Note de l'auteur :
Lorsque je regardais l'anime XYZ, ou plus précisément la saison 19, je pensais vraiment qu'il y aurait une révélation sur Alain et le professeur Platane. Cela ne s'est pas du tout révélé être le cas. Mais rien à faire, je continue de les voir de cette façon, de voir Alain comme étant le fils du professeur Platane.
J'aime beaucoup la petite famille que forment Alain, le professeur Platane et Martine, sans oublier leur Pokémon, Dracaufeu, Carchacrok et Marisse.
Je ne prends en compte que les six premières générations (de Kanto à Kalos).
Avertissement :
Pokémon est la propriété de Nintendo. Seul le scénario m'appartient. AU (Alternate Universe) de l'anime. Présence de violence non canon à l'anime.
Note du chapitre actuel :
La mère d'Alain est un OC m'appartenant. Son prénom, Zoé, signifie Vie. Je l'ai choisi parce qu'il évoque directement son rôle dans l'histoire, elle a donné la Vie à Alain, seule, quand ses parents étaient contre. La symbolique de la vie, outre le rôle maternel, fait également directement à une thématique importante de Kalos en lien direct avec Xerneas. De plus, les deux initiales des parents d'Alain donnent le prénom d'AZ, un clin d'œil que je trouve amusant, au même titre que Z peut directement faire référence à cette version Z qui aurait pu voir le jour.
Assis à la chaise de son bureau, le professeur Platane n'a presque pas bougé depuis plus d'une heure. Soit plus soixante minutes, depuis le moment où il a appris être père. Père d'un adolescent de quinze ans. Plus encore, de l'assistant qui a travaillé pour lui des mois durant. Et il n'a rien vu. Et maintenant encore, il ne comprend pas.
Longtemps il s'est demandé pourquoi Zoé ne voulait plus le voir. La réponse est à présent évidente. Parce qu'elle était enceinte. De son fils. Dont il ignorait totalement l'existence.
Non seulement il est père, mais en plus il doit encaisser l'annonce de la mort de son premier amour le même jour. Quelque part, il espérait la revoir en jour, en tout amitié, pensant qu'ils reparleraient du passé avec nostalgie et humour. Cela n'arrivera jamais. Elle est morte sans qu'il ait pu lui dire au revoir. Quinze ans se sont écoulés, depuis la dernière fois qu'il l'a vu. Soit l'âge de son fils.
Les regrets pèsent lourds dans son cœur. Il aurait dû forcer la porte de sa maison, même si ses parents lui barraient l'entrée. Continuer de lui écrire. Retourner la voir jusqu'à ce qu'il puisse enfin lui parler. Il aurait dû être là pour elle. Zoé avait besoin de lui et il n'a pas été là, parce qu'il ne le savait pas, bien que cela ne constitue pas une excuse. Et pas seulement pour Zoé, pour Alain aussi. Lysandre avait dit que le père d'Alain n'avait jamais été là pour lui, que se soient pour les évènements tristes ou joyeux. Ses paroles n'étaient que leurre et poison, mais elles étaient aussi pleines de vérité.
Il ne peut pas revenir en arrière pour rattraper le temps, être le partenaire et le père qu'il aurait dû être.
Augustin jette un mouchoir dans sa corbeille. Il n'a jamais su tenir longtemps une liaison avec une femme. Sa plus longue relation amoureuse aura été avec Zoé. Et au fond de lui, il est certain qu'elle aurait pu être durable si Zoé avait continué de le voir. Peut‑être qu'ils seraient à présent mariés, et qu'Alain aurait vécu avec ses deux parents. Mais ça, il ne le saura jamais.
Augustin ne peut pas revenir en arrière, mais il peut profiter de l'avenir. Il a un fils. Un véritable cadeau de la vie. Un garçon auquel il déjà fortement attaché. Et pour lequel il sent son amour croître davantage, comme si cette révélation avait libéré ses instincts paternels.
Augustin se lève se son bureau, chassant une dernière larme égarée. Maintenant qu'il se sent mieux, il doit aller s'excuser auprès de son fils. Son fils... Cela lui paraît étrange de l'appeler ainsi et provoque d'étranges palpitations dans son ventre. La sensation n'est pas désagréable.
L'homme sort de son bureau. Alain n'est pas derrière la porte, comme il le pensait. Son fils n'allait pas attendre qu'il accepte de sortir. Augustin doit lui parler. À cette heure, le repas est très certainement servi dans la cuisine. Peut‑être qu'Alain se trouve là‑bas.
Le laboratoire est calme et silencieux. Comme s'il était désert. En se rapprochant de la cuisine, Augustin n'entend quelques bruits de conversation et surtout des sons de couverts s'entrechoquant.
Le professeur Platane entre dans la pièce. Une douce odeur d'épices chatouillent son odorat, mais il n'a aucun appétit. Il découvre Sophie, Cosette, Martine avec Marisse sur les genoux qui sont attablées. Elles s'arrêtent de parler à son arrivée. Aucune trace d'Alain. Augustin déduit qu'il a dû préférer s'isoler après ce qui s'est passé, comme lui.
– Où est Alain ?
Martine lui répond, plus rapide que Sophie, et n'éprouve aucune gêne contrairement à Cosette. Sa voix ne montre aucun signe de jugement, seulement de la tristesse face à la face situation.
– Dans sa chambre. Il refuse de sortir.
Cela n'étonne pas Augustin, ayant agit de même une heure durant dans son bureau. Il récupère un plateau qui lui sert souvent à transporter ses propres repas à son bureau lorsqu'il est submergé par le travail. Il dépose une assiette, qu'il s'attelle à remplir de curry, le plat du soir. Alain doit avoir faim, cela constituera une bonne excuse pour amorcer la conversation.
Un vague murmure provenant de Martine lui parvient, avant que Sophie ou Cosette émette une légère interjection pour qu'elle s'arrête.
Nul doute qu'elles savent ce est arrivé entre Alain et lui. Augustin commence à se demander si l'une d'entre elles connaissait la vérité. Mais ce n'est pas important, surtout pour le moment.
Portant le plateau, le professeur Platane part en direction de la chambre d'Alain. Sur son trajet, il croise Dracaufeu qui lui lance un étrange regard, soupçonneux et méfiant. Au moins un qui savait la vérité avant lui visiblement. Augustin est étonné qu'il ne soit pas avec Alain. À moins que son dresseur ait souhaité être complètement seul, sans son partenaire.
Augustin arrive devant la porte de chambre d'Alain fermée. Encombré par le plateau, il ne peut frapper à la porte et doit se contenter de parler pour signaler sa présence.
– Alain... Je peux entrer s'il te plaît ?
Le scientifique sent alors une présence. Celle de Dracaufeu qui l'a suivi. Le dragon n'émet aucun grognement et se contente de l'observer d'un œil perçant. Augustin présume qu'il espère entrer également, tout en surveillant ses actes envers son dresseur. Le professeur Platane lui sourit. Il n'a pas peur de lui, bien qu'il ressente un léger malaise. Dracaufeu veut juste protéger son dresseur.
Augustin réitère sa demande d'une voix encore plus douce.
– Alain. Je voudrais parler avec toi s'il te plaît.
Aucune réponse. Augustin se doutait que c'était une éventualité. La situation doit être encore plus pénible pour Alain que pour lui. Douloureuse même.
– J'ai eu un mauvais comportement. Je comprends parfaitement que tu m'en veuilles, c'est normal et tu en as le droit. Mais je voudrais vraiment te parler. En face à face.
Toujours rien. L'homme songe que son fils est beaucoup plus en colère contre lui qu'il ne le pensait. Par curiosité, Augustin tente d'ouvrir la pièce en activant la poignée, équilibrant le plateau comme il le peut. Aucune résistance. Il hésite un instant et jette un regard à Dracaufeu. Le dragon tend le cou en avant donnant des petits coups dans le vide avec sa gueule. Il a à la fois son autorisation et son approbation.
Augustin n'aime pas l'idée d'entrer dans l'espace personnel du garçon sans son autorisation. Mais il estime que la situation déroge à la règle. Il pousse la porte d'un coude et pénètre ensuite dans la chambre. La pièce est exactement la même que dans ses souvenirs. Les seules différences sont la présence de son trophée du tournoi de la ligue et de ses badges exposés sur sa commode, à côté d'une photo de groupe. Il s'agit de celle qu'Augustin avait pris lui‑même lors de la fête que Martine avait organisée pour Alain. L'adolescent est couché sur son lit, lui faisant dos. Le professeur Platane dépose son plateau sur le bureau d'Alain parfaitement rangé.
Avec un sourire, il retrouve le mémoire qu'il avait prêté à Alain, peu de temps avant son départ. Le livre comporte de nombreux marque‑pages et est déposé à côté de feuilles couvertes de notes. Il avait juste conseillé à Alain de le lire. L'adolescent a pris très au sérieux sa lecture.
Même si Alain a vite été passionné par la méga‑évolution comme lui, il s'est uniquement intéressé au sujet pour se rapprocher de lui. Une véritable preuve d'amour. Qu'il a interprété tout autrement, celle d'un assistant dévoué et passionné.
Dracaufeu l'observe dans chacun de ses mouvements, ne pouvant pas rentrer dans la pièce avec sa grande taille. Il a très certainement envie de venir, lui aussi, mais il ne peut pas. Le dragon prendrait tout la place de la petite chambre. Il surveille, sans aucune tentative de dissimuler son action. Seuls sa tête et son long cou dépassent du seuil de la porte.
Lentement, Augustin se rapproche du lit. Alain s'est assoupi, entièrement habillé, légèrement en position fœtale. Il a juste retiré sa veste et son écharpe, lui laissant pour seule protection sa chemise face au froid. Le professeur Platane le soupçonne d'avoir de nombreux cauchemars concernant la team Flare, et de récupérer des heures de sommeil perdues durant cette période. Alain ne l'a pas entendu entrer et parler, il doit être profondément endormi, récupérant de ses nuits agitées. La douleur dans son épaule doit alourdir sa fatigue. Son corps est positionné sur son flanc droit, de telle manière à ce que son bras gauche n'appuie pas sur le matelas.
À cette pensée, le sentiment de culpabilité du professeur Platane se renforce. Il a laissé Alain auprès de Lysandre. Est‑ce que s'il avait compris leur lien, son fils se serait laissé manipuler de la sorte ? Alain lui a dit qu'il s'était éloigné de lui pour sa sécurité. Ce n'était pas son rôle. C'était lui, en tant que père, qui aurait dû le protéger.
Il ne le réveillera pas. Il attendra demain pour lui parler. Même s'il a envie de le prendre dans ses bras et de lui présenter ses excuses. En cherchant du regard comment il pourrait couvrir Alain pour le réchauffer sans le réveiller, Augustin aperçoit un objet entre ses mains. Il parvient à le récupérer, facilement, aucune pression n'étant exercée dessus. Un cadre photo, qu'il n'avait encore jamais vu. Le cliché représente une jeune femme souriante, aux longs cheveux châtain clair. Un petit garçon devant être âgé de cinq ans est assis sur ses genoux, agrippant fermement sa jupe lavande. De la timidité se lit dans ses yeux. Ses cheveux sombres et ses iris clairs contrastent avec ceux de celle qui semble être sa mère. Elle le tient avec tant d'amour qu'il ne peut être que son enfant.
La photographie représente Zoé et Alain. En le réalisant, Augustin passe son pouce avec douceur sur leur visage. Le cadre du verre est légèrement humide, couvert de gouttes transparentes. La vision de l'objet lui fait mal au cœur. Il n'a été là pour aucun d'eux. Comme l'affirmait Lysandre qui n'a pu que lui mentir, lui qui affirmait connaître son père. Et la seule explication qu'il trouve à cela, est que l'homme qu'il pensait amical a voulu les tenir éloignés loin l'un de l'autre. Pour mieux garder son fils sous son contrôle pervers.
Augustin pose délicatement le cadre sur la table de nuit, juste à côté d'un porte‑clef représentant Jirachi. Alain risquerait de se blesser avec les coins durs de l'objet dans son sommeil. Sa vision est très certainement subjective, mais il ne peut s'empêcher de trouver son fils mignon sur la photo. Et pourtant, même encore maintenant, il a dû mal à voir la ressemblance qu'il partage avec lui. Et il n'a pas eu la chance de le connaître plus tôt. Il n'a jamais été vraiment physionomiste. Reconnaître les Pokémon lui a toujours été plus facile que d'identifier des caractéristiques physiques chez des humains.
Silencieusement, le professeur Platane quitte la pièce après recouvert Alain de sa veste noire. Il ferme précautionneusement la porte d'une main, l'autre étant occupé par le plateau repas qu'il a récupéré sur le bureau. Le curry sera froid lorsqu'Alain se réveillera, autant qu'il l'enlève pour qu'il le réchauffe plus tard. Un regard à Dracaufeu lui permet de déterminer que le dragon est satisfait de son action. Dracaufeu s'éloigne du couloir, certainement à la recherche de Carchacrok, à présent qu'il sait que son précieux dresseur a besoin de repos.
Augustin sait qu'il aura beaucoup de mal à dormir cette nuit. Toutes ses pensées sont obsédées par Alain. Son fils qui a dû avoir peur de se faire rejeter pour ne rien lui avoir dit durant ces longs mois. Ne pas réaliser leur lien devait être décourageant et laisser penser à l'adolescent que sa réaction serait mauvaise. Qu'il le rejetterait.
Des mois qu'il est sous ses yeux, et il a été incapable de voir leur lien. Il a été aveugle pendant tout ce temps.
Le souvenir du professeur Sorbier demandant si Alain est son fils traverse son esprit. Même son ancien mentor l'avait réalisé. Papa... Alain l'avait déjà appelé une fois ainsi. Lorsqu'il avait de la fièvre. Alain ne l'avait pas confondu avec quelqu'un d'autre, même si ses idées étaient confuses, comme il le croyait. Il aurait dû voir ces nombreuses fois où les indices étaient présents.
Et lui, il ne voyait rien. Il ne voyait pas ce cadeau de la vie.
