Finalement j'ai réussi à finir le chapitre pour cette semaine. Mais je pense que je vais faire une petite pause. Je vous explique tout ça en fin de chapitre, bonne lecture et enjoy !


Presque vingt-quatre heure après, j'attends Clarke devant sa fac. Le bâtiment me donne une sensation de vertige. Jamais je n'ai mis les pieds dans ce genre d'endroit. Est-ce que je serais trop bête pour faire des études ? Ou est-ce qu'un jour moi aussi je serais adossée à cette barrière à rire avec mes camarades de classe ?

Avec un peu de retard, Clarke descend les quelques marches qui l'amènent sur le trottoir où je me tiens droite et anxieuse. Elle a pour moi un subtil sourire timide. Ses yeux remontent en se plissant, trahissant l'émotion qu'elle a de me voir. Moi aussi je suis heureuse. Ma blessure se referme en voyant de ses mèches blondes s'échapper de son écharpe. Elle s'approche de moi sans rien dire. Je suis forcée de faire le premier pas.

— Bonjour…

— Lexa…

Sa voix tremble.

— On marche ? je propose pour éviter de la voir fondre en larmes devant ses camarades de fac.

Le temps que nous nous éloignions du monde nous marchons en silence.

— J'étais en vacances chez ma grand-mère, l'été de mes quatorze ans.

Ce sont les mots qui brisent le silence. Je ne comprends pas tout de suite où Clarke veut aller en me racontant sa jeunesse, mais je décide de la laisser parler. Qui sait, c'est peut-être une forme d'excuse.

— Il faisait chaud cet été là. J'allais me tremper les pieds au bord de la rivière au bas de la maison. On n'avait pas le droit de s'y baigner. Je regardais l'eau claire et grouillante en espérant qu'elle m'asperge les mollets le plus haut possible. Je ne faisais demi-tour que lorsqu'au moins une goutte avait éclaboussé un genoux. C'était mon rituel, chaque été depuis mes six ans. Avant, ma grand-mère me surveillait. En grandissant, j'avais obtenu le droit de me rendre seule à la rivière. L'été de mes dix ans, je me suis liée d'amitié avec un garçon un peu plus jeune qui était venu pécher avec son grand frère. L'été de mes treize ans, c'est avec un chien que je me suis amusée. Cet été là, l'été de mes quatorze ans, une femme a déboulée sur le sentier. Je me souviendrais toujours de son éclat rayonnant lorsqu'elle a vu l'eau. Elle ne m'a pas saluée, elle a retiré ses chaussures et y a trempé les pieds. Ce fut seulement une fois qu'elle eut soufflé de soulagement qu'elle a tourné son visage vers moi. Elle a ri.

Je tourne le visage vers Clarke qui semble émue. Même si je ne comprends toujours pas, je me surprends à m'abreuver de son histoire et à vouloir en connaître la suite. Après une courte pause elle reprend :

— Elle m'a avoué qu'elle marchait depuis des heures sous la chaleur et que la vue de la rivière, qu'elle entendait depuis quelques mètres déjà, l'avait soulagée. Elle m'a tendu la main pour me saluer. Elle ne m'a dit ni son prénom ni son âge. Aujourd'hui encore je me demande si je n'ai pas rêvé. Mais c'est cet été là que j'ai compris mon attirance pour les femmes. C'est cet été là que j'ai découvert mon corps. A la nuit tombée, le souvenir de cette silhouette me hantait et a poussé ma main à trouver mon sexe. J'ai commencé à crayonner sa silhouette dans des carnets. L'année scolaire qui a suivi j'ai embrassé mon premier garçon, j'ai embrassé ma première fille deux ans plus tard. A aucun moment je n'ai questionné ma sexualité, à aucun moment je me suis sentie illégitime. J'ai eu quelques petits et petites amies, mais rien de bien sérieux. Je noircissais toujours des carnets de son image. La coïncidence a voulu que je tombe sur la première vidéo de Costia et toi un été chez ma grand-mère. L'été de mes dix-huit ans, quatre ans après ma rencontre étrange avec cette femme. Quand j'ai vu ton visage sur l'écran de mon téléphone j'ai cru que mon cœur allait s'arrêter. Tu lui ressemblais. Pas trait pour trait, et tu étais plus jeune, mais il y avait quelque chose dans tes yeux, la rondeur de tes joues et l'angle de ton menton. Ta silhouette aussi fine que la sienne, tes jambes semblant s'étendre à l'infini. Mon esprit n'a pas mis des heures à associer les deux images. Tout comme j'étais tombée amoureuse de cette femme, je suis tombée amoureuse de toi. Un amour maladif, vain et pervers, une obsession si tu préfères. Je sais que cette association m'a aidé à tomber dans la folie.

Un feu rouge arrête notre avancée. Des témoins auditifs trop proches stoppent Clarke dans son récit. Une sorte de tristesse monte en moi. Je ne suis pas qu'un fantasme pornographique, je suis bien plus que cela. Elle a collé sur moi son désir de retrouver une personne envolée. Le feu vert m'aveugle. J'ai fait exactement la même chose. J'ai vu en Clarke ma Costia disparue.

— J'ai regardé ta première vidéo en boucle cet été-là. Tout comme à quatorze an j'avais découvert la masturbation, à dix-huit j'ai découvert la pornographie lesbienne. Je regardais du porno depuis longtemps déjà, mais rien de bien fascinant. J'ai essayé de visionner d'autres vidéos du même genre, mais c'était celle-là qui me plaisait le plus. J'étais d'ailleurs tellement obnubilée par cette première vidéo que je n'ai pas vu tout de suite que vous en aviez fait d'autres. C'est mon ami, celui qui m'avait envoyé la première, qui a dû m'en parler. Et la descente aux doux enfers a commencé. Je me suis accrochée à toi, à ton image. Ta silhouette a remplacé la sienne dans mes dessins. J'avais besoin de regarder une vidéo par jour, au moins. Quand Les Filles de Sappho a commencé à recruter de nouvelles actrices, j'étais totalement surexcitée. Le système des élections, une nouvelle excitation. Alie a tout fait pour nous rendre accro, et ça a très bien fonctionné sur moi. On a payé un abonnement à deux, j'ai acheté plein de produits dérivés. La seule chose qui m'a sauvé auprès de mon entourage c'est que, comme il s'agissait de pornographie, je ne pouvais pas crier sur tous les toits ma passion dévorante. Tu aurais fait partie d'un girls-band musical, mes amis en auraient moins souffert, c'est sûr. Évidemment Octavia et Bellamy ont fini par être au courant. Quand j'ai rompu avec deux personnes à cause de LFS, ils ont commencé à me mettre en garde. Et bien sûr, j'ai fait la sourde oreille. J'ai continué à m'enfoncer dans mon rêve. Tu étais la femme de ma vie. J'ai eu mon BAC, j'ai été prise dans une école technique d'ingénieur.

La nouvelle me frappe. Jamais elle ne m'en avait parlé. J'avais toujours cru qu'elle avait uniquement suivi des études artistiques. Mais à bien y réfléchir, étant donné son âge, ça ne collait pas.

— J'ai tenu trois ans. Puis j'ai abandonné avant la fin de la troisième année. Aucune importance, je t'avais sous la main pour me réconforter. Puisque je ne savais plus quoi faire de ma vie j'ai trouvé un petit job de serveuse dans un bar miteux. Ça permettait à mes parents de me foutre un peu la paix, et à mes amis et moi de sortir nous amuser, de voyager. L'été de mes vingt-deux ans, c'est en dessinant ton corps que j'ai compris qu'il fallait que je tente une école d'art. Pendant un an, tout en continuant mon job de serveuse, j'ai cherché des écoles, passé des concours. Finalement j'ai été prise à la fac et j'y suis rentrée en septembre 2017. J'ai été remarqué par quelques profs, justement grâce à mes dessins de ton corps. Ils trouvaient que j'avais un beau tracé et un truc en plus. Que je savais faire ressortir mes émotions dans mes dessins. Ils m'ont légitimée quant à mon amour pour toi. Je me sentais invincible, la meilleure, touchée par la Grâce. J'avais raison de t'admirer, c'était mon destin et mon essence. Je devais t'aimer pour te dessiner et faire de ma vie quelque chose. Je suis devenue folle. Je n'ai eu aucune relation amoureuse, bien trop occupée par toi. Avec la reprise de mes études je ne pouvais plus travailler au bar. L'argent on s'y habitue, il m'a très vite manqué. Alors l'idée de postuler chez LFS m'a traversé l'esprit. J'étais persuadée que ce serait compatible avec mon emploi du temps de fac. Et surtout, l'idée de pouvoir te rencontrer rendait mon corps brûlant. J'ai évoqué le sujet avec l'ami qui m'avait fait te découvrir. Il a pris ça à la rigolade. Alors j'ai abandonné. Puis j'y suis revenue et repartie. Fluctuations conflictuelles. Mais dès que j'y revenais, l'idée me brûlait de plus en plus. J'en ai parlé à Octavia puis Bellamy, ils ne savaient pas trop quoi me dire, mais ils n'ont pas voulu m'en empêcher. Peut-être qu'ils auraient dû. Mon ami virtuel n'a pas accepté l'idée et a arrêté de me parler. Alors j'y suis allée. J'ai envoyé un mail à Alie, et me voilà.

Pensant qu'elle a terminé son histoire, je vais pour parler mais Clarke lève la main pour m'interrompre. Nous marchons toujours, dans un quartier que je connais peu, je n'ai aucune idée d'où nos pas vont nous mener.

— Quand je t'ai croisée la première fois j'ai dû me retenir. Mais je n'avais qu'une envie en tête, aller te parler, venir te dire tout ce que je pensais de toi, à quel point je t'admirais. Je pensais que ça te ferait fuir alors j'ai joué la carte de la fille mystérieuse. J'ai décidé que personne de la boîte ne devait savoir mes motivations, je m'en étais inventée au cas où on me poserait la question. Le premier tournage avec toi… Je n'ai pas les mots, je ne pourrais pas même te dessiner ce que j'ai ressenti. C'est au-delà du rêve tant espéré qui se réalise. J'avais l'impression d'être dans une autre vie, de démarrer une autre vie. Puis je n'ai plus du tout maîtriser la situation. Je suis tombée amoureuse. Pas de Aphrodite, mais de toi Lexa. A ton contact mes sentiments à ton égard ont complètement évolué. Le virage à 180 degrés a été très dur à manœuvrer, tu étais censé rester une chimère, une image de fantasme, tu étais devenue la réalité, une personne en chair et en os, capable de ressentir des émotions, des émotions à mon égard… Quand j'ai réalisé tout ça il était trop tard, tu étais tombée amoureuse de moi. J'ai voulu t'expliquer tout cela bien plus tôt mais j'ai eu peur. Peur que tu te moques de moi, peur que tu me rejettes, peur que tu te vexes, peur que tu me repousses, peur que tu me fasses virer. J'ai cru pouvoir garder ce secret indéfiniment. Il y aurait bien eu un moment où j'aurais oublié. Mais non. Je n'ai pas été capable de décoller l'affiche dans ma chambre. Acte manqué sûrement. Ma lâcheté de toutes parts a fait que tu es tombée violemment sur la vérité. Je suis désolée Lexa. Je suis sincèrement désolée. Après tout ce que tu as vécu je ne voulais pas que tu découvres tout cela ainsi. J'aurais aimé être capable de te le dire moi-même, j'aurais aimé pouvoir te consoler, j'aurais aimé… Je suis désolée.

Sa dernière excuse se brise dans le vent. Clarke s'arrête près d'un banc. Elle appuit sa main sur le dossier comme pour reprendre des forces. Je n'avais jusqu'alors pas compris qu'elle avait souffert de cette situation. Bien qu'elle dise et pense que son obsession pour moi la rendait heureuse, ce n'était qu'illusion.

— Qu'est-ce que tu as voulu oublier ? je lui demande enfin après son long récit.

— Comment ça ?

— Cette passion dévorante que tu as vécu, elle n'a pas pu naître d'une conscience saine. Il y a forcément un manque que tu as voulu combler ou un événement que tu as voulu oublier.

Elle se gratte la tête avant de s'asseoir sur le banc. Je prends place à ses côtés en regardant l'église gothique qui trône sur la place devant laquelle nous sommes.

— Je suppose que j'ai voulu recréer le sentiment que j'avais éprouvé quand cette femme est apparue au bord de la rivière.

— Tu es sûre qu'il n'y a que ça ?

— Je ne sais pas… Peut-être que tu as raison. Je me suis persuadée pendant tellement d'années que tout cela n'était en lien qu'avec cette femme que je ne me suis pas posée la question plus profondément.

— Alors peut-être qu'il y a quelque chose à creuser.

— Mais si je trouvais la réponse, peut-être que je ne pourrais plus être une fille de Sappho.

— Ce serait peut-être une meilleure chose. Mais il n'y aura pas forcément de réponse.

— Et si je trouve la réponse, tu me pardonneras ? Peut-être…

Elle baisse la tête pour regarder ses pieds nerveux.

— Non. Je t'ai déjà pardonnée Clarke…

J'attrape son visage à deux mains pour le redresser et la regarder dans les yeux.

— Je ne voulais pas l'admettre mais je t'ai déjà pardonnée depuis longtemps. Moi aussi j'ai fait des erreurs. J'ai voulu que tu remplaces Costia, c'est tout aussi nul. Mais j'ai appris à te connaître. Tu n'es pas Costia, je ne suis pas cette femme. Je crois que cela fait déjà bien longtemps que nos subconscients ont assimilé cette info. Il ne nous reste plus qu'à accepter le fait que nous sommes toutes les deux tombées amoureuses d'une personne, et non d'une image.

Des larmes s'accumulent aux coins de ses yeux, sa bouche tremble. Elle l'ouvre pour former le mot « Lexa » mais aucun son ne sort. Un sourire radieux illumine mon visage et je me rapproche doucement. D'abord c'est mon souffle qui vient effleurer son doigt de l'ange, puis le bout de nos nez qui se frôlent. Mes lèvres s'entrouvrent pour laisser passer un filet d'air quémandeur, j'entends sa bouche agir de la même façon. Nos souffles fins se mélangent et enfin nos lèvres entrent en contact. Je referme ma bouche contre sa lèvre inférieure et je ferme les yeux. Le temps ralentit. Le vent souffle dans mon dos, les cloches de l'église sonnent cinq heures, une voiture klaxonne, un chien aboie, et tout disparaît. Le temps s'arrête autour de nous. Il n'y a plus que nous deux. Mes mains tombent de ses joues pour aller se poser sur ses cuisses. Ses bras se soulèvent pour venir entourer mon cou. Nos lèvres se décollent, son visage se penche sur le côté, nos nez se caressent, et nos bouches se retrouvent, encore closes. Petit à petit le bruit de la circulation automobile revient et nous nous décollons définitivement. Nos nez se séparent avec une dernière caresse et nos yeux papillonnent ensemble. Clarke pose sa main sur une des miennes, nos doigts s'enroulent, elle me sourit.

— Tu as les mains froides, dit Clarke en rougissant.

— J'ai perdu un gant il y a longtemps et je n'en ai jamais rachetés…

Elle attrape mes deux mains et les réunit en position de prière, elle frotte les siennes par dessus pour que le friction me réchauffe. Je décide de fermer les yeux pour profiter de l'instant. Le tout me réchauffe aussi le cœur. Puis je repense à Jaha et à l'expression de Clarke hier soir.

— Ça va toi ? je lui demande faiblement.

— Je ne sais pas trop… C'est la première fois qu'une personne tente d'abuser de moi, alors…

— On peut en parler si tu veux, ou au contraire parler d'autre chose.

— Il faudrait déjà savoir ce que je ressens moi-même pour en parler. J'ai comme l'impression de ne pas comprendre ce qui s'est passé ou de ne pas réaliser. Comme si j'avais rêvé. Et pourtant je me souvien de tout en détails, les sons, les odeurs, la peur… La paralysie. Heureusement que Roan est arrivé parce que sinon…

— Je me sens coupable de n'avoir pas réagit quand il m'a menacée de la sorte, alors je te comprends pour la paralysie.

— Il représente tellement au sein de LFS que j'ai intégré le truc, je n'ai pas su agir alors que je savais ce qu'il t'avait fait Lexa… J'avais plus de cartes en mains que les autres filles, j'aurais dû bouger. Mais j'avais si peur.

— Ne sois pas trop dure avec toi. C'est normale ce genre de réaction. Je ne sais pas si cela vient de notre éducation, du patriarcat qui veut qu'on soit des choses fragiles et sans défense face aux hommes, ou si c'est une réaction chimique et ancestrale dans notre cerveau, mais il ne faut pas culpabiliser. Certaines personnes arrivent à riposter, d'autres non, ça ne retire pas l'atrocité du crime.

— Mais en quelque sorte je suis rassurée, parce que je sais qu'il va être puni pour ses fautes. Il n'y a pas que moi. Un jury ne pourra jamais rester de marbre face à la liste de ses agissements. Jaha est fini.

— Oui, il faut positiver ! Le problème Jaha est derrière nous. Enfin… Je sais qu'il va être difficile de témoigner à plusieurs reprises s'il y a enquête puis procès, mais ce sera pour la bonne cause. Puis, je serais enfin libre…

— Je veux partager cette liberté avec toi...

Je colle mon front au sien. Bientôt nous devons partir. En silence nous nous levons, main dans la main, nous repartons. Je me rends compte que je me laisse guider par ses pas. Je ne connais toujours pas le quartier.

— Tu as une heure pour rentrer ? je lui demande, peu désireuse de briser le silence.

— Ma limite officielle c'est minuit. Ça nous laisse un peu de temps.

— J'aimerais… j'aimerais te montrer les lieux de l'accident. Je suis en train de tourner la page avec Costia, mais j'ai besoin que tu m'y aides encore un peu…

— Je te suis.

En répondant elle resserre ses doigts contre les miennes. Mon cœur se réchauffe. Je la laisse me guider jusqu'à la station de train la plus proche puis je reprends les commandes. Dans le wagon nous nous tenons toujours la main. Des années que je ne me suis pas retrouvée dans cette situation. J'observe les regards mais les passagers semblent s'en balancer. Oui, ils ont d'autres choses à penser. J'ai le droit d'être libre. L'annonce de la station me fait redescendre sur terre, mon souffle s'accélère. J'avais dit au revoir aux débris, je m'étais promis de ne plus revenir sur ces lieux. L'être humain est battit de contre-sens, mais cette fois je m'assure que ce soit bel et bien l'ultime fois.

La nuit est là et je ne reconnais presque pas l'endroit. Je me guide à l'instinct. Puis je reconnais l'odeur de fumée. Elle est toujours présente après tout ce temps, ou bien est-ce mon cerveau qui interprète et envoie un signal erroné à mes capteurs nasal ? Une faible lumière provient d'un lampadaire de la rue d'à côté. Mais une fois que nous tournons pour accéder aux décombres, seule la lune et l'aura des lumières de la ville éclairent les lieux sinistres.

— Ça me donne des frissons, chuchote Clarke et se collant à moi.

— Et c'est à peine mieux en journée…

Je sors mon portable pour nous éclairer la route. Je la traîne parmi les décombres carbonisés, jusqu'à l'endroit de la chute. J'éclaire le sol et je n'ai pas besoin de lui dire pour qu'elle comprenne. Son menton se pose sur mon épaule. Ses bras entourent ma taille. Je ferme les yeux.

— Ça a dû être horrible Lexa, je ne peux même pas me le figurer. Et Jaha qui t'a forcée toutes les années qui ont suivi à vous retrouver ici. A croire que ça ne lui faisait pas de mal à lui.

— Peut-être qu'il ne voulait pas oublier et que l'endroit lui rappelait Costia. Puis ce n'est pas lui qui l'a poussée… Mais merde, je n'ai pas envie de lui trouver des excuses !

Pour m'apaiser, Clarke caresse doucement mon ventre. Je dessine comme un arc de cercle sur le sol, avec mon pied.

— J'aimerais que ces ruines disparaissent. Pourquoi personne ne les a détruite…

— Quand je serais milliardaires grâce à mon statut de Vénus, je rachèterai le terrain et je le ferais raser.

Je ris en silence dans un soubresaut de mon corps qui fait vibrer le menton de Clarke. Elle se décolle pour venir déposer ses lèvres contre ma nuque. Je me retourne dans l'étreinte pour remplacer mon cou sur sa bouche. Nous nous enlaçons en forçant un peu trop. Je veux me sentir protégée par elle. Le baiser est tendre mais douloureux. Ma poitrine se serre, comme si l'âme de Costia pouvait être témoin de cette scène. Un engourdissement gagne mon tronc puis mes bras et le bout de mes doigts. C'est une goutte qui atterri au coin de ma bouche qui me fait sortir du baiser. Je recule doucement pour constater, mes yeux habitués à la pénombre, que des larmes coulent des yeux de Clarke.

— Qu'est-ce qui se passe ?

— Je… je suis désolée… Pour tout, Lexa, pour tout… Comment j'ai pu te mentir depuis le début, alors que tu avais vécu tout ça…

— Tu t'es déjà excusé Clarke, je t'ai déjà pardonnée.

— Oui mais, maintenant… je comprends… Jaha… Rien que de penser à lui… (ses larmes redoublent d'intensité) … j'en ai mal au ventre. Alors je n'imagine pas toi… Et en parallèle tu as dû supporter mes sautes d'humeur et mes trahisons… Alors que tu tombais amoureuse… Pardon…

— Arrête…

Je pose mes deux mains sur ses joues et mon front contre le sien.

— Arrête de te torturer. C'est fini… Tout est fini.

— Ce ne sera jamais fini tant qu'on travaillera toujours chez Les Filles de Sappho…

Un peu surprise, je me décolle pour la regarder en face.

— Je croyais que tu aimais ce travail ?

— Ça ne me déplaît pas et je prends un certain plaisir à l'exercer, mais sur toute une vie… J'aspire à autre chose. Et puis maintenant cela ramène beaucoup trop d'émotions différentes…

— On ne peut pas partir avant la prochaine élection, et si on remporte toutes les deux la suivante…

— Je sais que tu fais ça pour Alie mais…

— Ne t'en fais pas, je compte bien faire en sorte que ce soit Raven qui gagne à ma place l'année prochaine. Mais puisque ce n'est jamais arrivé, je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre. Quant à toi, vu l'engouement que tu suscites… Mais il peut s'en passer des choses en une année. Alie acceptera une démission de ta part si elle n'arrive pas trop tôt.

— Tu ne m'en voudrais pas ?

— Comment t'en vouloir alors que je rêve moi aussi de m'en aller ?

— … on peut partir d'ici ?

— Oui, oui, bien sûr ! Merci d'être venue… j'en avais besoin.

— C'est normal.

Elle me sourit faiblement. Avant de la raccompagner à la lumière je regarde une dernière fois derrière moi. La silhouette de la mezzanine qui n'aura jamais supporté le poids de plusieurs projecteurs, les encadrements de portes qui n'auront jamais été traversés, cet escalier qui n'aura jamais existé. Je me démène pour ne pas m'imaginer le corps de Costia tomber. Soudain mon souffle se coupe. Je porte ma main à ma poitrine pour tenter de retrouver de l'air. Je m'affole, Clarke ne semble se rendre compte de rien. Les bruits environnant disparaissent, l'odeur de brûlé n'est plus là, le froid se transforme en chaleur. Je lève les yeux sans m'en rendre compte et une lueur rousse attrape mon regard. Là, sur la mezzanine, se tient, tout au bord, la silhouette d'une jeune femme, une longue chevelure rousse lui dégringolant sur les épaules. La nuit disparaît laissant place à une lumière de milieu de journée, je suis aveuglée pendant quelques secondes puis je la reconnais. Costia. J'ai envie de lui hurler de ne pas avancer mais elle est immobile. Elle me fixe de ses yeux émeraudes. Ses tâches de rousseurs vibrent pour laisser un sourire se dessiner sur son visage. Je ne remarque plus mon manque d'air. Je suis absorbée par cette vision. Son bras gauche se lève et s'agite dans l'air pour me saluer. Costia se retourne et s'enfonce dans le fond de la mezzanine pour finir par traverser le montant de la porte. J'ai envie de lui crier de revenir mais impossible. Puis, la lumière disparaît, un vent froid fait voler mes cheveux, l'air s'accumule dans mes poumons me forçant à tousser sous la surprise, et l'odeur âcre me brûle les narines. Clarke pose sa main dans mon dos. Je chancelle mais me remets assez vite de mes émotions.

— Ça va Lexa ?

— Oui.

Je regarde de nouveau le haut de la mezzanine. Cette fois c'étaient de vrais adieux.

— Oui, je vais bien, je répète en me retournant vers Clarke. On devrait rentrer, on n'a plus rien à faire ici.

Je lui envoie un sourire lumineux qui semble la rassurer et nous prenons la direction de la station.


Enfin, le Clexa est là, elles s'aiment et plus rien maintenant ne pourra les séparer !

Maintenant que ça c'est fait, je vais, comme je le disais au début, faire une pause. Je m'explique : je prépare actuellement un concours pour entrer dans une grande école de Cinéma. Le concours comprend une épreuve écrite le 22 février, et un dossier artistique d'une trentaine de pages à constituer pour le 22, justement. C'est à dire que jusqu'au 22 février, j'aurais beaucoup moins de temps à consacrer à l'écriture. Donc, je vais sûrement continuer à écrire LFS, mais je ne pourrais pas poster. Ceci dit, je prendrais de l'avance, donc je pourrais revenir en force ! Après l'épreuve je pars deux semaines en vacances, je reviens début mars. Je pense donc recommencer à poster des chapitres vers la moitié du mois de mars ! Donc, une pause oui, mais assez petite ! Et puis je fais cette pause à un moment de l'histoire qui en mérite peut-être une (est-ce la fin d'un tome 1 et le commencement d'un tome 2 ?). Maintenant que Clarke et Lexa se sont tout dit, je vais surtout me concentrer sur leur nouvelle relation de couple, sur Jaha, et sur les projets futurs de Alie. Il va donc falloir que je réfléchisse à tout ça en amont avant d'écrire. Mais une chose est sûre, je finirais cette histoire !

En attendant, je vous laisse commencer cette année avec joie, et on se retrouve en mars ! (J'essaierais de poster des nouvelles de l'avancée de l'histoire dans les annonces Wattapad !)