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CHAPITRE 19 – Distraction bienvenue
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Les dix jours de séparation passèrent l'un après l'autre. Mes journées remplies d'obligations étaient faciles à gérer mais les soirées étaient plus difficiles. Le soir je passai du temps avec les filles et nous regardions les matchs des gars chez Rose, simplement comme nous l'avions fait la saison précédente quand elles habitaient toutes les deux ici. Et bien qu'il m'aurait été plus facile de traverser le couloir jusqu'à mon appartement ensuite, je rentrai chez Edward et me glissai dans un de ses t-shirts usés et me blottissais contre Toto dans des draps qui sentaient comme Edward. Entourée par son odeur je trouvais toujours la paix dont j'avais besoin pour glisser dans un sommeil profond.
Notre conversation près de l'aéroport avait bien servi. La séparation n'était pas moins difficile mais elle était gérable car nous restions dévoués l'un envers l'autre et envers notre relation.
J'étais rentrée trois fois chez moi après l'entrainement et avant d'aller chez Edward pour récupérer le courrier dans ma boîte à lettre, y trouvant des lettres manuscrites provenant de divers endroits du pays selon le cachet. Chacune d'elle m'étourdit. Je montai l'escalier et roulai sur le ventre sur le lit pour dévorer ses lettres avec mon oreiller sous ma poitrine. Bien que nous parlions tous les jours et nous envoyons beaucoup de texto il y avait quelque chose de différent dans ses lettres quelques chose de démodé et de tout à fait romantique. Après en avoir mémorisé chaque ligne je les rangeais en sécurité dans mon tiroir. Souriant avec mélancolie en pensant à quel point il serait merveilleux de les retrouver dans trente ans quand elles seraient jaunies et fanées par l'âge, le papier usé et froissé par des années de relecture de ses mots.
Quant à moi j'avais découvert l'adresse de quelques hôtels dans lesquels il devait séjourner tout au long de son voyage et je lui avais fait passer des colis, un à la première étape et un à la seconde. Je lui avais préparé des biscuits et son pain à la banane préféré et en avait ajouté en supplément afin qu'Emmett ne lui vole pas le sien. Il m'avait immédiatement appelée quand il avait reçu le premier et m'avait fait rire quand il m'avait salué la bouche pleine mais si désireux de me parler qu'il n'avait même pas attendu d'avaler la première bouchée.
Après avoir longuement réfléchi et roulé des yeux, j'avais glissé un petit flacon de mon shampoing dans le premier envoi. Être chez lui entourée par son odeur me réconfortait tellement et je me souvenais de lui disant qu'il avait toujours aimé l'odeur de mon shampoing. C'était peut-être bizarre mais tout ce qui pourrait lui faciliter la tâche valait un peu de bizarrerie entre nous.
L'équipe s'était bien comportée et j'espérais que la série de victoires et le fait qu'Emmett et Jasper lui tiennent compagnie l'aide autant que m'aidaient Rose, Alice et ses parents. Parfois au son de sa voix je pouvais dire qu'il semblait déprimé mais la plupart du temps je pensais que nous gérions bien les choses cette fois-ci. Il me manquait encore mais je découvris que je n'étais pas aussi grincheuse.
Marcus me gardait occupée sur la glace, fignolant les modifications de dernière minute apportées à mes programmes pour les rendre prêts à être diffusés. Alice et la couturière étaient en train de peaufiner mes costumes et de faire des ajustements après que les ai essayés sur la glace.
Mon estomac commençait à se crisper chaque fois qu'il était fait mention de Paris. Même si je voulais que les jours passent et qu'Edward soit de retour je ne pouvais me résoudre à le souhaiter. Chaque jour passé me rapprochait beaucoup de mes débuts. Bien que je ne l'admette devant personne j'étais nerveuse comme l'enfer.
Je savais depuis des mois que cette compétition allait avoir lieu. Je m'y préparais, je passai tellement de temps à me préparer pour la compétition. Mais dans un sens cela semblait toujours être si loin. Maintenant il ne restait que quelques jours et je ne pouvais plus nier que cela aller réellement arriver. Avec cette acception vinrent les doutes, les insécurités qui me tourmentaient toujours quand il s'agissait de concourir. C'était une entreprise impitoyable et peu importe combien je me préparais il ne fallait qu'une chute, un pied de plus sur un atterrissage pour gâcher tout ce par quoi j'étais passée pour en arriver là.
J'essayai de ne pas trop m'attarder là-dessus et pour la plupart j'arrivais à cacher mon stress. Au moins suffisamment pour que personne ne le remarque.
Marcus et moi traverserions l'océan quatre jours avant le début du programme court féminin pour que j'ai le temps de m'ajuster complètement au décalage horaire et aussi au changement d'altitude. Parfois les jeunes patineurs arrivent la veille et cela diminue leurs chances.
Pendant la compétition il y a toujours beaucoup de choses à gérer en dehors de la glace. N'importe quel détail pourrait être décisif entre le succès ou l'échec. C'est presque accablant d'y penser. D'un autre côté mon statut de patineuse expérimentée m'aidait mais j'étais encore stressée rien qu'en y pensant. Alors j'essayais de ne pas le faire.
Les choses semblaient aller bien.
Puis deux jours avant le retour d'Edward et cinq jours avant que je m'envole pour Paris, je me réveillai dans le lit d'Edward avec l'impression d'avoir été renversée par un gros camion. Ma gorge était sèche et me faisait mal, ma tête était lourde et embrouillée. Des frissons me parcouraient et mes dents claquaient de froid bien que je sois enfouie sous une lourde couette.
Les yeux grands ouverts je jetai un coup d'œil à l'heure sur la table de chevet et je regardai deux fois en comprenant qu'il était plus de neuf heures, j'étais censée être sur la glace. Marcus allait me tuer.
Je me levai et eus la sensation que la pièce tournait autour de moi. Des taches brouillaient ma vision et je dus me recoucher rapidement par peur de perdre connaissance. Que diable se passait-il ?
Je me concentrai pour respirer régulièrement mais je pouvais quand même dire que quelque chose n'allait pas avec mes poumons. Chaque fois que j'essayai de prendre une profonde respiration cela me donnait une quinte de toux si violente que j'avais l'impression de suffoquer.
Une fois le vertige passé et la toux calmée je cherchai mon téléphone, je le mis devant mes yeux.
Deux appels manqués et un nouveau message.
Je parcourus le journal et vis que les deux appels provenaient de Marcus et d'Esmée, me demandant sans doute où j'étais.
Le message était le bonjour habituel d'Edward. Son équipe était actuellement à San José pour un match et leur dernier aurait lieu à Los Angeles vendredi après-midi avant qu'il rentre à la maison plus tard dans la soirée. Le message était arrivé une heure plus tôt. Il m'en envoyait un le matin avant d'aller à la salle et ensuite à l'entrainement avec l'équipe. Être dans des fuseaux horaires différents signifiait que j'étais toujours en retard pour lui répondre mais je lui envoyai toujours un message en retour quand je faisais une pause et nous discutions dans la journée dès que nous avions un moment pour nous parler.
J'envisageai de lui envoyer un texto. S'il n'avait pas de mes nouvelles il pourrait s'inquiéter et je ne voulais pas être cause de distraction. Mais quand j'essayai de lui répondre ma vision devint floue et je ne pus plus me concentrer sur mon téléphone pour lui écrire quoi que ce soit de cohérent. Gémissant de frustration je jetai le téléphone au hasard sur mon lit et tendis la main vers Toto. En le serrant contre ma poitrine mes yeux se fermèrent à nouveau et je m'enfonçai dans l'oreiller gémissant pathétiquement quand je ne toussais pas.
Je n'avais pas l'intention de m'endormir mais je dus m'assoupir. Ensuite je sentis quelque chose de frais et d'humide sur mon front et je pus distinguer la voix douce d'Esmée qui marmonnait doucement à côté de moi, son inquiétude étant évidente malgré sa voix calme.
"Je ne sais pas. Elle n'est pas venue à la patinoire ce matin et n'a pas appelé. Je me suis arrêtée pour voir si tout allait bien," murmura-t-elle. Je n'entendis aucune réponse alors je supposais qu'elle parlait au téléphone. Mes paupières étaient trop lourdes pour les ouvrir et vérifier.
"Et bien elle a de la fièvre mais je ne sais pas combien. Elle a les mains gelées," continua-t-elle alors que je sentais ses doigts chauds contre la peau sur le dos de ma main. "Elle tremble beaucoup et est très pâle, plus que d'habitude."
Je trouvais ça bizarre d'entendre décrire mes symptômes, presque comme une expérience hors du corps. Je ne pouvais pas vraiment dire ce que je ressentais. Un instant je voulais enlever tous mes vêtements et repousser la couette et le moment suivant je voulais m'enterrer sous les couvertures pour trouver de la chaleur. La seule chose que je savais avec une certitude absolue était que je voulais juste dormir.
"Je ne suis vraiment sûre d'aucun autre symptôme," l'entendis-je continuer, bien que sa voix prenne un ton de rêve à mes oreilles. J'arrêtais de me battre pour rester éveillée et me laissais aller. "Elle dort depuis que je suis arrivée."
C'est vrai. Dormir. Dormir c'est bien. Je devrai dormir.
A cet instant juste au moment où je me sentais replonger dans l'inconscience mes poumons me trahirent. Je me redressai, suffocant et haletant à cause de la toux qui me brûlait la poitrine et la gorge.
Des mains douces me frottèrent doucement le dos jusqu'à ce que je reprenne mon souffle et par-dessus le bruit de mes halètements je l'entendis me murmurer son soutien.
"Tout va bien chérie. Tout ira bien. Carlisle ?" Sa voix était plus ferme et plus urgente lorsqu'elle amena le téléphone à son oreille. "Il faut que je te l'amène ? Tu es sûr ? D'accord merci. Oui on se voit dans quelques minutes. "
Je l'entendis mettre fin à l'appel et sentis le matelas s'enfoncer alors qu'elle se penchait pour poser le téléphone sur la table de chevet. Je ne risquai pas de lever la tête de l'endroit où je l'avais posée, sur mes mains, craignant que tout changement de position ne ramène la toux. Esmée continua à me frotter le dos, m'offrant du réconfort sans mots.
"Tu veux te recoucher ?" demanda-t-elle après quelques minutes. Je hochai la tête, la levant et clignant des yeux dans une tentative infructueuse de combattre la somnolence. Je jetai un regard vers Esmée et compris qu'elle était inquiète malgré l'amour et la tendresse que m'offrirent son sourire alors qu'elle repoussait quelques mèches de mes cheveux emmêlées sur mon visage.
Elle se pencha derrière moi et tapa les oreillers, les retournant pour que je puisse m'allonger de nouveau sur du tissu froid plutôt que de la surface encore chaude en raison de ma fièvre.
"Carlisle est en route pour venir te voir et comprendre ce qu'il se passe," expliqua-t-elle. Je hochai la tête, trop fatiguée pour dire que c'était idiot de sa part de quitter l'hôpital juste pour venir me voir. Ce n'était probablement qu'un refroidissement ou quelque chose comme ça.
Je tendis la main sur le côté, tâtant aveuglément autour de moi mais je ne trouvais pas ce que je voulais.
"C'est ça que tu cherches ?" demanda Esmée, en tenant Toto. Je hochai la tête de nouveau et je lui fis un sourire quand elle mit le chiot tout doux et en peluche à côté de moi.
"As-tu besoin d'autre chose ?"
Je voulais demander de l'eau mais je pensai qu'essayer d'ingérer quoi que ce soit à ce stade-ci, c'était probablement une mauvaise idée. Je secouai la tête et me rapprochai de Toto en cherchant un peu de réconfort en m'agrippant à lui alors que je me sentais si minable.
"Quand as-tu commencé à te sentir mal ?"
J'ouvris la bouche puis je dus la refermer et l'avaler, me raclant la gorge et essayant de mouiller mes lèvres. Même alors, ma voix était rauque et râpeuse et les mots me râpaient la gorge, alors j'essayai de garder la conversation au minimum.
"Je tousse et renifle depuis presque une semaine, me fatigue plus vite que d'habitude. Je... Je pensais que c'était juste un rhume. J'en ai parfois à l'automne. Changement de saison et tout ça. Alors ce matin..." Je fis un vague geste de mon état actuel. "Tu l'as dit à Marcus ? Était-il contrarié ? Je n'ai même pas appelé..."
"Je lui ai parlé quand je suis arrivée et il va bien," m'a-t-elle assuré. "Il attend d'avoir des nouvelles."
"Je ne devrais pas manquer l'entraînement si près d'une compétition," dis-je avec un soupçon de panique alors que j'essayais de me redresser. "Je devrais…"
Esmée m'interrompit rapidement, me poussant doucement mais fermement dans les oreillers. "Tu devrais t'allonger et te calmer, voilà ce que tu devrais faire. Carlisle sera là dans quelques minutes. Une fois que nous saurons ce que tu as, on verra à partir de là, d'accord ?"
J'arrêtai d'essayer de me battre contre elle. Je ne me sentais même pas capable de me lever du lit, encore moins de conduire jusqu'à la patinoire et de m'entraîner toute une journée. Je me détendis dans les oreillers, le visage contre la fourrure de Toto, doux et frais contre mes joues rouges.
Esmée passa de l'autre côté du lit et s'appuya contre la tête de lit, me caressant tranquillement les cheveux pendant qu'on attendait. Carlisle arriva moins de dix minutes plus tard, pénétrant dans la maison et frappant doucement à la porte de la chambre pour alerter de sa présence avant d'entrer. Je le vis jeter un coup d'œil et sourire à l'Esmée avant de s'asseoir sur le bord du lit à côté de moi.
"Salut, Bella," dit-il, en me frôlant la joue d'une main dans un salut affectueux. "Tu ne te sens pas trop bien ce matin, hein ? Très bien, je vais te faire asseoir ici à côté de moi et nous allons jeter un coup d'œil pour voir ce qu'il se passe."
Il ne lui fallut que quelques minutes pour établir un diagnostic. Après m'avoir fait prendre quelques respirations profondes tout en écoutant mes poumons, il me fit un sourire compatissant et me dit que je pouvais me rallonger.
"Tu devrais te mettre à l'aise parce que tu n'iras nulle part dans les prochains jours," dit-il.
"Quoi ? Non, je ne peux pas rester au lit. Je suis censée..."
"Qu'y a-t-il, Carlisle ?" demanda Esmée.
"Pneumonie," répondit-il en se tournant vers moi. "Rien de trop grave mais assez pour t'assommer pendant un petit moment. Je te laisse un antibiotique à prendre deux fois par jour. Ça devrait aller mieux d'ici dix jours."
"Dix jours ?" J'étais consternée à l'idée même d'être clouée au lit pendant plus d'une semaine.
"Tu pourrais commencer à te sentir mieux plus tôt que ça," m'assura-t-il rapidement, en riant doucement à l'expression horrifiée sur mon visage. "Mais tu voudras quand même y aller doucement et te reposer. Ça prendra du temps pour retrouver ton niveau d'énergie."
"Combien de temps ?" demandai-je, me sentant plus déprimée à chaque question et réponse.
"C'est difficile à dire à ce stade. Certaines personnes sont de nouveau sur pied tout de suite et d'autres souffrent des effets persistants pendant un ou deux mois après la fin du traitement. Je suppose qu'une partie de ton rétablissement dépendra de toi."
"Ne dis pas ça," le prévins-je. "Si ça ne tenait qu'à moi, je serais à la patinoire en ce moment."
Il rit à nouveau et frotta un doigt sur l'arête de mon nez avant que son visage devienne sérieux. "Je déteste dire ça, Bella mais il semble que tu ne pourras pas aller à Paris cette fois-ci. Tu ne seras pas guérie à temps pour voyager."
J'hochai simplement la tête en essayant d'ignorer la déception à la confirmation de mes soupçons.
La nouvelle ne me surprenait pas. Même s'il ne me fallait que quelques jours pour guérir, j'aurais besoin de temps pour reconstituer ma force musculaire afin de faire face au rythme intense de la compétition. C'est une mauvaise idée d'essayer de concourir quand tu n'es pas au top et je n'avais pas envie de faire un retour à moitié raté juste parce que j'étais trop têtue. Au lieu de m'attarder là-dessus je réfléchis à ce qui allait suivre.
"Et le mois prochain ? Est-ce que je serai bien pour Lake Placid ?"
"Tu devrais aller beaucoup mieux," dit-il, son ton certain et son expression encourageante. "Certains des symptômes peuvent rester dans les parages pendant un certain temps mais rien que tu ne puisses pas traverser tant que tu n'oublies pas de te reposer et de boire beaucoup."
"D'accord," hochai-je la tête, me sentant un peu plus optimiste en entendant la première bonne nouvelle de toute la matinée.
Il semblait hésiter encore un instant et je le vis jeter un coup d'œil derrière moi, apparemment communiquant avec Esmée sans paroles. Ses traits ressemblaient tellement à ceux d'Edward, bien que leur aspect soit très différent. Il me manquait et la façon dont il me regardait comme ça parfois, comme s'il pouvait tout me dire d'un seul regard partagé.
Carlisle me regarda et dit : " Je me sentirais vraiment mieux si tu n'étais pas toute seule en ce moment. Les antibiotiques commenceront à agir tout de suite mais il ne va pas y avoir d'amélioration avant quelques jours. Pourquoi ne viendrais-tu pas chez nous ? Au moins jusqu'au retour d'Edward. On a plein de chambres."
Je pesai sincèrement le pour et le contre pendant un bon moment et l'idée me vint que je pourrais peut-être retourner à mon appartement pour ne pas remplir la maison d'Edward de microbes. Je n'étais pas mal à l'aise à l'idée de rester avec Esmée et Carlisle. Je savais qu'ils se souciaient de moi, ne me considérerait pas comme un fardeau, même si j'en avais le sentiment d'en être un mais je ne voulais pas rompre ma promesse à Edward. Je lui avais dit que je resterais, et bien sûr, c'étaient des circonstances exceptionnelles, je savais qu'il comprendrait mais je voulais tenir ma promesse de rester chez lui.
Je levai les yeux vers Carlisle et essayai de lui témoigner ma gratitude sincère. "J'apprécie l'offre. Vraiment. Mais je pense que je veux rester ici si tu es d'accord."
"Alors je resterai ici avec toi," dit Esmée.
"Non, Esmée, je ne peux pas te demander ça," dis-je, consternée. J'avais mes raisons de rester mais ça ne devrait pas l'obliger à rester aussi. "Il n'y a même pas un lit supplémentaire. Et Carlisle," continuai-je, même si j'avais mal à la gorge à force de parler. "Tu as dit que j'allais juste dormir beaucoup, n'est-ce pas ? Ça ne sert à rien que quelqu'un traîne dans le coin pendant que je dors toute la journée."
"Bella," soupira patiemment Esmée et je savais qu'il n'y avait aucun espoir que je gagne. "Je peux être juste aussi têtue que mon fils. Tu ne resteras pas seule ici pendant que tu es malade. Tu ne demandes pas. Je vais juste te dire que je reste."
"Tu ferais aussi bien d'économiser ta salive, chérie. Quand elle a pris sa décision, il n'y a pas la moindre chance de la faire changer d'avis. C'est parfois incroyablement frustrant…" il lui fit un clin d'œil et se tourna vers moi avec un sourire compatissant. "Je te souhaite bonne chance parce qu'Edward tient d'elle."
"Oui, je l'ai remarqué," lui dis-je d'un ton ironique, en levant un peu les yeux vers eux.
"J'ai confiance que tu es prête à relever le défi. Je dois retourner à l'hôpital mais je repasserai plus tard," dit-il en se penchant et en posant un baiser paternel sur mon front, ce qui me fit rougir.
Je maudissais intérieurement mes joues parce que j'avais encore la capacité de montrer ma réaction embarrassante alors que le reste de mon corps pouvait à peine bouger. Peu importe à quel point je me sentais à l'aise avec le niveau d'affection physique que ces personnes montraient, des démonstrations inattendues me prenaient toujours un peu par surprise. Surtout venant de Carlisle. Lui et moi avions eu une interaction un peu plus limitée et je n'avais pas vraiment l'habitude d'avoir une figure paternelle à mes côtés, certainement pas celle qui m'embrasserait le front quand je me sentais malade ou qui m'appellerait chérie. J'aimais un peu ça.
Mes paupières tombaient et je me battais le plus fort pour les garder ouvertes, jusqu'à ce que ça me demande beaucoup trop d'efforts pour rester éveillée. Trop fatiguée pour même m'inquiéter d'être impolie, je fermai les yeux et cherchai le sommeil.
"Je vais rentrer chez moi, prendre quelques affaires et passer au magasin pour prendre ton ordonnance et quelques provisions," murmura Esmée près de mon oreille. Je la sentis repousser quelques mèches de cheveux errants de mon visage. "Tu as besoin de quelque chose ?"
Mon premier instinct était de lui dire non pour pouvoir me rendormir mais je me souvins que je n'avais pas répondu au texto d'Edward ce matin-là. Bien que l'idée d'essayer de parler davantage semblait épuisant, j'avais vraiment envie de lui parler, juste pour entendre sa voix.
J'ouvris les yeux et regardai autour du lit, essayant de trouver où j'avais jeté l'appareil plus tôt. "Mon téléphone ? Je devrais appeler Edward. Je ne lui ai pas répondu."
"Et si je l'appelais pendant que je suis dehors, pour lui dire ce qu'il se passe ?" suggéra Esmée. " Tu devrais dormir, chérie, tu peux à peine garder les yeux ouverts. Je lui dirai que tu lui parleras plus tard, d'accord ?"
"Dis-lui de ne pas s'inquiéter, d'accord ?" dis-je avec un bâillement. "S'il pense que quelque chose ne va pas, il va faire quelque chose de stupide comme réserver un vol pour rentrer et laisser tomber son match."
Je ne restai pas suffisamment éveillée pour entendre sa réponse.
⁂
Les heures se mélangèrent dans un brouillard de somnolence. Je me réveillais pour de courtes périodes de temps mais je ne pouvais jamais garder les yeux ouverts plus d'une vingtaine de minutes. La seule fois où je me levai fut pour aller aux toilettes et même ce petit voyage me priva de mon énergie et je dus retourner au lit presque en rampant.
Alice et Rose vinrent camper avec moi pour regarder les gars jouer ce soir-là, même si je ne restais éveillé que quinze minutes pendant tout le match.
Entre elles deux et Esmée, je n'étais jamais vraiment seule. Même Carlisle avait été fidèle à sa parole et était passé quelques fois, soit pour voir comment j'allais, soit pour tenir compagnie à Esmée pendant que je dormais.
Bien que je me sente mal parce qu'ils pensaient tous qu'ils devaient me soigner et me surveiller, les avoir aidait vraiment. Pendant les brèves périodes où j'étais éveillée, c'était agréable d'avoir quelqu'un sur place s'assurant juste que j'allais bien. Je n'étais pas malade très souvent mais les rares fois où j'avais été malade dans le passé, je n'avais personne pour prendre soin de moi. J'avais toujours pris soin de moi ou plus souvent l'ignorait complètement, en prenant de nombreux médicaments pour pouvoir quand même aller à la patinoire. Pour une fois, c'était bien d'avoir des gens qui voulaient m'aider quand je n'allais pas bien.
Edward ne fit rien de stupide. Je ne pensais pas vraiment qu'il se précipiterait à la maison dès qu'il saurait que j'étais malade mais une partie de moi avait un peu peur qu'il prenne une décision irréfléchie et vienne pour me tenir compagnie et m'apporter des couvertures supplémentaires. Il était toujours si protecteur envers moi et je savais que je sois malade pendant son absence le dérangerait. Il n'aurait rien pu faire pour changer les choses mais quand même, il aurait voulu être là. Alors, j'avais été soulagée en lui parlant la première fois d'entendre qu'il était plutôt calme, plus que je m'y attendais. Esmée avait dû faire de la magie.
Les deux jours suivants, il m'envoya des textos, ne voulant pas me réveiller avec un appel au cas où je dormirais. Je pouvais dire qu'il était toujours inquiet, même si ses parents l'avaient convaincu que j'irais bien et qu'il n'avait pas besoin de se précipiter à la maison. Je fis fait tout ce que je pus pour le rassurer à travers mes messages et des appels téléphoniques, bien que je sois presque sûre que d'entendre ma voix rauque, fatiguée et ma toux faisait plus de mal que de bien.
Il appela après son match de vendredi après-midi pour me dire qu'il était en route pour l'aéroport et serait à la maison dans quelques heures. Bien sûr, je n'irai pas le chercher et je resterai coincée à la maison en attendant que quelqu'un le dépose.
Pendant que j'attendais, je me faufilai hors du lit pour essayer de ranger un peu. Avec ma maladie, j'étais devenue un peu bordélique et Edward n'avait pas besoin de rentrer chez lui pour voir des tas de mouchoirs en papier et des bouteilles de boisson énergétique vides partout.
Je réussis à mettre les déchets dans la poubelle, à me brosser les dents et à ramasser mes vêtements sales éparpillés sur le sol. Techniquement, c'était ses vêtements sales puisque j'avais vécu dans ses t-shirts et sweat-shirts. Je jetai tout en tas dans le panier, en me promettant de les laver avec ses draps quand j'en serai capable. Ce qui n'était malheureusement pas encore tout à fait le cas.
Je commençai à sortir de la salle de bains puis je réfléchis et enlevai le maillot froissé que je portais et qui finit aussi dans le panier, avant de me diriger vers le placard d'Edward et d'en prendre un propre à manches longues. Ils étaient devenus mes préférés. Mollement je poussai les bras à travers des manches trop longues pour m'effondrer sur le lit. Je m'endormis avant même d'avoir l'énergie nécessaire pour ramper sous les couvertures.
La fois suivante, à mon réveil, j'étais enroulée autour de quelque chose de chaud et de solide. L'odeur d'Edward remplissait mes sens, tellement plus forte que l'odeur fanée sur son oreiller. J'inhalai profondément, voulant m'imprégner. Je sentis mes cheveux bouger puis je réalisai que quelqu'un était là, caressant mes mèches doucement et avec constance.
Mes yeux s'ouvrirent pour voir son corps étendu sur le lit devant moi, une de mes jambes sous une couverture qui couvrait nos membres inférieurs. Ma tête reposait sur sa poitrine, nos mains étaient serrées l'une contre l'autre et posées sur son ventre, se levant et tombant doucement avec son souffle.
Ses lèvres reposaient contre mon front, embrassant légèrement la peau chaude juste en dessous de la ligne de mes cheveux. La lente caresse de sa main sur mes cheveux étaient les seules indications qu'il était réveillé.
"Hé, la Belle au bois dormant," murmura-t-il. Je fondis au son ton lisse et velouté dans mon oreille sans la distorsion du téléphone portable.
Son seul contact et le son de sa voix étaient le meilleur remède que j'aie jamais pu demander. Ce n'était peut-être pas un remède miracle mais je me sentis tout de suite un peu mieux. Je souris, me blottissant un peu plus contre sa poitrine avant de me retourner. Je posai ma tête sur son estomac pour pouvoir lever les yeux et voir son visage, ses yeux verts scintillant de tendresse et d'affection alors qu'il continuait à rouler une mèche de cheveux avec ses doigts.
"J'espère vraiment que tu n'es pas une autre hallucination provoquée par la fièvre," chuchotai-je, ma voix rauque, et pas du tout séduisante.
Il gloussa et m'enveloppa le visage, caressant ma pommette avec son pouce. "En as-tu eu beaucoup ?"
"Juste quelques-unes. Plus de rêves que d'hallucinations, je suppose. L'Edward du rêve peut parler français et Italien. C'est aussi un chef gourmet. Je lui ai dit que c'était un imposteur," je souris et il me tapa sur l'épaule avec un regard moqueur.
"Je devrais peut-être vous laisser, toi et ton voilier de rêve, murmurer des choses douces dans les langues romantiques lors d'un dîner aux chandelles," dit-il brusquement, se déplaçant comme s'il avait l'intention de délaisser mes bras et descendre du lit. J'enroulai mes bras autour de son torse et le serrai fort en maugréant alors que je me blottissais dans les muscles chauds de son ventre.
"Mm-mm. Tu es tellement mieux qu'un rêve. Tu sens meilleur et tu es bien plus mignon que ton homologue."
"Bon à savoir," rit-il et il s'installa, jouant avec mes cheveux pendant que nous nous allongions ensemble.
Mon nez reniflait et coulait un peu et je levai la tête de son estomac pour trouver la boîte de mouchoirs que j'utilisais sans cesse.
"Besoin de quelque chose, baby ?"
"Oui, euh, mouchoirs," murmurai-je timidement tapotant mon nez rouge et bouché.
Il jeta un coup d'œil autour de lui repérant la boite sur le sol de l'autre côté du lit – par l'enfer comment était-elle arrivée là ? - et ensuite il me passa quelques mouchoirs.
Au début j'essayai de me moucher délicatement mais c'était inutile et ne résolvait pas le problème. Je roulai des yeux à toute cette situation et cédai me mouchant fort de façon tout sauf délicate.
Je fis une boule avec le mouchoir et le jetai à la poubelle que j'avais placée près du lit pour plus de facilité. Je rampai au-dessus de lui pour attraper la mini bouteille de gel antibactérien pour les mains qu'Alice m'avait offerte ainsi qu'une multitude d'autres articles de santé quelle avait rassemblés. Je levais le bouchon et me frottai les mains ensemble, contente que ce produit sente bon.
"Bon accueil à la maison n'est-ce pas ?" grognai-je, me recouchant à côté de lui. Ça m'avait vraiment manqué d'être là.
"Oui en fait," soupira-t-il, sans aucune trace de sarcasme alors qu'il me rapprochait encore.
"Ouais bon," toussai-je. "J'aurai dû rentrer chez moi mais le temps que j'y réfléchisse ta maison était déjà infectée par les germes alors j'ai pensé que ça ne valait plus le coup que je fasse cet effort. Bon ça et… j'avais dit que je resterai. En fait ça m'a aidé d'être ici, entourée par toi. Ça m'a fait me sentir mieux."
"J'en suis content," murmura-t-il, en embrassant le dessus de ma tête et en me frottant le dos.
" En vrai j'aurai dû rentrer chez moi. Ton père dit qu'il me faudra probablement deux autres jours avant que j'aie assez d'énergie pour me lever. Tu n'as pas besoin de moi ici à te prendre ton espace alors que je ne fais que me plaindre et gémir parce que je suis malade. "
"Tu n'iras nulle part jusqu'à ce que tu ne sois plus malade," protesta-t-il fermement.
"Edward, c'est simplement ridicule," soupirai-je, me dégageant de ses bras, tout à fait prête à débattre avec lui à ce sujet. Il posa sa paume sur ma bouche et m'envoya un regard qui me disait de ne pas m'inquiéter.
"Tu sais il me semble me souvenir avoir entendu mon père dire que c'était une bonne idée de te reposer la gorge," sourit-il.
Je levai mon front vers lui et le fixai jusqu'à ce qu'il enlève sa main. "Est-ce une façon de me dire de me taire ?" dis-je avec un sourire ironique.
"Couche-toi avec moi, Swan," sourit-il et il me rapprocha de lui, n'attendant même pas que je bouge toute seule. "Arrête d'être aussi difficile."
Je me blottis contre son torse, soupirant de contentement à la sensation d'être à nouveau dans ses bras. Je décidai que si ça ne le dérangeait pas que je contamine sa maison et que je me plaigne dans ses oreilles, je n'allais pas essayer et me disputer avec lui. Il n'y avait rien à discuter et il n'y avait nulle part ailleurs où je voudrais être.
Ses mains retournèrent dans mes cheveux en caresses réconfortantes, me berçant dans un assoupissement qui se serait transformé en sommeil si mes putains de poumons n'étaient pas en train d'organiser une mutinerie.
Je sortis de ses bras alors que ma poitrine se contractait, la toux me coupa le souffle et me fit reculer, m'étouffant et haletant. Une partie de moi voulait être gênée d'être vue ainsi. Ça ne devait pas être joli si c'était aussi mauvais que ce que je ressentais. Cacher la gêne était la plus grande partie de moi qui se sentait reconnaissante qu'il soit à nouveau avec moi, me calmant, me surveillant.
Edward s'assit avec moi, me frottant doucement le dos - tout comme sa mère - alors que j'essayais de reprendre le contrôle. Ils étaient tous les deux réconfortants bien que leur contact soit si différent. Même si j'aimais bien Esmée, le contact d'Edward était incomparable.
La dernière quinte de toux s'étira en un gémissement plaintif qui était davantage de l'apitoiement qu'autre chose alors que je passai mes mains dans mes cheveux et retombai sur le matelas.
"Mieux?" murmura-t-il, s'appuyant sur son coude à côté de moi et frottant ma poitrine avec sa main libre.
"Vraiment attirante, hein ?" grognai-je, tournant mon visage pour le regarder.
"Tu es toujours aussi belle," murmura-t-il, alors que ses yeux regardaient mon visage, l'éclat de son adoration si clair dans leur profondeur qu'il était évident qu'il pensait ce qu'il disait. "Certainement un spectacle pour des yeux endoloris."
"Menteur !" je fis une grimace et un clin d'œil. "Je me suis vue dans le miroir tout à l'heure. Pas joli."
"Au contraire," il soupira et se redressa, posant une main de chaque côté de moi alors qu'il me surplombait, se penchant pour poser des baisers chastes sur mes joues et mon front. "Tu es très jolie. Grands yeux lourds, cheveux ébouriffés, noyée dans mon t-shirt qui est environ douze tailles trop grand pour toi. Sexy," dit-il, en agitant les sourcils et me faisant rire.
"Hum hum. Dommage que je sois infestée de bactéries. Je suis sûre que c'est un énorme problème."
"Ouais quel est le problème avec ça Swan ? Tu étais tellement opposée à l'idée d'une autre série de rapports sexuels de retrouvailles que tu as fait exprès d'attraper une pneumonie ?"
"Hé ne me laisse pas t'arrêter," insistai-je. "Je vais juste m'allonger ici pendant que tu fais tout le travail."
Il éclata de rire, posant un dernier baiser sur le bout de mon nez avant de s'installer juste à côté de moi. "Aussi tentant que ça paraisse… je pense que je vais attendre jusqu'à ce que tu puisses réellement participer."
"D'accord ," soupirai-je avec suffisance, passant une jambe et un bras sur lui alors qu'il nous recouvrait d'une couverture, me serrant contre lui et l'arrangeant pour que nos pieds ne dépassent pas.
"Tu as besoin de quelque chose ?"
"Juste toi," murmurai-je déjà à moitié endormie.
"Dors mon amour," murmura-t-il. "Je suis là."
⁂
Les jours suivants les antibiotiques commencèrent à faire leur effet, chassant la pneumonie bénigne de mon système. Bénigne selon Carlisle… j'avais essayé de ne pas râler quand il avait fait ce commentaire. Je détesterais voir celle qu'il qualifierait de sérieuse. J'avais toujours une toux à couper le souffle qui me laissait pratiquement étouffée pendant des minutes et je pouvais à peine descendre l'escalier sans m'essouffler.
Bénigne... tu parles !
Edward avait la patience d'un saint. Quand il n'était pas à l'entrainement ou à la salle, il était à la maison pour essayer de prendre soin de moi, que ce soit pour me distraire avec des jeux de société et des mots croisés s'assurant que je buvais suffisamment ou me servant simplement d'oreiller pendant mes nombreuses siestes. Il me faisait manger aussi, alors c'était une grande chance pour nous deux que je ne puisse pas manger grand-chose d'autre que de la soupe.
J'étais la première à reconnaître que j'étais une patiente difficile. L'inactivité me rendait folle et j'étais frustrée d'être aussi fatiguée même si les autres symptômes avaient rapidement diminué. Carlisle me rassura, disant que la fatigue passerait aussi mais j'étais impatiente de retourner sur la glace et de me remettre au travail.
Le Trophée Bompard eut lieu sans moi. Rose, Alice et Esmée vinrent pour regarder la compétition avec moi pendant que les gars étaient partis pour un voyage rapide à Buffalo. C'était difficile à regarder sachant que j'aurais dû y être. Mais j'avais accepté le fait que je n'aurais rien pu faire pour changer la situation, il était cependant difficile de ne pas imaginer comment mes programmes se seraient mesurés à ceux des autres patineurs.
Le pire c'était qu'au moment où le programme court dame commença, je me sentais presque remise. Il était impossible que je puisse participer à une compétition mais il aurait été plus facile de la regarder si je m'étais sentie aussi mal que la semaine précédente. Dans l'état actuel des choses une partie de moi se sentait encore plus impuissante d'être assise chez moi alors que j'aurais dû être à l'étranger et sur la glace.
Comme je m'y attendais il y eut tout un tas de rumeurs sur mon retrait. Cet abandon permettait de spéculer sur le fait que tout le scénario du retour était simplement une demande d'attention, un coup de pub. Nous avions publié une déclaration le jour où nous avions contacté les organisateurs pour les informer mais les médias avaient toujours leurs propres idées. Quelque chose d'aussi simple qu'une maladie ordinaire n'était jamais aussi excitant qu'une alternative plus scandaleuse.
Je ne pouvais pas m'y attarder. Les patineurs abandonnaient tout le temps des compétitions pour une raison ou une autre mais ça n'empêchait rien. Malheureusement l'abandon de cet événement signifiait que je n'étais plus dans la course pour participer à la finale du Grand Prix en décembre.
Les règles disaient qu'il fallait participer à deux événements pour avoir suffisamment de points pour être qualifié. J'avais encore un autre événement pour le Grand Prix et j'allais donner le meilleur de moi-même et si ce n'était pour rien d'autre ce serait au moins pour ma satisfaction personnelle.
Dès que j'eus le feu vert, je retournai au travail. Paris fut oublié et tout mon intérêt se concentra sur Lake Placid à la mi-novembre, dans quelques semaines à peine.
Marcus et Esmée m'exhortèrent à faire preuve de prudence et à faire en sorte que mes séances soient courtes les premiers jours de mon retour à l'entrainement. Je savais qu'Edward était inquiet à l'idée que j'en fasse trop, trop tôt aussi mais je pense que cela l'aidait de savoir que sa mère me surveillait lorsqu'il ne le faisait pas.
Heureusement sa préoccupation pour moi ne dura pas aussi longtemps en ce qui concernait les activités hors glace. Il n'hésitait jamais à me toucher mais mettait rapidement un terme à tout ce qui pouvait être éprouvant ou fatigant tant que je prenais les médicaments même si j'insistais en disant que je me sentais bien et que nous nous sentirions bien mieux tous les deux s'il se décidait à laisser tomber et à être avec moi comme avant.
Alice compatissait et elle vint avec Rose pour passer un moment. Apparemment Jasper n'aimait pas les microbes et ne l'avait pas embrassée pendant une semaine après qu'elle ait eu la grippe l'hiver précédent. Au moins Edward n'était pas aussi psychotique. Après les deux premiers jours où il y avait vraiment une possibilité que je sois contagieuse, il était plus que content de se livrer à des séances de pelotage prolongées, sexuellement frustrantes. Elles aidèrent certainement à combattre l'ennui et me firent me sentir beaucoup moins pleurnicharde. Je pense qu'il le comprit après la première fois parce qu'il devint beaucoup plus désireux de me distraire par la suite.
Le premier jour où je ne pris plus d'antibiotiques il me coinça sous la douche. Toujours le petit-ami bienveillant qui me demandait si je me sentais bien avant de ravir mon corps sous le jet chaud et pulsant. Après trois semaines de célibat forcé par la séparation et la maladie, nous nous retrouvâmes dans une frénésie sauvage et désespérée de lèvres, de mains et de membres qui nous laissa à la fois haletants et rassasiés. Plus tard quand nous nous glissâmes dans les draps frais nous nous savourâmes, faisant l'amour lentement et paresseusement, ce qui compensa plus que le manque de rapports sexuels.
⁂
La vie revint à la normale. Eh bien aussi normale que les choses l'étaient pour nous. Au fur et à mesure que la saison de hockey avançait Edward et moi commençâmes à nous habituer à notre routine. Depuis son premier voyage en octobre, il était rentré beaucoup plus souvent, ne voyageant qu'un ou deux jours à la fois pour des matchs à l'extérieur. Les courtes séparations étaient rapides maintenant que nous savions comment les gérer.
Pendant qu'il déroulait sa saison je luttais contre la fatigue et la toux persistantes pour me préparer à mon début de saison différé. Une semaine avant Skate America, j'étais prête et me sentais bien, peut-être pas aussi forte que je l'avais été avant d'être malade mais bien dans l'ensemble.
Mes programmes fonctionnaient bien et les sauts que je faisais étaient solides. Nous avions pris une pause dans l'entrainement de mon triple axel pour le moment, nous concentrant plutôt sur les sauts que je réussissais. Bien que je ne sois pas tout à fait capable de maîtriser le triple, mon double axel semblait solide et c'était bon pour mon programme court.
Mes costumes avaient été finis et essayés avec succès. Alice et sa couturière formaient une équipe de rêve et avaient vraiment créé deux pièces magnifiques. Elles étaient très différentes mais chacune correspondait parfaitement à leur programme. Je n'avais jamais été aussi enthousiaste à l'idée de montrer mes costumes que je l'étais avec ces deux-là.
Pour le programme long nous avions décidé d'utiliser la méthode traditionnelle, faire correspondre le costume à la musique. Le costume était classique et élégant avec des manches longues et transparentes et un tissu fleuri pour refléter la diversité des nuances du ciel nocturne. Alice s'était modérée sur les scintillements, les gardant pour le tour de l'encolure et la base des manches ainsi qu'une broche au milieu du décolleté. C'était assez simple, un retour aux robes de patinage traditionnelles sans que ce soit démodé.
Pour le programme court la tenue était plus audacieuse et peut-être que j'aurais été mal à l'aise mais une fois que m'y fus adaptée mes doutes disparurent. Mon programme court consistait uniquement à prendre des risques et à sortir de ma zone de confort, à grandir et prendre des forces. Je n'aurais peut-être pas porté quelque chose d'aussi audacieux il y a six mois mais j'étais ravie de porter du rouge éclatant à Lake Placid.
Environ une semaine avant de prendre mon avion pour New-York, Edward et moi nous installâmes pour une soirée de détente. Nous avions de grands projets pour exclure le reste du monde et nous blottir sur le canapé avec un film et une pizza.
Il ouvrit au livreur à la porte pendant que je prenais des boissons et des assiettes dans la cuisine pour nous retrouver au milieu des coussins.
"Qu'as-tu choisi ?" demandai-je, en chargeant mon assiette avec quelques tranches de saucisse et de pizza aux champignons puis en décidant d'être généreuse et en lui mettant à lui aussi car il était occupé à choisir un film.
"Merci," dit-il quand je lui tendis l'assiette. "Eh bien je suppose que puisque tu seras à Lake Placid la semaine prochaine, celui-ci est de circonstance," expliqua-t-il, alors que l'écran montrait le début de Miracle*.
"Sérieusement ?" dis-je en rigolant. "Tu vas me laisser regarder ce film avec toi ? Je ne sais pas si nous sommes prêts pour ça. C'est un grand pas dans notre relation."
"Si tu le dis, Swan. Tu devrais te sentir honorée."
"Oh, crois-moi, Cullen, je le suis ! Alors, ça veut dire que je vais vraiment te voir pleurer ? Ai-je besoin d'attraper les mouchoirs ? Il nous en reste probablement depuis que tu as pratiquement racheté le magasin la dernière fois," taquinai-je, en tapant mon genou contre le sien.
"Sois sérieuse, Bella. Les vrais hommes n'utilisent pas de mouchoirs. Nous tamponnons secrètement avec nos chemises," dit-il sérieusement, pendant que je riais et mangeais ma pizza. "Maintenant, fais attention. C'est un film sérieux. Pas de bavardage."
Je n'avais jamais vu le film avant, même si je connaissais l'histoire. Ayant beaucoup appris sur le hockey depuis mon déménagement au Minnesota et avoir été happée par une famille dévouée à ce sport, c'était beaucoup plus intéressant à regarder et beaucoup plus facile à suivre. Je me trouvai tout de suite fascinée par l'histoire.
Je ris du fait que Kurt Russell et Carlisle avaient presque le même accent, bien que la voix de Carlisle soit un peu plus ténor que la basse rugueuse de Kurt. Je craquai quand Herb Brooks garda son équipe sur la glace pour patiner après avoir joué un match entier. Je souris quand ils finirent par devenir vraiment une équipe.
Quand nous eûmes fini de dévorer la pizza, nous repoussâmes les assiettes et les boîtes pour pouvoir nous câliner et regarder le reste du film blottis sous une couverture. Edward fut fidèle à sa parole, le film le fit pleurer. Pendant la cérémonie de remise de médailles, j'entendais Edward renifler et je sentais sa tête se tourner pour s'essuyer sur l'oreiller sous sa tête.
Je tournai dans ses bras pour lui sourire, absorbant l'émotion dans ses yeux brillants un instant avant qu'il ne recule, me lançant un regard d'avertissement.
Souriant, je balayai doucement les traces d'humidité sous ses yeux avec le bout du doigt avant de me pencher pour embrasser le bout de son nez, sans rien dire à haute voix, bien que je sois pratiquement en train de roucouler à l'intérieur en voyant à quel point il était adorable.
"Je suppose qu'on devrait aller se coucher," gémit-il, en étirant les bras puis il bâilla avant de planter un baiser sur le dessus de ma tête et de me tapoter les fesses pour m'inciter à me lever.
C'était devenu une habitude pour moi de passer la nuit chez Edward. Ce n'était pas vraiment un changement conscient, simplement un arrangement implicite. Quand j'étais malade, il avait insisté pour que je reste pour garder un œil sur moi. Quand j'ai été guérie, l'habitude de dormir ensemble et rentrer chez lui s'était déjà formée. Tous les soirs, je revenais après l'entrainement passer la soirée avec lui. Mes affaires étaient déjà là depuis son déplacement, alors je passais la nuit ici. Le lendemain, on se réveillait, nos chemins se séparaient puis se retrouvaient à nouveau après les matchs ou les entraînements ou nos obligations.
Alors que nous nous brossions les dents et que nous nous préparions à aller au lit, je pensais que je n'avais pas physiquement mis les pieds dans mon appartement depuis un mois. L'argent du loyer avait été bien dépensé.
"Je devrais probablement passer un peu de temps chez moi demain après l'entraînement," dis-je, en rampant sous les couvertures. "Je n'avais pas vraiment l'intention de rester absente pendant un mois et je ne veux même pas penser à la quantité de poussière qui a dû s'accumuler. C'est une bonne chose que je n'aie pas de plantes ou d'animaux. Qui sait dans quel état je les trouverais !"
Je voulais que mes paroles soient légères et taquines mais quand je me retournais pour lui faire face, son visage était... sérieux, presque contrarié.
"Oui, je suppose que tu devrais," murmura-t-il sobrement, en tapotant une tache sur sa taie d'oreiller avant de lever les yeux pour rencontrer mon regard. "Tu vas rester là-bas ou revenir ici ?" demanda-t-il doucement, sa voix timide, presque hésitante.
"Je ne sais pas encore. Je devrais probablement prendre quelques affaires au cas où je passerais la nuit ici. Peut-être que je vais voir si Rose est libre et qu'elle veut rester un peu, puisque tu as des projets avec..." dis-je en traînant les mots, et voyant ce qui semblait être une grimace, bien qu'il n'ait pas tardé à cacher sa réaction.
"Quoi ?"
"Quoi quoi ?"
"C'est quoi cette tête ?" demandai-je avec méfiance.
"Je ne fais pas la grimace."
"Non, pas maintenant que tu sais que je regarde mais tu faisais une grimace quand j'ai parlé de mon appartement. Crache le morceau, Cullen !"
Il haussa les épaules et croisa les bras pour reposer sa joue sur son poignet pendant qu'il paraissait rassembler ses pensées.
"Je ne sais pas," marmonna-t-il, en ne me regardant pas. "Je suppose que je ne suis pas trop impatient de te voir partir."
"Vraiment ?" demandai-je, en rapprochant mon corps un peu plus du centre du lit jusqu'à ce que je reflète sa position et que nos visages soient plus proches. "Je n'étais pas censée rester si longtemps. Ne suis-je pas restée trop longtemps ?"
Ses yeux se fixèrent sur les miens et ils avaient une intensité à laquelle je ne m'attendais pas. Ça me coupa presque le souffle.
"Non, pas du tout," chuchota-t-il, en levant la main pour me caresser la joue. "J'aime t'avoir ici. Beaucoup," dit-il, presque pour lui-même. Ses lèvres se courbaient doucement et son front se plissait. Quand il parla, son ton était presque hypnotique.
"J'aime me réveiller avec toi le matin, rentrer à la maison ou attendre que tu rentres à la maison. J'adore quand je te surprends en train de fredonner quand tu penses que tu es seule. Comment tu es toujours en train de te cogner contre des choses et essayer de faire comme si de rien n'était," sourit-il, en frottant son pouce au-dessus d'un bleu sur mon avant-bras d'un coup contre la commode trois jours plus tôt.
"J'aime te voir te brosser les dents à côté de moi dans la salle de bain et ramper dans le lit tous les soirs. J'aime que ton beau visage soit la dernière chose que je voie avant de fermer les yeux et ta voix la dernière que j'entends," murmura-t-il lentement, comme s'il voulait prendre son temps pour choisir exactement quoi dire. "Je ne veux pas me passer de ces choses, pas plus que je ne le dois. C'est déjà dur qu'on doive se séparer autant. Je ne veux pas être séparé quand nous sommes tous les deux ici et que nous n'avons pas besoin de l'être."
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" chuchotai-je, essayant de comprendre exactement où il voulait en venir.
"Que dirais-tu de te débarrasser de ton appartement et d'emménager avec moi ?"
Mes yeux s'écarquillèrent quand je compris sa question "Tu veux que j'emménage ici ? Comme vivre officiellement ensemble ?"
"Ouais. Ou on pourrait chercher un autre endroit si c'est ce que tu veux. Ensemble, donc c'est quelque chose que nous choisirions tous les deux," rectifia-t-il rapidement.
Cette idée était encore plus choquante que la demande initiale. "Tu vendrais ta maison ?" demandai-je, secouant la tête avec incrédulité. "Juste comme ça ?"
"Eh bien, pas exactement comme ça. J'y ai beaucoup réfléchi ces derniers temps," avoua-t-il, son visage légèrement penaud.
"Vraiment ?" lui demandai-je, en commençant à me sentir un peu ridicule avec toutes mes questions rapides, toutes sur le même ton. Je n'arrivais pas à comprendre comment je m'étais retrouvée au milieu de cette conversation sans être un peu plus préparée. Je suppose que j'aurais dû l'être mais honnêtement, j'étais complètement surprise par le tournant que la soirée avait pris.
"Ben oui." Il haussa les épaules, un peu sur la défensive. " Tu es ici depuis plus d'un mois. Bien sûr, j'ai pensé à en faire plus, je ne sais pas, officiel, je suppose. Tu ne l'as pas fait ?"
"Honnêtement ? Non. Je n'avais même pas vraiment remarqué que ça faisait si longtemps que je n'avais pas dormi dans mon appart. C'est devenu une sorte d'habitude de revenir ici tous les soirs," expliquai-je, bien que chacune de ses raisons avait du sens maintenant que j'y réfléchissais.
"Oh." Ses épaules s'affaissèrent un peu et il sembla s'enfoncer dans son oreiller.
"Ce n'est pas comme ça que je voulais le dire…" lui dis-je, un peu crispée par son expression effondrée. "Je ne suis pas nécessairement opposée à l'idée. Honnêtement, je n'y ai pas réfléchi jusqu'à maintenant. Je ne sais pas vraiment quoi ressentir."
"Puis-je te dire ce que je ressens à ce sujet ?" demanda-t-il, l'espoir dans son ton, alors qu'il s'asseyait droit pour me regarder.
"Tu ne l'as pas déjà fait ?" Étonnée qu'il puisse y avoir plus que les mots suprêmement convaincants qu'il avait déjà prononcés.
"En partie. Je veux juste que tu saches qu'il ne s'agit pas de vivre dans une bicoque ou quelque chose comme ça. Oui, c'est vrai, ça serait plus commode de vivre ensemble, surtout quand on est occupés comme on l'est maintenant. Mais on s'en sort plutôt bien sans vivre officiellement ensemble. Je pense qu'on peut encore le faire. Si tu n'es pas prête ou si tu n'es pas à l'aise avec l'idée, je veux que tu te sentes libre de me le dire. Vivre ensemble ou ne pas vivre ensemble, ça ne changera pas ce que je ressens pour toi."
Je pinçai mes lèvres pendant que je considérais ses mots puis hochai la tête lentement pour lui faire savoir que je comprenais et que la décision qu'on prendrait ne changerait rien au fait qu'on soit toujours ensemble.
"Alors pourquoi veux-tu qu'on vive ensemble ?" demandai-je.
"Je n'ai jamais voulu ou même pensé à ça. Avec toi, c'est pratiquement tout à quoi j'ai pu penser depuis ce matin-là, quand je t'ai demandé de rester ici pendant mon absence. Je ne veux pas penser à toi ici que pendant que je suis en tournée pour mes matchs. Je veux penser à toi ici, tout le temps," dit-il. J'ouvris la bouche pour répondre puis la refermai puisqu'il était clair qu'il n'avait pas encore fini.
"Je sais que ce serait un ajustement pour tous les deux. Vivre ensemble à temps plein serait différent que juste passer quelques nuits ensemble ici et là. On serait coincé ensemble tout le temps, sans un espace distinct où l'on peut aller quand on est agacé, tendu ou tout simplement quand on veut être seul. Mais je veux essayer," dit-il, l'envie claire dans son ton et dans son toucher lorsqu'il saisit ma main et la tint sur sa poitrine. "Je veux être coincé avec toi et que tu sois coincée avec moi. Je ne veux pas de temps en temps, je veux tous les jours."
Il leva ma main vers sa bouche et effleura mes doigts de ses lèvres avant de tourner sa tête, sa joue contre mes doigts. Ses yeux scrutèrent mon visage et je réalisai que je n'avais pas dit un mot. J'avais la gorge serrée d'émotion. Je ne savais vraiment pas quoi dire et j'étais un peu reconnaissante qu'il ne m'en laisse pas l'occasion.
"Je sais que c'est beaucoup à penser et qu'il y a plus à discuter sur le plan logistique. Mais il n'y a aucune raison de se précipiter pour prendre une décision. Je voulais juste le mettre sur la table, voir si tu l'envisagerais," dit-il, serrant mes doigts. "Tu veux bien ?"
"J'y réfléchirai," chuchotai-je, trop submergée pour essayer d'en dire plus à ce moment-là.
"D'accord. Alors nous en resterons là pour l'instant. Prends le temps qu'il te faut, réfléchis-y et fais-moi savoir." Il fit son sourire sincère et tordu, soulageant un peu mon anxiété lorsqu'il était clair qu'il ne voulait pas que je m'inquiète et qu'il était vraiment d'accord pour que je ne lui donne pas de réponse tout de suite.
"D'accord," convins-je. Mes yeux se fermèrent et mes bras glissèrent autour de son torse nu alors qu'il se penchait vers moi pour m'embrasser, en engageant ma bouche dans un doux et patient baiser. Nous nous allongeâmes ensemble, nos membres s'enchevêtrèrent fluidement pendant que nos lèvres se caressaient, les langues se frôlant lentement dans une étreinte qui était tout sauf pressée.
J'adorais embrasser Edward comme ça, quand il n'y avait pas d'autre but que la simple connexion. Même si j'aimais les aspects plus physiques de notre relation, il y avait quelque chose dans la simplicité d'un baiser, sans autre intention. Ça réussissait toujours à me faire tourner la tête.
Ce soir était un de ces moments. Finalement, la pression derrière ses lèvres se relâcha et ma langue arrêta de sortir pour rencontrer la sienne. Nos doux gémissements de passion se fondirent en soupirs et il se blottit contre moi, comme il le faisait tous les soirs, avant de se pencher pour appuyer sur l'interrupteur de la lampe à côté du lit.
"Fais de beaux rêves, ma belle," chuchota-t-il, alors que je fredonnais ma réponse et déposais un doux baiser contre son cœur.
Typiquement, nous nous étendions comme ça et en quelques instants, le battement régulier de son cœur me berçait pour que je puisse dormir. Ça ne semblait pas être le cas ce soir. Je n'arrêtais pas de penser à sa demande d'emménager ensemble. Je comprenais bien ce qu'il voulait dire quand il disait qu'il n'était pas capable d'arrêter d'y penser une fois que l'idée était dans sa tête, parce que ça semblait être exactement la même chose pour moi. Je n'étais pas sûre de pouvoir être aussi patiente que lui. J'avais l'impression que je voulais résoudre tout cela tout de suite.
Qu'est-ce que je pense du fait d'emménager avec lui ? Malheureusement, je n'avais pas vraiment de référence.
Je n'avais jamais habité avec quelqu'un d'autre que mes parents. Mais c'était si différent. Même un frère ou une sœur aurait pu être un peu plus facile à appréhender. Quelqu'un qui n'était pas une figure d'autorité, quelqu'un d'à peu près de mon âge.
J'avais tendance à être une créature un peu solitaire, encore plus avant de venir ici mais même. J'aimais avoir mon espace, pouvoir me confiner et profiter du calme quand j'en avais besoin. Ce n'était pas que j'étais antisociale mais Edward avait raison. Nous avions toujours eu cette solution de repli... nos propres endroits pour nous échapper si nous en avions besoin. Nous n'en avions pas encore eu besoin mais nous en aurions certainement besoin un jour ou l'autre, nous le ferions. Il serait ridicule de penser que nous ne nous disputerions jamais et que nous ne nous énerverions jamais l'un contre l'autre.
Les choses se passaient bien depuis un mois. Cela ne m'avait jamais semblé aussi étrange que nous soyons tombés dans cet arrangement, tout cela paraissait tellement naturel. Rentrer chez lui à la fin de la journée me semblait juste. Mais il avait raison de dire que ce serait différent si nous vivions ensemble à temps plein et partagions les responsabilités.
Je me couchai sur son torse dans le noir et essayai de réfléchir aux avantages et inconvénients de la vie en commun. Après cinq minutes je n'étais toujours pas parvenue à trouver un seul inconvénient face à l'un des douze avantages, je savais que j'avais ma réponse.
"Oui, " murmurai-je, ne sachant même pas s'il était toujours réveillé. J'avais juste besoin de le dire à voix haute.
Je n'aurais pas dû être surprise que sa réponse soit immédiate. "Oui quoi ?"
Je relevai la tête de son torse pour le regarder dans les yeux pendant que je lui disais. "Oui je vais emménager avec toi. Ici."
Même dans l'obscurité de la pièce je pus voir son visage s'éclairer. "Vraiment ?"
"Ouais."
"Es-tu sûre de vouloir vivre ici ? Je veux dire nous pouvons chercher une autre maison que nous pourrions choisir ensemble. Je ne veux pas que tu aies l'impression d'emménager chez moi. Je veux aussi que ce soit chez toi," murmura-t-il, en passant ses doigts dans mes cheveux. "La nôtre."
"J'aime cette maison. Depuis la première fois que j'y aie mis un pied. Je veux vivre ici. Avec toi. Je n'irai nulle part ailleurs," expliquai-je. " Mais si tu es inquiet, penses-tu que nous pouvons faire quelques aménagements ? Il y aura de toute façon quelques ajustements pour installer mes affaires ici. Nous pourrions peindre ou mélanger certains des meubles, certains des miens, certains des tiens. Si tu n'aimes pas nous pourrons trouver de nouvelles choses ensemble. En faire notre maison au lieu d'un mélange de tes affaires et des miennes."
"J'aime cette idée," sourit-il, en exerçant juste un peu de pression sur mon cou pour que j'abaisse mes lèvres sur les siennes.
"Il faudra probablement attendre deux semaines," continuai-je entre les baisers, désireuse de penser à tous les détails maintenant que nous avions pris la décision. "Juste qu'à ce que je sois revenue de Lake Placid et que les choses se calment pendant un certain temps. Il faut que je contacte mon propriétaire - m'occuper du bail – " Je soupirai alors qu'Edward allait vers mon cou, suçant doucement son endroit préféré juste en dessous de ma mâchoire. Mes mains caressèrent les muscles chauds de son dos alors que je restai concentrée sur la conversation. "Nous devrons aussi partager les frais ici. Si tu veux que je me sente comme chez moi, je veux prendre ma part…"
Il me coupa avec un baiser passionné qui ne laissait place à aucune pensée rationnelle.
"On trouvera une solution," murmura-t-il contre ma mâchoire, pendant que ses mains passaient sous mon t-shirt pour prendre mes seins en coupe, ses pouces caressant mes mamelons alors que je gémissais dans ses cheveux. "Les détails n'ont pas d'importance, Bella. Tout ce que je veux c'est toi. Nous nous occuperons du reste plus tard. En ce moment j'ai envie de faire une petite pendaison de crémaillère privée avec ma nouvelle coloc."
Je reculai ma tête juste pour pouvoir lui lancer un regard noir à cause de ce mot. "Tu ne vas pas commencer à m'appeler comme ça, pas vrai ?"
"Qui sait ?" sourit-il. Il nous fit rouler et recouvrit entièrement mon corps, son érection fermement contre moi, mes hanches cherchant involontairement la friction.
"Pourquoi ? Ça te pose un problème, coloc ?" demanda-t-il, posant ses lèvres sur le pouls sur mon cou et ponctuant le surnom, en mordillant la peau tendre. Mon souffle se relâcha avec un gémissement étranglé pendant que mes doigts s'accrochaient à son dos. Béni soit cet homme et ses dents. Il savait exactement ce qu'il me faisait.
"Pas du tout si chaque fois que tu m'appelles colocataire, tu fais ça," dis-je, en haletant de désir et en tournant ma tête pour exposer un peu plus de mon cou.
"Quoi ça ?" demanda-t-il en répétant le geste, mordant un peu plus cette fois-ci et laissant presque certainement une marque visible. Je criai alors que des picotements me tiraient dans le dos, me forçant pratiquement à pousser mes hanches contre lui. Je sentis ses lèvres sourire contre mon cou et j'entendis son rire narquois quand il dit : "Je pense que nous pouvons mettre cela par écrit."
⁂
La semaine suivante nous nous retrouvâmes tous chez Jasper et Alice pour un dîner de départ. Apparemment la LNH nous en voulait car le deuxième voyage des Wild coïncidait presque exactement avec Skate America. Edward et moi partions le lendemain à une heure d'intervalle. Il irait à l'ouest vers Vancouver tandis que je m'envolerai vers l'est à New-York. Il espérait prendre un avion pour aller à Lake Placid pour au moins me voir patiner même s'il ne pouvait pas rester là tout le weekend mais entre le match et les vols disponible ils n'allaient pas pouvoir y arriver.
Emmett et Jasper étaient dans le même bateau et Alice avait un énorme mariage. Elle y travaillait depuis un an et ne pouvait pas tout laisser à un assistant. Quant à Rose elle avait eu l'intention de prendre l'avion avec Esmée et Carlisle pour m'encourager jusqu'à ce qu'elle tombe malade. Elle était même trop malade pour venir dîner ce soir-là mais elle m'avait envoyé un message de bonne chance. En fait c'était plus du genre, 'botte-leur le cul, Bells. Montre à ces petits imbéciles scintillants comment ça se passe'.
Ils se sentaient tous horribles d'être incapables de venir à New York et j'avais passé la plus grande partie de mon temps libre, ce weekend-là, à tenter de les rassurer que j'irai bien.
Après le dîner ce soir-là Alice me coinça dans la cuisine pendant que nous vidions le lave-vaisselle et que les gars choisissaient un film.
"Alors Bells, tu as parlé à ton père récemment ? Il a prévu de venir à New-York ce weekend ?" demanda-t-elle, en me passant un torchon pour que j'essuie.
"Je lui ai parlé il y a quelques jours. Il voulait mais il y avait quelques problèmes au poste. Il n'arrivait à trouver personne pour le remplacer alors je lui ai dit de ne pas s'inquiéter. Le championnat national est à Spokane alors il viendra à ce moment-là."
"Je suis sûre qu'il aurait pu trouver quelqu'un."
"Ça va Alice,"' dis-je, en me débarrassant du sujet comme si ce n'était pas important. Ça n'était pas important. Ça aurait été bien qu'il soit là-bas mais tant pis s'il ne pouvait pas venir. Tout comme je n'allais pas insister sur le fait que les circonstances les éloignaient également. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient faire quelque chose à ce sujet, il était donc inutile de me morfondre.
"Ce n'est pas bien," insista-t-elle, laissant tomber un plat dans l'eau savonneuse avec un cliquetis en se tournant vers moi. "Tu devrais avoir des gens là-bas pour t'encourager."
"Honnêtement tu en fais trop," argumentai-je, plongeant dans l'eau et récupérant le plat, le passant sous le robinet pendant un moment avant de le sécher avec mon torchon. "Ce n'est même plus une grande compétition pour moi puisque j'ai raté celle de Paris. Même si je me classe, je ne peux pas obtenir assez de points pour aller à la finale. C'est plus un échauffement. Comme une répétition générale."
"Est-ce que tu vas arrêter de prétendre que ce n'est pas grave ?" cria-t-elle, en tournant le robinet et en se mettant devant l'évier pour que je ne puisse plus atteindre un autre plat. "Finale ou pas c'est toujours ta première grosse compétition et tu ne devrais pas être seule."
"Je ne serai pas seule. Il y aura Marcus tout le temps et tes parents viendront m'encourager dans les tribunes," lui rappelai-je.
Avec Esmée et Marcus nous avions décidé que ce serait mieux que nous restions seuls avec Marcus. Pour cette compétition la couverture médiatique était légère et la plupart du travail d'Esmée était déjà terminé. Moins de gens dans les coulisses moins de distractions. Elle faisait toujours le voyage et serait là si j'avais besoin de ses compétences professionnelles. Mais pour l'essentiel elle m'encouragerait depuis les gradins. Carlisle et elle arriveraient à New-York le soir suivant parce que Carlisle avait une garde complète à l'hôpital.
Alice se détendit un peu et se laissa aller contre le comptoir. "Pourtant ça ne me semble pas juste."
Je soupirai en jetant le torchon sur le comptoir avant de m'appuyer à côté d'elle.
"Ecoute, je sais que vous voulez tous être là mais ça ne marche tout simplement pas cette fois-ci. Et d'une certaine manière ça me va," avouai-je doucement. "Je ne veux pas te blesser mais je pense vraiment que ce sera plus facile de ne pas vous avoir tous là."
"Quoi ? Pourquoi ?" s'exclama-t-elle, en s'éloignant du comptoir et en se retournant pour me faire face.
Je haussai les épaules, jouant avec l'ourlet de ma chemise parce que je ne pouvais pas rester debout à la regarder dans les yeux et voir sa douleur. Elle serait blessée même si ce n'était pas personnel et que ça ne lui était pas destiné ni à aucun des autres. Elle et moi fonctionnions juste différemment parfois. Dans l'esprit d'Alice des choses comme celles-là devaient être partagées avec la famille, devaient être affrontées ensemble. Pour moi il avait toujours été plus facile de gérer le stress seule. J'avais appris à accepter que ce n'était pas la meilleure façon de régler les problèmes de ma vie personnelle mais sur la glace c'était une toute autre histoire.
Même s'ils me connaissaient tous et qu'Edward, Emmett et Jasper comprenaient peut-être le stress en tant qu'athlète, aucun d'entre eux ne pouvait vraiment comprendre ce que c'était. Le patinage était personnel. Quelle que soit la qualité de mon équipe d'assistance, je devais être en mesure de gérer seule. Parce que sur la glace c'était juste moi.
Ainsi au lieu de déplorer le fait que toute ma famille ne me soutiendrait pas depuis les gradins, je le prenais comme un signe indiquant que je devais être à la hauteur de la force que j'avais développée ces derniers mois et affronter tout ceci par moi-même.
"C'est beaucoup moins de pression de se présenter face à des inconnus qu'à des personnes que tu connais," essayai-je d'expliquer du mieux que je pouvais. "C'est plus facile d'écarter une foule sans visage. Si je savais que vous étiez tous là à regarder, je pense que je serai encore plus nerveuse…"
"Cela n'a aucun sens."
"Peut-être que non mais c'est ce que je ressens. Je suis habituée à être seule pour ces choses-là."
"Oui parce que ça devait être comme ça par le passé. Maintenant tu n'es plus obligée. Tu nous as nous."
"Et je t'ai toujours, même si tu ne peux pas y être en personne. Je sais que tu me soutiendras même si tu n'es pas physiquement là. C'est suffisant pour moi. C'est plus que je n'ai jamais eu. Alors je t'en prie, arrête de te sentir coupable pour ce que tu ne pas contrôler. J'irai bien."
"Si tu le dis," elle haussa les épaules et laissa tomber le sujet. Nous finîmes de ranger la cuisine et les gars vinrent chercher quelques bières. Emmett insista pour que nous trinquions avec une Guinness pour me porter chance.
Alors que nous nous rassemblions autour de l'îlot central dans la cuisine, Alice me fit passer une boite.
"Qu'est-ce que c'est ? demandai-je avec scepticisme.
"Eh bien comme nous ne pouvons pas être là avec toi, en personne, j'ai trouvé quelque chose que tu pourras emporter. Juste un petit rappel pour te dire que tu as une équipe d'encouragement personnelle qui te soutient."
"Il faut vraiment que tu arrêtes de me faire des cadeaux à n'importe quelle occasion, maintenant."
"Je suis une âme généreuse. Ne m'étouffe pas."
Je levai les yeux au ciel et enlevai le couvercle de la boite sachant qu'elle ne laisserait pas tomber jusqu'à ce que je l'ouvre. Il y avait cinq petits objets difformes roulés dans du papier de soie les uns à côté des autres. Je pris le premier et le déballai, bouche bée devant l'objet alors que les autres éclataient de rire, visiblement pas au courant de ce qu'Alice avait fait cette fois.
"Allez continue à déballer !" s'exclama-t-elle, à mon air incrédule.
Un par un je déballai les cinq articles jusqu'à ce que je me retrouve face à une rangée de poupées à tête branlante, trois joueurs de hockey, une blonde en combinaison de mécanicien et une petite brune chargée de sacs à provisions.
Je secouai la tête d'amusement. Laissez à Alice le soin de trouver quelque chose d'absolument cinglé mais de parfait… Les gars rigolaient en voyant leur miniature et se moquèrent d'Edward disant que sa miniature ressemblait à un Frankenstein.
"Elles te plaisent ?" demanda Alice, en venant près de moi.
"Elles sont géniales Alice," ris-je, en la prenant dans mes bras en tapotant sur la tête de sa miniature. "Bizarre mais génial. Même si elles ne ressemblent à aucun d'entre vous."
"Alors tu les emmèneras avec toi ? Ça ressemblera à ta petite famille."
"Je les alignerai sur ma commode à l'hôtel," l'assurai-je, en cognant ma hanche contre la sienne. "Promis."
"Très bien," fit Emmett en cognant son verre contre le comptoir pour attirer notre attention. "Ça appelle un toast. Prenez votre verre et écoutez."
"Au retour de Babybel… ce qui me donne une excellente excuse pour regarder pendant deux heures des filles patiner en jupe courte," dit-il gravement puis éclatant de rire quand Edward le tapa en lui lançant un regard désapprobateur. "Je plaisante, enfin, Eddie, calme-toi."
"Comme si tu avais besoin d'excuses Em," rigola Alice.
"Pas faux," Emmett leva son verre pour lui accorder un point. "Sérieusement cependant. A Bella pour être la personne la plus forte que j'aie jamais rencontrée," dit-il d'un ton sincère et d'un sourire à fossettes fier. "Pour t'être relevée et avoir réalisé tes rêves, peu importe le nombre d'obstacles qui se sont dressés sur ton chemin. Je sais que je parle pour nous tous lorsque je dis que nous sommes vraiment fiers de toi et que nous sommes tous très chanceux et que tu sois restée assez longtemps pour que nous puissions te connaitre."
"Tchin tchin !" s'exclama Alice, le verre levé, ce qui amena tout le monde à lever son verre. Après avoir bu une gorgée, je posai mon verre et allai vers Emmett, en enveloppant mes bras autour de sa silhouette encombrante et souriante quand il m'enferma dans une étreinte étouffante d'ours. "Merci, Em."
"Tu ferais mieux de botter quelques derrières, Babybel," dit-il, en me serrant fort.
"Je vais essayer."
"Bella, Bella, Bella, Bella," soupira-t-il. "Selon les mots de Maître Yoda, 'Faites ou ne faites pas. Il n'y a pas d'essai."
"Tu dois vraiment convaincre Rose de t'épouser," gloussai-je. "Vous partagez pratiquement le même cerveau."
"Elle finira bien par changer d'avis. Elle est juste têtue."
"J'ai parié sur toi."
"C'est parce que tu es une fille intelligente. On ne peut pas nous résister à nous, les Cullen."
" Tu as bien raison."
...
* Miracle : film de 2004. Comment aux J. O. d'hiver de 1980 à Lake Placid, l'équipe de hockey américaine a remporté la médaille d'or face aux invincibles soviétiques.
Bella malade (pendant plus de dix pages :( ) et Edward aux petits soins...
Qu'est-ce que ça vous inspire ?
