Chapitre 48

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Le désordre qui règne dans la salle de réunion n'a rien de comparable avec celui de la veille, quand les biens volés n'étaient que de banals objets du quotidien. Pourtant, dès l'instant où vous y entrez, le silence se fait aussitôt. Même Sougo se montre parfaitement attentif. D'une voix très calme, trop calme que tous vos hommes ont appris à craindre, vous demandez à tous de vous dire l'un après l'autre où ce fils de *** est allé fouiner, et s'il a laissé le moindre indice. Vous avez un peu de mal à comprendre ce que vous dit Kondo, en larmes. Apparemment, la photo d'Otae-donno lui est revenue au prix d'une autre relique de sa dulcinée : un mouchoir en tissu, qu'il aurait obtenu après cette histoire impliquant ce cyborg armé d'un sabre-laser, dont la jeune femme aurait été proche. Kondo ayant été légèrement blessé dans l'aventure, elle lui avait donné, dans un élan de reconnaissance pour son aide, ou de faiblesse, ou d'inconscience, ce morceau de tissu pour qu'il puisse éponger son sang. Et si ce n'était qu'un simple mouchoir, le fait qu'il ait été offert de plein gré par son Otae lui donnait infiniment plus de valeur aux yeux de Kondo que n'importe quelle photo prise à son insu.

Malheureusement, il n'a pas plus d'indice que les autres. Tout le monde a retrouvé ses possessions à la même place, en a perdu une autre de forte valeur sentimentale, a trouvé les même messages. Si le voleur qui croupit en ce moment dans vos geôle était une anguille, celui-là était un fantôme : il n'avait laissé absolument aucune trace, nulle part.

Soudain, la porte de la salle s'ouvre à nouveau : sous les regards étonnés de ceux n'ayant pas noté son absence, entre Shimaru, son carnet restitué sous le bras. Les regards d'étonnement se muent bientôt en regards de crainte, et pour cause : vous aviez promis le seppuku pour tout retardataire. À vrai dire, vous êtes surpris vous aussi, Shimaru est toujours parfaitement ponctuel...

- Shimaru, dites-vous d'un ton menaçant, tu as dû entendre que...

Mais à la surprise générale, à commencer par la vôtre, le si timide capitaine de troisième division vous interrompt à sa manière, en brandissant son carnet devant lui, juste sous votre nez. Vous pouvez y lire les mots : « il a laissé ça ».

Vous portez le regard sur son autre main, et voyez qu'il vous tend un DVD. Dessus, un autre mot de la main du malfrat : « au capitaine de la division du silence, responsable de la justice au sein du Shinsengumi ».

- Tu l'as contrôlé pour vérifier qu'il était sûr ? demandez-vous en vous saisissant de l'objet, comprenant la raison de son retard.

Il hocha affirmativement la tête. Le seppuku ne sera pas nécessaire, finalement.

Sans plus attendre, vous allez insérer le DVD dans le lecteur de l'ordinateur de la pièce. Les secondes de chargement précédant le lancement de la vidéo parurent une éternité. Enfin, le lecteur s'afficha sur l'écran.

Bien que vous vous y attendiez, une bouffée de haine vous remonte en travers de la gorge quand la tronche de ce pantin en costume lavande apparaît sur l'écran.

- À nouveau bonjour, messieurs du Shinsengumi, commence-t-il. À l'heure qu'il est, vous avez dû retrouver vos précieuses petites bricoles qui ont soigneusement été remises à leur place. Mais je devine des mines contrites... Vous rendriez-vous compte, à présent, de la vacuité de votre précédente inquiétude ? À quel point il aurait été préférable que je garde ces babioles inutiles ? Réalisez-vous, à présent, qu'est-ce qui avait le plus de valeur pour vous ? Avez-vous compris le véritable Esprit de Noël ?

- Tu va voir ce que je vais lui faire, à l'Esprit de Noël ! hurlez-vous sur l'écran, comme si le type dessus pouvait vous entendre. Dis-nous un peu où tu es, on verra si tu es aussi éloquent sans ta langue !

- Allons, vous êtes fâché, n'est-ce pas ? poursuit-il avec une fausse compassion, ce qui vous enrage encore plus. Inutile de vous mettre dans tous vos états, le rôle de l'Esprit de Noël n'est pas de rendre les hommes malheureux en leur prenant ce qui leur est cher, mais de leur enseigner des leçons, et je suis sûr que vous avez appris la vôtre, maintenant. Je vais donc vous rendre ce qui vous appartient, dans un lieu approprié... Retrouvez-moi au marché de Noël, où chacun sauvera ce qui lui est lui réellement précieux.

Le bandit s'incline, puis la vidéo s'arrête. Tous les regards sont tournés vers vous.

- Toushi, que devrait-on faire ? vous demande Kondo. Il pourrait très bien s'agir d'un piège...

- C'est sûrement un piège, approuva Sougo, mais on n'a pas d'autre indice. Il n'y a pas d'autre option, si ce n'est rester ici et attendre...

- Je suis d'accord, affirmez-vous en vous allumant une cigarette, ce qui vous aide toujours à réfléchir. De plus, le marché de Noël est noir de monde, en ce moment. Si ce type a décidé de nous tendre un piège, ce sont des civils qui risquent d'en faire les frais. Je n'aime pas ça non plus, mais nous n'avons guère le choix.

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Kondo et le reste de vos hommes approuvent silencieusement. Il ne vous reste qu'à aller vous jeter dans la gueule du loup... Et ça se passe au chapitre 69. Et non, il n'y aura pas de blague sur le numéro du chapitre, un peu de sérieux, que diable.