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CHAPITRE 21 – Se préparer au pire.


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Se présenter à la patinoire le lendemain matin fut un peu comme aller un zoo. La sécurité était stricte, avec de multiples points de contrôle à franchir. Cela prit beaucoup de temps puisqu'ils fouillaient minutieusement chaque patineur mais je me divertis en envoyant des SMS à Edward.

Esmée et Marcus m'accompagnèrent dans les coulisses pendant qu'Edward, Rose et Alice partirent dans l'autre direction pour camper dans les gradins, pour la plupart vides, et regarder la séance d'entraînement.

Le reste des gars décida d'esquiver les festivités du début, prévoyant d'être tous présents quand ça comptait vraiment. Ça me convenait parfaitement. Les séances d'entraînement étaient toujours un peu imprévisibles et je n'avais vraiment pas besoin d'un tas de gens en plus qui regardaient. Surtout si ça se passait mal.

Je pouvais comprendre qu'Alice et Rose veuillent venir regarder mais j'avais été surprise quand Edward avait refusé l'offre des hommes de passer la journée avec eux, préférant rejoindre les filles et observer ma séance du matin. Je l'avais encouragé à y aller parce qu'en fait, la séance d'entraînement n'était pas très intéressante mais il avait été assez catégorique pour rester tout près. Je suppose que je ne pouvais pas réellement le blâmer.

L'entraînement était facultatif, alors je ne savais pas si Lauren et son équipe se montreraient mais je me préparais à la probabilité qu'ils soient là, grâce à ça je ne fus pas tout à fait choquée d'apercevoir Phil et Renée à l'enregistrement.

Ils n'avaient pas changé bien que je suppose que cela aurait dû être une évidence. Ce n'est pas parce que beaucoup de choses s'étaient passées depuis la dernière fois que je les avais vus qu'ils avaient changé physiquement.

Ils étaient à la sécurité pour faire contrôler les sacs de Lauren, alors que nous étions quelques groupes derrière eux. Phil jeta un coup d'œil, visiblement impatient de voir combien de temps prenait le processus de contrôle et il me repéra presque instantanément. J'avais espéré rester sous leur radar un peu plus longtemps mais non, pas de chance. Ses lèvres s'étirèrent en un lent et sournois ricanement, me rappelant ce premier regard déconcertant qu'il m'avait donné quand Renée nous avait présentés à l'hôtel. Celui qui me donnait envie de me mettre à l'abri sous de lourdes couvertures.

Il hocha la tête pour me saluer mais je ne fis pas de même et ne le saluai de quelque façon que ce soit.

Au lieu de cela, je choisis de jouer avec la sangle de mon sac, faisant comme si je ne savais pas qu'il était là. Du coin de l'œil, je le vis pousser Renée et je ne pus m'empêcher de lever les yeux, juste au moment où elle me regardait.

Nos yeux se connectèrent pendant un instant, les siens restèrent inexpressifs. Ils m'étaient si familiers mais de tant de manières étrangers en même temps. Ils étaient froids, durs, presque insensibles. Le regard qu'elle me lança était à la fois évaluateur et désintéressé, comme si elle ne faisait que me jauger. Ça ne dura qu'un instant et juste comme ça, sa tête se retourna, son attention se porta sur Lauren et Phil. Le seul signe qu'elle était affectée par ma présence, c'est qu'elle tira durement sur le bras de Phil pour détourner son attention de l'endroit où je me trouvais.

Donc c'est comme ça que ça va être, pensais-je. Je souhaitai être aussi peu affectée qu'elle l'était mais je suppose que je ne suis pas sans cœur. Le fait qu'elle puisse me regarder comme ça alors qu'elle m'avait conçue, mise au monde et élevée, me rendait physiquement malade. Ma main se leva pour frotter mon ventre sans même que je m'en rende compte.

"Tu vas bien, ma chérie ? Tu es un peu pâle," murmura Esmée. Elle balaya doucement les cheveux qui tombaient sur mon front, en posant sa paume à plat dessus pour vérifier par elle-même.

"Ouais, je vais bien," marmonnai-je, en voulant toucher de nouveau mon ventre et en forçant mes mains à rester à mes côtés. Ma tête commença à tourner pour les regarder mais je m'arrêtai juste à temps, en ramenant mon regard sur Esmée. J'essayai de lui faire un sourire rassurant mais ce fut plutôt une grimace.

Elle dut remarquer où mes yeux voulaient se perdre car elle regarda par-dessus mon l'épaule. A en juger par la grimace qui tordit immédiatement ses lèvres, elle comprit assez facilement ce qui me dérangeait. Elle ne regarda pas dans leur direction plus d'un instant et quand ses yeux revinrent aux miens, ils étaient doux de compassion et de compréhension.

"Ne fais pas attention à eux," dit-elle doucement, en glissant son bras autour de ma taille. "Je sais que c'est dur chérie… mais ils ne peuvent t'affecter que si tu les laisses faire."

Je hochai la tête et lui fis un petit sourire qui devint un peu plus sincère quand elle me serra contre elle et embrassa mon front.

Ce fut un peu plus facile de respirer quand la sécurité en termina avec les sacs de Lauren et les laissa passer. Les coulisses étaient généralement assez encombrées, si bien que ce ne serait pas la dernière fois que je les verrais. Pendant le temps qu'il nous restait à attendre pour passer le point de contrôle, je me concentrai sur moi, pour me construire un peu de cette carapace qui me permettrait de traverser ça.

J'envoyai un texto à Edward pour lui dire que je les avais vus et que tout allait bien. Il n'y avait pas moyen qu'il les manque une fois qu'on serait toutes sur la glace et je ne voulais pas qu'il soit pris au dépourvu. Il me répondit rapidement par texto, essayant clairement de vérifier et de s'assurer que j'allais vraiment bien. Plutôt que de faire un échange de texto, je l'appelai pour qu'il comprenne au ton de ma voix que tout allait bien et lui dire que je serai sur la glace après quelques étirements.

Sa réponse fut suggestive et enjouée, plutôt qu'inquiète, je considérais que j'avais bien fait mon travail.

Esmée et Marcus prirent mes sacs pour aller chercher une place le long des bancs avec les autres équipes, pendant que je faisais un jogging rapide dans les couloirs pour faire monter mon rythme cardiaque. Je trouvai un coin tranquille et fis mes étirements sans être dérangée avant de retrouver Marcus et lacer mes patins.

La glace était encombrée d'autres patineurs, bien que certains soient encore en coulisses à effectuer leurs routines d'échauffement. L'entraînement était décontracté - au moins aussi décontracté que possible avec vingt-trois femmes ultra compétitives. Nous avions été réparties en trois groupes distincts de sept ou huit patineuses, avec une heure chacune sur la glace.

Nous étions libres d'aller et venir à notre guise dans le créneau horaire et chaque patineur avait l'occasion d'exécuter son programme complet une fois avec la musique dans les haut-parleurs, même si la patinoire n'était pas complètement vide. Quelques-unes des filles, les moins bien classées de ma section étaient déjà acharnées au travail, avec une qui prenait sa place au centre de la patinoire quand sa musique commençait. C'était le Pas de Deux de Casse-Noisette, une sélection que j'avais utilisée il y a quelques années. Le morceau familier me fit sourire.

Je la regardais en laçant mes patins et m'attardais un peu plus le long des bordures, posant ma cheville sur le dessus en courbant mon bras pour toucher mes orteils.

La fille était en fait assez bonne et avait un réel potentiel. Je me creusai la tête pour essayer de me rappeler son nom mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Elle essayait juste un peu trop fort, probablement un peu intimidée par certains visages plus connus sur la glace autour d'elle.

C'est la partie que j'aimais vraiment dans les répétitions - voir tous les différents entraînements, les chorégraphies que chacun avait travaillé. C'était comme une confiserie pleine d'inspiration, écouter les choix de morceaux et comment elles coupaient leur musique, comment elles avaient choisi d'enchaîner leurs pas. C'était difficile d'être original mais c'était amusant de regarder et de voir la variété. Je n'avais jamais pu me résoudre à regarder quelqu'un d'autre patiner une fois la compétition commencée, donc l'entraînement était vraiment ma seule occasion de scruter la scène.

La jeune fille avait un beau programme, bien que j'aie repéré quelques éléments que je modifierais si ça ne tenait qu'à moi. J'avais presque envie de mettre la main dessus et de la façonner, comme si souvent en regardant d'autres patineurs. Non pas parce que je pensais que j'étais meilleure mais parce que mon esprit semblait toujours déborder de possibilités. Cette envie semblait encore plus prononcée maintenant que j'avais eu l'occasion d'explorer mes capacités en tant que chorégraphe.

Quand elle eut fini, j'entendis les applaudissements de la foule clairsemée dans les gradins. Son entraîneur se tenait près de l'endroit où j'étais et l'appela, me rafraîchissant la mémoire quant à son identité.

Angela Weber, relativement nouvelle sur le terrain et encore très jeune à dix-huit ans. Je l'avais vue ici et là lors de quelques événements dans le passé. Elle était bonne mais un peu incohérente et toujours un peu sous le radar, bien qu'elle ait remporté quelques médailles au cours des trois derrières saisons. D'après mes souvenirs, elle avait fait quelques chutes brutales au Grand Prix mais avait quand même terminé relativement haut.

J'essayai de me concentrer sur mes étirements et de les ignorer pendant que son entraîneur lui parlait de certains éléments et la laissa pour aller voir les officiels.

Au lieu de repartir pour continuer à s'échauffer, Angela resta près du bord. Ses yeux étaient énormes et elle avait l'air extrêmement nerveuse. Je pouvais comprendre pourquoi. A dix-huit ans, ce serait son premier essai pour une équipe olympique et ça ajoutait toujours beaucoup de stress.

J'hésitai un instant, voulant dire quelque chose, ayant été à sa place auparavant. Elle me semblait gentille mais je ne la connaissais certainement pas assez pour savoir si elle allait crier sur moi pour m'être adressée à elle comme d'autres filles le feraient.

Quand elle resta là, à se tordre les mains d'anxiété et à manifestement essayer de contrôler son souffle, je décidai de suivre mon instinct.

"Tu étais vraiment très bien, Angela," dis-je prudemment.

Sa tête se releva et elle resta bouche bée dans ce qui semblait être un choc quand elle comprit qui lui parlait.

"Qui, moi ?" demanda-t-elle, en pointant sa poitrine.

Je souris chaleureusement et fis un signe de tête. "C'est un super programme. J'aime vraiment la façon dont tu as coupé le morceau."

"Vraiment ?" demanda-t-elle, avec un sourire radieux en se rapprochant un peu plus de moi. "J'ai adoré ta version en deux mille quatre. Celle avec la robe rose ? Je la regarde sur YouTube tout le temps."

"Ouais ?" demandai-je, me sentant un peu étourdie par le compliment. La chorégraphie de Casse-Noisette était l'une des premières où j'avais participé en aidant Marcus. "C'était une de mes préférées aussi. J'espère que ça marchera aussi bien pour toi que pour moi."

"J'en doute fortement," dit-elle, en levant un peu les yeux au ciel. "Je veux dire… tu as gagné l'or à Skate Canada et l'argent aux championnats nationaux cette année-là. Il n'y a pas moyen que ça m'arrive."

"Pourquoi pas ? De ce que j'ai vu, on dirait que tu as une bonne chance."

"Oh allez. Moi ? Pas question," dit-elle d'un air triste. "J'ai presque détruit mes chances au début de la saison. J'espère juste que je ne me ridiculiserai pas ce week-end pour pouvoir me montrer à nouveau l'année prochaine…"

"Hé on ne sait jamais... Tout peut arriver," offris-je. "Tu peux aller sur la glace et patiner deux programmes parfaits et ramener l'or à la maison."

Elle secoua la tête, toujours pessimiste. Je détestai la voir se saborder toute seule sûrement parce que je l'avais fait de nombreuses fois par le passé et je savais combien ça me hantait. Quelque chose en elle me donnait juste envie de l'encourager.

"Je suis aussi assez nerveuse," murmurai-je, espérant que ça l'aidera à se détendre si elle ne se savait pas seule.

"Vraiment ?!" se moqua-t-elle avec incrédulité. "Toi ?"

"Eh bien oui. Peu importe le nombre de fois où tu te produis devant une foule, c'est toujours angoissant. Se blesser et disparaître la saison dernière ? C'est difficile de revenir de là."

"Tu n'as rien à craindre. Je veux dire que tu es la meilleure patineuse qui soit. Et tes programmes ? Oh mon Dieu ils sont tout simplement magnifiques."

"Merci," dis-je doucement, rougissant en voyant combien elle était visiblement sincère.

"Je veux dire je sais que tu n'es pas beaucoup plus âgée que moi mais tu es une sorte d'idole."

"Eh bien, moi aussi je pense que tu es assez impressionnante," lui dis-je avec un sourire. "Ne sois pas trop nerveuse et ça se passera bien."

"Angela ?" entendis-je son entraîneur crier, en lui faisant signe.

"Oh je suppose que je ferais mieux d'y aller," balbutia-t-elle, en lui faisant un geste.

Je souris et lui tendis ma main pour la lui serrer. "Bonne chance ce soir."

"Merci ! Et à toi aussi," dit-elle. En me tapant dans la main avec enthousiasme. "Pas que tu en aies besoin, bien sûr, tu es merveilleuse."

"J'en ai toujours besoin. Merci, Angela."

Je la regardai s'éloigner, me sentant plus légère à l'idée de m'entraîner. En essayant de l'apaiser j'avais en quelque sorte réussi à calmer mes nerfs aussi.

En regardant autour de moi j'aperçus rapidement Edward, Alice et Rose assis le plus près possible, juste à côté du milieu de la patinoire. Je leur souris en leur faisant un signe de la main alors que je finissais de m'étirer puis je m'approchai de Marcus pour avoir notre conversation pré-entrainement typique.

Lauren était déjà sur la glace au moment où j'enlevais mes protège patins et franchis la barrière. J'essayai de la bloquer mais c'était difficile étant donné qu'elle semblait passer beaucoup de temps à répéter ses spirales juste en face d'Edward.

Tellement transparente, pensai-je, secouant la tête de dégoût devant ses tactiques bon marché. Je n'étais pas du tout inquiète. Edward était à moi et ne serait jamais intéressé par elle ou quelqu'un d'autre, je le savais.

Et vraiment ses spirales n'étaient pas si impressionnantes même s'il était probablement insignifiant de s'en réjouir. Les sauts et l'athlétisme de Lauren étaient ses points forts, certainement pas sa souplesse ou son talent artistique.

Après avoir effectué plusieurs tours pour m'habituer à la surface, je commençai à échauffer mes propres spirales, me collant près des planches de l'autre côté. Renée et Phil étaient stationnés à une extrémité de la patinoire, restant près des bords mais bougeant parfois pour étudier leur patineuse.

Chaque fois que je m'approchai de l'endroit où ils étaient, Renée semblait faire exprès de se détourner et de m'ignorer complètement alors que Phil faisait exactement le contraire, me scrutant minutieusement. Bien que j'essaie de les éviter, il était difficile de ne pas occuper toute la surface de la patinoire si je voulais vraiment profiter de cette séance d'entraînement.

J'entendis le faux rire aigu de Lauren de l'autre côté de la glace et je me tournai pour la voir debout près des bords, juste face à l'endroit où les filles et Edward étaient assis. Juste devant mes yeux, elle souleva sa jambe et cala son pied sur les planches, lui donnant effectivement une vision complète de son entrejambe dans son petit justaucorps.

Ça suffisait. Elle n'était peut-être pas une menace mais je n'allais pas rester là, à la regarder se jeter ouvertement sur mon petit-ami.

Je glissai vers elle. En m'approchant je l'entendis lui demander s'il l'aiderait avec ses patins d'une voix douce et mielleuse, battant, ridiculement, des cils et se penchant suffisamment pour qu'il puisse regarder dans son décolleté - comme s'il n'en avait pas déjà assez vu.

Edward avait l'air consterné et un peu paniqué en essayant de l'ignorer, jetant des coups d'œil à Rose et à sa sœur pour obtenir de l'aide. Je pouvais dire que Rose n'était qu'à un souffle ou deux de déchaîner l'enfer. Je ne voulais vraiment pas que l'un d'eux aient des ennuis avec la sécurité alors je patinais juste à côté de Lauren, l'avertissant de ma présence en grattant bruyant mes lames contre la glace.

"Oh Lauren," dis-je avec condescendance. Elle se tourna et pinça les lèvres comme si elle venait de goûter quelque chose d'aigre. "Tu ne sais donc pas que c'est une sacrée responsabilité de faire lacer ses patins par quelqu'un d'autre ? Je ne voudrais pas que tu trébuches parce qu'ils sont attachés trop serrés…"

Elle roula des yeux et même si elle avait l'air un peu réticente à le faire, elle laissa retomber sa jambe des planches et se tourna vers moi.

"Bonjour Isabella," ricana-t-elle, ses mains calées sur ses hanches. "J'ai oublié que tu patinais à cette compétition."

"J'en doute," dis-je froidement. "Mais si tu veux sous-estimer tes adversaires, je t'en prie..."

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais fut coupée lorsque Phil l'appela de l'autre côté de la glace, l'informant qu'elle était là pour répéter son programme.

Elle lança un dernier regard dans ma direction avant de tourner son attention vers Edward.

"C'est Edward, pas vrai ?" demanda-t-elle d'une voix basse et haletante, séduisante. Une fois de plus elle lui envoya un regard charmeur et bomba le torse si évidemment que je ne pus m'empêcher de rouler des yeux. "Je suis sûre que je te reverrai."

Elle embrassa le bout de ses doigts avec ses lèvres collantes et brillantes puis les posa sur sa joue avant qu'il ne se rende compte de ce qu'elle faisait et d'empêcher sa manœuvre. Elle pivota sur ses lames et s'envola vers son entraîneur, sa haute queue de cheval blonde rebondissant à chacun de ses pas.

Le visage d'Edward se crispa d'horreur alors qu'il essayait d'enlever la substance gluante sur sa joue.

"Beurk," gémit-il.

"Il te faudra peut-être te faire vacciner contre le tétanos, Edward…" lui conseilla Alice. Rose et lui se tournèrent vers elle, interrogateurs. "Quoi ? Ce n'est pas ce qu'il faut faire quand on s'est fait mordre par une chienne enragée ?"

J'éclatai de rire, me serrant les côtes tandis que Rose et Alice riaient aussi. Je levai les yeux pour voir Edward bien moins amusé et essuyant toujours son visage. Je lui fis un sourire d'excuse, en essayant de reprendre le contrôle et je me mis au travail pour retirer toutes les preuves de son passage sur sa belle joue.

"Sérieusement, quelle saleté !" se moqua Rose.

"Saleté ?" demandai-je, en m'appuyant contre les bords et en m'étirant pour rester échauffée.

"Putain de garce !" Elle haussa les épaules.

"Oui totalement !" s'exclama Alice. "J'avais peur qu'elle saute par-dessus et commence à danser autour d'Edward."

"Vous riez toutes mais je viens d'être violé !" se plaignit-il, d'un air renfrogné. "J'ai besoin de trouver une douche. Et un peu de désinfectant aussi," ajouta-t-il, effleurant à nouveau son visage même si toutes les traces de gloss avaient disparu.

"Oh mon pauvre," roucoulai-je exagérément, tendant la main pour prendre son visage boudeur entre mes mains. "Je t'embrasserai bien pour que tout aille mieux mais je travaille."

"Mais Bella je suis en état de vulnérabilité en ce moment," gémit-il, sa lèvre inférieure faisant une adorable moue. "J'ai juste besoin de réconfort."

"Je peux aller chercher Lauren si ça peut t'aider," le taquinai-je. "Il ne semble pas qu'elle soit très soucieuse de se montrer professionnelle."

"Non, non, ça va," dit-il rapidement. "Je me sens beaucoup mieux."

"Si tu es sûr..."

"Oui," dit-il en tendant sa main vers les miennes et me tirant. Les planches nous séparaient de la taille aux pieds mais il réussit quand même à se rapprocher suffisamment pour me chuchoter à l'oreille, nos poitrines se frôlant. "Je devrais arriver à être patient jusqu'à ce que je puisse te sortir de la glace et loin des regards indiscrets..."

Je rougis d'anticipation – comme je le faisais toujours – quand il parlait ainsi. Ces mots et avec cette voix… Soudain je n'étais plus du tout préoccupée de paraître professionnelle.

"Eh bien peut-être juste un truc rapide," murmurai-je, levant mon visage vers le sien et lui caressant les lèvres avec un doux et tendre baiser qui en évoquait beaucoup d'autres à venir. "Mais je vais t'envoyer Marcus si ça me cause des ennuis."

"Prends ton cul paresseux de là et va patiner, Swan," ordonna Rose, en tapant des poings sur l'accoudoir de son fauteuil. "Ce n'est pas le moment de bavarder et de te faire bécoter. Nous avons payé cher pour voir du patinage."

"Pit bull !" ris-je, profitant de cette opportunité pour m'appuyer contre Edward pour un instant supplémentaire. "Vous avez eu des laisser-passer gratis. Je ne te dois rien. Je ne suis pas ton petit singe de compétition."

"Allez va montrer à ces filles qui est le chef ici !" m'encouragea Alice, en tapant dans ses mains.

"D'accord d'accord, chahuteuses folles !" grognai-je dans un souffle et je lâchai Edward. Je levai les yeux vers lui et serrai ses mains une dernière fois avant de lâcher prise. "A bientôt ?"

"Si ces deux dingues ne m'ont pas tué avant…" dit-il avec un sourire affectueux.

"Hey !" protesta Alice, en le tapant à l'arrière de la jambe.

Je rigolai en secouant la tête aux chamailleries du frère et de la sœur et je partis. Je n'avais pas fait plus de trois pas avant de céder à la tentation. Edward s'était détourné et plaisantait avec Alice quand je le pris par surprise, saisissant son poignet.

Ses sourcils se froncèrent de confusion et sa bouche s'ouvrit pour m'interroger mais je ne laissai pas sortir les mots avant que mes lèvres ne s'écrasent passionnément contre les siennes. Ses bras s'enroulèrent étroitement autour de moi tandis que les miens serraient son cou.

Le baiser fut court mais chaud et très satisfaisant.

Je le laissai quand Rose et Alice commencèrent à nous encourager avec enthousiasme.

"Je prendrai le blâme pour ça." Je me levai sur la pointe des pieds pour lui murmurer à l'oreille. "Mais ça valait tellement le coup."

Ses doigts se resserrèrent sur mon dos quand je m'éloignai et quand je levai les yeux je vis un mélange d'étourdissement et de luxure, la luxure l'emportant rapidement.

"Ce n'était pas très gentil, Isabella," dit-il, en se penchant et en chuchotant contre ma joue. "Maintenant je vais devoir rester là avec une érection de la taille du Texas et te regarder te tortiller pendant une heure. "Parlez donc d'exciter un gars jusqu'à ce qu'il ait les boules bleues…"

Je gloussai et je lui fis une bise chaste sur la joue. "Je me rattraperai plus tard," promis-je, en m'éloignant et en faisant un clin d'œil espiègle et il se rassit.

Lorsque je revins auprès de Marcus et Esmée de l'autre côté de la patinoire, je fus accueillie par le visage désapprobateur de Marcus, le sourcil levé et tout. Esmée se tenait à côté de lui, essayant d'étouffer ses rires.

"Je sais, je sais," dis-je avec regret. "Je suis désolée."

"Oh allez, vieil homme, détends-toi !" dit Esmée, le poussant du coude pendant qu'ils s'appuyaient sur le bord des panneaux. "C'est toi qui étais assis ici à me dire combien ils sont mignons."

Marcus couvrit son rire d'une toux et refit son visage renfrogné, bien qu'il était facile de voir que ses yeux scintillaient d'amusement.

"Assure-toi que tu es bien échauffée. Tu es la prochaine," dit-il brièvement, en me poussant et en fusillant Esmée du regard.

Ces deux-là formaient vraiment une bonne équipe.

Je suivis la fin du programme de Lauren pendant que je m'échauffais sur les bords et que je lâchais quelques-uns de mes sauts. Je détestais admettre que c'était bien - pas du tout mon style mais j'étais sûre que ça plairait au public.

Si elle réussissait tous les sauts, il n'y avait aucun doute qu'elle obtiendrait des scores élevés.

Les sauts avaient toujours été ma faiblesse. Le reste des éléments coulait facilement pour moi, aidé par ma souplesse et une stabilité naturelles mais les sauts étaient ce qui me retenait. Naturellement je n'étais pas une athlète, ce n'était pas mon point fort. Dans un système de points qui mettait beaucoup plus l'accent sur l'atterrissage des sauts difficiles, je savais que je devais améliorer mon style.

Lauren en finit et me frôla avec un sourire en quittant le centre de la patinoire et je bougeai pour prendre sa place. Je roulai des yeux et fis craquer mon cou, en secouant les bras alors que je me concentrai sur ce que je devais faire.

En prenant ma position de départ, je dus me dire consciemment de me calmer et d'y aller doucement. Une grande partie de moi voulait juste passer à pleine puissance et tout donner, sachant que Lauren et Renée étaient proches et regardaient. Mais ce serait plutôt stupide de me saboter en en faisant trop pendant l'entraînement.

"Patine, c'est tout, Bella," me répétai-je comme un mantra. "Juste un échauffement. Ne deviens pas dingue."

Mais quand ma musique se mit en marche, je ne pus m'empêcher de sentir l'étincelle de feu en moi. Mes mouvements, était légers et calmes, marquant les étapes plutôt que de me lancer à fond mais ma détermination était à son maximum.

Je passai près d'eux, me préparant pour ma première tentative de saut. Je souris un peu de satisfaction quand je vis Lauren reculer et s'aplatir contre les barrières, visiblement elle ne m'avait pas vu arriver.

Je réussis le premier saut puis le second et je dus reprendre une grande respiration pour combattre l'adrénaline qui me poussait à foncer. Je réussis à patiner un programme propre, à faire mes sauts, en soulignant certaines étapes les plus faciles dans ma tête afin de conserver mon énergie.

Lorsque j'arrivais à ma dernière position, je fus accueillie par les applaudissements enthousiastes de la petite foule dans les gradins, avec Alice et Edward qui m'acclamaient et Rose qui sifflait entre ses doigts. Je souris et leur fis une révérence exagérée avant de retourner vers Marcus pour boire et faire un bilan après ma répétition.

Il me donna quelques conseils sur ce à quoi il fallait faire attention et m'envoya passer le reste de l'heure à faire ce que je voulais, ce qui me permettrait de me sentir en confiance pour patiner dans la soirée.

Alors que l'heure touchait à sa fin, je me sentais bien. J'avais réussi à bloquer Renée, Phil et Lauren et trouver ma concentration, me laissant convaincue que je serais capable de faire la même chose en compétition.

Je m'arrêtai au bord de la patinoire pour souffler et enlever des copeaux de glace de mes patins, pensant que j'avais tout le temps de faire quelques sauts de plus avant qu'ils nous demandent de dégager pour le prochain groupe.

"Tu es essoufflée, Isabella ?" entendis-je Lauren demander, en s'approchant. "J'ai remarqué que tu ne t'es pas donné à fond pendant ta répétition. Déjà fatiguée ?"

Je me mordis la langue et secouai la tête d'incrédulité. La fille ne savait pas quand s'arrêter. Au lieu de m'engager dans une bataille mesquine, je continuai à essuyer mes patins et à m'étirer.

Elle tapotait une épingle à cheveux bon marché contre ses lèvres en me contournant. Je continuai mes étirements, en essayant de vaquer à mes occupations et de ne pas être trop distraite.

"Je suppose que c'est trop d'attendre que quelqu'un de ton âge puisse nous suivre."

"Tout le monde ne ressent pas le besoin de frimer quand ça ne compte pas vraiment," répondis-je.

Les mots s'étaient échappés avant que je puisse les arrêter. J'étais déchirée entre garder mon sang-froid et me gifler pour avoir mordu à son hameçon. Elle me déstabilisait et je détestais ne pas pouvoir m'en aller mais je voulais effacer ce sourire suffisant de son visage.

"Tout compte, Swan. En tant que vétéran ici, je suis étonnée que tu ne le saches pas. Ou peut-être c'est juste que tu ne te soucies pas suffisamment de gagner pour t'en rendre compte," dit-elle.

Je me retournais pour lui faire face, inclinant ma tête avec confiance, bien qu'elle ait l'avantage de la hauteur.

"Ne te trompe pas, Lauren, je suis venue ici pour gagner," dis-je avec une détermination tranquille. "Alors ne pense pas une seconde que tu vas avoir la route libre jusqu'au podium et un billet gratuit pour Vancouver avec ton nom dessus."

"S'il te plaît…" se moqua-t-elle, en me tapotant le nez avec condescendance avec la fleur rose pointue au bout de l'épingle à cheveux dans sa main. " Tu n'as aucune chance. "

"En fait, si. Et tu le sais. Tu sais que je peux te battre. Et tu sais quoi ? Moi aussi."

"Ce titre est pour moi," dit-elle, les dents serrées, la lèvre retroussée dans un grognement peu attrayant. Alors son visage s'adoucit, des éclats de malice et de défi dans ses yeux bleus qui brillaient. "Et tu sais quoi ? Ce n'est pas tout ce que je vais te prendre ce week-end…"

Elle regarda sur le côté et mon regard la suivit jusqu'à Edward. Il se tenait au même endroit, appuyé contre les planches, me regardant, les mains croisées devant lui. Quand il me vit regarder dans sa direction, ses lèvres se plissèrent pour faire mon sourire préféré et je ne pus m'empêcher de lui sourire en retour.

"C'est un bon parti," dit-elle, tuant mon sourire heureux. Ses yeux se posèrent sur son corps d'une manière qui me donna envie de lui arracher les yeux. Elle tourna juste devant moi en le bloquant effectivement de ma vue. "Des mains si douces pour un joueur de hockey, j'ai été surprise. Je parie qu'il sait aussi exactement comment s'en servir. Je peux juste les imaginer courant partout sur mon corps, les choses qu'il pourrait faire avec ces doigts longs et sexy."

"C'est tout ce que tu peux faire, Lauren, imaginer…" dis-je, légèrement arrogante puisque je savais qu'elle ne l'aurait jamais.

"Je n'en serais pas si sûre," sourit-elle. "Tu n'as pas vu la façon dont il m'a regardé."

Je dus me retenir de rire, parce que j'avais vu la façon dont il la regardait et ça n'avait pas été agréable, certainement pas de quoi se vanter.

"Tu délires complètement. "

"Et tu ne comprends manifestement pas les hommes. Il n'en faut pas beaucoup. Montre-leur un peu de peau, fais que ta voix soit un peu rauque en leur chuchotant à l'oreille combien tu veux leur bite et ils ne sont pas trop regardants sur la personne avec qui ils tombent au lit. Ça me prendra peut-être dix minutes pour qu'il arrache mes vêtements et oublie tout de toi," dit-elle d'une voix moqueuse, en tournoyant autour de moi.

Je ne pris pas la peine de répondre. Ma relation avec Edward était inébranlable et certainement pas sous la menace d'une petite bimbo dégoûtante. Je n'avais pas besoin de me défendre devant elle. A la place, je choisis tout simplement de filer.

"Ton beau-père n'a pas mis plus longtemps que ça à venir ramper vers moi," dit-elle après moi, en gardant sa voix assez basse pour que je sois la seule à l'entendre.

Ça me fit m'arrêter.

"Qu'est-ce que tu viens de dire ?" Je me retournai pour la regarder en face, détestant le triomphe que je vis dans ses yeux de pouvoir retenir mon attention.

"Tu m'as bien entendue," dit-elle, en patinant à nouveau vers moi. "J'ai eu Phil haletant entre mes jambes en quelques jours."

Je n'aurais vraiment pas dû être surprise. Cet homme était un vrai connard et Lauren était une salope. Mais Renée... Il n'y a aucun moyen qu'elle ait pu avoir des soupçons sur la nature de leur relation ou Lauren serait grillée, j'en étais convaincue.

Ces trois-là étaient comme un soap opéra vivant. Je ne savais pas pourquoi elle me parlait de Phil et d'elle. Peut-être qu'elle pensait que ça me ferait du mal ou que ça me ferait du tort mais en fait ça ne me faisait plus rien du tout. Plus maintenant. Ils pourraient tous les trois vivre heureux dans leur petite merde, dans un univers rempli de drames. Ça ne faisait aucune différence pour moi.

"Je suis persuadée que l'association américaine de patinage artistique serait très intéressée par cette information. Sans parler de ton manager…" dis-je et j'essayais de repartir mais Lauren m'emboîta le pas.

"Oh, elle ne me fait pas peur. Tu vois, contrairement à toi, je ne suis pas une petite fille faible qui se laisse faire," dit-elle sèchement, patinant quelques pas devant moi et s'arrêtant brusquement, m'arrêtant en même temps.

"Renée pense peut-être qu'elle mène la barque mais elle fait exactement ce que je veux. Et elle le fait pendant que son mari se faufile dans mon lit. Ta mère ne peut pas retenir un homme contre moi et… toi non plus."

Je lui souris gentiment et parlai d'une voix lente et patiente.

"Il n'y a pas de compétition là, Lauren. Edward est à moi. Donc je te suggère de te concentrer sur le fait d'essayer de me battre sur la glace. Parce que même si ce n'est pas gagné, tu n'as aucune chance avec lui."

Avec ça et un petit clin d'œil insolent, je tournai autour d'elle et décollai sur la glace, sans lui donner l'occasion de répondre.

Le temps étant compté, il semblait que tout le monde se soit entassé à la dernière minute, donc réussir à se faufiler parmi les sept autres patineuses était difficile. Et avec seulement quelques minutes restantes à l'horloge, je voulais refaire mon flip plusieurs fois. C'était une des choses où j'avais du mal mais je les réceptionnais bien mieux ces derniers temps. Je réussis à faire trois sauts, tous avec succès. Je pensai à essayer d'en faire un autre, simplement parce que je me sentais bien et pour garder en mémoire le timing autant que possible jusqu'à ce soir.

Je glissais lentement sur le côté, mes mains reposant sur mes hanches en reprenant un peu mon souffle avant d'essayer à nouveau. Puis soudain, je ne planais plus, je tombais.

La pointe de mon patin semblait s'être prise dans la glace et ça me déséquilibra complètement. Puisque je me déplaçai quasiment à la vitesse d'un escargot, je n'étais pas préparée à me rattraper.

Mes pieds partirent sous moi et je criai de surprise en tombant sur le dos, ma tête heurtant violemment la glace.


Désolée mais l'auteur a décidé d'arrêter le chapitre là…

On se retrouve bientôt pour la suite !