Point de vue de Roxane :

Comme tous les matins depuis quelques semaine, je me réveillais le sourire aux lèvres dans la chambre des Gryffondor et je déchantais tout aussi vite en voyant la mine triste de Laureen. Ces temps-ci, mon humeur oscillait à cause des Wilson : si Nathan savait me rendre heureuse d'un simple regard, la petite déprime de Laureen me remettait toujours les pieds sur terre.

Ce qui me perturbait, c'était que James également n'allait pas très bien, mais il ne semblait pas décidé à se confier à moi. Je faisais donc un lien entre mon cousin et mon amie malgré tout, d'autant que leurs relations habituellement si conflictuelle, même au second degré, s'était clairement dégradé et ils n'avaient plus pour seuls contacts que des regards noirs.

Quant à Nathan, il s'agissait bien du seul sujet que je craignais d'aborder avec lui, parce que je le savais assez protecteur avec sa sœur jumelle et que je ne voulais pas le voir énervé contre James. C'était déjà bien assez compliqué comme situation, ça ne servait à rien d'ajouter de l'animosité entre nous.

Et puis, je ne voulais pas mettre Nathan de mauvaise humeur, je passais tellement de bons moments à ses côtés qu'il était hors de question de les gâcher à évoquer des doutes sur des tensions entre nos amis sans savoir réellement si mes suppositions avaient une raison d'être.

Je me dirigeais vers le terrain de quidditch pour nos entraînements matinaux. J'avais rapidement discuté avec Lisa qui m'avait promis de traîner Laureen au petit-déjeuner si elle n'y allait pas d'elle-même. Il était de notre devoir de nous assurer que, même si notre amie n'allait pas très bien en ce moment, elle ne se détruisait pas la santé en sautant des repas.

Je chassais vite les pensées moroses que me procurait Laureen en ce moment en apercevant les garçons arriver en footing sur le terrain. Ils étaient tous viriles avec leur rythme cadencé et leurs regards sérieux, concentrés sur leurs respirations respectives. Devant, James semblait essayer de se vider la tête, comme à son habitude depuis quelques mois et, juste derrière lui, il était là, droit, dynamique, un léger sourire au lèvre et, même à quelques mètres, je percevais son souffle encore régulier. Je fermis un quart de seconde mes yeux pour m'imaginer ce souffle dans mon cou et réprimait des frissons d'envie.

« - C'est vrai qu'il est pas mal quand il fait du sport comme ça ! S'exclama la voix fluette de Lily qui arrivait à son tour avec Chloé. »

Je rougis, je ne pris même pas la peine de nier ou d'essayer de me dépatouiller en inventant un bobard encore plus gros que ceux de Peeves. Chloé et surtout Lily étaient beaucoup trop perspicaces et observatrices pour cela.

La plus jeune des Potter avait rejoint l'équipe cette année, suite au départ de Leah, et ce n'était pas pour me déplaire. Elle s'entendait très bien avec le reste de l'équipe et apportait une atmosphère bien plus joyeuse que Leah qui était si jalouse de mon Nathan… euh… de Nathan tout court.

En revanche, si je n'osais répliquer à ma cousine, je lui adressai un regard menaçant, qu'elle comprit également très facilement :

« -Ne t'inquiète pas, ça restera entre nous, on en parlera à personne. »

Je la remerciai, toujours sans rien dire et m'apprêtait à entrer enfin dans les vestiaires quand elles me dépassèrent toutes les deux alors que Lily rajoutait :

« -Mais toi, tu devrais en parler à une personne ! »

Je n'eus pas le temps de réagir, elles avaient filé trop vite pour que je réponde sans crier et me faire entendre des garçons. Je restai donc plantée là, à réfléchir à la situation.

« -Bonjour Roxane, tu as bien dormi ? »

La voix de Nathan me sortit de mon analyse, je levai la tête vers lui, il se tenait devant la porte, pour qu'elle reste ouverte jusqu'à mon entrée dans le vestiaire. Je m'approchai de lui et reçu avec plaisir l'habituel baiser qu'il faisait sur mon front tous les matins. Je fus un peu surprise de ne pas sentir un cours instant ses bras autour de moi comme il n'osait le faire que depuis la semaine dernière.

Nathan perçut mon étonnement, et sans doute ma déception, puisqu'il se justifia :

« -Euh… Balbutia-t-il d'une voix hésitante, à la limite de la culpabilité. C'est que je viens de courir, je ne suis pas au top de mon hygiène là… »

Cette réaction était à la fois tellement mignonne et atrocement frustrante. Il ne pouvait savoir à quel point je désirais qu'il m'enlace là maintenant tout de suite, alors que l'exercice physique avait renforcé sa virilité et que les petites goutes qui perlaient sur son front suite à la bruine qui s'était installé sur le terrain depuis peu de temps le rendait simplement irrésistible.

« -Ne t'inquiète pas, tant que t'es en forme sur le balai tout me va ! »

Heureusement que l'humour était avec moi dans les moments où il me faisait perdre la raison.

Il me sourit avec un regard complice.

« -Bon, James est de mauvaise humeur, donc tu devrais te dépêcher de te changer avant qu'il ne te prenne comme prétexte pour s'énerver. Mais de toutes façons il trouvera une raison de bouder.

-Il fait que ça depuis la rentrée ou presque, confirmai-je en filant mettre mes affaires de quidditch. »

Je sentais son regard qui me suivait et j'imaginais son sourire amusé de mon comportement. Je n'avais plus qu'une hâte : commencer mon entraînement avec Nathan et profiter des ces moments incroyables dans les airs.

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Point de vue de James :

L'entraînement se déroulait bien. Enfin chacun faisait ce qu'il avait à faire et l'équipe marchait incroyablement bien pour une équipe sélectionnée il y a seulement quelques semaine. Les joueurs me trouvaient d'ailleurs tatillon et un peu extrême dans mes réactions mais je tenais à ce que tout soit parfait pour le premier match de l'année.

« -Lily, tu tapes toujours du pied gauche, Tape avec le droit, ça surprendrait le gardien adverse ! Criai-je.

-C'est bon, je suis à côté, souffla-t-elle. Tu n'es pas obligé de t'acharner sur nous à chaque fois que tu regardes les tribunes et que tu ne la vois pas, je te rappelle ce que tu lui as dit ? »

Ma sœur était définitivement trop perspicace, c'était assez usant pour moi qui me prenait ses réflexions dans la tête. D'autant plus qu'elle avait entièrement raison.

L'année dernière, Lisa et Alex traînaient souvent Laureen dans les tribunes pendant les entraînements. Elle venait souvent, avec un livre à la main, même si elle ne nous regardait pas toujours, elle était là et il m'arrivait fréquemment de ressentir ses yeux dans mon dos, ce regard qui me rendait fier et me poussait à me dépasser avant de me retourner vers elle pour constater discrètement qu'elle avait retenu un mouvement de peur mais qu'elle était plutôt admirative de mes figures.

Cette admiration avait quitté le regard de Laureen, tout comme Laureen avait quitté le quidditch et s'opposait encore plus à tout ce qui touchait de près ou de loin aux balais. De manière générale, elle changeait de sujet ou ignorait toute conversation qui pouvait être liée de près ou de loin à moi ou à notre histoire.

A chaque fois qu'un souvenir remontait, elle évitait soigneusement mon regard et mettait tellement de volonté à fixer le sol que je comprenais très clairement qu'elle avait décidé de tirer un trait sur tout ce qui nous était arrivé depuis l'année dernière. Je n'étais pas prêt à tirer un trait, je ne voulais absolument pas à tirer un trait sur ces pics précis, piquants mais tout aussi drôle, ni sur les discussions profondes et ouvertes que je n'avais qu'avec elle, ni sur les regards complices et discrets, ni sur ses sourires ravageurs accompagnés de ses yeux verts mystérieux et si accueillants, ni sur ses cheveux doux, aux reflets incroyables, ni sur son odeur rassurante et attirante, ni sur nos contacts électrisants, ni sur nos baisers passionnés, ni sur toutes les émotions que je ressentais en sa présence, à son contact, et encore moins renoncer à ses sentiments que je commençais à développer pour elle et que je n'avais jamais ressentis.

Mais, ce qui me faisait le plus mal, c'était d'imaginer que je l'avais blessée. Les mots de ma mère raisonnaient en boucle dans ma tête. La simple idée que je puisse être responsable de l'état déplorable de Laureen me déchirait le cœur :

« -Tu veux pas aller t'excuser simplement ! »

C'était encore Lily. Ma sœur avait dû comprendre que, si je m'étais énervée et si je n'avais pas réagi à sa remarque, c'était que je devais penser à quelque chose de précis. Et après ce qu'elle avait vu pendant les vacances, elle n'avait pas dû mettre longtemps à faire le lien.

« -Arrête de parler comme Maman ! Rétorquai-je. »

Elle s'était rapproché de moi et avait laissé les autres poursuiveurs s'entraîner ensemble. Je n'avais pas la force de la renvoyer, malgré sa jeune expérience dans l'équipe, Lily avait bénéficié d'un entraînement intensif à la maison et se débrouillait au moins aussi bien que les autres poursuiveurs.

« -Peut-être que si on est d'accord toutes les deux, c'est que nous n'avons pas si tort.

-Je sais pas si j'en suis capable ! Admis-je.

-Donc tu préfères rester dans cette situation éternellement, à ne parler à personne, à être super irascible et à la voir tirer une tronche de six pied de long sans rien dire !

-Évidemment que non, mais je m'en veux tellement, je ne sais pas si je suis capable de me pardonner. Avouai-je un peu à contrecœur.

-A ce point ! S'étonna-t-elle, je savais qu'elle avait un truc de plus que toutes les filles aux quelles tu t'étais intéressé mais à ce point »

Je soupirai, il était difficile de se retenir de dévoiler l'étendue de mes sentiments. Depuis le début de l'année, je n'avais plus trop envie de m'amuser avec mes amis et je passais beaucoup de temps seul, à ruminer cette journée où j'avais été bien trop loin dans mes propos, mais aussi à faire le point sur ce que je ressentais et cela ne cessait de s'amplifier à mesure que je la voyais, même dans son état.

« -Ça devrait te motiver à t'ouvrir à elle, elle est géniale Laureen… Continua-t-elle, pour ne pas me mettre encore plus mal à l'aise. Ça m'énerve de te dire ça parce que je veux pas gonfler ton égo qui prend déjà suffisamment de place, mais tu es vraiment quelqu'un de bien James, tu mérites une fille au top, et malheureusement, le monde n'en est pas rempli, mais tu as la chance de tomber sur Laureen Wilson et elle fait clairement partie de ces filles. Elle est vraiment super et elle te mérite tout autant que tu la mérites.

-Je sais pas si je la mérite… Soufflai-je. Tu as vu l'état dans lequel je la mets ? »

Lily m'adressa un regard compatissant avant d'hausser les épaules et de me sourire à pleine dents :

« -Honnêtement, je ne sais pas quand avait commencé votre petit jeu l'année dernière, mais elle était tellement heureuse à la fin de l'année et pendant les vacances, tu l'as aussi rendue plus heureuse que jamais je crois. »

Je souris. L'idée de procurer un peu de bonheur à Laureen m'emplissait de joie et de fierté. Avant de repartir avec ses poursuiveurs, Lily me fit part d'un dernier conseil :

« -N'hésite pas à revenir vers moi pour en parler, ou discute avec tes amis pour te libérer un peu, sinon tu es tout énervé après et ça nous tend tous…

-Tu as raison, mais je sais pas si j'ai envie que ma sœur de 13 ans en sachent trop… Peut-être je peux en parler à Roxane, tu en penses quoi ?

-Oh ! S'exclama-t-elle, surtout n'hésite pas vous avez tous les deux des trucs à vous dire ! »

Elle partit en riant, me laissant seul avec mes questions. Je me tournais vers ma cousine pour voir ce qui n'allait pas chez elle. Elle semblait comme à son habitude, souriante et heureuse de voler et de préparer ses combinaisons avec Nathan, ils formaient vraiment un bon duo de batteurs d'ailleurs, je penserais à les féliciter !