CHAPITRE 21 – Se préparer au pire.


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Pour la plupart des gens les jours qui suivent Noël servent à se détendre et à récupérer des jours très occupés des vacances. Pas que ce soit le cas pour moi, ni pour Edward d'ailleurs. Le jour après Noël il partit pour un autre voyage et je retournai à la patinoire pour continuer ma préparation finale pour les championnats nationaux.

Avant même de le savoir le 31 décembre et l'aube de la nouvelle année était là. Les Wild jouaient à domicile ce soir-là alors nous allâmes tous à la patinoire pour les encourager. Au lieu de notre célébration post match au pub, Rose, Emmett, Alice et Jasper décidèrent d'aller en ville pour aborder 2010. Pendant qu'Edward et moi nous barricadions sur le canapé, à siroter du champagne dans des verres en plastique et nous blottissant sur le canapé pour regarder Dick Clark procéder au compte à rebours.

C'était la première fois que je partageais un baiser avec quelqu'un à minuit et Edward avait plus que compensé leur absence dans mon passé.

Plus tard dans la semaine il m'obligea à m'emmitoufler contre le froid et nous allâmes jusqu'à la petite colline près de l'aéroport où je l'avais surpris quelques mois auparavant. J'étais un peu perdue au début concernant la raison pour laquelle il voulait m'emmener là-bas, mi – janvier, avec des températures en dessous de zéro. Mais ensuite il me rappela que c'était exactement un an plus tôt que nous nous étions croisés pour la première fois à l'aéroport. A ce rappel j'oubliais complètement le froid, seulement remplie par la chaleur du souvenir et du chemin parcouru depuis ce premier jour.

C'était incroyable de penser que ça ne faisait qu'un an que j'avais déménagé dans le Minnesota et vraiment commencé à vivre – vraiment vivre – plutôt qu'exister. Il y a un an je ne connaissais ni Edward, ni Alice, ni Esmée, ni aucune des personnes qui étaient devenues importantes pour moi. Je me connaissais à peine. Il y a un an, j'étais recroquevillée sous ma mère et cédais à chacune de ses demandes, sauf pour revenir ici. Je ne pouvais même pas imaginer retourner à cette vie maintenant.

Avec mon départ pour les championnats nationaux dans quelques jours seulement, il était difficile de ne pas penser à la certitude de me heurter à mon passé. Dans ce monde fermé, il serait inévitable de croiser Phil, Lauren et Renée. Lauren je pourrai la gérer. Elle était immature et ennuyeuse mais ce serait facile d'en faire abstraction.

Phil et Renée ça allait être une histoire complètement différente. La simple pensée de croiser à nouveau Phil me donnait des frissons. Et Renée ? Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre. Nous n'avions pas vraiment parlé depuis que je l'avais virée. J'avais travaillé pour repousser toutes ses pensées dans les mois qui avaient suivi la publication de l'article de Lauren mais ce serait différent de se retrouver face à face avec elle de nouveau. Je ne pouvais qu'espérer que le soutien que j'aurais avec moi ainsi que ma confiance nouvellement forgée, suffiraient à me soutenir et à me porter à travers tout ce qu'il se passerait.

Le vendredi avant les championnats je me réveillais avec un frisson. Bien que je sois toujours sous les couvertures, la chaleur du corps d'Edward et la façon dont il s'enroulait autour de moi me manquait. Je me retournai sur le matelas, toujours endormie. Mes mains le cherchaient, voulant juste trouver où il était pour pouvoir me replier à côté de lui et replonger dans l'inconscience. Mais il était introuvable et les draps sur le côté du lit étaient frais.

Confuse, j'ouvris les yeux et regardai autour de moi, essayant de comprendre où il avait pu aller. La porte de la chambre était légèrement entrouverte alors que nous la laissions fermée la nuit, je devinais qu'il était descendu, juste pour prendre de l'eau peut-être.

Pas que je puisse me rendormir avant de comprendre où il était.

Frissonnant à l'air vif, je m'enveloppai dans un sweat-shirt et mis des chaussettes épaisses pour épargner mes orteils sur le plancher froid. Mes pas étaient silencieux alors que je descendais l'escalier bien que ne pas faire de bruit n'était pas nécessaire pour nous deux seuls. Il faisait nuit mais la douce lumière de la lune brillait par les fenêtres. En jetant un coup d'œil par la porte ouverte qui menait au salon, je repérai Edward assis sur le siège de la fenêtre. Sa tête se tourna instantanément vers moi quand j'entrais dans la pièce et un petit sourire se dessina sur ses lèvres.

"Hé !" murmura-t-il.

"Hé," répondis-je, me dirigeant vers l'endroit où il était assis. La petite alcôve était un peu exposée à tous les vents, les fenêtres givrées, pourtant il s'était assis là, en pantalon de survêtement et rien de plus qu'un mince t-shirt blanc. Ses cheveux étaient en désordre, encore plus que d'habitude soit à cause de ses doigts agités soit juste parce qu'il venait de se lever.

"Est-ce que je t'ai réveillée ?" demanda-t-il. Je haussai les épaules parce en vérité c'était son absence qui m'avait réveillé. Ses lèvres se soulevèrent en un sourire penaud alors qu'il ouvrit les bras. "Désolé," murmura-t-il et il embrassa le dessus de ma tête pendant que je me blottissais contre lui.

"Ça va," dis-je, essayant d'étouffer un bâillement dans son t-shirt. Mes genoux se recroquevillèrent pour se cacher sous ce sweat-shirt trop grand que j'avais enfilé. Nous restâmes assis en silence quelques minutes pendant qu'il caressait mes cheveux et que j'essayais de secouer le brouillard de mon cerveau.

"Qu'est-ce que tu fais en bas ?" demandai-je.

"Je ne sais pas," soupira-t-il. "Je te vois assise ici tout le temps quand tu as besoin de réfléchir. Je me suis dit que j'allais essayer."

"A quoi réfléchis-tu ?"

Il haussa les épaules puis me serra un peu plus fort. Quelque chose le tracassait. Je m'écartai juste assez pour qu'il voie mon visage dans la douce lumière qui brillait à travers la fenêtre, soulevant mon front d'une manière qui lui disait que je n'allais pas laisser passer ça.

"Juste le week-end prochain," céda-t-il. "Tes concurrentes et tout."

"Et plus précisément ?"

Il hésita un instant, pinçant les lèvres comme s'il essayait de penser à quoi dire ou peut-être simplement comment le dire. J'essayai d'être patiente car dieu sait qu'il l'était toujours avec moi mais ce n'était pas facile alors que la tension était si évidente dans ses yeux.

"Je suis juste…" commença-t-il puis il s'arrêta. "Je ne sais pas, inquiet je suppose. En quelque sorte," marmonna-t-il tranquillement. Il roula des yeux et passa ses mains sur son visage et il jura doucement en les enlevant puis il me regarda. "Putain, je suis nerveux, d'accord ?"

"Tu es nerveux ?" demandai-je, véritablement surprise parce que cette pensée ne m'avait même pas traversé l'esprit. "A quel sujet… mon patinage ?"

"Non, bon oui," se contredit-il rapidement. "Seulement parce que je sais à quel point ça peut être difficile pour toi mais ce n'est pas… ça."

Il s'interrompit à nouveau et ne sembla pas trop pressé de continuer. Je n'étais pas aussi patiente que lui alors là où il m'avait peut-être donné plus de temps pour rassembler mes pensées et le laisser entrer, je ne trouvais pas la patience d'attendre. J'avais besoin de savoir ce qui le gardait éveillé et lui mettait ce soupçon de tristesse dans les yeux surtout si c'était moi qui en étais la cause.

Je me penchai et pris son visage en coupe dans mes mains, massant la peau de ses tempes avec mes pouces. "Dis-moi Edward. Je ne peux pas aider si tu ne me parles pas."

Il fit un petit rire qui effaça un peu la tristesse de ses yeux.

"C'est moi qui dis ça d'habitude," dit-il, avec un sourire narquois et il leva ses mains pour me prendre les poignets.

"Ouais et bien c'est fair-play," souris-je, en déposant un baiser sur son nez. "Allez, raconte maintenant."

Il soupira longuement, la tension quittant ses épaules. Ses doigts se serrèrent sur mes poignets et ses yeux cherchèrent les miens un moment.

"Je suis nerveux à cause de Phil et de Renée," dit-il. "Tu vas très certainement tomber sur eux et je ne serai pas avec toi quand ça se passera." Ses mains restèrent liées aux miennes, alors que ses yeux se détournaient, sa voix devenant un murmure rauque tellement bas que j'avais du mal à entendre ses mots même dans le silence de la pièce. "Je déteste cette idée que tu sois près d'eux quand je ne pourrais pas être avec toi."

"Hé," murmurai-je doucement, caressant ses joues et l'incitant à me regarder dans les yeux. "Tout va bien se passer."

"Et comment tu le sais ?"

"Parce qu'il n'y aura pas vraiment d'opportunité pour que quelque chose se passe. Je ne suis jamais seule là-bas, Edward. Esmée et Marcus seront toujours avec moi et il y a beaucoup de sécurité et d'officiels, sans mentionner les autres patineurs et leur encadrement. Rien ne va m'arriver."

"Pourtant," soupira-t-il et il laissa tomber ses mains des miennes pour s'appuyer contre le mur. "Je déteste ne pas pouvoir être avec toi pour m'en assurer."

Ses lèvres faisaient une moue des plus adorables. Avec ses cheveux ébouriffés et ses yeux fatigués je dus sourire et secouer un peu la tête en le voyant. Je souhaitai vraiment qu'il ne s'inquiète pas autant, principalement parce que je détestais le voir souffrir, même dans une moindre mesure. Mais en le voyant comme ça je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir aimée.

"Mon chevalier en armure étincelante," murmurai-je, en frottant doucement quelques mèches de ses cheveux qui tombaient sur son front. "Tu dois vraiment arrêter avec ça, tu vas me faire m'évanouir."

Ses lèvres firent un sourire comme je l'espérais. "Ne te moque pas !"

Je ris et avançai pour me mettre contre sa poitrine, ses genoux repliés de chaque côté de mon corps. "Je suis désolée. Tu es tellement mignon quand tu es maussade et surprotecteur."

"Je ne peux pas m'en empêcher." Sa main caressa mon dos sous mes cheveux. Ses doigts frôlèrent mon cou, frottant doucement ma nuque. "C'est mon travail de te protéger. Peux-tu me reprocher de prendre ça au sérieux alors que tu es la chose la plus précieuse de toute ma vie ?"

Laissez donc à Edward le soin de rendre la surprotection incroyablement romantique et même sexy. La femme moderne en moi voulait le gifler mais je ne pouvais pas, pas quand il disait des choses comme ça.

"Non," dis-je, en frôlant ses côtes. "Mais tu peux me faire confiance pour faire mon travail et prendre soin de moi-même lorsque tu n'es pas là."

"Je te fais confiance, ça ne veut pas dire que je ne vais pas me sentir mal à l'aise de te regarder partir où je ne peux pas t'atteindre si tu as besoin de moi.

"Tu en fais vraiment trop," insistai-je légèrement, me soulevant un peu pour secouer la tête et essayer de le convaincre qu'il n'avait rien à craindre.

"Peut-être," céda-t-il, avec un soupir. "Mais tu n'es pas du tout nerveuse ?"

"Si, je suis nerveuse à l'idée de les rencontrer," avouai-je, me penchant et posant mes mains sur le banc derrière moi pour me soutenir. "Principalement parce que je ne sais pas à quoi m'attendre. Me parlera-t-elle ? M'ignorera-t-elle complètement ? Qu'est-ce qui est le pire ? Je déteste ne pas comprendre comment elle fonctionne. Une mère normale serait probablement désolée, non ? D'avoir rejeté son propre enfant. Même si elle est toujours en colère contre ce qu'il s'est passé, on pourrait penser qu'après un certain temps elle commencerait à regretter ses actes. Mais peut-être pas. Peut- être qu'elle ne le fera jamais. Ça dépend d'elle.

J'ai déjà fait la paix avec ce qu'il s'est passé et j'ai avancé. Je n'ai pas besoin de son approbation ou de quoi que ce soit d'autre, pas quand j'ai une famille qui me la donne librement. Pas alors que je t'ai toi," murmurai-je avec passion, me baissant jusqu'à ce que mon visage soit proche du sien et qu'il n'eut d'autre choix que celui de voir à quel point j'étais sincère. Mes doigts effleurèrent sa barbe naissante. "Tu me donnes tout ce dont je pourrais avoir besoin et bien plus encore."

Il sourit doucement et posa ses lèvres contre les miennes et murmura en retour, "C'est facile de donner quand je reçois autant en retour."

"Je suis contente que tu ressentes ça." Je l'embrassai de nouveau et me réinstallai sur sa poitrine.

Nous restâmes là pendant quelques minutes, plus contents même s'il était clair que le problème n'avait pas complètement disparu.

"Donc… le patinage," déclara-t-il après une minute. "Tu es nerveuse à son sujet ?"

"Je suis toujours nerveuse de participer à une compétition," répondis-je honnêtement. "Mais ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Cela me garde les pieds sur terre et ne me permet pas de me complaire. Mais j'ai une compétition à mon actif avec ces programmes, ce qui aide à dissiper une partie de l'incertitude et vous serez tous là avec moi tout le temps. Il est si facile de se laisser emporter par tout mais j'espère qu'aucun de vous ne me le permettra."

"Je pense que nous pouvons gérer ça," dit-il, d'une voix basse et espiègle alors que ses poignets s'abaissaient pour traîner de manière taquine sur ma cuisse nue. "Il me semble que je me souviens de quelques méthodes qui avaient bien fonctionné pour te distraire la dernière fois."

Je gloussai et lui tapai sur la main, en me redressant. En le regardant, je savais que je devais être aussi honnête que possible, pour le préparer à ce que ces quelques jours seraient. Je ne voulais pas arriver là-bas et qu'il soit pris au dépourvu par la dimension du cirque que cette compétition serait.

"Ce sera plus grand cette fois-ci, plus de patineurs, plus de fans et beaucoup plus de médias. Les événements du Grand Prix comme Skate America ont tous ces trucs mais c'est loin d'être comme pendant cette compétition. Les championnats nationaux sont de haut niveau, en particulier dans une saison olympique. C'est un événement très amusant mais il va y avoir beaucoup de choses en même temps. Je suis désolée si je ne te vois pas beaucoup ou si je ne suis pas toujours à cent pour cent là quand je le ferai."

"Hé, ne t'inquiète pas pour moi ou pour aucun d'entre nous d'ailleurs. Fais juste ce que tu as besoin de faire."

"Ça semble si égoïste," dis-je en soupirant, en me retournant sur le banc.

"Non, ça ne l'est pas," affirma-t-il facilement, s'étirant vers l'avant pour s'allonger à côté de moi, son visage reposant près le mien. "Suis-je égoïste quand je veux que tu sois là à mes matchs ? Ou quand tu me déposes et me récupère à l'aéroport tout le temps ? Ou quand tu dois dormir seule parce que je suis sur les routes pendant la moitié de la saison ?"

"Maintenant que tu le dis, c'est très dur de s'asseoir dans ces gradins et de te regarder jouer," dis-je d'une voix taquine, en me tordant sur le banc pour pouvoir m'appuyer contre lui et traîner mes doigts sur sa poitrine.

"Ah oui ?"

"Mmhmm, c'est très difficile quand tout ce que je veux faire c'est sauter par-dessus les bordures et te dépouiller des coussinets de protection. Peut-être faire un petit tête-à-tête avec un peu de sueur," dis-je avec un mouvement suggestif des sourcils.

"Mmm, j'adore quand tu penses à des choses cochonnes avec le hockey," il gémit et captura mes lèvres dans un baiser.

Nous nous allongeâmes ensemble sur le banc, chacun pris dans ses propres pensées, bien qu'aucun de nous ne détourne son regard de l'autre. Je pensais à ce qu'il avait dit sur le fait que c'était un peu comme quand je le soutenais en étant là quand il avait besoin de moi et qu'il faisait simplement la même chose pour moi.

Dans un sens, c'était la même chose ici. Je n'aurais pas dû être surprise qu'il soit nerveux, inquiet pour moi alors que j'avais toujours ces mêmes sentiments en le voyant partir en tournée ou même juste en étant assise dans les gradins et en le regardant jouer. D'accord, c'était probablement à un degré moindre mais je le ressentais quand même, bien que je ne lui aie jamais dit avant.

"C'est dur pour moi parfois de regarder tes matchs," avouai-je. "Je sais que tu peux t'occuper de toi-même mais ce n'est pas facile de te voir prendre un coup de temps en temps, de craindre qu'à chaque seconde tu puisses être blessé. Donc je comprends ce que tu veux dire. Je suppose que c'est ce qui accompagne l'amour."

"Je suppose que oui," consentit-il. "L'amour n'est pas que des cœurs gonflés et des romances douces."

"Non mais c'est bien mieux que ce que j'avais imaginé," rétorquai-je. "Je ne l'échangerais pour rien au monde, même quand c'est difficile."

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis la referma et se mit à rire de façon incrédule.

"Mon Dieu, tu me rends si ringard parfois, Bella." Il secoua un peu la tête, soit à la situation ou lui-même.

"Tu aimes ça," taquinai-je, en lui enfonçant un doigt dans les côtes. "N'essaie même pas de le nier."

"Peut-être," concéda-t-il, en levant les mains pour jouer avec une mèche de cheveux rebelle près de mon visage. "Je n'ai jamais pensé que je trouverais quelqu'un avec qui je pourrais être ringard."

"Je suis contente que ce soit moi," chuchotai-je.

"Ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre. Ça a toujours été toi, Bella. Tu ne sais pas combien de temps je t'ai attendue."

Mon cœur fondit simplement et je me penchai pour l'embrasser à nouveau parce que vraiment, quelle autre réponse donner à quelque chose comme ça ? Par mon baiser, j'essayai de communiquer que je ressentais exactement la même chose pour lui. Comme Alice l'avait si brillamment déclaré, mon cœur avait toujours su que c'était lui.

Je me déplaçai dans ses bras tandis que sa langue balayait la mienne et approfondissait le baiser. Malheureusement, le peu d'espace et mon manque de coordination n'était pas un bon mélange et je me cognai le genou contre le cadre de fenêtre.

"D'accord, Roméo," gémis-je et je le tapai légèrement dans le dos, en me déplaçant pour me déplier de l'alcôve. "Allons te mettre au lit avant que tu commences à me réciter des sonnets."

"Pas encore," dit-il, en serrant un peu plus ses bras autour de moi pour me maintenir en place. "Pouvons-nous rester ici un peu plus longtemps ?"

Il semblait plus détendu que quand je l'avais trouvé mais je pouvais encore détecter un soupçon d'inquiétude dans ses yeux. Sa réticence à quitter ce petit espace ne faisait que confirmer qu'il n'était pas convaincu à cent pour cent.

Bien qu'il soit clair que je ne pourrais pas effacer entièrement ses préoccupations, j'espérai au moins le réconforter par mes actions.

"Bien sûr," murmurai-je, le gardant près de moi et je m'allongeais sur le banc dans l'espace confiné. Mes jambes s'entrelacèrent avec celles d'Edward et nos corps se chevauchèrent de façon pas tout à fait confortable.

J'ouvris le tiroir intégré sous le siège, j'en sortis une couverture et la drapai sur nous. Un des coussins du canapé était par terre, tout près, et Edward l'attrapa pour que je le mette derrière ma tête quand il posa sa tête contre ma poitrine. Sa joue blottie dans la vallée entre mes seins, sa main s'étendait sur ma cage thoracique, le bout de ses doigts effleurant à peine la courbe de ma poitrine. La position n'était pas sexuelle, simplement intime et malgré le froid de la fenêtre et l'espace légèrement exigu, je ne voulais pas bouger d'un pouce.

"C'est vraiment un bon endroit," dit-il d'un air endormi. "Je peux voir pourquoi tu l'aimes tant."

"Ouais, eh bien, d'habitude je n'ai pas une paire de seins pour oreiller," le taquinai-je. Je fis courir mes doigts dans ses cheveux, en grattant légèrement son cuir chevelu dans le but de l'endormir.

"C'est dommage, Swan," dit-il, en enfonçant son visage un peu plus profondément. Je pouvais entendre le sourire dans sa voix. "C'est vraiment la meilleure partie."

Je gloussai doucement et secouai la tête. C'était vraiment un mec, malgré son côté ringard et sentimental.

"Ferme les yeux, bébé," l'exhortai-je dans un doux murmure, poursuivant mes caresses sur sa tête.

"Tu ne m'as jamais appelé comme ça avant," dit-il, sans bouger de sa place.

"Oh, ouais, euh... totalement émasculant ?" bafouillai-je. J'étais un peu gênée de ne pas avoir réalisé que ce terme d'affection m'avait échappé.

"Non, en fait," murmura-t-il, en pressant doucement avec ses doigts l'endroit où ils se trouvaient sur mon torse. "J'ai en quelque sorte aimé ça."

Je tournai mon visage juste assez pour appuyer mes lèvres sur le haut de sa tête et je murmurai, "Dors, Edward. Je t'aime."

"Je t'aime," murmura-t-il en retour, sa voix déjà lourde et brouillée par le sommeil.

Bien que je sois fatiguée, je ne pouvais pas m'endormir, pas avant de savoir qu'il se reposerait paisiblement. Je ne pouvais pas imaginer combien de fois il avait fait la même chose pour moi - me réconforter, faire attention à moi. J'étais contente d'avoir pu être là pour lui pour une fois qu'il avait besoin de réconfort, même si je n'avais pas pu effacer entièrement le fardeau.

Edward gémit un peu et s'agita contre moi. Qu'il soit endormi ou pas, je ne pouvais pas vraiment le dire et je ne voulais pas le déranger s'il l'avait fait. Je pensais au nombre de fois où il m'avait endormi avec le son velouté de sa voix, soit en chantant, soit en fredonnant. Bien que ma voix chantée laisse un peu à désirer, je me demandais si cela aurait le même effet sur lui que sur moi.

Alors je chantais la première chanson qui me vint à l'esprit, par coïncidence la même chanson qu'il fredonnait pour m'apaiser pour dormir, Snow Patrol - Chasing Cars. Au début, je chantais doucement et timidement, un peu mal à l'aise avec le son de ma voix dans le silence puis plus facilement et avec un peu plus de confiance quand je le sentis se détendre et que sa respiration devenait lente et lourde contre moi.

Après avoir terminé la chanson une fois, je recommençai depuis le début, en fredonnant simplement la mélodie cette fois. J'étais presque certaine qu'il dormait maintenant mais je continuais au cas où. Après la deuxième fois, je m'arrêtai un moment. Juste avant de pouvoir recommencer, je sentis Edward se déplacer légèrement contre moi, marmonnant clairement dans son sommeil. Bien que je ne puisse pas distinguer grand-chose, je reconnus mon nom tomber de ses lèvres, suivi de près par un "Je t'aime".

Je souris et posai ma joue contre le sommet de sa tête, ridiculement charmée par l'homme étalé sur moi. Une fois qu'il fut calmé et que sa respiration devint un doux ronflement, je me permis finalement de fermer les yeux et de le rejoindre dans le sommeil.

Edward s'envola pour Dallas avec les gars le lendemain matin. Après qu'il soit parti, je m'immergeai entièrement dans le patinage, profitant des dernières journées sur la glace à domicile avant de traverser le pays pour l'état de Washington.

Malgré ma nervosité, j'avais hâte d'y aller, pour voir si le travail que j'avais fait ces dernières semaines depuis Skate America avait apporté une différence. Ça a toujours été le pire moment pour moi, juste attendre au bord du gouffre. Il n'y avait pas grand-chose de plus que je puisse faire et qui m'aiderait à me mieux préparer. Au lieu de cela, ces jours étaient simplement une question de répétition et de suivi de mes étirements afin de maintenir la mémoire musculaire que mon corps avait acquise pour mes deux chorégraphies.

Je me sentais beaucoup plus en confiance avec mon patinage cette fois-ci mais chaque compétition était une sorte de pari. Tu pouvais y aller en ayant parfaitement réussi tes exercices pendant l'échauffement et ensuite le gâcher avec un stupide faux pas. Il y a une raison pour laquelle tous les patineurs sont prompts à dire que la glace est glissante.

Après avoir réussi le premier triple Axel, j'avais été beaucoup plus constante dans la réalisation du saut à l'entraînement mais pas au point où je veuille l'utiliser pour la compétition. Je savais que j'avais une bonne chance d'arriver au sommet, même sans incorporer le mouvement. J'admets qu'une partie de moi voulais le rajouter, juste pour avoir l'opportunité de contrarier Renée mais ce n'était qu'une toute partie de moi.

Je m'entraînais encore au saut tous les jours et je m'accrochais à l'espoir de pouvoir l'utiliser. Bien sûr, mon côté pessimiste s'inquiétait de ne pas en avoir l'occasion. Que les championnats nationaux seraient la fin pour moi. Mais, j'essayais de ne pas trop m'attarder sur ces pensées. Pas besoin de m'en faire par avance.

Ça me faisait du bien de savoir que j'aurais autant de soutien à Spokane. Tous les Cullen et les Hale seraient là en plus de mon père. Carlisle, Esmée, Rose, Alice et Marcus s'envoleraient tous avec moi le mardi matin, alors que les gars arriveraient séparément de la destination finale de leur tournée. Charlie avait prévu de conduire depuis Forks.

Alice avait fait appel à sa magie organisatrice et avait réussi à réserver des sièges en première classe sur un vol du Minnesota à Spokane et qui atterrirait une heure après l'arrivée des gars. Je pense qu'elle savait à quel point Edward était nerveux à propos de toute cette situation, même après notre conversation la veille de son départ. C'était gentil de sa part d'essayer d'apaiser son esprit, ne serait-ce qu'un peu.

J'avoue que ça me soulageait de savoir qu'il serait là à m'attendre quand je descendrai de l'avion. Les médias attendraient certainement aux portes, en plus grand nombre qu'ils ne m'avaient accueillie à Colorado Springs pour Champs Camp. Savoir qu'il serait là à mes côtés rendait tout cela un peu moins intimidant.

Notre voyage en avion se déroula sans incident, rempli des bavardages enthousiastes de Rose et Alice sur le prochain week-end - elles étaient excitées de voir à quoi ressembleraient les costumes de tout le monde, si elles pouvaient assister à une séance d'entraînement - et l'hôtel chic où nous serions tous logés avec les autres concurrents et leurs équipes. Ça m'a aidé à me changer les idées, même si à chaque accalmie dans la conversation, je finissais par m'inquiéter de savoir si j'avais oublié quelque chose.

Peu de temps après, les trains d'atterrissage étaient sortis et on se frayait un chemin dans le tunnel plein de courants d'air, menant au terminal.

Dès que je franchis la porte d'entrée, je vis le visage d'Edward scrutant la foule qui passait la porte. Il lui suffit d'un instant pour me repérer et quand il le fit, son visage devint souriant alors qu'il courait pour me prendre dans ses bras dans une étreinte enthousiaste.

Il fit pleuvoir des baisers sur mon visage et me dit que je lui avais manqué avant de s'attarder sur mes lèvres, me donnant un baiser étourdissant qui aurait pu me gêner, si mon cerveau n'avait pas simplement fondu à son toucher.

Quelque part dans mon abasourdissement, j'entendis Emmett faire une blague sarcastique que je ratai complètement mais ça fit rire et chahuter les autres. Je réussis à me détacher et à enfouir mon visage rougissant dans le cou d'Edward qui me tenait serrée et qui tapait son frère dans le dos à cause de ses taquineries.

"Hé, ho ! Jazz, pourquoi tu ne me dis plus bonjour comme ça ?" entends-je Alice gémir à côté moi, mon visage encore enfoui dans le cou d'Edward. Je me tournai sur le côté pour voir Jasper sourire d'un air penaud à sa femme.

"Désolé, Darling." Il sourit avant de la soulever de la même façon et de déposer uns gros baiser sur ses lèvres rieuses.

Rose poussa Emmett et lui lança un regard acéré. "Oh allez Rosie maintenant ça aurait juste l'air stupide si je le faisais."

Elle roula des yeux et lui donna un coup dans l'estomac.

"Allez romantique sans espoir, allons chercher nos sacs," gémit-elle, en passant son bras sous le sien et essayant de le tirer.

Il la saisit par la taille et la souleva sans prévenir. Elle poussa un petit cri et enroula ses jambes autour de sa taille, tapant son torse avec espièglerie et le réprimandant alors qu'il riait bruyamment et l'arrêta dans ses plaintes avec un baiser enthousiaste qui était juste légèrement inapproprié, juste comme ils semblaient le préférer.

"Il faut que je te soulève aussi ma chère ? Je ne voudrai pas entendre des plaintes que les garçons montrent ce qu'il faut faire à leur vieux père," dit Carlisle, ses bras atour de la taille d'Esmée qui était devant lui.

Esmée rit et secoua la tête, tapotant le bras de Carlisle et sortant de sa prise pour arracher son bagage à main et suggérer que nous passions à la récupération des bagages.

Edward desserra finalement son étreinte mais il me garda à ses côtés, prenant mon sac avec le sien sur son épaule. Nous suivîmes les autres un peu en arrière pendant que nous nous posions des questions sur nos vols respectifs.

Nous avançâmes en groupe dans le terminal, récupérant d'abord les bagages des gars puis attendant que les nôtres prennent place sur le chariot. Dès que j'eus ma valise en main, je la posai et l'ouvris pour faire un inventaire rapide. J'étais devenu un peu paranoïaque d'avoir à mettre mes patins dans la soute et je ne me sentis mieux qu'en voyant par moi-même qu'ils étaient arrivés en un seul morceau.

Une fois que je vis que tout était en ordre, je poussai un petit soupir de soulagement.

"Tout va bien ?" demanda Edward, en me donnant un coup de coude taquin et en s'agenouillant à côté de moi.

"Ouais," dis-je, avec un sourire penaud. "Je n'aime tout simplement pas mettre mes bébés entre les mains du personnel de l'aéroport, tu comprends ?"

Il gloussa et ébouriffa mes cheveux puis alla aider son père à récupérer le reste des bagages sur le carrousel.

Alice s'approcha, posant lourdement sa valise à côté du tas grandissant à côté de moi.

"Oh Bella tu as apporté tes patins rubis !" applaudit Alice avec excitation quand elle les vit par l'ouverture de mon sac.

"Oh ouais, euh porte-bonheur je suppose. Je ne peux pas vraiment les porter pour la compétition mais j'ai pensé à les prendre," balbutiai-je, ne voulant pas révéler le fait que j'avais l'intention de les mettre si je finissais par me classer parmi les quatre premières et que je pouvais patiner en exhibition le dimanche après-midi.

"Ça craint que tu ne puisses pas les porter. Ils iraient parfaitement avec ton costume rouge pour le programme court."

"Ce serait un peu trop, tu ne crois pas ?" demandai-je, en rabattant le haut de mon sac et en le refermant.

"Bébé je déteste le dire, mais je ne sais pas s'il y a quelque chose de "trop" quand il s'agit de patinage artistique," offrit Rose.

"Tu sais quoi ? J'ai un ami qui serait totalement d'accord avec toi…" dis-je en pensant à Eric. "Je vais laisser l'ostentation et l'excès aux patineurs comme lui… qui peuvent le faire."

Les championnats nationaux s'étiraient sur deux week-ends et la semaine entre les deux afin de donner à tous les représentants de l'équipe américaine un temps d'arrêt égal avant leurs performances olympiques. Les hommes avaient eu leur compétition le week-end précédent. Les dames patinaient toujours en dernier donc nous n'avons pas concouru avant jeudi pour nos programmes courts et ensuite samedi pour les longs. Cependant Eric serait toujours là puisqu'il avait remporté le titre masculin. Les quatre premiers finalistes de chaque catégorie se produiraient dimanche pour l'exhibition. J'avais hâte de le revoir surtout parce qu'Eric ne faisait rien à moitié set encore plus pour l'exhibition. Il était toujours sur la ligne du "trop".

Il nous fallut une bonne demi-heure prou rassembler tous nos sacs et nous diriger vers le trottoir. Comme prévu la presse attendait à l'extérieur alors Marcus, Esmée et Carlisle sortirent pour trouver les taxis.

Une fois qu'ils nous eurent envoyé un texto, Edward me mit sous son bras avec Emmett et Rose devant pour dégager le chemin pendant qu'Alice et Jasper suivaient, formant un bouclier très efficace contre les caméras et les questions criées. Je pouvais dire que ça dérangeait Edward de voir et d'entendre tant de gens se bousculer et hurler, essayant de se rapprocher de moi mais il sembla se détendre un peu quand je lui serrai la taille et lui souris pour lui faire savoir que j'allais bien.

Nous dûmes prendre trois taxis pour aller à l'hôtel, Alice monta avec Edward et moi et nous passâmes tout le trajet à écouter ses commentaires. Quand nous arrivâmes Edward était souriant et il riait de nouveau, beaucoup plus détendu qu'il l'avait été depuis que nous étions sortis de l'aéroport.

Quand nous fûmes enfin au Davenport, l'hôtel officiel de l'événement, la mâchoire d'Alice se décrocha quasiment jusqu'au sol.

"Nous allons rester ici ?" demanda-t-elle, avec de grands yeux alors que nous sortions du taxi.

"Ouaip. Ce sera notre chez nous pour les prochains cinq jours," dis-je, en passant mon bras autour de sa taille et en admirant l'hôtel à mon tour.

"Oh seigneur c'est incroyable !" s'exclama-t-elle. Elle poussa un petit cri et se lança dans un bavardage pétillant sur la façon dont il serait cool de planifier un mariage dans un endroit comme celui-ci alors qu'elle se précipitait à l'arrière du taxi pour attraper ses sacs afin que nous puissions entrer.

C'était vraiment quelque chose à admirer – orné et somptueux, la grande classe. J'aurai été heureuse d'avoir une chambre un peu moins luxueuse autre part mais je pensais que ce serait amusant pour tous les autres de trainer dans le quartier général de tous les patineurs ainsi que de voir les quelques visages célèbres qui ne manqueraient pas l'occasion de se montrer. Pas vraiment qu'ils soient obsédés par ce genre de chose mais ça pouvait faire un bon divertissement.

Je n'avais jamais séjourné dans les hôtels officiels avant. Renée nous prenait toujours une chambre loin de tout ce qui était officiel mais toujours quelque chose de luxueux pour satisfaire son niveau d'exigence. Je ne savais pas si c'était une erreur de se mêler aux autres patineurs mais j'étais plutôt excitée d'être un plus impliquée dans l'atmosphère, surtout avec tous les autres à proximité pour me garder les pieds sur terre.

Esmée, Carlisle et Marcus allèrent à la réception pendant que nous restions avec les bagages bavardant et admirant le hall. Les sols en marbre, les hauts plafonds ornés, les arrangements floraux décadents, les fauteuils et canapés moelleux et une grande fontaine bouillonnante qui était un signe certain que cet endroit n'était certainement pas un hôtel de seconde classe.

Comme nous attendions Jasper s'était assis sur l'accoudoir du canapé avec Alice sur ses genoux, Rose s'était affalée sur un énorme fauteuil trop rembourré et Emmett s'était appuyé sur le dossier. Je repérai quelques visages familiers dans le hall, quelques-uns qui s'enregistraient, d'autres qui ne faisaient que passer. J'étais devenue plus amicale avec quelques patineurs depuis Champs Camp mais à présent l'environnement était tout à fait différent. Il n'y avait aucun signe d'amitié ni de bavardages décontractés dans les couloirs. Ici tout était compétition et tout le monde était en compétition.

Raison de plus d'être reconnaissante d'avoir un groupe de soutien aussi solide de mon côté. Une partie de moi ne pouvait pas croire qu'ils étaient tous là, abandonnant leurs occupations juste pour m'encourager. Pas que ça me surprenne. Ils ne le voyaient pas comme un sacrifice, comme beaucoup d'autres auraient pu le faire. Je n'avais jamais rencontré de personnes aussi soudées que les Cullen et grâce à un miracle j'avais été acceptée comme l'un d'eux.

J'étais entourée par les bras d'Edward, m'appuyant nonchalamment contre son torse alors qu'Emmett et Jasper partageaient une anecdote amusante sur les dernières manigances de leur coéquipier dans les vestiaires quand je vis un visage qui me bloqua la respiration.

Lauren Mallory déambulait sous les arches imposantes qui menaient des ascenseurs dans le hall, dans toute sa gloire blonde à la peau orange. Elle ressemblait à une future Lindsay Lohan, dans une robe pull ample qui était vraiment trop courte, des bottes talons aiguilles au-dessus des genoux et un chapeau pailleté couvraient ses cheveux raides. Quel genre de personne s'habille comme ça à la mi-janvier ? Ou m'importe quand d'ailleurs…

Apparemment le même genre de personne qui bronze au point de ressembler à une carotte dans une perruque blonde.

Je me raidis instantanément, prise complètement au dépourvu en la voyant ici. Bien sûr je savais que je la verrais à Spokane mais à la patinoire pas l'hôtel. Apparemment les choses se passaient un peu différemment avec sa nouvelle équipe car à moins que mes yeux ne faiblissent elle était là, à pas plus de quinze mètres.

Bien sûr elle me remarqua avant que je puisse regarder ailleurs et une fois que ses yeux furent sur moi je ne pouvais pas m'arrêter de la regarder fixement de peur qu'elle ne le prenne comme un signe de faiblesse. L'intimidation était déjà pleinement opérationnelle.

Elle me sourit et haussa les sourcils et je ne montrai aucune émotion pas même le moindre tressaillement de mes lèvres. Puis ses yeux bougèrent juste un peu et je sus qu'elle regardait Edward. Elle tira sa lèvre inférieure entre ses dents et même d'aussi loin je pouvais voir la lumière dans ses yeux – désir, luxure, défi, peu importe comme vous l'appelez, cela me donna envie de grogner et de grincer des dents. Quand elle plissa les yeux et se lécha les lèvres, je dus me mordre la langue pour me retenir.

Je savais que si je montrais à quel point sa réaction me dérangeait, cela ne ferait qu'empirer les choses alors je souris simplement. Cela lui disait que je savais exactement ce que j'avais et qu'elle n'avait aucune chance, tout en me blottissant un peu plus contre lui.

Ses yeux s'illuminèrent un instant et sa mâchoire se figea avant qu'elle puisse l'empêcher. Parfois il était si facile de voir à quel point elle avait encore tant de choses à apprendre. Pourtant c'était une bonne actrice et elle récupéra rapidement. Ses lèvres firent un sourire narquois et elle me fit un signe de doigts condescendant. Elle lança un dernier regard, long et salace, à Edward de haut en bas avant de s'éloigner vers l'une des nombreuses portes pour sortir. Ce ne fut que lorsqu'elle fut hors de ma vue que je réalisais à quel point cette petite rencontre m'avait tendue. Je dus physiquement forcer mes épaules à se relâcher alors que je soufflai de soulagement.

"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda Edward, un doux murmure à mon oreille, alors que son menton se posait sur mon épaule.

"Rien," dis-je, en secouant la tête pour me débarrasser de tout ça. "Rien de grave."

"Qu'est-ce qui n'est pas grave ?" demanda-t-il, en regardant autour de lui, cherchant probablement la source de ce qui m'avait dérangé.

"Ce n'est vraiment rien, promis. Je ne m'attendais pas à…" Je m'éloignais voulant juste oublier ça.

Bien sûr j'aurais dû savoir que cela ne serait pas suffisant pour le satisfaire, surtout pas avec la façon dont il était devenu protecteur récemment.

Il tira légèrement sur ma taille, s'éloignant du groupe et me tenant la main pour que je le suive. Il s'arrêta quand nous atteignîmes la fontaine et se tourna de nouveau vers moi, tendant l'autre main.

"Tu es contrariée. S'il te plait, dis-moi ?" demanda-t-il, ses yeux étaient patients et implorants en même temps.

"Je viens de voir Lauren," dis-je, espérant que si j'expliquais rapidement et avec désinvolture il croirait que tout allait bien. Et vraiment il en était ainsi. Bien sûr elle avait réussi à me déstabiliser mais je m'étais préparée à bien pire qu'un sourire irritant. "Ce n'est pas grave, je ne m'y attendais pas. Renée ne nous a jamais laissé rester dans le même hôtel que les autres alors j'ai pensé qu'ils ne seraient pas ici. Ils m'ont juste pris par surprise."

"Est-ce que ça va aller ?" demanda-t-il, levant une de nos mains jointes contre sa joue, frottant mes phalanges contre sa fine barbe. "Nous pouvons trouver une chambre ailleurs."

"Non, c'est idiot," dis-je. "C'est un grand hôtel il y a des tonnes de gens ici et nous ne serons pas là de toute façon. Comme je l'ai dit, c'était juste inattendu, c'est tout."

Il me serra la main. "Si tu changes d'avis, dis simplement un mot et nous partons d'ici, d'accord ?"

"Ouais." Il sourit et se pencha pour frotter légèrement son nez contre le mien puis en picora le bout avant de regarder par-dessus mon épaule.

"Eh bien, si ça te fait du bien, il pourrait y avoir un visage familier qui vient de faire son apparition," dit-il avec un sourire, en faisant un geste du menton. Quand je me retournai je vis Charlie au milieu du groupe. Il échangea une poignée de main amicale avec Carlisle puis un câlin avec Esmée avant qu'Alice ne bondisse, le faisant presque tomber à cause de son enthousiasme. Ça le surprit vu son expression sidérée alors qu'il lui tapotait maladroitement le dos.

"Allez," souris-je et je tirai Edward par la main dans leur direction. "Nous ferions mieux de le sauver avant qu'Alice ne lui provoque une crise cardiaque."

Le reste de cette première journée fut merveilleux. Après nous être installés et avoir pris un peu de repos nous partîmes à l'aventure avant de nous retrouver dans le hall pour discuter de nos projets de dîner. Apparemment Alice et Esmée y avaient déjà pensé puisqu'elles avaient réservé l'une des plus petites salles de réunion de l'hôtel pour nous. Elles avaient commandé des pizzas et il y avait une télévision grand écran pour mettre des films amusants en arrière-plan pendant que nous trainions et nous amusions. C'était un début parfait et discret pour le week-end. Exactement ce dont j'avais besoin sans même le savoir.

C'était super de voir Charlie se mêler au reste du groupe. Comme à New York, il semblait parfaitement s'adapter à ce mélange, en bavardant à côté de Carlisle et en buvant une bière ou en se laissant entraîner par l'enthousiasme d'Alice quand elle lui demanda de faire partie de son équipe pour Catch-phrase.

Il semblait plus léger et plus heureux que je ne l'avais jamais vu. Bien que j'admette ne pas l'avoir vu souvent, je pouvais encore faire la différence. Que ce soit à cause de Sue, la femme qu'il voyait ou être accueilli par les Cullen et traité comme un ami de longue date ou autre, je n'étais pas sûre mais j'aimais vraiment ça. C'était agréable de le voir si enjoué, surtout quand j'étais si heureuse aussi.

Bien que la compétition ait toujours été au centre de mes préoccupations, je me sentais plus détendue en y allant que je ne l'avais été jamais avant. Même si le stress des facteurs extérieurs à la compétition pesait sur mon esprit.

Mercredi suivit le même schéma. Les événements officiels n'étaient pas programmés avant le lendemain avec l'entraînement du programme court le matin puis le début de la compétition plus tard dans la soirée. Mercredi, cependant, je n'avais pas grand-chose à faire à part quelques interviews avec la presse ici et là. Il n'était pas nécessaire d'être présent à Spokane tout de suite mais j'ai toujours voulu y aller un peu plus tôt afin de donner à mon corps le temps de s'adapter à tout changement d'altitude.

Marcus avait trouvé une patinoire à la périphérie de la ville où je pouvais m'entraîner sans risque de croiser d'autres patineurs ou les médias. Le reste du groupe sortit pour visiter la ville avec Charlie comme guide. Ils finirent par nous retrouver, Marcus et moi, à la patinoire et les gars me rejoignirent même sur la glace puisqu'ils avaient leurs patins étant venus directement après leur match.

Alice et Rose se joignirent à la fête, glissant dans leurs chaussures de ville, et après un certain temps, même les anciens s'aventurèrent sur la glace. Pour le reste de l'après-midi, il ne fut plus question de préparation, juste s'amuser et faire du raffut. Au lieu de m'attarder sur les minuscules problèmes, que j'avais rencontrés pendant ma séance d'entrainement, je finis par rire tellement fort que mes abdominaux commencèrent à me faire mal et je quittai la patinoire en me sentant bien.

Par la suite, nous revînmes à l'hôtel pour nous rafraîchir avant de nous mettre en vêtements confortables et de nous affaler sur les canapés et le plancher de la suite de Carlisle et Esmée pour grignoter et regarder un film. Edward et moi partîmes en premier car nous avions prévu de nous retrouver pour le petit-déjeuner tôt le lendemain matin avant ma séance à la patinoire.

Nous étions de retour dans notre chambre à neuf heures, juste assez de temps pour que je puisse convaincre mon très serviable petit-ami que j'avais besoin d'une distraction vu la suite du programme. Il était plus que disposé à se soumettre.

Si souvent, la veille d'une compétition, j'étais agitée, stressée et inquiète. Le plus souvent, mes rêves étaient remplis d'images anxieuses du pire des scénarios jouant encore et encore dans mon esprit en technicolor entièrement et clairement.

Mais cette nuit-là, mes rêves ne furent remplis que d'Edward et mon esprit ne fut rien d'autre que pacifique.