PROMPT : Zone


Après s'être assuré qu'Albus et Scorpius étaient sains et saufs, et de retour dans leur dortoir, Harry avait longuement hésité avant de rejoindre Drago. Il ne voyait que lui pour l'accompagner, parce que ce serait probablement une sorte de pèlerinage pour eux.

Le professeur de potion était dans son bureau, occupé apparemment à corriger des copies. Il était penché sur une pile de parchemin, une plume à la main, les cheveux décoiffés comme s'il passait sa main dedans en travaillant.

Harry nota qu'il portait désormais des lunettes, une fine monture argentée qui lui donnaient un air sérieux. Ce n'était plus le petit garçon prétentieux de Poudlard. Ils avaient tous les deux grandi et changé.

Harry l'observa un instant, un léger sourire aux lèvres, avant de frapper contre la porte ouverte pour attirer son attention.

Le blond leva la tête et le regarda d'un air impassible, attendant une explication sur sa présence. Harry vit passer une lueur d'inquiétude dans le regard gris, probablement parce qu'il craignait qu'il soit venu pour un problème avec leurs enfants.

Aussitôt, Harry sourit et lui fit un clin d'œil amusé.

- Ça te dirait une expédition au septième étage ?

Drago posa lentement sa plume, les sourcils froncés, fixant Harry comme pour percer ses secrets.

- Que diable irions-nous faire au septième étage ? Une nouvelle lubie Potter ?

Harry gloussa doucement. Puis, il s'avança nonchalamment et jeta le journal trouvé par Albus devant Drago avec un petit sourire en coin.

- Albus a trouvé ça. Dans une pièce que nous connaissons bien tous les deux, et que je pensais perdue à jamais.

Choqué Drago resta un instant silencieux en fixant le carnet d'un air perdu. Puis, en caressant la reliure il murmura.

- La salle sur demande ? Elle existe toujours ?

Harry hocha la tête.

- Apparemment.

Face à l'air perturbé de Drago, Harry soupira doucement.

- Ouvre-le.

En lisant les premières lignes, Drago hoqueta.

- Merde.

- Tu viens ?

- Et comment ! Il est temps d'en savoir un peu plus sur cette histoire. Je suis le seul de cette époque à porter la marque des Ténèbres ce qui fait de mon fils une cible de choix.

Drago ferma soigneusement son bureau et suivit Harry sans un mot de plus. Il ne disait rien, mais il repensait à la dernière fois qu'il était entré dans la salle sur demande. Le feudeymon, la mort de Crabbe. Son sauvetage par le Survivant.

La façon dont il avait espéré que Harry Potter gagne finalement. Il l'avait regardé partir vers son destin, mais intérieurement, il priait Merlin de toutes ses forces pour qu'il ne soit pas tué. Pour que le monstre qui avait marqué son bras ne réussisse pas à dominer le monde magique.

Le chemin en direction du septième étage était douloureusement familier. Lors de sa sixième année, il y avait passé tant de temps qu'il aurait pu s'y rendre les yeux fermés.

Ce n'était pas un refuge pour lui, bien qu'il ait appris par la suite que cette pièce particulière de Poudlard avait eu cette fonction pour de nombreux élèves. Un endroit caché, protégé, qu'il avait détourné de son objectif premier pour faire entrer les Mangemorts.

Face à la tapisserie qui marquait l'emplacement de la pièce, Drago se tendit presque inconsciemment. Harry ne se rendit pas compte de son trouble, toute son attention tournée sur la zone entourant l'accès à la pièce, pour essayer d'y trouver la trace d'un passage.

Finalement, après les allers-retours nécessaires pour faire apparaître la porte de la salle, ils échangèrent un long regard. D'un air décidé, Harry ouvrit la porte et pénétra dans la pièce, immédiatement suivi de Drago.

Les deux hommes hoquetèrent en contemplant ce qu'était devenu la salle sur demande.

La dernière fois qu'ils étaient venus, lorsque le feudeymon l'avait consumé, la salle contenait un empilement hétéroclite d'objets. Tout ce que les générations d'élèves avaient voulu dissimuler. La pièce des objets perdus comme l'appelait Luna.

Mais tout avait brûlé. Des trésors probablement inestimables avaient été détruits, dévorés par le feudeymon lancé imprudemment par Crabbe.

Ce n'était plus qu'une pièce vide, immense. Sans les murs noircis de suie, il n'y aurait aucune preuve du drame qui s'était joué des années plus tôt.

Drago siffla doucement entre ses dents.

- Il ne reste rien. Aucune… preuve. Comme si…

- Et bien je préfère ça que des débris calcinés. Pas toi Malefoy ?

Drago sursauta et hocha la tête dans un état second. Puis il se reprit.

- En tous cas, il n'y a rien ici. Et à part le journal que ton fils a trouvé…

- Je ne sais pas ce que j'espérais.

- Au moins nous savons que c'est quelqu'un qui n'était probablement pas à Serpentard à l'époque et qui connaissait la salle sur demande. Une idée, Potter ?

Harry laissa échapper un ricanement moqueur.

- Même si j'adorerais dire que ce ne peut être qu'un méchant serpent qui est du mauvais côté, nous savons toi et moi que ce n'est pas aussi simple. C'est probablement la première fois que je vais dire ça, mais je suis d'accord avec toi : ce n'est pas un ancien Serpentard.

- Les miracles arrivent… Donc. Pas un Serpentard. Reste trois maisons.

- L'année où Ombrage… Enfin… Nous donnions des cours de défense dans la salle sur demande. Toutes les personnes qui faisaient partie de notre groupe pourraient vouloir se venger. Je dirais bien que ce n'est pas possible, que j'ai confiance…

- Mais ?

- Mais la guerre a changé bien des choses. Beaucoup ont perdu des êtres chers.

Drago frissonna.

- Quittons cet endroit. Et espérons que l'envie de vengeance du possesseur de ce carnet se soit évaporée quand nous avons retrouvé les enfants. Que l'intervention du héros du monde magique ait suffi à … le ramener à la raison.

Harry grogna.

- Sérieusement ?

- Oh voyons Potter ! Je n'y peux rien si tout le monde t'adule.

Ils commencèrent à se chamailler gentiment, et sortirent de la salle. Il restèrent sur place le temps de s'assurer que la porte disparaissait et qu'aucun élève ne les avait vu.

Il repartirent en direction de leurs appartements, en discutant et riant. Comme deux vieux amis, comme si le passé n'avait plus aucune importance.

Occupés à plaisanter, ils ne virent pas James Potter qui les observait, dardant un regard brûlant de haine sur eux, les poings serrés.