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CHAPITRE 19 – Distraction bienvenue


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Le lendemain, Alice nous conduisit, Edward et moi, à l'aéroport. Mon vol décollait en premier et nous arrivâmes plus tôt au terminal pour pouvoir prendre notre temps pour passer la sécurité et manger un morceau avant mon vol. Pour une fois, c'était sympa de ne pas avoir à nous dire au revoir dans le hall d'entrée. C'était peut-être juste pour retarder l'inévitable séparation mais c'était réconfortant de passer la sécurité et de marcher main dans la main dans les couloirs fréquentés sans se précipiter pour se dire au revoir.

Nous prîmes quelques sandwichs et des collations et nous installâmes par terre dans un coin tranquille pour un petit pique-nique improvisé. Une fois que nous eûmes fini de manger, nous avions encore une demi-heure avant mon embarquement. Edward s'adossa contre le mur, les jambes devant lui et ouvrit les bras, me faisant signe de me joindre à lui. Nous restâmes assis en silence pendant quelques longues minutes, simplement nous serrant l'un contre l'autre.

"J'aimerais pouvoir être là," chuchota-t-il, les lèvres appuyées contre ma tempe.

"Je le sais," murmurai-je, en le serrant contre moi, sachant qu'il avait autant besoin de réconfort que moi, sinon plus. Il avait eu beaucoup plus de mal que moi à accepter le fait que son emploi du temps ne lui permettrait pas d'être là. Peu importe le nombre de fois où je lui avais dit que ça irait, on dirait qu'il ne m'avait pas vraiment cru.

"Je t'ai entendu parler avec Alice dans la cuisine hier soir," dit-il, m'ajustant sur ses genoux. Je posai ma tête sur son épaule alors que ses bras étaient autour de moi. "Est-ce que c'est ce que tu ressens vraiment ? Qu'il sera plus facile de ne pas nous avoir là-bas ?"

"Je ne sais pas," soupirai-je. "D'une certaine façon, oui. J'ai l'habitude d'aller en compétition dans un certain état d'esprit. Je sais que je ne suis plus seule mais je pense qu'il me sera plus facile de faire comme avant. J'ai besoin de me concentrer entièrement sur mon patinage et, eh bien... ne le prends pas mal mais vous tous pouvez être vraiment distrayants. Surtout toi," le taquinai-je, en le tapant légèrement dans les abdos.

"Je pensais que tu aimais mes distractions…" Il baissa sa voix et ses dents égratignèrent mon lobe.

"C'est vrai," rigolai-je, en le repoussant avant qu'il puisse avoir d'autres idées. "Mais je ne peux pas vraiment me permettre d'être distraite lors d'une compétition."

"Je sais," soupira-t-il et il souleva le bord de mon bonnet, lissant les mèches en dessous avant de le faire redescendre. Ses yeux m'étudièrent pendant un long moment avant que ses lèvres ne se transforment en un demi-sourire qui n'était toujours pas entièrement comblé. "J'ai compris, Bella, vraiment. Tout le monde a sa propre façon de gérer ces trucs. Je ne vais pas me battre sur ton besoin de faire les choses à ta façon, même si... je ne suis pas très content de la situation."

"Ce n'est pas que je ne veux pas que tu sois là," murmurai-je, en caressant sa joue. "Si je pouvais je dépasserais mon anxiété et je serais heureuse que tu sois dans les gradins. Même si ça me rendrait un peu nerveuse et même si tu étais un peu distrayant. Mais je n'ai pas fixé les calendriers et toi non plus. Je ne pense pas que tu devrais te sentir si mal de rater alors que c'est quelque chose qu'aucun d'entre nous ne peut contrôler, c'est tout."

"Et ton père ? Tu es vraiment d'accord pour qu'il ne vienne pas ? Je me souviens que tu as toujours souhaité qu'il soit là à tes compétitions par le passé."

"C'est différent cette fois-ci," haussai-je les épaules. "Je sais qu'il veut être là et qu'il tient à moi. Mais il sera là pour le Championnat National. Et tu seras là aussi," lui rappelai-je, assise sur ses genoux et secouant un peu ses épaules dans un faux sentiment de frustration. "Vous tous. Alors j'aimerais que tu arrêtes de t'inquiéter. C'est à celle-là que je veux que tu viennes. C'est celle-là où je vais avoir besoin de toi. C'est celle qui comptera. Celle-là ne compte pas. C'est en gros un grand échauffement pour moi."

"Je crois que tu bluffes," murmura-t-il. "Mais si c'est comme ça que tu veux jouer..."

"Edward," soupirai-je. "Je sais que tu veux être là et que tu t'inquiètes pour moi. Mais tout ira bien. Lauren ne sera pas là, donc je n'ai pas à m'inquiéter de tomber sur elles. Quant à la compétition ? Je ne peux même pas te dire combien de ces choses j'ai patiné dans le passé. Vous faites tous comme si c'était ma première fois. Je sais à quoi j'ai affaire et je peux le gérer. D'accord ?"

"Je sais que tu le peux," sourit-il, sincèrement cette fois, et se pencha en avant pour frotter le bout de son nez contre le mien. "Tu vas être géniale."

Nous nous embrassâmes avant de rassembler nos affaires pour qu'Edward puisse me déposer à ma porte et aller de l'autre côté du terminal pour trouver la sienne.

"Tu vas les avoir, ma grande," dit-il en s'arrêtant à la fin de la file pour me faire un câlin en guise d'au-revoir.

"Toi aussi. Essaie de ne pas trop t'en faire pour moi," dis-je, en lui donnant un petit coup de coude.

"Non, je réserverai ça pour quand on rentrera à la maison," dit-il avec un sourire suggestif qui était vraiment... injuste, vu qu'on serait séparés pendant quatre jours.

"C'est une promesse ?" demandai-je, en me hissant sur la pointe des pieds pour frôler ses lèvres, en mordant légèrement sa lèvre inférieure.

"Tu peux compter dessus, Swan." Il approfondit le baiser et je cédai à son toucher malgré la multitude de curieux qui nous entouraient.

"Bon vol…" chuchotai-je, en le tenant encore un instant près de moi avant de baisser les bras. "Je t'aime."

"Je t'aime aussi," dit-il, en touchant le bord de mon bonnet avant de partir. "Je t'appelle ce soir." Je le regardai se frayer un chemin à travers la foule jusqu'à ce que la masse de gens le cache à ma vue.

Et juste comme ça, j'étais tout seule.

Une fois que j'ai embarqué dans l'avion et rangé mes bagages à main dans le compartiment supérieur, je m'installai dans mon siège. Je clipsai ma ceinture de sécurité et je réalisai que mes mains tremblaient tellement que je pouvais à peine le faire.

En fermant les yeux, je me concentrai sur la respiration, essayant de dissiper l'assaut soudain de nervosité... qui crépitait dans mon corps comme un fil sous tension. Maintenant que j'étais seule, je pouvais admettre la seule chose que je n'avais pu dire à personne d'autre.

Cette compétition me fichait la trouille et j'étais terrifiée à l'idée de l'affronter toute seule.

Je repensai à un mois plus tôt, à la nervosité que j'avais ressentie dans les jours qui avaient précédé ma maladie. Ce que je ressentais maintenant était dix fois pire. C'était décevant de rater le Trophée Bompard mais d'une certaine manière, cela avait aussi été un soulagement. Ça m'avait donné un mois supplémentaire pour me préparer. Maintenant que j'étais en bonne santé, j'étais forte, je devais être prête.

Et si ça ne suffisait toujours pas ?

Quand j'étais à la maison et entourée de tout le monde tout le temps, il était facile de cacher ma nervosité, dissiper mes peurs pour effacer leurs inquiétudes. J'avais fait du bon travail pour convaincre tout le monde que cette fois, ça ne comptait pour rien, que je pouvais l'affronter seule. Tellement bien que j'avais failli m'en convaincue. Mais au fond de moi, j'avais de sérieux doutes d'y parvenir.

Malgré toutes mes belles paroles, j'avais l'impression d'être une petite fille effrayée qui se rendait à sa première compétition. Il s'agirait de ma première à bien des égards. La première depuis ma blessure. La première de la saison. La première sans ma mère, derrière moi, dans les gradins.

Bien que je déteste le fait que Renée ait influencé mon mental, j'avais beaucoup pensé à elle ces temps-ci. Une toute petite partie de moi était triste de son absence, cette même partie qui pleurait encore une femme gentille dont je n'avais vu que des bribes. Je ne regrettais pas les choix que j'avais faits en l'excluant de ma vie, d'autant plus depuis que cet article était paru et que je m'étais purgée de la douleur et de la trahison. Mais je ne pouvais pas nier que ce serait différent sans elle.

Peut-être que différent serait une bonne chose, comme c'était le cas jusqu'à présent mais il y avait toujours une chance que ça ne fonctionne pas. Je ne supportais pas l'idée de tout faire foirer. Elle regarderait et au moment où je trébuchais, elle sourirait à elle-même et se rendrait compte qu'elle avait gagné. Qu'elle avait raison à mon sujet, que je n'étais pas capable de réussir dans ce monde sans elle. Je ne voulais vraiment pas lui donner cette satisfaction.

Cette nuit-là, à l'hôtel, je restai surtout seule. Edward appela en arrivant à son hôtel à Vancouver, comme il l'avait promis. Leur match contre les Canucks était prévu pour le lendemain soir avant qu'ils ne se rendent un peu plus au sud, à Anaheim, pour jouer contre les Ducks, samedi. Entendre sa voix permit à mes nerfs de se calmer un peu. Je fis de mon mieux pour avoir un visage courageux et encenser les paroles confiantes que je lui avais dites, ainsi qu'à Alice, à propos du fait que je me débrouillais toute seule.

Il n'eut pas beaucoup de temps pour discuter puisque les membres de l'équipe dînaient ensemble. Je fus soulagée qu'il n'ait pas l'air d'avoir capté mon anxiété. Bien que je veuille le supplier de venir à New York, je savais que ce n'était pas possible. Il avait son travail et moi le mien. J'avais besoin d'être à la hauteur de la force qu'il croyait que je possédais et de relever le défi par moi-même. J'étais une grande fille et je n'avais pas besoin qu'il bataille pour moi. Ou du moins, je ne devrais pas avoir besoin de lui.

Le jeudi fut stressant mais assez calme. Marcus et moi allâmes à la patinoire pour nous enregistrer et récupérer nos badges d'identification pour la sécurité. Les fans et les médias se pressaient mais en bien moins grand nombre qu'ils ne le seraient le lendemain. La veille du début de la compétition, tout était question d'adaptation. Ce n'était pas très excitant pour personne, même pour les patineurs mais c'était quand même important.

Un par un, chaque catégorie de patineurs - hommes, patineurs en couple, danseurs sur glace et patineuses – obtint sa place pour une séance d'entraînement ouverte pour se familiariser avec la patinoire et l'environnement. Tout le monde ne peut pas s'entraîner tout le temps sur une patinoire de la même taille, alors pour eux, ils travaillaient à ajuster leur temps et... comment se déplacer dans l'espace. Heureusement, je n'avais pas ce problème cette fois-ci.

Pour moi, le temps passé sur la glace était plus une question de connexion avec la surface et de prise de repère de mes pas. C'était difficile de pratiquer ou de faire quoi que ce soit pendant le temps d'entrainement libre avec autant de corps dans les parages. C'était l'un des inconvénients du travail en solitaire avec Marcus plutôt qu'avec un club de patinage. Beaucoup de filles avaient l'habitude de se frayer un chemin parmi d'autres personnes et je ne l'avais certainement pas. Il y eut quelques petits incidents qui me laissèrent un peu tremblante et sur les nerfs.

Les tensions étaient fortes pendant la séance d'entraînement et les nerfs étaient aiguisés. Il n'y avait pas beaucoup de bavardages ou l'interaction entre les patineurs. Presque toutes les filles venaient d'un pays différent. L'autre concurrente américaine était une nouvelle venue que je n'avais jamais rencontrée auparavant et dont je n'avais même jamais entendu parler.

Il n'y avait pas beaucoup de monde dans les tribunes pour regarder la séance mais il y avait quelques fans applaudissant chaque fois que quelqu'un sortait un triple ou une combinaison de sauts. Tout le monde s'observait et quelques-unes des meilleures filles essayaient d'utiliser le temps pour intimider les autres en montrant quelques-uns de leurs mouvements les plus impressionnants. Je détestais admettre que ça fonctionnait.

J'étais restée loin de la compétition depuis plus d'un an. Plus de la moitié des filles qui m'entouraient avaient au moins sept ans de moins que moi. Une partie de moi se demandait ce que je faisais ici et en voyant leurs visages un certain nombre d'entre elles se posaient la même question.

Après une longue journée à la patinoire, suivie d'un séjour au gymnase de l'hôtel, je retournai dans ma chambre pour me changer avant de retrouver Carlisle et Esmée pour aller dîner et regarder le match des Wild.

Je pouvais à peine manger et je n'arrivais pas à me concentrer. Je finis par retourner dans ma chambre avant que le match soit terminé, prétendant que je devais me coucher tôt alors que j'avais vraiment besoin d'être seule. Esmée avait commencé à me regarder d'un air inquiet et je ne voulais pas l'alerter plus que cela.

Seule avec mes pensées, je ne pouvais pas échapper à mes nerfs. Mon souffle était court et mes mains tremblaient alors que je vérifiais à nouveau mon sac de patins et mes costumes pour m'assurer que tout était en ordre. Ça commençait tôt le lendemain matin et je savais que je devais aller au lit pour me reposer suffisamment. Mais quand je me couchais, je n'arrivais pas à dormir.

Après une demi-heure d'agitation, je me levai et je sortis sur le balcon avec une couverture et Toto pour prendre l'air. La nuit de mi-novembre était froide mais rafraîchissante et les bruits paisibles de la circulation et de la vie lointaine étaient apaisants. Paisible. Au moins, l'aurait été, si ce n'était pas pour le tohu-bohu de mes pensées.

Assise seule dans le noir, je capitulai et je m'avouai que je n'étais peut-être pas aussi forte que j'essayais de le faire croire à tout le monde, moi y compris. Peut-être que j'avais changé depuis la dernière fois que j'avais participé à une compétition mais j'étais toujours la même personne au plus profond de moi-même. J'avais encore des insécurités. J'étais nerveuse à l'idée de me présenter devant une foule et de m'offrir pour être jugée. Je craignais d'échouer et d'être source de déception.

Oui c'était vrai que cette fois c'était différent mais en même temps c'était exactement pareil. Je n'avais pas voulu croire que ça le serait. J'avais voulu croire que je pourrai rentrer dans cette patinoire demain et me sentir intouchable, confiante, comme si personne ne pouvait m'arrêter, pas même moi. Après tout j'avais survécu à Renée et à Phil, après tous les défis que j'avais affrontés et dépassés dans ma vie aussi bien que sur la glace pour en arriver ici, je voulais croire que ça serait facile.

Mais à l'intérieur de moi je savais que ça ne le serait pas. J'avais menti pendant des semaines à des personnes qui comptaient pour moi mais plus que ça, je m'étais menti à moi-même. Depuis que j'avais manqué le Trophée Bompart je m'étais convaincue moi-même de ce que je disais à tous les autres. Ce Skate America n'était qu'un échauffement, ça n'était pas important.

Après tout le grand spectacle c'était les championnats nationaux. C'était ce qui déciderait pour les participants des Jeux Olympiques mais ce serait là que Lauren patinerait contre moi, là où Renée et Phil ne pourraient être évités. J'avais essayé de ne pas trop y penser puisqu'il restait encore deux mois avant d'y arriver mais ça restait toujours quelque part dans un coin de ma tête.

Dans le but de me distraire et de distraire les autres, à savoir Edward et Esmée – j'avais fait bonne figure. Je pouvais dire qu'aucun d'eux m'ait vraiment crue mais ils avaient suffisamment semblé me comprendre pour laisser tomber et me laisser faire ce qu'il fallait que je fasse pour traverser tout ça.

Apparemment ils me connaissaient mieux que moi. Parce que maintenant que j'étais là, je réalisai que je souhaitais vraiment qu'ils soient là, dans les tribunes demain. Distraction ou non je voulais qu'ils soient ici, j'avais besoin d'eux. Mais je ne pouvais me résoudre à le leur dire parce que je savais que c'était impossible.

Pourtant même s'il ne pouvait être avec moi en personne cela aiderait si je pouvais juste entendre sa voix. Je composai son numéro et mis le téléphone à mon oreille avant même d'y avoir réfléchi.

"Hé !" répondit-il et cela relâcha immédiatement la contraction dans ma poitrine. "Est-ce que tout va bien ? Tu ne devrais pas dormir maintenant ?"

"Ouais, probablement," murmurai-je, en appuyant ma tête contre la balustrade du balcon. "Je n'arrive pas à dormir."'

"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda-t-il avec inquiétude.

"Je ne sais pas Edward." Je soupirai en me demandant si je devrais vraiment lui parler de ce genre de choses maintenant alors que ça ne ferait que le mettre mal à l'aise. Mais je ne pus empêcher les mots de sortir de mes lèvres. "Je commence juste à me sentir nerveuse pour demain. Toute la pression, l'attention. La pression. Je suppose que j'avais oublié à quel point ça pouvait être stressant."

"Qu'en est-il de toutes ces discussions où tu disais que ce n'était pas un problème ?"

"J'ai menti," avouai-je. "Je suis désolée, je ne voulais pas. Je me mentais à moi-même, tout autant qu'à vous. C'est une grosse affaire et je ne sais pas si je peux le faire."

"Baby," soupira-t-il et j'entendis un gémissement étouffé alors qu'il devait tenir le téléphone éloigné de son visage pendant une minute. "Seigneur, j'aimerai te prendre dans mes bras là."

"Moi aussi," murmurai-je, en ravalant les larmes qui menaçaient de déborder de mes yeux. "Je suis désolée de t'appeler. Je sais que tu t'es senti mal de ne pas pouvoir être avec moi et je ne veux pas que tu te sentes plus mal encore. J'avais simplement besoin d'entendre ta voix, c'est tout."

"Non," dit-il semblant un peu chagriné. "Ne sois jamais désolée de m'appeler, Bella. Je vais gérer mais je ne veux jamais que tu aies l'impression que tu ne peux ou ne dois pas me parler. Tu peux toujours me parler."

"D'accord."

"Alors honnêtement, à quoi tu penses ?"

"Je pense que je devrais pouvoir faire ça toute seule. Et je suis en colère contre moi-même de douter que je peux."

"Et pourquoi tu penses ça ? "

J'hésitai un moment, rassemblant mes pensées et réfléchissant à la meilleure façon d'expliquer. "Penses-tu que j'ai changé Edward ? Depuis le moment où nous nous sommes rencontrés la première fois, j'ai changé ?"

"Tu sais bien que oui."

"Et c'était de bons changements, pas vrai ?"

"Baby, je ne comprends pas…"

"Réponds simplement s'il te plait."

"Oui je le pense. Je veux dire je ne sais pas comment tu étais avant que nous nous rencontrions mais tu sembles plus heureuse maintenant que la première fois que je t'ai vue. Tu t'es… je ne sais pas, épanouie, je suppose. Pourquoi ?"

"Oui je le pense aussi. J'aime la personne que je suis devenue depuis que j'ai emménagé dans le Minnesota depuis que je vous ai tous rencontré. Mais maintenant je suis ici, au même endroit qu'il y a deux ans et je me sens exactement la même que celle que j'étais habituellement. Toujours nerveuse, toujours très effrayée, toujours peu sûre de moi-même. Et je déteste ça. Je déteste à nouveau me sentir faible alors que je me sentais si forte il y a quelques jours alors que j'étais arrivée si loin."

"Tu n'es pas faible, Bella. Être effrayée et nerveuse quand il s'agit de ce genre d'événements ne te rends pas moins forte. Et tu as raison. Tu es toujours la même personne que tu étais il y a deux ans. Même si certaines parties de toi ont changé, au fond tu es toujours la même. Et c'est quelque chose qui j'espère ne changera jamais car c'est de celle dont je suis tombé amoureux. Tu es peut-être plus confiante et plus sûre de toi mais tu es toujours toi. Tu n'étais pas faible il y a deux ans baby. Tu ne l'as jamais vraiment été. Tu as toujours eu de la force en toi, la seule différence c'est que tu penses réellement l'avoir maintenant."

"Oui, grâce à toi. Je ne sais pas si je l'aurais vu par moi-même sans toi."

"Si, tu l'aurais vu," dit-il avec assurance. "Mais je suis content d'avoir été là pour voir ça arriver."

Nous restâmes silencieux un bon moment, écoutant simplement l'autre respirer et retirant du réconfort de cette connexion même si nous étions aux deux extrémités opposées du même continent.

"Edward ?" murmurai-je brisant le silence.

"Oui ?"

Je pensais lui dire combien je souhaitais qu'il soit là demain mais ce ne serait pas juste. Alors à la place je dis, "Tu me manques."

"Tu me manques aussi. Tu devrais aller te coucher, amour. Veux-tu que je reste au téléphone jusqu'à ce que tu t'endormes ? Je pourrai fredonner ou autre chose. Si Emmett me surprend à faire ça, c'est toi qui en porteras le blâme."

"Non," rigolai-je en me levant pour rentrer, m'arrêtant près de la commode pour tapoter les têtes des poupées en signe de bonne nuit. "J'ai pris Toto, ton maillot et ma petite famille de têtes pour me tenir compagnie. Je vais prendre mon iPod et écouter ton CD jusqu'à ce que je m'endorme."

"Si tu es sûre…"

"Ouais," dis-je, en me glissant sous les couvertures, cherchant mon iPod et trouvant la playlist de ses compositions de piano avant d'éteindre la lumière. "Je vais bien. Tu m'as beaucoup aidé."

"Je suis content. Si je ne parle pas avant que tu patines demain… bon j'espère que je pourrais le faire mais sinon bonne chance."

"Merci," murmurai-je, m'enfonçant dans mon oreiller, me sentant finalement capable de m'endormir. "Bonne nuit Edward."

"Fais de beaux rêves ma belle. Je t'aime."

"Je t'aime aussi," murmurai-je. Quelques moments après avoir mis fin à l'appel, je tombais endormie.

Dès que je me levais le lendemain matin, j'eus une mauvaise impression concernant cette journée. Mes muscles étaient tendus et ça me prit plus longtemps que d'habitude pour me réveiller. Malgré ma conversation avec Edward hier soir j'étais encore extrêmement nerveuse. Pendant la majeure partie de la journée je l'étais, réfléchissant à chaque étape de mon programme dans ma tête, essayant de déterminer le moment exact de chaque élément.

Ma séance d'entrainement en début d'après-midi ne se déroula pas bien. Je réfléchissais trop à mes sauts et cela en retardait l'exécution. Même écouter la musique d'Edward pendant mon jogging d'échauffement dans les coulisses ne m'aida pas à me calmer.

Bien avant que je sois vraiment prête ma section était alignée pour s'échauffer pendant cinq minutes et ensuite ce serait mon tour.

Je faillis entrer en collision trois fois parce que je ne faisais pas assez attention. Je pouvais dire que Marcus commençait à être agité à propos de mon manque de concentration.

Ils demandèrent que la glace soit libérée et Marcus me fit signe de me diriger vers lui.

"Calme-toi Bella. Tu as répété ça un million de fois à l'entrainement. Patine et bloque tout le reste."

Je hochai la tête mais je n'étais pas sûre de pouvoir le faire. Peu importe combien j'essayais je n'arrivais pas à me calmer. Marcus attrapa mes mains et les serra fort alors qu'on appelait mon nom, il me fit un clin d'œil et m'envoya sur la glace.

Je fis mon tour habituel me sentant un peu comme si j'étais sous l'eau, les sons autour de moi bourdonnaient dans une vague étouffée sans fin. Je respirai profondément plusieurs fois, secouant mes bras et faisant craquer mon cou. Mon pouce caressa mon cygne caché alors que j'essayais de me rappeler comment j'avais fait cela par le passé. Cela aurait dû ressembler à faire du vélo mais pour une raison quelconque je me sentais comme une amateur complète face à sa première représentation. Un de mes patins me parut un peu lâche alors je me penchai pour le réajuster rapidement, remettant mon collant en place avant de prendre mes marques.

Dès que je fis le premier pas je sus que ça allait être mauvais. Cette adaptation de dernière minute de mon patin avait été une erreur. Je l'avais trop serré, nerveuse de le laisser lâche et je pouvais déjà sentir les effets sur mes mouvements.

Pour le moment il n'y avait rien à faire alors j'essayai de me concentrer sur les choses que je pouvais contrôler. Je me préparai à ma première combinaison de sauts mais je mis un peu trop de puissance dans mon élan par rapport à la rotation première ce qui me mit dans une mauvaise position pour enchaîner avec le second. Mes pieds s'emmêlèrent et je trébuchai l'adrénaline me tirant pour continuer et commencer les croisements pour mon prochain saut. Celui-là était bon mais j'étais tellement inquiète de le gâcher que je posai inutilement le second pied à l'atterrissage.

La minute et demie qui suivit fut probablement la plus longue de ma vie. J'étais tellement déçue de la façon dont j'avais commencé que je voulais juste abandonner, jeter les mains en l'air et dire "au diable". Mais je n'avais jamais été une lâcheuse et je n'allais pas commencer maintenant. Je restai donc sur la glace et me battis pour chaque mouvement même si cela me laissait plus épuisée que le programme le plus long que j'avais déjà patiné. Il y eut quelques petits instants où je me sentis bien à propos dans ma performance mais pas suffisamment pour que je sois satisfaite.

Je pris ma position finale et il me fallut chaque once de volonté pour ne pas tomber sur la glace et me mettre à pleurer.

Me tournant de chaque côté, je saluai la foule avec la révérence et le signe de main obligatoires aussi rapidement que possible avec un faux sourire, désireuse de quitter la glace et au moins de me mettre à l'abri des projecteurs.

Marcus m'attendait au bord. Un simple regard à mon expression et il sut qu'il devait reculer et me laisser de l'espace pour me ressaisir. Il me poussa vers le coin Kiss and Cry, me tendant mes protège patins et demandant une serviette et de l'eau pour moi aux volontaires qui étaient là.

Je m'assis à côté de Marcus et avalai l'eau essayant de faire de mon mieux pour tout chasser. J'étais frustrée et légèrement vexée de devoir rester assise là et sourire alors que tout ce que je voulais faire était de trouver un endroit sombre pour m'évanouir et oublier que tout cela s'était passé.

Je ne dis rien. Il y avait des caméras sur mon visage et des micros partout. Je ne pouvais pas risquer d'ouvrir la bouche et laisser échapper quelque chose sur ce que je ressentais vraiment après cette première performance. Tout le monde voudrait savoir que j'avais fait de mon mieux et c'est tout ce qui importait alors je restais comme si tout s'était bien passé et j'étais satisfaite d'être revenue et d'avoir fini mon premier programme.

Mais tout ça était faux. J'avais commis une erreur grossière. J'avais été trop dans ma tête pour bien récupérer. J'étais énervée et déçue. Donc non je ne pouvais rien dire. Personne ne voulait entendre les jurons de la princesse de la glace préférée des Etats-Unis. Ce ne serait pas un très bon exemple pour les milliers de fillettes qui regardaient et voulaient vivre cette expérience.

Marcus me donna un coup de coude et j'entendis la voix étouffée dans le haut-parleur annoncer mes résultats. Mais je n'y fis même pas attention, je ne jetai même pas un coup d'œil sur le moniteur face à moi qui affichait mon total de points. Marcus me le dirait plus tard mais honnêtement cela n'avait pas d'importance. Il ne s'agissait pas de points. J'avais échoué. Tous ces mois de travail avait conduit à cela.

Tout ce que j'avais voulu faire c'était de me prouver que j'avais toujours une place ici et que je pouvais toujours le faire et par moi-même. Montrer à Renée qu'elle ne jouait aucun rôle dans mon succès, que mes réalisations passées n'étaient que cela – les miennes et non les siennes en aucune façon.

Mais je n'avais rien fait de tout ça. J'avais pratiquement fait l'inverse. J'avais commis une erreur de débutante qui avait conduit une chose après l'autre et je n'avais pas été assez forte pour faire ce qu'il fallait pour arrêter cet engrenage.

Au moment où nous fûmes libérés du Kiss and Cry je me précipitai dans les coulisses.

Marcus me rattrapa avant que je puisse entrer dans le vestiaire.

"C'est juste un programme, Bella," dit-il. "Tu dois oublier ce truc. C'est fini. C'est fait. Oublie tout ça et concentre-toi sur un nouveau départ avec ton libre."

Plus facile à dire qu'à faire, pensai-je, bien que j'acquiesce. N'importe quoi pour sortir d'ici au plus vite. Je n'étais vraiment pas prête pour une discussion inspirante en ce moment.

"Pourriez-vous appeler la voiture ? Je veux juste retourner à l'hôtel. J'enverrai un texto à Esmée et je lui dirais que je les verrai plus tard s'ils veulent rester et regarder."

"Je les appellerai. Prends une minute et reprends ton souffle. Je vais faire attendre la voiture à l'arrière."

"Merci," lui dis-je, en m'attardant près de la porte, rassemblant le courage de lever les yeux vers lui, c'était quelque chose que je n'avais pas été capable de faire depuis que j'avais quitté la glace. Je voulais lui dire à quel point j'étais désolée de l'avoir laissé tomber mais je ne pus rien faire de plus qu'un sourire triste et secouer ma tête.

"Ne renonce pas encore," murmura-t-il, en me tapotant le menton avec son doigt.

"Demain est un nouveau jour."

Il partit passer des coups de fil pendant que j'allais dans les vestiaires pour enlever mes patins et me changer, désireuse d'éliminer toute trace de cette performance de ma mémoire. Mon audacieux costume ressemblait à une farce et je voulais juste le mettre en boule et le fourrer dans un coin de mon sac mais je n'arrivais pas à me résoudre à froisser la belle création sur laquelle Alice avait passé tant de temps. Au lieu de cela, je la remis soigneusement sur son cintre et l'enfermai rapidement dans sa housse à l'abri des regards. Attrapant mon sac à vêtements et la poignée de ma valise, je me tournai pour partir.

J'étais tellement absorbée par mes pensées que je n'avais même pas remarqué les deux autres filles dans la pièce jusqu'à ce que je manque de les percuter en sortant. J'en reconnus une comme étant la meilleure Canadienne de la saison précédente, grande et blonde mais je ne connaissais pas l'autre brune. Elles étaient toutes les deux en costume et patins, n'ayant évidemment pas encore patiné.

L'avantage en hauteur de leurs lames les faisait me dominer. Bien qu'elles soient évidemment beaucoup plus jeunes, je me sentais honnêtement comme un petit enfant tout maigrichon sur le terrain de jeu, essayant de ne pas se recroqueviller devant une paire de tyrans.

"Eh bien, Isabella Swan. On ne peut pas être trop heureuse de cette démonstration, n'est-ce pas ?" gloussa la brune, sa langue claqua avec une expression piteuse sur son visage.

"Tu sais que tu aurais vraiment dû arrêter pendant que tu étais en tête," dit la blonde. "Ton retour est une blague. Peut-être que tu étais la meilleure mais clairement tu ne peux plus faire autant. Tu aurais dû prendre ta retraite alors que tu étais encore au sommet. Maintenant, tout le monde se souviendra de ta pathétique tentative de retour."

"C'est vraiment triste. J'avais l'habitude de penser que tu étais si géniale. Maintenant ? C'est bien dommage," dit la brune.

C'était une guerre psychologique et je le savais. Elles avaient vu que j'étais à terre, faible, vulnérable et elles voulaient... en tirer profit. Si elles pouvaient entrer assez profondément dans ma tête, mes erreurs et mes insécurités se retourneraient contre moi le lendemain et m'écarteraient définitivement de leur chemin.

Mais je n'étais pas prête à baisser les bras aussi facilement. Peut-être que j'étais déçue de moi-même. Peut-être que ma soirée avait été difficile. Mais Marcus avait raison. C'était juste un soir. J'avais besoin de me débarrasser de ça et de revenir fraîche pour le libre et il fallait commencer dès maintenant.

"Nous n'en sommes pas encore à la moitié de la compétition, mesdames. C'est vrai que ma performance ne me fera pas briller dans le classement final pour le moment … Il peut se passer beaucoup de choses en quatre minutes," dis-je froidement. Je les frôlais en passant avec autant de confiance que possible.

Ces filles n'étaient rien pour moi. Aucun des autres patineurs ne l'était. La seule chose que je pouvais contrôler, c'était moi-même et c'est ce dont j'avais besoin de me souvenir. Personne d'autre ne comptait. Malgré tout, je ne pus m'empêcher de m'arrêter à la porte et de jeter un coup d'œil en arrière en faisant un clin d'œil. "Bonne chance, les filles. La glace est glissante ce soir !"

Je sortis sans un mot de plus et pris le couloir long et presque vide. Je pouvais entendre les applaudissements et les grognements de la foule pendant que la patineuse actuelle se produisait.

Bien que j'aurais probablement dû aller directement aux portes pour voir si la voiture était déjà là, je trouvai un banc vide le long du mur vitré de la patinoire. Edward était probablement occupé et ne répondrait pas mais je voulais quand même essayer d'entendre au moins sa voix sur la boîte vocale. J'avais besoin de réconfort et pour l'instant, c'était le seul qui puisse m'en donner.

Comme prévu il ne répondit pas. L'équipe était en route du Canada vers la Californie donc ce n'était pas vraiment une surprise. Ce qui fut surprenant, c'est que moins d'une minute après lui avoir laissé un message le téléphone bipa un texto.

Hé, j'ai vu que j'ai raté ton appel. Tu vas bien ?

C'était une question piège. Physiquement, j'allais bien. Sur le plan émotionnel, j'allais mieux que quelques minutes plus tôt. Pour n'importe qui d'autre, j'aurais balayé tout ça d'un revers de la main et j'aurais dit que j'allais bien. Mais c'était Edward et je n'avais pas besoin de me cacher de lui.

Pas vraiment. Un mauvais programme court puis un drame dans les couloirs.

Besoin de moi pour arranger un sabotage ? ;)

Je gloussai et répondis rapidement, me sentant déjà mieux d'avoir parlé avec lui, même par texto.

Tentant... mais non.

Que s'est-il passé avec ton programme ?

J'étais nerveuse et j'ai fait des erreurs stupides. J'ai bousillé toutes mes chances. Tout ça a été une catastrophe.

"Je ne sais pas…" j'entendis une voix basse et familière dans mon oreille quelques instants plus tard. "D'où j'étais assis ça avait l'air plutôt génial !"

J'haletai et tournai la tête pour voir Edward assis à côté de moi sur le banc. Pendant un moment, j'étais certaine de rêver. Mais il ne disparut pas quand je levai les doigts pour toucher son visage. Il était réel et il était là.

"Edward," chuchotai-je, en jetant mes bras autour de lui et en m'accrochant désespérément.

"Salut, ma belle," dit-il, me serrant aussi fort que je le tenais.

Pendant une minute, je ne pensais à rien d'autre qu'à quel point c'était merveilleux à ce moment-là d'être tenue dans les bras par l'homme que j'aimais. Mais ensuite, je vis ce que cela signifiait.

"Qu'est-ce que tu fous ici ?" lui demandai-je, en le poussant et en lui frappant la poitrine.

"Tu devrais déjà être à Anaheim."

Il me sourit simplement et prit mon visage en coupe. "Et rater les grands débuts de ma copine ? Jamais."

"Mais ton boulot !" protestai-je, la culpabilité me traversait du fait qu'il manquait ses matchs à cause de moi. Parce que je n'étais pas assez forte sans lui. "Tu es censé jouer demain. Tu dois être..."

Son autre main se leva jusqu'à ce qu'il berce mon visage entre elles et ses lèvres douces et chaudes descendirent sur les miennes. Il nous frotta le nez et me serra contre lui en soupirant.

"Je suis exactement là où j'ai besoin d'être, Bella. L'équipe peut se passer de moi pour un match. J'ai besoin d'être ici d'autant que je sais que tu veux que je le sois. Même si tu essaies de faire la coriace."

"Je devrais être fâchée que tu aies séché ton boulot," marmonnai-je, m'enfonçant un peu plus profondément dans ses bras. "Mais je suis vraiment contente que tu sois là."

"Moi aussi."

"Alors tu as vu ?" dis-je, au bout d'un moment.

"Oui," murmura-t-il et il embrassa le haut de ma tête. "Tu étais magnifique là-bas."

"Tu n'as pas besoin de dire ce genre de choses pour que je me sente mieux," dis-je, en roulant les yeux, bien qu'il ne puisse pas voir mon visage. "J'ai merdé. C'était horrible."

"Tu ne te vois pas très clairement, tu le savais ?" gloussa-t-il, en bougeant mon visage vers le haut pour s'aligner avec le sien. "As-tu au moins vu tes résultats ?"

"Non," admis-je. "Je ne faisais pas très attention."

"Tu étais troisième à la fin de ton programme. Bien sûr, tu as eu quelques ennuis mais tu es arrivée et a continué à avancer. Ce n'était pas parfait mais c'était quand même génial. Arrête d'être une telle drama queen, Swan," il sourit avec un clin d'œil pour me faire savoir qu'il plaisantait. "D'ailleurs, d'après ce que j'ai vu dans cette histoire de patinage, le programme court ne compte pas autant que le programme long. C'est comme dans le hockey. Tu peux jouer horriblement dans les deux premières périodes et revenir pour tout rafler dans la troisième."

"En quelque sorte. Ce n'est pas exactement pareil."

"Assez proche. Et même si tu crains demain, tu as quand même fait ce que tu es venue faire ici. Tu es venue et tu as essayé. Je suis vraiment fier de toi, Bella."

"Je n'aurais pas dû essayer de te dire que je n'avais pas besoin de toi ici. Je pensais juste que j'aurais pu être capable de me débrouiller toute seule."

"Ouais, eh bien, je ne t'ai pas vraiment cru de toute façon…" dit-il, ses lèvres se courbant lentement en un sourire tordu. "Je devais arriver assez tôt pour te voir avant que tu ne quittes l'hôtel mais notre vol a été retardé à Seattle."

"Seattle ?" demandai-je, mon front se plissa de confusion. "Tu as fait une escale là-bas ou quoi ?"

"Pas exactement. J'ai dû faire un arrêt," dit-il lentement, puis il regarda quelque chose au-dessus de ma tête.

Je jetai un coup d'œil dans la direction vers où Edward regardait et je restai bouche bée.

Mon père était là, avec Esmée et Carlisle.

Ils bavardaient tous les trois mais dès que je levai les yeux et verrouillai les miens avec Charlie, toute conversation cessa. Il me fit un petit sourire qui excentra un côté de sa moustache vers le haut et haussa les épaules comme pour dire : "Oui, je suis vraiment là." Ses mains étaient dans ses poches arrière et il se balançait doucement sur ses talons comme s'il ne savait pas exactement quoi faire ensuite.

Je réussis à détourner mon regard de Charlie vers Edward pour le voir me sourire en retour.

"Quoi, comment … com…. " bafouillai-je, incapable d'achever une pensée, encore moins une vraie phrase.

"Pourquoi ne vas-tu pas dire bonjour ?" me suggéra-t-il, en m'embrassant le front avant de se lever et de me tendre sa main. Je l'agrippai en me levant sur mes jambes tremblantes.

Charlie s'éloigna des parents et nous nous rejoignîmes au milieu du couloir presque vide. Je sentis Edward serrer ma main pour m'encourager avant de la lâcher pour aller avec ses parents et nous donner à mon père et moi un moment seuls.

Tandis que nous nous tenions là, chacun un peu incertain de la meilleure façon de commencer, j'étudiais l'homme en face de moi. Il ressemblait encore à l'homme qui m'avait élevée jusqu'à ce que Renée et moi partions mais si différent en même temps. Je ne l'avais vu qu'une poignée fois depuis et je n'avais pas vraiment pris le temps de le regarder, trop occupée à me sentir blessée par son apparente désinvolture.

Il était plus grand que dans mes souvenirs, ce qui me parut bizarre puisque j'avais grandi depuis la dernière fois que je l'avais vu. Ses cheveux étaient encore foncés et épais mais les mèches sur ses tempes étaient striées de petits éclats de gris. Les rides sur son visage étaient un peu plus profondes que dans mes souvenirs mais il ne paraissait pas dur ou vieilli. Malgré son jean Levi's décontracté et une chemise en flanelle, il avait l'air presque distingué. En le regardant dans les yeux, presque identiques aux miens, je vis une lumière en eux. Sous l'incertitude et la maladresse, il y avait une émotion. Le bonheur. Et j'étais presque sûre d'en être la cause. Cette prise de conscience me donna le courage de faire le premier pas, même minime.

Je lui souris. "Salut, papa."

"Salut, gamine," dit-il, après s'être raclé la gorge légèrement. "Comment ça va ?"

"Bien. Comment tu... ?" commençai-je décontractée, il y avait tant de choses que je voulais lui demander. "Qu'est-ce que tu fais ici ? Je pensais que tu ne pouvais pas venir."

Il bougea un peu et jeta un coup d'œil derrière lui pendant un moment puis il me regarda de nouveau. "Ouais, eh bien ton garçon, là-bas, s'est pointé à ma porte et m'a fait réaliser à quel point c'était important pour toi. Deux gars au commissariat font des heures supplémentaires pour me remplacer."

"Edward est allé à Forks ?" demandai-je incrédule. Pour une raison ou une autre, c'était une surprise. Je compris… non fait, je n'avais rien compris du tout. Je n'arrivais pas à comprendre comment cela avait pu arriver, sans parler de ce qui avait dû se passer pour en arriver là.

"Il est venu frapper à ma porte à la première heure ce matin, avant même le lever du soleil. On aurait dit qu'il n'avait pas dormi de la nuit."

"Alors vous êtes venus ici ensemble ?" demandai-je, me sentant un peu bête de poser cette question mais je n'arrivais pas à faire en sorte que mes pensées se synchronisent au point que tout cela prenne un sens.

"Ouais. Ce garçon n'accepte pas non comme réponse. On avait réservé nos billets et tout. A peine eu la chance de prendre des vêtements de rechange avant de me pousser pratiquement dehors."

Je regardai par-dessus l'épaule de Charlie pour voir Edward. Il parlait à ses parents, essayant de nous donner à mon père et moi un peu d'intimité, bien qu'il me surveille encore de toute évidence. Il me fit un demi-sourire et un clin d'œil rassurant et j'avais envie de me pâmer. Il avait l'air fatigué. Épuisé, vraiment. J'avais été trop excitée pour m'en apercevoir quand je l'avais vu.

Il devait être à Vancouver quand je lui avais parlé hier soir. Revenir à New-York à temps pour me voir patiner avait dû être une course contre la montre, déjà il était allé à Forks – au milieu de nulle part dans l'état de Washington – puis retour à Seattle pour attraper un long vol pour traverser le pays. Pour moi. Si je n'étais pas déjà aussi submergée par toutes sortes d'émotions j'aurais pu en pleurer.

"Ça c'est un mec, Bells," dit Charlie en suivant mon regard. Sa moustache bougea quand Edward détourna rapidement le regard et se gratta le cou, semblant un peu chagriné d'être pris sur le fait. Esmée et Carlisle le regardèrent avec un sourire encourageant alors qu'il passait son bras autour de sa taille et qu'elle posait sa tête sur son épaule.

"Je vois que tu as rencontré ses parents aussi."

"Oui, euh… nous avons bavardé quand nous sommes arrivés à l'hôtel puis assis dans les gradins," dit-il en s'éclaircissant la voix de nouveau avant de faire un geste vers les trois personnes qui nous attendaient. "Nous euh… avons fait une réservation pour le dîner si tu penses que tu es en forme. Rien de trop fantaisiste puisque nous avons pensé que tu serais fatiguée. Mais tu dois quand même avoir besoin de manger quelque chose après tout ça."

"Oui bien sûr, c'est une bonne idée," dis-je. Nous bavardâmes encore un peu avant de rejoindre les autres.

Je passai les prochaines heures avec Edward, ses parents et Charlie. Nous dînâmes dans un petit steakhouse près de l'hôtel car nous avions manqué l'heure du dîner. Marcus était passé un moment et avait semblé se régaler de discuter avec les gars.

C'était génial de les avoir tous là. Charlie et moi étions si gênés qu'il aurait été difficile de poursuivre la conversation par nous-même mais avec tous les autres nous pûmes trouver cela un peu plus confortable. Carlisle et Charlie semblaient déjà être de bons amis et je me retrouvai à en apprendre beaucoup sur l'homme à moitié responsable de mon existence.

Les Cullen semblaient tirer Charlie de sa coquille comme ils l'avaient fait avec moi. Je me rendis compte que je ne connaissais pas vraiment mon père. Ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas vu, je voulais que ça change. La soirée se révéla être très différente de ce à quoi je m'attendais, au lieu de bouder dans un coin de ma chambre d'hôtel, j'avais apprécié un repas décontracté plein de sourires et de rires où la conversation s'écoulait facilement. Merci à eux, je pus presque oublier le fait que j'avais mal patiné quelques heures plus tôt.

Quand nous arrivâmes dans le hall de l'hôtel nous prîmes un moment pour nous souhaiter bonne nuit et nous mîmes d'accord sur ce qui allait se passer le lendemain. Alors que tout le monde se dirigeait vers les ascenseurs, Charlie sembla hésiter. Je me mordis la lèvre, j'aurais dû lui dire quelque chose mais je me sentais toujours mal à l'aise.

Edward avait dû remarquer mon expression déchirée. Il me prit dans ses bras et embrassa ma tête avant de parler doucement à mon oreille.

"Tu devrais lui parler mon amour."

"Je ne sais même pas quoi lui dire."

"Tu trouveras. Il est aussi nerveux de te revoir. Je pense que ça vous ferait beaucoup de bien de parler un petit peu tous les deux, face à face."

Je hochai la tête et sortis de ses bras m'éloignant avant de faire demi-tour.

"Et toi ?"

"Je vais aller avec mes parents pour l'instant. Viens me chercher après si tu veux."

Je hochai à nouveau la tête et traversai le hall en courant.

"Papa ?" appelai-je, alors que la porte de son ascenseur s'ouvrait. "Attends-moi."

"Tu montes ?" demanda-t-il

"Oui. Euh Je t'accompagne jusqu'à ta chambre… si ça ne t'ennuie pas ?"

"Bien sûr, euh c'est bien," fit-il alors que nous entrions dans le petit espace puis nous restâmes dans un silence un peu inconfortable. Malgré tous les progrès que nous avions fait en nous parlant au téléphone, c'était différent de l'avoir en personne. Edward avait raison. Nous avions besoin de nous parler. Je ne savais tout simplement pas comment commencer.

Nous allâmes jusqu'à sa chambre sans que l'un de nous deux eut le courage d'ouvrir la bouche puis nous commençâmes en même temps, nous balançant l'un contre l'autre et nous interrompant pour que l'autre commence en premier.

"Bel…"

"Pa…" fîmes-nous en même temps, riant un peu nerveusement et nous arrêtant net, chacun faisant signe à l'autre de commencer. Il était plus têtu alors je cédai. "Euh… ça te dérange si je rentre une seconde ?" demandai-je, pas vraiment à l'aise de parler dans le couloir.

Il hocha la tête, ouvrit la porte, me faisant signe de passer devant lui alors qu'il allumait les lumières.

Une fois à l'intérieur il nous fallut une minute de plus pour reprendre la conversation. Cette fois ce fut Charlie qui prit l'initiative.

"Eh bien c'était vraiment quelque chose là-bas aujourd'hui. Ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu patiner en direct."

"Je suis contente que tu sois venu papa. Je sais que je t'ai dit que ce n'était pas grave si tu ne venais pas mais euh… ça compte beaucoup pour moi que tu sois là."

"Oui eh bien pour moi aussi. Je voulais être ici Bells mais les choses se sont gâtées au travail et ensuite tu as dit que ça irait si je venais en janvier alors j'ai laissé tomber. J'aurai dû faire plus d'efforts pour que ça fonctionne au lieu d'attendre qu'Edward se pointe à ma porte et me tire par les oreilles."

"Qu'est-ce qu'il a dit ?" demandai-je, débordant de curiosité.

"Certaines choses que j'avais besoin d'entendre," soupira-t-il. Lorsqu'il n'ajouta rien je décidai de ne pas insister, peu importe ce que je voulais savoir. Je ne pouvais pas le laisser comme ça cependant.

"Comment l'as-tu… ? Euh, est-ce que vous vous entendez bien ?"

"Bien sûr," il haussa les épaules avec désinvolture. J'essayai de ne pas gémir tellement il était peu coopératif pour satisfaire ma curiosité.

"Et toi tu as été gentil avec lui ? Pas que je pense que tu ne l'as pas été…" divaguai-je rapidement. "Je veux dire il était nerveux à l'idée de te rencontrer, je pense. Je veux dire il ne m'en a rien dit mais c'est juste …"

"Tranquillise-toi, je le pense vraiment. Nous nous entendons très bien. Après avoir appris à le connaitre un peu… eh bien, c'est un homme bon. Et il t'aime vraiment c'est évident."

"C'est vrai," acquiesçai-je, en lui faisant un sourire rassurant. "Je l'aime aussi."

"Bien, euh je sais que ce n'est probablement pas mon rôle et que ça ne fait pas beaucoup de différence mais je… euh bien… je l'aime bien… si ça compte."

"Ça compte. Il n'était pas le seul à être nerveux," avouai-je. "Nous avons rencontré Jacob Black à plusieurs reprises. Il a dit certaines choses qui donnaient l'impression que tu n'approuvais pas vraiment. Jake est un étranger pour moi donc je m'en foutais mais il donnait l'impression que vous étiez proches et bien Edward et Jacob ne s'entendent pas très bien."

"C'est un euphémisme," gloussa Charlie. "Edward et moi en avons discuté dans l'avion. J'ai vu le dernier match aussi quand ils se sont battus. Je le lui ai dit mais tu devrais l'entendre aussi."

Il fit une pause et souffla. Il s'assit au coin du lit et croisa les mains pendant que je m'asseyais dans le fauteuil face à lui. "Jake est complètement fou en ce moment. Il laisse l'attention et la célébrité lui monter à la tête. Il a toujours été un peu fauteur de troubles, trop audacieux et trop têtu pour son bien. Et aller à Chicago n'a fait qu'empirer la situation. Billy est plutôt déchiré à ce sujet alors j'essaie de garder un œil sur lui et de vérifier de temps en temps. Peu importe ce qu'il se passe entre Jake et moi ça ne concerne en rien ce que je pense d'Edward. J'aime à croire que je suis bon à juger le caractère des gens et que j'ai assez de bon sens pour me faire ma propre idée. Edward ? Il a bon caractère. Il semblerait qu'il ait la tête sur les épaules et les pieds bien posés sur le sol. Il pense que tu détiens les étoiles et la lune. En tant que père même si j'ai été très absent, je ne pouvais espérer mieux que lui pour toi."

"Papa…" soupirai-je. "Je souhaite vraiment que tu arrêtes de parler comme ça. Le passé est derrière nous. Nous ne pouvons pas le changer… mais je ne pense pas que ce soit très bien pour nous deux de nous attarder sur nos erreurs. Peut-être que nous n'avons pas été présents l'un pour l'autre par le passé mais maintenant nous le sommes. Et… je suis très heureuse que tu sois là maintenant et d'avoir la chance d'en apprendre plus sur toi et que toi tu puisses en apprendre plus sur moi."

"Ça me rappelle. J'ai… euh… j'ai amené quelque chose," marmonna-t-il et il alla à son sac, fouillant dedans pendant une minute jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait. Il revint vers moi et avec un regard hésitant, il me tendit un grand album. La reliure était usée et des petits papiers collés dépassaient de tous les côtés. La couverture était gondolée et quand je l'ouvris je découvris des pages remplies de photographies et d'articles, soit scotchés, pliés ou collés, tellement que ça débordait de l'album.

"Papa," haletai-je, en regardant ce qu'il y avait à l'intérieur. Il était derrière moi, regardant par-dessus mon épaule alors que je tournai délicatement les pages par les coins, en prenant soin de ne pas abimer les papiers usés et vieillis. Chacun d'eux parlait de moi, qu'il s'agisse d'une photo ou d'une histoire. La plupart était des articles soigneusement découpés dans les journaux et des magazines. Certains des plus récents semblaient provenir d'internet. Mais mêlés à tous ceux-ci il semblait y en avoir qui n'étaient pas des archives publiques – des photos de moi enfant avec lui ou avec Renée ou juste moi. Je ravalai mes larmes et repérai les visages usés sur une photo de nous trois réunis à l'étang gelé derrière notre maison prise quand j'avais environ quatre ans.

"C'était pour quoi tout ça ?" lui demandai-je, ne le regardant avec un sourire larmoyant.

"Je veux juste que tu saches que je t'ai toujours suivie même si cela ne semblait pas être le cas. Je pensais vraiment que tu allais avoir une meilleure vie avec ta mère," il s'arrêta et sa moustache bougea, quelque chose que je reconnaissais comme était un signe qu'il essayait de rester calme. "Mais je… tu m'as manqué comme l'enfer."

Mon menton trembla alors que je combattais mes propres émotions avant de pencher la tête sur le côté et de la poser contre lui. Sa main n'hésita qu'un instant avant de se poser sur ma tête et de me frotter affectueusement les cheveux.

"Tu m'as manqué aussi, papa," murmurai-je.

Après une minute je recommençai à feuilleter les pages. Charlie s'installa à côté de moi près de la petite table et nous parcourûmes l'album ensemble discutant au fil des pages, revivant des souvenirs, partageant des histoires et des anecdotes au fur et à mesure.

En arrivant à la fin je trouvai une photo plus jaunie que les autres. Je la dépliai et c'était une photo de ma mère que je n'avais jamais vue avant. Elle paraissait si jeune et si heureuse. Très belle. Elle était sur la glace avec une robe de patineuse rouge au milieu d'une spirale impressionnante.

"Quand a-t-elle été prise ?" demandai-je, en défroissant la photo et l'étudiant.

"A peu près à l'époque où je l'ai rencontrée. Je suis allé la voir se produire à un petit spectacle local peu après que nous ayons commencé à nous voir. Je savais qu'elle aimait patiner, c'est l'une des premières choses dont elle m'a parlé quand je l'ai rencontrée. Mais ce n'est que lorsque je l'ai vue dehors que je me suis rendu compte à quel point c'était vraiment important pour elle. Elle était vraiment très bonne en fait. Elle aurait pu se faire un nom si elle en avait eu les moyens. Elle était tellement contente sur la glace. Elle était… bien, enchanteresse. Je suis tombé amoureux d'elle."

Ses yeux restaient fixés sur la photo et sa voix était basse et calme alors qu'il se souvenait, semblant se perdre dans ses pensées même s'il les partageait avec moi.

"Elle avait beaucoup de grands rêves, elle voulait quitter sa ville natale et voir le monde, être quelqu'un. Ensuite, eh bien, la vie se passe, je suppose. Parfois les gens changent et ce n'est pas toujours pour le mieux," ses lèvres se soulevèrent sans humour et il me regarda.

"Quand nous t'avons eu, elle a pensé que toute chance de patiner qu'elle aurait pu avoir était passée. J'ai essayé de l'encourager à recommencer, que le simple fait d'avoir un bébé ne signifiait pas qu'elle devait renoncer à ses rêves, qu'elle pouvait toujours patiner. Bien sûr peut-être qu'elle ne deviendrait pas célèbre ou quoi que ce soit mais elle n'avait pas à tout abandonner. Elle ne voulait rien entendre, le simple fait de patiner ne suffisait pas à la satisfaire, notre vie ensemble ne lui suffisait pas.

"Il m'a fallu beaucoup de temps pour admettre que je n'aurais rien pu faire pour changer les choses. Je euh… j'espère que tu le réalises aussi. Ce n'est pas de ta faute si elle est comme elle est et tu n'aurais rien pu y faire non plus."

J'opinai et regardai la photo à nouveau pensant combien c'était triste que la fille heureuse de la photo se soit laissé transformer en femme amère qui n'était jamais satisfaite.

"Et de te voir patiner là ? Et bien ça m'a rappelé beaucoup comment elle était au début, quand je suis tombé amoureux d'elle. Particulièrement aujourd'hui avec cette musique. Elle patinait dessus tu le savais ?"

"Quoi ? Non, je ne savais pas. Je me souviens que tu mettais souvent cette musique quand j'étais petite."

"Oui c'est sur ça qu'elle patinait quand je l'ai rencontrée. Ça la rendait folle quand je la mettais. Ça lui rappelait ce qu'elle avait perdu. Je suppose que c'était ma façon d'essayer de retenir la fille dont j'étais tombé amoureux," finit-il, perdu dans ses souvenirs pendant un moment avant de me sourire. "C'est bien que tu t'en serves. Entendre ce morceau ? Te voir là-bas en train de faire ce que tu aimes ? Tu m'impressionnes beaucoup Bells. Je suis vraiment fier de toi."

Je passai mes bras autour de ses épaules et enfouis mon visage contre son cou, respirant l'odeur des feuilles persistantes et le tabac, cette même odeur qui me rappelait mon enfance. "Merci papa."

Au bout d'une minute, nous nous éloignâmes, moins gracieusement. "Ouais, euh... si tu veux... Je ne veux pas..." bégaya-t-il, en montrant l'album du doigt.

"Non," dis-je doucement, en fermant l'album et en le lui remettant. "Merci de l'avoir partagé avec moi mais euh… je pense que tu devrais le garder. C'est bon de savoir que tu as au moins un petit quelque chose pour te rappeler de moi."

Il me sourit avec amour et me tapota sur la joue. "Je n'ai pas besoin d'un album pour ça, chérie."

Après avoir dit bonne nuit à Charlie, j'allai retrouver Edward dans la chambre de ses parents. Nous passâmes quelques minutes à bavarder avant que je perde patience. Je voulais juste être seule avec Edward. Je lui chuchotai qu'il prenne ses affaires pour qu'on puisse retourner dans ma chambre avant d'élever la voix pour dire bonne nuit à Esmée et Carlisle.

Edward protesta avec tiédeur pendant le court trajet jusqu'à ma porte, en insistant qu'il pouvait rester chez ses parents ou avoir sa propre chambre.

Quand nous entrâmes et qu'il radotait encore, je cessai d'essayer de discuter et je glissai lentement mes mains sur sa poitrine pour les reposer sur ses épaules, lui coupant la parole avec un baiser enthousiaste. Il me le rendit tout aussi minutieusement. Mais j'aurais dû savoir que je ne pouvais pas réussir à le détourner aussi facilement.

"Honnêtement, je ne m'attendais pas à rester avec toi ce soir. Je sais que tu as besoin de te reposer et que tu dois te concentrer," dit-il, en serrant mes poignets avec ses doigts, en levant une main puis l'autre vers ses lèvres. "Je ne veux pas m'immiscer dans ton espace."

"Peut-être que je veux que tu empiètes sur mon espace," chuchotai-je, me tenant sur la pointe des pieds pour faire pleuvoir de doux baisers le long de sa mâchoire.

"Je croyais que tu avais dit que j'étais distrayant."

"Tu l'es. Beaucoup," murmurai-je, en accentuant mes paroles de petits baisers bouche ouverte le long de son cou.

"Mais je commence à réaliser que parfois une distraction peut être une très bonne chose et exactement ce dont j'ai...besoin. Distrais-moi, Edward. S'il te plaît ?"

Il nous fit avancer, m'abaissant doucement jusqu'au lit. En touchant le matelas, j'aperçus du coin de l'œil une distraction gênante. Avec ses lèvres à seulement un souffle, je bougeai la tête juste hors de sa portée.

"Qu'est-ce que c'est ?"

Je me tournai vers la tête vers la table de chevet où les cinq figurines étaient alignées, les yeux ouverts et regardant chacun de nos mouvements. "D'abord, je vais avoir besoin que tu ranges ça dans un tiroir ou quelque chose. On n'a pas besoin d'un public pour ce que j'ai en tête pour toi."

"Vraiment ?" Il rit et ouvrit le tiroir de la table de chevet, cachant les poupées avant de se retourner avec un sourire espiègle. "Je ne sais pas, baby, j'ai toujours été plus performant face à une foule en délire…"

"Quand on rentrera à la maison, je te trouverai un enregistrement d'une bande de fans hurlants et on pourra satisfaire ton penchant pour le voyeurisme," murmurai-je, en accrochant mes doigts dans ses passants de ceinture pour le tirer plus près.

"Vraiment ?" s'exclama-t-il, avec un sourire étourdi avant de me saisir les hanches, pour me hisser de nouveau au centre du lit et sauter après moi avec empressement. Il m'entraîna dans un baiser enflammé, ses mains déjà tirant sur mes vêtements pendant qu'il marmonnait contre mes lèvres. "Hmmm, Bella, tu vas être la meilleure colocataire de tous les temps."

Le lendemain, je me sentais complètement différente. C'était peut-être la même compétition mais je voulais l'aborder d'une toute nouvelle façon.

Edward avait fait un travail extraordinaire pour me distraire hier soir et je n'avais pas eu beaucoup de temps pour penser à la compétition avant de sombrer dans ses bras.

Ce matin-là, Edward, Charlie, Esmée et Carlisle se joignirent tous à moi pour le petit-déjeuner avant de se diriger vers la patinoire pour la répétition du libre. La conversation me permit de rester calme et je découvris que je pouvais parler de la compétition sans être nerveuse. A la patinoire je trouvai leur présence réconfortante plutôt que stressante, comme je l'avais initialement pensé. Peut-être que ça apportait vraiment quelque chose d'avoir quelques supporters inébranlables dans son coin. Ils voulaient me voir bien faire mais ils ne seraient pas déçus si je chutais. Même si je voulais les rendre fiers de moi, je savais que mon classement final n'affecterait pas leurs sentiments. Ils l'étaient déjà.

Je n'étais pas sûre si c'était la présence d'Edward ou le fait que je me sentais plus à l'aise avec mon programme long ou quelque chose d'autre mais je me sentais être une toute nouvelle patineuse. Peut-être que j'avais juste épuisé tous mes nerfs la journée avant.

Ma séance d'entraînement se déroula bien et je quittai la glace en me sentant bien. Je me sentais préparée, en contrôle.

Après le retour à l'hôtel, la journée se déroula aussi rapidement que la précédente. Mais pour des raisons complètement différentes. Après le déjeuner, je fis une sieste à côté d'Edward qui jouait avec mes cheveux tout en regardant la chaine sportive. Il resta avec moi pendant que je me préparais, me volant quelques baisers avant que je mette mon rouge à lèvres.

Bien que j'aie besoin d'être à la patinoire beaucoup plus tôt que tous les autres, ils m'accompagnèrent jusqu'au contrôle de sécurité et me souhaitèrent bonne chance. Edward me serra fort, en faisant attention de ne pas abîmer mon chignon plein de laque en me disant "Bonne chance, ma belle. " Je lui tournai ma joue pour qu'il l'embrasse car je ne voulais pas lui mettre du rouge à lèvres partout mais apparemment ça ne l'inquiétait pas. Il me fit pratiquement décoller du sol en m'embrassant avec tant de passion que ça me laissa toute étourdie. Je ris quand on se sépara en voyant ses lèvres couvertes de gloss couleur prune.

"Je ne pense pas que ce soit ta couleur, Cullen," dis-je, en passant mon pouce sur sa lèvre inférieure.

Il sourit et s'essuya le visage avec la manchette de sa chemise. "Ça en valait la peine."

Dans les coulisses, je retrouvai mon rythme. Je cherchai un coin tranquille pour m'étirer et m'échauffer pendant que Marcus me tenait compagnie. A mi-chemin de mon échauffement, j'entendis mon téléphone sonner dans mon sac. Je jetai un regard interrogateur à Marcus. C'était un grand partisan d'éteindre le portable à la porte du vestiaire. Il haussa les épaules et me sourit, m'encourageant à regarder. En prenant le portable, je vis un texto d'Edward.

Qu'est-ce que tu fais ?

Je regardai Marcus de nouveau, me demandant si je devais répondre ou simplement le ranger. Marcus leva les yeux vers moi et s'éloigna du mur et commença à partir. " Continue juste à faire les étirements."

Je souris et passai le reste de mon échauffement à envoyer et recevoir des textos avec Edward. Rien en particulier, juste des bêtises.

Je fis un jogging rapide dans les couloirs pour faire circuler mon sang, en écoutant sa musique et en continuant d'envoyer des SMS. Quand le moment vint de m'habiller, je me sentis exaltée et rafraîchie, prête à conquérir le monde. Je lui dis que je devais y aller et il m'appela tout de suite.

"J'ai hâte de te voir dehors, Bella. Fais-moi un bisou, d'accord ?"

"Je le ferai. On se voit après ?"

"J'attendrai," promit-il.

Lorsque mon groupe prit la glace pour s'échauffer, j'entendis les quatre membres du groupe m'encourager dans les gradins. Je ris et leur fis signe de la main, bien que mes joues rougissent d'embarras.

Je décidai de réchauffer ma combinaison triple flip-triple boucle piquée et peut-être instiller un peu de peur chez mes concurrentes. Je réussis les deux sauts à la perfection et fus acclamée par la foule.

C'est bon, c'est bon. La Swan est encore là. Je souris à l'une des filles qui m'avait coincé dans le vestiaire Elle n'avait plus l'air si arrogante.

J'étais troisième cette fois alors je fermai mon sweat-shirt pour me réchauffer et allai dans les coulisses attendre que Marcus vienne me chercher. Je ne regardais personne. N'écoutais rien. C'était beaucoup plus facile d'éloigner les distractions. Aucun d'entre eux n'existait. Dans mon esprit, il n'y avait pas d'autres patineurs, pas de juges, pas de caméras ou de journalistes. Il n'y avait que moi et la glace. Avant même d'entendre mon nom, je savais que ça allait être une bonne soirée.

Cette fois, lorsque je pris ma position d'ouverture, j'étais calme et recueillie. Quand la musique commença - la musique d'Edward, je me perdis dans les notes, dans la vision de lui jouant pour moi, le regard dans ses yeux la première nuit où il m'a dit qu'il m'aimait. Je bloquais tout, même les pas et la technique et je me laissais aller. Ce n'était toujours pas un patinage parfait - pas assez de hauteur sur mon Lutz et je dus faire un double au lieu d'un triple et je pris un peu de repos dans ma séquence de jeu de jambes.

Je fis quelques faux pas mais dans l'ensemble, je terminai mon programme en me sentant satisfaite de ma prestation.

Deux patineurs après moi dans le programme court la veille avaient aussi fait de bonnes performances, m'envoyant en cinquième position pour le libre. En fin de soirée, je terminai quatrième.

Je vis la cérémonie de victoire avec trois autres filles monter sur le podium et je n'eus pas ne serait-ce qu'un soupçon de déception.

Peut-être qu'une partie de la philosophie d'Edward avait commencé à déteindre sur moi, parce que j'étais optimiste. Peut-être que cette compétition n'avait pas été ma meilleure mais j'avais fait ce que j'avais prévu de faire. J'étais venue, j'avais patiné et j'avais fait de mon mieux. J'avais prouvé que j'avais encore le courage de concourir et il y avait encore une autre chance de montrer que j'avais encore envie de gagner.

Après le petit-déjeuner le lendemain matin, nous montâmes dans un taxi pour l'aéroport avec Charlie, Edward et sa famille pour prendre nos vols de retour respectifs. Mon père partit le premier avec des promesses de garder le contact.

Ça me fit sourire de voir mon père si à l'aise de serrer la main et de partager des rires avec le père d'Edward. Ça me surprenait de voir à quel point ils se ressemblaient, bien que ça n'aurait vraiment pas dû. C'était deux hommes assez formidables. J'aurais déjà eu de la chance de n'en avoir qu'un mais là j'étais bénie de les avoir tous les deux.

Alors que Carlisle et lui étaient comme des larrons en foire, Charlie avait encore l'air un peu débordé quand Esmée le serra dans ses bras et l'embrassa sur la joue. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Il m'avait fallu un moment pour m'habituer aux Cullen et à leur nature ouvertement accueillante.

Bien que nous ayons continué à demeurer un peu embarrassés, Charlie et moi réussîmes à partager une accolade et à dire nos au revoir avant que l'hôtesse de l'embarquement n'annonce l'embarquement de son vol. Il attrapa son sac et le jeta par-dessus son épaule, sa moustache un peu bizarre comme s'il hésitait sur quelque chose. Alors il s'approcha de moi et me reprit dans ses bras, beaucoup plus sûr que pour la première.

"Je te verrai à Spokane, Bells. Je te le promets," chuchota-t-il dans mes cheveux. Je le serrai tout aussi fort et hochai la tête. "Je t'aime, ma chérie", dit-il en me serrant encore une fois la main avant de me relâcher, en essayant furtivement d'enlever les traces d'humidité de ses yeux.

Je ne réussis pas aussi bien à masquer les larmes qui coulaient dans mes yeux, en me mettant sur la pointe des pieds et embrasser sa joue en chuchotant : "Je t'aime aussi, papa."

Il s'éclaircit la gorge, sa moustache se tortilla, il renifla et se tourna vers Edward à mes côtés, la main tendue.

"Charlie," dit Edward, en le prenant et en le serrant fermement. "Je te raccompagne jusqu'à la porte si c'est d'accord."

Il hocha la tête et leva la main pour un dernier adieu à nous trois pendant qu'ils se dirigeaient vers la file, s'arrêtant juste sur le côté et partageant quelques mots. Mon front se plissa un peu par curiosité et je me demandais de quoi ils pouvaient parler. Carlisle et Esmée m'entraînèrent dans une conversation, bien que je garde un œil sur les deux hommes qui parlaient encore.

Leur conversation sembla durer une éternité pour deux personnes qui venaient de se rencontrer. Je fus stupéfaite de voir qu'ils partageaient une étreinte virile, avant de se séparer. Charlie me lança un autre un regard et un sourire alors qu'il faisait la queue et donnait son billet, tandis qu'Edward revenait en courant pour qu'on puisse filer jusqu'à notre propre porte d'embarquement.

"De quoi s'agissait-il ?" demandai-je, en prenant nos sacs à dos et en marchant dans le couloir.

"Oh, moi et le chef ? On est meilleurs amis maintenant, tu ne savais pas ?"

" Meilleurs amis ? Vraiment ?" me moquai-je.

"Que puis-je dire, Swan ? Je suis un type adorable..."

"Tu l'es vraiment," soupirai-je et je passai mon bras sous le sien quand nous arrivâmes à notre porte et nous mîmes derrière Esmée et Carlisle.

"Tu sais quoi ?" dit Edward quelques minutes après l'embarquement et l'installation à bord.

"Quoi ?"

"Nous sommes tant de fois allés à l'aéroport… eh bien c'est le premier vol que nous prenons ensemble."

Je lui souris et je me penchai sur l'accoudoir pour embrasser ses lèvres. Je posai ma tête sur la courbe de son l'épaule et regardai par le hublot pendant que nous roulions sur la piste, pensant à quel point c'était agréable, pour une fois, non seulement de rentrer chez lui mais aussi avec lui.

Chez nous.

* Miracle : film de 2004. Comment aux J. O. d'hiver de 1980 à Lake Placid, l'équipe de hockey américaine a remporté la médaille d'or face aux invincibles soviétiques


Résumé de ce chapitre (25 000 / 36 pages)

Le voyage d'Edward et la pneumonie de Bella

Regarder Miracle et parler d'emménager ensemble

Première compétition pour Bella qui se sent plutôt nerveuse.

Le programme court hésitant, Edward vient à la rescousse... avec Charlie !

Le programme long se passe bien mieux

Et retour à la maison

Malgré ses peurs et ses doutes Bella a pu reprendre la compétition.

:-)

Les deux chapitres suivants sont les plus longs de la fic