Hello ! On se retrouve un peu plus tôt que prévu pour le chapitre 40 (déjà!) du point de vue de Clarke. Attention, à ne pas lire en public haha !
Point de vue Clarke :
Ça y est, toute l'équipe revient sur le plateau. J'ai le cœur qui bat. La séance photo a été tellement étrange… Et la loge… Je n'ai pas compris l'intérêt qu'a eu Lexa de me dire qu'elle m'aime toujours si c'est pour me traiter de la sorte par la suite. Avec tant de froideur. J'aimerais m'excuser, lui dire que j'avais voulu lui révéler la vérité mais que plus elle me confiait des choses sur elle, plus je tombais sous son charme, moins je pouvais la lui dire. J'aurais dû porter mes couilles *porter tes ovaires, Clarke, tes ovaires, t'es féministe oui ou merde ?!* et lui dire dès le début. A partir de la première seconde où j'avais repoussé la révélation, il avait déjà été trop tard. Lexa m'avait accordé sa confiance et lui avouer que je m'étais faite engager pour coucher avec elle et réaliser mon fantasme l'aurait détruite. A force de regarder des séries je sais pourtant bien qu'il ne faut jamais au grand jamais garder un secret car il finit toujours par ressortir au pire des moments. Mais j'y avais cru et aujourd'hui j'en paie le prix.
Roan et Monty se mettent derrière leur caméra, Jasper déplie sa perche son, Maya réajuste un projecteur, Alie s'assoit derrière le retour vidéo, Sinclair est juste à côté, il est resté sur ordre d'Alie, pour prendre des photos vers la fin du tournage lui a-t-elle dit. Raven se met derrière Roan pour ne pas être visible au début. Lexa et moi nous mettons en face du lit. J'attends avec impatience que tout cela commence. Je sais, j'espère, qu'une fois l'action lancée tout changera.
Nathan se place devant les caméras et attend les signaux pour claper. Il se retire en se raclant la gorge et va rejoindre Alie à côté de laquelle il s'assoie.
— Action, quand vous voulez les filles.
Un silence inouï se fait. Je n'entends même plus les gens respirer. Il n'y a plus que le regard dur de Lexa dans le mien. Elle attend un temps qui me semble infiniment long et s'approche enfin de moi. Comme précédemment, elle me prend dans ses bras. Son étreinte est vide de toute chaleur, et pourtant je sens sa poitrine soulever les mailles de son pull. Sa bouche, par une totale improvisation dont elle est maîtresse, vient embrasser mon cou et le lobe de mon oreille.
— Si tu ne t'excuses pas, je n'y arriverais pas…
Sa voix chuchotée dans le creux de mon oreille me glace les sangs, le bout de mes pieds brûlent et mes poumons se bloquent. *Tu n'arriveras pas à quoi ?* Elle se détache et me regarde bien en face. Comme je ne sais absolument pas comment réagir, je me jette sur sa bouche. Le contact est étrange et encore peu emprunt de douceur, mais Lexa se prend au jeu. Je fais durer l'échange pour me laisser le temps de réfléchir.
Je quitte ses lèvres et rejoins à mon tour son oreille :
— Je ne voulais pas te faire souffrir…
Sans que je ne comprenne pourquoi, un couinement semblable à un de ses gémissements s'échappe d'entre ses dents. Encore une fois nous nous détachons pour nous regarder. Ses yeux, comme les miens un peu plus tôt, s'humidifient. Du coin de l'œil je vois Raven. Nous ne sommes pas seules, il faut que nous retrouvions la pose qui permet à notre invitée de venir nous interrompre. Je reviens vers elle pour la serrer contre moi. Je la presse contre mon buste pour tenter de lui transmettre mes sentiments. Raven se fait entendre et lance un « désolée » peu audible qui nous indique de nous détacher. Comme prévu je joue l'étonnement en passant mon regard de l'une à l'autre. J'aperçois Roan avoir un sourire en coin. Lexa secoue la tête malicieuse et s'approche de Raven. Elle pose ses deux mains sur les épaules de la brune et l'amène vers moi comme pour me l'offrir. Tout se fait en silence. Apparemment moins il y a de dialogues plus cela plaît à Alie.
Lexa place Raven entre nous deux. La pauvre paraît d'abord surprise puis son visage arbore un air malin. Je suis face à Raven qui plonge ses yeux dans mon âme. *Est-elle au courant du poster que j'ai de Lexa ?*. Je passe mes mains sur les flancs de Raven pendant que Lexa lui suce la peau au niveau de la clavicule. Mes mains glissent pour se retrouver sur les hanches de Lexa. Je les agrippe et l'approche de Raven. Je fais pression et nous nous retrouvons collées ensemble. C'est la première fois que j'ai deux femmes avec moi. La sensation est grisante. Petit à petit mon différent avec Lexa s'évapore. Après un instant passé à gâter Raven de caresses et de baisers, Lexa se détache pour venir entre nous deux. C'est le moment du fameux baiser à trois. Sous les photos de Sinclair nous n'avions pas fait grand-chose, obligées de garder la pause. Maintenant est l'instant réel. Je n'ai aucun idée de comment m'y prendre. Mon désir pour Lexa étant bien plus fort que celui pour Raven, je dois essayer de convaincre mon cerveau que j'éprouve un désir égale et brûlant pour mes deux partenaires. L'actrice entre en action. C'est Aphrodite, évidemment, qui est l'instigatrice du baiser. Elle pose sa main gauche sur ma joue, sa main droite sur celle de Raven, je vois Roan s'approcher de nous pour trouver le meilleur angle. Lexa embrasse le coin de ma bouche, le coin de l'autre bouche présente. Raven et moi nous prêtons au jeu et nos six lèvres entrent en contact avec une humidité déjà présente. La manœuvre n'est pas si facile. Il est bien plus aisé de sortir nos langues pour aller chatouiller celle des autres. Je passe un bras derrière le dos de chacune. J'essaie de me glisser sous le pull de Lexa et de tâter les formes de Raven à travers sa robe moulante. Elles m'imitent et commencent à avoir des mains baladeuses.
La chaleur monte assez vite et mon esprit est enfin trompé. J'ai envie de les déshabiller. Puisque qu'après ce sera à Aphrodite de prendre le dessus, je décide de m'amuser tant que j'en ai encore le pouvoir. Je lâche le baiser en triangle pour remettre Raven entre nous deux. Cette fois elle est dos à moi. J'embrasse son cou et je descends sur son épaule en faisant glisser en même temps une manche de sa robe. Lexa suit mon initiative et embrasse l'épaule dénudée. Un moment de complicité commence à se créer. Étape par étape, en couvrant son corps de baiser, nous déshabillons notre invitée qui se laisse faire en gémissant. Lorsqu'elle se retrouve en sous-vêtements, Raven recule pour se coller à moi et me forcer à l'enlacer. Je caresse son ventre nu quand elle agrippe le bas du pull de Lexa pour le lui retirer. Une fois torse nu, Lexa se mord la lèvre en me regardant dans les yeux. Son geste fait renaître la pieuvre de mes entrailles. Je ne peux m'empêcher de penser à notre moment d'amour que nous avions partagé chez moi…
Raven fait volte face pour m'extirper de mes pensées et me retire ma veste. Nous sommes presque à égalité alors, à deux, nous poussons l'intruse sur le lit. Elle rebondit en riant.
Tout en douceur, Alie demande de couper les caméras pour que Roan et Monty se positionnent mieux. Le temps pour nous de nous détendre un peu. Raven se positionne mieux sur le lit. Je n'ai pas le loisir de trop bouger pour éviter de modifier l'aspect de la scène. Je n'ose pas regarder Lexa à mes côtés. Pourtant je sens la chaleur qui émane de son épaule collée contre la mienne. Alie relance l'action me tirant de cette réalité trop compliquée.
A l'unisson nous descendons embrasser le cou de Raven. Pour coller à une pose que Sinclair a capturée, je descends le long du corps de la brune pour embrasser ses abdominaux et son nombril. Cet instant me rappelle mon premier tournage. Raven avait été ma première. Ce jour-là elle m'avait si bien mise à l'aise que j'avais perdu toute notion de stress au moment où elle avait pénétré sa langue dans ma bouche. Je sens Lexa se positionner pour échanger un baiser avec Raven et je m'imagine qu'elle lui transmet ce même antidote d'apaisement. Il ne tarde pas à faire effet car bientôt le corps de Lexa se cambre. Elle a beaucoup de mal à se retenir lorsque le désir la surprend. Tout en embrassant le ventre de notre invitée je passe une main sur les fesses de ma partenaire. Elle répond à ce contact comme à un appel. Aussitôt elle lâche la bouche de Raven pour se retourner et me regarder. Un petit moment de flottement. Je remonte pour venir embrasser Lexa avec passion. L'autre brune disparaît de mon esprit. Je suis concentrée sur le baiser, j'essaie de me convaincre que je suis de retour dans ma chambre, dans ses bras, avant que tout ne vole en éclat.
C'est sans compter sur Raven qui me ramène à la réalité en posant sa main dans le bas de mon dos — en miroir elle le fait sûrement à Lexa. Nous décidons dans un accord muet de la déshabiller entièrement. Je me charge de mettre à nu la poitrine, Aphrodite de libérer le sexe. Nous restons un long moment en sous-vêtements à caresser, croquer et suçoter notre cadeau qui gémit et se tortille dans tous les sens. Lorsque je tente de glisser une main entre ses cuisses, je suis surprise par l'humidité qui y règne. Pourtant elle se cambre beaucoup moins que Lexa. Mais le feu dans ses yeux est très révélateur. Raven ne tient déjà plus. Je me mords la lèvre en sachant que je vais profiter de la situation. Pour la laisser respirer un peu je me jette sur Lexa en lui agrippant les épaules. Nos poitrines enserrées se cognent ne demandant qu'à être libérées. Je réponds à leur appel en dégrafant le soutient-gorge de ma partenaire. A aucun moment je ne lâche sa langue qui s'acharne sur la mienne. Je l'aspire, je joue avec elle. Lexa retire aussi mon soutient-gorge et n'attend plus une seconde de plus pour pincer un de mes tétons. Au même moment Raven glisse un doigt sous le pli entre une fesse et ma cuisse. Intriguées — puisque forcément elle fait subir la même chose à ma moitié — nous nous lâchons à contre cœur pour regarder l'intruse qui se mord la lèvre en tirant sur ma jupe et le short de Lexa. La jupe quitte vite mes cuisses. Pour le short il faut nous mettre à trois. Raven et moi jugeons bon de nous unir pour descendre la culotte restante. Puis les deux se jettent ensuite sur moi pour me mettre à nu.
Dans un mouvement de force, Lexa plaque Raven sur le matelas à côté de moi. C'est enfin l'heure de gloire d'Aphrodite. Elle fait de ces deux corps à sa merci son amusement. Un coup de lange sur mon cou, un baiser sur le sein de Raven, ainsi de suite elle passe d'un vaisseau à l'autre en y prenant visiblement un grand plaisir. Je cherche et trouve les doigts de Raven pour les serrer. J'ai besoin de sa présence rassurante pour ne pas me perdre. Nous échangeons un baiser lorsque Lexa va se réfugier sur nos ventres. Baiser interrompu bientôt par la langue de Lexa qui s'immisce entre nous. Mais pas le temps de rouspéter car chaque main d'Aphrodite vient se plaquer sur un sexe. Un hoquet commun émane de Raven et de moi. Le baiser en triangle reprend sous nos corps qui bougent. Je tente d'attraper un sein de Lexa mais la tâche s'avère difficile. Néanmoins efficace puisque je lui tire un gémissement sourd. Elle me croque la lèvre supérieure dans une petite douleur agréable.
Bien trop vite mon corps commence à trembler. *Non, pas déjà...* Raven sent probablement mon orgasme arriver car elle joint sa main aux doigts de Lexa. Je ne sais comment elles se coordonnent, mais je peux mesurer leur expérience. Lexa me pénètre de son majeur et son annulaire tandis que Raven titille mon clitoris par un fortement de ses doigts en éventail. Je ne sais même plus à laquelle m'accrocher. Le dos de Lexa, la cuisse de Raven. Leurs langues toujours contre mon visage. Je souffle de plus en plus fort, demandant de l'air qui ne semble plus vouloir venir revigorer mon corps s'engourdissant et tombant dans la folie. La jouissance m'attrape par les pieds et se transporte dans mes joues. Je ne sais si j'ai le droit de partir maintenant mais tant pis. C'en est trop. Il gronde dans mon estomac et atteint enfin mon sexe qui se gonfle et surchauffe. Mon gémissement sonore vient mouiller la bouche de Lexa et la joue de Raven. Elles s'acharnent pour le faire durer le plus longtemps possible. Je le tiens comme je peux mais l'orgasme finit par s'en aller, s'échappant par mes cuisses et mes bras, laissant un picotement aux extrémités.
Pour me faire reprendre mes esprits, mes deux déesses me croquent les lobes d'oreilles et caressent encore un peu mon sexe puis mon ventre. Au loin je distingue Alie rivée à son écran. Alors je décide de réunir mes esprits pour revenir de plus belle. Maintenant il est temps de nous occuper du cadeau. Je me redresse vivement en faisant valser les bras de Raven et je pousse Lexa pour qu'elle me fasse de la place. Aphrodite et Vénus, nous nous retrouvons à surplomber la gagnante du sondage. Raven ne tient plus. Ses joues sont cramoisies, ses yeux noirs de jais tant ses pupilles sont dilatées. Elle se mord tantôt la lèvre, tantôt l'intérieur de la bouche. Elle nous appelle du regard. Lexa me regarde en faisant un clin d'œil. Elle n'est plus Lexa. Elle est Aphrodite. Je suis Vénus. De conserve, nous descendons embrasser Raven. D'abord sur les joues, puis nous reprenons la valse des langues. Je décide de reproduire en miroir tout ce qu'Aphrodite compte entreprendre.
Au début, elle vient chercher un sein du bout des doigts, je vais chercher l'autre. Ses dents remplacent ses doigts, je l'imite. Cette dualité siamoise semble plaire à Raven dont le corps se laisse enfin aller à la cambrure. Ensuite, Aphrodite aventure une main sur le ventre, je viens chercher ses doigts sur la peau de Raven. Ils se rencontrent avec passion, eux ne sont pas fâchés, ils se manquent et profitent du terrain de peau inconnue pour se retrouver. Mais ils se séparent pour aller caresser les côtes puis l'intérieur de la cuisse. La bouche d'Aphrodite quitte son sein pour suivre le chemin de nos mains. Mes lèvres obéissent. Un baiser est échangé au niveau du nombril. Des doigts passent dans nos chevelures et semblent nous pousser vers notre cible. Un baiser d'Aphrodite sur le sexe rougit, puis un baiser de Vénus. L'alternance se transforme bien vite en duo. Nos langues se croisent contre le clitoris. Elles sont plus en colère. Elles ont aimé se retrouver un peu plus tôt mais maintenant qu'elles sont devant témoin elles veulent se disputer. Mettant entre elles le petit bout de chaire sensible qui se repaît de nos assauts. Les plats se font sentir sur les grandes lèvres, les bouts sont plus prudents et précis. Les papilles se rencontrent et se détachent, gluantes et fiévreuses.
Le corps qui bouge nous donne du fil à retordre, en quelque sorte il apaise la dispute. Il nous faut nous calmer pour mener à bien la mission. La douceur, toujours un peu emprunte de violence, se met en place pour aller chercher l'orgasme de Raven. Ce n'est pas très compliqué. Et je pense qu'elle ne simule pas. Ses doigts dans nos cheveux se font plus cruels, ils s'agrippent. D'un coup ils lâchent pour rejoindre le draps. Les halètements se changent en gémissements. Pareils à ceux que je lui ai déjà entendu chanter dans des vidéos. Je suis fière et orgueilleuse de ne pas la forcer à simuler. Alie a eu raison, Aphrodite et Vénus sont le Graal.
Ma langue veut s'excuser contre celle de Lexa mais elle ne me laisse pas faire et fuit pour retrouver celle de Raven. Je les rejoints doucement, timide. En retrouvant le trio je me demande s'il nous reste de quoi faire jouir Lexa. La question ne se pose même pas. Elle prend les choses en main en plaçant la cuisse de Raven entre les siennes. Son sexe glisse sur la peau tendue. Je n'ai pas le temps de me demander ce que je peux faire car Aphrodite agrippe mes épaules pour m'amener à elle. Elle m'embrasse avec une passion dévorante qui me brûle l'entre-jambe pourtant calmé. En un rien de temps Aphrodite jouit. Mais je crois qu'elle simule. Soit elle a perdu son étincelle car nous l'avons délaissée trop longtemps, soit elle veut en finir au plus vite pour s'éloigner de moi. Mon cœur se serre à l'idée que ma présence lui devient insupportable.
Elle quitte la cuisse de Raven en soufflant et s'allonge à sa gauche. Je m'allonge à la droite de notre invitée. Ma main vient chercher celle de Raven, je sais que Raven va prendre celle de Lexa. Alie prend son souffle pour parler mais Aphrodite agit une dernière fois avant qu'il ne soit trop tard. Elle se redresse et me regarde :
— Clarke…
Mon corps réagit de lui même et se redresse à son tour. Elle pose sa main sur ma joue et m'approche d'elle. Le baiser n'est plus rempli de désir, il est seulement doux et calme. Un des meilleurs. Après un temps trop court, nous nous lâchons. Raven se redresse, embrasse nos épaules et se met à sourire. Sans comprendre ce qui le déclenche, nous nous mettons à rire à l'unisson. Je sens que c'est un rire de gêne qui s'empare de moi. Cette gêne évacue la douleur de mes pensées et ce rire camoufle la gêne. Celui de Raven sonne comme une joie intense. Et celui de Lexa… Je ne sais pas. Je n'arrive pas à le lire. Bientôt c'est une foule de rires qui se joint aux nôtres. Nous nous retournons pour constater que toute l'équipe partage ce moment avec nous. Rire salvateur, réconciliateur, rire humain.
— Coupez, réussit à prononcer Alie entre deux fou-rires.
L'instant de joie se prolonge pendant quelques minutes. Personne ne semble vouloir sortir de cette bulle dorée qui nous éloigne de ce monde presque hideux de la pornographie. Je me laisse envahir par le rire, il m'enveloppe, me réchauffe et me fait croire un instant au bonheur. Hélas, il commence déjà à se calmer. Les épaules baissent l'intensité de leur agitation, les mâchoires retrouvent leur crispation initiale, les larmes aux coins des yeux sont essuyées. La réalité de ma nudité devant ce public me revient en pleine tête comme un coup de fouet. Je me redresse d'un coup me rendant compte que mon corps est toujours en contact avec celui de Lexa. Sentir sa peau contre la mienne me semble soudain insupportable. Non pas que je veuille m'éloigner d'elle, mais plutôt parce que j'ai peur qu'elle pense à me fuir pour toujours. Et je me sens salie par son regard inquisiteur. Elle a raison, j'ai merdé. Je l'ai trahie, je l'ai blessée. *Il faut que je m'excuse, hein ?* J'ai cru qu'elle ne voudrait pas l'entendre, en réalité c'est mon égo qui a du mal à admettre ses torts. Je désire Lexa depuis bien des années, oui et alors ? Est-ce un crime ? Non. Mais au vu du vécu de Lexa, je n'aurais jamais dû lui cacher quelque chose, et ce peu importe le sujet. Si j'avais eu un père homophobe il aurait fallu que je le mentionne de la même manière, auquel cas elle aurait très bien pu également mal le prendre. Ce n'est pas tant que j'ai un poster dans ma chambre qui lui a fait du mal, c'est le mensonge, la dissimulation. Je le comprends à présent. Je me redresse, donc, en vitesse et sors du lit pour aller attraper mon peignoir que j'enfile avec tout autant de rapidité. Seulement après, je pense à décrocher les deux autres pour les donner à mes partenaires. Mais Nathan, qui en a l'habitude, me devance et va recouvrir les épaules d'abord de Lexa puis de Raven, qui visiblement elle aussi a l'habitude de passer après Aphrodite. Sinclair n'est plus derrière Alie, je ne l'avais pas vu bouger. Il regarde ses derniers clichés sur le retour de son appareil photo. Un léger sourire au coin de sa bouche montre qu'il est satisfait de son travail. Le même sourire se dessine sur les lèvres d'Alie qui regarde, en vue réelle maintenant, Lexa et Raven se faire chouchouter par Nathan. On sens que l'euphorie n'est pas loin. Les deux actrices ont toujours leur sourire de fou-rire et Nathan a les joues rougies. Je me sens mal à l'aise.
Alie est ma sauveuse. Elle se lève et s'avance vers le lit en me faisant signe de les rejoindre. Comme pour nous mettre au dessus d'elle, la réalisatrice s'accroupit et nous regarde par en dessous.
— Encore une fois vous m'avez livré une performance à couper le souffle. Merci Raven pour ton investissement.
— Oh, Alie, tu sais bien que les trios…
— Ahaha, ironise Lexa, c'est vrai que Raven est une des rares filles à apprécier les tournages en trio !
— J'oubliais que c'est un thème peu apprécié…
Alie baisse la tête presque honteuse. Comment la créatrice de cet empire pornographique peut-elle douter à un moment pareil ? Mettre en image des personnes qui s'envoient en l'air est évidemment un procédé très délicat, mais depuis le temps… Ses failles ressortent au moment où son actrice de toujours la taquine. Pour la rassurer Lexa pose une main sur son épaule.
— Ne t'excuses jamais pour tes réussites Alie.
La brune en queue de cheval reprend du poil de la bête et exécute une accolade amicale dans le bras de son égérie.
— Vous venez dans mon bureau après être passées par la loge ? demande la patronne sans que je ne comprenne les enjeux.
Mes deux partenaires hochent la tête. Alie se tourne vers moi comme pour m'expliquer la situation :
— Je ne te retiens pas Clarke mais j'aurais sûrement besoin de te voir plus tard, elle dit finalement sans que je n'en apprenne plus. Vous pouvez y aller.
Lexa et Raven saluent l'assemblée avec une habitude qui m'effraie. Dans quoi est-ce que je viens de me lancer ? Moi aussi dans un an j'aurais cette habilité à dire au revoir à de parfaits inconnus — qui alors ne seront plus des inconnus — venant d'assister à mes ébats simulés ? Je rêve d'être artiste, je rêve de peinture, pas de sexe et de jouissance rémunérés. Je… Mon ami avait raison. Jamais je n'aurais dû franchir ce pas.
Et pourtant en prenant la suite de Raven et Lexa, la silhouette élancée de cette dernière me ré-afirme que je ne suis peut-être pas au si mauvais endroit en définitif. Lexa n'est à mes yeux plus l'Aphrodite que je connais depuis six ans. Elle s'est séparée de l'actrice au moment même où j'ai échangé mes premières paroles avec elle. A l'instant où sa bouche s'est mue pour former des mots qui m'étaient adressée, Lexa a quitté le piédestal sur lequel je l'avais placée pour rejoindre le commun des mortels. Et je suis tombée éperdument amoureuse de cette mortelle commune. Sauf que ce genre de pensées il faut que je les partage avec Lexa et pas seulement avec moi-même.
— Lexa !
Je la hèle sans m'en rendre compte. Ma voix se répercute contre les murs et atteint les quatre oreilles devant moi avec une vitesse bien trop grande. Les deux brunes se retournent pour me dévisager. Raven a un mouvement vers l'avant, geste presque de protection envers Lexa.
— Je peux te parler ?
— Je n'ai pas le temps aujourd'hui… Comme tu as entendu, on doit retrouver Alie. Je ne dis pas ça pour repousser le moment Clarke, c'est moi qui veux des excuses. Mais cette réunion concerne Jaha. Je ne peux pas t'en dire plus pour le moment.
Je me sens bête. J'avais pensé que ma qualité de détentrice d'excuses me permettait de la convoquer quand bon me semblait. Il n'en est rien. Je reste à sa merci car c'est moi qui suis en faute.
— Je peux attendre que vous ayez fini.
— Je ne sais pas Clarke… Nous ne savons pas combien de temps ça va durer. Il vaut mieux que tu rentres. Prends le temps de réfléchir.
— Tu es dure avec moi…
— Il le faut, intervient Raven en s'approchant de moi. Tu sais à quel point tu lui as fait du mal. Dès le début je ne t'ai pas senti très net Clarke, mais j'ai laissé à Lexa le bénéfice du doute. Je peux t'en parler car je ne serais pas amené à tourner avec toi avant longtemps maintenant. Je ne crains rien. Mais je te préviens, si tu la mets dans un état encore pire que celui dans lequel elle se trouve actuellement, tu auras affaire à moi.
Pendant sa leçon, Raven s'est dangereusement approchée de moi, jusqu'à arriver toute proche de mon visage. Son regard menaçant me donne envie de prendre mes jambes à mon cou et de tout abandonner. Mais le regard triste de Lexa à l'arrière plan me retient.
— Je veux lui parler pour m'excuser. Pour essayer de recoller les morceaux écrabouillés. Je ne veux pas lui faire plus de mal… Crois-moi Raven, j'en ai terminé avec les bêtises.
Lexa s'approche de nous et demande à Raven de s'éloigner.
— Demain on peut se voir.
— Je sors de la fac à 16h.
— Bien, je viendrais te chercher.
— Tu-tu veux venir me chercher à la fac ?!
— Pourquoi pas ? Au moins cette fois ce sera un vrai terrain neutre.
Elle n'a pas tort. J'accepte l'offre et nous prenons rendez-vous. Je lui enverrais un SMS avec l'adresse exacte. Je les laisse passer devant puisqu'elles ont besoin d'utiliser la douche en priorité pour ne pas trop repousser leur réunion avec Alie. Comme je n'ai pas envie de me retrouver soit seule avec Raven, soit seule avec Lexa, je décide de déambuler dans les couloirs. Sauf que j'en oublie que je suis nue sous un peignoir presque transparent. Je le ferme du mieux que je peux mais la tromperie est moindre. On ne distingue pas les détails mais la vision de mes formes est suffisante. Enfin, je suis une actrice dans des studios de pornographie, je ne fais nullement tâche dans le décors. Je décide de rester au deuxième étage.
J'explore l'étage que je ne connais pas réellement. Contrairement à Raven et Lexa qui doivent en connaître tous les secrets. Je passe devant une porte sur laquelle une pancarte indique « salle de repos ». Intriguée, je pénètre dans la pièce. Un petit frigo est présent, ainsi qu'un lavabo. Sur la table un paquet de gâteaux secs dont des miettes s'échappent formant une ligne jusqu'à un mug vide. Je m'approche et pose la main sur la tasse, elle est encore chaude. Au même moment la porte s'ouvre sur Jaha.
— Oh Clarke ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Son tutoiement me gêne. Je ne l'ai croisé qu'à deux reprises et je sais l'homme qu'il est réellement. Il ne peut me tromper.
— La loge n'est pas assez grande, j'attends mon tour pour la douche.
— Ah, ce sera mieux avec les nouveaux locaux, chacune sa loge.
Il me fait un clin d'œil en venant vers la table. Je recule par un instinct de survie. Il attrape le mug sans prêter attention à ma réaction.
— Tu m'aides à ranger mon bordel ou tu veux manger un truc ?
— Euh, non, non, merci, j'allais partir… Lexa et Raven doivent avoir fini.
— C'est vrai que c'était le premier trio d'Aphrodite et Vénus aujourd'hui. Alors, c'était comment ?
— Votre question est totalement déplacée, je ne peux m'empêcher de répondre.
Une colère monte en moi. Un sourire narquois sur le visage il s'approche de moi, toujours son mug à la main. Je recule jusqu'à ce que la fenêtre m'arrête.
— Je me disais bien, dit Jaha semblant lucide, je te fais peur. Pourtant il n'y a aucune raison. C'est forcément que Lexa t'a parlé.
Il colle la tasse chaude contre ma joue. La chaleur me brûle, plus par peur qu'autre chose, car en soit les parois en céramique ne sont pas une fournaise.
— Parlé de quoi ?
— Allons, ne fait pas l'innocente.
Il passe sa main libre vers l'ouverture de mon peignoir. Ma gorge se serre.
— Tu sais que je peux trouver des choses compromettantes sur toi pour te faire chanter également, Clarke.
En prononçant mon prénom il glisse sa main sous le satin. Ses doigts boudinés touchent ma peau nue qui frisonne de dégoût. Je ne me laisse pas faire. Mon bras gauche se redresse brusquement pour aller taper dans le mug qui s'éclate au sol. Sous l'étonnement j'arrive à m'échapper de son emprise et je me rue vers la porte. Mais il doit se sentir pris au piège car il se met à courir à une vitesse impressionnante. Je n'ai pas le temps d'atteindre la porte que Jaha est de nouveau sur moi, ma plaquant contre le mur. Je refuse de le regarder, mes yeux se collent à la poignée qui n'est qu'à quelques centimètres de ma main.
— Tu ne pensais tout de même pas que tu allais t'en tirer comme ça.
— Tu joues avec la mauvaise personne Jaha.
— Ah ça y est, elle me tutoie !
Je vais pour crier mais il écrase sa main contre ma bouche. J'essaie de le mordre, la pression qu'il exerce m'en empêche. Jaha colle son nez au mien.
— Tu as de la chance d'être une préférée d'Alie, je ne peux pas t'abîmer. Mais tu peux me faire confiance, le jour où tu quittes la boite, je te retrouverai et là…
Il retire sa main. Sa confiance en lui est totale. Et il a raison. Je suis tellement effrayée par sa menace que je ne peux pas crier. *Jaha vient de me condamner à travailler chez LFS pour le restant de mes jours ? Non… Alie va faire quelque chose, hein ? Et puis j'ai promis à Lexa de l'aider… et…*
— Pleure petit agneau, je te tiens quoiqu'il arrive.
Ses doigts retrouvent l'ouverture de mon peignoir. Je comprends qu'il porte son autre main à sa braguette. *Non, il ne peut pas me violer, pas ici, pas comme ça, pas maintenant, non, non, non...* Je ferme les yeux et force, espérant que ma prière soit entendue. Il dénude ma cuisse et colle la sienne contre. Des larmes arrivent à percer la barrière de mes paupières. Je suis paralysée. Son sexe butte contre ma peau. La porte s'ouvre.
La porte s'ouvre et je ne comprends pas ce qui arrive. Une énorme main empoigne l'épaule de Jaha qui se fait jeter au sol. L'adrénaline me fait m'écrouler. La masse venue me sauver se rue sur l'homme à terre et commence à le frapper. Ne voulant pas assister à un passage à tabac, ma voix retrouve de sa superbe :
— Arrête !
L'ours se retourne et me regarde étonné. Je reconnais Roan.
— Cette ordure ne vaut pas la peine que tu abîmes tes poings. Il va payer pour ses crimes.
— Tu vas bien Clarke ?!
Roan lâche Jaha pour venir à mon chevet. Il inspecte d'un coup d'œil rapide mon corps. Je suis gênée alors il arrête. Je referme le peignoir pour retrouver un semblant de dignité.
— Si un de vous deux parlent de ça à Alie, je nierais tout en bloc. Je suis son bras droit, celui qui a tout fait pour elle, elle ne vous croira jamais. Je vous attaquerai en justice pour diffamation !
Nous sommes tellement secoués par son assurance et son culot que Roan et moi restons à terre sans réagir. Jaha referme sa braguette et s'en va en titubant. Son visage n'est pas réellement abîmé, il n'y aura sûrement aucune trace.
— Merci, je lâche enfin, j'ai cru que… il allait me…
— J'ai vu Clarke. Je te promets qu'il ne va pas s'en sortir comme ça. Je vais tout de suite voir Alie.
— Non… Inutile. Elle est déjà au courant. Raven et Lexa sont déjà sur le coup. Je n'ai pas tout compris, mais quelque chose me dit qu'il va bientôt tomber.
Roan me regarde avec un fond de désespoir. Puis un sourire étire sa bouche :
— Enfin.
J'avais envie de vous faire détester Jaha encore un peu plus, oui, oui ! Dans le prochain chapitre tout commence à se mettre en place pour lui faire la peau. Et une éclaircie s'annonce pour Lexa et Clarke.
Passez une bonne fin d'année et on se retrouve en 2020 !
