CHAPITRE 63
OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! Merci à Kuro Sha et Cao dreams in books pour leurs reviews ! Laissez des commentaires si vous en avez envie. Ça fait toujours plaisir de savoir où je peux m'améliorer.
Cela faisait plus de deux jours que Wing, Rung et Bumblebee étaient partis pour se rendre à Frayus.
Le trajet étant beaucoup plus long que celui pour Arkus, Père Jean ne put s'empêcher, assis sur les marches menant à la base pour écouter un livre audio, de compter les heures séparant la Terre et Frayus. Aux dires de Bumblebee, si leur trajectoire était stable, ils seraient à leur destination dans deux jours.
Cinq jours, c'était long. Et quand bien même Père Jean admirait la ténacité de Wing, il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter pour lui et si son état d'esprit n'entraverait pas le bon déroulement de la mission.
Il sentait que les Autobots ne toléreraient pas un nouvel échec. Et même si la sûreté de l'univers risquait d'être sérieusement menacée par la perte d'un nouvel artefact, il avait surtout peur que Wing ne craque. Qu'il s'agisse de l'évènement en trop qui risquerait de le briser.
Père Jean poussa un soupir. Ce n'était pas juste. La mort était quelque chose qui n'était pas décidée malheureusement. Tout être n'était pas éternel et devait mourir tôt ou tard.
Mais peu importait la mort, tant qu'on n'oubliait pas le défunt, tant qu'ils vivaient dans nos mémoires, personne ne disparaissait jamais complètement.
Heavenlight n'y avait pas eu droit.
Ce n'était pas juste que Wing survive à son enfant. Mais c'était encore plus injuste que Wing ne se rappelle même pas d'Heavenlight. Les raisons de Dai Atlas, de Drift, de Gasket avaient été louables et Père Jean ne pouvait pas les juger. Mais il ne pouvait empêcher ce pincement au cœur dès que son esprit revenait irrémédiablement à Heavenlight.
Elle qui avait été si jeune, avait été séparée de son père…et elle était morte oubliée par ce dernier.
Père Jean coupa son livre audio. Il n'avait plus la tête à cela. Doucement, il rappela Starry. Il était sur le point de demander un pont-terrestre pour pouvoir rentrer chez lui quand il entendit des bruits de pas rapides derrière lui.
« Karan ? » devina-t-il.
Les pas s'arrêtèrent.
« Ha ! L'humain.
- Père Jean, lui rappela-t-il. Où te rends-tu ?
- Heu…
Il sentit l'hésitation dans la voix de Karan.
- J'allais sortir. Boire quelques cubes d'energon.
- Outrigger t'a donnée l'autorisation ?
- Hé bien…disons qu'il est devenu plus souple envers moi ces derniers jours.
Mais apparemment, pas encore assez pour qu'elle file en douce. Père Jean croisa les bras.
- Ecoute. Tant que tu es prudente, je ne vais pas faire le policier.
- je m'en doute. Mais ça va. Je vous promets. Je vais voir un ami.
- Le dénommé Chop Shop ?
L'humain émit un petit sourire.
- J'ai entendu Outrigger en parler.
- Hm…ouais, répondit-elle, gênée.
Cela ne le regardait pas, après tout. Il était sur le point de la laisser partir quand Karan lui fit une proposition des plus inattendues.
- Et si vous veniez avec moi, Père Jean ?
- Vous ne voulez pas être seule avec Chop Shop ?
- Ha…touchée.
Elle marqua une pause.
- …Mais d'habitude, je ne vois des mechs que pour des rencards d'un soir, parfois deux. Je ne dis pas que c'est sérieux mais j'ai jamais été aussi loin avec quelqu'un. Et j'aurais besoin de conseils en la matière.
Père Jean pouffa.
- Donc…vous vous attendez à ce que je vous serve de conscience ?
- A la Jiminy Cricket ? Oui, Outrigger m'a montré le film. J'adore Pinocchio ! Et oui, c'est exactement mon intention.
Cela l'amusa. Il aimait bien le dessin animé aussi. Même si…
- Heu. Je ne bois pas d'energon, Karan. Mon organisme risque d'être désintégré.
- Hé bien…achetez-vous quelques bouteilles de composant humain et rejoignez-nous ! Je vous dépose en moto à la supérette la plus proche ? Je peux y installer même un attelage de sidecar pour votre compagnon à poils.
Il entendit un bruit de transformation.
Père Jean hésita. Il savait qu'il avait un mauvais rapport avec l'alcool, et il était hors de question qu'un humain ivre donne de fausses idées aux Cybertroniens sur leur espèce. Et il n'était pas question qu'il montre le mauvais exemple à Karan.
Mais pourquoi pas ? Après tout, cela lui ferait penser à autre chose. Prudemment, il se guida jusqu'à la moto et déposa Starry dans le sidecar avant de grimper.
- Casque ! lui rappela Karan.
- Bien sûr, bredouilla l'humain avant de le chercher à tâtons pour le retrouver posé sur le réservoir.
Le bon exemple jusqu'au bout.
Et puis…lorsque Karan démarra, il ne put s'empêcher de ressentir quelque chose de familier. Père Jean sourit. Il avait été sûrement motard dans une autre vie. En tout cas, il appréciait la sensation plus que jamais.
« Hé… » lui souffla Karan une fois qu'il sortit de la supérette, des thermos de thé et de café pleins les mains.
Père Jean se rassit sur le siège avant de remettre son casque.
- …Vous croyez qu'on a une chance ? De sauver l'univers ?
L'humain ne put que sourire en guise de réponse.
- Je suis sûr qu'en faisant de notre mieux, on y arrivera.
- Vous semblez sûr de vous.
- Il le faut.
Il entendit un bruit de moteur rugir.
- Je me suis entraînée plus sérieusement ces derniers-jours, admit Karan. Je dois avouer. C'est plus intéressant que je ne le croyais.
- Vous commencez à y prendre goût.
- En effet. Outrigger est ravi.
- Et vous ?
Il aurait pu deviner un haussement d'épaules de la part de Karan si elle s'était retransformée.
- On va dire que oui. Accrochez-vous, Père Jean.
Père Jean opina du chef.
L'instant d'après, la moto démarra en trombe. Père Jean leva le menton, appréciant l'air lui frapper le visage. Starry à ses côtés, il se laissait guider par la Cybertronienne qui les emmenait dans une direction inconnue.
Puis, au bout d'une dizaine de minutes, la moto s'arrêta. Père Jean reprit son souffle. Cela avait semblé étonnamment court. Père Jean descendit prudemment de la moto tandis qu'il entendit un nouveau bruit de transformation.
« Ha. Tu as amené un ami avec toi ? » leur souffla une voix profonde et chaude.
Père Jean tressaillit légèrement. Voilà donc le dénommé Chop Shop.
- Enchanté de vous rencontrer, Chop Shop.
- Voici Père Jean, le présenta Karan. Père Jean déprimait parce que son petit-ami Cybertronien a quitté la Terre. Donc, je lui ai proposé de passer.
- Une relation entre un Cybertronien et un organique ? Vraiment ? ricana Chop Shop.
Père Jean se racla la gorge, un peu étonné par la question du nouveau venu.
- Heu…Non. On n'est pas ensemble. Mais Wing compte énormément pour moi.
- Hm. Ca s'entend. Allez, on se pose tranquille ?
- Oui ! J'ai amené pas mal de haute-qualité !
- Tu m'en diras tant.
Père Jean ne put s'empêcher de se dire qu'il avait atterri au mauvais endroit. Pas parce qu'il s'agissait de deux Cybertroniens qui s'attiraient manifestement mutuellement, mais parce qu'il avait l'impression d'être parmi une bande de jeunes qui se posaient dans un coin pour boire et profiter de la vie. Il ne manquait plus que de la…
- Ha ! J'ai de la bonne musique Terrienne ! s'écria Chop Shop.
- Il me tarde de l'écouter. J'en ai écouté quelques-unes et elles sont moins froides que les Cybertroniennes.
Il n'avait rien dit. L'humain avait passé l'âge. Pour autant, Starry le guida et le petit groupe s'assit bientôt dans de l'herbe sèche tremblant sous une douce brise. L'humain posa la main dans l'herbe et sentit une fleur sous sa paume.
Un crocus. Une prairie, devina Père Jean.
Bonne idée pour un rendez-vous.
« Marie… »
Caché dans son mode véhicule, Gasket observait la scène. L'humaine s'était habillée de façon officielle. Dans une tenue qu'elle appelait sa « tenue de militaire ». Elle consistait en quelque chose qu'elle surnommait un « costard cravate noir » avec une « jupe » de même couleur. Pourtant, Marie avait admis que ce n'en était pas véritablement une. Mais il fallait qu'elle soit présentable pour ce qui risquait d'arriver.
« …Tu es certaine que cela va marcher ?
- Bien sûr, déclara Marie, le ton hargneux. Tu me prends pour qui ?
- Mais…on peut trouver un autre moyen.
- Ta société a peut-être sa propre perception, mais la Terre est immense, Gasket. On ne retrouvera pas les Autobots en un claquement de doigts.
- Mais Undertone disait que Crown City était sous leur joug.
- Mais a-t-on croisé un Autobot depuis ton arrivée ? Non. Ils sont peut-être occupés ailleurs. Les Decepticons ont peut-être attaqués autre part, et cela ne me surprendrait pas.
Elle croisa les bras, agacée.
- De toute façon, on l'a décidé. On s'y tient. Ras-le-bol d'attendre. On a mis plusieurs jours pour dénicher un plan solide. Pas question de le faire foirer.
- Et ça…c'est tout ce qu'on a trouvé.
Ca et quelques Insecticons qui s'étaient approchés un peu trop près de la ville de Crown City. Le premier réflexe de Gasket avait été de se cacher mais quand Marie l'avait poussé à se lever et se battre pour rejoindre ses camarades, il s'était fait violence.
Et il avait réussi à les faire fuir. En utilisant des objets qu'il avait transformé en armes. Mais cela avait été suffisant, apparemment. Ils avaient été quatre mais ils avaient pris la fuite. De toute évidence, ils cherchaient de l'energon et aux vues de leur prestance, ils ne s'agissaient pas de véritables combattants.
Quant à Gasket, il n'aurait jamais cru devoir combattre à nouveau un jour.
Mais suite à cela, Marie lui avait adressé le seul et unique compliment de sa part depuis leur rencontre : « c'est bien, mon petit ».
D'une certaine manière, elle lui rappelait son ancien chef Dai Atlas. Les deux étaient froids et avares en compliments.
- Mais…tu es certaine que…
- Erik me doit un service. Pour toutes les fois où je l'ai couvert pour ses fautes en service, il me doit bien cela.
Un léger dégoût apparut sur le visage de Marie à la mention de ce personnage. Apparemment, leur relation ne paraissait pas vraiment amicale.
Gasket avait un doute. Un gros doute.
- Maintenant, tais-toi, grogna Marie.
Dans son mode véhicule, Gasket recula légèrement en entendant une voiture se garer derrière la grille entourant le cimetière de voitures.
Ensuite, il se figea. Marie se tenait droite, laissant une silhouette s'approcher d'elle. Gasket modifia sa vision pour mieux apercevoir l'individu frêle en costume vert qui rejoignit Marie.
- Marie…
Elle ne lui adressa pas un bonjour. Avec Marie, il ne fallait pas s'attendre à quoi que ce soit, de toute façon.
- Tu as ce que je t'ai demandé, Erik ?
- Oui…oui.
Erik se tira le col avant de fouiller dans sa poche et de lui tendre un objet. Marie le lui prit des mains et commença à appuyer sur plusieurs boutons bleus.
On aurait dit une télécommande Cybertronienne. Mais selon Marie, le gadget à l'intérieur serait suffisant pour remplacer celui que l'armée humaine avait arraché. Peut-être que de cette façon, son oreillette serait réparée.
Il pourrait recontacter les autres. Drift, Outrigger…
Wing…
- Et le manuel ? grogna Marie.
- Tiens, tiens.
Erik lui tendit un nouvel objet. Un livre de taille humaine.
- …Marie. Tu me mets dans une mauvaise position.
- Tout comme toi qui me mettais dans une mauvaise position à chacune de tes bavures.
- Mais ce n'est arrivé qu'une fois !
- Tu es amnésique, maintenant ? Une fois…et neuf de plus ! Tu n'as rien à me dire.
Erik soupira.
- Si tu n'avais pas libéré cette machine…
Gasket se raidit. Le ton de Marie devint soudainement plus froid.
- Son nom est Gasket. Ce n'est pas une machine. C'est un être vivant comme nous. Et vous avez souhaité le désactiver alors qu'il ne nous voulait aucun mal.
- Il pouvait condamner notre espèce.
- Il était neutre, Erik ! explosa Marie. Il cherchait seulement un moyen de s'échapper des Decepticons. Et personne ne l'a écouté quand il disait qu'il avait de bonnes intentions !
- Peu importe. On ne veut plus de Cybertroniens sur notre planète. Ils ont causé trop de destruction et trop de morts.
Marie fit un pas vers lui.
- Ce n'est pas comme ça que ça marche. La haine ne fait qu'engendrer la haine. Et avec ce genre de mentalité, quand les Decepticons nous attaqueront, les Autobots ne nous aideront pas. Nous serons seuls contre eux !
- Pour l'instant, les Cybertroniens sont une menace générale. On doit défendre l'humanité.
L'humaine sembla se reprendre. Elle haussa les épaules avant de lui adresser un sourire moqueur.
- Tu sais, Erik. Je n'ai jamais compris pourquoi tu étais entré dans l'armée avec de telles généralités. J'ai presque pitié de toi.
Alors qu'elle était sur le point de ranger la télécommande dans sa poche, elle s'arrêta brusquement.
Gasket rendit sa vision rapprochée plus nette.
Erik avait grimacé. Et cette attitude n'avait pas échappé à Marie non plus.
- Vas-y, Erik. Dis-moi la vérité, gronda-t-elle d'un ton menaçant.
- De quoi ?
- Tu fais toujours cette tête-là quand tu caches quelque chose ! Donc, qu'est-ce que tu as fait ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles !
- Allons, donc. Tu oserais mentir à ta supérieure ?
Erik se figea.
Il finit par bondir à son tour.
- Tu n'es plus ma supérieure ! Je ne te dois plus rien !
- Je croyais que tu étais de bonne foi.
Marie ressortit la télécommande et l'inspecta sous toutes les coutures. Elle jeta l'appareil au sol avant de sortir le manuel.
Gasket reporta sa vision sur elle. Elle ouvrit le manuel d'un claquement sec et montra quelque chose à Erik.
- Un mouchard, espèce de sale—
- On n'est plus si arrogante, maintenant ! cracha Erik. On sait que tu caches Gasket ! Tu sais où il est !
Marie se remit droite.
Le ton d'Erik se radoucit.
- Allons, Marie. Sois raisonnable. Prochainement, une armée va venir vous cueillir. Toi et Gasket. Autant vous rendre bien gent-
Il ne finit pas sa phrase. Marie lui avait envoyé un coup de genou bien placé entre les deux jambes.
Gasket ne put réprimer un sifflement. Marie prit son élan avant de se jeter sur lui et de lui immobiliser les deux poignets, les tenant derrière le dos d'Erik qui criait de douleur. Marie palpa son veston avant d'en ressortir une arme.
Un Taser.
Qu'elle utilisa contre son propriétaire lui-même. Erik s'effondra au sol. Marie lui adressa un sourire presque désolé.
- Frapper un soldat, espèce de sale—
- Erik boit durant ses heures de service ! Vous devriez le renvoyer pour son incompétence ! gronda Marie dans le mouchard.
- Ce n'est pas vous qui décidez, Marie ! entendit-il une voix.
Elle se contenta de jeter le mouchard et de l'écraser du pied. Elle ramassa le gadget et le manuel qu'elle avait jeté au sol et fonça en direction de Gasket. Ce dernier cligna des optiques et tout de suite, lui ouvrit les portières. Marie s'assit au siège conducteur et referma la porte derrière elle. Gasket fit rugir le moteur et démarra au quart de tour tandis qu'Erik geignait, étendu au sol.
- ET MAINTENANT, ON FAIT QUOI ? cria Gasket. JE CROYAIS QUE TU LUI FAISAIS CONFIANCE !
- MAIS CA VA, JE ME SUIS TROMPEE SUR CE GUIGNOL ! CA ARRIVE A TOUT LE MONDE !
- ET OU VA-T-ON MAINTENANT ? TU AS UNE IDEE ? ILS VONT TE TRAQUER ET TE TROUVER ! ET MOI, PAR LA MEME OCCASION !
- MAIS JE SAIS TOUT CA ! TU CROIS QUE JE N'EN SUIS PAS CONSCIENTE !
Primus. Heureusement qu'elle n'était pas son Conjunx. Leur vie en ménage se terminerait certainement en pugilat.
- …Je sais, déclara Marie après avoir prit une inspiration. Il y a un endroit où ils risquent de ne pas nous trouver.
- De quoi ?
- Chez l'humain dont je t'ai parlée. On n'aura qu'à te cacher dans le parking près de son église, le temps de réparer ton oreillette.
- Mais je pensais que tu ne voulais pas le mêler à cela.
Il sentit Marie tressaillir.
- …Non. Tu as raison. C'est une mauvaise idée. Mais je n'ai jamais parlé de mon histoire avec les membres de l'armée. Ils ignorent même que j'ai failli me marier.
- Je vois.
- Et…il y a une vieille règle qui dit qu'on ne peut pas retirer quelqu'un d'un lieu saint. Je me dis que personne n'irait chercher dans une église. Et si tu restes caché dans ton mode véhicule…
Gasket comprit où elle souhaitait en venir.
D'un coup, il accéléra.
- Très bien. Où se trouve cette église, Marie ?
- Dans cette direction. Tu prendras la voie rapide juste après.
Gasket s'exécuta.
Marie s'accouda sur le bras de son siège, regardant dehors d'un air absent. Gasket comprit que la scène qui venait de se passer l'avait quand même choquée, même si elle faisait en sorte de ne rien montrer.
- …Hé.
- Hm ?
- Tu te bats bien.
- Merci.
Il eut presque droit à un sourire.
« Et là, Kat me dit : hors de question que je fasse le caniche ! »
Père Jean et Chop Shop se mirent à rire en chœur. Karan se racla la gorge.
- Mes parents nous avaient inscrit dans une école de théâtre quand on était plus jeunes. J'avais tellement la honte de jouer un caniche que je lui ai demandé de se faire passer pour moi. On était jumelles, après tout.
- Tu parles beaucoup, beaucoup de ta sœur, admit Chop Shop.
- C'est ma marque de fabrique. Au final, elle a accepté mais le pot aux roses a été découvert. Mais bon. Les parents n'ont rien dit.
- Ne t'inquiète pas. Moi aussi, quand j'étais plus jeune, j'ai dû jouer le rôle d'une ballerine étoile, ricana Père Jean. J'ai fait semblant d'être malade pour éviter cela.
Un souvenir longtemps enfoui qu'il revivait. Il se rappelait distinctement la tête qu'il avait quand la professeure avait annoncé son rôle.
Une véritable honte.
- ça va ? lui souffla Karan. Je n'en fais pas trop ? Avec ma sœur surtout ?
- Ne t'inquiète pas, lui répondit Chop Shop à sa place. Tu n'en fais pas trop. Je sais que c'est un sujet important pour toi.
Il sentit l'embarras dans la voix de Karan.
- Merci.
- Dites…
Chop Shop marqua une pause, prenant son temps avant de reprendre la parole.
- …Vous pensez que Cybertron accepte les secondes chances ? les questionna-t-il après un silence.
Père Jean prit un air songeur, étonné par les mots de Chop Shop.
- Que veux-tu dire ? l'interrogea Karan.
- Eh bien…
- Tu es un criminel ? Tu as fait quoi ?
- Karan…la recadra doucement Père Jean.
Il n'avait peut-être pas envie d'en parler. Chop Shop soupira.
- Je…je n'ai pas été totalement honnête. J'ai commis quelques actes dont je n'étais pas fier autrefois.
- Vraiment ?
- C'était la fin de la guerre. Je pensais que les Autobots se comportaient comme des tyrans et j'ai eu envie de…vous savez. Leur rabattre le caquet. De façon un peu rebelle…même si…j'ai mal tourné.
Il sentit que Chop Shop secoua la tête.
- Enfin. Rien de si terrible, ne vous inquiétez pas. Mais…voilà. J'ai préféré que vous le sachiez.
- Ne t'inquiète pas, Chop Shop, dit immédiatement Karan sans aucune hésitation dans sa voix.
Père Jean sentit que Karan se rapprochait.
- Tu t'adresses à une fille d'un couple de Decepticons. Ils ont commis des actes dont ils n'étaient pas fiers durant la guerre. Et ils étaient loin d'être les seuls. Tu es loin d'être le seul dans ce cas donc…ne te sens pas obligé de rougir.
Elle prit un temps, avant de compléter.
- Et oui. Je pense que Cybertron, une fois que la situation se sera calmée, accepte les secondes chances. Il n'y a pas de raison que tu n'y aies pas droit.
- Karan a raison, approuva Père Jean.
Le prêtre sourit.
- Je pense qu'en général, tout le monde mérite une seconde chance. Chacun mérite d'être écouté et entendu.
- Vous croyez ?
- Oui, approuva Père Jean. Votre planète a subi des pertes terribles. De ce que m'a raconté Wing, beaucoup ont essayé de survivre. A leur manière. Et…ma vision est qu'on ne naît jamais mauvais. On ne l'est pas fondamentalement.
Personne n'était complètement blanc ou noir…
Chacun était libre de ses choix, du meilleur comme du pire. Si Chop Shop regrettait, il n'y avait aucune raison qu'il n'ait pas droit à une autre chance.
Ils ne pouvaient que l'encourager dans cette voie-là.
- …Je suis content que vous le pensiez, fit Chop Shop.
- Tu as juste été honnête, répondit Karan d'un ton tendre. Et ça me donne envie d'en apprendre davantage sur toi.
Père Jean se gratta l'arrière de la tête.
Il se rendit compte que l'ambiance avait changé. Quand bien même Karan lui avait demandé de rester et agir comme sa conscience, au final, peut-être n'en avait-elle pas besoin.
Peut-être avait-elle envie de rester seule avec lui. Père Jean se racla la gorge.
- Je…je vais peut-être rentrer.
- Hm ? Oh oui. Je peux demander à Cliffjumper de t'envoyer un pont jusqu'à chez toi.
- Je le veux bien.
Quoique…
- Non…à mon église. J'ai bien envie de méditer.
Et puis, il devait prendre soin du lieu et des paroissiens qui avaient besoin d'une oreille pour les écouter. Père Jean repensa aux reproches de Chris Marshall.
Il ne devait pas commettre la même erreur avec d'autres.
- Comme tu veux. Chop Shop, tu restes avec moi ?
- Bien sûr.
- Chop Shop, lui déclara Père Jean.
Il devina que Chop Shop s'était tourné vers lui.
- …Je comprends pourquoi Karan vous apprécie.
- Ha bon ? pouffa le concerné.
Karan ne tarda pas à bondir.
- Mais…mais…pas du tout ! Qu'est-ce qu'il raconte, Père Jean ? s'écria-t-elle, la gêne évidente dans son ton.
- Vraiment, Karan ?
- Fais gaffe à tes chevilles qui enflent !
- Je vous laisse, alors, chantonna le prêtre.
Il reprit la laisse de Starry et s'avança vers un noir plus clair. Le pont-terrestre venait de s'ouvrir.
- A plus tard.
- A plus tard, répondirent les deux en chœur.
Oui. Ils étaient mignons, ensemble, admit Père Jean avant de traverser le pont.
Ce fut lorsqu'il arriva près de l'église qu'il le rencontra.
Au début, Père Jean ne comprit pas pourquoi Starry s'était redressé et s'était subitement mis à aboyer et à grogner en tirant sur la laisse.
L'humain se figea et tenta de le retenir, son attitude le déconcertant. Starry était généralement accueillant envers les passants…
Il repensa au deuxième Cybertronien qu'il avait rencontré après Wing.
Hardshell. Celui qui s'en était pris à Starry. Celui contre qui Wing l'avait défendu.
La peur refit surface. Père Jean se remit à trembler tandis que Starry continuait d'aboyer en direction d'un individu en face de lui.
C'était idiot…il n'y avait aucune raison.
« …Starry… »
Starry continua d'aboyer.
« Starry ! » le rappela l'humain.
Un pas…
Un pas…d'un Cybertronien. Beaucoup plus léger que ceux auxquels il avait l'habitude.
Un pas…qu'il avait déjà entendu.
Puis, cette voix.
« Encore vous, la vermine ? »
Père Jean se figea.
Il reconnaissait cette voix.
- …Swelter ! s'exclama l'humain.
- Epargnez-moi vos discours ! Foutez-moi la paix !
Toujours ce même ton agressif…Swelter n'avait pas changé malgré la dernière fois qu'ils s'étaient croisés.
Père Jean se figea.
- Vous êtes en vie…déclara-t-il après un temps.
- Bien sûr ! Vous croyez que je suis un fantôme ?
- Vous avez survécu à l'incendie. A l'incendie du château de Garboil.
Il devina que Swelter émit un mouvement de recul.
- Ouais…répondit-il amèrement.
- Je suis content.
- Content ? répéta Swelter, manifestement étonné.
Père Jean opina du chef. Cela le surprenait ?
Non loin d'eux, il entendit des bruits faibles étouffés. Starry se remit à aboyer. Père Jean tira sur la laisse et lui ordonna de se taire pour écouter.
Des miaulements…d'un chat. D'un chaton.
De plusieurs chatons.
- De quoi s'agit-il ? le questionna Père Jean.
- …Rien.
- Swelter…
Swelter grogna.
- …Ne te mêle pas de ça, humain.
- Tu as des chatons avec toi ?
Un nouveau miaulement étouffé lui répondit.
- …Oui. On m'a demandé de leur trouver une maison.
- Des chatons à taille humaine, n'est-ce pas ?
- Evidemment ! Vous croyez que c'était quoi d'autre ?
Père Jean émit un léger sourire.
- Depuis combien de temps ?
- Depuis plusieurs jours. Mais aucun humain ne fait attention à eux. Vous n'êtes même pas une espèce qui prend soin des autres.
- Sur ce point, je crains que tu n'aies raison.
Père Jean fit un pas.
- Swelter…est-ce qu'ils ont leur mère avec eux ?
- Non. Leur mère est morte.
- Et tu les as nourris ?
- …Une ou deux fois. On m'a dit qu'il fallait les nourrir avec du lait. Mais c'est difficile d'en trouver sans se faire remarquer.
Le sourire de l'humain disparut.
Il fallait qu'ils soient nourris immédiatement, autrement, ils ne survivraient pas.
- …Accompagne-moi.
- Quoi ?
- A l'église. On va faire quelque chose.
Il tapota la tête de Starry. Le chien poussa un autre grognement avant de se remettre en marche, guidant le prêtre à sa destination initiale.
Il devina que Swelter ne le suivait pas.
- Swelter…faites-moi confiance.
- Hm.
Le pas reprit.
Et Père Jean fut soulagé qu'il eut pris cette décision.
« Là. Très bien. »
A ses pieds, il entendit les petits chatons boire le lait à petits coups de langue. Père Jean sourit avant de se pencher pour les caresser du bout du doigt.
« …Et ça ira pour eux ? » l'interrogea Swelter.
Père Jean hocha la tête.
- On va les surveiller et ensuite, les emmener cher le vétérinaire. Mais je pense qu'ils iront bien.
- Vous pensez…
Des ronronnements.
Père Jean sentit Swelter sursauter à côté de lui.
- Ils…ils me collent !
- Ils vous prennent sûrement pour leur mère, pouffa le prêtre. Vous avez veillé sur eux durant tout ce temps.
- Leur mère ne m'appartenait même pas, grogna Swelter.
Père Jean huma l'odeur de poussière. Cela venait de la partie privée de l'église.
Il se demanda brièvement si cet endroit serait assez bien pour eux.
Swelter poussa un nouveau soupir.
- Enfin, bref. Si vous voulez les garder, prenez-les. Mais ne les abandonnez pas comme d'autres de votre espèce le font.
- Je ne sais pas encore si je pourrais les garder, Swelter.
Il marqua une pause.
- Je ne vis pas ici, d'ailleurs.
- Donc, vous allez les abandonner aussi ? cracha Swelter, le ton redevenant brusquement hostile.
- Je n'ai pas dit ça. Je n'ai pas pris de décisions. Mais je ne les laisserai pas à la rue, Swelter. Je m'en porte garant.
Il sentit le Cybertronien se détendre doucement.
- Vous vous inquiétez pour eux.
- Et alors ?
- …Où est-ce que vous habitez, Swelter ?
Seul le silence lui répondit.
- …Vous ne vivez pas à la rue, j'espère ?
- Non. J'ai de nouveaux maîtres. De nouveaux Déployeurs. Avec Glacius, on se débrouille comme on peut.
- Et ça vous rend heureux ?
Il entendit Swelter grogner.
- Je suis un outil. Mon bonheur n'importe pas.
- Si. Au contraire. Je suis un humain et je ne peux pas vous traiter d'outil quand nous ne sommes pas de la même société. A mes yeux, votre bonheur compte.
Swelter s'était déplacé. Il s'était éloigné de lui.
- …Si vous avez besoin d'un toit…Glacius et vous. Mon église est ouverte à ceux qui le désirent.
- Comme si j'allais me faire héberger chez un humain. Vous ne seriez même pas capable de me nourrir, même si je vous le demandais.
- C'est vrai. Mais vous seriez en sécurité.
Le ton de Swelter monta.
- Arrêtez de me prendre de haut, humain ! Qui vous fait croire que je ne suis pas en sécurité ? Que nous ne sommes pas en sécurité ?
- …J'ai assisté à la façon dont vous traitait Garboil. Vous employez le même ton qu'en sa présence.
- Mais c'est normal ! La façon dont il nous traitait est normal ! Et mon ton…
Cette fois-ci, Swelter se rapprocha.
- Mon ton…vous croyez que j'ai peur ?
- Non.
Père Jean déglutit, réfléchissant à ses mots.
- …Mais vous êtes en colère.
- Je le suis ! Parce que ça fait plusieurs jours que j'erre pour trouver une maison décente à des chatons terriens. Et qu'aucun de vous ne peut les garder longtemps ! Dans la rue, personne ne faisait attention à eux ! Les humains passaient leur chemin sans les regarder ! Et quand quelqu'un s'approchait pour les prendre avec lui, ils les abandonnaient le jour suivant derrière les poubelles !
Père Jean recula d'un pas, le cœur accélérant dans sa poitrine.
Etait-ce la façon…dont il se percevait ?
Est-ce que Swelter n'évoquait que les chatons…ou il y avait-il autre chose ?
- Votre espèce me dégoûte ! Et ce n'est pas demain la veille que j'irai crécher chez un humain !
- Swelter…
Mais Swelter ne l'écoutait pas.
Les miaulements reprirent.
- Que faites- vous ?
Swelter soulevait quelque chose.
- Je les reprends ! Vous allez les abandonner aussi ! Donc, je les reprends ! J'ai besoin d'energon !
- Swelter…attendez. Ne prenez pas d'initiative.
- Vous n'avez pas à me dire quoi faire !
- Mais on peut trouver une solution ! Arrêtez…Swelter !
Père Jean se guida jusqu'à lui.
Il ne fallait pas que Swelter parte. Non. Il ne fallait pas.
Il se prit un coup au visage. Père Jean sentit une douleur aigüe et se tint le nez, vacillant légèrement. Il parvint à reprendre son équilibre en s'appuyant contre un mur.
A nouveau, le noir devint plus clair.
Un pont-terrestre…Il avait ouvert un pont-terrestre.
Les miaulements devinrent plus forts.
- Swelter !
- Lâche-moi, vermine !
Swelter s'éloignait…
Non !
Sans réfléchir, Père Jean attrapa sa canne blanche.
Starry aboyait.
- Starry, non !
Ne l'attaque pas…
Le pont allait se refermer…
Père Jean se jeta dans la faible lueur qui illuminait ses ténèbres quotidiennes.
Il allait suivre Swelter…il ne pouvait pas le laisser partir…
Swelter…où allait-il ?
- Jean !
Quelqu'un l'appelait…
Une voix…
Qui ?
- Jean ! répéta la voix.
Puis, quelqu'un lui attrapa le bras.
Il reconnut un parfum. Un parfum qui lui était familier…
Marie ?
Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, la lueur disparut.
Et le silence tomba.
