Titre : Never Say Die stories : Livingstone
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale et sur ma fic Never Say Die
Disclamer: aucun des personnages ne m'appartient sauf Aya, Django et Rokadyébet Aymeric Dampierre
Rating : T
Personnages: Heero Yuy, Duo Maxwell, Aymeric Dampierre
Notes de l'auteure : Bonjour chers lecteurs et merci d'être là pour découvrir ce nouveau texte. Merci Nevroz et Alinea63 pour vos petits mots sur mon dernier texte, j'ai été surprise et ravie de voir que vous aviez repris votre lecture et l'avez apprécié. Les petits mots sont des trésors rares et d'autant plus précieux aujourd'hui.
Un Joyeux Noël 2019 et de belles fêtes de fin d'année à vous !
Petit résumé : Heero et Duo, de nouveau ensemble et très amoureux, s'offrent quelques jours à Livingstone en Zambie, peu avant les fêtes. C'est là-bas qu'ils avaient passés leur premier Noël en amoureux. C'est l'occasion de quelques révélations…
Bonne lecture.
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La Terre, Afrique de l'Ouest
Livingstone, Zambie
Mi-décembre AC 205
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Les bras chargés de leur petit en-cas – granités et biltong (1) - Heero rejoint Duo sur le banc de pierre où il l'attend bien sagement. Les promenades en terres sauvages africaines, où la température n'est pas régulée et où il fait pas moins de 35 degrés à l'ombre… ça creuse !
Et ça donne soif.
Il lui tend son granité à l'hibiscus et pose un cornet de viande séchée sur ses genoux. Duo le remercie d'un tendre et rapide baiser.
Tandis qu'ils prennent chacun une première bouchée glacée de leurs rafraîchissements, qu'ils attaquent directement à la petite cuillère, Heero observe attentivement son compagnon.
- Tout va bien, tenshi-no ? finit-il par demander. Je te sens particulièrement ému.
Le sourire que Duo affiche est emprunt de nostalgie.
- C'est cette place, ce marché… Tu te souviens, la première fois qu'on est venu, il y a six ans, on a rencontré ici une petite fille qui s'appelait Aya et qui adorait mes cheveux…
- Hn. Elle m'avait demandé de natter les siens de la même façon, parce que tu lui avais dit que c'était moi qui le faisais, le plus souvent.
Duo sourit plus largement et prend une nouvelle cuillère d'hibiscus glacé, avant de poursuivre.
- Tu étais debout derrière ce même banc où on est, aujourd'hui, Aya y était assise et tu nattais ses cheveux, comme elle te l'avait demandé. J'étais parti nous chercher à boire à la petite échoppe de Bagou, en face et quand je me suis retourné vers vous… Je t'ai vu là et j'ai su.
- Quoi ? Que j'étais l'homme idéal ? demande Heero, taquin, en croquant un glaçon de baobab.
- Tu blagues, mais c'est à peu près ça. J'ai eu cette certitude absolue que je voulais vivre avec toi jusqu'à mon dernier souffle. Je veux dire, jusque-là, je voulais que ça marche, j'étais prêt à tout faire pour, je le faisais déjà. On était ensemble depuis plus d'un an et demi, je me projetais loin avec toi, on cherchait notre maison, notre petit nid. Et on était très amoureux.
- Ah, tu avais remarqué ? le taquine-t-il encore.
En guise de représailles, Duo le pousse d'un coup d'épaule, qu'Heero encaisse sans broncher ni perdre son petit sourire.
- Oui, je l'avais remarqué, je le savais très bien ! Mais ce jour-là, à cet instant précis, j'ai vu l'évidence, ça m'a frappé, j'ai su qu'il ne pourrait en être autrement : ce serait toi et personne d'autre.
Ému et redevenu totalement sérieux, Heero dépose un tendre baiser sur sa tempe. Duo frissonne sous la caresse froide de ses lèvres.
- Je n'étais pas encore si réceptif aux sentiments des autres, à cette époque. Même si je te devinais aisément. Et ce jour-là, ce moment que tu me décris, je m'en rappelle très bien.
- C'est vrai ? s'étonne Duo.
- Hn. La manière dont tu m'as regardé… Je me suis dit que oui, tu m'aimais vraiment, assez pour continuer cette aventure à deux avec moi. Et j'ai décidé de tout faire pour que tu ne regrettes jamais ce choix. J'ai échoué, pourtant.
- Bien sûr que non ! s'insurge Duo en se tournant complètement vers Heero. Je n'ai jamais regretté, honey. Tu crois quoi ? Que si je n'avais pas été avec toi, j'aurais fini avec lui ?
- C'est une… possibilité, grimace-t-il, peu à l'aise avec cette idée.
- Non, affirme Duo d'un ton catégorique qui rassure Heero. Tout n'était qu'un leurre. J'ai été manipulé, Hee-chan. Je ne lui ai cédé qu'à cause du contexte et parce qu'il t'a imité. Il a copié tout ce qu'il a pu de toi, de nous, pour que tout me semble familier et normal. Rien ne l'était. Tu es ma seule normalité.
- Je suis content que tu aies fini par accepter tout ça, confie Heero en lui prenant la main pour la serrer tendrement. Cela te permet de déculpabiliser.
- Oui, il était temps. Et c'est en grande partie grâce à toi. Merci.
- Je t'aime, murmure Heero, le cœur battant.
- Et tu es mon seul amour, à jamais, répond Duo, sur le même ton bas et dans le même état.
Avant qu'ils n'échangent un nouveau long baiser.
- Si nous n'avions pas cette session de rafting dans dix minutes, je t'aurais proposé de rentrer au lodge et je t'aurais fait l'amour tout le restant de la journée, tenshi-no.
- J'aurais adoré… soupire Duo contre ses lèvres. Mais on a déjà reporté deux fois. Django est cool, mais faudrait pas abuser…
- Je sais. Et tu veux vraiment faire du rafting sur le sauvage Zambèze et le dompter.
- Oui ! Je veux voir les chutes de Kasanga et descendre les rapides de Ngambwe jusqu'à celles de Chavuma, à la frontière de l'Angola ! s'enthousiasme-t-il, les yeux brillants. Mais j'ai encore plus envie de toi…
- On a tout le temps pour ça.
- C'est vrai, reconnaît Duo, avant de l'embrasser une nouvelle fois.
Il y met tant d'ardeur qu'ils en frissonnent tous les deux.
- Ne me tente pas trop, murmure Heero contre ses lèvres. Je ne suis pas loin de changer d'avis.
- C'était juste un avant-goût, pour pouvoir patienter.
Il pose ensuite sa tête sur l'épaule d'Heero pour savourer toutes les sensations et le bien-être procurés par cet échange, doux mais également passionné.
Et se calmer un peu…
Un rien suffit à embraser leur désir, qui ronronne comme un feu au creux de leurs corps, jamais totalement endormi et prêt à exploser à tout moment.
- Ce n'est pas tout à fait vrai, ce que tu as dit sur le fait d'arriver à me deviner, même au début de notre relation, reprend Duo après ce tendre moment.
- En quoi ai-je eu tort ?
- T'as quand même mis du temps à capter que mes sentiments pour toi changeaient.
- Non. J'avais du mal à y croire et à l'accepter, surtout. Nuance.
- Bon, ok, c'est pas tout à fait pareil…
- C'est très différent. C'était aussi le cas pour les miens. Je l'ai compris, il y a peu de temps, et pas tout seul.
Surpris, Duo se redresse pour regarder Heero.
- Comment ça ?
- Au cours d'un échange avec Aymeric, il a abordé ce sujet.
Les rares fois où Heero accepte d'évoquer ses entretiens avec Aymeric Dampierre, il n'utilise jamais les termes « séance » « consultation » et encore moins, « thérapie ». Duo fait donc très attention à son vocabulaire.
Il voudrait tant connaître le contenu de leurs échanges, mais Heero y est toujours très réfractaire. Non pas qu'il ait quoi que ce soit à lui cacher, non. Il veut seulement éviter qu'il ne se rende compte de la douleur qu'il a pu endurer.
Duo a mis du temps à se débarrasser d'une grosse partie de son sentiment de culpabilité. Heero est persuadé qu'apprendre certaines choses serait alors contreproductif et le ferait rebasculer dans une nouvelle forme de culpabilité.
Alors quand Heero évoque ses entretiens avec Aymeric Dampierre, Duo saute sur l'occasion d'en savoir plus.
Il essaie, au moins.
- Tu me racontes ? demande-t-il avec une moue adorable qui fait fondre Heero.
Bien qu'il n'en laisse rien paraître, Duo sait qu'il a gagné, à la lueur qui traverse le regard d'Heero et le fait que celui-ci s'attarde sur ses lèvres une seconde de trop.
- C'était il y a deux ans… commence effectivement Heero, vaincu.
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Flash back
Protectorat de Shamaland, Quartier général des preventers
Secteur Ouest, Bureau d'Aymeric Dampierre
Mai AC 203
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Aymeric Dampierre est heureux de constater qu'Heero est bien dans la salle d'attente de son cabinet. Il l'invite à entrer, à prendre place et s'installe face à lui, de l'autre côté de la table basse.
- Comment te sens-tu, cette semaine ?
Heero hausse simplement les épaules.
Un geste d'enfant qui fait sourire le thérapeute.
- As-tu réfléchi comme je t'ai demandé de le faire, la dernière fois ? enchaîne-t-il.
Il ne sert à rien de poursuivre les banalités. Heero le lui a clairement dit dès le début : ce n'est pas la peine de demander comment il va, tant qu'il n'aura pas retrouvé Duo, rien n'ira. Et il ne ment jamais pour respecter le principe le plus cher à Duo, donc il ne prétendra jamais aller bien, tant qu'il ne sera pas auprès de lui, enfin.
- Hn.
- Très bien, alors je t'écoute. Parle-moi de ta relation à Duo et l'évolution de tes sentiments, la perception que tu en as.
Heero se laisse aller plus confortablement dans son siège. Il a accepté de continuer à voir le thérapeute, alors il est décidé à tout faire pour que ce temps ne soit effectivement pas perdu.
Quoi qu'il lui demande, il le fera.
Enfin, il est disposé à essayer, au moins.
- Ça a été progressif, répond-il d'une voix neutre. D'abord, c'est sa présence que je ressentais comme... un soulagement. Je n'aimais pas être au bureau ou de sortie sans lui.
- Continue, l'encourage le thérapeute en le sentant hésiter.
- Ensuite, son regard a commencé à me manquer.
- Sa seule présence ne te suffisait plus.
- Hn. Tant qu'il ne posait pas ses yeux sur moi, je n'étais pas complètement bien.
- Heureusement qu'il ne pouvait pas, lui non plus, passer une journée sans te voir et discuter avec toi, sourit-il. A ce que j'ai cru comprendre.
- Ça arrivait, pourtant, réplique Heero.
- Et tu étais hyper grognon, ces jours-là. J'en ai aussi eu des échos.
- Je ne suis pas grognon. Je ne l'ai jamais été. Wufei et Quatre devraient mieux choisir leurs mots.
- Irascible, si tu préfères, corrige Aymeric avec un petit sourire indulgent. Mais passons. Continue.
Le regard noir, Heero reprend son récit.
- Le temps passant, j'ai pu constater que je ne me sentais vraiment apaisé qu'une fois qu' il m'avait souri. Alors seulement, ma journée valait la peine d'être vécue. C'était ridicule... J'en suis conscient, aujourd'hui, autant qu'à l'époque. Surtout que moi, j'ai ce genre de pensée... Mais c'était tellement vrai et concret… Un simple sourire de sa part et tout prenait une autre densité.
Le thérapeute lui accorde deux bonnes minutes de silence, un court moment avec son passé.
- Et en son absence, quand des missions différentes vous séparaient ? reprend-il doucement pour ne pas le brusquer. Tu t'accrochais à quelque chose ? Des souvenirs, peut-être ?
- Sa voix, répond Heero sans avoir besoin de réfléchir. J'avais besoin de l'entendre, si je ne pouvais pas le voir. Elle aussi m'est devenue indispensable, essentielle à mon équilibre quotidien.
- Et durant ces dernières années sans lui ?
Heero ne manifeste aucune émotion, mais ses poings se serrent avec plus de force sur ses cuisses, faisant légèrement crisser le tissu de son pantalon.
- J'ai repassé les enregistrements où il intervient, à intervalles réguliers. Certains se font un film, le samedi soir, moi, ce sont des vidéos de Duo.
- C'est ce qui t'aide à tenir le coup, tu penses ?
- Et la certitude qu'il est vivant, assure-t-il avec une furieuse détermination, le regard en fusion.
- Bien.
Le silence se fait, religieux.
- On en a fini ? demande Heero au bout d'un temps qu'il juge correct.
- On peut arrêter là, oui. Sauf si tu as quelque chose à ajouter.
- Non, répond-il en se levant.
Cela n'étonne pas le thérapeute, Heero n'est pas du genre à s'épancher et il s'est déjà beaucoup confié.
Il se doute de l'effort que ça lui a coûté. Il ne préfère pas le relancer et rendre la séance trop lourde, pour se donner une chance qu'il revienne.
Et reste dans de bonnes dispositions.
- Alors, on en a fini. Merci d'être venu, Heero.
- Hn.
- A bientôt ? La semaine prochaine, peut-être ?
- Plutôt dix jours. A confirmer.
- Comme d'habitude. Bonne après-midi.
- Pareillement.
- Merci.
Peu de temps après qu'il soit sorti, Wufei entre dans le bureau du thérapeute.
- Je ne te dérange pas ?
- Non, j'ai un peu de temps avant le prochain rendez-vous. Heero ne reste jamais 45 minutes.
- Comment s'est passé sa séance ?
- Plutôt bien. Il accepte de parler un peu plus, même s'il le fait comme en réponse à un interrogatoire et non dans une démarche de confession ou de soulagement, ni de travail sur soi.
- J'aurais sûrement eu la même attitude, grimace Wufei.
- En effet, confirme Aymeric avec un petit sourire.
- Tu penses que cela lui fait du bien quand même ? reprend le Général.
- Oui, répond-il sans hésiter. Il ne le reconnaît sûrement pas, pour le moment, mais il en a besoin. Tu as bien fait d'insister.
- C'est Winner qui est parvenu à le convaincre. Bien qu'il dise lui-même que ce n'est que pour avoir la paix...
- Il n'accepte l'aide et le soutien que de quelques rares personnes. Quatre, Trowa, et toi. On peut aussi considérer qu'il tolère ceux de Lucretia, Milliardo et Réléna, parfois. C'est peu.
- C'est suffisant, pour lui. Plus aurait eu l'effet inverse.
- Oh ! oui... Vous vous ressemblez à bien des égards.
- On nous le fait souvent remarquer...
- Ce serait aussi bénéfique pour toi de commencer ce même travail, pur te libérer des fantômes du passé. Et d'un en particulier...
- Nous avons déjà eu cette discussion. La réponse est toujours non.
- Avec une autre personne que moi, c'est aussi possible.
- Si je devais le faire, je ne me donnerais pas d'autre choix que toi, Dampierre.
- C'est flatteur pour moi. Mais j'ai d'excellents collègues.
Les yeux de Wufei se plissent, alors qu'il darde un regard accusateur vers son ami et subordonné.
- Je n'accepterai qu'avec toi et tu le sais pertinemment.
- C'est si bon de l'entendre…
Wufei soupire en levant les yeux au plafond.
- Il est plus que temps pour moi de retourner à mon bureau.
- Tu ne me déranges pas.
- Ton prochain client va arriver, et j'ai aussi du travail. Je voulais juste m'assurer que Yuy participait un minimum.
- C'est le cas, ne t'en fais pas, le rassure-t-il en le raccompagnant à la porte. On avance, même si on ne se voit ni souvent, ni régulièrement.
- Tant mieux. Alors, bon après-midi, Dampierre.
- À toi aussi, mon Général.
Wufei quitte le bureau et s'éloigne rapidement.
Il ne remarque même pas la présence d'Heero, dissimulé comme il sait si bien le faire, et qui n'a rien perdu de son échange avec Dampierre.
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Fin du flashback.
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- Wufei était vraiment inquiet pour toi, fait remarquer Duo.
- Oui, mais pas seulement. Il s'en est toujours un peu voulu de ne pas pouvoir faire plus pour te retrouver.
- Ah bon ?
- Hn. Il admettait que sa position lui permettait de me laisser plus de liberté et de me donner plus de moyens pour mes recherches. Mais l'homme de terrain qu'il est regrettait de ne pouvoir être plus actif, en menant lui-même des actions concrètes.
- Je vois.
Heero repose son gobelet vide.
- C'était difficile pour chacun d'eux de s'en remettre entièrement à moi. Ils avaient parfois l'impression de ne pas m'aider suffisamment. Pourtant, à leur manière, ils le faisaient et plus qu'efficacement. Mes échanges avec Aymeric en témoignent.
- Mais c'était difficile aussi, pour toi, ces entretiens…
- Je n'étais pas du genre à me confier. Mais ça me faisait du bien de parler de toi, de nous. C'était aussi douloureux, c'est pour ça que je ne te raconte pas tout.
- T'étais pas obligé de rester, si t'étais pas bien, quand même ?
- Non, bien sûr. Mais Aymeric m'a dit une chose qui me faisait rester, malgré tout : « ce ne sera peut-être pas agréable, peut-être que si, au contraire. L'important, c'est que d'une manière ou d'une autre, ça te sera utile. » Il avait raison.
Après un court silence, Duo reprend.
- C'est donc comme ça que tu tenais le coup : en passant des enregistrements où j'intervenais.
- Hn. Et aussi…
- Oui ?
- Je te montrerai ce soir. Django est arrivé, annonce-t-il en désignant un point derrière lui, d'un signe de tête.
Duo se retourne et voit effectivement leur guide local descendre de sa Range rover, garée un peu plus loin sur la place.
Ils se lèvent donc tous les deux pour le rejoindre.
- J'attendrai pour savoir, alors, soupire Duo. Mais j'ai hâte. Tu vas pas changer d'avis, hein ?
- Non, promis. C'est important.
- Merci, mon Hee-chan.
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En fin d'après-midi, dans leur lodge.
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Une longue douche bien délassante est plus que nécessaire et bienvenue, après une après-midi aussi sportive. Herro et Duo ont sollicité tous les muscles de leurs corps pour « dompter le sauvage Zambèze », selon l'expression de Duo, et découvrir les paysages incroyables de ce pays d'eau et de feu.
C'est donc bien détendu que Duo attend qu'Heero reprenne leur conversation là où ils ont dû l'interrompre, plus tôt dans la journée.
- Comme j'avais commencé à te le dire, j'avais un autre moyen de palier ton absence, quand cela devenait trop difficile.
Heero sort son téléphone de sa poche et pianote quelques secondes dessus, avant de le poser sur la table basse, entre eux.
Une lumière en jaillit soudain, qui prend rapidement forme humaine.
Interdit, Duo contemple son propre corps, comme un reflet dans un miroir, s'asseoir en tailleur sur la table et le téléphone d'où il est sorti…
Un hologramme.
Heero a fait apparaître une copie de lui de son portable, comme s'il avait frotté la lampe d'un génie pour en déloger l'occupant magique.
Sauf qu'il ne s'agit pas de magie ici, mais de science.
- Salut, Hee-chan.
- Salut, Shin.
- Shin ? répète le vrai Duo.
- Shinigami.
L'incrédulité de Duo monte d'un cran, en même temps que ses sourcils sur son front.
- T'es sérieux, là ?
- Duo Maxwell. Bonjour.
Duo tourne son regard vers l'hologramme qui vient de les interrompre.
- Ouais, mon gars, le seul et unique !
Cette réflexion tire un sourire à Heero.
- Il n'y aucun doute à ce sujet, Duo-kun.
- Alors c'est quoi, ça ? réplique-t-il en se levant et en pointant son double d'un doigt accusateur.
- Un hologramme.
- Fais pas le malin !
- C'est une simple illusion, tenshi-no, un pâle réconfort.
- A qui tu as donné un surnom !
- Un nom, parce qu'il n'est pas toi.
- Mais tu l'as aussi doté d'une intelligence artificielle. Une I. A. assez évoluée, qui plus est ! Ton « simple » hologramme m'a reconnu et m'a identifié !
- J'ai intégré toutes les données qui t'étaient acquises à sa programmation. Ça nous permettait de discuter, comme nous l'aurions fait, tous les deux. Comme on le faisait, avant.
Duo prend une grande inspiration pour pouvoir poser sa question.
- Et vous n'avez jamais fait que ça ? Discuter ?
- Hn.
- Vraiment ? Tu t'en es jamais servi pour… euh...
- Non, assure Heero avec un petit sourire. Jamais. Même avec toi-même, même virtuellement, je ne t'aurais jamais trompé.
Duo soupire longuement et se rassoit.
- Ok… Tant mieux. Parce que c'est un peu dérangeant de t'imaginer… t'amuser... avec ça…
- Je sais. Et ce n'est pas ce dont j'avais besoin.
- C'était de quoi, alors ?
- Parler.
- Parler ? répète Duo avec un petit rire sceptique. Toi ?
- Parler avec toi, le corrige Heero, toujours aussi calme. Le silence est terrible et insupportable, quand il est le marqueur d'une absence. Shin me permettait d'y échapper, quand c'était insoutenable.
- Je vois… murmure Duo, soudain profondément ému à l'évocation de l'épreuve douloureuse traversée par son compagnon.
- Et puis, je te voyais partout. Au moins, là, quand je faisais apparaître Shin, j'avais l'impression d'avoir le contrôle. Même si, comme pour le reste, ce n'était qu'une illisuion.
Duo se lève et après un court silence et quelques pas dans la pièce, il revient vers Heero.
- Je suis revenu depuis plusieurs mois, même si on s'est retrouvé tous les deux depuis peu… On se voit tout le temps, on parle souvent… Je comprends d'ailleurs maintenant pourquoi on discute bien plus longuement qu'avant… Mais bref, passons… Pourquoi il est toujours là ?
- Parce que je n'y pensais plus, simplement. Te retrouver à balayer beaucoup de choses. Ces heures sombres où je devais faire appel à Shin pour ne pas sombrer définitivement, ce ne sont pas des moments dont je veux me souvenir.
- Je comprends.
- Peut-être aussi, inconsciemment, j'ai peur que tout ne soit encore qu'un rêve, avoue-t-il dans un murmure.
- Je suis bien là.
Duo aimerait le rejoindre, mais il y a cet hologramme entre eux qui bloque son élan.
- Je sais, lui répond Heero. Et tu as raison. A présent, je n'ai plus besoin de lui. Shin, poursuit-il en se levant pour lui faire face, je te remercie pour ta compagnie et ta conversation, quand j'en avais besoin.
- A ton service, Hee-chan. Adieu, donc, si je comprends bien la situation, ajoute-t-il en se levant lui aussi.
- Hn.
- Sois heureux, c'est tout ce que je souhaite. Duo Maxwell, prends soin de lui, ajoute-t-il en se tournant vers son modèle.
- Évidemment ! Non mais j'hallucine…
Il n'est déjà pas très à l'aise, mais s'entendre faire des recommandations de ce genre par son double virtuel n'arrange vraiment pas les choses.
Heureusement, Heero le déconnecte, le faisant disparaître.
Il désinstalle ensuite le programme et repose son portable.
- T'es triste ? demande Duo en le rejoignant pour l'enlacer.
- Non, le rassure-t-il en le serrant plus fort contre lui. Tu es là, en chair et en os. C'est tout ce dont j'ai besoin, je te l'ai dit.
- Ok… Mais si tu précises « en chair et en os », ça veut pas dire que tu l'as parfois intégré dans un robot ou une poupée à mon image, hein ?
- Duo…
- T'en as parfaitement les capacités !
- Mais pas l'envie, ni le besoin, réplique-t-il en posant son front contre le sien. Je te l'ai déjà dit deux fois.
- Je devais être sûr, pardon…
- Je comprends. Écoute, je suis désolé si je t'ai choqué ou contrarié.
- Non, c'est bon, honey, affirme-t-il, réellement soulagé de ne plus être face à l'hologramme. Tout va bien ! ajoute-t-il en reculant sa tête pour le regarder dans les yeux. C'est déjà oublié !
- Parfait. Tu veux qu'on reste tranquille ici, tous les deux, ou on va dîner chez Rokadyé, comme prévu ?
- Et comment qu'on va chez Mama 'Dyé ! répond Duo avec enthousiasme. Si t'es d'accord, toi aussi, bien sûr...
- Hn. Tout ce que tu veux.
- Je pourrais manger son nyama pendant des jours et des jours, sans me lasser !
- Allons-y, alors. Si on arrive assez tôt, on pourra l'aider.
- Et je pourrais apprendre à en faire !
- Hn.
- Ok ! Mais avant, parce que tout ça m'a un peu secoué, même si ça va mieux… Je veux un bisou !
- Ryoukaï, accepte Heero avec un doux sourire.
Avant de s'exécuter avec plaisir, passion et beaucoup d'application.
Pour le plus grand bonheur de Duo.
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Notes :
Livingstone est une ville près des Chutes Victoria en Zambie. Elle a été nommée ainsi en référence à l'explorateur écossais David Livingstone, premier européen à les avoir observées en 1855.
Le biltong est une viande séchée consommée dans beaucoup de pays d'Afrique. Ça ressemble au jerk anglais ou au bacon crispy, selon les endroits. La viande peut-être du bœuf, du ponton, de l'antilope…
Le nyama est un ragoût de bœuf traditionnel au Zimbabwe. On le sert beaucoup en période de Noël. Livingstone est en Zambie mais à la frontière du Zimbabwe. Les chutes Victoria sont dans les deux pays, un pont les relie. Elles sont parmi les plus spectaculaires au monde.
Un lodge ou loge est un type de logement en plein air rencontré dans l'Afrique de l'Est et du Sud. Les loges de safari sont souvent situées à l'intérieur ou en bordure d'un parc national ou d'une réserve de chasse et s'adressent à des touristes intéressés par la faune sauvage. Une loge comporte typiquement une chambre, une salle de bain, presque toujours une terrasse et parfois une petite cuisine. L'architecture, le décor et le confort sont extrêmement variables.
Merci d'avoir lu. A dès que possible pour un nouveau texte.
