-je, tandis qu'Evans, perplexe, se fendait d'un « Euuuuh, c'est mignon » peu éloquent.
Le claquement de langue d'Andromeda, que j'aurais reconnu parmi cent mille autres, précéda de peu son apparition au bout du couloir.
— Nymphadora a décidé qu'elle n'aimait pas son prénom et qu'il lui fallait en tester un nouveau chaque jour pour trouver celui qui lui irait le mieux.
J'éclatai de rire, ce qui me valut un regard glacial.
Le premier d'une longue série, devinai-je face à ses pupilles sombres que je connaissais par cœur.
— Je m'appelle pas Nymphadora ! grogna de son côté sa fille, avec férocité. Aujourd'hui, je m'appelle… euh… Sasha ! improvisa-t-elle après une courte seconde de réflexion.
— Et est-ce qu'il arrive à cette Sasha, contrairement à son alter-ego Nymphadora, d'écouter les ordres qu'on lui donne ? Je t'avais dit de ne pas ouvrir la porte avant que je n'arrive !
— Tu l'as dit à Nymphadora, pas à moi !
La logique implacable de son raisonnement et l'aplomb avec lequel elle le dégaina me tira un nouveau gloussement, qui me valut lui-même une nouvelle œillade polaire.
— Ne l'encourage pas, Sirius. J'ai déjà assez de raisons de t'en vouloir comme ça.
Esquissant presque instantanément ma grimace la plus contrite, je reposai Dora sur la terre ferme et m'accroupis à son niveau.
— Ta mère a raison, championne, ouvrir les portes alors que tu n'es pas sûre de qui est derrière est une très mauvaise idée, lui dis-je de mon ton le plus pédagogique. Ça pourrait être quelqu'un de très méchant.
— Comme Tommy Applebee ? me demanda-t-elle, très loin de mes conjectures de guerre, avec une moue à la fois dubitative et dégoûtée. Papa lui donne des leçons chez lui et je suis toujours obligée d'y aller aussi parce que je peux pas aller à l'école normale à cause de ma magie. Il se moque toujours de mon prénom débile et de mes cheveux !
Comme pour illustrer son propos, les mèches qui tombaient sur ses épaules se teintèrent de rouge – souvent synonyme de colère chez elle – et du coin de l'œil, je vis Lily écarquiller les yeux d'un air éberlué. L'expression d'Andy, elle, refléta parfaitement les sentiments qui m'obstruèrent la gorge, un mélange de colère et de tristesse.
— Tu veux que j'aille lui jeter un sort ? Je pourrais le transformer en cafard !
— Ça serait trop trop trop cool ! jugea Dora, les yeux brillants soudain d'excitation, au moment où sa mère se fendait d'un « Sirius ! » indigné.
Je me relevai pour soutenir son regard sans sourciller.
— Il faut bien que quelqu'un fasse comprendre à ce gamin qu'on ne s'en prend pas à ma famille sans conséquences.
— Et ensuite, tu expliqueras à une autre gamine pourquoi ses parents ne peuvent plus payer les factures, j'imagine ? siffla-t-elle d'un ton peu amène. Je t'ai déjà dit que tu n'avais pas intérêt à ajouter des griefs à la liste de remontrances que j'ai contre toi, Sirius, et critiquer nos méthodes d'éducation, à Ted et moi, ne va certainement pas t'aider.
J'eus la sagesse de ne rien répondre, à peine de plisser les lèvres, et, satisfaite, elle ajouta :
— Tu ne me présentes pas l'amie que tu as amené pour m'empêcher de t'étrangler ?
Cela lui valut un regard mauvais, qui fit écho au sourcil haussé d'Evans.
— Je ne l'ai pas amené pour ça, je fais suffisamment confiance à Sacha pour me protéger de toi, ironisai-je avec un regard pour sa fille qui, le visage lumineux et les bras écartés, fit mine de faire barrage de son corps devant moi. Lily est juste une de mes camarades de classe.
Elles échangèrent des « Enchantée » dégoulinants de politesse et un sourire, puis Andy nous invita enfin à entrer.
— Je vais chercher mes cartes pour qu'on joue à la bataille explosive ! s'exclama Dora dès que la porte fut fermée, en s'élançant la première dans le couloir.
Son départ enthousiaste laissa subsister un silence résolument inconfortable entre notre étrange troupe, qu'Andy fut la première à briser lorsque nous arrivâmes dans le salon, en se tournant vers Evans :
— Tu dois être la fameuse Serdaigle pour qui Sirius cherchait un moyen de communication avec l'extérieur le jour où il a cru bon de débarquer dans ma cheminée à six heures du matin au mois de janvier. Je me trompe ?
C'était la dernière question à laquelle je m'attendais, principalement parce que j'avais complètement oublié cet épisode, et je sentis mon cœur sombrer dans le fond de mon ventre sous l'effet d'une soudaine panique.
— Elle parle de Cassy ! fut donc le premier mensonge qui me vint.
Je le regrettai aussitôt que j'eus croisé les yeux étincelants de moquerie de Lily, dont l'esprit logique avait vite fait de deviner de quelle Serdaigle il était question.
— Tu sortais déjà plus avec Cassandre en janvier, fit-elle judicieusement remarquer.
— Il n'y avait donc aucune Serdaigle en détresse ce jour-là et tu as manqué de me faire mourir de peur pour rien ? m'interrogea ma cousine, d'une voix sous-tendue d'un millier de menaces.
J'ouvris la bouche pour me justifier mais ma camarade ricana avant que je ne puisse trouver quoi répondre :
— Je ne voudrais pas avoir l'air de le défendre mais pour une fois, je pense qu'il ne mentait pas. Il y a bien une Serdaigle dont il est amoureux et pour qui il aurait pu faire autant d'efforts.
— Evans ! grognai-je, scandalisé par cette sortie digne des plus belles conneries de Potter.
C'était à se demander même comment je n'avais pas pu réaliser avant à quel point ils étaient faits l'un pour l'autre.
Avec un haussement d'épaules faussement innocent, elle prit place sur le canapé, me laissant debout seul face à Andy, dont les lèvres pressées l'une contre l'autre avec un agacement évident n'arrangèrent nullement mon rythme cardiaque.
— Pourquoi est-ce que tu ne me racontes rien de ce qui se passe dans ta vie, Sirius ? s'enquit-elle très sérieusement. Tu ne me fais pas confiance ?
— Non ! protestai-je. C'est juste qu'il se passe rien ! Tu ne vas quand même pas croire une fille que tu viens juste de rencontrer plutôt que moi ? En plus, c'est la copine de James, il lui a appris à mentir autant que lui !
J'eus le droit à un coup de pied indigné de la part d'Evans, moins douloureux toutefois que la mine déçue et pincée que m'offrit Andy en réponse.
— Dois-je vraiment te rappeler que ton ami James a été le seul d'entre vous à ne pas me mentir sur des choses importantes ?
— J'ai pas menti, j'ai juste omis quelques épisodes ! me défendis-je platement.
— Oh bien sûr, excuse-moi, railla-t-elle, glaciale. J'oubliais que mentir par omission n'était pas si grave !
— Je voulais juste pas t'inquiéter, marmonnai-je d'un ton encore plus piteux, en baissant la tête.
Si j'avais espéré l'amadouer ainsi, je dus admettre que ce fut un cuisant échec.
Je craignis même de recevoir un puissant sortilège en pleine face lorsqu'elle serra les dents et se rapprocha de moi d'un pas rageur, dans une attitude qui renforça avec une effrayante rapidité sa ressemblance avec Bellatrix.
— Et à quel point est-ce que tu penses que ton plan pour ne pas m'inquiéter a marché, Sirius, hein ? cracha-t-elle, d'une voix coupante comme du papier de verre. Est-ce que tu crois que ne pas recevoir de lettres de ta part pendant des semaines m'a rassurée ? Que j'ai mieux encaissé ton refus de me voir parce que James m'a dit qu'il était désolé d'avoir à me l'annoncer ? Que j'ai haussé les épaules avec indifférence quand le professeur McGonagall m'a envoyé un courrier pour me dire que tu étais en train de toucher le fond ? Que je n'ai pas passé des nuits entières à me convaincre de ne pas aller assassiner ma tarée de sœur pour lui faire regretter d'avoir tenté de m'enlever le seul membre de ma famille qui ne se soit pas encore éloignée de moi de lui-même ?
Elle s'interrompit pendant une seconde, le souffle court, avant de conclure :
— Tes plans ont toujours été nuls Sirius, et je ne vois pas comment tu as pu t'imaginer que celui-ci aurait la moindre chance de succès.
Les larmes dans sa voix et dans ses yeux gâchèrent l'effet sentencieux qu'elle avait voulu donner à cette dernière phrase, et j'aurais sans doute trouvé le moyen d'aggraver les choses en en faisant une mauvaise blague si Dora n'était pas réapparue à cet instant, le visage strié de traces de suie, les pointes de ses cheveux laissant échapper une légère fumée mais un large sourire sur les lèvres.
— J'ai fait exploser le paquet de cartes en les mélangeant, c'était trop drôle ! Tu joues avec moi, Sirius ?
Le coup d'œil incertain que je jetai à Andy ne me valut rien d'autre qu'un soupir, tandis qu'elle se penchait vers sa fille pour essuyer son visage avec le bas de sa robe.
— Essaie de ne pas faire exploser la maison pendant que je prépare le déjeuner, tu veux bien ? lui souffla-t-elle en l'embrassant sur le sommet du crâne.
Dora gloussa pour toute réponse et je me retrouvai bientôt seule avec elle et Evans, dont le regard lourd de jugement me fit éructer un « Quoi ? » agressif.
— Je me demande juste comment tu arrives à être une des personnes les plus téméraires que je connaisse quand il s'agit de t'introduire sous couverture dans un bâtiment officiel pour aider une personne que tu n'apprécies même pas, tout en étant le mec le plus trouillard que j'ai jamais rencontré lorsque tu te retrouves face à des personnes qui ont de l'affection pour toi, répondit-elle dans un haussement d'épaules.
Je lui lançai un coup d'œil mauvais, incapable cependant de ne pas rougir devant la clairvoyance de son point de vue.
— J'ai promis à Dora de jouer avec elle ! me justifiai-je faiblement.
Elle ne prit même pas la peine de me répondre, se contentant de lever les yeux au ciel d'un air excédé et de tourner son attention vers ma petite cousine.
— Je suis sûre qu'elle acceptera de jouer avec moi en attendant, pas vrai Dora ? Je peux même te donner des conseils de filles rebelles pour dissuader ce Tommy Applebee de se moquer encore une fois de toi, et sans même faire appel à la magie !
— C'est vrai ? Trop cool ! s'extasia la gamine en m'abandonnant sans états d'âme pour se jeter sur Lily avec enthousiasme.
— T'as plus aucune excuse minable maintenant, commenta cette dernière d'un ton triomphant, en prenant place par terre face à Dora.
— Tu me fatigues encore plus que Potter, Evans, et c'est pas un compliment, grognai-je, en me dirigeant néanmoins vers la cuisine.
oOoOoOoOo
Comme s'il anticipait mes moqueries ou mon scepticisme, Regulus ne me laissa pas le temps d'ouvrir la bouche et saisit un parchemin dans son tas, qu'il mit juste sous mon nez.
Il s'agissait d'une carte du monde où étaient marqués différents points à l'encre rouge.
— Ce ne sont pas forcément des fontaines à proprement parler, parfois il s'agit juste de cascades ou de sources d'eau qui sont connues pour avoir certaines propriétés, m'expliqua-t-il, en s'animant d'une passion que je ne lui avais jamais vu quand il me faisait rattraper mes lacunes en Défense contre les forces du mal. Tu en as forcément entendu parler, il y en a pleins !
Du doigt, il désigna un emplacement, quelque part en Amérique du Sud.
— La plus connue est la Cascade des Suppliciés, dans la forêt amazonienne de Bolivie, elle est capable d'inverser plein de malédictions. Des tas de gens font des pèlerinage là-bas chaque année pour se baigner dessous !
Le nom ne m'était effectivement pas inconnu, sans que je sache si c'était parce que mon oncle Samuel m'en avait parlé comme d'un des mystères sorciers sur lesquels il se passionnait tant ou si c'était Adrian qui en avait fait le sujet d'un des nombreux contes de son imagination.
— Comme tu le vois, il y en a un peu partout, de différentes sortes, avec des magies parfois différentes et le plus souvent seulement capable de guérir certaines blessures, poursuivit le Serpentard, en traînant son index sur tout le parchemin pour s'arrêter sur la Finlande, l'Égypte ou encore le Vietnam.
Mes yeux, de leur côté, s'attardèrent sur le Canada, l'Italie et l'Australie avant de revenir sur Regulus.
— Qui te dit qu'il y en a une pas loin d'ici ?
— Des années de recherches réalisées par des spécialistes qui pensent que toutes les grandes écoles de sorcellerie du monde ont une source d'eau enchantée à proximité, répondit-il en continuant à sauter d'un pays à un autre, me désignant cette fois sept emplacements notés à l'encre verte.
Ses doigts glissèrent ainsi avec rapidité de la Russie, où se trouvait supposément l'académie de Koldovstoretz, au Japon, où était situé l'école de Mahoutokoro, avant de faire un bond de plusieurs milliers de kilomètres jusqu'au Brésil, là où avait été fondé l'institut de Castelobruxo. Ils remontèrent ensuite lentement vers les États-Unis, non loin d'Ilvermorny, volèrent jusqu'au centre de l'Afrique, là où devaient officier les professeurs d'Uagadou et continuèrent leur course sur l'hexagone représentant la France, à deux pas sans doute de Beaubâtons.
— Ce ne sont pas les seules écoles qui existent, ne pus-je m'empêcher de commenter, quand sa main s'arrêta sur l'Ecosse, non loin de là où nous nous trouvions. Juste celles qui ont bien voulu révéler leur existence et dire à peu près où elles se trouvaient.
Il fit claquer sa langue contre ses dents.
— Ça ne change rien au fait qu'elles sont toutes situées dans des pays entourés par des océans et des mers, pour la France, les États-Unis, la Russie, l'Ecosse et le Japon, ou qui sont irrigués par des fleuves uniques en leur genre, comme l'Amazone ou le Nil ! Ce n'est pas anodin.
Je haussai les épaules, peu convaincue malgré son ton passionné.
— C'est le propre de toute communauté d'habitation prospère, en fait. Il faut de l'eau pour vivre donc on s'installe près des fleuves et des mers et on crée des villes. Même les moldus font comme ça. Je vois pas pourquoi les sorciers et sorcières qui ont construit toutes ces écoles n'auraient pas suivi tout bêtement le même raisonnement pour s'assurer de la survie de leurs élèves.
— Parce qu'on est des sorciers, justement ! grinça-t-il d'un ton méprisant. Il existe des dizaines et peut-être même des centaines de sorts pour faire couler de l'eau, détourner des rivières, créer des torrents artificiels… Bref, si les fondateurs avaient juste voulu s'assurer que personne ne mourrait de déshydratation, tout en construisant l'école au cœur du désert du Sahara, ils auraient pu. Mais ils l'ont pas fait et tu sais pourquoi ?
— On serait tous morts de chaud ? C'était beaucoup trop loin de l'Angleterre et les parents se seraient plaints car aucune chouette ni aucun hibou n'auraient accepté de jouer les facteurs jusque là-bas ?
Son air manifestement blasé me fit croire pendant une seconde qu'il allait abandonner face à mes sarcasmes mais il déclara quand même, non sans avoir soupiré :
— L'eau, celle qui coule dans les océans, les mers, les fleuves et les fleuves, est l'un des vecteurs les plus puissants de la magie, Atkinson. Avant qu'il y ait des baguettes et des chaudrons, des tas de théories de sortilèges et des théorèmes de métamorphoses, les sorciers utilisaient surtout des éléments de la nature pour créer des sorts. Des plantes, des fleurs, des herbes, des fruits, des animaux… Toutes ces choses qu'on trouve facilement dans l'eau, en résumé.
Même Riley, qui nous écoutait désormais attentivement et sans s'en cacher et qui avait ponctué certaines de mes dernières répliques d'un petit rire appréciateur, ne trouva rien à répondre à ça.
Black étira un sourire satisfait.
— Tu savais que Poudlard était partiellement construit sur l'eau ? s'enquit-il bientôt.
Le peu de conviction qu'il avait réussi à insuffler à son propos en évoquant cette ancienne magie qui nourrissait les nombreuses légendes du folklore sorcier s'évapora et je fronçai les sourcils, sceptique.
— Je pense que je m'en serais rendue compte depuis longtemps si je pouvais marcher sur l'eau, comme Jésus.
— Pas si tu n'as jamais mis les pieds dans les quartiers des Serpentards, répliqua-t-il, sans sembler sensible à mon ironie, ni prendre la peine de demander de qui je parlais. On est les seuls à avoir une vue directe sur les profondeurs du lac depuis la Salle commune et les dortoirs.
Pendant un instant, je fus tentée d'éclater de rire en lui demandant qui était chargé d'éponger l'inondation dans leurs chambres quand ils décidaient d'ouvrir les fenêtres pour aérer mais je m'en abstins en me rappelant de toutes les salles étranges que j'avais eu l'occasion de visiter en presque six ans.
Que les murs de l'une d'elles aient été conçus comme un aquarium grandeur nature n'était pas si étonnant, finalement, même si le choix d'en faire un dortoir pour le quart de la population estudiantine de l'école était déconcertant.
— On peut venir visiter ? intervint Riley avec enthousiasme, au moment où j'arrivais à cette conclusion. Tu convaincras plus vite Mackenzie de tes théories en le lui montrant plutôt qu'en essayant de lui farcir le crâne avec tes recherches soporifiques, crois-moi. Elle aime beaucoup trop contredire les gens pour vraiment les écouter.
Regulus, qui faisait des efforts visibles pour l'ignorer depuis le début de notre conversation, lui offrit un regard teinté d'une incrédulité presque comique, qu'il tourna bientôt dans ma direction.
Pour la deuxième en moins d'une minute, je manquai d'exploser de rire.
— Elle a raison, Black, j'ai un fort esprit critique.
— Et tu penses que ça va suffire à me persuader de vous faire entrer dans ma salle commune pour un petit tour des environs ? railla-t-il, aussi moqueur qu'énervé. Que si je dis à mes camarades que j'ai fait ça pour contenter ton fort esprit critique, ça les convaincra ?
— Mack n'arrête pas de dire que c'est la maison dans laquelle je finirais par atterrir, ça pourrait être un argument ! fit remarquer Riley sans se laisser démonter.
— Et tout le monde se fait déjà des idées sur nous, c'est toi qui l'as dit, ajoutai-je, avec un haussement d'épaules faussement détaché. Ça n'étonnera sans doute personne.
Même les yeux de Thomas s'écarquillèrent légèrement devant mon audace, ce qui manqua de me tirer un sourire teinté de toute ma fierté. Je le retins, toutefois, soucieuse de ne pas gâcher mon effort pour lui obtenir cette visite dans une autre Salle commune que la mienne avec laquelle elle me bassinait depuis des jours, espérant quand même à moitié un refus.
S'il cédait à mon chantage, alors mon amie aurait raison de croire que Regulus était incapable de me dire non et je n'étais pas prête à admettre que Riley Thomas puisse se montrer plus clairvoyante que moi dans l'analyse de mes relations avec les frères Black.
S'il s'y opposait, en revanche, j'aurais un argument à agiter sous son nez chaque fois qu'elle prétendrait savoir lire mieux que moi les sentiments de l'un ou l'autre d'entre eux, même si cela signifiait aussi supporter encore longtemps les milliers d'idées foireuses qu'elle avait par jour pour s'introduire dans l'antre des Serpents.
Regulus mit fin à mon dilemme après quelques – très longues – secondes d'hésitation, en secouant fermement la tête.
— Il en est hors de question, Atkinson.
Thomas lâcha un soupir d'enfant gâté mécontent, en marmonnant quelque chose d'incompréhensible mais de certainement très insultant. Plus soulagée que déçue, je me contentai de lever les deux mains comme pour lui accorder ce qu'il voulait, non sans une grimace d'excuse presque convaincante.
— Comme tu veux Black, mais dans ce cas, il va falloir trouver un autre sujet. Babbling va nous rire au nez si on lui rend juste une traduction d'un conte qu'on peut tout aussi bien trouver dans n'importe quelle librairie du monde sorcier et on a aucune information qui nous permet de localiser ta fontaine, si tant est qu'elle existe.
Il ne répondit pas tout de suite et j'en déduisis naïvement qu'il admettait enfin sa défaite. Je ne réalisai pourtant l'étendue de ma bêtise – et de l'obstination des Black – que quand je lui tendis son recueil de contes en runes et sa carte du monde bariolée et qu'il les refusa d'un geste de la main.
— Et si je te dis que j'ai un dernier argument susceptible de te convaincre, Atkinson ?
Je soupirai de lassitude.
Quoiqu'il en dise, Regulus n'était finalement pas si différent de son grand frère, têtu comme un mur de briques et incapable d'abandonner ce qu'il estimait être une bonne idée, même lorsqu'elle était mauvaise.
— De quoi est-ce que tu parles, encore ?
— Je n'avais juste pas envie de te donner de faux espoirs, répondit-il nébuleusement.
— De faux espoirs à propos de quoi ? rétorquai-je, aussi agacée qu'ironique. La mauvaise note qu'on va avoir alors que tu m'avais fait miroiter un Optimal ?
Il ne sourit évidemment pas et, plus étonnant, ne prit même pas la peine d'exprimer son agacement en roulant des yeux.
— Avec tout ce que je viens de te raconter, tu ne trouves pas ça bizarre que ta magie soit revenue quelques minutes à peine après que tu sois tombée dans le Lac ? demanda-t-il seulement, très sérieusement.
oOoOoOoOo
Mes pas traînants furent évidemment ignorés par Andy lorsqu'ils résonnèrent sur le carrelage blanc et, après une hésitation et un silence, je la rejoignis près de la gazinière devant laquelle elle était debout, en train faire tourner une cuillère en bois dans une casserole par la seule force de ses pensées.
— Parfois, je suis vraiment vraiment nul et j'oublie que ma famille ne se compose pas uniquement d'un tas de connards qui n'en ont rien à foutre de ma santé, soufflai-je de mon ton le plus contrit, en m'asseyant sur le plan de travail juste à côté d'elle. Je suis désolé, Andy.
Je la vis pincer les lèvres et je redoutai, pendant quelques très longues secondes, qu'elle ne décide de diriger sa cuillère en bois vers moi afin de me remettre les idées en place avec.
Elle choisit pourtant de relever la tête avec un soupir et de poser sa main sur la mienne avec douceur.
— Tu as de la chance d'être la seule personne qui se soucie encore de moi dans cette famille, Sirius. Sinon, je t'aurais assassiné depuis longtemps.
Je ricanai, soulagé.
— Si même Bellatrix n'y est pas arrivé, je ne vois pas comment toi tu réussirais.
— Est-ce que tu insinues que mon idiote de petite sœur est plus puissante que moi, Black ? grinça-t-elle d'une voix menaçante, en saisissant sa spatule pour la brandir comme une arme devant moi.
Je manquai de plonger ma main dans sa casserole brûlante en m'en éloignant brusquement.
— Juste qu'elle sait s'entourer de gens aussi timbrés qu'elle pour arriver à ses fins, c'est tout ! me dédouanai-je précipitamment.
Je regrettai immédiatement ma répartie lorsqu'elle papillonna des paupières un peu trop lentement.
— Des gens que je connais, j'imagine ?
Mon mouvement de tête frénétique de la droite vers la gauche exprima ma réticence plutôt qu'une dénégation.
— Si tu décides de te lancer dans une dangereuse croisade contre tes anciens camarades de classe et copains de soirée barbantes, Ted va me tuer. Je préférerais éviter.
— Je ne suis pas une Gryffondor stupide comme toi, Sirius, s'agaça-t-elle. J'aime simplement tenir la liste de mes ennemis à jour au cas où une occasion inestimable de les éradiquer de la surface de la Terre se présenterait.
— Et moi j'aime vraiment beaucoup Ted et je n'ai pas envie qu'il m'éradique de la surface de la Terre, justement.
— Oh, et tu préférerais que je le fasse à sa place ? Parce que si tu ne me dis pas immédiatement avec qui était Trixie quand elle s'en est prise à toi, je ne donne pas cher de ta peau.
Son grondement sans appel me fit grimacer et, après avoir vainement cherché une issue de secours autour de moi, pour me rendre compte que les seules personnes présentes dans cette maison et susceptibles de m'aider étaient aussi celles qui ricanaient comme de vieilles copines dans la pièce d'à côté, je laissai échapper un soupir et lui racontai tout ce que je savais : les trois silhouettes encapuchonnées, Bellatrix, Rodolphus, l'inconnue à la bague surmontée d'une pierre rouge, les dix pierres précieuses de Mazarin…
Quand j'eus terminé mon récit par un résumé de ma rencontre du jour avec Alice et Frank, en insistant sur le peu de chances qu'ils avaient de retrouver le dernier maillon de la chaîne, elle eut un petit rire railleur, qui contrasta avec la tendresse dont elle avait fait preuve en pressant ses doigts sur mon genou pour m'encourager à continuer quelques secondes plus tôt.
— Et dire que si tu étais venue me voir plus tôt, j'aurais pu te dire que j'avais failli hériter d'une des bagues rouges que tu cherches depuis des semaines ! Ça t'apprendra à ne pas me faire confiance !
Incrédule, je sentis mon cœur sombrer dans le fond de mon ventre et, à partir de là, le reste de la journée s'écoula à une vitesse hallucinante.
Après les révélations d'Andy sur ses fiançailles passées, la bague qu'elle avait failli recevoir à cette occasion et la propriétaire présumée dudit bijou, que je ne réussis à lui arracher qu'au prix de trop nombreuses supplications, je passai l'après-midi l'esprit embrouillé par un nombre incalculable de questions qui, avec ou sans réponse de ma part, ne faisaient qu'en engendrer davantage.
Je savais bien sûr, pour avoir écouté aux portes du petit salon dans lequel mes parents aimaient prendre le thé et échanger leurs ragots familiaux, qu'Andy n'avait pas été seulement reniée pour avoir choisi d'aller vivre avec un né-moldu – ce qui aurait de toute façon suffi à justifier son éviction – mais aussi, et peut-être surtout, pour avoir consécutivement refusé d'épouser l'héritier au sang sans défauts que lui avaient choisi ses parents.
Je savais aussi, évidemment, que ce dernier n'était autre que Hector Fawley et qu'il s'agissait du cousin germain de la mère de Mackenzie.
Ce que j'ignorais jusqu'ici, c'était que la famille Fawley possédait une bague ornée d'un rubis qu'Andy avait scandaleusement décliné et que ce rubis était finalement resté dans la même famille lorsque Hector avait choisi d'épouser son autre cousine issue de germains, Rosabel Fawley.
Se pouvait-il que Bellatrix ait été accompagnée ce soir-là par un membre de la famille maternelle de Mackenzie ?
Cette simple hypothèse suffisait à me faire grimacer mais je ne pouvais pas l'écarter aussi facilement que je l'aurais voulu.
Les Fawley n'avaient pas la réputation d'être des enfants de cœur et, même si je n'avais jamais parlé généalogie avec elle, je savais que le grand-père de Mackenzie lui-même, Priam Fawley, purgeait une peine de prison à perpétuité pour avoir été à la solde de Grindelwald.
Hector et Rosabel avaient-ils décidé de suivre ses traces et dans l'affirmative, Mackenzie n'aurait-elle pas été capable de les reconnaître ?
J'en étais à ce stade de mes réflexions, me fustigeant presque de ne pas avoir abordé ce sujet pourtant ennuyeux avec elle avant de foutre en l'air notre relation, quand une des billes du jeu de Bavboules qui trônait entre Evans, Dora et moi m'explosa au visage, dans une détonation qui me fit sursauter.
— T'as encore perdu Sirius ! s'exclama ma petite cousine dans un cri de jubilation. T'es trop nul aujourd'hui !
— Pas qu'aujourd'hui, commenta Lily moqueusement en levant une main dans laquelle Dora s'empressa de taper avec enthousiasme.
En quelques heures de jeu, que ma camarade avait enduré avec une patience rare et un engouement exemplaire, il semblait s'être créée entre elles une complicité déroutante. Dora avait même adopté sa couleur de cheveux criarde sur une coupe ondulée similaire à la sienne, signe qu'Evans venait d'entrer dans le club très fermé de ses personnes préférées.
— On fait une autre partie ? s'enquit-elle avec espoir en ramassant les billes avec rapidité. La dernière, promis !
Lily avait cédé aux cinq soi-disant « dernières » parties sans rechigner mais le coup d'œil qu'elle jeta à sa montre et la grimace qui suivit m'indiquèrent que ce ne serait cette fois pas le cas. La grande horloge accrochée au-dessus du montant de la cheminée indiquait déjà 18h45 et je me rappelai du même coup que le dîner auquel elle m'avait convié commençait dans à peine un quart d'heure.
Je me levai avant elle, heureux d'échapper à mes pensées circulaires comme aux odeurs nauséabondes des billes qui ne cessaient de m'exploser sous le nez.
— On doit y aller, championne, mais je reviens tout à l'heure.
— Pas Lily ? vérifia-t-elle avec une moue.
Mal à l'aise, j'échangeai un regard avec la concernée, qui semblait aussi hésitante que moi à l'idée de lui expliquer que nous n'étions pas vraiment amis. Heureusement, Andy, qui s'était assise à l'autre bout du salon en début d'après-midi pour restaurer le portrait de famille sur lequel elle travaillait, nous sortit de cet instant de gêne en répondant à notre place :
— Lily est la bienvenue ici quand elle veut, bien sûr, mais elle ne passe qu'une semaine hors de l'école et doit avoir beaucoup de choses à faire.
— Je t'écrirai une lettre quand je serai à Poudlard, promit Evans quand Dora salua cette information d'un « C'est nul !» boudeur.
Nous pûmes ainsi partir sans avoir à désamorcer une crise de larmes et, après avoir pris le temps de nous débarrasser des résidus nauséabonds qui s'étaient collés à nos vêtements, nous atterrîmes presque aussitôt sur une aire de transplanage cachée derrière une rangée de poubelles étrangement hautes, comme celles qui existaient dans les quartiers moldus.
— Où est-ce qu'on est ? demandai-je tandis qu'Evans jetait un coup d'œil à gauche, puis à droite, pour vérifier que personne n'était dans les parages.
J'en fis de même, mais pour évaluer mon environnement, ne rencontrant dans mon champ de vision qu'une longue rue où se succédaient un nombre de maisons fleuries quasiment identiques.
— A Little Whinging, dans le Surrey, répondit-elle. On va dîner chez ma sœur.
Sans me laisser le temps d'assimiler la nouvelle, elle s'élança d'un pas vif sur la rue à notre droite et, en marchant derrière elle pour la rattraper, je ne pus manquer l'appréhension qui se lisait jusque dans sa démarche un peu trop crispée et son dos définitivement trop droit.
C'était la même démarche que celle qu'elle avait en arrivant au Ministère ce matin, juste avant son entretien.
Je me rappelai alors de notre conversation, le soir où elle et James s'étaient disputés, après la visite du père de Mackenzie.
— Tu ne m'avais pas dit que vous ne vous entendiez pas ?
Elle tourna au coin d'une nouvelle rue presque identique sans la moindre hésitation et le bruit de ses talons claquant impitoyablement sur le pavé aurait presque pu me faire manquer la façon dont elle déglutit, si elle n'avait pas tourné la tête vers moi pour m'offrir son regard le plus désabusé.
— Ma mère l'a sans doute forcée à m'inviter. Ça fait des mois qu'elle me tanne avec ça, elle a dû faire pareil avec elle.
— C'est pour une occasion spéciale ? demandai-je encore.
Elle haussa les épaules.
— Ma sœur s'est fiancée l'an dernier et elle vient d'acheter un pavillon avec son futur mari. J'avais fini par accepter de venir visiter parce que James avait promis de m'accompagner et de me tenir compagnie.
L'idée de me retrouver au beau milieu d'un dîner de famille à l'ambiance aussi lourde que ceux de mes souvenirs ne m'enchantait guère, me serrant presque la gorge d'angoisse, mais la référence à mon meilleur ami me rappela qu'en plus d'avoir promis à Evans de l'accompagner, je m'étais promis d'arranger mes bêtises.
C'était le moment.
oOoOoOoOo
Prise de court par cette question que j'aurais été incapable d'anticiper, je me figeai, en même temps que mon cœur qui, l'espace d'un ou deux battements habituels, resta étonnamment immobile.
Une boule d'angoisse vint obstruer mon œsophage et il me fallut deux raclements de gorge tremblants et trois essais de sons indistincts et incroyablement rauques pour retrouver ma voix.
Ou une voix qui ressemblait à la mienne lorsque j'avais le nez bouché et les voies respiratoires en feu, constatai-je quand je m'entendis demander :
— Tu… tu penses que c'est l'eau du Lac qui est enchantée pour soigner les malédictions ?
A haute voix, l'hypothèse paraissait encore plus ridicule que dans ma tête et pourtant, personne n'aurait pu manquer l'espoir que j'avais mis dans ma question.
Il dégoulinait de tous les mots que je venais de prononcer, immense et presque embarrassant, et je me sentis immédiatement stupide à l'idée de l'avoir laissé transparaître aussi clairement face à Regulus, et même face à Riley.
Ni l'un ni l'autre ne me regarda avec cet air de pitié que j'avais appris à détester dans les yeux de Pomfresh, toutefois, et Black se contenta de secouer la tête doucement, avec une évidente incertitude.
— Je ne crois pas, ça me paraît un peu trop facile comme théorie. Mais peut-être que la fontaine ou la cascade n'est pas loin et qu'une partie de son eau s'écoule dans le lac d'une façon ou d'une autre ? Ça expliquerait ce qui s'est passé l'autre jour.
Pourquoi je l'avais envoyé lui, puis son frère, s'écraser lamentablement contre un mur.
Pourquoi, malgré tout, ma magie n'avait pas cru bon de se manifester à nouveau depuis.
L'idée que la solution se trouve sous mes yeux depuis tout ce temps, et qu'elle consiste en quelques plongeons dans une eau glacée et visqueuse, manqua de me faire ricaner nerveusement.
C'était complètement stupide.
— Ça n'a aucun sens, Black, le contredis-je donc, avec une véhémence agressive. Si l'eau de ta fontaine enchantée s'écoule dans le lac depuis des siècles et des siècles, il suffirait d'y plonger un orteil pour guérir n'importe quelle maladie ! Quelqu'un s'en serait rendu compte depuis longtemps !
Il resta incroyablement calme face à mon ton méchant et n'eut pas l'air davantage convaincu par mon objection.
— Tout dépend de la puissance de la magie de la fontaine, de son éloignement, de la superficie du lac… D'après l'Histoire de Poudlard, le lac est connecté à la Mer du Nord, et des bateaux peuvent arriver à Poudlard par ce biais sans passer par la terre ferme ! [1]
— Qu'est-ce que ça change ? intervint Riley avant moi, posant exactement la question qui allait m'échapper.
Regulus était tellement décidé à me convaincre, tellement sûr de sa théorie, qu'il ne prit pas la peine de lui faire remarquer qu'elle était censée rester silencieuse et ne pas se mêler de notre devoir.
— Ça veut dire que, dans ce cas, l'enchantement ne se concentrerait pas sur la surface du lac qu'on voit ici mais sur des centaines de milliers de kilomètres, ce qui affaiblirait son effet et expliquerait que ça n'ait pas pu guérir Mackenzie instantanément !
Avec frénésie, il fouilla dans la pile de parchemins noircis de son écriture et en sortit plusieurs qu'il brandit sous mon nez.
— D'après ce que je sais, la majorité des fontaines ne sont efficaces qu'à certaines périodes de l'année ou certains jours de différentes saisons, ajouta-t-il avec animation. Les soirs de pleine lune ou de nouvelle lune, pendant le solstice d'été ou d'hiver, les trois premières semaines du printemps ou les quinze derniers jour de l'automne… Bref, c'est aussi un facteur à prendre en compte.
Le cerveau noyé sous toutes ces informations, incapable d'y faire un tri rapide et minutieux, je fis craquer les articulations de mes doigts nerveusement.
Depuis combien de temps Regulus avait-il élaboré cette théorie, en la gardant pour lui ?
Dans un flash, je me souvins de notre conversation à l'infirmerie, le soir de l'incident, juste avant que le chien ne débarque et ne nous interrompe. A ce moment-là déjà, mon camarade Serpentard s'était montré sceptique – voire condescendant et méprisant – face à mon hypothèse principale, qui voulait que mon double coup d'éclat n'était dû qu'à de la magie instinctive.
L'élan de colère qui me retourna l'estomac à cette pensée m'étonna moi-même.
— Donc en fait, tu me prends pour un rat de laboratoire ? grinçai-je d'un ton cassant. Tu élabores tes hypothèses dans ton coin, tu fais tes recherches pendant des semaines et ensuite, tu proposes de faire de moi ton sujet de recherche, et tout ça sans penser que ça aurait pu m'intéresser d'être au courant avant ?
Pris de court face à cette réaction à laquelle il ne s'attendait pas, il recula légèrement sur sa chaise et jeta même un regard perplexe en direction de Riley.
Elle attendait sa réponse les bras croisés.
— Je te l'ai dit, Atkinson, je ne voulais pas te donner de donner de faux espoirs, tenta-t-il, d'un ton beaucoup trop neutre pour être honnête.
L'aurait-il dit avec toute la sincérité du monde que je ne l'aurais pas cru, ce que j'exprimai dans un éclat de rire mauvais.
— Arrête tes conneries, Black, il y a deux semaines à peine, tu étais incapable de me parler sans m'insulter ! Sans compter que tu as été élevé à mépriser toutes les personnes comme moi. Alors n'essaie pas me faire croire que tu en avais quelque chose à faire de mes sentiments !
Il pinça les lèvres très fort.
— Certaines choses ont changé, fut sa réponse, aussi ferme que guindée.
Le regard pétillant que Riley m'offrit face à cette affirmation lui valut un coup d'œil assassin.
— Peut-être mais elles n'ont certainement pas changé au point que tu te lances dans des recherches chronophages sur le sujet, répliquai-je froidement, en désignant d'un geste l'ensemble de ses livres et parchemins. Combien ça t'a pris de temps, tout ça ? On dirait que tu as passé tes dernières semaines dessus !
Il le nia dans un mouvement de tête sec, de la gauche vers la droite.
— Tu crois vraiment que j'y aurais pensé de moi-même si personne ne m'avait parlé d'un phénomène pareil auparavant ? J'avais un oncle qui voyageait beaucoup et qui s'était passionné pour le sujet des fontaines de guérison.
L'explication aurait pu me paraître improbable mais j'avais entendu une histoire similaire par Sirius un peu moins d'un an plus tôt, quoiqu'avec moins de détails précis.
— Tu parles de ton oncle Alphard ? l'interrogeai-je donc instinctivement, sourcils froncés face à ce développement inattendu.
Après tout, c'était de lui que Sirius avait hérité une fortune colossale à sa mort, alors qu'il avait déjà quitté le domicile familial et avait été sèchement déshérité. A son décès, mon camarade m'avait fait part de ce choix étonnant avec un mélange d'incrédulité et d'hilarité assez désarçonnant, en tous cas pour moi qui n'était pas habituée à ce genre de drames familiaux.
Les yeux plissés de Regulus m'indiquèrent que ma surprise ne lui avait pas échappé.
— Je vois que mon frère t'en a parlé en te présentant les choses de son point de vue biaisé, comme d'habitude, grinça-t-il. Alphard lui a peut-être laissé tout son argent mais il n'était pas le rebelle sans attache et aux beaux principes que Sirius a dû te dépeindre. Il m'a même légué ses recherches et certains de ses livres les plus précieux.
Ainsi prise à parti dans une guerre qui n'était pas la mienne, je restai prudemment silencieuse et, sentant peut-être ma colère refluer, Regulus fit glisser vers moi le second livre qu'il avait sorti, dont la tranche comme le dos étaient d'une étincelante couleur dorée.
— Ce livre par exemple, c'est une très vieille édition des contes de Beedle le Barde qui appartenait à notre famille et sur laquelle il a beaucoup travaillé.
Je le saisis avec hésitation et en feuilletai quelques pages, plus par automatisme que par réelle curiosité. Toutes les histoires avaient été tracées à la main, d'une belle calligraphie de professionnel, sauf la première, qui contait l'histoire du sorcier et de la marmite sauteuse, dont les bavures et les ratures témoignaient d'un travail d'amateur.
Je ne posai aucune question, cependant, et le lui rendis sans un mot.
Il me semblait que mon cerveau croulait sous les hypothèses et les possibilités, incapable de prendre une décision.
Regulus, lui, paraissait vouloir rester silencieux jusqu'à ce que je prenne parti.
— Tu te rends compte qu'on a seulement quelques semaines pour rendre ce devoir, Black ? formulai-je finalement, en me rattachant à une question pragmatique et rationnelle. Comment veux-tu qu'on arrive à quoique ce soit en si peu de temps ?
— On a les recherches de mon oncle et je sais même à qui m'adresser pour obtenir des informations privilégiées sur le sujet, répondit-il mystérieusement. Tout ce que tu as à faire, c'est dire oui.
Perdue, je me tournai instinctivement vers Riley qui, désormais assise en tailleur sur le bureau professoral et l'air perplexe, m'offrit son plus beau haussement d'épaules.
— J'en sais rien, Mackenzie… Qu'est-ce que tu as à y perdre ?
Il y a quelques semaines, une telle question aurait donné lieu à une liste interminable d'objections : mon temps, mon énergie, ma fierté, les restes de ma sagesse de Serdaigle.
Sans ma magie, cette partie essentielle de moi-même qui définissait tout ce que j'étais et que j'avais désespérément besoin de retrouver, je n'avais plus grand-chose à perdre cependant.
C'était, du moins, ce dont j'étais encore convaincue à ce moment-là.
oOoOoOoOo
La porte à laquelle Lily sonna, non sans prendre une profonde inspiration, se trouvait au 4, Privet Drive et rien ne la distinguait réellement des dix autres situées sur la même rue, si ce n'est l'énorme massif d'hortensias qui jouxtait le muret de pierres.
Elle s'ouvrit quelques secondes plus tard sur une jeune femme qui, malgré ses cheveux blonds et son cou deux fois plus long que la moyenne, ne pouvait être que la sœur de Lily.
Le regard chargé de dégoût qu'elle lui adressa ressemblait beaucoup trop à ceux que Regulus m'offrait parfois, quand je le croisai par hasard dans les couloirs de l'école.
Dans un effet de mimétisme perturbant, ma camarade se fendit d'un sourire que j'aurais pu moi-même étirer en pareilles circonstances.
— Hey Pétunia ! la salua-t-elle avec un entrain qui contrastait avec la lassitude qu'elle affichait quelques secondes à peine plus tôt. Félicitations pour la maison ! Je t'ai ramené ça, je l'ai fait moi-même.
Elle tira de son sac un morceau de tissu qui, une fois déplié par la fameuse Pétunia, s'avéra être une nappe de la taille d'une table basse, dont les broderies étaient beaucoup trop précises et travaillées pour avoir été réalisée par Evans sans magie. Sa sœur eut l'air de penser comme moi, puisqu'elle plissa le nez d'un air écœuré et le jeta presque immédiatement sur la rampe de l'escalier derrière elle, comme un vulgaire torchon.
— J'ai suffisamment de nappes mais merci quand même, marmonna-t-elle d'un ton rêche, sans se soucier de la réaction de Lily.
Cette dernière sembla pendant un instant partagée entre la tristesse – au vu de ses yeux qui se remplirent de larmes – et la colère – si j'en croyais sa mâchoire qui se carra légèrement. Je sus qu'elle s'était rabattue sur cette dernière option quand Pétunia me jeta un regard hésitant, mais néanmoins teinté du même dégoût que celui qu'elle venait de marquer à l'endroit de sa sœur, avant de demander :
— Je croyais que tu venais avec ton taré de petit ami ? Il ressemblait pas à ça, la dernière fois.
J'aurais pu me vexer du « ça », prononcé avec un mépris évident, mais ma camarade m'en empêcha en m'attrapant la main d'autorité, serrant mes doigts si fort que je crus entendre l'un d'eux craquer.
— James n'était pas disponible, alors j'ai amené mon amant, Sirius, affirma-t-elle d'un ton tellement sérieux que j'aurais pu moi-même la croire, si je n'avais pas été certain de ne pas répondre à cette définition. C'est le meilleur ami de Potter, ça fera tout aussi bien l'affaire.
Pétunia ouvrit la bouche puis la referma à plusieurs reprises, comme un poisson en apnée hors de l'eau. Le son semblait avoir été coupé au niveau de ses cordes vocales.
— Tunie ? l'appela alors Evans, d'un air trop concerné pour être totalement innocent – j'avais un frère, après tout, que j'avais pris soin de rendre dingue à chaque fois que l'occasion se présentait. Ça ne va pas ?
La dénommée Tunie se racla la gorge, en secouant la tête.
— Ton amant ? répéta-t-elle enfin, d'une voix suraiguë. Mais... mais... et qu'est-ce que je vais dire à Vernon, moi ? Je lui ai dit que tu ramenais ton petit copain Jimmy !
— James, corrigeai-je par automatisme.
Les deux sœurs se tournèrent vers moi, l'une pour m'adresser un sourire étudié, l'autre pour me fusiller du regard.
— Le jour où tu lui avoueras que je n'étudie pas la broderie en Irlande mais la magie en Ecosse, tu veux dire ? s'enquit la plus jeune des Evans dans une moue. Eh bien, je ne sais pas moi, tu n'auras qu'à lui dire que la polygamie est légale et répandue chez nous et que j'ai bien l'intention d'épouser tous les garçons qui voudront bien de moi.
Les yeux écarquillés de Pétunia firent sans nul doute écho aux miens et je m'apprêtai à intervenir enfin quand une voix d'homme, dans une autre pièce, appela la maîtresse de maison en lui demandant qui était là. D'un geste empreint de panique, elle nous fit entrer tout en criant à son tour :
— Ma sœur et son copain ! Euh…
Ses yeux se posèrent sur moi puis sur Lily, et elle demanda dans un chuchotement :
— C'est quoi son nom à ce taré-là ?
— Sirius, répondit Lily avant que je ne m'indigne définitivement. C'est le nom d'une étoile, rapport à son père qui a inventé un sort incroyable qui te permet de les atteindre en claquant des doigts.
Levant une main dans l'air, elle fit mine de vouloir de mettre à exécution ledit sort – qui n'existait évidemment que dans son esprit de déséquilibrée – mais sa sœur lui attrapa le bras avant qu'elle ne puisse ne serait-ce que joindre son pouce à son majeur.
— Lily, tu as promis à maman que tu ne ferais pas tu-sais-quoi ici ! couina-t-elle, blanche comme un linge.
Ma camarade se dégagea avec une grimace, sans que je sache s'il s'agissait de douleur face à l'assaut violent de sa frangine ou de dépit devant sa remarque.
— Désolée, j'avais oublié, prétendit-elle dans un haussement d'épaules qui disait clairement le contraire. T'avais pas promis quelque chose, toi aussi ? Hmmm, ah oui ! D'arrêter de nous traiter, mes amis et moi, de monstres ! Ça t'empêche pas de le faire en permanence !
Pétunia retroussa les lèvres d'un air qui aurait pu passer pour coupable si ses yeux perçants n'étaient pas remplis d'éclairs de rage.
— Ton attrapeur d'étoiles en est témoin, je n'ai rien dit de tel aujourd'hui !
— Tu le penses tellement fort que ça revient au même !
— Et alors ? Tu peux pas m'empêcher de le croire, Lily ! J'ai jamais promis à personne de ne pas penser que tu étais un monstre qui faisait fuir tout le monde ! D'abord moi puis ton copain Severus et maintenant, ton petit-ami Jimmy. Parfois, je me demande même si Papa n'a pas cessé de se battre parce qu'il en avait marre lui aussi d'avoir quelqu'un comme toi dans sa vie !
Son propos eut de toute évidence l'effet escompté puisqu'Evans, la bouche jusqu'ici ouverte et déjà prête à répliquer, recula immédiatement de plusieurs pas, titubant presque sous la violence de ces mots. Les larmes qu'elle n'avait pas versé tout à l'heure en voyant sa sœur refuser son cadeau lui échappèrent tout aussi vite, inondant son visage à une vitesse presque affolante, et elle se détourna finalement sans un mot, escaladant les marches menant à l'étage deux à deux.
A en croire la façon dont elle se mordit la lèvre inférieure en la suivant du regard, Pétunia parut hésiter à la suivre mais mon regard sur elle l'en dissuada, me valant au passage un coup d'œil glacial.
— On passe à table dans dix minutes, grinça-t-elle en s'éloignant presque aussitôt dans la direction opposée.
Je me retrouvai ainsi seul dans le hall d'entrée exigu, hésitant presque à utiliser le placard sous l'escalier à ma gauche pour transplaner discrètement chez Andy, loin de tous ces drames qui me rappelaient un peu trop les miens. Mon estomac serré et tout ce que j'avais vu de moi dans le regard brisé de Lily me poussa pourtant à grimper à mon tour à l'étage.
Les reniflements derrière la troisième porte qui longeait le couloir me guidèrent avec aisance et, après une hésitation, je tapai deux coups faibles sur le battant.
— Je… Euh, ça va ? bredouillai-je maladroitement.
Il y eut un nouveau bruit, que j'identifiai comme celui d'un morceau de papier toilette détaché du reste du rouleau, puis elle se moucha.
— J'ai pas envie de parler, Black, croassa-t-elle.
— Comme tu veux, Evans.
Avec un soupir, j'allais m'appuyer contre le mur qui faisait face à la porte de la salle de bains, en tapant nerveusement du pied. Mon regard ne cessait de courir sur toute la longueur du couloir à la recherche d'une distraction, pour revenir régulièrement vers le battant derrière lequel Lily continuait de renifler à intervalles réguliers. Lors d'un de mes allers-retours, mes yeux se posèrent sur un cadre de bois séparé en quatre, dans lequel avaient été accrochées plusieurs photographies de Pétunia, plus jeune, entourée à chaque fois d'un homme roux et d'une femme aux cheveux châtains, ses parents sans doute.
Lily n'apparaissait nulle part.
Avec une grimace, le cœur un peu serré, je reportai de nouveau mon attention sur la porte et me laissai glisser vers le sol, genoux remontés sur mon torse.
— Tu te rends compte que ta sœur dit des conneries, pas vrai ?
— J'ai dit que je voulais pas en parler ! grogna-t-elle du tac au tac.
— T'as dit que tu ne voulais pas parler, Evans, pas que je pouvais pas le faire.
Elle soupira de façon ostensiblement lourde.
— Je suis pas d'humeur à jouer sur les mots, Sirius.
— Même si c'est pour t'entendre dire que James ne pourra jamais, jamais, te fuir ? Ou penser que tu es un monstre, d'ailleurs. Si ça lui arrivait, je serais le premier à l'emmener consulter un guérisseur !
Elle ne répondit rien mais un nouveau reniflement résonna, qui me sembla cette fois teinté d'un soupçon d'amusement. Je laissai moi-même passer un long moment de silence seulement perturbé par les rumeurs de conversations à l'étage du dessous, hésitant à m'arrêter là, sur une note plus drôle que dramatique.
Sa respiration toujours erratique me fit craquer plus vite que je ne l'aurais pensé.
— Je… j'ai aucune idée de ce qui a pu arriver pour que vous en arriviez là, commençai-je avec précaution, et j'ai toujours détesté que des gens qui n'en savaient rien me disent que c'était pas de ma faute et essaient de me consoler d'avoir hérité d'une famille complètement pourrie. Mais franchement, Evans, faut être complètement con pour penser que c'est pas toi qui a eu raison de fuir Servilus. C'est à se demander même comment t'as pu tenir aussi longtemps.
Elle y vit évidemment une insulte, je le compris lorsque la porte s'ouvrit brusquement dans un coup de vent qui était de toute évidence magique. Assise sur le mur opposé au mien, près d'un lavabo étincelant de propreté, je vis ses joues striées de larmes rougir de colère pendant un instant, avant que ses yeux ne se plissent avec incertitude.
Pour une fois, j'avais troqué mon air méchant et moqueur contre une mine étonnamment neutre.
Perturbée, elle m'analysa encore quelques secondes avant que ses épaules crispées ne se relâchent dans un soupir.
— Mon père a eu un accident l'an dernier, me confia-t-elle d'une voix rauque. Il travaillait dans une usine, le moteur d'une machine lui a explosé au visage et il est resté quelques heures dans le coma avant de mourir. Pétunia… Pétunia pense que je l'ai tué avec mes pouvoirs de sorcière, ou quelque chose comme ça, parce qu'il est mort un peu après que je sois arrivée en catastrophe de Poudlard.
Elle papillonna des paupières comme pour faire refluer les deux sillons de larmes qui continuaient à rouler sur ses joues trempées.
— Vois le bon côté des choses : elle pense visiblement que tu es une sorcière d'une puissance jamais vue, même dans les légendes les plus invraisemblables qui courent sur Merlin lui-même.
Ma blague maladroite aurait pu me valoir un regard mauvais mais, à ma grande surprise, elle ricana en essuyant son visage à deux mains. Je fus tenté d'ajouter quelque chose, une remarque terriblement clichée mais rassurante sur le fait que son père avait sans doute attendu de la voir une dernière fois, mais heureusement, une voix appelant Lily depuis le bas des escaliers m'empêcha de me vautrer dans un tel sentimentalisme.
— On arrive, maman ! cria-t-elle en se levant d'un bond.
J'en fis de même tandis qu'elle inspectait son visage dans le miroir avec une grimace effarée.
— Je ressemble plus à rien, se lamenta-t-elle en essuyant les traces de mascara sous ses yeux avec ses pouces.
— Tu permets ?
Je lui désignai ma baguette que j'avais sortie de ma poche et elle hocha la tête avec fatalisme.
— Au point où j'en suis, franchement…
Ses iris écarquillés témoignèrent toutefois de son étonnement – teinté d'une pointe d'admiration – lorsque deux formules de métamorphoses réussirent à atténuer la rougeur de son nez, de ses joues et du blanc de ses yeux.
— Tu n'imagines pas le nombre de fois où j'ai dû les utiliser sur James quand tu l'envoyais bouler, plaisantai-je pour couper court à toute question sur les vraies raisons qui m'avaient poussé à maîtriser ces sortilèges dès la première année. On y va ?
Elle acquiesça avec un sourire et m'emboîta le pas dans les escaliers, en bas desquels elle s'arrêta cependant, pour m'offrir une moue soudain ennuyée.
— Il est possible que ma mère ne soit pas très agréable avec toi quand elle saura qui tu es, me prévint-elle. Je lui raconte tout ce qui m'arrive à Poudlard et tu as très rarement le bon rôle dans mes histoires.
Je ne pus m'empêcher de glousser, en la poussant à avancer.
— Ne t'en fais pas pour moi, Evans. Un dîner de famille n'est jamais véritablement un dîner de famille si personne à table ne se comporte avec moi comme si j'étais un ennemi à abattre.
Elle rit mais quelque chose dans ses iris tristes m'indiqua qu'elle connaissait aussi bien que moi cette sensation.
[1] Souvenez-vous, c'est par le lac que la délégation de Durmstrang arrive à Poudlard dans le tome 4 ;)
Des commentaires ? ;D
Je vous avoue que j'attendais d'écrire ce chapitre depuis un certain temps, et que j'avais très très hâte de poster cette partie parce que... Lily et Sirius *.*
Ce rapprochement (dû au fait que Sirius réalise FINALLY que son meilleur pote est au bout de sa vie et qu'il est temps de cesser d'être une tête de mule) me met en joie mais ce n'est pas la seule chose : la réconciliation trop mignonne de James & Sirius sur le toit de la baraque des Potter aussi, la discussion de Sirius avec son père d'adoption qui est tellement chouuuu (il était d'ailleurs temps d'introduire un père normal, prends en de la graine, Papa Atkinson ! ;p), le moral de Mackenzie qui remonte drastiquement en présence de Riley, les réparties de Riley face à Regulus, l'apparition éclair d'Alice qui, espérons-le, va réussir à mettre du plomb dans la tête de Dan, Frank aussi qui m'a bien fait rire, ce moment de complicité entre Andy et Sirius, la petite Tonks et sa recherche d'un nouveau prénom, cette alliance entre elle et Lily et surtout, évidemment, cette dernière scène entre mes deux chouchous !
Quelques indices et mystères s'ajoutent aux nombreux autres : Riley a-t-elle raison de croire que des ennemis de Mackenzie se cachent à Poudlard ? Vers où va mener la nouvelle idée de Regulus ? La famille maternelle de Mackenzie (sur qui il y a pas mal d'informations dans ce chapitre !) a-t-elle participé à son attaque ? Rookwood a-t-il l'intention d'engager Lily pour participer à des projets contestables ? Voldemort veut-il vraiment s'entourer d'une armée de diplomates ? (haha, j'imagine un peu leurs réunions...)
Il y avait aussi des trucs moins fun, comme Mackenzie toujours impuissante face à sa magie, toute l'histoire du père de Lily (ceci est un cri d'alerte contre les dangers du capitalisme à outrance), la confrontation catastrophique entre Lily & Pétunia... Mais dans l'ensemble, on est sur un chapitre plus joyeux que les précédents, quand même, non ?
Toutes ces évolutions auront des répercussions au prochain chapitre, qui s'appellera « Nom d'un chien (!) ». On devrait y retourner pleinement à Poudlard pour de nouvelles confrontations et qui sait, peut-être, des réconciliations ? Reste à savoir lesquelles ! ;D
(Oui, bon, peut-être que le pluriel est un peu trop optimiste connaissant mes personnages mais qui sait ?)
J'ai si hâte d'avoir vos avis, ne m'abandonnez pas ! :)
