Bonjour,
Merci beaucoup pour vos reviews sur le dernier chapitre !
J'espère que la suite vous plaira.
Bonne lecture,
Perhentian
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Chapitre 38 – Décembre 1996
Lorsque Lord Voldemort transplana dans son bureau du château de Serpentard sa rage faillit enflammer tous les meubles autour de lui. Il se soigna d'un mouvement brusque de baguette, avant d'analyser à toute vitesse la situation. Dumbledore n'était pas stupide, il avait surement prévu quelque chose pour empêcher – au moins temporairement – son sang de disparaitre, et le vieux fou allait tout faire pour faire effectuer le test d'identification au plus vite, et avec le plus de témoins possible.
Il y avait l'option de tenter de récupérer son sang avant que Dumbledore ne puisse agir bien sûr. Mais celui-ci était surement déjà au Ministère de la Magie, et Voldemort ne pouvait espérer réussir à discrètement berner à la fois Dumbledore et le ministère. Avec l'aide du quatuor, peut-être… mais les développements récents ne jouaient pas en faveur du quatuor. Peut-être même que le quatuor était à l'origine de la barrière de verre lui ayant fait perdre son sang.
D'un geste, Voldemort fit transiter ses souvenirs dans la pensine juste devant lui. Il avait besoin de savoir. De savoir qui était responsable de ce subterfuge. Si c'était Dumbledore…Il devait admettre qu'il se sentirait surement impressionné. Furieux, mais impressionné. Mais si c'était le quatuor… Si c'était le quatuor qui l'avait ainsi trahi, il n'allait pas laisser passer cela. Ce serait la fin de cette entente. La fin d'une quelconque collaboration possible entre eux.
Les murs du château de Serpentard tremblèrent violement. Voldemort ferma même les yeux un instant, se forçant à se calmer pour ne pas immédiatement aller irrémédiablement détruire le Ministère de la Magie et prendre le pouvoir de force, sans aucune considération pour les victimes collatérales.
Puis, il plongea dans le souvenir.
– Que viens-tu faire ici Albus ? s'entendit-il demander. Tu penses peut-être que j'ai laissé trainer quelque chose par ici ?
Voldemort contourna le Voldemort du souvenir et toute son attention se concentra sur Albus Dumbledore. Sur ce vieux fou qui s'était déjà trop de fois mis sur son chemin. Il revit leur discussion initiale – ainsi que sa propre arrogance de mentionner à haute voix les Horcruxes –, et l'arrivée du quatuor.
Ce n'est que vers la fin qu'il eut enfin la réponse à sa question. C'était bien Dumbledore qui avait réussi à l'avoir. Visiblement, cela faisait trop longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé confronté au vieux fou, pour avoir fait l'erreur de le sous-estimer ainsi. C'était au moment où il avait tenté d'accuser le quatuor d'avoir révélé son secret sur les Horcruxes à Dumbledore, que ce dernier en avait profité pour rajouter discrètement le charme d'activation dans ses barrières.
Hermione l'avait vu visiblement, mais son froncement de sourcil prouvait qu'elle n'avait pas compris ce que Dumbledore faisait. Pas à ce moment-là du moins, parce qu'il se doutait que après l'avoir vu se faire piéger le quatuor ait réussi à s'enfuir sans stupidement laisser de traces.
Toujours dans le souvenir, Voldemort se rapprocha de Dumbledore, observant de plus près son ennemi. Il voulait savoir s'il avait mêlé encore autre chose à ses charmes. Et là, juste là, il y avait effectivement un discret mouvement de baguette. Étant maintenant à moins d'un mètre de Dumbledore, Voldemort fit rejouer la séquence, ses yeux rivés sur la baguette de son ancien professeur de métamorphose.
Il ne sut pas ce qu'il remarqua en premier, et des sentiments contradictoires se mélangèrent un instant en lui. Parce qu'avec le dernier charme de Dumbledore, un charme visant à préserver aussi longtemps que possible son sang – une trentaine de minutes selon les estimations de Voldemort –, le ministère allait forcement savoir. Tout cela parce qu'il avait été suffisamment arrogant pour magiquement changer son nom officiel pour celui de Lord Voldemort, et que c'était donc celui-ci qui apparaitrait sur les tests.
Mais Voldemort avait aussi reconnu la baguette de Dumbledore. C'était la même que celle qu'il avait vue dans les souvenirs de Gregorovitch. La baguette de sureau. La baguette de la Mort. Il savait maintenant où était l'une des trois reliques. Et il savait aussi qui était la personne qui avait volé la baguette à Gregorovitch. Gellert Grindelwald.
Voldemort ressortit de la pensine. Il était trop tard pour agir maintenant, le ministère devait déjà savoir. Savoir que Lord Voldemort était bel et bien de retour. Il hésita un instant à faire un coup d'éclat quelconque. Tuer les quatre mangemorts qu'il avait laissé le ministère emprisonner. Attaquer le Chemin de Traverse. Ou alors Pré-au-Lard… Ce serait tellement plaisant de laisser libre cours à sa fureur.
Mais Voldemort se retint. L'annonce de son retour aller provoquer du mouvement au ministère, potentiellement la chute de Fudge. Ce qui voulait dire qu'il pourrait peut-être pousser Lucius à sa place. Il allait attendre le lendemain et voir ce qui se passait. Ensuite, il prendrait le pouvoir, d'une façon ou d'une autre.
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Albus Dumbledore s'assit dans son fauteuil du bureau directorial de Poudlard avec une certaine lassitude. Il venait de passer des heures au Ministère de la Magie à Londres, des heures éprouvantes. Il n'avait fallu que quelques instants pour avoir les résultats du test avec l'aide de Rufus, mais tout le reste… tout le reste avait été épuisant. Surtout les discussions avec Cornelius. Mais c'était fait, enfin. Le retour de Voldemort était maintenant connu dans toutes les hautes sphères du ministère, et Albus ne doutait pas que cela ferait la une de tous les journaux demain.
Et maintenant, il ne lui restait plus qu'à repenser à sa rencontre avec Voldemort. Avec Voldemort et l'étrange quatuor qui l'avait défendu lui, puis avait défendu Voldemort. L'étrange quatuor qui semblait en savoir beaucoup sur Voldemort, y compris sur ses Horcruxes. L'étrange quatuor qu'il n'avait jamais réussi à contacter et qui était une fois de plus parti sans laisser de traces. L'étrange quatuor qui lui semblait familier, sans qu'il ne puisse comprendre pourquoi. L'étrange quatuor qui faisait encore moins de sens pour Albus que le Voldemort qu'il avait rencontré ce soir.
Parce que Tom avait été arrogant, irrespectueux et vibrant de colère, ce qui était fort classique, mais il avait été bien plus maître de lui-même que ce que Albus aurait parié. Maître de lui-même, observateur, et d'une puissance effrayante. Bien plus que ce qu'il avait été à la fin de la première guerre. S'il n'y avait pas eu le quatuor, Albus était presque certain qu'il ne s'en serait pas sorti.
Mais le quatuor avait été là, et ses membres avaient semblés être bien plus à même de distraire Voldemort que ce qu'il avait lui été capable. Non, il n'aurait jamais pu surprendre Tom sans la présence du quatuor. C'était plutôt Tom qui l'avait surpris, notamment avec ce charme qu'il avait déclenché lorsqu'il était arrivé sur place, prévenant le seigneur des ténèbres de sa présence.
Une alternative au charme de Melvure avait dit Voldemort, et Dumbledore n'avait aucun doute là-dessus. Ce qui le perturbait, c'était plutôt que cette alternative lui était étrangement familière, et pour cause, elle ressemblait à des recherches qu'il avait lui-même faites sur le charme il y avait des années de cela. Des recherches qu'il n'avait jamais partagées... Mais au moins il avait maintenant un petit avantage. Il savait parfaitement comment ne pas déclencher ces barrières si besoin, il lui faudrait juste être encore plus prudent la prochaine fois.
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Harry se réveilla en sursaut, tous ses sens en alerte. Immédiatement, sa fidèle baguette en bois de houx se retrouva dans sa main et il lança un charme localisant les signes de vie autour de lui. Ses quatre camarades de dortoir étaient dans leur lit et Trevor se trouvait sur la commode de Neville.
– Harry ? demanda une voix inquiète juste à côté de lui.
Et bien sûr Ginny était avec lui. Elle ne dormait pas toujours dans son dortoir, mais après leur interaction avec Voldemort la veille ils avaient tous les deux eu besoin du réconfort que leur apportait la présence de l'autre.
– Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ginny en voyant qu'il ne réagissait pas.
Et soudain une image se superposa au dortoir, l'image du corps de son père tombant sur le sol après avoir été touché par l'Avada Kedavra. Une image si vive que Harry recula de quelques centimètres, se cognant sur la tête de lit.
– Ne bouge pas, Harry souffla à Ginny.
Il s'accroupit sur son propre lit, juste à temps pour qu'une nouvelle image obstrue sa vision. L'image de la mort de sa mère cette fois-ci. Et la satisfaction qui allait avec, puissante, intense, semblant le submerger. C'est à cet instant qu'il comprit ce qui se passait.
– Oh le con, jura-t-il.
Pour la première fois depuis des années, Harry se concentra sur ses barrières d'occlumencie, les renforçant autant que possible.
– Jamais vu quelqu'un d'aussi lent d'esprit Potter, eut-il le temps d'entendre résonner dans son esprit avant de réussir à en expulser Voldemort.
Il serra les points de rage avant de vérifier qu'il était de nouveau maître de son esprit. Puis il ressentit une violente douleur alors que Voldemort essayait visiblement de percer ses nouvelles barrières. Il porta une main à sa tête, alors qu'il tentait de faire signe à Ginny de l'autre que tout allait bien.
– Il est dans ta tête ? demanda Ginny.
Harry répondit quelque chose qui ressembla plus à un grognement qu'à une réponse cohérente, alors qu'il expulsait une fois de plus Voldemort, juste après que celui-ci soit parvenu à lui envoyer une nouvelle image, celle de Peter livrant la localisation de ses parents à Voldemort.
– Harry ? s'inquiéta Ginny.
– C'est bon, ça va mieux, fit finalement Harry. Il est meilleur que la Mort en visions glauques cet enfoiré…
– Voldemort ?
– Qui d'autre ? grommela Harry. Il s'est servi du lien avec l'Horcruxe pour m'envoyer des visions. J'ai pu le bloquer pour le moment, mais il est suffisamment puissant pour réussir à s'introduire en force un instant s'il le souhaite.
– Il a pu espionner tes pensées comme tu l'as fait précédemment avec lui ? demanda Ginny.
– Non, répondit Harry. Mes barrières d'Occlumencie sont suffisamment robustes pour qu'il ne puisse le faire sans que je ne le sache.
Cela sembla détendre légèrement Ginny.
– Ce qui m'inquiète, c'est que rien ne l'empêche de m'envoyer continuellement des visions, fit Harry. Jusqu'à ce que cela me rende fou.
À sa plus grande surprise, cela amena un sourire vindicatif sur le visage de Ginny.
– Et qu'est-ce qui t'empêche de faire pareil ? fit-elle. Je suis sure que Voldemort adorerait absolument se faire bombarder continuellement d'images plus mièvres les unes que les autres. Ou alors tu peux toujours lui envoyer sa propre mort à la figure, celle de notre première vie. Ou alors la façon dont tu as tué son Basilic et son journal. Ah… non, attends, montre lui la cérémonie où tu as eu l'Ordre de Merlin et où Kingsley a fait un discours merveilleux sur comment tu nous avais débarrassé de lui.
Harry embrassa vivement Ginny. Même après avoir passé autant d'années ensemble, elle avait toujours le merveilleux pouvoir de le faire se sentir mieux dans n'importe quelle situation.
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Voldemort jeta un regard méprisant au bâtiment devant lui. La forteresse de Nurmengard. Une prison pour un seul homme, un mage noir responsable de millions de morts. Un mage noir qui avait mis Dumbledore sur la piste de ses Horcruxes. Voldemort ne pouvait laisser passer cela. Et même sans cela, Grindelwald avait possédé la baguette de sureau. Il valait mieux le tuer juste par précaution, l'allégeance des baguettes prenant parfois des chemins très étranges.
Au moment où il allait lancer le sortilège lui permettant de voler jusqu'à la cellule de Grindelwald il fut cependant interrompu par une violente attaque sur ses barrières d'Occlumencie. Et malgré le renforcement immédiat qu'il apporta à ses barrières il ne put empêcher la vision de cet abruti de Harry Potter de pénétrer son esprit.
Devant ses yeux, se superposant à la forteresse de Nurmengard, il vit apparaitre un groupe de jeunes enfants tournant en rond et chantant quelque chose ressemblant suspicieusement à « Promenons-nous, dans les bois, pendant que Voldy n'y est pas… ».
Voldemort laissa échapper un soupir, et se retint au dernier moment de faire un geste aussi plébéien que de se pincer l'arête du nez. Il regrettait déjà d'avoir commencé à se servir du lien. Il avait fait cela pour évacuer la fureur engendrée par les retombées de sa rencontre avec Dumbledore, lorsqu'il avait eu la confirmation que la Gazette du Sorcier allait publier son retour en première page.
Et pour se venger du fait que Potter avait visiblement régulièrement espionné ses pensées, expliquant comment le quatuor avait parfois pu être au courant de certaines choses dont il n'aurait pas dû être au courant. Voldemort avait même déplacé son dernier Horcruxe par précaution, et il s'assurait maintenant d'avoir ses barrières bloquant toute intrusion discrète.
Mais il avait sur le moment oublié que Harry Potter était quelqu'un de particulièrement pénible. Et borné. Cela ne faisait que trois jours depuis qu'il avait envoyé les premières visions, et depuis Potter lui en envoyait autant que lui-même, voire plus. Et les visions de Potter étaient aussi irritantes et irrespectueuses que Potter lui-même. Il se demanda un instant de combien de temps dans le futur datait cette vision, pour que son règne de terreur soit suffisamment loin derrière pour que des enfants chantent ça. Surement pas avant la génération des petits-enfants de Potter…
Et maintenant que Potter venait de lui envoyer une vision, il ne pouvait bien sûr pas lui répondre puisqu'il serait sur ses gardes les prochaines minutes. Voldemort soupira une nouvelle fois, et décida qu'il enverrait une vision à Potter lorsqu'il en aurait fini avec Grindelwald. Celle du cadavre du mage noir ferait d'ailleurs une bonne vision.
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C'était le chaos dans le salon du 12 Square Grimmaurd. D'ailleurs, depuis la preuve du retour de Voldemort deux semaines plus tôt c'était le chaos dans le monde sorcier en général. La presse se déchainait et Fudge avait démissionné au bout de quelques jours à peine. Hermione ne pouvait pas vraiment dire que c'était une grande perte. Mais cela avait amené une bataille au sein du ministère pour savoir qui prendrait la suite de Fudge.
Et forcement, cela créait une certaine tension du côté de l'Ordre du Phénix, et le débat qui devait déjà durer depuis des jours venait de reprendre alors qu'ils venaient juste de revenir de King Cross pour passer les vacances de Noël au Square Grimmaurd. Hermione regrettait presque de ne pas être cette fois-ci au château de Serpentard avec Voldemort, ce qui n'était bien sûr pas possible puisque celui-ci était d'une humeur tellement massacrante qu'il refusait presque entièrement de communiquer.
– Nous ne pouvons pas laisser Malefoy prendre le pouvoir, fit Arthur Weasley. Nous savons tous que c'est la même chose que de laisser Vous-Savez-Qui prendre le pouvoir. Nous devons soutenir Scrimgeour.
– Scrimgeour est aujourd'hui le favori, fit Dumbledore. Cela ne fait pas suffisamment longtemps que Malefoy est président du Magenmagot pour que cela compte vraiment, et son ancienne affiliation avec Voldemort le dessert.
– Vous ne devriez pas parler de cela devant les enfants ! intervint Molly.
Cela faisait d'ailleurs plusieurs minutes qu'elle tentait de faire des signes pour que Harry, Hermione, Ron et Ginny sortent de la pièce, des signes que le quatuor ignorait ostensiblement.
– Votre inquiétude est très appréciée Madame Weasley, fit Harry, mais il n'y a pas vraiment de raisons de cacher ces informations. Nous savons tous parfaitement ce qui se passe au ministère.
– Vous ne devriez pas être impliqués là-dedans, vous devriez vous soucier uniquement de vos études, fit Molly d'une voix triste.
Et Hermione la comprenait bien. Elle avait trouvé son attitude pesante lors de sa première enfance, mais lorsqu'elle avait eu des enfants elle avait compris. Si c'était ses enfants qui se seraient trouvés confrontés à ce que Harry, Ron et elle avaient vécu elle serait devenue folle d'inquiétude. Et elle aurait tout fait pour les protéger.
– Ne nous voilons pas la face, fit-elle cependant. Ce n'est pas parce que nous sommes des enfants que Voldemort va nous épargner. Je suis une sang-de-bourbe, Ron et Ginny sont vos enfants, et Harry… c'est sûr que Voldemort s'intéresse à lui. Nous tenir hors de ces conversations ne nous fera que prendre plus de risques pour obtenir des informations par d'autres moyens. Quant-au ministère, si Scrimgeour prend le poste Voldemort risque d'intensifier ses attaques et de vraiment faire un carnage. Sans compter qu'il va de nouveau tenter de tuer Rufus Scrimgeour, ainsi que Amelia Bones et vous Professeur Dumbledore.
Il y eut des murmures choqués autour d'elle. C'était étrange de voir que parler de la mort était tabou même en temps de guerre. Peut-être parce qu'il n'y en avait en réalité pas eu tant que cela depuis le retour de Voldemort. Mais la situation risquait fortement de dégénérer.
– Vous avez parfaitement raison Mademoiselle Granger, intervint Dumbledore. Voldemort va probablement tenter de s'en prendre à Rufus. Et même si celui-ci est un grand auror, ce n'est qu'une question de temps avant que Voldemort ne parvienne à ses fins.
Il avait l'air fatigué, nota Hermione. Fatigué et un peu désespéré, et elle se doutait de pourquoi. Son dernier affrontement avec Voldemort n'avait pas dû le rendre très optimiste. Sans compter qu'il n'avait dû trouver aucun Horcruxe. Au moins, si Voldemort déclenchait réellement une guerre ouverte, ils pourraient finalement le mettre au courant de tout ce qu'ils savaient.
– Et Rufus va refuser tout net d'avoir une garde rapprochée, commenta Sirius. Il se croit suffisamment fort et brave pour affronter Voldemort si besoin.
– Il ne viendra pas demander de l'aide à l'Ordre du Phénix non plus, grommela Tonks. Il est bon, mais il est orgueilleux.
Cela amena un instant le silence dans le salon, alors que Molly Weasley semblait finalement renoncer à arrêter cette discussion pour aller plutôt préparer à manger pour la foule qui était actuellement rassemblée au Square Grimmaurd – tous les Weasley ainsi que Harry, Hermione, Fleur, Sirius, Remus, Tonks et Dumbledore.
– Même si Scrimgeour passe et qu'il parvint à rester vivant, il aura de grandes difficultés à gouverner, intervint Percy. Lucius Malefoy va bloquer le Magenmagot contre lui. Corban Yaxley va empêcher un quelconque support extérieur. Il aura le support d'Amelia Bones pour la justice, mais c'est tout, et elle va effectivement rapidement devenir une cible.
– Il aura aussi le soutien de Robards non ? fit Tonks. Il va probablement remplacer Scrimgeour à la tête des auror.
– Cela ne comptera pas vraiment, répondit Percy. Robards est honnête et droit, mais il est facilement remplaçable et pas très politique. De plus le directeur du bureau des aurors ne fait habituellement pas partie des réunions décisionnelles du Ministre de la Magie.
– William, Fleur à quoi devons-nous nous attendre du côté des Gobelins ? demanda Dumbledore.
Visiblement la conversation qui avait commencé plutôt par hasard venait de se transformer en réelle réunion de l'Ordre. Il manquait quelques personnes, forcément, mais le cœur du groupe était là.
– Ils ne prendront pas partie, répondit Fleur d'une voix chantante. Pas tant qu'ils n'y sont pas forcés.
– Remus ?
L'attention de tout le monde se tourna vers Remus, et Hermione vit Tonks lui serrer la main dans un geste de support.
– Les loups garous semblent rester sur leur position, fit-il. Si Voldemort leur demande quoi que ce soit, ils se rallieront surement à lui tant que le ministère ne mettra pas en place des lois leur permettant d'avoir des droits égaux aux sorciers.
Et tous savaient qu'il n'y avait aucune chance pour que Scrimgeour s'occupe de ce genre de choses s'il était élu avec la menace d'un Voldemort. Cela sembla laisser Dumbledore pensif, et les différents membres de l'ordre continuèrent à spéculer en petit groupe, alors que le quatuor échangeait un regard inquiet.
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– Que faisons-nous ? demanda Ginny lorsqu'ils furent tous les quatre dans la chambre de Harry.
– Que pouvons-nous faire ? précisa Harry. Voldemort m'a fait clairement comprendre au détour d'un couloir du Magenmagot que si Scrimgeour prenait la place de ministre, il ferait en sorte de le tuer à un moment ou à un autre. Est-ce que tu as essayé de le raisonner Hermione ?
Hermione soupira. Comment pouvaient-ils croire qu'elle avait la moindre influence sur lui ?
– Non, répondit-elle. La dernière fois que j'ai tenté d'en discuter avec lui, il a essayé de me faire parier avec lui sur combien de temps il lui faudrait pour assassiner Scrimgeour, avant de me mettre dehors.
– Mais s'il fait cela, ce sera la fin de notre trêve, et il n'a jamais voulu cela avant ! fit Ginny.
– Sauf que maintenant son retour est public, pointa Ron. Et avec Scrimgeour au pouvoir il y aura une lutte active contre lui et ses mangemorts. Cela fait sens qu'il tente dès le début de s'imposer par la force, peut-être parce qu'il craint que si nous sommes ceux à faire le premier pas, il n'ait pas l'avantage.
Hermione ne pouvait qu'être d'accord avec Ron. L'annonce officielle du retour de Voldemort avait rendu celui-ci nerveux, et d'une humeur massacrante.
– Attendez, fit Ginny. Vous voulez dire que si Scrimgeour passe, Voldemort réagira en le tuant, ce qui va nous pousser à sortir de l'ombre, ce qui va déclencher une guerre sanglante, simplement parce qu'il a peur que nous trahissions sa confiance en premier, alors que ni lui, ni nous ne voulons d'une guerre ouverte ? C'est complètement ridicule !
– C'est ridicule, mais le risque qu'il fasse cela est effectivement élevé, confirma Hermione. Il craint que nous nous allions avec Dumbledore, surtout depuis qu'il a lui-même stupidement confirmé l'existence de ses Horcruxes à Dumbledore, sans pouvoir le tuer ensuite.
Hermione eut un petit reniflement méprisant pour l'arrogance démesurée de Voldemort.
– N'avons-nous aucun moyen de lui assurer que nous n'attaquerons pas s'il ne le fait pas lui-même ? demanda Harry.
– Faire un serment inviolable n'a aucune valeur, puisque nous savons des deux côtés comment le briser, soupira Ron.
– Il n'y a vraiment rien d'autre ? insista Harry. Hermione ?
Hermione se mordit la lèvre alors qu'elle re-parcourait dans sa tête toutes les possibilités.
– Ce n'est pas… Non. Enfin si. Enfin non. Il n'y a rien que nous pouvons utiliser.
– Que nous pouvons utiliser ? releva Harry. Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
– Tous les serments sont caducs puisque le serment inviolable est caduc, répondit Hermione. Et la seule autre possibilité de faire passer ce genre d'assurance est une méthode que nous ne pouvons utiliser. Un rituel de fraternité.
Les grimaces de ses amis furent éloquentes, et Hermione hausse les épaules. Il n'y avait rien de plus définitif qu'un rituel de fraternité, et les clauses qui étaient définies lorsqu'il était formé ne pouvaient être ignorées, ou non suivies. Et le rituel créait un lien entre les participants qui était presque aussi fort que le lien que Harry et Voldemort avaient via l'Horcruxe lorsque la communication était ouverte. Il était impensable de faire quelqu'un chose d'aussi définitif avec Voldemort. Merlin, quasiment personne n'effectuait ce rituel, ni les meilleurs amis, ni les époux, ni des frères de sang, parce qu'il était trop contraignant. Un rituel sans échappatoire.
– Non, effectivement, nous ne pouvons pas utiliser cela, soupira Harry.
– Alors quoi ? Repris Ginny. Que faisons-nous ?
– Pourquoi pas le menacer ? demanda Hermione en repensant à la conversation qu'elle avait eu avec Harry il y avait un mois de cela. Si tu lui dis que tu peux le tuer, cela devrait l'empêcher de tuer Scrimgeour.
Cela sembla faire réfléchir Harry, mais Ron répondit avant lui.
– Il ne vaut mieux pas, fit-il. C'est un atout que nous avons de notre côté, l'un de nos seuls atouts. Il vaut mieux ne pas l'utiliser tant que nous le pouvons. Et comme cet abruti de Harry a fini par avouer qu'il fallait qu'il meurt aussi pour que cela marche, nous ne pouvons tout simplement pas bluffer avec cela.
– Et du coup tu proposes quoi ? demanda Ginny avec humeur.
– Si nous voulons maintenir la paix, nous devons faire en sorte que Scrimgeour ne se fasse pas élire, fit Ron.
– Et nous laissons Malefoy et Voldemort gagner ? s'insurgea Ginny.
Cela fit tomber un silence pesant dans la chambre de Harry. Avant que ce dernier ne soupire.
– Tout est mieux qu'une guerre ouverte, fit-il.
Ginny se laissa tomber sur le lit de Harry.
– Même accepter que Voldemort soit au pouvoir ? fit Ginny avec résignation. Désolée Hermione hein, je sais que tu admires son intelligence, mais il ne mérite pas de diriger le monde sorcier !
– Je te l'accorde, fit Hermione de bonne grâce.
Même si elle devait reconnaitre que s'il le voulait Voldemort pourrait être un dirigeant avisé. Le seul souci était qu'il n'en avait rien à faire du reste des sorciers du moment qu'il avait le pouvoir absolu.
– Nous allons devoir agir, fit Harry. Si nous ne faisons rien, Scrimgeour passera.
– Le problème c'est que nous ne pouvons rien faire, intervint Ron. Nous n'avons aucune influence politique. Il y a la persona de Harry bien sûr, mais Alistair Jones ne sera pas suffisant pour faire pencher la balance.
– Harry peut toujours donner une interview, fit prudemment Hermione. En tant que Harry Potter sa parole aura du poids maintenant que Voldemort est revenu.
Harry fit une grimace.
– Que faisons-nous du coup ? demanda Harry. Je n'ai guère envie de donner une interview, et surement pas pour soutenir Lucius Malefoy, mais je le ferai s'il le faut.
– Laissons-nous quelques jours pour réfléchir, trancha Ron. La décision ne sera pas prise avant une ou deux semaines de plus, et peut-être trouverons-nous une meilleure idée d'ici là.
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Mais tous leurs plans furent rendus inutiles dès le lendemain, lorsque la nouvelle que Albus Dumbledore se présentait comme candidat au poste de Ministre de la Magie se rependit comme une trainée de poudre.
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AN : À la semaine prochaine.
